Bonjour, bonsoir, et oui c'est moi, Lin. Je ne suis pas morte, je ne suis pas devenue militante de la manif pour tous, et non je n'ai pas abandonné cette histoire. Et aujourd'hui je suis là avec un nouveau chapitre, un an après le précédent, c'est un peu long je l'admet mais bon, que voulez-vous, les aléas de la vie sont fait ainsi.

J'espère que je ne vous ai pas manqué, même si ça serait absurde, on ne se connait pas. Mais surtout, j'espère que vous êtes heureux de lire la suite de cette histoire que vous avez probablement oublié :)

Je remercie énormément Marycath pour son gros travail de correction et d'aide sur tout le chapitre, en effet grâce à elle vous ne vous brûlerez pas la rétine devant ce chapitre, c'est cool hein ?

Enfin bref, ne tergiversons pas plus longtemps, cher lecteurs et lectrices, je vous souhaites naturellement une bonne lecture :)


POV Eren

Le sommeil était pour moi un tendre et important bonheur participant à mon bien-être. Dormir, c'était se perdre dans la douceur et le confort de mes songes, pendant que mon corps se permettait à un apaisement infini. J'étais si bien ce matin-là. La douceur des draps et la mollesse du matelas me plongeaient dans un état de satisfaction si reposant que j'aurais pu dormir encore des heures, voir des journées et des semaines entières. J'aurais pu, si quelqu'un ne s'était pas mit à brusquer mon havre de paix en me secouant violemment pour m'obliger à sortir de mon sommeil.

-Bouge ton cul Eren.

La voix suave et si bandante de mon cher professeur cherchait apparemment à gâcher mon plaisir. Je grognai en guise de réponse. Mais cette belle voix continua sur sa lancée de cassage de couilles matinale.

-Je me casse dans 20 minutes, donc fais pas chier et lève-toi.

Je soupirai en entrouvrant légèrement les yeux.

-Quelle heure il est ? Demandais-je, comprenant finalement la situation.

-6h20.

Je refermai les yeux en souriant doucement. Cet homme intriguant était vraiment peu commode.

-C'est mort Levi, casse-toi si tu veux, moi je prendrais un bus plus tard.

Il soupira et me mit une pichenette, ce qui eut pour effet de me faire ouvrir les yeux avec un fort mécontentement.

-T'es brutal Levi.

Mais putain ce qu'il était beau.

-T'as pas encore de double des clefs je te signal, tu pourras faire comme tu veux pour les prochaines fois, mais aujourd'hui tu bouge ton cul, tu te lève et tu viens avec moi.

Je grognai à nouveau en me redressant doucement, acceptant l'autorité suprême de cet être court sur pattes. Je me posai sur les coudes pour avoir un appui stable avant de me relever, mais pourtant, je ne le fis pas. Mon corps se paralysa presque, alors que je sentais mon cerveau mouliner à pleine vitesse, comme si je venais de louper une chose énorme, une information qui pourrait changer le cours de ma vie. Mes sourcils se froncèrent, alors que je commençais enfin à comprendre ce qui venait de m'être dévoilé.

-J'ai pas encore de double des clefs ?

Seul un soupir me répondit alors qu'un immense sourire m'affubla la gueule.

-Parce que je vais en avoir ? Demandais-je alors en fixant la sombre profondeur grise et bleutée qui ornait les pupilles de ce mec aussi beau qu'imprévisible.

Il soupira, encore. Mais cette fois-ci il eut la sympathie de me répondre :

-Sûrement, mais maintenant lève-toi.

Je venais probablement de me transformer en un gosse, des étoiles pleins les yeux, qui souriait bêtement à ce qui l'entourait. Et en tant que gosse pétillant et obsessionnel, j'avais besoin de réponses claires et précises.

-T'accepte ma proposition alors ? Je peux venir habiter ici ?

Il claqua sa langue contre son palais, cette conversation s'annonçait sûrement comme un fardeau pour lui.

-Calme-toi sale gosse, j'accepte sous conditions. Mais si tu veux vraiment en parler, alors bouge ton gros cul et sors du lit.

Je fis mine de bouder.

-Non. C'est quand même une grosse conversation, pas moyen qu'on se la tape sur le trajet du lycée. Et puis on a grave le temps, ça t'avance à quoi de partir aussi tôt ?

-Et ça t'avance à quoi de me casser les couilles ?

Je levai les yeux au ciel. Et après c'était moi le gamin entre nous deux ?

-Tu évites le sujet là, je veux juste savoir si oui ou non je peux rester chez toi, tu peux bien prendre un peu de temps pour ça non ?

Il se pinça l'arrête du nez en guise de réponse, ce qui m'agaça assez. Je continuai alors :

-J'ai besoin de connaitre tes conditions et à moins que monsieur ait prévu une liste au préalable, on a besoin d'une conversation posée et sérieuse.

Son regard, après s'être levé vers les cieux, s'éternisa sur le sol. C'était comme si en plus de son dépit, il ressentait une légère honte soudaine. Je fronçai pour une énième fois les sourcils tout en cherchant à augmenter mes capacités cérébrale. Levi était un homme étrange et donc, quelqu'un de difficilement compréhensible. Au vu des quelques secondes qui venaient de s'écouler, il ne souhaitait aucunement me répondre, ainsi, je devais pousser mon cervelet à plein volume afin de chercher l'explication la plus rationnelle à sa petite honte spontanée qui troublait sa communication. Je réfléchis alors longuement (soit environ un dixième de seconde) à ce que je venais de prononcer à haute voix. Et c'est alors qu'un éclair de génie m'apparut pendant que je posai sur lui mes yeux écarquillés.

