Vingt-et-unième réunion du Club des Créateurs
Bonjour à tous, bienvenue à notre nouvelle réunion !
C'est l'été et Vanille se sent seule. Sa mère a trouvé un copain, ses amies sont occupées, et elle n'arrive pas à avancer seule dans ses recherches. Grâce à Oreste, elle a rencontré Mai, une Créatrice de Mahoutokoro, qui lui a parlé de la magie japonaise. Mai et Oreste l'ont ensuite invitée à poursuivre dans ce sens en rencontrant un Créateurs de Durmstrang, et Vanille a reçu des billets de Portoloin pour la Scandinavie. Un voyage qui l'angoisse un peu.
Un échange de lettres avec Peter plus tard, vers fin juillet, la journée de voyage de Vanille dans le grand nord arriva.
Elle prit très tôt le Magicobus ce matin-là, pour ne pas manquer son Portoloin. Elle arriva au Chemin de Traverse, malade, une heure avant son départ. Elle erra pour patienter, fit sans s'en rendre compte trois aller-retours de la rue, impatiente et stressée à la fois. A l'heure prévue, elle se rendit au Bureau des Voyages, à côté de la Grande Poste.
C'était un bâtiment tout en hauteur aux murs arrondis, sur lesquels étaient accrochés des centaines d'objets, chaussures, peignes et verres à pieds, montants jusqu'au plafond en vitre. Au sol, il y avait deux plateformes, rondes elles aussi, dont une avec une table haute au milieu. A gauche, des sorciers transformaient les objets en Portoloin et les accrochaient aux murs, à droite, d'autres les décrochaient pour envoyer des groupes de personnes. Une immense horloge tournait sur elle-même à plusieurs mètres du sol au centre de la pièce.
Un craquement sonore retentit, et la plateforme sans la table fut alors occupée par un groupe de sorciers. A leur accent, Vanille comprit qu'ils venaient de France.
On appela le numéro de son Portoloin, et elle se rendit sur l'autre plateforme en tendant son billet au contrôleur. Sur la table, il y avait une gourde en plastique. Elle fit semblant de savoir parfaitement ce qu'elle faisait, alors qu'elle n'avait jamais pris de Portoloin, et acquiesça l'air détendue, une petite goutte de sueur froide lui tombant dans la nuque, quand on lui expliqua quoi faire.
Les yeux fixés sur l'horloge, elle prit la gourde dans sa main, seule - Oreste l'avait prévenue, ce n'était pas une destination très demandée - et attendit que la trotteuse atteigne son apogée. Au moment où elle atteint le douze, Vanille sentit quelque chose la tirer au niveau de son nombril, et elle se sentie happée en avant, incapable de contrôler le moindre geste.
C'était une sensation très désagréable que d'être ainsi traînée comme un pantin, dans un vide sans gravité ni air, de ne sentir que l'accélération, la vitesse puis, après ce qui sembla être une heure passée en une seconde, l'atterrissage inévitablement brutal.
Elle se releva, sonnée, sur une plateforme identique à celle qu'elle venait de quitter, la gourde à la main. Une sorcière à la voix rassurante mais incompréhensible lui prit la gourde et l'aida à s'asseoir, s'enquérant de son état, toujours dans sa langue. Vanille, qui n'avait pas réussi à reprendre assez ses esprits, s'agrippa à un seau qui traînait là par chance et se libéra dedans. Ce n'était pas facile d'avoir le mal des transports sorciers.
Elle laissa la sorcière vider le seau et le reposer à côté des autres, qui n'étaient finalement pas là par hasard, et se posa pour la première fois une question importante : comment allait-elle réussir à communiquer ? Elle essaya de demander à la sorcière où elle pouvait attendre quelqu'un, celle-ci lui répondit très vite dans sa langue, d'un ton qui laissait entendre que Vanille devait lui obéir, l'assit sur un banc en pierre près de la plateforme et repartit accueillir des gens.
Vanille sortit la lettre de Peter qui lui disait de l'attendre au Bureau des Voyages. Elle vérifia l'heure sur sa montre quand tout à coup les portes claquèrent en laissant entrer trois sorciers en longue robes rembourrées qui couraient à moitié en parlant très vite et très fort, même si Vanille ne savait pas ce qu'ils disaient, elle vit tout de suite qu'ils se disputaient. Ils avaient à peu près l'âge de Vanille, deux garçons et une fille, et ils s'approchèrent de Vanille d'un pas vif dès qu'ils la virent.
