– 12 –
Dernier acte
James Potter s'éveilla, l'été était arrivé. Il n'avait que quelques souvenirs des jours qui avaient si rapidement défilé. Il se souvenait de la trahison de Peter. Pourquoi ? Un tel acte, d'un ami, est incompréhensible ! Il se souvenait avoir été soigné et soudainement, il avait reconnu ce pauvre diable de père de Severus Snape. Ô ! Il n'avait pas pu s'empêcher malgré la blessure de se jeter sur lui. Alors on les avait séparés et on l'avait enfermé dans une cave à moitié mourant, celle qui fut autrefois aussi la prison du Roi sans que James n'en sache rien, celle qui le sauva du carnage du roi venu chercher réparation.
Inconscient, James manqua encore la mort de peu. Son sauveur vient encore à son secours. « Fichre ! Si Merlin ne veut pas que cet homme survivre, je veux bien être damné ! » Il changea les vêtements d'un cadavre miséreux avec ceux de James Potter et le conduisit à un autre abri chargeant sa famille de veiller sur lui. Greengrass, Avery et Rusard crurent sincèrement à la mort de James et l'annoncèrent au roi.
Retrouvant force et courage, James fut bien blême de voir que l'hiver était passé sans qu'il ne s'en souvienne et le printemps avec. Il s'enfuit, navré pour ses sauveurs, et se dirigea vers Sainte Mangouste pour y trouver sa Reine, persuadé que Remus et Regulus avaient connu le même sort que lui auprès de Peter avec moins de chances. On l'informa alors d'une étrange nouvelle : le fou qu'il recherchait était auprès du roi, adopté par ce dernier. Fort heureusement, le peuple avait interdiction de parler des rumeurs odieuses sur la souffrance de ce pauvre damné aussi James ne pût connaître les peines qui étaient celles de son protégé.
Il était près de onze heures quand il arriva aux abords du palais, et quoiqu'il vît beaucoup de gens se rendre dans la même direction, il ne put empêcher que son costume le mît en évidence. Il regarda tout le monde sous le nez, désirant rencontrer quelqu'un de mine assez charitable pour se charger de remettre un mot car James ne pouvait avoir la prétention de pénétrer dans l'intérieur du palais.
En ce moment le jeune du fouet passa devant lui, se retourna tout d'une pièce, le toisa, l'examina comme il eût fait d'une bête curieuse. Merlin, pensa-t-il, que fait-il ici ! S'il se fait prendre, c'est terminé. Tâchons de trouver une excuse pour le faire partir. James Potter se voyant regardé lui épargna cette peine. Il s'était retourné lui-même, et avait, depuis cinq minutes, observé et inspecté cet homme qui ressemblait à s'y méprendre à l'homme qui l'avait sauvé. L'homme lui fit signe d'entrer dans un renfoncement et James Potter pénétra dans l'endroit qu'il lui indiqua.
C'était une espèce de niche creusée dans le mur du palais avec un banc de pierre, un refuge pour les sentinelles en cas de mauvais temps. Il s'était à peine assis qu'une troupe d'Auror vint à passer. Aussitôt la pierre s'ouvrit et il fut entrainé dans les égouts de Londres avant d'être débusqué Les choses prenaient une tournure imprévue et peu rassurante. Le pauvre James voulut s'expliquer, mais son ravisseur lui imposa brutalement silence et dit à un de des voleurs présents de le désarmer et de le fouiller. Merlin, rejoindrait-il bientôt Regulus et Remus dans la mort ?
Loin d'être touché par la mort, les deux hommes exploraient les quartiers pauvres, il fendait les flots des mendiants. Ils rôdaient çà et là parmi la multitude entassée aux alentours, ils jouaient des coudes et des poings. Ils interrogeaient, regardaient, écoutaient, s'impatientaient, s'alarmaient et prévenaient. La révolution grondait et ils rassemblaient les forces !
« Le Roi doit penser qu'on l'a abandonné…, souffla tristement Remus.