-Putain Levi, t'as fais une liste ?

Il ne répondit pas, mais sa longue respiration agacée me suffit. Ce mec était aussi imprévisible que la bite d'un ado prépubère. Je n'avais rien à dire, Levi c'était un bijou de marginalisme. Moi qui espérais obtenir une longue conversation pour en comprendre un peu plus sur lui, c'était raté. Est-ce que ce con ne l'aurait pas fait exprès par hasard ?

J'étais seul, assis sur un petit muret non loin du lycée, mais il était encore bien trop tôt pour si rendre. Peut-être que Levi m'avait intentionnellement déposé plus tôt pour que je puisse lire toutes ses conditions correctement, ou bien était-il juste un homme aux habitudes étranges ? Dieu que j'aurais aimé savoir qui il était, ce qu'il faisait et dans quel but. Pourquoi ingurgitait-il assez d'alcool pour transformer son corps en distillerie ? Qu'est-ce qui l'empêchait de dormir chaque nuit, qu'est-ce qui pouvait bien ronger ses entrailles ? Et bordel, comment un homme tel que lui pouvait finir prof ? Je soupirais, tout était bien trop intriguant pour ma pauvre curiosité maladive. Je fixai cette enveloppe entre mes mains, qui semblait bien trop épaisse pour ne contenir qu'une fine feuille, il m'avait sûrement fait un putain de bouquin sur comment respecter la propreté de chaque mètres carré de son appartement. Je soupirai en ouvrant maladroitement cette enveloppe qui allait définitivement changer mon quotidien, tel un enfant ouvrant son cadeau de Noël. Je sortai alors les quelques feuilles marquées et affinées par l'écriture douce et soignée de mon cher professeur. Putain, il écrivait comme le parfait cliché d'un pédé romancier. Toutes ses lettres étaient manuscrites et cursives, elles formaient de belles boucles fines si similaires les unes entre les autres qu'on pouvait avoir du mal à croire qu'elles venaient de la main d'un humain. Cette grâce lui allait bien, malgré une vulgarité affûtée à toute épreuve, Levi était un homme d'une classe incontestable. Le plus insignifiant des mouvements s'effectuait chez lui dans une aura qui poussait à l'admiration. Et sexuellement, je ne pouvais même pas exprimer cette perfection, il baignait dans une assurance excitante et si fier de lui, ça rendrait n'importe qui dingue de son corps et de son expertise, jamais il ne doutait, jamais il n'hésitait, jamais il ne se replaçait sans dégager l'aura animale et harmonieuse d'un séducteur sûr de lui qui pouvait te faire jouir dès qu'il le désirait. Un frisson parcourut mon corps, ce mec était un cadeau inestimable pour ma petite vie merdique et instable. Je finis alors par jeter un coup d'oeil au contenu de la liste et je souris en voyant qu'il l'avait organisé en différentes parties distinctes : Ménagère, Comportementale, Sexuelle et ce qui touchait à sa vie privé. Putain, il déconnait pas le bougre. Je souris comme un enfant vicieux qui venait de tomber sur une mine d'or. J'aurais tout le temps de lire la partie ménage une autre fois, alors que la sexuelle me semblait bien plus indispensable. Je ne tardai pas à me plonger dans ses fameuses conditions.

"Je sais bien, "conditions sexuelles", ça sonne très glauque, comme si j'allais t'imposer quelque chose à ce niveau-là. Évidemment, ce ne sont pas des conditions à proprement parler, je ne te virerais pas de chez moi si tu refuse ce que je te soumets, simplement je pense que ça pourrait améliorer encore davantage nos sublimes parties de jambes en l'air."

Je souris face à cette bienveillance, impatient de lire ce qu'il pouvait bien me "soumettre".

1) J'aimerais pour commencer que tu te libères de toute gêne par rapport à tes envies et ta libido, tu veux quelque chose, demande le moi directement, sinon je vois pas comment une relation exclusive pourrait fonctionner.

2) Pour ça, c'est simple, je veux que tu me fasses une liste détaillée de ce que tu aimerais essayer avec moi. Je veux que tu me précises tous tes fantasmes et toutes tes envies que tu voudrais expérimenter. Ça serait bien plus agréable pour nous deux si j'avais une idée précise de ce que tu attends de moi avant de nous lancer dans quelque chose de nouveau pour toi."

