Chapitre 19

Lorsque j'arrive à émerger de ce trou noir, j'ai l'impression d'être arrivé dans un rêve -et non dans la réalité. Car Finnick se trouve penché sur moi, m'appuyant fort sur le thorax. Je ne comprends pas ce qu'il fait et je tente de respirer à nouveau, de remplir mes poumons, mais je n'arrive qu'à tousser légèrement. Finnick se redresse et je sens Katniss qui se rapproche de moi, ce qui me fait prendre conscience que je suis bien dans la réalité. Mes paupières ont du mal à s'ouvrir, et lorsqu'elles y parviennent, je n'arrive pas à faire la mise au point.

- Peeta ? j'entends Katniss m'appeler dans un sanglot.

Elle éloigne une mèche de mon front, tâte mon cou, et ma vision revient enfin à la normale. Au cas où elle n'aurait pas compris ce qui vient de se passer, je souhaite lui expliquer rapidement :

- Attention. Il y a un champ de force là, devant. Il est sûrement beaucoup plus intense que celui du centre d'Entraînement. Mais c'est bon, je vais bien. Juste un peu secoué.

- Tu étais mort ! s'écrie-t-elle. Ton cœur ne battait plus.

Puis elle se met à sangloter pour de bon et elle met sa main devant sa bouche pour étouffer tout ça. Je comprends qu'elle est bouleversée. Je tente de me redresser.

- Eh bien, on dirait qu'il est reparti (Ça ne la calme pas). Tout va bien, Katniss (Elle hoche la tête sans croiser mon regard et pleure de plus belle). Katniss ?

- Ne t'en fait pas pour elle, ce sont les hormones, me coupe Finnick. A cause du bébé.

- Non. Ce n'est pas … commence Katniss, mais elle ne peut plus placer un mot au milieu de ses hoquets hystériques.

Finnick est accroupi à mes côtés et légèrement essoufflé. Il sait que cette histoire de bébé n'était que de la comédie, mais je le remercie quand même silencieusement d'un regard, pour avoir donné à Katniss l'excuse de la grossesse quant à son moment de faiblesse. J'aperçois dans ses yeux un air étonné, regardant ma partenaire puis moi. On dirait qu'il essaye de déchiffrer la situation, sans succès car il finit par secouer la tête.

- Comment te sens-tu ? Tu peux marcher ? me demande-t-il

- Non, il a besoin de repos, rétorque Katniss.

Elle ne me laisse pas le temps de réagir avant de se moucher bruyamment à l'aide de la mousse que Mags a trouvé par terre. Puis elle se tourne vers moi, fronce les sourcils et tend la main vers mon torse :

- C'est ton objet personnel ? me demande-t-elle en soupesant le pendentif.

Je remarque à l'instant que Finnick a dû enlever le haut de ma combinaison lorsqu'il m'a ramené à la vie, laissant apparaitre mon collier. L'emblème du geai moqueur scintille sous les rayons du soleil. Je ne peux pas dévoiler ce qu'il contient tout de suite.

- Oui, je lui réponds. Ça ne t'ennuie pas, que j'aie adopté ton oiseau ? Je voulais qu'on soit assorti.

- Non, bien sûr que ça ne m'ennuie pas, dit-elle dans un sourire forcé.

- Si je comprends bien, on campe ici ? intervient Finnick

- Je ne crois pas que ce soit possible. Sans eau, sans protection … Je peux marcher, vraiment. Si on ne va pas trop vite, je précise.

La tête me tourne de plus en plus à mesure que j'essaye de me relever mais on ne peut pas attendre la mort dans cet endroit.

-Ce sera toujours mieux que de rester assis là, admet Finnick.

Il m'aide à me relever, tout le monde récupère ses armes et Katniss déclare :

- Je vais ouvrir la marche.

Je suis sur le point de refuser, par peur qu'elle ne se prenne la même décharge que moi, quand Finnick me coupe :

- Non, laisse-la faire. Tu savais qu'il y avait ce champ de force, pas vrai ? demande-t-il à Katniss. Tu as tenté de nous prévenir à la dernière seconde.

Elle hoche la tête en signe d'approbation.

- Comment le savais-tu ?

- Je ne sais pas. C'est comme si j'avais pu l'entendre. Ecoutez.

Le silence se fait, mais je n'entends rien. Je me rappelle brièvement notre conversation au premier midi des entrainements. « Wiress et Beetee sont très intelligents. Ils ont tout de suite repéré le temps de force tendu devant les Juges ». Est-il possible qu'ils lui aient appris à reconnaitre un champ de force ? Si c'est le cas, elle n'en dit rien, et je devine qu'elle a ses raisons. Je rétorque quand même :

- Je n'entends rien.