– Allons, ne te mets pas encore en mal, gronda sévèrement Regulus, je n'arrive pas à croire que Peter soit décédé.
– C'est si triste, qu'a-t-il pu lui arriver pour qu'il se retrouve ainsi contre un muret ?
– Un coquin l'aura agressé pour rien, il n'avait pas la moindre fortune. »
Et sur cette réflexion, il s'endormit contre Remus. Il en avait grand besoin. Regulus était épuisé portant à bras le corps les orphelins et les voleurs de morts. Que James soit fier de ce qu'il accomplissait, son frère, ô son tendre frère ! Avait-il mérité de mourir lui aussi ? Est-ce que c'était le même jour que Peter ? Avaient-ils été piégé par son bâtard des lions ?
Loin du linceul de la mort, James regarda le chiffon de papier que l'homme au fouet lui tendait. James sourit quand il reconnut les pattes de mouche tracées par la reine des ombres le jour de cette sinistre aventure à Hendon Hall. Le visage de l'homme au fouet, devant tant de tendresse, devint tout sombre ; tandis que le visage de James devenait au contraire enjoué. Les hommes autour d'eux le couvaient des yeux comme des rapaces.
« Mon frère t'a-t-il laissé partir ? questionna Lestrange
– Triste sire, votre frère ? L'homme qui m'aura sauvé ?
– Je suis celui qui vous a sauvé. Vous deviez attendre mon retour, Potter.
– Il ne cessait de me dire d'attendre, c'était bien trop long.
– Quitter le palais, et s'éloigner de la ville, pour un sujet comme moi est dangereux. Vous y étiez à l'abri. L'exil était votre chance.
– Ma pauvre âme, soupira James, je vous remercie mais je ne puis être préserver de la sorte. J'ai le Roi des Ombres, Reine de Cœur à sauver. Je m'en vais…
– James Potter, si vous tenez à votre vie, à celles de vos amis et de… Merlin. Je dois m'en aller. Je ne peux rester. Restez dissimulé, je vous en conjure. J'aviserai le Roi des Orphelins et que le jeu du sort soit de votre côté. J'en ai déjà trop fait. J'ai déjà soufflé votre mort… si cela s'apprend… mais cette lettre… je sais… j'ai lu… j'ai entendu… oui… Ô ma vie n'est rien face à celle du roi… mais pauvre roi… si abandonné… pauvre petit oiseau… cette lettre… oui… ce n'est pas le hasard si je suis tombé sur vous… ce jour-là… et aujourd'hui encore ! »
Face à un discours étrange et discontinue, James demeura inquiet et vit l'homme, semblant malade, disparaître dans les égouts. Le voilà séquestré par un fou et quelqu'un avait encore ravi son titre ! Tout de même, lui voler celui de Roi des Orphelins, en voilà un qui ne manquait pas de toupet !
« C'en est fait de moi, murmura James, ma malchance ne saurait être plus cruelle. Décidément je suis né sous une mauvaise étoile. Je vais faire le grand saut et danser au bout d'une corde, c'est sûr, et tout cela pour des pattes de mouche. Et que deviendra mon pauvre petit fou ? Le bon Dieu seul le sait ! »
Regulus se leva, raide, perclus, ankylosé, plus mourant de faim qu'un chat maigre. Il prit un bain dans le fleuve, mit son estomac à la raison en ingurgitant une ou deux pintes d'eau, et s'achemina, clopin-clopant, vers Westminster, en maugréant contre le sort qui lui avait fait perdre un temps si précieux à dormir aussi bêtement. Les tiraillements de son estomac, qui ne paraissait pas satisfait, durent bien apprendre à se taire. Remus le fixa avec inquiétude : « On doit se reposer, Roi des Orphelins ! »
Sirius Black et Sire Malfoy traversèrent la cour du palais entourés d'Aurors où il y avait une affluence considérable de gentilshommes en grand apparat. Ils montèrent le grand escalier du palais puis ils furent confiés à un gentilhomme beau comme un dieu qui se plia également en deux avec respect, pria Malfoy de l'accompagner, marcha devant, traversa une grande salle où se trouvait une haie de gens de service en splendide livrée qui se plièrent aussi respectueusement en deux sur leur passage. Toutefois, quand ils furent passés, ces mêmes-gens mirent la main sur leur bouche pour étouffer les rires provoqués par l'honneur qu'on donnait à ce pauvre mendiant envers qui était attaché le roi ainsi qu'envers l'ancien protecteur du royaume devenu prisonnier de son manoir.
