Holà qui voilà !

C'est LCDAH ... ^^ héhé.

Me revoici donc sans trop de retard cette fois ! (et toujours la gueule de bois ...). Ayé, on attaque la lune des étoiles ! ohohoh ! taaaant de choses au programme ! mon coeur s'emballe ! j'espère pouvoir tout gérer XD En tout cas voici un petit chapitre un peu plus tranquille, avec la vie au monastère et surtout, comme vous l'avez lu dans le précédent chapitre, Luna dans la classe des Aigles !

Sur ce, je vous laisse avec le chapitre 18 ! j'espère qu'il vous amusera, j'ai pris plaisir à l'écrire ^^
On se retrouve bientôt ! Prenez soin de vous !

- La review de la Review

MIJO ! : * te donne le badge de super lecteur * Déjà merci d'être toujours fidèle au poste XD malgré l'affection toute relative que tu portes à Luna XD Mais malheureusement la brigade anti spolie m'interdit d'en dire plus sur le sort de Jeritza, tu vas devoir attendre héhé. Ce chapitre est moins triste que le précédent, j'espère qu'il s'accompagnera bien avec tes pop corn !


SOUS LES CENDRES

Chapitre 18 :

Page glissée

- Vous comprenez la méthode, n'est-ce pas Luna ? Hé ?

Il me semble avoir vaguement entendu mon prénom, j'étais perdue quelque part dans le royaume des rêves, couchée sur mon parchemin et sans doute une trace d'encre sur la joue. La poitrine volumineuse du professeur Manuela s'agite devant le tableau noir et elle s'amuse avec son morceau de craie. Aucune idée de ce dont elle parle. Mes boucles fatiguées se chamaillent sur mon crâne et je crois qu'une des perles s'est encore coincée dans mon cuir chevelu. Elles ont morflé depuis que le mur s'est effondré sur moi à Remire. Je me gratte la tête pour la déloger et soupire de satisfaction une fois que c'est fait.

Manuela croise les bras et je crois entendre pouffer quelque part dans les bancs de la classe des Aigles.

- Luna ? vous m'entendez ? Vous avez été désignée pour l'échange interclasse, vous faite partie de la classe des Aigles de Jais pour toute la durée de la Lune des étoiles. Alors je vous demande un minimum d'implication et d'attention.

- Ah … je pensais que ma présence suffisait.

Les murmures deviennent plus forts et je vois quelques épaules tressauter de rire. Eh dire que je pensais venir dans cette classe à la base. Ici tout sent bon, enfin, c'est le parfum d'Eldelgard qui embaume la pièce, ça m'a hérissé le poil rien qu'en y posant un orteil. Chez les Lions, ça sent la sueur et les plantes. Rien de feutré ou de féminin, pas même Ingrid.

La déléguée se charge de répondre à la question à ma place, sans pour autant m'adresser un quelconque regard. Qu'elle se préoccupe donc de son image, ma réputation de fléau est déjà faite et je m'en accommode.

- Votre lien de parenté est une bien étrange réalité.

Sur ces mots, Manuela met fin à la séance de tutorat et nous libère enfin. Je m'étire sur mon pupitre, tout comme l'aurait fait Hapi et jette un coup d'œil aux notes que j'ai prises.

« NOURRIR INFAME ! »

C'est vrai ! J'ai donné ce nom à la jument de Jeritza. C'est ainsi que tout le monde la surnomme car sa robe est marquée de profonde cicatrice. Il lui manque aussi un morceau d'oreille. D'ailleurs, à en croire mon ventre qui gargouille, elle ne sera pas la seule à devoir être nourrie !

Vite vite, si je veux pouvoir subtiliser quelques carottes en plus pour Infâme. Mais la rapidité en ce moment ce n'est pas mon fort. Mes petites jambettes ont un peu de mal à se remettre et ces maudits bancs sont hauts ! C'est nous qui avons un duscurien alors pourquoi les bancs de cette satanée classe sont si hauts !?

- Raaaah !

Et voilà que le bout de ma botte est coincé dans le pied de la table ! Rien ne va dans cette classe !? Je m'appuie sur le pupitre et … Brrr ! La Sauvage croise mon regard et je sursaute en voyant sa tignasse se hérisser. Elle sursaute à son tour et manque de peu de me feuler dessus. Mon corps réagit tout seul et je sors les crocs pour lui grogner dessus. Plusieurs secondes s'écoulent ou nous alternons sursauts et vocalises animales.

