Jeudi 4 juillet

Dix-huit heures et quinze minutes. Izuku eut un sourire en lisant l'heure de son portable. Il venait de sortir du commissariat. Baignant dans la chaleur, il entama son chemin sous le soleil, toujours radieux, et chaud, en ce début juillet.

Il était rare qu'il arrive à partir à l'heure de son travail, et il le nota mentalement. Pour une fois, la journée avait été bonne. Il avait reçu tous les papiers demandés, contenant les rapports des interrogatoires et médicaux, il aurait bientôt bouclé un dossier, ce dont il se réjouissait d'avance.

Atteignant le carrefour, il s'arrêta au feu rouge du passage piéton et en profita pour regarder une nouvelle fois son téléphone. Il n'avait pas vu Ochaco depuis dimanche. Tapant un rapide message, il lui dit que tout allait bien et qu'il essaierait de passer dans les jours à venir.

À dire vrai, il n'avait pas envie de la voir. Il se sentait horrible, mais dès qu'il pensait à elle, il la voyait revenir avec Shôtô, devancé par Aiko, des près, avec un grand sourire aux lèvres. C'était à ça que devaient ressembler une famille et le bonheur, non ?

Mentalement, il s'insulta. Il devait être le pire des meilleurs amis. Sa discussion avec Tsuyu lui avait remis quelques idées en place, ainsi que de nouvelles révélations qu'il avait encore du mal à digérer.

Elle l'avait encouragé à se centrer sur lui-même. Il ne comprenait pas sa démarche, après tout, Bakugo était revenu, et Ochaco avait besoin de lui… cependant, Tsuyu lui avait maintenu que dans son état, il ne servirait pas à grand-chose ni à qui ce soit. Déprimé à l'entente de la vérité, il avait accepté d'essayer de faire cet effort. Bien qu'il n'était pas convaincu d'y arriver.

Perdu dans ses pensées, il arriva devant son immeuble sans même savoir comment. Les automatismes du corps pouvaient être effrayants.

La climatisation glaça sa transpiration. Sa tenue devait être aussi trempée que lui.

Il franchit le bas de sa porte quelques minutes après, et, à peine fut elle fermée qu'il se déshabilla avant de se jeter sous la douche.

L'eau froide lui fit un bien fou. Il travaillait tellement qu'il avait presque oubliait les effets du soleil sur la peau, ainsi que ceux de la canicule.

Il observa ses bras en se savonnant. Chaque année, quand il patrouillait l'été, il avait toujours des marques de bronzage déplaisantes. Cette année, il n'en avait aucune. Ce constat lui pinça le cœur.

Il rouvrit le robinet et s'aspergea. Le savon glissa sur sa peau. Une fois débarrassé de ce dernier, il ferma l'arrivée d'eau et plaqua ses cheveux en arrière. Il eut à peine à ouvrir le rideau de douche que des mèches rebelles vinrent lui coller au front.

D'un regard dans le miroir, Izuku soupira. Il n'arriverait jamais à dompter sa tignasse même mouillée.

Deux coups secs cognèrent à sa porte. Il n'attendait personne aujourd'hui, comme tous les autres jours en général depuis quelques mois, au vu de sa vie professionnelle, pensa-t-il amèrement. Puis, il se souvint qu'Ochaco n'avait pas répondu à son message, peut-être était-elle venue le voir en personne. Bien qu'étrange qu'elle toque à la porte puisqu'elle avait un double de ses clés, elle aussi.

– J'arrive ! lança-t-il en priant qu'elle l'entende.

Sans s'embêter outre mesure, il enroula une serviette autour de ses hanches. Il n'avait pas du tout envie de s'essuyer au vu de la chaleur, et son amie l'avait déjà vu en sous-vêtement. Puis, il était chez lui, s'il avait envie de tremper le sol, il pouvait après tout. Tant pis si elle râlait.

Sans plus de cérémonie, il ouvrit la porte et lança sans attendre :

– Tu as oublié tes clefs ?

Shôtô, surprit, ne comprit pas la remarque. Quant à Izuku, interdit, il resta figé.