Sire Malfoy et Sirius gravirent les larges marches d'un somptueux escalier, où s'échelonnaient des gens si magnifiquement costumés qu'ils paraissaient tous des pairs du royaume et ils arrivèrent enfin dans une vaste pièce, plus peuplée encore de beaux seigneurs, qui représentaient, cette fois, réellement la haute noblesse d'Angleterre, et à travers lesquels ils se frayèrent un passage.
Le gentilhomme se plia en deux, et les laissa là tout seul, au milieu de la pièce, tandis que tous les yeux se braquaient sur les pauvres diables, que tous les sourcils se fronçaient, et que toutes les lèvres se plissaient en souriant.
En ce moment le Roi leva la tête, et Sirius put contempler le visage de l'auguste souverain. Cette contemplation faillit lui donner un coup d'apoplexie. Il regarda le Roi face à face, et ses yeux se clouèrent sur ceux du redoutable monarque qui ne le voyait guère. Soudain une idée lui traversa l'esprit, idée bizarre, étrange, insensée mais que pouvait-il lui arriver de pire que la mort, s'il la mettait à exécution ? Il courut au mur, prit une chaise, la planta au milieu de la salle, et s'assit. Malfoy le regarda avec effarement. « Tenez-vous ! »
Un murmure d'indignation circula dans l'assemblée. Une main s'appesantit rudement sur lui. On cria : « Debout ! Impudent ! On ne s'assied pas devant le Roi. »
Le bruit avait attiré l'attention du souverain, qui sourit devant son oiseau de paradis. Il calma d'un geste l'assemblée des seigneurs, étendit la main, et dit : « Ne le touchez pas, il est dans son droit, qu'il soit retenu qu'il est le seul à l'avoir. »
Il y eut un mouvement de stupéfaction. Sirius se redressa. Lui et Malfoy se rapprochèrent. Le roi quitta son trône, descendant les marches.
« S'il veut s'asseoir, laissez-le s'asseoir. Sire Malfoy, je vous prie de vous approcher. Plus près. Bien. Vous et Sire Picott avez été accusés d'ignobles faits. Cela a conduit à vous retrouver l'un et l'autre enfermés. »
Malfoy se garda bien de contester cet odieux mensonge.
« J'ai décidé d'accorder ma clémence, pour fêter le soliste d'été à vos personnes. Je vous réserver une pension de compensation, un titre et on vous conduira en écosse. Vous pourrez vous occuper de vos terres, tout en respectant les lois de notre pays.
– Vous ne me trompez pas, siffla Malfoy dans un murmure inaudible, vous tentez uniquement de l'isoler davantage.
– Je vous laisse la vie sauve, vous qui vouliez le tuer pour me mettre sa place. Prenez votre sage ami, partez et ne revenez jamais.
– Les derniers que vous avez ainsi libérés n'ont jamais donné signe de vie.
