Twenty-Third letter
Lily était désormais plus ou moins certaine que sa version future n'en était pas une. Le plus étrange était qu'elle n'était pas aussi contrariée qu'elle l'aurait cru par cette découverte. Probablement parce qu'elle avait compris petit à petit. Ça n'avait pas été brusque, bien au contraire. Les premières lettres n'avaient pas remis en doute quoi que ce soit, mais à mesure que les échanges s'étaient multipliés, elle s'était mise à douter qu'elle parlait à une version plus âgée. Personne ne se souvenait aussi distinctement de son adolescence. Si leur différence d'âge n'était pas si grande alors comment se faisait-il qu'elles soient si différentes ? Personne ne pouvait changer autant, pas en aussi peu de temps en tout cas. Sans compter que son interlocutrice était plutôt un interlocuteur. Elle avait rapidement relu les premières lettres qu'il lui avait envoyé et complètement confirmées ça. Définitivement un garçon. Elle avait néanmoins suspendu son enquête, ne désirant pas en savoir plus. Ça ne lui ressemblait pas de ne pas chercher à tout prix à assouvir sa curiosité mais elle ne voulait pas gâcher cet équilibre précaire qu'ils avaient réussi à maintenir jusque-là. Elle aimait l'idée d'écrire à un inconnu. De pouvoir se tourner vers lui lorsque les choses n'allaient pas fort pour elle, ou au contraire lorsqu'elle allait parfaitement bien. C'était comme un monde à part, qui n'appartenait qu'à elle, vers lequel elle pouvait s'évader lorsque l'envie lui en prenait. Elle savait que l'inconnu était à Poudlard et qu'il était probablement à Gryffondor. Sa description plus que précise de Dorcas, Alice et Frank dans l'une de ses premières lettres ne laissait pas vraiment de doute sur le fait qu'il était en sixième année. Cela réduisait drastiquement le nombre de personnes qui se cachaient derrière les lettres. Elle avait donc délibérément élargi de nouveau ce cercle de possibilité en se convainquant qu'il avait pu se renseigner sur les trois Gryffondors pour l'aider. Après ça, elle avait décidé de ne plus jamais y réfléchir de peur de finir par conclure qu'il s'agissait de Frank, Peter, Remus, Sirius ou pire, Potter. Pour l'instant – et pour toujours d'ailleurs – il pouvait être n'importe quel garçon, de n'importe quelle maison, et de n'importe quelle année. Ça n'avait pas été facile de lui faire admettre qu'il n'était pas ce qu'il prétendait. Mais une fois qu'il avait compris qu'elle ne faisait pas semblant de ne pas être en colère et que ce n'était pas un piège pour découvrir son identité, il avait avoué à sa manière, arrêtant de signer « Lily » et lui donnant des conseils sans prétendre connaître l'avenir. Il avait néanmoins continué d'imiter sa manière d'écrire, ce qui confirmait qu'il s'agissait de quelqu'un d'assez proche d'elle pour qu'elle risque de reconnaître son écriture. Une fois de plus, elle avait battu en retraite, refusant de pousser plus loin sa réflexion. Elle n'avait pas besoin de savoir de qui il s'agissait, tout ce qu'elle savait c'était qu'il avait ses intérêts à cœur. Qu'il avait été là quand ça n'allait pas. Qu'elle lui devait beaucoup. Qu'il l'avait gâté à outrance parfois. Le Silver Arrow était encore un sujet de discorde entre eux puisqu'elle insistait pour le rembourser et qu'il était catégoriquement contre. Pour compenser, elle s'était mise à lui faire des cadeaux. Rien d'aussi extravagant qu'un balai de course mais des petites choses qui pouvaient lui faire plaisir. Ça avait été plus compliqué que prévu puisqu'il ne parlait presque jamais de lui, se concentrant toujours sur elle et elle seule. Sans compter qu'il risquait de révéler son identité en lui fournissant des détails sur lui. Elle s'était donc contentée de s'appuyer sur le peu qu'elle connaissait de lui. Lui offrant un livre de potions qu'elle avait annoté de conseils après qu'il eut admis dans une de ses lettres que cette matière n'était pas son fort. Elle s'était aussi mise à lui offrir des objets moldus puisqu'il semblait avoir une légère fascination pour eux. C'était d'ailleurs comme ça qu'elle avait compris que Lily n'était pas Lily. Le garçon n'avait aucune connaissance sur le monde moldu. Il était soit un sang pur, soit un sang mêlé mais certainement pas une née moldue ayant grandi à Cokeworth.