Elle est enfin partie et me voilà pieds nus dans la salle de classe. Les mâchoires serrées, je dégage mes chaussures coincées et les renfiles en terminant de pester contre ce maudit échange interclasse. Dans un coin de ma tête je ne peux m'ôter l'idée que c'est encore une manière de me sanctionner. De tous les élèves présents dans l'académie, il a fallu que ça tombe sur moi … et sur Linhardt, certes. Je ne sais pas vraiment ce que j'ai faits, la liste est trop longue. J'enfile ma botte et sort en claudiquant.

Cet échange idiot avec la Sauvage m'a fait perdre du temps ! Il commence à y avoir du monde au réfectoire et mon plan « carottes » risque de devoir avorter … Je soupire et tapote mon ventre gargouillant, Infâme et moi allons devoir attendre.

- Est-ce que des ailes vous ont poussé dans le dos ?

En pleine auto-digestion avancée (mon estomac commence à digérer mon nombril) je sursaute (encore) en entendant la voix de Sylvain. La chemise ouverte comme à son habitude, et Felix sur les talons, il dépose son bras autour de mes épaules.

- Pas avant que des cornes me soient poussées sur la tête !

Tandis que Sylvain rit, j'attrape l'un des bras croisés de Felix et respire un peu son odeur. Celle de ma classe.

- Qu'avez-vous fait ce matin ?

Je dois bien avouer que depuis Remire, j'ai mis une certaine distance avec Byleth. Quelque part, je n'arrive pas à lui pardonner d'avoir tué Jeritza, je suis certaine qu'il y avait une autre manière de faire. Son geste est incompréhensible.

- Nous avons discuté des certificats, d'ailleurs il faudra que vous passiez déposer les formulaires pour ceux que vous souhaitez passer.

Nous avançons dans la file et je hoche la tête. Les certificats de classe Elites. Ce sont les plus importants et ils tombent juste au moment où ma condition physique est au plus mal… Peut-être que je devrai reporter ces examens.

- Lesquels allez -vous allez passer ?

Paladin et Enchanteur. Sylvain et moi avançons dans les mêmes classes ce qui veux dire que nous allons nous affronter en magie uniquement, je suis en-dessous de son niveau de cavalerie et passerai le niveau intermédiaire dans cette matière.

Je relève la tête vers Felix et l'interroge silencieusement.

- Bretteur …

Quelque chose me dit qu'il n'a pas terminé sa phrase. Alors je colle ma joue contre son bras, Sylvain me suit et nous braquons tous les deux nos yeux sur le visage empourpré de Felix.

- Et … mage noir.

Je ne parviens pas à réprimer ma surprise !

- Vous avez appris la magie Felix !?

Il détourne rapidement les yeux et Sylvain tapote le haut de mon crâne.

- Justement quand il était précédemment en échange interclasse pour la Lune de l'Arc, il en a profité pour passer le certificat de moine avec le professeur Hanneman. Maintenant que Byleth a récupéré un autre sceau obscur, nous allons pouvoir consacrer Felix comme magicien !

Mon cœur bat la chamade à cette idée et je saute dans les bras de Felix qui se raidit avant de devenir complètement rouge. Il tente de me dissimuler son visage mais rien n'y fait, j'explose de rire et de joie. Je vais pouvoir partager la magie avec eux deux !

Puis je réalise.

Si Byleth a récupéré le sceau, c'est qu'il l'a arraché à la dépouille de Jeritza… Mes paupières s'abaissent et je relâche Felix.

- Vous pouvez compter sur moi.

Felix se gratte le crâne et hoche silencieusement la tête. Au moins quelque chose survivra au Chevalier Macabre, et Felix deviendra plus fort encore.

/

Infâme mâchouille sa carotte, allongée sur la paille au fond du boxe. Ma tête repose contre son ventre et je mastique l'autre moitié de carotte. Je n'ai pu en voler qu'une seule, mais il faut croire que les responsables des écuries ont quand même nourrit cette jument à l'allure si particulière. Comme ils n'osent pas rentrer dans l'alcôve, j'avais peur qu'ils la dénigrent et la laisse affamée, mais tout va bien. Elle secoue sa tête et sa crinière envoie valser des brins de foin, dont un qui me fouette le visage. Infâme hennit, fière de son coup et j'avoue laisser échapper un rire franc.

- Je ne savais pas que les chevaux avaient un rire aussi léger.