– Je n'ai rien fait aux Seigneurs Chevaliers de la maison des Loups. Lui et son domestique ont fait le choix, seuls, de l'exil. Remerciez, acceptez et partez, c'est mon Prince qui est parvenu à me convaincre. Ne jouez pas de votre chance, Malfoy. »
Loin d'être exilé, Regulus avait pris sa tête dans ses mains et se tâtait le crâne, comme s'il avait été subitement frappé de folie. Ses yeux s'ouvraient démesurément, et sa bouche restait béante. Il regardait tous les gens miséreux qui étaient là et cet horrible égout dont il occupait le centre, et il murmura : « Mais, non, ce ne sont pas des ombres, non, ce n'est pas un rêve ! En vie, en vie, il est en vie. Ou je suis fou, ou je rêve. Lui en vie. »
Les yeux de James étaient aussi exorbités que ceux de Regulus. Il lâcha le bâton qu'il tenait à la main pour battre le prétendu roi des Orphelins qu'il attendait de pieds fermes depuis l'annonce de son arrivée. Ainsi, non ! Il ne pouvait le croire. Regulus était mort, tué par le bâtard des lions ou par le rat des orphelins. Il était mort, depuis si longtemps.
« Vous allez agir de la sorte pendant longtemps ? » s'éclaira la gorge Remus.
Ils se tombèrent dans les bras, pleurant comme des enfants, sous le rire des voleurs de morts. Oh, diantre, oh beauté ! Oh monde. Ils étaient enfin ensemble, retrouvés. Perdus. Là. Paumés. Révolutionnaires. James avisa la cicatrice sur la joue de Remus, nouvelle et profonde et l'air usé de Regulus.
« Six mois, six mois…
– Vous pleurez. Vous reniflez. Allons, James, un peu de tenu, dit taquin Regulus.
– Nous devons te dire pour Peter…
– Me dire ? dites ! parlez ! Parlez-moi de ce traitre ! »
Ils se regardèrent avec surprise. Les uns échangèrent sur sa mort, l'autre sur la trahison de ce dernier.
« La culpabilité… souffla Remus, il s'est donné la mort sous le coup de l'horreur de ce qu'il avait fait.
– Que Merlin lui pardonne, même ainsi je n'aurais pas souhaité sa mort, gronda James.
– Je le tuerai de mes propres mains, s'il vivait encore. » reconnu Regulus.
« Et ma Reine ?
– Oh, personne ne lui a rien dit ?
– Sinistres songes, doit-on nous-même être les corbeaux de cette nouvelle.
– Un si beau jour se couvrant de si sombres nuages.
– Comment lui dire…
– Je ne pourrais lui dire…
– Il faudra bien.
– Qui s'en chargera ?
– Je ne puis.
– Je ne le peux davantage. »
« Mes frères, blanchit James, quelle est donc cette si triste nouvelle ? »
« Allez-vous donc lui répondre, s'agaça une voix de femme.
– Ô Molly, toi aussi, s'étonna James, te voilà ici.
– Et je ne suis pas seule. »
Lily, de la maison du Lion regardait le sol boueux et sale de l'égout. Elle n'osa pas porter les yeux sur James. Au prix de sa vie, James aurait aimé avoir des nouvelles de sa bien-aimée Reine mais revoir sa douce Lily assombrit son regard. Il n'avait pas oublié avoir été renié par elle. Mais son tourment ne fut pas de longue durée. Il apprit bientôt pourquoi lady Lily l'avait fait. La malheureuse femme ne l'avait point trompé en disant qu'elle était une esclave enchaînée à la volonté de son maître. Le tyran lui avait commandé de parler et d'agir ainsi en menaçant elle et sa sœur. La maladie et les mauvais traitements avaient emporté cette dernière pendant l'hiver. Lily aurait longtemps été esclave si en février, l'ordre ne fut pas donné d'arrêter Lockhart pour avoir, selon la déclaration du Roi, fait fouetter un pauvre innocent et protégé du roi. Il fut conduit devant le roi. Des petits orphelins, des témoins adultes, des voleurs et des notables reconnurent sa montre, ses bijoux, son attitude, comme celui d'un notable qui avait payé un petit gros et blond pour le meurtre d'un homme, un certain "James Potter, roi des Orphelin." Propos entendus dans l'auberge la tête du sanglier. Il nia, jura, conspua, puis déclara que ce n'était pas lui et demanda grâce pour sa vie.
