JOYEUX ANNIVERSAIRE, ARTIK !
HS – Artikaliméro.
— Plus sérieusement, enchaîna Artik comme si le silence ne s'était pas éternisé pendant des minutes entières dans le cabinet du psychiatre, je pense que… Non, j'en suis même sûr… Ils ne m'aiment pas, mes amis de la Ligue.
La crise existentielle que traversait le dresseur aux cheveux bleus avait beaucoup étonné le psychiatre. Le jeune homme de vingt-… vingt-trois ans était arrivé dans son cabinet et avait mandaté une consultation de lui-même. Même si mandaté signifiait « foutre le patient précédent à la porte pour profiter du fait que ce soit le malheureux qui paie la consultation », ça avait suffisamment étonné le psychiatre pour qu'il soit attentif au mal-être qui se dégageait du gothique.
— Vous croyez ? demanda-t-il. Pourquoi dites-vous cela ? Il s'est passé quelque chose ?
— Ça n'arrête pas…
Artik sortit de la douche et contempla son reflet, s'ébrouant pour ôter les gouttes d'eau qui perlaient au bout des mèches qui encadraient son visage. Nouant la serviette bleue – à lui, donc – autour de ses reins, il passa le revers de sa main gauche sur ses joues, constatant qu'il faudrait qu'il se rase. Attrapant une deuxième serviette dont il se frotta les cheveux, il se tourna vers l'endroit où il avait posé ses vêtements pour se saisir…
Sur la chaise où il était PERSUADÉ d'avoir laissé un pantalon, des sous-vêtements et une chemise noirs, il put constater la présence d'un string à paillettes trop facilement identifiable, doublé d'un tutu rose et de la perruque blonde qu'il détestait tant, parce qu'elle lui rappelait cruellement la formation de son élève. Tremblant de rage, il lâcha sa deuxième serviette et sortit en trombe de la salle de bains, pour se rendre dans le salon en hurlant :
— NEKOOOOOOOO !
Arrivant dans la salle à manger où il savait que les dresseurs souterrains squattaient allègrement sans lui demander s'il voulait de la compagnie, il ne put esquiver la main de son élève qui arracha la serviette qu'il avait nouée à ses hanches, ni le flash de l'appareil photo qui le capturait alors qu'il était nu et même pas coiffé, dégoulinant encore d'eau, comme un Chinchidou trempé par un orage, ce qui devait présenter une image sacrément pitoyable de lui.
— LEVREEEEEETTE !
Éclatant de rire, les deux filles se dépêchèrent de fuir, alors qu'il rattrapait la serviette, la renouant rapidement autour de ses hanches, enlevant son anatomie au regard compatissant de Ln(3) qui haussa les épaules, signe qu'elle n'avait pas pu les empêcher d'accomplir leurs petits méfaits.
— Je vois, commenta le psychiatre sans prendre de notes.
Il contempla un moment Artik qui sillonnait encore son tapis, aplatissant du bout du pied les bouloches qui s'étaient formées avec le temps.
Ce fut à ce moment-là que le psychiatre constata que le gothique n'était en aucun cas vêtu de sa façon habituelle, puisqu'il n'écrasait pas le tapis de sa paire de chaussures à semelles compensées, mais avec une paire de baskets assez fines. Un jeans taille basse d'une coupe plutôt droite lui tombait sur les hanches, une chemise bleu clair contrastait avec sa ceinture blanche et rappelait la couleur de ses cheveux. Et il n'était même pas maquillé. Haussant un sourcil défiant le psy de dire quoi que ce soit – ce qu'il ne fit pas, bien sûr – Artik soupira une nouvelle fois. Le docteur reprit la parole.
— Peut-être exagérez-vous en disant que vos amis ne vous aiment pas, Artik.
— Vous croyez ?
Après maintes acrobaties, destinées à étendre le bras de façon à ne frôler aucun des câbles tendus entre la bombe et l'amas de vêtements suspendus sur l'antenne du toit – il tuerait Benzine et Drake. Il se le jurait – pour ne pas la faire exploser, Artik était finalement parvenu à redescendre dans la salle de bains, où il avait fini de se sécher. À présent correctement et décemment habillé, avec beaucoup de goût et de classe, il s'échinait à dompter ses cheveux qui avaient tendance à n'en faire qu'à leur tête.
