Chapitre 18

Ce soir là, Harry toqua à la porte de la pièce de Buck dans laquelle Sirius était confiné depuis maintenant des heures. Il n'y eut aucune réponse et le jeune homme poussa doucement la porte.

- ... Sirius ?

L'homme jeta un bref regard vers lui, sans le regarder, avant de reporter son attention sur le pelage de l'animal qu'il était occupé à caresser. Harry se tint là quelques instants, mal à l'aise. Ils parlèrent en même temps.

- Sirius, je suis désolé, je ne voulais pas...

- Pardonne-moi, Harry, je n'ai jamais eu l'intention de te frapper.

Harry se frotta le coude en se mâchant l'intérieur de la lèvre. Il avait la marque du coup sur la joue, difficilement évitable, raison sans doute pour laquelle Sirius ne le regardait pas.

- C'est pas grave, je sais bien que c'est pas moi que tu voulais frapper, je me suis juste...

Il y eut un silence, plus lourd, plus gênant que le précédent. Cette fois-ci, Sirius lâcha Buck qui alla s'allonger derrière lui pour regarder Harry.

- Harry... Pourquoi t'es-tu interposé ?

Harry voulait disparaître sur le champ et il tritura son coude avec d'autant plus de force, comme si l'étreinte de son propre bras se refermant sur lui pouvait le rendre invisible et faire disparaître la rougeur de son visage.

- Parce que-Snape-enfin-iln'estpasi...

Il s'éclaircit la gorge.

- "Parce que ça a toujours été moi", répéta Sirius en se levant. Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ?

- Je... je ne sais pas... murmura Harry précipitamment en évitant le regard de son parrain qui s'approchait de lui.

- " tu n'as jamais été un parrain tout court ", poursuivit-il, c'est ce qu'il a dit. Comment peut-il savoir quoi que soit en la matière ?

Harry avala sa salive. Sirius s'était arrêté devant lui et il n'y avait plus aucun bruit à présent, pas même celui de ses pas. Il n'avait pas l'air menaçant, en fait son ton était plutôt doux, ce qui rendait la situation plus douloureuse encore.

- Harry, dit moi la vérité, chuchota presque Sirius en glissant son index sous son menton pour lui relever la tête, son pouce caressant doucement le bas de sa joue.

Leurs regards se rencontrèrent, sans se lâcher pendant de trop longues secondes. les yeux d'Harry s'humidifièrent, sans que rien ne coule, et il se dégagea.

- Il est v-venu m-m'aid... bégaya-t-il, la voix tremblante, très-très souvent depuis... depuis...

Il avala sa salive, ferma les yeux un instant et se mit à arpenter la pièce avant de s'asseoir sur le ballot de paille sur lequel Sirius était assis quelques instants auparavant.

- Ca a commencé en deuxième année, expliqua-t-il comme pour pour se justifier, dans la chambre des secrets, il est venu. L'été qui a suivi... c'est lui qui est venu me chercher et m'a ramené à Poudlard. L'année passé, l'été, il est venu me voir aussi pour ... pour me prévenir, pour la coupe du monde de Quiddich, il ne voulait pas que j'y aille, il voulait aussi savoir c-comment les Dursley m'avaient traité comment... j'allais. C'est lui... c'est lui qui m'a donné la branchiflore pour le tournoi et il ne voulait pas non plus... que je fasse la troisième tache. Il m'avait prévenu, il savait que quelque chose allait se passer, j-je n'ai pas voulu l'écouter.

Il y eut une pause. Sirius, figé, l'écoutait, et Harry prit un brin de paille qu'il déchiqueta. C'était dur, tellement dur.

- Tu sais... je disais aux Dursley que tu étais mon parrain - toi, un criminel recherché - et que s'ils me maltraitaient, tu t'en prendrais à eux...

Les larmes qui menaçaient de couler depuis un moment roulaient à présent, elles tombaient entre ses jambes, sur ses mains qui effilaient consciencieusement la paille.

- ... Harry... Murmura Sirius, tout bas, d'un ton qu'il n'avait jamais pris.

- Mais quand j'ai fait fuir ce détraqueur, tu n'as aucune idée de... de ce que j'ai du traverser cette soirée-là. Ils criaient tellement et j'avais mal partout, j'avais faim, et je devais quand même leur expliquer encore et encore, et toi-toi, tout ce que tu as dit, c'est " reste où tu es ". Pas de " Tu as bien fait, Harry, ne t'en fait pas, on va te sortir de ça, tout va aller bien ". Tout ce que tu as trouvé à dire quand je suis enfin revenu... c'est me faire comprendre que je devais arrêter de me plaindre, est-ce que tu sais... est-ce que tu sais ce que c'est de vivre là-bas ?

Il releva la tête et le défia du regard, essuyant ses yeux d'un geste brusque.

- J'ai grandi dans un placard, Sirius. Jusqu'à ce qu'Hagrid vienne, je pensais être une erreur de la nature, je pensais qu'il était normal d'être enfermé dans un placard, de manger leurs restes, de subir ce que je subissais parce que j'étais un monstre. Ce soir-là, c'est peut-être rien pour toi, mais moi tout ce que je savais c'est que j'étais enfermé avec les Dursley et que le monde s'écroulait et j'étais à deux doigts, à deux doigts de m'enfuir ! Je sais que c'est dangereux pour toi de sortir, mais... mais je pouvais pas m'empêcher de t'attendre parce que- parce que j'en avais besoin, j'avais besoin de toi, de... quelqu'un.

Il baissa de nouveau les yeux et noya son visage entre ses mains.

- Mais c'est lui qui est venu, parce qu'il savait que je risquais de faire une erreur si personne ne venait. Comme tu me l'avais demandé, je suis resté. J'étais-j'étais malade, j'avais une migraine pas possible, mal au dos. Il m'a soigné, est resté avec moi toute la nuit parce que je pouvais pas rester seul, merde, il même massé !