« Diable, combien de fois ai-je donc été déclaré mort depuis ma naissance ? Vous ne devriez y croire que devant mon corps, désormais, constata James Potter avec effarement.
– Le favori du Roi prononça des paroles similaires, confirma Lily, il vous croit là alors que nous vous pensions tous tristement déjà de l'autre côté.
– Le favori ? »
Lily ne répondit pas à la question, terminant son récit. Son mari avait fui, perdant tout titre, vers l'Allemagne ou la Russie, craignant que Potter ne revienne d'entre les morts face aux propos du favori sonnant comme un avertissement futur.
« Je suis navrée, James, le sang de bourbe en moi m'a rendu faible.
– Je te pardonne de bon cœur, ma pauvre Lily. On est bien des esclaves de nos sangs, on n'y peut rien. Allons, dites-moi, maintenant ! Où est ma Reine ? Si elle est morte, dites-le-moi, je suis prêt. J'attends. Tuez mon âme…
– La mort aurait été préférable… »
Alors gravement, se coupant les uns les autres et reprenant quand certains n'y parvenaient plus, ils racontèrent ce qu'il était arrivé depuis leurs séparations, l'enferment au manoir Malfoy, la sentence, la lune arrachée du ciel, les changements de Sirius, sa soudaine soumission au roi, son refus de le quitter.
« On s'est introduit dans le palais après avoir été jeté en-dehors de la ville, on aurait pu partir… C'est lui qui a avisé les gardes et nous fit reconduire. La cicatrice que Remus a là, c'est lui qui la provoqua.
– Pour me faire, précisa Remus, car il pense ainsi nous sauver. Tant qu'on vivra, il refusera de se battre.
– Roi… Dites-vous ! Roi, il est le vrai roi. C'est impossible. C'est impossible ! Lui, la reine des Orphelins, le Roi des Ombres, le roi des fous, fou-fou 1er, le roi de des Lunatiques, le roi des Coqs de Combat, la Reine des damnés, roi des voleurs, prince des mendiants, le seigneur de la Cour, lui il est le Roi ? Le Vrai Roi ?
– James…
– Oh ! Mes derniers propos… Mes derniers mots… mes derniers gestes… Et moi qui me vantais du nombre de mes chambres, du manoir des Lions, de mes gens… Moi qui lui disais le prendre pour femme. Moi… Qui n'a jamais soutenu… Quelle honte ! Quelle honte ! Moi qui ai effleuré sa main… Moi… »
Remus laissa échapper un rire en voyant les joues de Regulus se colorer de flammes qu'heureusement perdu dans sa souffrance James ne remarqua pas.
« James, toi, tu pourrais aller le chercher. Si tu lui montrais que tu étais en vie, il oserait peut-être s'opposer… bien que je craigne aussi que cela ne l'inquiète davantage encore.
– J'ai une meilleure idée, voleurs de morts, Roi des Orphelins, maraudeurs des chemins. Mais pour ça, il faudra bel et bien me tuer. Par Merlin, où est cet homme du fouet ? Nous aurons besoin de lui… Noble Lily, une dernière question.
– Oui, mon Seigneur ?
– Pourquoi avoir été blême devant le Roi s'il n'était point Severus ?
– Il ressemble tant à la Reine Morgane et à son père. J'avais cru voir dans l'ombre du roi, à la cour, mon pauvre et tendre ami et quand j'ai vu… Il est tout comme la royaumé été alors j'ai su. »
Allongé sur un petit muret, Sirius leva la main vers le soleil. Il regarda la marque bleutée sur son poignet. Ne m'affronte plus jamais de cette manière. Ne t'assois plus jamais. Il sursauta soudainement, en sentant le regard du roi sur lui. Il se redressa soudainement, se pliant pour le saluer. Malgré la présence de sa tendre femme et de la sœur de cette dernière, Severus ne fit plus d'effort pour se retenir. Il vint caresser le visage, laissant ses gens détourner la tête sous la gêne. Il avait saisi qu'il lui suffisait d'ordonner que rien ne soit dit, pour que rien ne soit existant. Il était celui qui choisissait ce qui était dans les livres d'Histoire.