Je me sentis rougir face à cette idée, une liste ? Carrément pas possible. Premièrement parce que je n'étais moi même pas sûr de savoir ce que je voulais et puis surmonter la gêne je voulais bien, mais au point de mettre ça sur papier, c'était un peu brusque comme idée quand même. Je me voyais clairement pas écrire : "Cher Levi, dès que tu m'attaches ou bloque mes mouvements, je me sens encore plus libre et heureux, ça me plait vraiment d'être comme un objet que tu contrôles jusqu'à ne même plus pouvoir réfléchir. J'aimerais donc qu'on essaye des "séances" un peu plus poussées où tu m'attacherais de manière plus sophistiqué et qu'en prime tu me banderais les yeux pour que je sois constamment surpris par tes actes, tu peux bien-sûr rajouter des accessoires, j'ai fortement kiffé le vibro, j'ai vraiment cru que ma prostate s'était mise à danser. Oh puis tant qu'on y est je pourrais aussi dire waouf waouf, je suis sûr que ma langue penderais comme une vraie chienne, bien cordialement, un gros soumis sans gêne et assumé". Non clairement, je n'arriverais jamais à écrire ça sur une feuille sans faire une crise cardiaque. Et puis, ça voulait dire quoi "quelque chose de nouveau pour toi", comme si on ne pouvait pas tester quelque chose de nouveau pour lui ? Peut-être que ce chieur d'expert était sûr d'avoir déjà tout essayé. Je soupirai et repris ma lecture plus que déstabilisante, gardant en tête de trouver rapidement ce qui pourrait être innovant pour lui.

3) Malgré le fait que j'aimerais connaître tout ce que tu veux faire avec moi, je te demande de savoir me surprendre quand même. Tu semble préférer la soumission et tant mieux parce que ça me rends vraiment dingue de te voir m'en redemander toujours plus. Mais s'il te plait, essaye de ne pas devenir une étoile de mer qui attends simplement que j'agisse, ton insolence et tes piques agaçantes me donnent encore plus envie de toi, je ne veux surtout pas que ce petit jeu s'arrête. Soit imaginatif. Et si au pire ta tentative marche pas et que je me mets à rire, on pourra toujours se marrer ensemble ou se faire un smash."

Là où l'idée de le surprendre me parut tout aussi gênante, au moins ça me permettrait de découvrir ce qu'il n'avait jamais fait. Et croyez-moi je serais capable de dépenser toute mon énergie dans cette recherche. Je l'imaginais bien avec un sourire hautain en train d'écrire cette lettre, persuadé que monsieur était un dieu sexuel qui avait tout connu. Or, j'étais sûr que Levi n'était qu'un dieu sexuel qui avait presque tout connu. Et entre presque et tout, il y a un "pas grand chose" que je saurai obtenir. Fier de mon nouvel objectif, je repris alors ma lecture.

4) Et pour finir, on doit faire un minimum attention. Je te l'ai déjà dit dans la partie comportementale, mais étrangement je pense que tu vas commencer par la partie sexuelle, donc je le répète : Perdre mon job ne m'enchante pas trop, mais si on est découvert, je ne suis pas le seul qui va se prendre des conséquences dans la gueule. C'est un peu étrange dit comme ça, mais je ne rentrerai pas plus en détail que ça (je te demande d'ailleurs de ne pas insister), dis-toi simplement que je suis lié à d'autres personnes qui auraient pas mal d'ennuis sur le cul si on commence à fouiller un peu de mon côté (notamment Hanji, qui, tu t'en doute, n'est pas dans la plus grande des légalités). Donc essaye de ne pas faire de choses ambiguës en dehors de chez moi."

Pourquoi dès que Levi survolait sa vie privé, un sentiment d'insatisfaction total s'emparait de moi ? C'est vrai, j'étais un gamin à la curiosité maladive qui détestait ne pas connaître la fin de l'intrigue. Mais avec Levi, c'était encore pire que tout. Vraiment, je serais prêt à vendre mon âme au diable pour connaître sa vie, son passé et tout ce qu'il implique. Le problème était que je ne voyais pas comment lui faire cracher une quelconque vérité le concernant. Je soupirai en refermant la lettre, n'ayant pas vraiment l'envie de lire ses conditions ménagères. Je n'obtiendrais sûrement jamais rien de sa vie passée, il fallait que j'arrête de m'obstiner, il fallait que je lâche prise malgré l'envie qui rongeait mes entrailles. Il aurait fallu ouais. Mais bon, je n'étais qu'un gamin à la curiosité maladive. Je me sortis finalement une clope en attendant l'arrivée des foules.

Et la dernière goutte de sueur venait de couler ! C'était enfin terminé, plié, fini, on n'en parlait plus ! Ça m'avait pris les deux longues heures de sport séchées mais c'était bouclé. De toute façon, mes côtes étaient encore douloureuses, il aurait été hors de question de pratiquer le sport extrême qu'est le ping pong dans cet état. Soyons honnête, j'aurais morflé. Et ce que je venais d'accomplir était bien plus exceptionnel en terme de dépassement de soi que n'importe quel service de tennis de table (même ce nom me laissait perplexe), alors vous ne pouvez en aucun cas me mettre dans une vague case de flemmard. C'était tout l'inverse d'ailleurs, je venais de mettre toute ma fierté et ma gêne de côté pour mettre à l'écrit ce que ma conscience avait déjà beaucoup de mal à me retranscrire. Je venais d'avouer à une feuille ce qui était déjà bien dur de m'avouer à moi même. Et tout ça, ça valait toutes les heures de sport du monde. Par contre, je n'étais pas sûr que cette excuse serait acceptée par un professeur, du moins pas par un vrai professeur. Ni d'ailleurs que l'exploit que je venais d'accomplir, aussi incroyable fut-il, allait me permettre d'améliorer ma masse musculaire (remarquez, le "tennis de table" non plus). Ainsi, je venais d'accomplir l'impossible, tous mes fantasmes et envies sexuelles étaient mis sur papier, autant dire que si quelqu'un d'autre que Levi tombait dessus, je n'aurais plus qu'à me défenestrer. Mais pas d'inquiétude pour cette pauvre fenêtre, personne n'avait l'habitude de fouiller dans mes affaires, bien heureusement pour ma gueule.