Je croque ma dernière bouchée de carotte et tourne les yeux vers l'entrée du boxe. Dimitri nous regarde, toutes les deux vautrées et il sourit. J'avale mon légume et murmure à l'oreille d'Infâme sous l'œil curieux de Dimitri. Je laisse sciemment échapper des sons incompréhensibles et la jument joue le jeu en hennissant et remuant ses oreilles.

- Qu'est-ce que vous vous dites ?

Je glisse un brin de paille entre mes lèvres et lui répond.

- C'est un secret de dames.

- Ooooh mesdames !

Ferdinand Von Aegir … Je l'ai entendu venir celui-là, et qui dit rouquin des Aigles, dit … sinistre mage. La face d'Hubert surgit dans la lumière et ses yeux n'ont jamais été aussi verts et vides, vitreux. Brrr. Il me regarde avec toujours cette pointe de cynisme, puis ses yeux glissent sur la jument.

- Un tel délabrement vivant ne mérite pas sa place en ces murs.

Pas certaine de savoir s'il parle de moi ou d'Infâme, je tapote l'arrière-train de ma comparse qui se relève. En plus de ses cicatrices et de divers souvenirs de bataille, Infâme est grande, très grande. Quand elle étire ses jambes, son ombre plane sur la chevelure orangée de l'étudiant de jais et enfin les yeux de Hubert retrouvent leur noirceur habituelle. Je m'approche du jeune Von Aegir et lui tend la brosse.

- Vous souhaitez y remédier ? Un joli soin pour sa robe, j'emprunterai volontiers vos savons, vos cheveux sont si luisants.

Alors je coince les crins de la brosse dans mes cheveux emmêlés, elle tient toute seule et je gratifie les aigles de mon meilleur sourire. Ils s'en vont s'occuper de leurs montures et en se disputant sur le thé ou le café, sinistre dilemme. Infâme tape des sabots sur le sol avant de se recoucher et retourner mâchouiller des brins de foins.

- Ah, elle est bien coincée, ça m'apprendra à faire des pitreries.

J'arrache la brosse des mes cheveux et me cogne contre mon propre poignet. Malchance … Accoudé à la porte du boxe, Dimitri me regarde, le sourire aux lèvres et toujours silencieux. Je balance la brosse dans un coin et salue la jument avant de tirer la porte du boxe.

Je tire. Je pousse… je suis bloquée.

- Un problème ?

Dimitri me laisse m'énerver encore un peu plus sur la porte coincée tandis qu'Infâme s'est déjà endormie, quel soutien … J'essaie de passer ma jambe par-dessus la palissade mais je suis trop petite. Foutue malchance.

Les oreilles un peu rouges, Dimitri se retourne, colle son dos contre la palissade en bois et plie ses genoux pour se mettre à ma hauteur. Arf, la Déesse ne m'épargnera donc rien … Sur la pointe des pieds, j'enserre le cou de Dimitri qui m'attrape le bras et la jambe tout en se redressant. Je coulisse doucement de l'autre coté de l'enclôt et nous restons ainsi plusieurs secondes, le temps que Dimitri fasse quelque pas. Ses oreilles sont toutes rouges mon cœur bat vite. Je me gifle mentalement pour ne pas fondre et toussote lorsqu'il me repose à terre. La main dans ses cheveux blonds, il hésite et me dit finalement.

- Tu … tu vas t'entrainer ce soir ? Et il faut que tu passes dans la classe pour remplir tes formulaires.

Je réajuste mon corset et lui répond.

- Oui, Sylvain m'en a parlé tout à l'heure, je passerai dès que je le pourrai. Mais j'ai peur que dans mon état, ce ne soit pas le meilleur moment.

Dimitri prend le temps de me balayer des yeux. Il a été (pour une fois) moins blessé que moi durant la bataille de Remire. Ses yeux s'attardent sur mes jambes couvertes par le caleçon, mais dont il sait qu'elles sont en réalité, couvertes d'ecchymoses. Il a la politesse de ne pas me demande pourquoi je n'utilise pas la magie pour me soigner. Cela m'évite d'avoir à lui répondre que la magie de feu ne consume pas que les blessures.

- Tu dois quand même continuer… Je serai au terrain ce soir.