- Bonjourrr, tu es Vanille je prrésume ? demanda un des deux garçons avec un fort accent. Tiens, prrend ça.
Il lui tendit une petite bouteille bleue identique à celles de Mai et Oreste, Vanille comprit qu'il s'agissait de la potion de langage du Club. Elle en but une gorgée.
- Tu comprend ce que je dis ? demanda alors le même garçon, sans aucun accent.
Elle hocha la tête et ils sortirent à l'air libre pour faire les présentations.
- Désolé pour le retard, dit la fille, ces deux idiots pensaient avoir le temps de voir les nouveaux balais avant de venir te chercher.
Ils étaient frères et sœur. Peter, l'aîné, était celui qui lui avait donné la potion. Il venait de finir sa dernière année à Durmstrang, il venait donc de quitter le Club. Son cadet, Piotr, allait devenir Grand Créateur, et leur benjamine Helga Jeune Créatrice. Les trois n'avaient qu'un an d'écart chacun et le Club semblait être une histoire de famille, car même leurs parents y avaient été. Pourtant, chacun était entré dans le Club persuadé d'être le seul de la fratrie, les membres du Club de Durmstrang avaient la coutume étrange de ne pas se montrer à visage découvert avant la cérémonie d'entrée.
Les trois étaient très liés et bombardaient Vanille de questions sur son voyage, sur Poudlard, sur le Club. Peter était plutôt calme comparé aux autres, il semblait réserver ses questions pour plus tard. Helga comprit qu'elle allait faire sa première Rencontre Annuelle en même temps que Vanille et cela semblait la mettre en joie. Ils avançaient d'un pas tellement vif et parlaient avec tant d'enthousiasme que Vanille ne pensa même pas à admirer les lieux où elle se trouvait.
Ils la guidèrent dans les méandres des rues pavées et ils arrivèrent dans une petite auberge où ils achetèrent une poignée de Poudre à Cheminette chacun (Vanille se vit offrir sa poignée) pour se rendre dans leur maison.
Une fois arrivés, ils s'installèrent dans un petit salon, chacun sur un fauteuil, accompagnés de tasses de thé, et Vanille expliqua sa venue. Elle parla brièvement de ses recherches qu'elle avait à peine commencées, de ses quelques notes grâce à Oreste et de ce qu'elle avait appris de Mai. Elle parla uniquement de ses projets de connaissances sur la culture magique, et éluda un peu le sujet des origines de la magie.
- J'aimerais savoir comment vous apprenez la magie, à Durmstrang. Quelles sont les principales différences avec Poudlard, quelles sont vos forces.
- Seuls les plus forts sont à Durmstrang, dit sentencieusement Peter, c'est une phrase que nous répètent parfois nos professeurs. Il y a un culte de la puissance, ici. On apprend la magie de la manière forte, on nous apprend à appréhender chaque nouveau sortilège de façon brutale, frontale. Si on n'y arrive pas, on recommence, on ne nous apprend pas à essayer différemment, à avoir un doigté particulier. On réessaye, encore et encore, tête baissée. Ça finit toujours par venir.
Il se tourna vers son frère et sa soeur qui acquiescèrent.
- Les sorciers du Nord sont vraiment puissants. Violents, même, nous avons une réputation bien méritée d'être un peu… tempétueux. Mais c'est une part de notre faiblesse, nous manquons de finesse et de raffinement. La résistance mentale est aussi très importante. Nous avons des cours d'Occlumancie très tôt, avant même d'apprendre la Leggilimencie. Et la résistance mentale ne pourrait être sans résistance physique, à Durmstrang nous entraînons notre endurance physique autant que magique et mentale. Nous nageons dans les lacs gelés, courons dans la neige pour endurcir nos corps en même temps que nos esprits.
Helga reprit le discours de son frère :
- Les relations entre sorciers du Nord reflètent cette éducation, cette manière d'appréhender la magie : nous sommes directs, francs. Nous ne nous embarrassons que rarement de politesse inutile, d'hypocrisie. Nous sommes honnêtes et bienveillants entre nous.
Piotr s'appropria la conclusion :
- Tout ça peut nous donner un côté bestial, un peu ours. Evidemment, nous ne sommes pas que frontaux et têtes de mules. Mais cela serait mentir que de nier cette part de nous. Beaucoup de sorciers d'ici sont attirés par la la Magie Noire, car c'est indéniable qu'il s'agit d'une magie puissante, difficile à contrôler, et si on n'est pas assez fort, qui peut nous contrôler elle-même. C'en est presque un défi chez nous de réussir à manipuler un sort noir, acheva-t-il.