Soupirant en voyant que le peigne – humide ou pas – ne vaincrait pas ses épis, il saisit son pot de gel, mettant les doigts dedans, répartissant bien sur ses mains pour les glisser dans ses cheveux et les dresser en pique. Attendant quelques secondes que le gel durcisse, Artik chantonna une chanson, qui mourut dans sa gorge quand il se rendit compte que ses doigts refusaient de se détacher de ses cheveux.
— PSYKOOOOOOOOOO !
Les mains toujours fixées aux cheveux, dans la formidable et pathétique incapacité d'ouvrir la porte de la salle de bains, Artik entendait le crétin à grosse bite se fendre la poire derrière. De rage, le gothique donna un immense coup de pied dans le battant, explosant son orteil sur le bois. Sautillant, les larmes aux yeux, les mains dans les cheveux, il lâcha un flot de jurons qui fit encore plus marrer Psyko, avant qu'il ne détale disant qu'il avait un rendez-vous des plus urgents.
Se tortillant comme il le pouvait, Artik fit tomber un flacon de dissolvant dans le lavabo, qu'il se félicita de ne pas avoir débouché et entreprit d'ouvrir le flacon avant, longtemps après, de verser son contenu et de mettre à regret sa tête dans le lavabo, imbibant ses cheveux et ses mains de dissolvant, parvenant enfin à détacher ses doigts de ses mèches.
Écumant de rage, il sortit de la salle de bains, cocotant affreusement l'acétone, il se précipita dans la salle à manger et n'y trouva que Ln(3) qui secouait la tête d'un air indigné et désolé pour lui.
Ahanant de déception, il se laissa tomber sur la chaise en face d'elle, alors qu'elle soupirait.
— Eh bah, c'est vraiment pas ton jour… Tu veux un café ?
— Vous voyez bien qu'ils ne sont pas tous contre vous, rayonna le psychiatre. Le geste du café, sans souligner à quel point vous deviez paraître pitoyable, c'est une belle preuve d'amitié !
— Ah ouais, vraiment ? grogna Artik.
La remerciant d'un regard reconnaissant, un peu étonné qu'elle soit si gentille alors qu'en temps normal c'était une crevure, Artik hocha la tête et Ln(3) se leva, allant jusqu'à la cuisine avec sa propre tasse, dans la visible intention de se refaire un café également. Elle revint quelques minutes après et posa le précieux nectar fumant devant lui, sans y ajouter de sucre, puisqu'il détestait le café sucré, puis retourna à sa place. Il soupira, porta la tasse à ses lèvres :
— C'est un complot ou un hasard ?
— Un peu des deux, je pense, commenta Ln(3) en penchant la tête vers un calepin à expériences.
Avalant sa gorgée, Artik n'y prêta pas attention. Quand il les retrouverait, il :
Ferait bouffer un des caleçons sales de Psyko à Benzine
Étoufferait Neko avec les cheveux de Drake
Mettrait le diamant de Sinnoh dans le cul de Psyko
Ferait gober à Levrette un des cocktails Molotov de Benzine avant de la jeter par la fenêtre
Puis…
S'arrêtant de penser, il regarda ses mains se couvrir de plaques rouges piquantes qui commençaient à le démanger furieusement, alors que Ln(3) le fixait d'un air fasciné.
— Ah donc en fait mon poison urticant est vraiment très vite absorbé par le corps, c'est absolument grandiose, j'ai fait très fort, sur ce coup-là. Je m'aime.
— LN ! cria Artik en se grattant furieusement les mains et le cou.
— C'est ce que je voulais dire, par « un peu des deux ». Eux, c'était un complot. Moi, c'est le hasard. Bonne journée, Artik !
Elle s'enfuit en courant, tout aussi hilare que les autres, scandant sûrement à ses complices improvisés que tout roulait, qu'ils pouvaient s'enfuir tranquilles compte tenu des démangeaisons qui l'assaillaient.
À la réflexion, c'était peut-être elle qui se mangerait le diamant dans le cul. Et les cheveux de Drake. Avec le reste de la tête de Drake, le cocktail Molotov de Benzine et le caleçon à Psyko. Mais sans Psyko à l'intérieur, sinon elle serait capable d'aimer ça.