La cloche retentit et nous nous dirigeons tous les deux vers le jardin intérieur, celui qui donne sur les salles de classe. C'est un spectacle particulier qui nous y attend. Tout le monde danse, ou au moins regarde danser. Quelques violons résonnent et laissent échapper une mélodie régulière tandis que les professeurs tapent des mains pour accompagner certains élèves. Je vois pleins de corps en mouvement mais surtout, je vois une tresse blonde onduler. Dimitri et moi arrivons parmi les Lions à coté de Dedue et je salue Byleth d'un mouvement de la tête auquel il répond. Très vite, mon attention est perturbée par Annette qui sautille en fredonnant sur la mélodie des violons. Assise à coté du professeur, Mercedes rit doucement, sous ces yeux je vois des cernes, comme si elle était fatiguée après un long voyage. Elle et Constance ne sont pas rentrées avec nous de Remire, elles n'ont franchi les murs du Monastère que plusieurs jours après, je n'ai donc pas eu l'occasion de lui parler.

- Pourquoi Ingrid mime-t-elle un assassinat ?

Ma question est parvenu jusqu'aux oreilles de la blonde qui devient rouge de colère. Ashe l'encourage à danser mais elle me fusille du regard.

- Je n'ai pas eu le choix, c'est un devoir, la classe des Lions de Saphir doit concourir pour la coupe du Héron Blanc.

Oh … je n'ai aucune idée de ce que c'est mais j'imagine que c'est important. Les pas d'Ingrid sont un peu lents et elle manque cruellement de souplesse. J'enjambe les pieds de Byleth et m'en vais prendre la cavalière dans mes bras. J'abaisse ses coudes, plie légèrement ses genoux et glisse une main dans son dos bien trop raide. De l'autre, je serre ses doigts et comment à la faire valser sur la mélodie neutre des violons. Nos jambes se mêlent et nos pieds s'écrasent (surtout les siens), mais c'est amusant. Ingrid met beaucoup d'efforts dans cet apprentissage succinct et au final il me semble qu'elle commence à comprendre.

Je la relâche, salut le public des Lions et m'en vais retrouver Dimitri. Sylvain s'empresse d'attraper Ingrid pour continuer à danser tandis que Dimitri me dévore des yeux. Son regard est si insistant que cela en devient gênant, je n'arrive pas non plus à me détourner de lui. La valse a dû me donner le tournis, j'ai l'impression d'être si proche de lui.

La cloche sonne à nouveau et met fin à notre échange silencieux. Les lions plaisantent encore et nous rentrons tous vers la salle de classe. Juste avant que je n'entre, Byleth s'arrête, face à moi.

- Tu es chez les Aigles Luna.

Je sursaute et réalise que c'est vrai, j'allais rentrer par réflexe. Byleth me fait signe d'attendre et s'en va, de loin je regarde mes compagnons prendre place sur les bancs de ma classe. Le professeur revient et me tend des parchemins.

- Repasse tout à l'heure me les donner, je compte sur toi pour les certificats d'aptitudes.

J'attrape les formulaires et hoche la tête. Soutenir le regard de Byleth est un peu difficile, mon cœur se sert à chaque fois que je me souviens de son visage, dans les bois de Remire. Juste après qu'il ait tué Jeriza…

Vite je m'éclipse et traverse le jardin. Devant la porte des Aigles, je croise la Sauvage qui s'affaire à renfiler ses souliers. Nos regards se croisent et j'ai l'impression qu'elle est épuisée : elle ne trouve pas sa seconde chaussure. Du coin de l'œil j'aperçois le soulier et l'attrape. Je l'agite sous son nez juste avant de me faufiler dans la classe des Aigles de Jais. Derrière moi, je l'entends baragouiner des mots dans sa langue, surement des insultes.

/

Cette fois-ci, je n'ai pas dormi en classe. J'étais complètement absorbée par le choix des certificats à passer. J'envisageai d'en affronter deux : cavalier et enchanteur. Pour la magie, je peux tenir le niveau, mais pour la classe armée, je ne sais pas. Mon crâne cogne contre le pupitre en un fracas sourd. Tout le monde sursaute et je dois me retenir de rire. Si je n'étais pas moi, j'aurais cru que ma tête sonnait creuse … Alors qu'elle est remplie !

Manuela annonce la fin des leçons et je n'ai à nouveau pas pris une seule note. Et surtout, je n'ai rien rempli de mes choix. Avachie sur la table, les parchemin dansent sous ma lourde expiration. Je ferme les yeux et soudain j'ai l'incroyable sensation de sentir quelque chose contre mon crâne. Mes mains tapotent et je me demande par quel miracle une chaussure a-t-elle pu se poser sur ma tête. J'attrape cette chose mystérieusement apparue et me retourne pour contempler la mine crispée de la Sauvage.