Une ombre était passée dans les yeux de ce garçon qu'elle venait de rencontrer, Vanille en eut des frissons. Elle n'était pas sûre de vouloir continuer à apprendre tout ça.
Son thé était froid et elle voulait rentrer chez elle. C'était comme si une journée entière s'était écoulée alors qu'elle n'était arrivée qu'une heure plus tôt.
Peter, son frère et sa sœur comprirent qu'elle était mal à l'aise. Malgré leurs dires sur la franchise et la politesse inutile, ils ne lui demandèrent pas pourquoi elle s'était d'un coup fermée comme une huître et ne posèrent aucune question. Ils décidèrent de la raccompagner plus tôt que prévu au Bureau des Voyages, discutant que tout sauf des recherches de Vanille.
Ils réussirent à avancer l'heure du départ de Vanille, et elle prit un Portoloin - ours en peluche.
- Je crois qu'on lui a fait peur, avoua Helga quand ils sortirent du Bureau.
Vanille rentra directement chez elle, bien en avance par rapport aux inquiétudes de sa mère. Elle s'assit sur le canapé du salon, seule, et se demanda ce qui avait pu se passer.
Elle avait ressentit un tel malaise chez ces personnes, mais n'arrivait pas à en comprendre les raisons. Ils avaient pourtant été adorables, accueillants, chaleureux, comme Oreste et Mai le lui avaient prédit. Mais c'était sans doute leur discours qui l'avait retournée. Pourtant, rien n'avait été dit de choquant. Certes, les sorciers du Nord avaient indéniablement une force de vie intense et un attrait pour la puissance magique. Mais ce n'était pas une raison pour s'enfuir ainsi !
Après une heure de réflexion à se poser des questions, Vanille alla tout de même rédiger un compte-rendu de ce qu'elle avait entendu pour ne pas oublier de détails importants. Elle avait presque fini quand quelqu'un sonna à la porte d'entrée.
Peu habituée à recevoir des visiteurs chez ses parents – chez sa mère, elle alla prudemment ouvrir, et vit avec surprise Oreste sur le pallier.
- Peter vient de me parler par cheminée, lança-t-elle sans préambule, il a eu peur que tu aies mal pris votre rencontre, il m'a dit que tu t'étais presque enfuie de chez eux !
- Bonjour à toi aussi, comment vas-tu ? Et comment as-tu trouvé ma maison ?
- Mes lettres ne sont que des retours de hibou mais tu as donné ton adresse à Mai. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? contra-t-elle. Tu me laisses entrer ?
Vanille invita son amie à prendre un thé dans le salon et lui expliqua sa journée – du moins ce qu'elle avait comprit.
- Tu sais, les sorciers du nord aiment impressionner. Ils aiment le spectacle, encore plus que nous. Tu verras bien comment ils sont pendant la Rencontre Annuelle. Ces trois-là, même si je ne connais que les deux aînés, sont exactement comme ça : ils ont vu une Novice anglaise débarquer et ont voulu paraître fort et puissants. Ils voulaient presque que tu les craignes – inconsciemment bien sûr, je te l'ai dit ils sont adorables. Mais c'était ta première rencontre avec des sorciers comme ça, seule en plus, tu n'étais pas préparée. Ils ont une aura intense, écrasante. Je ne pensais pas qu'ils s'en serviraient sur toi, ils l'ont sans doute fait sans y penser. Mais ils s'en veulent, Peter avait l'air très gêné.
Vanille se sentit elle aussi gênée d'avoir réagi ainsi. Une énième fois, elle se dit qu'elle n'avait pas été envoyée à Gryffondor à raison. Fuir quand la situation devenait stressante, elle ne supportait pas bien la pression, la difficulté. Du moins, les difficultés sociales, après tout, elle affrontait tête baissée les problèmes académiques.
Elle comprit alors pourquoi elle pensait si peu à Alexandre depuis le début des vacances : elle fuyait le stress de l'idée d'être en couple. Était-elle en couple ? Le voulait-elle ? L'attirait-il ? Une centaine de question du même genre fusèrent d'un coup dans son esprit, questions qu'elle bloquait depuis des semaines. Le visage d'Alexandre, ses yeux profonds et glacés, son sourire moqueur, ses traits doux s'imposèrent devant ses yeux, et elle se sentit bien. Étrangement bien.