Il éclata d'un rire sans joie et enleva ses mains, regardant de nouveau son parrain, blème et immobile.

- Le lendemain, quand il est parti, il m'a envoyé de quoi manger pour les jours suivants. Mais toi, toi qui devrait t'en soucier plus que quiconque, tu m'as seulement envoyé un " reste où tu es ". " Reste où tu es " ? Sérieusement, Sirius ? Tu ne pouvais pas juste faire suivre ce mot urgent d'un autre petit mot un peu plus réconfortant ?!

Il essuya son nez avec sa manche.

- Alors, oui, si c'est ce que tu veux savoir, j'apprécie Snape et je lui fais confiance. Et je pense pouvoir survivre à quelques leçons avec lui.

Sirius mit quelques instant à digérer toutes ces informations.

- Harry... Snape n'est pas celui que... ce n'est pas quelqu'un de bien.

- Quoi ?! Je te dis tout ça et tout ce que tu trouves à dire c'est ça ?!

Sirius ferma les yeux.

- Harry... je te demande... pardon... pour tout ce que j'ai manqué avec toi, j'aurais dû être là, j'aurais dû... ça aurait dû être moi.

Il rouvrit les yeux et s'approcha, levant les bras comme pour le prendre contre lui.

- Mais te tourner vers Snape en remplacement, c'est... c'est juste... mauvais.

Il le regardait comme s'il le découvrait pour la première fois. Comme si c'était la plus grande évidence du monde. Comme si Harry allait éclater de rire et s'écrier " poisson d'avril !". Harry recula.

- En "remplacement" ? Sirius, il était là. Il était simplement là. Ce n'est pas un remplacement. Tu n'as jamais été là.

Sirius avança encore, touchant l'avant bras d'Harry.

- Je sais et je te demande pardon, crois moi, si je le pouvais je le ferai mais... je t'en prie, Harry, écoute-moi. Severus est un homme dangereux.

Le jeune homme se dégagea et recula encore, effrayé, effrayé et furieux comme il ne l'avait jamais été.

- Sirius, il n'est pas dangereux, c'est ce que je croyais aussi, mais il n'est pas celui que tu crois, il est gentil, je t'assure. Un peu brusque et sombre et maladroit, mais... mais il est gentil.

Ils se dévisagèrent. Sirius, lui aussi, paraissait effrayé.

- Tu ressembles... tu ressembles tellement à... Lily.

Pour la première fois dans la bouche de quelqu'un qui lui disait ça, cette constatation ne semblait pas être un compliment.

- Tant mieux, dit Harry très doucement, les larmes dans la voix, car si tu crois que mon père aurait été d'accord avec toi et aurait vu Snape comme un monstre, alors... Alors je préfère ressembler à ma mère.

La giffle partit avant qu'Harry ne l'appréhende. Ca faisait mal, mais bien moins que la perte qui envahit son coeur. Il releva la tête et dévisagea son parrain droit dans les yeux. Sirius avait l'air si jeune en cet instant, si fragile et lui aussi, il pleurait. Il pleurait peut-être parce qu'il réalisait enfin qu'Harry n'avait jamais été un remplacement de James, ni même son prolongement, et Harry lisait en son parrain le même deuil qu'il ressentait au fond de ses tripes.

- Désolé de te décevoir, Sirius. Je ne suis pas mon père. Je ne suis pas ton meilleur ami et ne l'ai jamais été. Je suis juste Harry. Et non, je te laisserais pas le frapper, même si je dois me prendre tous les coups de poings que tu lui réserves.

Sur ce, il quitta la pièce, claquant la porte derrière lui. Il resta dans son lit à pleurer tout le restant de la nuit, et ce soir-là Ron ne le rejoignit pas comme d'habitude. Ce fut Madame Weasley qui vint le voir et sans un mot, s'assit à ses côtés pour le prendre contre elle, comme elle l'avait fait auparavant. Il s'endormit finalement dans les bras de la femme, comme un enfant s'endort dans les bras de sa mère venue dormir à ses côtés, et Madame Weasley resta avec lui, à caresser son visage, son épaule, son bras, à lui murmurer des mots apaisants bien après qu'il se fut finalement endormi.


Si Harry pensait que le retour à Poudlard en ces circonstances, après une telle dispute avec Sirius, ne pouvait pas être pire, le rendez-vous avec Snape pour ces fameux cours d'Occlu-chose lui prouvèrent qu'il avait tord. Sans plus évoquer aucun événements passés, ni le fait qu'Harry se soit interposé entre Sirius et lui, ni leur conversation un peu plus tard, Snape lui expliqua tout ce qu'il y avait à savoir. Sans haine, sans rancœur, mais froidement, une froideur qui n'était plus entre eux depuis un moment, et Harry pensa avoir fait quelque chose de mal, avant de réaliser toute l'ampleur dramatique de ce que Snape essayait de lui expliquer. Voldemort ne le possédait pas, certes, mais il était capable de lire dans son esprit. Si ça le ramena brusquement à la réalité, à la guerre, au plus grand mage noir de tous les temps qui voulait le tuer, à Snape qui était toujours un espion, à leur destins contraires, rien ne le ramena plus à la réalité que lorsqu'il comprit enfin en quoi ces cours allaient consister exactement et, alors que Snape se préparait à pénétrer son esprit, il recula précipitamment vers la porte en renversant quelques bocaux et bousculant deux ou trois chaudrons sales.

- NON !

Figé contre la porte, les yeux grands ouverts, il fixait Snape qui le dévisageait d'un air interrogateur, un sourcil haussé. Harry n'avait pas parlé beaucoup depuis qu'il était arrivé, se contentant d'acquiescer et de poser deux ou trois questions et son soudain accès de frayeur sembla surprendre le maître des potions.

- Potter, puis-je savoir ce qui vous arrive ?

Harry avala sa salive et s'acharna en vain sur la poignée qui ne céda pas.

Vous allez devoir vous faire pardonner votre détestable comportement, Potter...

