Le temps s'accéléra, et les gestes devinrent moins anodins. Quelques frôlements, quelques mots murmurés pouvaient rendre fou. La tension était perceptible entre Severus et Hermione. Lui s'était remis en question par rapport à ce qu'il avait lu et par rapport à sa manière de la traiter, et elle sentait son cœur battre de plus en plus vite, sentant un goût de trop peu à chaque fois qu'elle quittait ses appartements pour retourner dans les siens.
Le beau temps venait de s'installer plus définitivement – même si le beau temps d'Ecosse ne correspondait pas tout à fait à celui du sud de l'Italie. Les feux ronronnaient moins souvent dans les cheminées, on commençait à abandonner les écharpes, gants et capes en laines à mesure qu'avril faisait son apparition.
Les septièmes années sentaient arriver la dernière ligne droite, la fin de leur vie à Poudlard et ça se traduisait par une envie d'en vivre chaque aspect à fond. Toutes les maisons avaient connu une diminution plus ou moins significatives de leurs points puisqu'ils profitaient que les examens soient relativement loin pour faire un maximum de bêtises et à leur tour laisser leur emprunte dans l'école de sorcellerie.
Hermione échangeait régulièrement des nouvelles avec ses amis et une rencontre à Pré-au-Lard était prévue fin du mois. Elle flânait dans le parc avec ses amis, était assidue en cours, épluchait des brochures pour savoir ce qu'elle voulait faire l'année prochaine – sans pour autant trouver ce qui lui plaisait vraiment, et s'imprégnait de chaque moment pour les graver dans sa mémoire.
Et au milieu de tout ça, elle continuait à préparer diverses potions avec son professeur. Voilà longtemps qu'ils avaient abandonné le niveau de Poudlard pour aller voir plus haut, plus loin. La nouvelle « mode » pour eux était de faire des potions à quatre mains, qui requéraient une symbiose et une confiance totale ainsi que beaucoup de dextérité. Un jeudi soir, ils travaillaient ensemble à une nouvelle potion très compliquée, et qui demandait une attention sans faille. Ils avaient ouvert leur esprit l'un à l'autre, pouvant sentir chaque pensée et chaque émotion, et virevoltaient dans la pièce, découpant, broyant, mesurant, usant de leur baguette pour augmenter ou diminuer la température du feu bouillonnant sous le chaudron en étain qu'ils utilisaient.
Près de trois heures furent nécessaire avant qu'ils ne puissent ajouter la touche finale. Hermione regarda son professeur faire en soufflant d'un coup toute la pression qu'elle avait retenue. Elle se débarrassa de la robe de protection qu'elle portait et ferma son esprit par automatisme. Attendant patiemment qu'il termine, Hermione s'adossa à la porte et l'observa attentivement. Maintenant que la pression les avait désertés, elle repensait avec délice à toutes les fois où ils s'étaient frôlés, à son esprit entièrement ouvert au sien… Il lui sembla soudain qu'il faisait très chaud dans cette pièce et que la tension était montée d'un cran. Elle ouvrit un bouton de sa chemise et remonta ses manches tandis que Severus se tournait vers elle. Il la regarda étrangement puis demanda d'une voix rauque :
« Tout va bien ? »
« Oui, oui. »
Il enleva à son tour ses robes qu'il accrocha dans la penderie, roula machinalement les manches de sa chemise et tendit la main vers elle pour qu'elle lui donne ses robes de travail. Leurs mains se frôlèrent et Severus ne put pas passer à côté du frémissement que ce simple effleurement arracha à la jeune femme qui se trouvait face à lui. Il plaça les robes dans l'armoire et en ferma les portes avant de se tourner vers elle. Hermione avait l'impression d'être noyée dans son regard et ferma les yeux brièvement sous l'intensité.