Après avoir rangé ce précieux document dans un coin de mon sac, je partis m'acheter de quoi bouffer à la cafétéria de mon agréable et accueillant lycée. Et une fois le panini au poulet sauce barbecue obtenu, je recherchai alors vainement un endroit tranquille où déguster en toute solitude mon repas chaud. Mais comme tout établissement scolaire entre midi et deux, on pouvait toujours aller se faire foutre quand il s'agissait de poser son cul sur un banc. Par un heureux malheur, une fille m'invita gentillement à m'asseoir auprès d'elle.

-Eren ! Viens bouffer avec moi steuplé je me fais chier ! Beugla Sasha, l'humaine la plus saine d'esprit de ce lieu.

Je soupirai bien pour la forme mais en toute honnêteté, après avoir passé mes dernières journées de cours avec elle, j'étais obligé d'admettre que sa compagnie m'était plutôt agréable. Elle avait beau être insolite voire carrément flippante dans son comportement, c'était quelqu'un d'assez intéressant au fond.

-Arrête de gueuler Sasha. Dis-je en m'asseyant à ses côtés. On t'entend à l'autre bout du lycée.

Elle me sourit pour toute réponse avant de partir visiblement sur un tout autre sujet que son volume sonore.

-C'est le ping pong qui t'as épuisé ? T'as vraiment une sale gueule.

Je ne saurais pas dire ce qui était le plus vexant entre sa remarque crue et le fait qu'elle n'avait même pas remarqué mon absence en cours.

-Je me suis réveillé un peu tôt c'est tout. Et je vois pas comment un cours que j'ai séché aurait pu me fatiguer.

Un léger gloussement s'échappa d'elle.

-Moi aussi j'ai séché.

Ce qui ne la rendait qu'à moitié vexante tout à coup.

-J'étais occupé, reprit t-elle. J'écrivais une lettre d'amour.

Elle dégagea une telle sincérité et innocence que je ne puis m'empêcher de lui offrir un sourire tendre, même si je me dis finalement qu'elle aurait employé le même ton si elle m'avait parler de jambon. Mais je souris quand même, au fond, on avait fait quelque chose d'assez semblable pendant ces deux heures elle et moi. Enfin non, mais vous m'avez compris. Je crois.

-Oh, et à qui est adressée cette lettre ?

Son rougissement était plutôt attendrissant.

-Si je te le dis, tu m'aideras ? Me répondit-elle un peu gênée.

Ma curiosité venait d'être titillée.

-Ça dépend de l'aide que tu veux. Je ne suis pas bon pour faire le messager je te préviens.

-Jamais je ne demanderais ça ! S'insurgea-t-elle. Je sais porter mes couilles moi.

C'est sur qu'on ne pouvait pas lui reprocher une réelle timidité à cette meuf.

-Alors qu'est-ce que tu veux ?

Elle détourna les yeux.

-Une correction.

Je soufflais du nez avant de dire, le sourire aux lèvres :

-Voyons ma chère, je ne sais point si nous sommes assez proche pour nous lancer dans une relation SM, en plus je n'ai rien sous la main.

Je reçus un léger coup de coude amical.

-De ma lettre espèce d'abruti.

Je lui fit un sourire narquois pour l'embarasser avant d'hocher la tête. Sasha était étrange et sûrement un peu "cringe" aux yeux des autres, mais c'était une petite perle d'humanité avec qui la confiance s'installait rapidement depuis quelques jours. Mais alors que j'allais partager ce moment d'intimité amicale avec elle, alors que cette fille excentrique s'apprêtait à m'offrir toute sa confiance car elle estimait que je la méritais, alors que j'allais enfin tisser une véritable amitié avec quelqu'un de ma classe, un connard surgit de nul part pour frapper du poing sur la table.

-Ça va le pédé ?

J'eus même pas la force de soupirer face à une connerie pareil. Quel fils de pute viendrait casser les couilles à quelqu'un qu'il ne connaît pas dans l'unique but de lui casser les couilles ? C'était totalement contre productif.

-On commence par un bonjour. Répondis-je calmement, mais dans le but certain de provoquer l'enfoiré en face de moi.

D'ailleurs, c'était qui cet enfoiré en question?

-Me cherche pas mec, ou tu vas t'en prendre une.

Mais justement, je ne l'avais pas cherché cet enfoiré, c'était bien là le problème de son agression soudaine.

-T'es qui en fait ?

-Un pote de Kevin, me répondit-il avec un air plus ou moins menaçant.

Sa réponse pouvait sembler claire, c'est vrai, mais à condition de connaître ce dit Kevin, ce qui n'était pas mon cas. Ça me mettait dans une situation de problème à deux inconnues, peut-être devrais-je demander de l'aide à Levi pour réviser mes équations ? Et puis, admettons le, ce prénom était un tel stéréotype en soi que rien qu'à son entente, un rictus m'échappa.