– Ça va comme ça ? lui demanda Potter la tirant de ses pensées en agitant un parchemin sous son nez, manquant de peu de la gifler avec.
– T'as encore mis les préfets des Serpentards aux pires horaires, soupira-t-elle en passant en revue le planning de ronde qu'il avait préparé.
– T'es jamais contente, dit-il en lui arrachant la feuille des mains avant qu'elle n'ait pu changer quoi que ce soit.
– Et toi t'es jamais objectif ! répondit-elle en le regardant corriger le planning.
Les choses avaient changé entre eux aussi ces dernières semaines. Ce n'était pas quelque chose qui lui apportait de la joie à proprement parler mais au moins ce n'était plus une aussi grosse source de tracas. Potter s'était enfin mis au travail. Il était loin d'être exemplaire. Il lui arrivait de manquer certaines réunions pour aller s'amuser, d'oublier de rédiger le compte rendu des points – surtout si les Serpentards prenaient de l'avance sur eux – ou encore, comme en cet instant, de faire du favoritisme. Néanmoins, il la déchargeait d'un certain poids, se révélant parfois utile puisque peu de personnes contestaient son autorité et qu'il pouvait se montrer ingénieux et regorger de bonnes idées. Par exemple, pour réunir des fonds pour le voyage scolaire des quatrièmes années ou encore le bal de Noël. C'était bien sûr des points positifs qu'elle n'admettrait jamais à haute voix mais qui lui permettait de tenir bon lorsqu'il lui prenait l'envie de rebasculer dans ses vieux travers et d'être un insupportable petit connard.
– Satisfaite ? lui demanda-t-il avec impatience, lançant un regard vers sa montre.
– T'as pensé à mettre à jour les sabliers ?
– C'est à toi de le faire, protesta-t-il en se levant.
– Non je l'ai fait la semaine dernière, lui rappela-t-elle en se demandant ce qui pouvait être aussi urgent surtout au vu de l'heure tardive.
– Ça peut pas attendre demain ?
– Je sais pas, est-ce que le prochain match pourra attendre le lendemain ? lui demanda-t-elle, la menace assez claire. Et ne triche pas ! lui cria-t-elle avant qu'il ne claque la porte de sa chambre.
Quelques minutes plus tard, il avait rouvert la porte et descendait les escaliers en tapant fort des pieds pour signifier son mécontentement comme le sale gosse qu'il était. Elle le regarda faire, ne pouvant s'empêcher de lever les yeux au ciel en se demandant quand est-ce qu'il finirait par grandir.
– Ne tardes pas trop. C'est toi qui es de corvée de ronde ce soir, lui rappela-t-elle.
– Quoi ! s'écria-t-il. Non, non, non !
– Si, répondit-elle sans le regarder, remettant ses notes de botanique au propre.
– Evans, je peux pas ce soir.
– Tu connais la règle. Tu dois prévenir deux jours avant et trouver quelqu'un parmi les autres préfets pour te remplacer.
– Remplace-moi !
– Je peux pas.
– Pourquoi ? protesta-t-il avec vigueur, son ton presque plaintif.
– Miss Evans, les interrompit Sir Edward. Amos Diggory à la porte.
– Sérieusement ! s'exclama James en lui lançant un regard noir. C'est pour « ça » que tu ne peux pas ?
– Oui, répondit-elle. C'est quoi ton excuse à toi ?
Elle savait qu'il ne pouvait pas répondre. Il la fixa quelques secondes qui lui semblèrent une éternité avant de sortir du dortoir bousculant Amos – qu'elle avait oublié – au passage. Ce n'était pas vraiment une coïncidence qu'elle l'ait placé sur ce créneau. Lily avait l'habitude qu'il soit en colère contre elle. Elle avait aussi l'habitude de susciter de la frustration chez le garçon. En revanche elle ne comptait pas s'habituer à s'inquiéter pour lui parce qu'il avait jugé que sortir accompagner son meilleur ami loup-garou les nuits de pleine lune était une bonne idée. Il serait plus utile entre quatre murs à s'assurer que personne ne parvienne à se faufiler hors de château. C'était ce dont avait besoin Remus. Que quelqu'un s'assure qu'il ne blesserait personne par mégarde. S'il arrivait quelque chose à Potter, le doux garçon ne s'en remettrait jamais, c'était certain.