– Désolé, je gêne ? demanda Shôtô, après de longues secondes.

– Je… Pas du tout ! Je sors de la douche ! Et puis, je pensais que c'était Ochaco ? Enfin, pas que j'ouvre dans cette tenue à elle en particulier, hein ! Il fait chaud alors s'essuyer… Mais rien à voir avec toi ! Ou elle, d'ailleurs ! Elle a le double des clefs, j'aurais dû trouver ça bizarre qu'elle toque !

Un rire nerveux lui échappa. Il se perdait dans des explications qui n'avaient pas lieu d'être. Pitoyable.

– Je peux revenir une autre fois, ce n'est pas grave…

– Non ! Enfin, euh, rentre, je vais me changer voyons ! Euh, tu es seul ?

– Oui, je voulais te voir avant de récupérer Aiko, justement.

Izuku remercia le ciel. Si sa fille avait été présente, il s'en serait d'autant plus voulu.

– Je vais enfiler quelque chose et je te rejoins au salon, c'est tout droit !

Sa voix venait de le trahir en étant plus aigüe, pesta-t-il en se confinant dans sa chambre.

Shôtô ne s'en formalisa pas. Il ferma bien la porte derrière lui, et, comme son ami lui avait indiqué, il s'avança jusqu'à la pièce à vivre.

Quand on arrivait du couloir, on débouchait sur une table ronde, qui délimitait la cuisine du salon. Ce devait être la salle à manger, pensa-t-il. Il n'y avait pas de mur ou de comptoir pour marquer chaque pièce, et l'espace, grand ouvert, était lumineux. Le canapé, d'un bleu gris, faisait face à une table basse et une télé, où plusieurs figurines trônaient dont il ne connaissait pas l'origine. Une plante verte mourait dans un coin, non loin d'un meuble de DVD rempli, et un ordinateur portable traînait sur un probable bureau, bondé de papier.

Une fois qu'il eut observé la pièce dans sa globalité, il remarqua les peintures différentes, du blanc pour la cuisine, au beige pour le salon.

Cuisine qui était bien plus rangée que le salon, nota-t-il.

– Désolé de l'accueil.

Il se retourna, Izuku avait enfilé un jogging et un t-shirt à la hâte. Ses cheveux étaient toujours trempés, par contre.

– Ce n'est rien, je n'aurais pas dû passer à l'improviste.

Izuku lui sourit :

–Pas du tout, ça ne me gêne pas. Enfin, ce n'est pas très en ordre, mais c'est pas grave, c'est juste que j'aurais au moins enfilé quelque chose avant de t'ouvrir, rougit-il, tu veux boire quelques choses ? J'ai du soda, ou du thé, enfin, je crois.

Izuku n'avait pas fait les courses depuis deux semaines, mangeait des conserves ou rien du tout ces derniers temps, mais il était certain d'avoir du Coca dans son frigo. C'était une bonne chose.

– Un verre d'eau fraiche me suffira.

Aussitôt demandé aussitôt fait. Izuku lui en ramena un, ainsi qu'un deuxième pour lui-même.

Ils en burent une gorgée tous les deux. Mal à l'aise, Izuku ne savait que faire. Les paroles de Tsuyu lui revinrent en tête, et il se lança :

– Hum… Alors, je peux t'aider pour quelque chose ?

Bien, ce n'était pas la meilleure approche, mais c'était déjà ça.

– Je voulais revenir sur samedi soir, lança-t-il.

Un silence, total, s'installa. Rompu par les battements de cœur d'Izuku.

Shôtô sembla chercher ses mots pendant une éternité à ses yeux, avant de reprendre :

– Je… Je ne sais pas si je devais m'excuser, enfin… Je suis content que tu m'aies écouté, mais j'aurais voulu en savoir un peu plus sur toi. C'est idiot. Et étrange de demander ça comme ça désolé. Je n'aurais pas dû venir.

Perdu, Izuku ne sut que répondre. Un coup de vent rabattit violemment un volet. Ils sursautèrent.

Stupéfaits, ils éclatèrent de rire à leur comportement.