- Ne dourmez… dormez pas ici.

Elle fronce ces sourcils et glisse ses yeux sur mes formulaires vides avant de tapoter son propre soulier posé sur mon crâne.

- C'est pour avancer.

Puis elle s'en va, pieds nus, sans émettre le moindre son jusqu'à quitter la pièce.

Avancer … elle est marrante.

J'ébouriffe mes cheveux et gigote que ma chaise.

- Raaah … par toutes les pantoufles de la Déesse !

Comme un seul homme, je me relève et escalade le pupitre de la Sauvage, ses souliers et mes parchemins calés dans les bras. Une fois dehors, j'accélère la foulée jusqu'à la salle des Lions. Ils sont déjà partis, il ne reste que Byleth qui devait probablement m'attendre. J'avale ma salive et me racle la gorge en avançant. L'un des souliers me glisse des mains et je m'empresse de le rattraper. Une partie de moi se dit alors que j'aurais mieux fait de les laisser là-bas. Tant pis.

Assis sur son bureau, Byleth me regarde faire sans rien dire. Encore ce mutisme habituel. Mais il a, cette fois, retrouvé le regard que je lui connais. Figée devant lui, je m'interroge. Comment peut-il être aussi détaché et calme, alors qu'il a pris la vie de celui qu'il aimait …

- Tu as fais ton choix ?

Sa voix rare me tire de mes réflexions et je dépose les souliers de la Sauvage sur le pupitre de Ashe. Dans mes mains, les formulaires vides tremblotent un peu.

- Je ne pense pas être prête pour les examens…

Byleth inspire et croise les bras. Les pans de sa cape frôlent les piles de parchemins entassés sans en faire tomber un seul.

- Soit, je te fais confiance.

Il tend la main.

- Alors rend-les moi.

Mes mâchoires claquent.

Je n'ai pas envie d'abandonner. Les parchemins se froissent dans ma poigne qui se serre et des mots me viennent en tête.

- Je n'arrive pas à comprendre professeur, comment avez-vous pu …

Il ferme les yeux et croise davantage ses bras.

- C'est toi qui a ramené sa jument ?

- Hein … oui.

Byleth décroise les bras et s'avance vers moi. Ses yeux bleus me considèrent avec une pointe de tendresse. Déconcertée, je fais un pas en arrière.

- Elle est très intelligente et robuste. Fais attention à son oreille coupée, elle peut s'infecter. Et donne-lui de l'attention, elle en a besoin.

J'aplatis les parchemins sur ma poitrine et mords mes lèvres. Nous nous regardons un long moment sans parler. En tout cas verbalement, j'ai le sentiment qu'il cherche à me dire quelque mais je ne comprends toujours pas. Puis Byleth dégaine un crayon de bois, si rapidement que je manque une respiration. Je m'approche doucement et me saisi du petit ustensile pour griffonner et parapher les formulaires. Il me faudra bien être cavalier pour pouvoir monter Infâme et lui donner ce dont elle a besoin. Si je la laisse, personne d'autre ne s'en occupera.

Je soupire et tend le crayon a Byleth qui récupère les parchemins.

Une fois dans l'embrasure de la porte, je l'entends simplement dire :

- Tu réussiras, nous le savions tous les deux.

Puis je m'en vais, quelque peu retournée par cette entrevue. J'ai finalement accepté, maintenant il faut que je m'entraîne, je dois être à la hauteur de cette magnifique jument. Sur le chemin, je me rends compte que j'ai oublié les souliers de la Sauvage sur le pupitre de Ashe, tant pis, il pourra lui rendre lui-même, leurs relations sont meilleures, je me vois ma débarquer dans sa chambre. Avec un peu de chance, elle me sautera dessus en essayant de me manger…

Le terrain d'entrainement est bien rempli, plusieurs classes y sont représentées et les étudiants s'affairent malgré l'heure tardive. D'ici une dizaine de minute le réfectoire ouvrira et tout le monde s'y engouffrera, ça me laisse tout juste le temps de me glisser derrière un pilier et de me changer. Je dois avouer que la dernière fois que je suis venue, il n'y avait pas autant de monde. Je retire ma veste et mon corset à la hâte et les dépose dans un coin à l'abri.