Je vais devoir... vous punir.

A genoux. A genoux, Potter.

Désolé de te décevoir, Sirius. Je ne suis pas mon père. Je ne suis pas ton meilleur ami et ne l'ai jamais été. Je suis Harry. Et non, je te laisserais pas le frapper, même si je dois me prendre tous les coups de poings que tu lui réserves.

- Non, vous ne pouvez pas lire dans ma tête, vous ne pouvez pas... !

Il haletait, au bord de la crise de panique. Bordel de merde, ça, c'était tout ce qui lui manquait. Il abandonna la poignée et main sur le front, tourna vers Snape un regard suppliant.

- S'il vous plaît... vous pouvez pas... vous pouvez pas faire ça.

Snape abaissa sa baguette et son visage reprit une expression froide et méchante.

- Dois-je comprendre que vous ne me faites toujours pas confiance, Potter ? Demanda-t-il de sa voix traînante, comme le mettant au défi de lui dire non après que, pas plus tard que cet été, il l'ait supplié de rester dormir avec lui pour la nuit.

Harry essuya les perles de transpiration qui maculaient son visage.

- Bien sur que je vous fais confiance, c'est juste...

- Professeur. Je suis toujours votre professeur, Potter.

Harry lui jeta un regard.

- Professeur, vous ne pouvez pas lire dans ma tête. S'il vous plaît.

Snape soupira, tapotant sa paume de main de sa baguette.

- Au risque de vous surprendre, Potter, après tout ce temps, permettez-moi de préciser que je crois avoir une idée assez précise de ce que je pourrais trouver dans votre tête.

Harry regarda ailleurs.

Vous vous trompez.

Il ne répondit pas. Il ne pouvait pas répondre à ça. Dans tous les cas, ce serait une mauvaise réponse.

- Potter... après avoir été vous rendre visite chez vo... votre oncle et votre tante, je crois être suffisamment préparé à ce qu'il y a dans votre tête.

Harry releva les yeux. Alors, Snape croyait que c'était ça qui le dérangeait ? Tant mieux, fit une voix en lui. Car, de fait, c'était un peu la vérité. Il ne voulait pas non plus que Snape le voit comme ça, si petit, si faible, si vulnérable. Mais c'était sa seule porte de sortie. Qu'est-ce qui se passerait s'il surprenait ce rêve qu'il avait fait ? Et que ce passerait-il, que penserait-il s'il voyait sa dispute avec Sirius ? Qu'est-ce qui était le pire ? Alors Harry pensa aux Dursley, il y pensa de toutes ses forces, il pensa à tous ces moments, à toutes ces insultes, ces souffrances et humiliations. Il pensa à Voldemort, à Cédric, au cimetière. Et c'est le coeur et la tête remplis de toute ces souvenirs qu'il fit face à Snape, à contre-coeur, tête basse, baguette brandie.

- Legimens !

Molaire le poursuivait et il restait perché dans l'arbre sous les rires des Dursley... Dudley le frappait au milieu d'un cercle d'élèves surexcités... Il était dans le placard et il suppliait sa tante de le laisser sortir... Le placard, le placard et la faim... la faim tenaillante, avilissante... Il rentrait à Poudlard avec Ron et Hermione et il était triste... Abattu... Hermione lui demandait ce qui n'allait pas... non, non, non, pensa-t-il avec panique, non ... Il était dans son lit et pleurait de rage dans les bras de Molly Weasley... Non, s'il vous plait, gémit Harry, c'est ma vie privé, s'il vous plait... Il était face à Sirius...

Tu ressembles... tu ressembles tellement à... Lily.

Tant mieux, car si tu crois que mon père aurait été d'accord avec toi et aurait vu Snape comme un monstre, alors... Alors je préfère ressembler à ma mère.

Le souvenir de la gifle se mêla à une brusque douleur au genoux lorsqu'Harry tomba à terre. Tremblant et de retour à la réalité, il ouvrit les yeux sans pour autant oser les lever. Il se redressa précipitamment et avala sa salive. Il pouvait voir les mains de Snape, immobiles, et il ferma les yeux pour ne plus les voir. Il y eut enfin du mouvement et Harry ouvrit les yeux. Snape lui tournait le dos de moitié pour s'appuyer contre le bureau. Il semblait atteint, blessé par quelque chose qu'Harry ne comprit pas. Est-ce que c'était ce qu'il avait dit ? Est-ce qu'il lui en voulait ? Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ?

- La leçon est terminée. Sortez.

Le coeur battait aux oreilles d'Harry. Il déglutit.

- Je voulais pas que vous voyiez ça, je... je suis désolé.

Snape se releva du bureau pour lui faire face. De glace, son énergie s'était transformée en feu. Un feu dévorant qui percuta Harry de plein fouet, envahit toute la pièce, déborda. Les flammes dansaient dans ses yeux. Harry le regarda en retour avec terreur.

- V-Vous êtes en colère contre moi ?

La baguette de Snape lançaient des étincelles. Il s'approcha de lui si brutalement qu'Harry sursauta, voulant faire un pas en arrière sans en avoir le temps. Snape saisit son menton d'un geste assez brusque, dénué de toute sorte de douceur, pour tourner son visage. Sa joue portait toujours la marque du coup de poing, la gifle n'avait pas laissé la moindre trace.

- La prochaine fois qu'il lève la main sur vous, vous aurez le plaisir de constater que je n'ai rien de faible, Potter ! Rien qui ne requiert aucune intervention de votre part ! Sortez, maintenant.

Il le lâcha. Harry ouvrit la bouche dans la surprise.

- Ce... enfin, ce n'était qu'une gifle. On se disputait, c'est tout, nous n'étions juste pas...

- Une dispute qui me concerne un peu, n'est-ce pas ?!

Snape semblait hors de lui pour des raisons qui échappaient totalement à Harry. Il ne répondit pas à la question. Il fit un pas en avant, espérant le calmer.

