Chapitre 19

- Comment va la plus belle ?, murmura une voix chaude à son oreille.

- A merveille. Et toi ?, demanda Kaori en se retournant dans les bras de Ryo.

- Presque parfaitement. J'aurais aimé me réveiller à tes côtés., admit-il.

- Moi aussi.

Ils échangèrent un long baiser avant de reprendre l'une la préparation du café et l'autre le dressage du couvert.

- Tu es bien matinale.

- Je me sens en pleine forme, débordante d'énergie.

- Tu veux dire que notre petite séance de sport d'hier ne t'a pas épuisée ?, l'interrogea-t-il en s'approchant d'elle tel un félin guettant sa proie.

Elle vira au rouge carmin et baissa les yeux, gênée. Il se mit à rire et l'enlaça tendrement. Elle se traita d'idiote : elle n'était plus une enfant, ce sujet ne devrait pas la mettre dans un tel état… Il posa un doigt sous son menton et la força à relever le regard vers lui. Elle inspira profondément pour calmer le vol des papillons dans son estomac

- Hier soir… j'ai adoré. Savoir que nous deux c'est réel me donne une énergie insoupçonnée., admit-elle.

- C'est bon à savoir., lui dit-il d'un air coquin.

- Ne ferme pas ta fenêtre cette nuit., murmura-t-il à son oreille, la faisant frissonner.

- Tu vas me rendre une visite nocturne ?, répondit-elle à voix basse, frémissant par avance.

- Ca se pourrait bien.

Yuiri arriva et ils se séparèrent.

- Alors cette soirée ? Tu as pris ton pied, Ryo ? Elle t'a laissé pénétrer en territoire vierge ?, se moqua Yuiri, volontairement blessante.

- Rien qui te concerne ou que tu puisses comprendre, Yuiri. Mais puisque tu me le demandes, c'est la meilleure soirée que j'ai passée depuis que je suis ici., dit-il avec un regard de défi.

Elle serra les dents et ne répondit pas. Ryo les regarda toutes les deux tour à tour, conscient qu'il risquait de mettre encore Kaori mal à l'aise, mais le jeu en valait la chandelle.

- Mesdemoiselles, vous allez toutes les deux sortir de votre zone de confort, Yuiri aujourd'hui, Kaori demain.

- Que va-t-on devoir faire ?, demanda sa partenaire anxieuse.

- Agir au contraire de votre personnalité. Yuiri, tu vas devoir te montrer serviable et altruiste, faire passer les autres avant toi-même. Kaori, tout le contraire. Je veux que tu penses à toi en première et cesses de te préoccuper des autres demain.

- Quoi ?!, firent-elles toutes deux en même temps.

- Si c'est une plaisanterie, elle n'est pas drôle, Ryo., s'écria Yuiri.

- Ce n'est pas une blague. Je ne te demande pas de jouer les servantes mais de penser un peu plus aux autres.

Elle se leva de table furieuse et s'en alla, les laissant à deux. Ryo se tourna vers Kaori qui jouait avec ses couverts, pensive. Il lui prit la main et l'entraîna dehors pour marcher un peu le long de la plage.

- Pourquoi Ryo ?, lui demanda-t-elle soudain.

- Pourquoi quoi ?

- Tu nous fais agir à l'opposé de ce qu'on est.

- Soyons clairs. Je me fiche de Yuiri. Celle qui m'intéresse, c'est toi et je veux que tu comprennes que c'est important que tu penses aussi à toi en priorité de temps à autre. Tu t'inquiètes toujours de moi, mes envies, mon confort, de nos amis, des filles qui étaient ici. Mais toi dans l'histoire, qui pense à toi ? Moi maintenant mais avant ?

- Je n'ai besoin de rien. J'ai tout ce qu'il me faut pour être heureuse.

- Je ne te demande pas de penser à quelque chose dont tu as besoin. Je veux que tu fasses quelque chose de futile, que tu ne prendrais pas le temps de faire autrement, que tu t'amuses ou quelque chose dont tu as envie mais que tu n'oses pas demander de peur de déranger même si ça me concerne… Je dirais même surtout si ça me concerne., lui dit-il en souriant.

Elle acquiesça et ils retournèrent à la villa. Contre toute attente, Yuiri les accueillit tout sourire, enfin surtout Ryo. Passant son bras sous le sien, elle l'entraîna vers la piscine.

- Déshabille-toi., lui demanda-t-elle.

- C'est quoi le plan ?, l'interrogea-t-il, soupçonneux.

- Tu veux que je sois serviable et pense à toi. Je vais te faire un massage., lui expliqua-t-elle, un sourire malicieux aux lèvres.