-Je vais être clair, reprit-il assez nerveusement, cherche le encore une fois et t'es mort. Tu l'as pris par surprise, mais moi je te referais le portrait avant même que tu penses à m'en foutre une.

Ah mais oui bien-sûr, que suis-je bête. Un enfoiré qui vient te casser les couilles sans raison est forcément lié au précédent enfoiré qui en avait fait de même. Donc c'était lui Kevin, le grand blondinet qui était sorti de nul part pour m'insulter et sur lequel je m'étais légèrement défoulé. Cela expliquait le ton désagréable de ce nouveau briseur de testicules.

-Donc tu viens me menacer pour protéger ta princesse ? Répondis-je calmement mais en me levant tout de même de ma place.

Sasha me lança un regard interrogateur, comme pour me demander pourquoi je provoquais ce mec déjà bien en rogne. Et franchement, je n'en avais aucune idée, peut-être qu'au fond ça m'amusait de jouer les bad guys. Ou bien peut-être que j'essayais de défendre ma dignité par peur immense de me retrouver avec l'étiquette de victime, mais nan, je ne devais sûrement pas être aussi touché par le superficiel pour ça. Je ne devais pas être tant un gamin que ça.

-Tu me cherches là ? Me dit-il comme s'il cherchait à me cracher sur la gueule.

-Je ne sais pas, répondis-je, tout dépend si tu essayes ou non de me défier.

Je me décalai pour venir me rapprocher de lui, qui sembla hésiter une petite seconde.

-Tu crois vraiment que tu me fais peur ?

-Ça c'est à toi de voir gros malin.

Il fronça les sourcils et serra les dents. C'était sûr, il allait bientôt craquer.

-Fils de pute, marmonna-t-il.

J'haussai les épaules d'un air nonchalant, cherchant, bien-sûr, à le provoquer davantage.

-Du coup, t'es juste venu pour parler ? Si c'est ça, t'inquiète pas, j'en ai rien à foutre de ta petite Kevin.

Il se crispa d'un coup. C'était fou à quel point parler d'un mec au féminin, c'était perçu comme une ultime insulte. Ça mériterait une étude sociologique poussée. Mais je vous avoue que je n'avais pas vraiment le temps pour ça. Son poing serré eut à peine le temps de bouger que je le stoppai net d'une main pour venir lui coller une patate violente en pleine gueule. Et il tomba au sol, aussi décevant que cela puisse être.

-Putain Eren, t'es sérieux ? Lâcha Sasha dans un soupir vague alors qu'un grognement apparemment très énervé se fit entendre du sol.

Mais alors que le pauvre bougre allait se relever pour tenter de rétablir "la justice", une pionne se précipita vers nous pour beugler notre indiscipline et notre violence. C'était dommage, il n'aura apparemment jamais sa revanche.

POV Levi :

Être un adulte, c'était un concept bien complexe. De part mon âge, j'étais évidemment considéré comme tel, mais ce mot regroupait une tonne de concepts et de comportements abstraits. Est-ce que je pouvais vraiment être un adulte alors que j'ignorais la signification de ce terme ? Et si c'était le cas, est-ce que le fait que je trépignais d'impatience à l'idée de voir l'expression d'un ado me rendais moins adulte que je ne l'étais ? Eren, Eren, et encore Eren, ce gosse était un joyau pétillant qu'il me tardait de voir aujourd'hui après qu'il ait forcément lu ce que je lui avais donné. Comment me regarderait-il ? Avait-il eut le temps d'écrire une quelconque réponse ? Est-ce qu'il allait encore me provoquer en plein milieu de mon cours ou est-ce qu'il allait rougir dans son coin avant de me donner subtilement la liste de ses fantasmes ? Ah bordel j'avais envie de le dévorer toute la journée. Putain, j'avais vraiment accepté de loger un élève de 15 ans complètement illégalement pour pouvoir satisfaire mes envies les plus primitives. Je me pinçai l'arrête du nez. C'était totalement n'importe quoi, irresponsable et suicidaire, mais putain ce que c'était excitant. Putain ce qu'Eren était excitant, j'avais envie de le suivre dans ses plus grosses conneries et tous ses vices les plus inavouables. Je tapotai nerveusement du pied. Putain mais elle pouvait pas se grouiller cette putain de sonnerie ? Je trépignais, comme le plus immature des gamins. Mais c'était plutôt plaisant de se sentir en dehors de toutes lois, de se sentir juste un peu heureux. La sonnerie retentit dans tout ce bahut de merde mais cette fois-ci, ce bruit insupportable était une vraie libération. Bordel j'avais hâte de voir sa tronche.

Quelques minutes après, des élèves commençaient à rentrer dans la salle. Mais aucune trace d'Eren. Je fronçai les sourcils, ce sale gosse osait vraiment être en retard dans ma classew alors qu'il savait très bien que je n'attendais que ça. Je marmonnai dans ma barbe quelques insultes avant de débuter quand même mon cours de merde. Après tout, il allait bien se pointer à un moment. Il n'y avait aucune raison qu'il ne le fasse pas.

-Bonjour lançai-je sèchement à ces pauvres ados qui n'avaient pas vraiment mérité ma mauvaise humeur.