- Mais si, on dirait le bourdonnement du grillage autour du district Douze, en beaucoup plus faible. (Nous tendons l'oreille, à l'affut du moindre bruit). Là ! Vous l'avez ? Ça vient pile de l'endroit où Peeta s'est pris la décharge.

- Je n'entends rien non plus, avoue Finnick. Mais si toi, oui, je t'en prie, passe devant.

- Curieux, lance Katniss d'un air perplexe, regardant à droite et à gauche. Je ne l'entends que dans mon oreille gauche.

Qu'est-ce qu'elle ment mal.

- Celle que les médecins ont opérée ? je questionne.

- Oui (elle hausse les épaules). Ils ont peut-être amélioré mon audition. Vous savez, parfois, j'entends des drôles de trucs de ce côté-là. Des choses qui ne font aucun bruit d'habitude. Comme le battement des ailes d'un insecte, la chute d'un flocon sur le sol.

Je ne sais pas si Snow en croira une miette, mais les médecins qui ont soigné cette oreille auront certainement des comptes à rendre.

Nous nous mettons en marche. Comme j'ai du mal à mettre un pied devant l'autre malgré mes protestations, Finnick me dégotte un bâton pour me soutenir dans ma marche. Il a fait de même pour Mags. Génial, je me retrouve dans le même état physique qu'une vieille dame.

Nous marchons lentement, cependant au bout de quelques pas, je me sens littéralement K.O, mais mon instinct de survie m'ordonne de continuer. Katniss prend les devants mais fait quand même attention à ce que le fruit sec qu'elle décortique heurte bien le champ de force avant d'oser avancer. Mags est devant moi et Finnick ferme la marche, de sorte qu'il puisse, lui au moins, nous défendre en cas de besoin.

Je m'interroge à son sujet. Je ne pense pas que le fait qu'on soit allié, même pour un temps seulement, ne justifie le fait qu'il m'ait sauvé la vie. Je veux dire, le but est d'être le seul à sortir d'ici vivant, non ? Alors je ne saisis pas. Lorsqu'ils ont compris que mon cœur a arrêté de battre, ils auraient dû pleurer sur mon sort et se remettre en route à la recherche d'eau. A la place, Finnick a fait repartir mon cœur. Je ne sais pas comment il s'y est pris mais ce qui est sûr, c'est qu'à mon réveil c'est lui qui était penché sur moi, essoufflé. Peut-être que Katniss l'a menacé ? Non, elle ne pouvait pas savoir qu'il aurait la capacité de me ranimer. Il n'y a rien de logique. Je sursaute quand Katniss fait volte-face en hurlant :

- Mags ! Crachez ça tout de suite. Elles sont peut-être mortelles.

Je comprends qu'elle parle de ce qui semble être une noix, les mêmes que celles qu'elle jette sur le champ de force depuis tout à l'heure. Mags a dû en manger une. Katniss se tourne vers Finnick, qui répond alors :

- J'imagine qu'on va bientôt le savoir.

Il met toute son énergie pour me ramener à la vie, mais laisse Mags manger des noix, peut-être vénéneuses, en hochant les épaules. Je ne comprends pas ce garçon. Je sais juste que, à ce stade des Jeux, nous avons besoin de lui. Et que je suis serai toujours redevable. Tuer m'est très difficile, mais quand il s'agit de quelqu'un qui m'a sauvé la vie, ça complique encore nettement les choses.

Perdu dans mes pensées, je me force à rechercher un point d'eau, posant mon regard à droit et à gauche. A remarquer le moindre bruit de ruissellement. La moindre trace d'une mare. J'ai l'impression qu'on tourne en rond, ou au moins qu'on forme un arc de cercle depuis que nous sommes repartis. Katniss se stoppe et nous observe, avant de décréter :

- Faisons une pause. Je vais jeter un coup d'œil là-haut.

Katniss grimpe avec aisance en haut d'un grand arbre. Je m'autorise à m'assoir et à songer sérieusement qu'il n'y ait aucune possibilité de s'abreuver. Quel serait le but des Juges ? Il n'y a pas d'intérêt à nous regarder tous crever de soif, les Jeux se termineraient trop vite. Lorsque Katniss redescend, elle nous annonce :

- Le champ de force nous confine à l'intérieur d'un cercle. C'est un dôme. J'ignore jusqu'où il s'élève. Il englobe la Corne d'abondance, la mer, et la jungle autour. Tout ça est très net, parfaitement symétrique. Et pas très grand.