- Ok. Un massage, pas des préliminaires, compris ?, l'avertit-il.

- Tu n'es pas très drôle…, bouda-t-elle.

Il retira son tee-shirt et s'allongea sur le siège.

- J'aurais préféré un déshabillage total., dit-elle d'une voix suave à son oreille.

- Pas moi. Dépêche-toi., l'enjoignit-il.

Elle soupira de mécontentement puis posa les mains sur ses épaules, les faisant glisser sur sa peau.

- Dis donc tu as beaucoup de cicatrices. T'es quoi un bandit ?, plaisanta-t-elle.

- Un tueur., répondit-il en lui adressant un regard noir.

- Je plaisante Yuiri., dit-il avec un sourire en voyant son air horrifié.

- J'ai été déployé dans un état en guerre pendant mon service militaire et j'ai malheureusement été capturé., mentit-il.

- Oh…, laissa-t-elle échapper.

Elle continua son massage qui s'apparentait plus à une série de caresses. Il la sentit soudain se mettre à califourchon sur son dos.

- Tu me fais quoi là ?, lui demanda-t-il d'une voix tendue.

- Ton dos est si large que ce sera plus facile ainsi., expliqua-t-elle, heureuse de sa trouvaille.

Il était certain que le fait d'onduler du bassin sur lui n'avait pas besoin de faire partie du processus. Il se retint de lui faire un commentaire : tant que ça restait ainsi, ça pouvait encore aller. Lorsqu'il sentit des lèvres se poser sur lui, parcourant les cicatrices de son dos, il se tendit.

- Arrête ça de suite Yuiri., l'avertit-il.

Elle ne l'écouta pas et s'allongea totalement sur lui. Il se rendit alors compte qu'elle ne portait plus son haut de maillot de bain. La colère l'emporta. Il se retourna brusquement sans se préoccuper du fait qu'elle put tomber. Triomphante, elle sourit.

- Ca y est, tu te décides à donner une suite à notre dernière nuit ?, susurra-t-elle en caressant son entrejambe.

- Non !

Il la saisit par les bras et la souleva, s'apercevant qu'elle avait également tombé le bas de maillot de bain. Agacé, il ne résista pas à l'envie de la jeter dans la piscine. Elle y atterrit avec un cri de surprise. Il la vit disparaître avec plaisir sous l'eau et se dit que si elle avait pu se noyer, ça leur aurait rendu service. Malgré tout, il attendit d'être sûr qu'elle remonta à la surface pour partir. Il rentra furieux dans la villa et aurait tout donné pour avoir accès à sa salle de tir ou à un punching ball. Bien évidemment, il n'avait pas cette chance. Tournant rapidement en rond, il ressortit et partit sur la plage, pensant qu'une balade lui ferait le plus grand bien. Il marcha près d'une heure s'absorbant dans la préparation de leur retour.

Il se demandait comment ça se passerait quand ils seraient à nouveau seuls à l'appartement. Le passage de colocataires à couple serait-il évident ou un parcours semé d'embûches ? Allait-il savoir résister à l'appel des sirènes et ne pas reprendre sa vie de fêtard ? Il savait qu'il ne pourrait pas se couper totalement de ce monde nocturne essentiel à son travail. Il craignait de se laisser prendre par ses filets et oublier que sa vie avait changé, que ce ne serait plus seulement sa partenaire qui l'attendrait à la maison mais sa compagne. Il ne pouvait plus l'ignorer comme il l'avait fait pendant tant d'années, lui donnant juste l'attention nécessaire pour qu'elle ne décida pas de partir. Non, elle devait tout recevoir de lui. Pour lui, lui dire je t'aime, ce n'était pas simplement lui avouer ses sentiments, c'était mettre sa vie à ses pieds. C'était la raison pour laquelle cela avait été si difficile pour lui de le faire, de la laisser prendre son coeur pourtant déjà conquis.

Lorsqu'il revint, il aperçut Kaori adossée à un arbre, un livre à la main. Sentant son regard sur elle, elle leva la tête et l'accueillit d'un sourire. Rasséréné, il s'assit à côté d'elle, face à la mer.

- Ca va mieux ?, lui demanda-t-elle, légèrement inquiète.

Il la dévisagea surpris.

- Je t'ai vu partir. J'ai senti ta colère et préféré te laisser seul pour te calmer comme tu aimes le faire., lui expliqua-t-elle.

- Oui. Je n'ai plus envie de tuer qui tu sais., répondit-il, taquin.

- J'imagine qu'elle t'a encore sauté dessus.

- Tu imagines bien.