Amos la détourna habilement de son devoir mais son moment de détente fut vite interrompu par l'arrivée de Willow Selwyn, préfète des Serpentards.
– Il n'est pas venu ? lui demanda-t-elle en arrangeant comme elle pouvait sa tenue malmenée par ses activités extra scolaires.
– Non, répondit la jeune cinquième année, plus concentrée sur Amos et sa chemise entrouverte que sur elle.
– Il devait aller s'occuper des sabliers dans la Grande Salle. Tu l'as bien attendu là comme je t'ai dit ? insista-t-elle.
– Écoutes Evans, je prends assez de risques à venir te rapporter ses conneries. S'il apprend que c'est moi, je vais subir des semaines de bizutages. Il a mis à jour les sabliers et il m'a dit de me demmerder pour la ronde parce qu'il avait un truc à faire. Je peux gérer toute seule.
– Non, lui répondit la jolie rousse fermement. Attends-moi dehors, j'arrive.
– Putain, râla la jeune fille avant de sortir.
– Comment ça se fait qu'elle t'aide ? demanda le Poufsouffle, intrigué.
– Je l'ai attrapé entrain de fumer. Ses parents sont assez stricts et la menace constamment de l'envoyer à Durmstrang. Si elle fait ce que je lui demande, je ne dis rien. Je suis désolée pour ce soir Amos, dit-elle au garçon qui finissait de se rhabiller.
– C'est rien. Je sais que les choses sont compliquées avec James.
– Non, il fait des efforts. C'est moi qui ai été stupide de croire que ça marcherait.
– De quoi tu parles ? demanda Amos perdu, et a juste titre puisqu'il ne savait rien de son plan pour occuper Potter. C'est lui qui respecte pas ses engagements. T'as pas à te sentir coupable d'avoir voulu lui donner une chance.
Elle se retint de lui dire qu'il se trompait, que ça n'avait rien à voir. Qu'il n'avait pas brisé sa confiance puisqu'il n'avait jamais dit qu'il effectuerait sa ronde. Et elle aurait dû prévoir qu'il ferait toujours passer Remus avant. Elle aurait dû lui en parler plutôt que d'essayer de le manipuler pour qu'il fasse ce qu'elle voulait. Peut-être que la prochaine fois, elle pourrait lui prouver qu'il serait plus utile à l'intérieur.
– Bon courage pour ta ronde, soupira Amos en déposant un baiser sur sa joue pendant qu'elle enfilait sa robe de sorcier.
– Merci, répondit-elle distraitement, clairement perdue dans ses pensées, son esprit se faisant un devoir de lui offrir des images du corps mutilé de Potter découvert au matin. Imbécile, marmonna-t-elle autant pour elle que pour Potter avant de rejoindre Willow.
Elle entama la ronde avec la Serpentard. Elle ne fit pas long feu, finissant par s'arrêter, lui ordonnant de continuer sans elle et de s'assurer que personne ne sorte du château.
– Personne sauf toi, lui fit remarquer la grande brune, ses yeux noisette brillant d'intelligence. Et Potter. Vous êtes vraiment les pires préfets en chef, ajouta-t-elle en s'éloignant sans lui laisser le temps de répondre quoi que ce soit.
Lily n'avait pas le temps de lui prouver le contraire. Elle n'était même pas sûre de pouvoir lui prouver le contraire. Ce n'était pas ce qui importait en cet instant. Elle ne savait même pas par où commencer. Elle aurait eu bien besoin que Sirius lui fournisse la solution comme il l'avait fait pour Severus l'année passée mais il y avait peu de chances qu'il commette la même erreur une seconde fois. Sans compter qu'en principe, il ne la haïssait pas. Elle n'avait pas le temps de trouver un moyen de contrarier suffisamment l'aîné des Black. Elle opta donc pour la solution qu'elle aurait préféré éviter. Elle descendit dans les cachots, se faufilant dans le dortoir des Serpentards. La salle commune était encore pleine mais personne n'était plus étonné de la voir dans les parages puisqu'elle passait pas mal de temps avec Marlène et Emmeline depuis que Dorcas sortait avec la petite blonde. Ce n'était pourtant pas dans la chambre des filles qu'elle se glissa mais dans celle de la seule personne capable de lui fournir les informations dont elle avait besoin.
– Severus, murmura-t-elle en secouant le garçon qui dormait déjà à poings fermés.
– Lily ? bégaya-t-il en se redressant brusquement.
– J'ai besoin de toi, admit-elle à contrecœur.