Oreste la regarda d'un air tendre. Vanille comprit qu'elle avait encore des efforts à faire pour cesser d'être ce fameux livre ouvert. Elle rougit en comprenant qu'Oreste savait à quoi elle pensait.
- J'ai une proposition pour toi, annonça Oreste, encore une fois pleine de tact en ne parlant pas de la soudaine gêne de Vanille. Ça va te plaire.
Vanille l'écouta, intéressée.
- Au Ministère, mes études sur la magie sans baguette avancent bien, et elles ont fini par attirer l'attention de quelqu'un, un éminent sorcier du nom de Tim Kahindi, qui était en visite diplomatique en Angleterre. Tim Kahindi est l'équivalent d'un ministre sorcier en Afrique de l'est, et directeur adjoint de l'école de Uagadou, l'école africaine.
Vanille s'étonna de ne jamais avoir entendu parler de cette école.
Il n'y a pas de Club là-bas, confirma Oreste, et ici, en Angleterre, on parle assez peu des sorciers en dehors de l'Europe. Les sorciers africains ont pourtant une culture très ancienne et très forte, et leur magie est très différente de la notre. Entre autre, ils réfutent l'utilisation de la baguette magique.
- Ils font de la magie sans baguette ? Tous les sorciers d'Afrique ? Comment est-ce que ça a pu nous échapper pendant nos recherches ?
- Comme je te l'ai dit, les sorciers d'Europe, surtout les Anglais à vrai dire, sont très attachés à leurs propres racines, leur propre culture. Leur propre magie. C'est difficile pour un sorcier anglais d'admettre qu'ailleurs, il y a d'autres façons d'utiliser la magie, qui marchent au moins tout aussi bien. Parfois même mieux dans certains domaines.
Vanille sentit où Oreste voulait en venir. Des sorciers qui appréhendaient différemment la magie et qui, en plus, n'utilisaient pas de baguette, cela avait de quoi les intéresser toutes les deux. Mais après son fiasco avec les sorciers du nord, elle n'était pas sûre de vouloir tenter les sorciers d'Afrique.
- Je comprends ton inquiétude, dit Oreste qui avait parfaitement senti les craintes de Vanille. Mais laisse-moi te présenter le projet. J'ai discuté avec Mr Kahindi de mes recherches quand il est venu me voir, et mon chef de département, avec qui il est proche, a proposé que j'aille passer quelques temps là-bas pour comprendre réellement les ficelles de la magie sans baguette. Mr Kahindi est intéressé de savoir comment j'ai réussi à recréer cette magie malgré mon éducation magique occidentale, et moi je suis intéressée d'en connaître plus sur cette magie. Tout cela a évidemment des intérêts politiques et économiques. Un rapprochement entre nos Ministères et nos écoles permettrait plus de commerce et d'alliances entre politiciens. Au fond, les vrais raisons de mon départ ne me concernent même pas. Quoi qu'il en soit, je vais passer du temps là-bas à étudier et échanger avec eux. Et vu la bonne entente qu'il y a en ce moment, parce que je ne suis pas certaine qu'elle dure avec les caractères de nos politiciens, j'en ai profité pour parler de toi à Mr Kahindi pour que tu puisses venir avec moi pour une journée, poser tes questions. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucun rapport avec le Ministère mais avec des recherches personnelles, et il a accepté de te parler de sa culture.
- Tu me proposes de partir avec toi, en Afrique ?
- C'est ça. Lui habite au Kenya, sur la côte Est. Le Ministère Magiques des Sorciers d'Afrique de l'Est se situe dans ce pays, mais l'Ecole se trouve ailleurs, sur ce qu'ils appellent la Montagne de la Lune, quelque part dans un pays limitrophe, l'Ouganda ou la Tanzanie. Comme Durmstrang, ils aiment garder cela secret. Je ne sais pas si tu pourras visiter Uagadou, en revanche.
- J'ai vraiment l'impression que je ne fais rien, pendant mes recherches. Tu m'as présentée à Mai, à Peter, et maintenant tu proposes de m'emmener voir les sorciers Africains.