Pieds nus à mon tour, je rejoins Sylvain et Ingrid qui s'exerçaient à la lance. Juste avant, je cherche des yeux un arme posée sur le sol, mais je comprends vite que, vu le nombre de participants, elles sont déjà toutes entre des mains moites. Je soupire et me rabats sur la seule arme disponible : la faucille. L'une de celles que nous avons récupéré à Remire. Personne ne veut l'utiliser tant elle est lourde et longue.

Pour ce qui est de son poids, je ne me plains pas, au contraire je trouve les lances bien trop légères et incertaines. Comme je n'ai pas beaucoup de force, mes assauts de lances ne font pas beaucoup de dégâts. Avec une faucille en revanche, je commence à me dire que le moindre impact est bien plus ravageur !

Des deux mains, je hisse la faucille et l'agite en l'air avant de la faire résonner sur le sol du terrain. Le ronronnement sourd du métal me procure une vraie sensation de joie. Cette nouvelle arme, elle est vraiment bien !

- Oh ! Luna ! vous voilà avec un nouvel ornement ! Que diriez-vous de m'affronter ?!

J'accepte avec excitation la proposition de Sylvain et nous entamons un petit duel non sans ambitions. La faucille est lourde à manier mais elle m'offre bien plus de possibilités pour me protéger des attaques de l'adversaire ! Sa lame courbée manque de peu de faucher les jambes de ce cher Sylvain, il le remarque et nous rions tous les deux.

L'heure du repas approche et les élèves vident peu à peu le terrain.

La faucille toujours en main, je profite de l'espace pour tester son envergure.

- La lance vous seyait pourtant bien.

Sa voix me fait tressaillir, ne je pensais pas qu'elle viendrait s'entretenir avec moi. Edelgard a déposé sa cape et réajuste ses gants blancs, parsemé de taches ocre, comme le sol du terrain d'entrainement.

- Plus que la hache.

Je lui répond et tourne le dos, pour couper court à tout échange avec elle.

- Moins que la magie.

Je plisse les yeux et glisse mon visage par-dessus mon épaule. Elle est toujours là, immobile et le manche de sa hache toujours bloqué dans sa main. Qu'est-ce qui peut bien la pousser à venir me parler ce soir ? Je siffle entre mes dents et reprends mon maniement de la faucille.

- Vous ne devriez pas autant solliciter vos épaules.

Sa voix rempli l'espace et je fais fis de sa remarque malgré les contractures sévères que je ressens. Encore une fois ce maudit mur de Remire continue de me restreindre dans mes mouvements. Je lâche finalement la faucille et masse mes bras endoloris. A travers mes expirations, j'entends les talons des bottes d'Edelgard se rapprocher. Elle s'arrête finalement à ma hauteur et je sens son parfum assaillir mes narines.

- Qu'est-ce que je vous avais dit. Mais vous n'écoutez personne.

La main sur les hanches, elle me regarde. Ses yeux ne me fusillent pas, je l'aurai pourtant parié. Même si mes jambes tremblent de crispation, je tente de masquer ma fatigue. Il m'est impensable de paraître frêle devant elle.

- Votre sollicitude m'étonne Edelgard, que cache-t-elle ?

Ses sourcils se froncent et je la vois soupirer.

- Faut-il toujours que vous m'accusiez de tous les maux ainsi que de toutes les mauvaises intentions ? J'ai eu vent des sinistres évènements de Remire. Et je …

Elle me regarde et pendant une fraction de seconde j'ai eu le sentiment que son visage avait changé, qu'il n'affichait plus le même plâtre qu'à l'ordinaire. J'y jurerai y avoir décelé, de l'inquiétude ? Je soupire et gratte une croute de sang coincée dans mes cheveux.

- Que voulez-vous savoir Edelgard ? Il n'y a pas d'oreille curieuse aux alentours, alors dites-moi ce qui vous intéresse.

Elle croise les bras et cette fois je retrouve bel et bien son air sévère, celui dont j'ai l'habitude.

- Il n'y a rien que vous puissiez m'apprendre Luna, je m'interrogeais simplement de votre état. Mon oncle m'a fait certaines confidences bien surprenantes.

Ah, c'est donc cela. Volkhard. Evidemment qu'il était venu pour la voir. Je pouffe entre mes dents et fait un pas vers elle.

- Peu importe ce que vous a dit Volkhard, je n'en ai cure.

- C'est justement cela qui me surprend. Il est davantage dans vos habitudes de hisser la moindre de ses intentions au rang de divin.