Sirius chassa la main de sa peau comme-ci elle avait été une quelconque mouche. Capricieux, il détourna le pas. Soudainement, le roi l'avait saisi par la taille, glissant une autre main derrière sa nuque.
« Mon prince… ne me rendez pas ainsi fou. »
Soufflant tendrement contre ses lèvres, Sirius l'embrassa vivement, le bousculant sur l'herbe fraîche. Il attrapa avec habilité le membre durcit de l'homme pour le guider, remuant avec aisance pour se frotter à cette grosseur déjà connue. Sa main fut soudainement arrêtée par Severus, qui sourit en coin, lui faisant soulever les doigts, lui faisant lâcher le poignard que Sirius avait dissimulé entre.
« Encore raté… pour aujourd'hui.
– Fâcheux… » souffla Sirius en toute sincérité, reprenant pourtant l'ondulation des mouvements, exprimant sans pudeur un plaisir odieux pour cet être qu'il haïssait de tout son cœur, prisonnier du trouble de le croire encore capable de changer et sans aucun doute du besoin de survivre.
« Penchez-vous… »
Les sourcils du Roi, du vrai Roi, froncèrent. Il finit par obéir et vint s'allonger ventre contre le bureau du roi, grognant face à l'intrusion, recevant les humiliantes fessées qui suivirent demeurant drapé dans une morne insolence d'indifférence et se redressant ensuite.
« … Comptez-vous agir ainsi et laissez Weasley vous charger du royaume encore longtemps ?
– Vous préfériez que je charge des sentences et…
– Non, non. »
L'homme au fouet, qui n'était plus enfant ni jeune, vint compléter les pièces du puzzle manquant. C'était lui qui avait déclaré la mort de James Potter en découvrant dans ses poches la lettre du roi. Il avait alors su que la Folie de Severus était un mensonge et il avait été dupé par un imposteur. Il aurait pu l'admettre, car il aimait sincèrement Severus bon pour lui, selon lui, mais le voir traiter le vrai Roi de la sorte n'était pas acceptable.
Il avait introduit Remus et Regulus pour les aider à le récupérer mais, Hélas, il était trop tard.
« Je crois que cette journée avait été le tournant de la fin.
– Que s'était-il passé ce jour-là ? » questionna James au courant de rien.
À nouveau, dans la confusion, il lui fut raconté qu'un homme, fou, se prétendant archange avait été ramené pour donner suite à une chasse royale contre lui. L'homme était sans nul doute, selon le peuple, le père du serviteur du roi ou un proche parent. Le pauvre serviteur l'avait enlacé avec force, criant, hurlant, se débattant pour ne pas être séparé pour lui. Criant de subir lui-même la sentence. Il se débâtit avec tant de brusquerie que l'homme fou lui-même tomba à genoux, excusant des incisions et mutilations qu'il aurait fait sous la folie qui l'habitait en tant qu'archange, jurant avoir un ange devant les yeux et vouloir l'y emmener avec lui jusqu'au très haut, lui embrassant les pieds. Le serviteur, le Roi Pur, avait imploré le Faux Roi de l'y laisser. De le laisser s'y rendre. De le laisser mourir.
Il fut tiré, en arrière et on enfonça des morceaux de fer en l'homme, telles des ailes immondes, puis à la chaux vive l'homme fut brûlé en lieu et place. Une boue brûlante, noire et acide fut versée sur l'homme ainsi qu'une nuée de plumes. « Voilà un bel ange ! » s'était écrié le roi.
Par suite de cela, le Vrai Roi ne s'opposa plus au faux.
« On dit qu'il est tombé amoureux d'un tel acte d'amour, aussi macabre soit-il.
– Ma reine des Ombres n'aurait jamais approuvé cela.
– Et pourtant, et pourtant… dit tristement l'homme.