Oreste posa sa main sur l'épaule de Vanille :
- Si cela n'avait pas été moi, ça aurait été quelqu'un d'autre. J'ai envie de t'aider alors dès que je le peux, je le fais. Tu verras, au fur et à mesure, au plus tu rencontreras de personnes, au plus tu te fera de contacts, plus tu seras aidée.
Vanille songea à Harry Potter et sa lettre inattendue, dans laquelle il lui proposait son aide - venu de nulle part, sans raison. C'était presque incompréhensible d'avoir reçu cette offre. Peut-être Oreste tenait-elle là la raison, que tout simplement, Harry Potter aimait aider les gens.
- A quoi tu penses ? demanda Oreste.
C'était la première fois qu'elle lui demandait ouvertement dans quoi son cerveau s'était encore une fois plongé. Vanille s'en étonna.
- Tu as un air différent de d'habitude, expliqua Oreste, sans que Vanille n'ait prononcé un mot. Quelque chose qui te tracasse ? Si tu as besoin de conseils, je peux t'aider. Seulement si tu veux.
- Je pensais juste à… J'ai reçu une lettre à la fin de l'année. De quelqu'un qui me propose aussi son aide. Une lettre de Harry Potter, avoua Vanille, le nez baissé comme si elle était gênée.
Elle l'était vraiment. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle attirait l'attention ainsi. Cette histoire - ridicule - d'aura révélée par le Revelavis, Jules, Nathan, Alexandre et maintenant Harry Potter… Tous des sorciers, réalisa Vanille, rougissante.
- Est-ce qu'il t'a dit des choses qui te mettent mal à l'aise ? s'enquérit Oreste.
- Non, c'est le fait d'avoir reçu une lettre du sorcier le plus connu de notre époque, moi, simple cinquième année à Poudlard…
- Tu n'es pas une simple cinquième année, Vanille, tu es une Novice du Club des Créateurs plutôt douée, excellente sorcière, qui a réussit presque toute seule à… stopper une tragédie.
Son regard se perdit dans le vide un instant, pendant que Vanille niait de la tête
- Et puis tu es plutôt mignonne, affirma Oreste avec un clin d'oeil.
Vanille sentit une bouffée de chaleur monter dans ses joues.
- C'est pour ça que tu attires l'attention autour de toi. Tu as un genre… d'aura. Une aura qui donne envie de t'aider. De venir vers toi.
Avant que Vanille n'ait pu répliquer sur la banalité de son physique dont elle avait parfaitement conscience, la porte d'entrée claqua, et la voix de sa mère s'éleva :
- Je suis rentrée !
Oreste se leva poliment.
- Est-ce que tu veux que je partes ? proposa-t-elle en chuchotant.
- Non, contra Vanille en reprenant ses esprits, non, je voudrais que tu sois là pour rassurer ma mère, seule je n'arriverai pas à la convaincre de me laisser aller en Afrique.
Oreste lui sourit :
- Alors tu es partante ?
- Evidemment !
Les deux filles se sourirent l'air entendu et allèrent se confronter à la mère de Vanille.
Qui finit par accepter, tant bien que mal, de laisser sa fille partir encore une fois.
C'était un matin d'août particulièrement chaud, et Vanille était prête pour cette journée importante. Oreste l'avait briefée de tout ce qu'il y avait à savoir : quelques coutumes à respecter, les vêtements à mettre pour la météo, le nom des personnes qu'elles pourraient rencontrer. Elles ne savaient pas comment se déroulerait cette journée, car Oreste allait rester plusieurs jours sur place, et certains secrets lui seraient révélés, des secrets dont Vanille n'aurait pas connaissance. Tim Kahindi avait été ravi de savoir qu'une demoiselle anglaise s'intéressait à sa culture, et avait proposé un déjeuner avec sa famille pour pouvoir en discuter tranquillement.
Vanille donc était prête mais Oreste, elle, était en retard. Il était convenu qu'elle passe à neuf heures pour un transplanage d'escorte vers Londres, et il était déjà neuf heures dix. Leur Portoloin partait à la demi.
Vanille commençait à tourner en rond dans son salon quand un crac! retentit devant sa porte. Elle l'ouvrit avant même d'entendre toquer. Oreste, un peu essoufflée, tenait un sac de voyage qui semblait peser une tonne sur son épaule et s'écroulait à moitié :
- Bonjour… souffla-t-elle, désolée pour… le retard. Problèmes d'organisation. Tu es prête ?
- Je suis prête, confirma Vanille en refermant à clé la porte derrière elle.