- Professeur, s'il vous plaît, je ne sais pas du tout ce que vous me reprochez mais je suis désolé de vous avoir...

Snape fit volte-face, échappant à la main qu'Harry tendait vers lui.

- JE N'AI PAS BESOIN DE VOUS ET ENCORE MOINS DE VOTRE AIDE ! SORTEZ !

Harry sursauta mais ne recula pas et le regarda droit dans les yeux.

- Dites moi ce que j'ai fait.

Snape prit l'arrête de son nez entre ses doigts tremblants et lorsqu'il parla, sa voix avait retrouvé son calme.

- Cet imbécile a raison. Vous lui ressemblez tellement...

Harry, stupéfait, ouvrit la bouche pour lui demander enfin des informations à ce sujet, mais Snape le coupa avant qu'il ait eut le temps de prononcer quoi que ce soit.

- Lundi prochain, à la même heure.

Et cette fois-ci, Harry comprit que la conversation était définitivement close. Il refoula ses questions et sortit sans un mot.


Le lendemain, Harry tournait en rond devant le bureau de Dumbledore. Il était toujours en colère contre lui et l'homme l'évitait depuis des mois maintenant. Alors, oui, il hésitait. Il n'était pas allé le voir pour Ombrage, ni pour aucun problème qu'il avait connu jusqu'alors - et il y en avait eu des graves. Des très graves. Mortellement grave.

Cependant, Harry ne pouvait pas affirmer avec certitude que le danger ne serait pas mortellement grave pour sa personne si Snape venait à voir ce qu'il avait d'autres dans sa tête. Si une dispute avec Sirius réussissait par il ne savait quel sorte de magie à le mettre dans un état pareil, il est clair que ça ne serait pas bon, pas bon du tout s'il venait à voir le reste. Avait-il vraiment le choix, alors ?

Harry finit par donner le mot de passe à la gargouille qui lui ouvrit le passage et il monta les escaliers en colimaçon jusqu'au bureau du directeur.

- Entrez, fit la voix calme du vieil homme, cette voix bienfaitrice qu'il avait presque oubliée.

Il rentra doucement. Debout face à une étagère remplie d'ustensiles étranges, plongé dans ses occupations, Dumbledore lui jeta à peine un regard avant de détourner les yeux, renforçant encore plus le sentiment de colère d'Harry.

- Ah, bonjour, Harry. Veux-tu une tasse de thé ?

Comment pouvait-il parler si calmement ? Si Harry avait été un adolescent tout ce qu'il y a de plus moldu, il l'aurait véritablement soupçonné de fumer quelques substances illicites.

- Non, merci, répondit-il froidement, en restant là où il était, au milieu de la pièce.

- Pardonne-moi si je ne me m'assois pas avec toi au bureau, je suis à la recherche de quelque chose qui requiert mon attention urgente. Cependant, je t'écoute, Harry.

Le jeune homme se mordit les lèvres, fixant le sol devant lui. Sa cicatrice le brûlait.

- Ce n'est pas grave, murmura-t-il d'un ton bas qui voulait dire tout le contraire et il était certain que Dumbledore l'avait très bien compris.

Cependant, il ne fit aucun commentaire, poursuivant sa fouille des étagères et ouvrant quelques livres, tentative d'évitement qu'Harry estima fort puérile. Mais bon, soit. Il était venu pour quelque chose et maintenant il fallait se lancer...

- Je suis désolé de vous déranger, dit-il d'un ton qu'il espéra neutre. En fait, je venais pour vous parler des leçons d'occlumentie que vous m'avez demandé de prendre avec le professeur Snape...

Dumbledore se redressa, et le rythme auquel il tournait les pages devint plus lent, voire inexistant. Son regard s'immobilisa sur le papier.

- Comment ça ? Demanda-t-il d'un ton anodin qui agaça Harry, il y a un problème ?

- Non, s'empressa de répondre Harry, enfin, si, en quelque sorte.

Il prit une inspiration. Dumbledore semblait si paisible, un calme factice qui, Harry en était sûr, cachait la plus grande curiosité.

- Je ne veux pas que Snape puisse voir... certaines choses... dans ma tête.

- Le professeur Snape, Harry.

- Oui, oui, le professeur Snape, corrigea Harry avec agacement. S'il y avait... un moyen... d'effacer ces choses de ma tête...

Dumbledore posa tranquillement le livre et se tourna de demi vers lui, sans le regarder. Harry contracta la mâchoire et se mordit la lèvre. Dumbledore avait cette manière tellement agaçante de faire semblant de ne pas comprendre pour épargner son entourage, quand Harry était certain qu'il devinait plus de choses qu'il n'en disait. Il espérait seulement qu'il ne devine pas trop.

- Personne ne peut effacer véritablement les pensées et les souvenirs à moins d'un sortilège d'amnésie, Harry, comme tu t'en doutes.

Il y eut un bref silence.

- Serais-ce si terrible de partager ces pensées avec le professeur Snape ? Demanda le directeur d'un ton particulièrement doux qui eut effet de calmer et d'affoler Harry tout à la fois, car ça voulait dire qu'il savait.

Il ferma les yeux, les joues écarlates.

- Harry, dit le directeur qui bougea un peu pour s'approcher de lui, restant malgré tout à distance - Harry évitait tellement son regard qu'il n'avait même pas besoin de faire cet effort - quoi que tu veuilles lui cacher, sache que je suis certain que Severus est en mesure de le comprendre.

Harry poussa un soupir et se détourna dans un mouvement d'humeur.

- Comment voulez-vous qu'il puisse comprendre ça ?!

Dumbledore pouffa, ce qui rappela à Harry les petits rires étouffées des filles lorsqu'elles parlent des garçons en faisant semblant de croire qu'ils ne se rendent compte de rien.

- Ah, parce que tu penses le professeur Snape si inhumain qu'il soit dénué de besoins fondamentaux propres ? Tout être vivant vit, aime, ressent, a mal et désire, Harry.