– Il faudra bien se battre alors pour qu'elle cesse de craindre pour nos vies et qu'elle se révolte à nouveau. Ô, oui, tu te souviens de cette pièce qu'on vit, Regulus, celle que tu as tant détestée ? » fit calmement James.
Le peuple criait, hurlait, s'opposait. Les voleurs de morts combattaient comme des démons. Toute la journée la révolution avait frappé. La ville tremblait comme-ci des coups de canons allemands étaient arrivés sur leurs terres complétés par la France elle-même. Oh ciel, oh Merlin, ce fut une terrible journée de morts et de sangs.
Au soir, nombreux révolutionnaires étaient capturés, alignés, prêts à être abattus. Nombreux parvinrent à se sauver, mais le Roi avait gagné pensait-on. Le lendemain, pourtant, les combats reprirent.
Pendant plusieurs jours, les combats ne cessaient pas. Aucun d'entre eux ne s'arrêtait, et les rebondissements étaient de plus en plus en faveur des révolutionnaires.
Remus, Regulus et James se battaient comme de beaux diables en sachant toutefois qu'ils ne gagneraient pas. Regulus cria quand James fut capturé. Il le vit être embarqué. Pas encore ! Pas encore… Remus tomba au sol. Puis ce fut son tour.
Ouvrant des yeux épouvantés, Sirius regarda l'homme au sol devant le trône. La révolution était terminée et elle avait perdu. Sirius hocha négativement de la tête. Il ne voulait pas y croire. Il n'y croirait pas. Combien de fois lui avait-on annoncé la mort de James sans que ce ne soit le cas ? Cet homme pouvait bien, un peu, lui ressembler, ce n'était pas lui. Il ne voulait pas y croire.
On fouilla le cadavre, Severus aussi douteux que Sirius craignant que la révolution ne reprenne. Un chiffon, froissé, fut trouvé. Un mot.
« Qu'est-ce que cela dit ?
– Dois-je lire à voix haute ?
– Lis, puisque je te l'ordonne.
– Bien monseigneur…
– Moi Sirius Black, fils de Dumbledore et Morgane, j'ai échangé ma place avec un mendiant se nommant Severus Snape pour le jeu. J'ai été trainé au-dehors du palais, battu et humilié. Cher Oncle, Sire Malfoy, vous savez les yeux gris de la Reine, vous savez que cette singularité est liée à mon sang Pur et à ma Magie. Mon Seigneur, pardonnez à l'enfant, ne lui faîtes rien, je viendrais à Londres. Recevez-moi et rendez-moi ma place. Je puis prouver qui je suis grâce à vous.
– Est-ce une vraie lettre ? Est-ce possible ? Il n'y a aucun sceau… » bafouilla Weasley.
Toutefois il ne termina pas sa phrase, un cri qu'on aurait pu penser être celui d'une banshee vint frapper l'air. Les yeux fendus de Sirius Black s'était écarquillés sous la révélation. Si l'homme mort possédait cette lettre. Si la mort avait pu, elle aurait rendu elle-même la vie à James Potter pour calmer ce cri.
« Ce qui est dit est vrai… » souffla Malfoy, prévenu à temps par lettre, de ce coup d'état.
– Il n'a pas le sceau…
– … Il est le roi… » souffla Severus. Pourquoi personne ne l'écoutait-il jamais quand il disait la vérité ? Soudainement, ses yeux s'entrouvrirent sous la stupeur.
« À quoi ressemble le sceau ? » dit-il. On lui dit, encore. Cette fois-ci Severus écouta, avec attention. Alors lentement, sa langue claqua et il dit :
« Ce que j'ai… ce qui… Mon Prince, où est l'objet du bureau ? »
Mais Sirius n'écoutait pas vraiment. Ses yeux fixaient le corps. Il sortit de la poche de sa veste le sceau royal. Il lui avait été rendu quelques jours plus tôt par Severus l'usant en jeux, sans que ce dernier ne sache que c'était ça le sceau royal, croyant à un quelconque objet pour tenir des feuilles sur son bureau et l'ayant récupéré le premier jour dans les vêtements du prince qui ne souvenait pas qu'il l'avait sorti du coffre pour préparer une lettre, afin de permettre à Severus d'être séparé de son ignoble père attendri par le récit de l'enfant… Evidemment qu'il avait reconnu le sceau, mais était-il encore en droit de prétendre au trône en étant la putain du Roi ?