Comment le nier ? Je masse mes coudes et une légère brise s'installe entre nous deux. Ses cheveux ondulent et l'un de ses flots se défait. J'ai tout juste le temps de l'attraper avant qu'il ne s'envole. Je m'approche d'Edelgard qui ne bouge pas d'un pouce, pas même pour lâcher sa hache, et commence à recoiffer ses cheveux. Ils sont légèrement différents de ceux de Volkard, mais tout aussi soyeux. Tandis que les miens sont secs et bouclés.

Ces derniers temps, j'ai tenté d'être honnête, du mieux possible. Alors j'ai compris certaines choses et notamment la manière dont Volkhard et Thales m'ont utilisé pour leurs fins. Jamais je ne pardonnerai à Thales et je préfère mourir plutôt que de le servir à nouveau. Je sais que vous avez fait votre choix, que vous avez vos convictions et je regrette qu'elles soient incompatibles. Je le regrette sincèrement Edelgard.

Le noeud à présent noué dans ses cheveux, je me recule et découvre sa mine, crispée. Les sourcils froncés et la bouche pincée, je ne dirais pourtant pas qu'elle soit contrariée, juste surprise et peut-être amer. Je réajuste certaines mèches et la regarde, droit dans les yeux.

- Il n'y a pas longtemps, je me suis demandée ce que nous serions si Thales ne s'était pas mêlé de nos vies. Savez-vous ce que nous aurions pu être ?

Edelgard soupire et soulève un peu sa mâchoire.

Nous aurions pu être une famille.

Le silence prend place entre nous, il nous laisse le temps de nous toiser l'une et l'autre. Elle lâche sa hache qui percute le sol. J'avance vers elle et glisse ma main dans la sienne mais elle ne répond pas à mon étreinte, alors je m'en vais. Sans Thales, nous aurions pu être une famille. Ça non plus, je ne lui pardonnerait jamais.

- Vous vous trompez Luna !

A deux pas de la sortie du terrain, je fais volte face pour la regarder à nouveau. Edelgard avance vers moi, à grands pas, solides et déterminés.

- Ce n'est pas à cause de Thales, en tout cas pas uniquement. Penser ainsi vous dédouane alors que vous êtes tout autant à blâmer. Vous n'avez eu de cesse que de me haïr et il y a peu encore, vous avez juré ma mort. Alors vous pouvez penser ce que vous voulez de mon alliance, elle n'a qu'un but et je m'y tiendrai jusqu'à l'atteindre.

Certaines de ses mèches de cheveux sont coincées sur ses lèvres, je les déloge et glisse mes mains dans mes poches.

- Très bien Edelgard. Cramponnez-vous à votre ténacité, comme je vous ai toujours vu le faire. Et cette fois, soyez allégée du poids de mon hostilité. Car le rôle de votre adversaire, c'est Thales que me l'a donné, qui m'a forgé pour que vous puissiez tester votre puissance sur moi. Si je veux renoncer à le servir, alors je me dois de renoncer à ce lien qui nous uni. Vous n'avez plus d'adversaire Edelgard. Juste des alliés, ou bien des ennemis.

Elle recule d'un pas, les yeux grands ouverts comme si elle ne parvenait pas à croire ce qu'elle venait d'entendre. C'est pourtant la vérité, en tout cas celle que je ressens au fond de moi. Cette place batarde d'adversaire, de fausse alliée et de tortionnaire, tout ceci je m'en dégage à présent, elle testera sa hache sur quelqu'un d'autre et je ne serai pas l'enclume qui servira à forger son destin. Je ne prendrai plus un seul coup pour elle, ou pour ses aspirations.

Tous ceux que je prendrai, je les prendrai pour moi-même, et à bien y réfléchir, ce sera sans doute déjà bien assez.

Ma décision n'effacera pas toutes les fois où j'ai détourné les yeux de votre souffrance. Elle ne changera pas non plus les choix que j'ai fait et n'amenuisera pas tout ce que j'ai donné à Volkhard. Alors je ne vous ferai pas l'affront de vous demander pardon. Continuons donc de nous détester, ne changeons rien en apparence. Et je continuerai pour ma part, à feindre de ne vous avoir jamais admiré. Effectivement Luna, vos excuses m'indiffèrent. Vous et moi ne sommes unies que par des souvenirs, il n'y aura qu'à les oublier pour tirer un trait sur ce passé qui nous a confronté l'une et l'autre.

La lune est voilée ce soir, le ciel est pourtant clair. Aucun oiseau ne chante pour couvrir mes pas.