Ils se sourirent et elle se leva, lui tendant la main.

- Viens, je sais ce qui va achever de te mettre de bonne humeur.

- Tu me proposes une partie de jambes en l'air ? Tu sais parler à ton homme., la taquina-t-il et il fut ravi de la voir devenir rouge pivoine.

- Je… Euh… Non ! Manger… Je te propose d'aller manger., bafouilla-t-elle, gênée.

- C'est pas mal non plus. Quoiqu'avec toi, ma version me plaisait plus., murmura-t-il à son oreille, la plaquant contre le tronc de l'arbre et l'embrassant passionnément.

Quand ils arrivèrent à la villa, Yuiri les attendait sur la terrasse. Elle avait dressé la table et posé des plats de toutes sortes.

- Tu as fait la cuisine ?, s'étonna Ryo.

- Je me suis arrangée pour faire livrer., dit-elle, d'un air de défi.

- J'ai pris différentes choses pour te faire plaisir. J'espère que ça te plaira.

- C'est… gentil, Yuiri. Il manque une chaise., signala-t-il.

- Elle n'est pas conviée. Tu m'as demandé de faire des choses pour toi…

- Non, pour les autres, pas spécialement moi. Ce n'est pas grave : on va partager.

- Mais je ne veux pas !, s'énerva Yuiri.

- Tu refuses le challenge ? Très bien. Fais comme tu veux. Tu viens, ma belle, on va se préparer un repas., dit-il en emmenant Kaori avec lui.

- Attends ! Tu as raison. Il y en a suffisamment pour trois. Je t'en prie, Kaori, assieds-toi. Je vais chercher une chaise., abdiqua Yuiri, de mauvaise grâce.

Elle omit de lui dire qu'elle aurait aimé la lui fracasser sur le crâne : elle n'était pas certaine que ça aurait plu à Ryo. Elle n'avait jamais rencontré d'homme comme lui, qui ne lui passait rien, quelqu'un prêt à tout pour celle qu'il aimait, et, bien que ce n'était pas son objectif en faisant cette émission, elle en ressentit tout de même un petit pincement au coeur. Elle revint avec la chaise et ils déjeunèrent tous trois. Plus coopérative, elle alla même jusqu'à leur proposer un café à la fin qu'ils acceptèrent. Elle vit avec stupéfaction Kaori l'aider à débarrasser la table et commencer la vaisselle jusqu'à ce que Ryo la reprit. Pourquoi l'aidait-elle alors qu'elle était infecte avec elle ? C'était une chose qu'elle ne comprenait pas…

Le reste de la journée se passa avec plus ou moins de grincements. Habituée à se faire servir, Yuiri se retrouva à plusieurs reprises en train de chercher ce dont elle avait besoin et dont elle ignorait l'emplacement, devait se lever pour aller chercher une boisson, une serviette ou autre… Ryo en profitait en général pour lui demander quelque chose également, lui adressant un regard noir quand elle le rembarrait.

Lorsqu'ils se retrouvèrent le soir pour le dîner, la jeune femme contenait difficilement sa frustration d'avoir été traitée avec si peu de considération.

- Je te félicite, Yuiri., lui dit soudain Ryo à sa grande surprise.

- Tu n'as pas été parfaite mais tu as fait un gros effort pour te montrer plus conciliante. C'est déjà un bon point. Si ça te dit, nous pouvons aller nous balader à deux une petite heure après le repas., lui offrit-il pour enterrer la hache de guerre.

Elle adressa un regard triomphant à Kaori, ayant déjà une petite idée de ce qu'elle ferait de cette balade. Elle accepta et s'empressa de débarrasser une fois terminé. Ils partirent alors profiter de la nuit tombante. Reprenant vite ses habitudes, elle se colla à lui et tenta par tous les moyens de le séduire et persuader de la rejoindre pour la nuit. Intraitable, et ayant déjà ses propres plans, Ryo refusa et ce fut une Yuiri énervée qui rentra et se laissa tomber dans le divan.

Peu après s'être couchée, Kaori entendit la fenêtre de sa chambre s'ouvrir et ne put s'empêcher de glousser : Ryo lui rendait une visite nocturne… Il pénétra à l'intérieur et referma derrière lui. Il prit quelques instants pour observer la silhouette dans le lit avant de glisser sur elle, lui volant un langoureux baiser.

- Il faudra être très discrète, Mademoiselle Makimura., lui murmura-t-il avant de mordiller le lobe de son oreille.

Elle se laissa faire et l'invita sous les draps. Le lit une personne n'était pas propice pour le sommeil mais pour ce qu'ils avaient l'intention de faire, ce serait largement suffisant…