La foule s'écria : « C'est le Roi, c'est le Roi… »
Sirius n'écoute pas. Le sceau roula au sol. Il s'agenouilla vers le corps. Il ouvrit les lèvres et les referma. Jamais il n'aura autant ressemblé à l'enfant qu'il fut au jour de sa disparition. Il n'entendit pas les cris de Remus et Regulus dans la foule. Il n'entendit pas le bruit des pas de Severus ne désirant pas davantage le trône que le royaume, voulant simplement son prince. Sirius releva ses yeux fragiles et tristes d'innocent vers ce royaume, ce peuple. Chacun cessa de respirer. Le vent souffla dans ses cheveux noirs.
Sans phrase, sans mot, sans souffle, il retire l'objet restant dans sa poche. Un coup sec, un seul. Il enfonce sans hésitation la lame empoisonnée dans son ventre.
Un instant, il demeure en suspension, avant de sombrer au sol. Ses doigts récupèrent la baguette de James, qu'il reconnait sans mal soufflant deux sinistres mots : « Avada Kedavra. »
ღ.
Regulus regardait Remus.
ღ.
Remus regardait Regulus.
ღ.
Ils regardèrent le prince.
ღ.
Severus ne regardait que le Prince.
ღ.
La foule fixait le Roi.
ღ.
Ah.
ღ.
Les deux sont couchés l'un contre l'autre.
ღ.
Ah.
ღ.
Lily regarde les deux corps.
ღ.
Molly a cessé de sourire.
Ah.
ღ.
Malfoy est le premier à faire un pas.
ღ.
Non.
ღ.
L'histoire ne peut pas se terminer. Ainsi. Comme ça.
ღ.
Ah.
Regulus se souvient pourquoi il avait tant haï la pièce.
Car à la fin, c'est la mort.
La mort dans ce qu'elle porte de plus laid.
Emportant avec elle deux enfants.
ღ.
Il a jeté un sort pour désarmer le Faux Roi, voulant rejoindre son aimé.
C'est assez !
Ce dernier tombe sous un vrai repentir.
La foule elle-même n'a plus assez de force pour demander vengeance.
ღ.
La mort donne l'impression qu'on dort.
ღ.
Celui qui dort donne l'impression d'être mort.
ღ.
Les yeux de James se sont ouverts sous la surprise.
« Reine des ombres… Roi Orphelin… Ne sais-tu point reconnaître une tendre farce ? Allons. Allons, Sirius… Mon Roi… Voyons… »
ღ.
« Allons… mon ami… »
ღ.
Ah.
« Mon amour… »
Ah.
« Sirius. »
Regulus a porté sa main sur l'épaule de Severus. « Reprends ton règne. Bon ou mauvais, désormais, le peuple a le Roi qu'il mérite. »
Les trois sang-purs disparurent avec le corps. Le silence vient de tomber.
Ah.
Le regard du Faux Roi se porta sur le peuple, tombé à genoux devant lui. Weasley le mena jusqu'à sa prison, son trone d'or et d'acier. Severus s'y installa et la foule l'acclama.
Ah.
ღ.
« … James ? »
❦ღ⁂웃⁂웃⁂웃⁂웃ღ❦
Attention, ce texte est volontairement anti-moldus et ne révèle en rien à position sur les moldus. […] C'est un texte exploité (enfin qui va l'être en quatrième année) dans ma fiction Test With Me, dans les différents outils de propagande. J'ai hésité à faire un épilogue, mais j'avais dépassé les 10 chapitres que j'avais annoncé et en plus j'ai fait de longs chapitres. Défi non gagné.