« Avons-nous bien fait la potion ? »
« Elle était parfaite. »
« Bien. »
Ils restèrent là à se fixer dans le blanc des yeux sans trouver quoi dire. Un ange passa. Ils se rapprochèrent sans s'en rendre compte. Un second ange passa. Hermione déglutit et ne put s'empêcher de fixer les lèvres de son professeur. Severus fit de même. Ils étaient tellement proches qu'ils pouvaient sentir leurs souffles se mêler. N'y tenant plus, Hermione prit une inspiration… s'approcha encore… et ses lèvres frôlèrent celles de Severus. Il y eut un temps où il ne réagit pas. Elle s'éloigna doucement, légèrement déboussolée. Et soudain, il l'embrassa. Le monde perdit ses couleurs et sa consistance. Il passa une main dans son dos tandis que l'autre se posait sur son épaule, l'embrassant avec fougue. Hermione répondit avec ardeur et se laissa mener par les lèvres fines de Severus, bougeant avec lui. Elle entrouvrit les lèvres et il en profita pour passer la langue et l'embrasser avec plus de ferveur encore. Leurs langues se mêlèrent et jouèrent ensemble. Le temps s'arrêta tandis qu'il la soutenait, ses jambes se dérobant sous elle. Hermione se raccrocha au cou de son professeur, s'abandonnant totalement à lui.
Ce baiser sembla infini, mais finalement, Severus se recula doucement, posant son front contre celui de la sorcière et murmura d'une voix rauque :
« Merlin, Hermione, tu me rends fou. »
Pour toute réponse elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa à nouveau. Cette fois, le baiser fut plus doux, moins exigeant, moins dominateur. Ils se séparèrent quelques minutes après, une nouvelle fois à bout de souffle. Hermione ouvrit ses yeux – qu'elle ne se souvenait pas avoir fermé – et lui sourit timidement.
Il la souleva soudain comme si elle ne pesait rien et elle n'eut rien le temps de dire qu'il se dirigeait déjà vers la porte menant à son salon qu'il ouvrit d'un informulé, ne s'arrêtant qu'une fois arrivé près de son fauteuil préféré où il s'assit, Hermione blottie contre lui.
Cette soirée passa comme un rêve. Ils ne parlèrent pas beaucoup, semblant se découvrir pour la première fois. Severus n'en revenait pas que ce soit enfin arrivé. Il caressa machinalement ses cheveux bouclés d'une main, l'autre passée autour de ses épaules, tandis qu'elle triturait ses doigts. Il savait qu'elle cogitait toujours trop et cette fois-ci ne faisait pas exception. Et il la trouvait encore plus adorable dans ces cas-là. Severus avait vraiment l'impression de n'être qu'un vulgaire adolescent et de ne plus avoir aucun contrôle. Et pourtant ça ne le dérangeait pas plus que ça. À vrai dire, il profitait pleinement de cette sensation, et de son corps chaud contre le sien.
« Severus, est-ce que ça vous… ça te… » demanda soudain la jeune femme.
« Hermione. » l'interrompit-il.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » s'inquiéta-t-elle, se rasseyant d'un coup correctement dans le canapé.
« Tu sais, je crois que tu peux dire « tu » maintenant. » sourit le sorcier en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. Il la regarda dans les yeux, attendant sa réaction.
Hermione rougit et répondit après un silence : « Si tu veux. »
« Bien. Qu'est-ce que tu voulais me demander ? »
« Est-ce que je pourrais venir étudier ici, parfois ? »
« J'aurais dû me douter que ç'aurait un rapport avec le travail » se moqua gentiment le professeur de potions. « Evidemment. Avant que tu ne partes, je modifierai les protections pour que tu puisses venir quand tu veux. »
Hermione fut touchée de cette marque de confiance. Elle savait que l'endroit était protégé par de nombreux et puissants sortilèges.
« Si je ne suis pas là, tu t'installes confortablement, d'accord ? »
« D'accord. »
« Bien. Je pense qu'il commence à être tard, et on a tous les deux cours demain, tu devrais y aller. La potion nous a pris beaucoup de temps. »
Il se leva et après avoir fait de même, Hermione resta là, mal à l'aise et peu sûre de ce qu'elle devait faire. Severus prit sa main, la mena jusqu'à la porte, sortit sa baguette pour que son appartement la reconnaisse et avant de l'ouvrir, se tourna vers elle pour l'embrasser encore une fois. Aussitôt Hermione ressentit à nouveau ce bien-être et cette impression qu'elle avait d'être à sa place, là dans ses bras. Elle entrouvrit les lèvres, leurs langues se mêlant dans un ballet effréné qu'elle aurait aimé être infini. Quelques minutes plus tard cependant, il brisa le baiser et lui souffla un « bonne nuit » avant de s'éloigner légèrement et d'ouvrir la porte pour elle. Leurs mains se frôlèrent tandis qu'elle sortait et la jeune femme se prit à sourire bêtement.