Oreste la fit patienter un instant et posa son sac à terre, il s'effondra sur le béton dans un grand bruit mat. Elle tendit sa baguette dessus et lança un sortilège d'allègement. Puis elle essaya de le porter par la sangle, qui menaça de craquer.
- Fichu sortilège, ça fait une heure que j'essaye d'alléger ce sac mais pas moyen ! Il doit être trop plein.
- Qu'est-ce que tu as mis dedans ?
- J'ai tout rangé dans des malles rapetissées, il y a aussi un chaudron et des livres…
- Tu as essayé de jeter des sorts directement dessus ?
Oreste leva un sourcil. Vanille se pencha sur le sac et regarda à l'intérieur, il semblait presque sans fond et on y distinguait en effet de nombreux objets encombrants.
- Lance tes sortilèges sur les malles une par une, ça marchera peut-être ?
- Pourquoi n'essayes-tu pas ?
- Je suis encore mineure, contra Vanille.
- Ne t'inquiète pas pour ça, fit Oreste avec un clin d'œil. Le Ministère est prévenu que je suis avec toi. Il n'y verront que du feu.
Vanille hésita un moment et sortit sa baguette de son propre sac (qu'elle avait prise pour pouvoir appeler le Magicobus à son retour), et lança précautionneusement quelques sortilèges d'allègement sur chacun des objets occupants le sac d'Oreste, puis prit la sangle et le souleva aisément.
- Voilà, fit-elle en le tendant, modeste.
Oreste ria :
- Je savais que tu réussirais. J'avais déjà essayé cette technique mais ça n'avait pas marché. Merci. On y va ? fit-elle en proposant son bras pour que Vanille s'y accroche.
- On y va ! approuva Vanille, qui avait parfaitement compris la manœuvre d'Oreste pour la mettre en confiance.
Les deux filles arrivèrent à Londres cinq minutes avant leur départ de Portoloin - Vanille cru comprendre qu'arriver presque en retard était décidément une coutume sorcière anglaise, car personne ne s'étonna de les voir arriver en courant.
Leur Portoloin les déposa à Alexandrie, où un second était prévu jusqu'à Nairobi, la capitale du Kenya, une heure plus tard. Les sorciers avaient aussi des escales pendant leurs voyages : la synchronisation de Portoloins entre différents pays n'était pas tout à fait au point. Elles purent se poser pour discuter, et Vanille pu se remettre de son voyage, un peu pâle.
Les recherches d'Oreste avançaient à pas de géant. Elle avait élargi son champs d'étude et aidait à la création d'objets magiques qui permettaient non pas de jeter des sorts comme les baguettes mais de les contenir pour pouvoir les utiliser, Vanille ne comprit pas tout ce qu'elle racontait. Sa rencontre avec Tim Kahindi serait la dernière étape de la partie sur la magie sans baguette, après cela, elle se dévouerait entièrement à de nouvelles recherches.
- J'ai pu travailler en équipe avec d'autres experts en magie, c'était incroyable. Je ne savais pas qu'il existait des sorciers avec des connaissances aussi pointues dans ces branches de la magie. En même temps, au Département des Mystères, personne ne sait vraiment ce qu'ils font. Même si j'y travaille la moitié du temps, je ne sais rien sur les autres sorciers que j'y croise.
Le Club avait vraiment lancé Oreste dans sa carrière. Sans ça, elle n'aurait pas pu faire connaître ses capacités et grimper les échelons aussi vite.
Elles évoquèrent un peu Lorelei, avec qui Oreste restait en contact, mais Vanille n'osa pas poser trop de questions intimes. Alexandre lui revint en tête à ce moment-là, et Oreste s'en aperçut.
- Et toi, tes amours ? J'ai cru comprendre que vous vous étiez rapprochés avec Alexandre.
- Heu… hésita Vanille, incertaine.
Incertaine sur tout : sur sa relation, sur ses sentiments, sur ce qu'elle savait de lui.
- On s'est rapprochés, oui.
- Mais tu ne sais pas quoi faire n'est-ce pas ? Tu te poses des questions sur lui et sur votre relation ?
- Comment tu…
- On vient de passer des mois à travailler ensemble, je commence à te connaître, et puis tu es vraiment facile à comprendre tu sais. Tu es un peu comme…
- Un livre ouvert, je sais.
Elle qui croyait avoir fait des efforts à ce niveau-là.