Un vague retour de ce bonjour se fit entendre entre le brouhaha de fond. Enfin, je n'en voulais pas vraiment à ceux qui se dispensaient de me saluer, je comprendrais même s'ils me répondaient d'aller me faire foutre au vu du peu de considération que je leur portai. Que quelqu'un fasse en sorte qu'Eren se bouge le cul, j'avais attendu ça toute la journée, je ne pouvais pas supporter une si grande déception. Un soupir me vola ma neutralité avant que je ne me mette à faire l'appelle. Mais alors que je lisais le nom de tous ces gens que je ne connaissais pas, il fallut que lorsque je prononçai celui d'Eren Jäger, une voix s'éleva dans la salle pour répondre à mes attentes :

-Eren ne pourra pas venir monsieur.

Une grosse boule de vide envahit mon être, pourquoi vivre était aussi décevant ? Journée de merde. Je me pinçai l'arrête du nez, j'avais trépigné comme un débile pour finalement passer une heure toute aussi chiante que les précédentes.

-Et pourquoi ça ? Demandais-je.

La fille qui venait de prononcer cela fit une moue assez peu rassurante, ce qui, en plus de la déception, me procura un sentiment d'inquiétude. Il fallait dire qu'Eren était assez doué pour se foutre dans la merde.

-Bah... il a été convoqué par le principal.

Un bruit général parcouru la salle, un genre de "quoi ? Mais pourquoi ?". Un nouveau soupir arracha ma neutralité faciale. Moi aussi j'aimerais bien savoir pourquoi, bande de mioches, mais demander cela paraîtrait déplacé devant toute une classe. Je me permis quand même de demander :

-C'est rien de grave au moins ?

Mais cette jeune fille, légèrement étrange quand on y regardait de plus près, ne semblait pas être un as du mensonge. Elle leva les épaules en penchant la tête sur le côté sans oublier une petite moue peu rassurante avant d'ajouter :

-Disons qu'il va peut-être s'en sortir.

Ah ouais quand même, il avait l'air bien dans la merde ce con.

-Bon, tu viendras me voir à la fin pour m'expliquer.

Elle hocha la tête.

Enfin cette putain de sonnerie. Tous ses ados rangèrent leur affaires en souriant joyeusement, sûrement heureux de se débarrasser de moi, avant de se barrer. Seul cette jeune fille à l'apparence incongrue resta, plantée devant moi.

-C'est quoi ton nom déjà ?

-Sasha.

-Alors, Sasha, il s'est passé quoi avec Eren ?

Je me rendis compte que c'était bien le seul élève dont je me rappelais le nom. En même temps, si au bout de 15 jours avec quelqu'un j'étais pas foutu de me rappeler son nom, je serais vraiment un putain d'attardé.

-Bah... Vous connaissez Guillaume ?

Je levai les yeux au ciel, c'était pourtant clair non ? J'étais une teub pour me rappeler du nom de quelqu'un.

-Non.

Elle me fit un petit sourire amusé avant de répondre :

-Bah tant mieux pour vous. Enfin bref, je mangeais tranquillement avec Eren quand ce Guillaume est venu hum... disons bien le faire chier de ce que j'ai compris et même si Eren l'a un peu provoqué, je tiens à vous dire que c'est Guillaume qui a cherché à mettre le premier coup.

Putain, incontrôlable ce gosse, fallait qu'il se batte avant mes cours, c'en était presque vexant. Se défendre c'est plutôt une bonne chose mais il aurait quand même pu se dire que dans ce lycée où il est déjà en ligne de mire de l'administration on évite de se foutre sur la gueule. Je soupirai, "j'espère qu'il va bien".

-En gros il s'est battu avec ce fameux Guillaume.

Sasha gloussa légèrement.

-Je dirais plus qu'Eren l'a stoppé net avec une grosse patate dans la gueule et que Guillaume s'est éclaté sur le sol.

Ce qui était en soi encore pire pour lui, si seul le mec d'en face se retrouvait à l'infirmerie, il allait se faire éclater par ce gros con de dirlo. Ma tête tomba naturellement dans ma main par dépit, Eren, qu'est-ce que tu pouvais être spontané et irréfléchi parfois. D'un certain côté, bien-sûr, j'étais soulagé d'apprendre qu'il ne s'était pas fait défoncer la gueule, c'était déjà ça. Mais d'un autre côté, il l'avait provoqué, et ce fait vint déposer une idée dans mon crâne : Est-ce qu'Eren cherchait volontairement à dérouiller quelqu'un pour se soulager ? Est-ce qu'il ressentait le besoin d'éclater la gueule du premier venu pour se sentir plus confiant ? Il avait été un simple objet impuissant pendant si longtemps alors qu'il aurait tout à fait été capable de lui péter les deux bras à ce gros porc. J'imaginais bien qu'exploser des assiettes contre un mur n'était sûrement pas suffisant pour évacuer une telle frustration, mais Eren était plutôt raisonné nan ? Il n'allait pas juste se venger sur chaque connard qui traîne ? Quoique, Eren n'était pas si raisonnable que ça, c'était plus quelqu'un de... spontané. Je soupirai, la psychologie, c'était quelque chose de bien trop complexe pour que je m'y attarde mais... j'avais besoin de savoir comment il allait, à quoi il pensait, ce qu'il ressentait et si-

-Monsieur, laissa échapper Sasha, plantée devant moi.