Hermione ne sut pas trop comment elle était retournée jusqu'à ses appartements, l'esprit trop chamboulé par cette soirée et tout ce qui s'était passé. Quand elle l'avait embrassé la première fois, elle avait eu peur qu'il la rejette mais elle devait bien avouer avoir été rassurée ensuite. Merlin, franchement, il embrassait divinement bien. Elle s'était sentie tellement… aimée dans ses bras. Et même si le temps qu'ils avaient passé dans le salon n'avait pas été utilisé pour parler, ç'avait été son moment préféré. Juste là, à sentir son cœur battre et sa main caresser ses cheveux, elle avait été tellement bien !
Hermione avait envie de sauter au plafond et de réveiller tout le château pour leur dire à quel point elle était heureuse. Elle était tellement excitée ! Elle se dépêcha de se mettre en pyjama et de se brosser les dents mais renonça à prendre un livre. Pour l'heure, elle voulait seulement penser à tout ça, à l'aisance avec laquelle il l'avait tutoyée – chose qu'elle avait eu du mal à faire - et au courant de bien-être qui l'avait parcourue. Elle s'était sentie d'un coup toute timide après avoir osé l'embrasser, et il l'avait mise à l'aise. Elle espérait que la prochaine fois elle arriverait à retrouver son piquant parce qu'elle n'était plus une gamine qui devait rougir à chaque phrase qu'il prononçait. Mais Merlin c'était tellement… indescriptible !
Finalement, après avoir ressassé encore et encore chaque moment de cette soirée, Hermione s'endormit, le sourire aux lèvres.
Le lendemain, en arrivant, Ginny ne put que constater la bonne humeur que son amie présentait, mangeant son petit déjeuner avec enthousiasme. Elle se dit qu'il y avait anguille sous roche, observa la table des professeurs et puis comprit.
« Hermione. » chuchota-t-elle près de son amie.
« Salut Ginny, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Dis-moi, il s'est passé quelque chose hier soir ? » demanda la rouquine avec un sourire espiègle.
« Euh… Je vois pas de quoi tu parles. »
« Par Merlin ! Je le savais ! Comment c'était ? »
« Gin'… »
« Ah non fais pas semblant, même lui il a l'air plus heureux. »
« Ah bon ? » Hermione jeta un coup d'œil à Severus. En effet, il pouvait avoir l'air moins grincheux que d'habitude. « Je ne voulais pas faire semblant de quoi que ce soit, je voulais juste te dire pas ici, on en parlera plus tard. Il y a beaucoup trop de monde. »
« Ah ouf, ça va alors. N'espère pas échapper à un compte-rendu en bonnes et dues formes hein. »
« T'inquiète, je te connais. » se moqua Hermione.
« Je n'ai pas envie de me battre avec toi maintenant, je meurs de faim. »
« Oui bah dépêche-toi parce que tu as cours dans vingt minutes. »
« Oh Merlin, j'avais oublié ! Je déteste le vendredi. »
« Tu devrais te lever plus tôt. » sourit Hermione.
« Tu peux toujours rêver. »
« En attendant, moi j'ai toujours bien le temps de prendre mon petit-déjeuner. »
« Arrête de faire la maligne. J'ai l'impression que tu te lèves toujours aux aurores. » soupira Ginny. « En plus, j'ai cours à l'autre bout du château. »
« C'est la même chose tous les vendredis matin. Tu ferais bien de partir maintenant. »
« Yes, j'y vais. Mais n'espère pas échapper à un compte-rendu détaillé. »
« On se voit ce midi, et on en parlera après. »
« Ok, salut ! »
« Bon cours. »
« Bon, maintenant qu'on est dans le parc, à l'abri des regards indiscrets, tu peux tout me dire. Mais franchement, il est peut-être gentil avec toi mais il a été horrible en cours. Il a réussi à faire pleurer Jeanne. »
« Tu m'avais dit qu'elle pleurait tout le temps. »
« Pas faux. Mais quand même ! Franchement qu'est-ce que tu lui trouves ? »
« Eh bien… Il est sarcastique, intelligent, il aime bien lire, et… Enfin voilà quoi, je ne vais pas tout te dire non plus… »
« Et il embrasse comme un dieu. » ajouta la rouquine avec malice.