Finnick demande une seconde avant moi :

- As-tu vu de l'eau ?

- Seulement l'eau de mer.

- Il doit bien y en avoir quelque part, je rétorque. Sinon, nous serons tous morts d'ici quelques jours.

- De toute façon, inutile de nous demander ce qu'il y a de l'autre côté de cette colline parce que la réponse est « rien du tout ».

- Il y a forcément de l'eau potable entre le champ de force et la roue, j'appuie.

Ce qui veut dire que nous allons redescendre vers le bain de sang, où les carrières doivent prendre plaisir à apprécier toutes les armes à leur disposition. Mags ne nous serait d'aucune utilité en cas de combat. Je me demande si moi-même j'en aurais une, à cause de ma faiblesse engendrée par ma rencontre avec le champ de force. Cette alternative parait compliquée, nous descendons donc de quelques centaines de mètres afin de se rapprocher d'un éventuel lit de ruisseau, et continuons le long du champ de force.

En fin d'après-midi, nous sommes à bout de force, donc nous décidons de nous arrêter pour aujourd'hui. Finnick nous choisit un campement proche du champ de force, afin de pouvoir nous en servir comme arme en cas d'attaque. Ce dernier cueille des hautes herbes avec Mags pour les tresser, Katniss monte la garde, et je sens mon estomac vide alors je décide d'aller chercher de quoi manger.

Puisque Mags est encore sur pieds après avoir gouter aux noix, je vais commencer par là. Il est très facile d'en trouver, si bien que je n'ai qu'à me baisser pour en ramasser deux ou trois. Je prends l'idée de Katniss et les grille sur le champ de force, avant de les décortiquer et de les regrouper dans une feuille qui nous servira de bol. J'essaye de repousser au loin ma soif grandissante. Au bout d'un moment, Katniss déclare :

- Finnick, si tu montais la garde à ma place ? Je pourrais faire un tour dans les environs, voir si je trouve de l'eau.

Je suis sur le point de protester, mais elle réplique :

- Ne t'en fais pas, je n'irai pas loin

- Je t'accompagne, dis-je

- Non, je voudrais en profiter pour chasser un peu. Je ne serai pas longue.

Je me souviens des derniers Jeux, lorsqu'après notre alliance et mon rétablissement, nous sommes repartis pour chasser. J'avais été si bruyant qu'aucun animal n'avait croisé notre chemin, ce qui avait passablement irriter Katniss. J'accepte donc silencieusement, la regardant partir à travers les arbres.

Je l'ai à peine perdu de vue que les premiers coups de canon se font entendre. Un instant de panique m'envahit en pensant à Katniss, seule, dans les bois, mais d'autres coups suivent le premier, ce qui signifie que le bain de sang a dû prendre fin. Nous nous sommes tous les trois stoppés dans nos activités et nous tendons l'oreille. Le premier jour, les Juges attendent que le carnage se termine pour pouvoir tirer le canon et ramasser les corps, sans être au milieu des tributs en plein combat.

- J'ai compté huit coups, j'annonce.

Huit coups ont retenti, ce qui signifie que huit tributs sont morts. C'est peu comparé à l'année dernière, mais ça me parait beaucoup trop si on considère que nous nous connaissions tous.

Je ne prends pas le temps de m'imaginer qui est tombé aujourd'hui, je le saurai ce soir en observant le ciel, lorsque les hovercrafts viendront illuminer l'arène avec le portrait des tributs morts.

Je continue ma recherche de nourriture quand Mags me rejoint et me tends des bols tissés avec les herbes qu'ils ont cueilli, bien plus grands et résistants que mes pauvres feuilles. Je la remercie avec un sourire et j'y place les noix. Nous finissons avec trois bols remplis.

J'aide Finnick à monter la hutte dont il vient de tresser les murs et le toit. Ça nous fera un abri remarquable. Pas mal de temps est passé depuis que Katniss est partie, et elle n'est toujours pas revenue. Je commence à m'inquiéter, sous l'œil suspicieux de Finnick, lorsqu'elle réapparait enfin d'entre les arbres. Nous la toisons tous les trois remplis d'espoir.

- Non. Pas d'eau. Mais il y en a. Ce petit malin savait où en trouver, annonce-t-elle en nous montrant un rongeur qu'elle a chassé. Il venait de boire quand je l'ai abattu dans son arbre. Je n'ai pas réussi à trouver sa source, par contre. Et j'ai pourtant inspecté chaque centimètre carré de terrain dans un rayon de dix mètres.

- Tu crois qu'il est comestible ? je demande, songeant que nos noix feront un bien maigre repas.