Putain, j'étais presque en train de l'oublier cette meuf. Je lui répondis d'un léger "hum" pour savoir ce qu'elle me voulait. Peut-être qu'elle attendait juste que je la laisse partir d'ici.

-Sans vouloir être insolente, vous devriez vous montrer un peu plus compréhensif avec lui et être moins sévère.

Je fronçai les sourcils alors que mon regard se plongea dans le sien. Qu'est-ce qu'elle venait de me déblatérer celle-là ?

-Pardon ? Lui demandais-je, assez abasourdi par ses dires.

Et puis, c'était qui cette fille pour Eren pour me demander une chose comme ça ?

-Et bien, je sais qu'il a été absent dès le début et qu'il est un peu... spontané, mais il ne traverse pas la meilleure période de sa vie et puis pour ce coup-ci vraiment, Guillaume a tenté de lui donner le premier coup, je vous l'assure, c'est quelqu'un de bien Eren, vous ne devriez pas vous montrer aussi sévère avec lui, il a déjà beaucoup de problèmes et il ne cherche pas à perturber, il est juste très... spontané.

Je bloquai quelques secondes avant de sortir d'un ton assez sec, et un peu agressif :

-Tu peux y aller Sasha.

Cette dernière sembla légèrement dépitée mais n'insista pas et sortit de ma salle.

C'était qui cette vieille chieuse là au juste ? À quel moment je donnais l'impression d'être plus sévère avec Eren ? Est-ce que c'était parce que c'était le seul élève auquel je m'interessais et que je m'efforçais de lui parler le plus froidement possible en cours pour ne pas éveiller les soupçons ? Ou bien c'était parce que je le gardais souvent en fin de classe après lui avoir balancé d'un ton sec de rester ? Ou peut-être parce que je l'avais fortement taquiné sur ses nombreuses absences en jouant le vilain prof autoritaire ? Oh, putain de merde, elle avait raison cette conne. Je donnais l'impression de l'avoir dans le collimateur maintenant que j'y pensais. Fait chier, moi qui avais peur de faire du favoritisme avec lui, c'était perçu comme l'exact opposé. Merde, je voudrais pas lui foutre une réputation de merde en plus de tout ce qu'il devait déjà se trimbaler. N'empêche cette petite chieuse de Sasha avait du cran de me balancer ça à la gueule. Mais honnêtement, c'était pas vraiment pour sa remarque insolente qu'elle m'avait irrité, ce n'était pas non plus parce qu'elle avait sous-entendu que je n'étais pas quelqu'un de juste, non, c'était pour quelque chose de bien plus désagréable, pour quelque chose de bien plus énervant. Elle le connaissait. Et même s'il n'avait sûrement fait qu'effleurer le sujet, Eren la tenait assez en estime pour qu'elle sache qu'il ait des problèmes. Je sentais mon pied tapoter nerveusement le sol. Il avait des amis, vraiment bien, c'est toujours un réconfort de plus pour ce gamin plein d'émerveillement, mais comment se faisait-il que je n'étais pas au courant ? Pourquoi il allait se confier à une meuf dont je n'avais jamais entendu le nom et surtout, bordel de merde, pourquoi elle tenait tant à ce que je sois "moins sévère" avec lui ? Elle avait eu l'audace de me dire ça, alors elle était qui pour Eren ? Et putain qu'est-ce qu'elle voulait être pour lui ? Je me massai les tempes. Il était fort possible que sur le moment, je repensai ardemment à ce qu'Eren m'avait dit il y a quelques jours : il n'était pas gay. Il n'était certainement pas hétéro non plus, mais putain, il n'était pas complètement gay. Je me levai brusquement de ma chaise, faisant tomber cette dernière en arrière. J'avais besoin d'une clope, tout de suite.