Le psychiatre grimaça.
— Vos idées de torture sont très imagées. Ça n'explique pas pourquoi vous êtes dans cette tenue et pourquoi vous pensez qu'ils vous détestent. Ce n'est qu'un malheureux concours de circonstances.
— J'crois pas au hasard. Bref. La suite.
— Aaaaah…
La sensation délicieuse de la dorsale rêche de Drattak sur son dos couvert de plaques était tellement agréable qu'il ne s'entendit même pas pousser ce gémissement. Il venait d'atterrir dans le jardin de Prof, se délectant de l'apaisement des démangeaisons.
Quand il avait appelé le garant de Psyko pour lui demander un antidote contre le poison urticant de Ln(3), Prof avait soupiré d'emmerdement avant de lui dire de se débrouiller tout seul. Il avait fallu qu'il supplie – et oui, menacer d'enfoncer pêle-mêle Psyko, son caleçon, le diamant, Ln, Neko, le cocktail Molotov, Levrette, Benzine et Drake et sa touffe dans les divers orifices de quelqu'un, c'était une supplique – pour obtenir un peu d'aide.
Descendant à regret de son Pokémon, il esquiva le regard hilare de Prof qui lui tendait un tube rempli de l'antidote. L'absorbant avec délices, Artik sentit tout de suite la potion se distiller dans ses veines, apaiser les horribles tiraillements de sa peau. Au moins, c'était efficace de supplier quelqu'un.
Prof lui tapa sur l'épaule en lui faisant signe d'entrer dans son laboratoire. Lui était vraiment compatissant face à son triste sort. Expliquant rapidement les blagues de merde qui s'étaient enchaînées, Artik ne vit pas Inu se prendre les pieds dans un tapis, alors qu'elle portait une banane en train de flamber – carboniser serait plus exact. Prof lui cria un avertissement, il se retourna, la banane sauta de son plat, enflamma sa chemise, dévorant l'acétone si inflammable qui s'était renversée sur ses vêtements quand il avait manipulé le dissolvant.
Dans un élan de panique, Inu et Prof firent la première chose qui leur vint à l'esprit, ils l'arrosèrent avec ce qu'ils avaient sous la main – de l'urine de Cradopaud en immense quantité.
Ses vêtements brûlés, son honneur souillé, empestant la pisse, les cheveux plats, Artik jeta un regard d'avertissement à Prof, le défiant de rire de lui.
Haussant les épaules, Inu s'en alla sans même s'excuser, affirmant qu'elle allait répéter à tout le monde ce qu'il s'était passé, parce que c'était vraiment très drôle.
Humilié, Artik baissa les yeux et soupira de toute son âme. Prof haussa un sourcil, lui désigna la salle de bains et lui jura de lui apporter des vêtements propres et intacts.
— Eh bien, où est le problème ? questionna le psy. Le professeur a été aimable avec vous, Artik.
— Oui, mais on s'en fout de Prof, il compte pas dans l'histoire. Vous savez pas ce que c'est le pire. On est le douze juin, aujourd'hui. C'est mon anniversaire.
— Donc, demanda le psy, vous pensez que c'est leur façon de vous le souhaiter ?
— Ce serait bien le genre de ces sadiques. Alors. Je vais fomenter une vengeance digne de moi, ils vont s'en mordre les doigts pendant des années entières. Je suis un peu rancunier.
Fier de sa décision, Artik s'assit finalement dans le divan réservé aux patients du psychiatre, un sourire sadique s'étalant sur ses lèvres. Ils paieraient. Tous. Et en bloc. Ils comprendraient tous pourquoi ce jour ne devait pas avoir existé !
Soupirant une nouvelle fois, il dévisagea le docteur Mazeau.
— Sinon, je voulais vous parler d'une autre chose. Je crois que Psykokwak est fou à lier.
— Sérieusement ? grommela le psy. Comme si c'était nouveau, tout ça…
Voilà, ça traînait depuis un moment dans mes fichiers, j'espère que ça vous plu ! Promis, j'essaie de me presser pour le prochain chapitre de la Ligue Souterraine !