- Pas sûr, mais sa chair n'a pas l'air très différente de celle d'un écureuil. Il vaudrait mieux le cuire, quand même…

Elle grimace à l'idée de faire un feu. Mais depuis tout à l'heure, je grille des noix sans avoir eu besoin d'un feu, alors pourquoi ne pas tenter la même chose avec cette bestiole ? Katniss est en train de le découper en cube, j'en prend un morceau et l'embroche sur une petite branche d'arbre qui fait office de brochette, puis le jette contre le champ de force. Il me revient dans les mains comme la pomme sur le toit du centre d'Entrainement, un peu brûlé, mais au moins il est bien cuit. Tous les trois commencent à m'applaudir pour ma trouvaille avant de s'arrêter brutalement, craignant que le bruit nous fasse découvrir.

Vient le moment de se nourrir. Le soleil commence à se coucher dans un ciel d'une couleur rose merveilleuse. Nous dégustons les noix, qui ont un bon gout sucré, et le rongeur que nous décidons de nommer « rat arboricole », qui se révèle très juteux malgré un gout très prononcé. Finnick s'y intéresse beaucoup et pose de nombreuses questions à Katniss au sujet de sa hauteur dans les arbres quand elle l'a abattu, de ce qu'il faisait, s'il avait peur, …

La nuit tombe pour de bon et une lune pale se dessine dans le ciel. Je prends la main de Katniss dans la mienne afin que l'on affronte ensemble le moment où nous saurons qui est mort aujourd'hui.

Ça arrive plus vite que prévu et nous voyons s'allumer le sceau de Panem dans le ciel sombre. Suivi des visages des tributs. D'abord, l'homme du Cinq, que j'ai vu arriver en premier sur la plage de la Corne d'abondance. Il a dû se faire devancer. Ou alors, son état ne lui a pas permis de se battre. Ça signifie que tous les tributs du Un au Quatre sont en vie, notamment Brutus et Enobaria, qui ne sont pas les moins dangereux de nos ennemis.

Ensuite, le visage du drogué du Six s'affiche. Puis Cecelia et Woof, du Huit. Une image me revient en tête : celle du jour de la Moisson, où nous avons vu Cecelia tirée au sort, abandonner ses trois enfants qui se cachaient dans sa jupe. Je n'y avais pas prêté trop attention alors, puisque je me focalisais uniquement sur la survie de Katniss. Mais maintenant que nous sommes dans cette arène, son décès me laisse un gout amer. Nous avons privé trois enfants de leur mère, comme Katniss a été abandonnée à la mort de son père. Cette pensée me remplit de haine, je resserre imperceptiblement ma poigne sur la main de ma partenaire.

S'ensuit les deux tributs du Neuf et la femme du Dix, que je ne connaissais pas, puis Seeder, du Onze, si gentille, si souriante. Une dernière musique accompagne l'image du sceau de Panem, et le ciel redevient sombre, la nuit silencieuse. Mes pensées se tournent vers Haymitch, qui vient de voir mourir huit de ses amis, lorsqu'un parachute argenté atterrit à nos pieds. Personne ne bouge, mais tout le monde le regarde.

- A qui est-il destiné, à votre avis ? interroge Katniss

- Comment savoir ? réplique Finnick. Il n'y a qu'à le donner à Peeta, puisqu'il a failli mourir aujourd'hui.

Je prends le parachute et détache le petit baluchon qui y pend. A l'intérieur se trouve un objet métallique, comme un tube creux cylindrique.

- Qu'est-ce que c'est ? nous devance Katniss

Tout le monde se fait passer l'objet mais personne ne peut répondre. Ça me fait vaguement penser à quelque chose mais je ne saurais pas dire à quoi. Peut-être un petit instrument produisant de la musique ? Je souffle dedans mais aucun son n'en sort. Je le fais passer à Finnick, puis me dit que même si un son en sortait, ça ne nous avancerait en rien. Je me demande à quoi Haymitch a bien pu penser en nous envoyant ça. Je parie de Katniss l'aura découvert avant demain matin, puisque sans avoir besoin de se parler, ils se comprennent parfaitement. Finnick passe l'ustensile à Mags, quand Katniss demande :

- Vous croyez pouvoir pêcher avec, Mags ?

L'intéressée secoue la tête. Katniss récupère l'objet, le regarde dans tous les angles possibles, le lève vers la clarté de la lune, puis fini par le jeter rageusement par terre, où il se plante dans le sol.

- J'abandonne. Peut-être que Beetee et Wiress sauront à quoi ça sert, si on arrive à les trouver.