Harry fondit son visage entre ses mains, désirant plus que tout disparaître de la surface de la terre à l'instant même.

- Arrêtons de faire semblant, vous savez de quoi je parle, n'est-ce pas ?

Le directeur s'éclaircit la gorge et se dirigea vers son bureau pour prendre un bonbon au citron.

- Je ne fais absolument pas semblant, mon cher Harry. Je pensais que tu voulais les choses de cette manière mais, puisque tu les désires plus claires, bien sur que je sais de quoi tu parles. Afin de te venir en aide de la meilleure façon, il vaut mieux savoir de quoi il en retourne, tu ne crois pas ?

Harry émit une sorte de gémissement et se détourna de Dumbledore, fixant obstinément les étagères, les tableaux, les murs, n'importe quoi.

- Vous lisez dans ma tête ? Avec le truc, là, l'occlu...

- L'occlumentie, Harry. Non, je n'ai pas utilisé l'occlumentie sur toi. Je n'en ai pas besoin. Un bonbon au citron ?

Quelle réponse éclairante. Harry se mâcha l'intérieur des joues.

- Non, merci. Est-ce que... est-ce que vous allez me renvoyer ?

- Est-ce que je vais te renvoyer pour être un être humain ? Non, Harry, je ne crois pas.

Le jeune homme baissa les yeux, le visage en feu.

- Est-ce que ça vous déçois ? Est-ce que ça vous... dégoûte ?

Est-ce que je vous déçois ? Est-ce que je vous dégoûte ? Le silence qui suivit n'avait rien à voir avec les silences qui emplissaient parfois ses conversations avec Snape. C'était un silence accueillant, réconfortant.

- Non, Harry, rien de tout cela. J'ai vécu avant toi, tu sais. Je sais ce que c'est d'aimer.

- Avez-vous... déjà aimé la mauvaise personne, professeur ?

- Oui, j'ai déjà aimé la mauvaise personne, Harry... Pardonne-moi si je préfère garder mon jardin secret en la matière.

Harry eut un rire sans joie. Lui aussi, il aurait bien aimé garder son jardin secret en la matière, mais il faut croire que les règles de la vie mortelle ne s'appliquent pas à Albus Dumbledore.

- Harry... Severus Snape n'est pas la mauvaise personne.

Harry sursauta presque. Entendre cette phrase à voix haute faisait mal, et peur, aussi.

- Nommer les choses par leurs noms est la première étape. Nommer ce que tu ressens et ce que ça implique est important, même si ça te terrifie. Laisse moi te dire que cacher ces penses à Severus n'est pas le bon chemin pour cela.

Harry ferma les yeux.

- Je ne peux pas. Je suis désolé, mais je ne peux pas. Je ne peux pas le laisser voir... ça. Il me tuerait.

Dumbledore étouffa un rire.

- Oh, Harry, je crois que tu te trompes fortement.

- Est-ce qu'il vous a dit quelque chose ? Sur moi ?

- Non. Il ne m'a rien dit sur toi, Harry, répondit patiemment Dumbledore. Mais je ne pense pas qu'il réagirait aussi mal que tu le penses. Severus est un homme intelligent.

- S'il vous plait, donnez-moi juste de quoi effacer ça. Je ne veux pas qu'il le voit.

- Très bien, soupira Dumbledore, comme tu voudras. Je n'ai cependant rien de plus à te donner. A défaut de pouvoir utiliser une pensine, il te suffit d'extraire ton souvenir de ta pensée pour le mettre dans une fiole que tu garderas sur toi tout le temps que durera ses leçons, et tu le remettras à sa place, dans ta tête, après. C'est très important. Imagine que quelqu'un d'autre tombe sur ces souvenirs... Ce serait bien pire que ce que tu peux craindre de Severus

Harry acquiesça. Il saisit la fiole que lui tendait Dumbledore, déjà prêt à partir.

- Harry, insista Dumbledore d'une voix pressente, réfléchi bien à ce que tu fais. A l'heure actuelle, le problème que tu estimes le plus urgent est d'enlever ça de ta tête le plus vite possible afin d'être sûr que Severus ne se rende pas compte de tes sentiments à son égard. Réfléchi à ce qui pourrait se passer, si quelqu'un d'autre que Severus, quelqu'un d'autres en lequel tu n'as aucune confiance, tombait sur ce souvenir... Fait moi plaisir, Harry. La meilleure chose que tu puisses faire pour régler ton problème, c'est de suivre ces cours d'occlumentie et d'écouter le professeur Snape. Tu peux faire ça ?


Alors, Harry essaya d'écouter les conseils qu'on lui donnait, et lorsque Snape lui expliqua que savoir garder un esprit calme et vide de toute émotion était la première étape de l'occlumentie, c'est ce à quoi il s'essaya tout le cours, l'esprit suffisamment libre car il avait auparavant glissé tous les souvenirs et les pensées "honteuses" dans la fiole. Il avait du mal, énormément de mal à calmer le flot de ses pensées et encore plus ses émotions. Snape lui demanda de s'entraîner et, pour être honnête, Harry sollicita l'aide d'Hermione qui, heureuse qu'il prenne tout ça au sérieux, le guida secrètement à vider son esprit. Cependant, Harry n'obéit pas à Dumbledore, jugeant l'homme trop précautionneux. Et ces pensées hors de lui le débarrassèrent momentanément, artificiellement, de son obsession pour Snape, qui se redirigea vers celle qui éprouvait envers ce foutu couloir du département des mystères.