- Parmi les alliés et mes ennemis ? où serez-vous?

Les perles de mes cheveux scintillent et je dépose ma main sur les grandes portes du terrain juste avant de les franchir.

- J'espère vivre assez longtemps pour le savoir.

Je quitte finalement le terrain puis bifurque vers les écuries. A cette heure elles sont désertes et les chevaux dorment. Debout, ils le sont tous, sauf Infâme qui s'est assise sur le flanc tout au fond de son alcôve et adossée à la motte de paille. Accoudée à la palissade, je la regarde. Ses oreilles gigotent mais elle ne se réveille pas car elle m'a reconnu. C'était une bonne idée, oui, une bonne idée de les cacher ici. Personne n'ose s'aventurer dans le boxe du cheval fou, alors derrière la paille, les tonneaux sont bien cachés. Et silencieusement, Infâme veille sur l'armure de son maître.

/

Les dortoirs sont calmes et vides. Je fais de mon mieux pour ne pas faire résonner le bruit de mes pas. Devant la porte de ma chambre, je pousse délicatement le poignée et …

- Héé !

Quelque chose a violemment reclaqué la porte et m'a collé contre elle. Deux bras en armure jaillissent de part et d'autre de ma tête. Dans mon cou, je sens un souffle chaud, un souffle court et des mèches de cheveux frôler ma peau.

- Dimitri ?

Son front s'abat sur mon épaule et ses bras viennent enlacer ma taille.

- Je t'avais dit de me retrouver au terrain…

- Non, tu m'as dit que tu y serais…

- En quoi est-ce différent?

- Si tu me dis que tu vas aux toilettes, est-ce que ça veut dire que …

Je ne termine pas ma phrase et le laisse pouffer de rire. Mes doigts caressent ses cheveux si fins.

- Je pensais t'y trouver, mais c'est Edelgard qui j'ai vu.

A mon tour cette fois je laisse échapper un petit rire. J'imagine bien facilement sa surprise.

- Elle portait quelque chose dans ses bras et je pense en te voyant que ce sont tes vêtements.

Il me faut deux secondes pour me rendre compte qu'effectivement je ne porte pas grand chose et que ce grand dadais vautré sur mon épaule a encore une fois une vue plongeante sur ma poitrine. Je soupire en abattant mon front contre la porte. Dimitri se dégage de moi et je sens juste ses doigts gantés caresser mon dos, entre mes omoplates. Je me retourne et croise enfin ses yeux brillants dans l'obscurité. Il les tourne et chercher à éviter mon regard alors je tends les bras et attrape ses joues pour les braquer vers moi. Il fait noir mais je pense tout de même qu'elles doivent être rouges, elles sont si chaudes. Je fais glisser mes bras le long de son cou et me hisse sur la pointe des pieds pour venir l'enlacer. Il vient nouer ses bras autour de mes épaules et s'abaisse pour me permettre de le tenir fermement.

Nous restons ainsi le temps de nous dire mile et une fois « bonne nuit ». Le temps que mon estomac fasse des sienne et réclame son dîner.

- Quelle heure est-il ?

Je demande sans pour autant lever le nez de son cou.

- Trop tard pour que le réfectoire ait encore quelque chose à manger je le crains.

Mon estomac me rappelle une nouvelle fois à l'ordre ce qui fait rire Dimitri. A contre coeur, je dois me séparer de lui et regagner ma chambre.

- Tu as des réserves sous ton lit ?

Il me suis à l'intérieur et croise les bras.

- Non, je cherche une veste pour descendre dans l'Abysse et espérer troquer mes talents contre du pain et de la viande séchée. Je peux aussi réveiller Hapi mais elle voudra que je dorme avec elle.

Dimitri arque un sourcils et me regarde revêtir mon large veston en velours.

- Puis-je t'accompagner ?

Une fois le col réajusté, nous quittons ma chambre.

- Seulement si tu ne rentres pas dans la Taverne.

/

« Demain nous seront le 16è jour de la Lune des Etoiles et la coupe du Héron blanc aura lieu. Demain ce sera surtout le jour de passage de nos certificats d'aptitudes. Je n'aurai pas le droit de monter Infâme, ses mensurations ne correspondent pas aux critères d'évaluation. Je suis passée à la forge tout à l'heure, pour vérifier les soudures de mon armure. Elle est lourde et tranchante.

Certains élèves ont dit que les certificats des classe à cheval sont difficiles et dangereux.

J'ai hâte. »