Hermione rougit jusqu'à la racine des cheveux.
« Euh… Oui on peut dire ça. »
« Arrête de rougir Hermione, t'es plus une gamine ! Tu sais, le cycle naturel de la vie, c'est… »
« Mais tais-toi enfin ! Je ne veux pas penser à ça… Tu… Aahhh arrête d'insinuer des trucs comme ça. »
« Je n'insinue rien. » se moqua Ginny. « Mais franchement, je suis certaine que la tension sexuelle entre vous doit être insupportable. »
« Mais enfin ! »
« Tu sais quoi, Hermione ? Tu devrais te décoincer un peu. » rit Ginny tandis que son amie lui mettait une claque sur l'arrière du crâne.
« Par contre, pas un mot de tout ceci à Harry ou à qui que ce soit. » prévint fermement la préfète.
« Oohhh… D'accord, c'est promis. Mais je veux être là quand tu lui dirais ! »
« Ne t'inquiète pas, on en parlera sans doute fin du mois, quand on se voit aux Trois balais. »
« Mais c'est dans super longtemps ! »
« Gin'… »
« Oui, oui, j'ai compris ! Je dirai rien, promis. »
« Bien, je préfère ça. »
« Par Merlin, Hermione tu deviens vraiment intraitable. Il déteint sur toi ! »
« Mais tu as bientôt fini avec tes commentaires ? »
« Oups, désolée. »
« C'est ça, oui. Je suis sûre que tu n'es pas du tout désolée. »
« … »
« … »
« Mais c'est tellement mignon ! »
« Je ne suis pas certaine que Severus apprécie d'être associé au mot mignon. »
« Et en plus tu l'appelles Severus ?! Oh Merlin ! »
Ginny sautait presque de joie sur place.
« Tu veux que je l'appelle comment ? » demanda Hermione en haussa un sourcil.
« J'avoue que je ne m'étais pas posé la question. Par contre il faut vraiment que tu arrêtes de lever un sourcil comme ça, je te jure que ça me fait flipper. »
Hermione rit.
« Non mais ce n'est pas drôle ! »
« Moi je trouve ça très drôle. Tu te foutais de moi il y a deux minutes, maintenant c'est mon tour. » dit sérieusement la préfète.
« Espèce de sadique. »
« Pardon ?! » demanda la jeune femme d'une voix basse et menaçante.
« J'ai rien dit ! Pardon ! Pardon ! Je suis désolée ! » s'exclama la rouquine en commençant à courir pour esquiver son amie qui s'était jetée sur elle.
Les deux jeunes femmes passèrent le reste de leur pause déjeuner à se courir après et à rire.
Aloooors ? Verdict ? Ce chapitre tant attendu a-t-il été à la hauteur ? Je suis tellement heureuse de pouvoir enfin vous le partager ! Il y en a certaines que j'imagine bien sauter derrière leur écran xD Pour les autres, les lecteurs de l'ombre, j'espère que vous aussi vous avez effectué une petite danse de la victoire =). J'avoue que quand je relis ce chapitre, j'ai des papillons dans le ventre 3
Quand j'ai écrit un ange passa, puis un deuxième, j'aurais bien voulu continuer mais ç'aurait brisé la magie du moment. Mais dans ma tête j'ai bien ri en imaginant ce que j'aurais pu faire x)
N'hésitez pas à laisser un commentaire pour me dire quelle a été votre réaction. En attendant de vous lire, je vous laisse profiter à fond de cette concrétisation et de ce petit nuage ! et attendre le prochain chapitre. A demain !