Elle n'a pas écarté l'idée de s'allier avec eux. Elle s'allonge et, afin de la calmer, je commence à lui masser les épaules. Je la sens se détendre, se perdre dans ses pensées.

Et dire qu'hier encore, nous avons passé une merveilleuse journée au soleil, sur la terrasse, à ne penser à rien. Voilà où nous en sommes aujourd'hui : j'ai failli mourir, nous sommes assoiffés, avec les carrières à nos trousses, dans une arène minuscule qui ne me donne aucun sentiment de sécurité. Je sens la sueur moite de cette humidité chaude me couler le long de la colonne vertébrale. Katniss se redresse brusquement et s'écrie :

- Un bec !

- Quoi ? demande Finnick.

Katniss analyse le tube de métal. L'objet qu'elle a cité me revient en mémoire : mon père m'a expliqué que le sirop d'érable que nous mettons dans nos gâteaux provenaient de la sève des arbres. Ça m'a toujours ébahi qu'un arbre puisse produire ce genre de produit sucré et doux à la fois. Et il m'a montré l'objet très ancien qu'il gardait dans ses affaires personnelles, en me disant qu'il suffisait de faire un trou assez profond dans un érable et d'y insérer ce tube. C'était la même chose que ce qui vient de nous être offert par le parachute.

Peut-être même a-t-il fait don du sien pour nous ? Je ne sais pas, en tout cas, cette histoire remonte à plus de dix ans maintenant. Voilà pourquoi j'ai eu du mal à me rappeler de cet objet.

- C'est un bec, insiste Katniss. Une sorte de robinet. On l'enfonce dans un arbre pour en recueillir la sève. Enfin, encore faut-il trouver le bon arbre.

- La sève ? reprend Finnick, incrédule.

En effet, même si cet objet pourrait nous aider à sortir de la sève, ça ne nous aiderait pas le moins du monde pour survivre. Non, nos mentors ont dû nous envoyer ça pour une chose beaucoup importante, primordiale même, à l'heure actuelle : trouver de l'eau. Cette humidité doit provenir de quelque part. Et une petite voix m'indique que cet objet nous aidera à nous en procurer.

- Pour faire du sirop, je souligne. Mais ces arbres-ci doivent contenir autre chose.

Nous nous levons en même temps, trop pressés de trouver de quoi nous abreuver. Je ne sais pas vraiment comment m'y prendre, mais Finnick souhaite enfoncer le bec dans l'arbre à coup de pierre.

- Arrête. Tu risques de l'abîmer. Il faut percer un trou d'abord, prévient Katniss.

Mags propose son poinçon pour faire un premier trou, qu'on agrandi au fur et à mesure à coup de couteau, Finnick et moi. Une fois le trou assez large, Katniss y place le bec, et nous attendons ce qui me parait une éternité. Enfin, une goutte d'eau minuscule sort de l'arbre et atterrit dans la main de Mags. Elle la lèche puis positionne de nouveau sa main sous le bec.

- Il faut peut-être ajuster la position du bec, pour trouver une bonne artère ? je suggère.

Ce qui fonctionne car à force de le bouger, le tube fait sortir de l'arbre un mince filet d'eau tiède. Tout le monde boit chacun son tour avant que Mags nous propose ses bols tissés si serrés qu'ils retiennent l'eau tels des verres. Nous en remplissons un et nous le faisons passer pour boire ou même se rincer le visage. Je bois lentement et profite de chaque gorgée, craignant que l'arbre arrête de nous abreuver d'une seconde à l'autre.

Maintenant que nous avons bien manger puis bu beaucoup, nous pouvons nous reposer. Katniss garde le bec dans sa ceinture à l'aide d'une liane, de sorte que si nous devons nous enfuir en vitesse, nous ne l'oublions pas. Finnick prend le premier tour de garde, et je suis trop exténué pour le contredire. Une fois que j'aurai repris des forces après une belle nuit de sommeil, je serai en mesure de me battre. Katniss s'allonge près de moi et nous nous endormons très rapidement.

J'ouvre un œil quelques heures plus tard lorsque des sons de cloches se font entendre -Dong ! Dong ! Katniss se relève mais moi je ne bouge pas, feignant le sommeil. Dès que le bruit s'est éteint, Finnick souffle :

- J'ai compté Douze coups.

- Ca veut dire quelque chose, à ton avis ? demande Katniss.

- Aucune idée.

Je n'ai pas le temps de me poser la question que le sommeil m'emporte de nouveau alors qu'un orage tonne au loin (ou alors ai-je entendu un coup de canon ?)

Je suis réveillé quelques heures après par le cri douloureux de Katniss :

- Debout ! Courrez !