Après la découverte désastreuse de l'AD par Ombrage qui conduit Dumbledore à quitter l'école, Harry se sentait piteux et misérable en se rendant ce lundi soir au bureau de Snape, persuadé qu'il allait lui en faire remontrance. Il s'était entraîné, il s'entraînait depuis des mois, y compris avec le maître des potions qui avait consacré plusieurs séances à la seule maîtrise des émotions sans faire aucun exercice d'occlumentie, il s'était entraîné avec Hermione tous les soirs pour faire honneur à Dumbledore, pour ne pas décevoir Snape, pour qu'il ne découvre pas ses rêves, rêves qu'il glissait dans une collection de fiole à présent, rangées dans son sac - les laisser dans le dortoir, pensait-il, était bien trop dangereux - mais rien, rien de tout ça n'avait empêché Harry de continuer à rêver du long couloir sombre du département des mystères et sa cicatrice de le brûler chaque nuit. Ces leçons d'occlumentie étaient devenues un calvaire pour eux deux car Snape ne pouvait pas reprocher à Harry de ne pas s'entraîner, comme Harry ne pouvait pas reprocher à Snape de faire tout pour qu'il échoue : il donnait toute son énergie et sa bonne volonté pour que le jeune homme réussisse. Mais il semblait que c'était inutile. Harry parvenait, à grand mal, à bloquer Snape de pénétrer son esprit. Lors de situations maîtrisées, voulues et sous contrôle, dans le confort relatif des cachots où aucun mal de le menaçait : car il y a bien longtemps que Snape n'était plus menaçant à ses yeux et cette confiance, posée entre eux à présent, semblait faire obstacle à la bonne réalisation des exercices sans qu'il ne s'en rende compte. Chaque nuit, Harry continuait à rêver. Snape, en revanche, semblait agacé et plusieurs fois, il se montra plus froid, plus menaçant avec lui, insultant parfois, sans qu'Harry ne comprenne que ce n'était pas une saute d'humeur de l'énigmatique et insupportable Severus Snape, mais une tentative de le faire progresser. Un jour, il coupa les exercices en plein milieu d'une séance, le laissant planté là, piteux.

- Potter, il y a quelque chose que vous me cachez. Dites-moi de quoi il s'agit.

Harry laissa ses bras retomber, se sentant un peu vide, un peu mal à l'aise planté là. Snape le dévisageait un peu trop intensément.

- J-je ne vois pas de quoi vous parlez, répondit Harry dans un clignement de paupières.

Snape eut un rictus.

- C'est ça...

Il parlait d'une voix calme quoi qu'avec un certain dédain, mais rien qui ne soit pas coutumier et Harry ne vit pas venir la suite. Une seconde plus tard, le maître des potions brandissait sa baguette vers lui et il se retrouva entravé de toute part comme par des lianes invisibles qui le maintenaient ligoté. Snape s'avança vers lui pour lui faire face.

- Vous croyez que j'ai un temps infini à consacrer à votre petite personne ?! Vous vous moquez de moi ! Sachez que quoi que vous vouliez me cacher - et je sais que vous me cachez quelque chose ! - je m'en moque totalement ! En revanche, l'importance que ça a pour vous... c'est avec ça que vous devez vous battre ! Le point culminant entre la rage de ne pas me montrer ces souvenirs quoi qu'ils soient, et le calme le plus profond que vous puissiez atteindre, celui de la magie originelle, de la force à l'état pure, la force du vent qui déracine l'arbre sans se soucier une seconde de celui-ci, sans ressentir quelque chose pour lui ! Ni colère, ni joie, ni compassion.

- Professeur... gémit Harry qui avait du mal à respirer, d'autant plus qu'il lui postillonnait à la figure.

- C'est cet état que vous devez atteindre, Potter ! Et vous ne pouvez pas le faire si vous ne mettez pas tout en jeu, car tout sera mis en jeu face au seigneur des ténèbres ! ne comprenez-vous pas ?! Votre vie, celles de vos proches, celles de vos amis les plus chers ! Et vous devrez vous battre comme vous ne vous êtes jamais battu si vous voulez avoir la moindre chance face à lui ! Ca, ce que vous faites en ce moment en jouant au plus malin avec moi, c'est de l'esquive ! Et j'ai horreur des lâches.

Il releva son sort d'un geste de baguette dédaigneux, le fixant d'un air de dégoût où se lisait la déception la plus profonde. Puis il laissa Harry se masser la gorge et tousser en se détournant de lui comme s'il n'avait plus d'importance.

- Vous ne pouvez pas le faire sans être entier, Potter. Je me moque vraiment de vos stupides secrets d'adolescents, d'avec qui vous couchez et avec qui vous voulez coucher, Granger, Weasley ou même Drago - Harry n'avait entendu un tel langage dans la bouche du professeur Snape - Est-ce que ça a plus importante que le seigneur des ténèbres ? Votre vie, la vie de vos amis, votre famille, les gens que vous aimez, la vie de vos professeurs, la mienne ! Quoi que ce soit, Potter, vous devez tout mettre sur la table maintenant, car vous en avez besoin pour réussir.

Harry ne savait quoi dire. Il n'y avait rien à dire. Que pouvait-il répondre à ça ? Si c'était n'importe quoi d'autre, n'importe quoi, il aurait plié, bien entendu. Il savait à quel point c'était important. Mais il lui demandait la seule chose, la seule chose qu'il ne pouvait pas...

- Et vous, professeur ? Vous me cachez des choses, vous aussi. Ca ne vous empêche pas de...

Snape se tourna vers lui si brusquement qu'Harry sursauta.

- JE SUIS DEJA UN PARFAIT OCCLUMENS, ESPÈCE D'IDIOT !