Izuku ne les attachait jamais, une mauvaise habitude dont il devait vraiment se débarrasser, surtout après la peur qu'ils venaient d'avoir. Malgré tout, ça avait détendu l'atmosphère.

Il s'excusa piteusement. Ouvrant la fenêtre pour fixer le problème, la chaleur en profita pour pénétrer l'appartement et alourdir l'air ambiant. Une fois fait, Izuku se tourna à nouveau vers son ami.

– Je crois que je n'ai pas trop compris ta demande, osa-t-il annoncer, après avoir pris son courage à deux mains.

Une nouvelle fois, Shôtô prit quelques instants pour réfléchir. Les sourcils froncés et la main devant la bouche, Izuku ne pouvait s'empêcher de le trouver magnifique quand même.

– Je ne veux vraiment pas paraître étrange, commença-t-il, mais j'aimerais en connaitre un peu plus sur toi ? Enfin, je ne me suis pas livré à toi dans le but d'un échange ! Je sais que je peux te faire confiance, mais j'aimerais en connaitre un peu plus, mais je n'ai pas envie de te forcer la main, sauf que j'ai l'impression de faire ça en venant ici. Pardon.

Il enchainait les situations absurdes. Peut-être était-il en train de rêver, songea Izuku. Hébété, il ne sut que répondre avant de comprendre qu'il était bien dans la réalité. Alors, il éclata de rire. C'était nerveux. Inapproprié, incompréhensible, certainement, mais il ne put le retenir.

– Désolé, s'excusa-t-il à son tour, je m'attendais à beaucoup de choses sauf à ça et je réagis étrangement. Parfois.

Shôtô le considéra quelques secondes avant de sourire, à son tour.

– J'ai connu pire.

L'ambiance était détendue. Ils se sentirent mieux tous les deux. C'était une bonne chose.

Izuku se servit un nouveau verre d'eau, Shôtô en refusa un autre, poliment.

– Je ne sais pas trop quoi te dire, reprit Izuku, ni trop par quoi commencer… C'est vrai que c'est étrange de parler de ça comme ça, mais moi aussi, j'ai confiance en toi.

Ils échangèrent un regard entendu. Ils n'étaient pas très doués pour les effusions, c'était un bon début.

Étonné par cette demande de Shôtô, Izuku en était quand même ravi. Que pouvait-il espérer de plus ? Peut-être savoir s'il n'avait pas demandé la même chose à Ochaco… Il se sentit soudainement misérable, mais s'il apprenait la vérité, alors il se sentirait mieux, non ?

– Je, euh… Avant ça, tu… Tu as aussi demandé ça à Ochaco ?

– Non, je n'y ai pas pensé ?

– Tu ne veux pas la connaitre davantage ? laissa échapper Izuku, surpris.

Sa porte d'entrée s'ouvrit violemment.

– Izuku !

Éberlués tous les deux, ils ne bougèrent pas quand Katsuki fit irruption dans la pièce, et s'arrêta net.

– Je pensais pas dérangé, lança-t-il dans le blanc qui s'était installé.

Shôtô fut surpris de ne pas l'entendre hurler, toutefois, il préféra se taire.

– Pas du tout, tu voulais quelque chose ? répondit Izuku, à nouveau mal à l'aide.

Dire qu'il venait tout juste de rompre celui qui était présent avec Shôtô et réussir à lui poser une question indiscrète courageusement, pesta-t-il intérieurement.

Le regard furieux de Katsuki lui fit penser que ce n'était pas la réponse attendue. Ce dernier fit demi-tour sans répondre. Sans savoir pourquoi, il lui emboita le pas jusque dans le couloir :

– Katsuki, attends, qu'est-ce que tu voulais ? cria-t-il.

Atteignant les escaliers, son ami se tourna vers lui :

– Rien ! Absolument rien ! Fous-moi la paix !

Pouvait-il vraiment laisser l'un de ses plus anciens camarades partir comme ça ? Certainement pas.

Sans réfléchir, il se rua sur ses talons.

Shôtô, désormais seul sur le bas de la porte, ne sut que faire.