- Oui, je me pose plein de questions. J'en viens à me dire que je n'aurais jamais dû… faire le premier pas.
- Toi, faire le premier pas ? Il t'a cherché pendant toute l'année, tu n'as certainement pas fait le premier pas. Tu as peut-être cédé, si on veut. J'avoue, continua-t-elle devant le visage incrédule de Vanille, je l'ai un peu observé, il te regardait souvent. Et puis Lorelei m'a dit qu'elle l'avait entendu te parler. C'était un peu indiscret, pardon.
- Ce n'est rien.
Vanille se demanda si elle pouvait lui demander des conseils. Et pour une fois, le fait qu'elle soit un livre ouvert fut utile, elle n'eut rien à demander, car Oreste comprit immédiatement en croisant son regard.
- Alexandre n'est pas quelqu'un de très bavard, je n'ai pas beaucoup eu l'occasion de discuter avec lui. Mais moi, je suis quelqu'un d'assez observateur. Je sais qu'il est particulièrement doué en potion, et pas spécialement modeste. En fait, à y réfléchir, il transpire un peu la fierté. Mais je ne pense pas que cela fasse de lui quelqu'un de mauvais, il a certainement beaucoup d'ambition et pour réussir, il va devoir donner des coups de coude. Il sait comment ça marche, tu l'as vu vendre ses potions, même si l'apothicaire n'a pas voulu toute les lui prendre, il a réussi à se faire remarquer. A serrer les dents et à sourire alors qu'il déteste Mr Wiggs. Il ne va sûrement pas travailler avec lui longtemps, mais grâce à cette promesse de poste il pourra aller loin.
Vanille avait déjà plus ou moins compris cet aspect du caractère d'Alexandre.
- Après, en dehors de ce côté ambitieux, je pense que c'est quelqu'un de bien. Il a toujours voulu aider quand il voyait certaines personnes en difficulté, même quand il était Novice. Je pense qu'il est sincère, qu'il connaît ses défauts et qu'il est du genre à reconnaître ses erreurs. Il a un côté un peu… sourire charmant et voix profonde, un côté dragueur. Je crois qu'il aime plaire, tout simplement, pas spécialement plaire aux filles mais plaire en tant que personne. Il est charmeur, pour mettre tout le monde dans sa poche, sans forcément avoir de mauvaises intentions derrière. Et je ne sais même pas s'il le fait exprès.
Vanille voyait parfaitement ce qu'elle voulait dire. La voix grave d'Alexandre résonnait encore dans ses oreilles. En revanche, elle avait remarqué qu'il l'abandonnait quand il était particulièrement sincère, lorsqu'il lui avait fait ses aveux par exemple. Pendant son monologue, il avait perdu ce ton mystérieux et hypnotisant que lui procurait cette fameuse voix grave, et elle l'avait trouvé vrai, honnête. C'était sans doute cela qui l'avait poussée à l'embrasser.
- J'imagine que tu te demandes comment tu dois agir avec lui, tu ne sais pas trop si tu veux être en couple ou juste proche de lui. Tu sais, Alexandre c'est le genre gentleman, au fond. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre vous. Mais ce n'est pas le genre de personne qui te fera du mal, en tout cas pas volontairement. Et si ça arrive, il saura s'en rendre compte, te comprendre et se faire pardonner. Et, je sais que tu ne me demandes rien mais je vais te donner un conseil : laisse faire le temps. Apprends tranquillement à le connaître, passe le temps que tu veux avec lui, sans pression, sans forcément d'autre but que de passer du temps, et tu sentiras bien si c'est quelqu'un qui te correspond. Tu as déjà été avec un garçon ?
Vanille hocha frénétiquement de la tête en signe de négation.
- C'est étonnant qu'aucun garçon n'ait tenté de se rapprocher de toi, tu dégages un truc, je n'arrive pas trop à le décrire. A moins que tu ne les aies tous repoussés ? ria-t-elle.
Vanille rougit un moment et pensa à ce qu'Oreste venait de lui dire. C'était un excellent conseil, au fond, très différent de ce qu'Ambre et Leanne avaient pu lui dire avant de se quitter pour les vacances ("Demande-lui si vous sortez ensemble", "Embrasse-le encore, tu sauras bien si tu veux être avec lui!").
- C'est marrant, fit Oreste, sortant Vanille de ses pensées. Inconsciemment, par tes expressions, tu invites les gens à te comprendre. Tu es un peu comme… une Occlumens à l'envers.