C'est à ce moment là que Drago choisit de faire irruption dans la pièce et Harry se demanda en soupirant, regardant ailleurs, s'il n'écoutait pas depuis le début. Soit disant pour solliciter l'aide de Snape, pensa Harry avec rage en essayant d'éviter le regard plus goguenard et méchant que jamais de Drago. Lorsqu'ils furent partis tous les deux, Harry soupira et se laissa tomber sur le banc le plus proche. Il était jaloux, il le savait. Jaloux de devoir courir en permanence pour gagner l'estime de Snape, quand ce petit enfoiré de Drago l'avait eu depuis toujours, naturellement, alors qu'il n'était qu'un... Mais comment Snape pouvait seulement l'apprécier ?! Il fixa la pensine, d'abord parce que c'était la seule chose de lumineux et d'attirant visuellement dans cette pièce. Ensuite parce qu'il savait ce qu'elle renfermait. Comme lui, Snape désirait lui cacher certaines choses. Lesquelles ? Quelque chose en lui voulait croire qu'il lui arrivait de rêver, lui aussi... Après ce qu'il avait déjà réussi à voir dans l'esprit de l'homme lors de ces séances, quoi d'autre pourrait-il être si secret, si important qu'il veuille lui cacher ? C'est la curiosité et la fascination, et un petit côté revanchard également, qui le poussèrent à se jeter dans la pensine. Snape n'en saurait jamais rien, n'est-ce pas ?


Ce soir-là, il n'y avait plus que Ron, Hermione et un groupe d'élèves de troisième année dans la salle commune des gryffondors.

- Il est tard, fit remarquer Hermione, blottie dans un fauteuil, en sortant de son livre pour jeter à l'horloge un regard anxieux.

- Ouais. Snape doit lui faire passer un sale quart d'heure, comme toujours...

Il semblait ne pas voir du tout le problème mais Hermione, elle, continuait à fixer l'horloge d'un air pensif.

- Ron, apporte moi la carte d'Harry, dit-elle d'un ton bas, afin de ne pas être entendue. Et la cape, aussi.

Ron protesta, mais fini par obéir à la jeune femme pour avoir la paix et lui jeta la carte entre les mains avant de s'écrouler de nouveau sur le canapé, observant cependant d'un œil intéressé la jeune femme prononcer discrètement la formule appropriée. Ils se retrouvèrent tous les deux penchés sur la carte, observant le point " Harry Potter " fixe et immobile, dans les toilettes de Mimi Geignarde.

- Tu crois que Mimi lui manquait à ce point ? Plaisanta Ron en esquissant un sourire goguenard, ça doit être les lunettes, ça doit lui plaire à Har...

- Ron, arrête tes bêtises !

Elle glissa la cape d'invisibilité sous sa robe de sorcier, refermant la carte qu'elle donna à Ron.

- Mais... mais qu'est-ce que tu fais ? Laisse le tranquille, un peu !

Elle tourna vers Ron des yeux enflammés, avant de secouer la tête d'un air exaspéré.

- Attend-moi, je viens avec toi !

- Non, surtout pas ! Reste-là.

Ron eut l'air vexé, mais obéit et s'écroula de nouveau dans le canapé, regardant la jeune femme franchir le portrait de la tour des gryffondors.


Il n'y avait aucune lumière dans les toilettes des filles du deuxième étage, et on entendait les joyeuses plaintes et les pleurs de Mimi Geignarde qui cessèrent dès lors qu'elle l'aperçut, lui jetant un regard de reproches, ayant l'air déçue d'être dérangée. Elle flottait au dessus d'Harry, accroupi près des lavabos, le visage entre les mains. Hermione réalisa que les pleurs qu'elle avait entendu n'étaient pas seulement ceux de la jeune fantôme : ils appartenaient également à Harry, confirmant ses craintes. Elle avala sa salive et, courageusement, s'agenouilla près de son ami.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Harry étouffa un sanglot.

- Laisse-moi, Hermione.

Elle posa une main sur son épaule, il se dégagea.

- Regarde-moi.

La tête entre les mains, il secoua compulsivement la tête.

- Il ne veut pas dire un mot, soupira Mimi Geignarde. Même à moi, il ne m'a rien dit... Il reste là, à gémir... Pourtant, moi, je pourrais l'aider... Ce n'est pas comme si je ne comprenais pas ce que ça fait d'être...

- Mimi ! S'écria Hermione en jetant à une jeune fille un regard courroucé, laisse-nous, ça ne te regarde pas !

La fantôme pinça les lèvres d'un air vexé et après de longues protestations, disparut dans le lavabo le plus proche. Hermione reporta son attention sur Harry, caressant son épaule sans parler pendant quelques instants. Comme Harry ne réagissait pas, elle s'assit à son tour et attendit. Harry n'était pas du genre à obéir, mais il finirait par parler de lui-même.

- J'ai... j'ai commis une énorme erreur.

Elle brûlait de savoir ce qui s'était passé de si horrible pour mettre Harry dans cet état, évidemment, mais fit mine de garder son calme et se contenta de lui lancer un regard compatissant, bien qu'il se cacha de demi entre ses bras. Elle devinait seulement son regard rouge noyé par les larmes.

- Il ne me pardonnera jamais.

Il fut pris d'une secousse incontrôlable.

- Harry... je suis sur que le professeur Snape sait qu'on fait tous des erreurs et...

- Tu ne comprends pas ! Rugit Harry en redressant d'un seul coup, j'ai trahi sa confiance ! J'ai regardé dans la pensine quand il n'était pas là, j'ai tout gâché, Hermione, il ne me pardonnera jamais !

Elle déglutit mais soutint son regard avec le plus grand calme dont elle était capable.

- Et qu'est-ce qu'il y avait, dans cette pensine ?

Il secoua la tête, les mains sur les oreilles, comme un fou.

- Je ne peux pas le dire, je ne peux pas le dire... !

Elle poussa un petit soupir nerveux et reprit d'un ton plus sec et plus sévère qui ressemblait à celui de Mcgonagall :

- Alors, va t'excuser ! Arrête de pleurer, sèche-toi le visage et va immédiatement lui présenter tes excuses !

Il éclata d'un rire nerveux.

- Pour qu'il me jette au visage tous les flacons de potions qui lui tomberont sous la main et me hurle encore dessus ? Non merci...

Il rejeta la tête en arrière, fixant le plafond avec désespoir. Elle se tordit la bouche, hésitante.

- Harry, est-ce que tu es am...

- Je ne pourrais jamais me faire pardonner pour ce que j'ai fait. C'est fini.

Ils avaient parlé en même temps et se dévisagèrent.

- Qu'est-ce que tu as dit ?

Elle rougit.

- Non, rien, rien...

Il soupira de nouveau et son menton se troubla. Il noya son visage entre ses mains.

- Je hais mon visage, je hais... mes cheveux, mon corps, je voudrais tellement ne plus... lui ressembler.

Véritablement inquiète à présent, elle entoura ses épaules de son bras, l'émotion la prenant à la gorge.

- Oh, Harry...

Hermione était une jeune fille intelligente. Elle ne pouvait que combler les vides et deviner le reste.

- Harry, tu es toi, c'est ce qui compte.

- Je lui ressemble. Tout le monde le dit. Alors c'est à ça... c'est à ça qu'ils pensent quand ils me voient ?!

Elle l'observa un instant, fixant le dégoût qui déformait ses lèvres, la colère, la haine qui envahissait son visage.

- Le professeur Snape a ses raisons de détester ton père, n'est-ce pas ? Demanda-t-elle avec précaution.

Il grimaça.

- Tais-toi ! Ne dis pas ce mot-là ! Je ne veux plus... je ne veux plus être son fils.

- Harry ! Il a sacrifié sa vie pour toi !

- Il a sacrifié sa vie pour ma mère ! Qui le détestait...

Il se mordit le doigt.

- Je ne comprends pas, Hermione, je suis totalement perdu. J'ai toujours cru que mes parents s'aimaient, que.. que Snape ne détestait pas ma mère, seulement lui, mais... ma mère se semblait pas l'aimer du tout, et Snape... j'ai toujours cru que Snape... n'était pas le genre à... je veux dire, il est méchant, mais... pas idiot, alors pourquoi... pourquoi il l'a traité de...

Son visage se déforma de nouveau sans qu'aucune larme ne coule. Hermione lui jeta un regard d'en dessous.

- De sang-de-bourbe, compléta-t-elle.

Il l'a regarda, ses yeux verts remplis de compassions.

- Je suis désolé, ce n'est pas du tout ce que je pense, je ne veux pas que tu te sentes...

Elle haussa les épaules dans un petit sourire.

- Ca va. Je sais bien que tu ne penses pas ça.

Ils restèrent immobiles, sans parler pendant ce qui sembla durer plusieurs minutes.

- C'est vraiment ce qu'il pense, tu crois ? Que c'était juste une... que tous les enfants moldus sont...

- C'est ce que les mangemorts pensent, Harry. Et tu sais, parfois, on fait des choses stupides... ça ne veut pas dire qu'on reste stupide toute sa vie. Toi, parfois, tu dis des choses stupides. Mais tu ne les penses pas vraiment, n'est-ce pas ?

Il ne répondit rien : c'était la vérité.

- J'ai fais quelque chose de vraiment stupide aujourd'hui...

Il secoua la tête.

- Mais non, non, jamais comme ça. Hermione, ce qu'il a fait n'était pas de la simple stupidité, c'était... c'était du niveau de Malfoy, pire que Malfoy, c'est... c'est du niveau de Dudley ! Et même Dudley...

Elle le fixait, semblant avoir du mal à y croire.

- Il y a une différence entre détester quelqu'un ou même se battre pour se défendre quand on nous attaque mais là, les choses qu'il disait... les choses qu'il a faites... Je ne pourrais jamais comprendre ça. C'est juste immonde.

Il y eut un silence.

- Pourquoi tu ne lui dis pas ?

- Hein ?

- Tu ne devrais pas rester là à me dire ces choses. Tu devrais lui dire, à lui.

- Non, hors de question ! Je ne peux pas y retourner. Je ne pourrais plus jamais lui faire face, pas comme ça, pas après ce que j'ai fait.

Il grimaça.

- Pas avec son visage, et ses yeux.

Hermione comprenait exactement ce qu'il voulait dire. Harry ne voulait pas faire face avec Snape avec le visage de son bourreau, et les yeux de celles qu'il avait insulté de la pire des façon. Il ne savait pas s'il devait lui demander pardon, ou lui demander des excuses.

- Harry, pardon d'être aussi terre-à-terre, mais tu dois absolument continuer à apprendre l'occlumentie, c'est...

- Tu crois que je ne le sais pas ?! Mais je n'y arrive pas, je n'y arrive pas !

Hermione voulu dire quelque chose, mais ce ravisa. Ce n'était pas le moment de demander " tu es sûr que tu en as vraiment envie ?" et encore moins " tu es sûr que tu fais tout ce qu'il faut pour ça ? " car, elle le savait, Harry avait véritablement l'impression de tout faire pour ça. Mais ce n'était pas le cas.

Hélas, les événements s'enchaînèrent si vite que finalement, ce ne fut jamais le bon moment.

Il voulait parler à Sirius, il le voulait vraiment. Il voulait avoir une explication, comprendre ce qui s'était passé, comprendre. Mais il ne pouvait pas parler à Sirius, pas seulement à cause des interdictions d'Ombrage. Il ne pouvait pas lui faire face de nouveau, c'était trop difficile, et le sujet trop sensible. Il aurait préféré parler à Lupin, mais il ne savait encore moins comment et de toute façon, il y avait de fortes chances pour qu'ils soient ensemble. Hermione lui exprima bien ses remontrances quelques fois, mais avec l'approche des examens, ils eurent beaucoup à faire avec la révision des BUSES. Et les épreuves de fin d'année arrivèrent bien plus vite que prévu...


Et voilà !

L'occlumentie, le point culminant entre la rage et le calme total, est évidemment inspirée d'X-men ( je suis d'ailleurs une fervente shippeuse du cherik également ). Mais je pense que ça vaut pour à peu près tout, en réalité.

Les chapitres suivants, particulièrement le prochain, vont être relativement dur. Avez-vous une idée de la direction que je vais prendre ? :) Qu'aimeriez-vous lire, ensuite ?

je serais curieuse de le savoir !