Ça ne décrochait pas. Seul de longs "bips" désagréables répondaient à mes appels. Putain mais qu'est-ce qu'Eren pouvait bien branler. Il était censé avoir fini les cours depuis bien deux heures. Deux heures pendant lesquelles je l'avais appelé cinq fois, mais évidemment, sans réponse. Le dirlo était un gros con, d'accord, mais il n'avait jamais montrer de signe de plaisir à séquestrer des élèves. Et puis merde, il s'était foutu sur la gueule vers midi, il était 19h, qu'est-ce qu'il branlait ce petit con ? Je me massai les tempes, pourquoi il ne me prévenait pas ? Et où est-ce qu'il était ? Déjà qu'il avait éclaté la gueule d'un vieux mec, voilà qu'il disparaissait maintenant, c'était quoi son but, me faire crever d'inquiétude ? Saloperie d'Eren de merde, j'espérais sincèrement qu'il ne s'était pas fait virer et surtout qu'il allait bien. Vous me trouvez sûrement ridicule, et puis j'étais pas son père, il pouvait bien faire ce qu'il voulait sans mon autorisation, mais merde quoi, il pourrait prévenir. Eren détestait l'internat tout autant qu'il détestait la maison de son tuteur, ça, je l'avais bien compris, mais du coup, le seul endroit où il était censé rentrer, c'était chez moi. Mais non, j'étais seul dans mon petit appartement à fumer une cigarette comme un connard qui cherche à se détendre. J'étais empli d'une mauvaise intuition. Eren s'était sûrement défoulé sur ce "Guillaume" mais qu'est-ce qui me disait qu'il n'avait pas envie de plus ? Oh… fallait vraiment que je me détende moi, je réagissais comme un putain de paranoïaque. Comme si Eren pouvait se barrer en pleine nature pour aller buter quelqu'un de ses poings. Et alors que je soupirai, que je commençai à me dire que ma journée de merde altérait un peu mes jugements et que je commençai à péter un câble pour que dalle, une sale pensée me traversa l'esprit. Et si Eren était chez Sasha, cette vieille connasse insolente ? Je serrai les poings à cette idée. Après tout, c'était bien possible vu qu'apparemment ils étaient "amis". Et oui, bien-sûr que c'est important d'avoir des gens sur qui compter, mais cette petite attardé là, si ça ne tenait qu'à moi, elle ne s'approcherait pas d'Eren à moins de 10 mètres. J'avais confiance en Eren, après tout, il avait été jusqu'à me convaincre de l'héberger juste pour nos plaisirs divins, il n'allait pas foutre en l'air nos baises pour une fille qu'il connaissait à peine. Mais elle, putain qu'est-ce qu'elle lui voulait ? Je posai mon téléphone, dégoûté par mes pensées. La vie ça puait la merde, une simple petite chieuse avait potentiellement le pouvoir de charmer Eren pour me priver de mes plaisirs les plus jouissifs. Je me roulai une clope, s'il tombait amoureux, je me sentirais bien seul moi. Mais mes absurdes pensées furent interrompues par quelqu'un qui toquait à la porte. Je sursautai d'un soulagement pur, Eren, il était enfin là ce con. Je posai ma clope et me précipitai avec une certaine hâte à la porte pour l'ouvrir, mais encore une fois, dans cette putain de journée de merde, une immense déception s'empara de moi :

-Whaou, je t'ai jamais vu aussi dépité de me voir, tu attendais quelqu'un ? Me demanda-t-il, comme s'il était normal pour lui de se retrouver au pas de ma porte.

-Qu'est-ce que tu branles ici Erwin ?

Il me lâcha un petit sourire, se voulant sûrement sympathique, mais c'était sûr, il avait quelque chose d'important à me dire.

-Je viens juste prendre de tes nouvelles Levi, ça te contrarie ?

Je levai les yeux au ciel, j'étais vraiment pas d'humeur aux piques d'Erwin.

-Et bien je suis vivant, tu veux savoir autre chose ?

-Je peux rentrer peut-être ?

Sa voix, bien qu'elle se voulait légère, était insistante.

-T'es le proprio, dis-je en me décalant pour le laisser passer, alors fais comme chez toi.

Mon ton sarcastique sembla le faire sourire. Il rentra malgré tout à l'intérieur alors que je me rassis pour fumer cette pauvre clope abandonnée.

-T'es toujours aussi à cheval sur la propreté à ce que je vois, me dit-il en prenant soin d'enlever ses chaussures.

-Ta gueule, dis-moi plutôt ce que tu viens foutre ici.

Son visage se fit plus grave, plus incertain. Il vint doucement s'asseoir à mes côtés, comme s'il prenait son temps avec des gestes inutiles avant de m'annoncer ce qu'il avait à me dire. Putain, ma journée s'annonçait plus que merdique, j'avais l'impression que j'allais juste finir noyé sous la merde avant minuit.

-Levi, je sais que tu n'es plus censé faire partie du bataillon mais...

C'était toujours très mauvais signe lorsqu'il commençait une phrase par mon prénom.

-Mais quoi ? Viens-en au fait.

Il baissa la tête, déglutissant.

-Mais je me vois dans l'obligation de t'offrir ma protection.

Une tension vint nous lier brusquement. Lorsque j'étais encore au bataillon, j'avais toujours pissé allègrement sur cette règle débile. "Sa protection" se traduisait surtout par un stalkage complet de mes moindres faits et gestes sous prétexte que j'étais possiblement en danger. Ça m'avait toujours foutu mal à l'aise. J'avais même eu la sensation qu'il me regardait pisser ou pire, peut-être qu'il m'avait regardé chialer pour lui avec une seringue dans le bras. Il savait très bien que je refuserai quelque soit la situation.

-Non.

Un léger soupir sortit de sa bouche.

-Je suis désolé mais t'as été identifié.

Un gros blanc s'installa. Merde. Ses traits graves s'étaient finalement tirés vers le bas. Ça c'était un putain de problème. Une boule se coinça dans ma gorge, il ne déconnait pas, aucune once d'humour n'avait vibrée dans sa voix. J'avalai ma salive en cherchant à ravaler mes peurs.

-Par qui ?

Ses yeux vinrent se plonger dans les miens, comme pour vérifier mon état. Mais je n'avais pas le droit d'avoir peur, surtout face à lui dont la vie était bien plus menacé que la mienne. Les menaces de mort, il en recevait par dizaines tous les jours. Il avala doucement sa salive avant de me répondre :

-Les anciens larbins de Tanisch.

Un frisson vint me parcourir l'échine. Le clan des Tanesque était presque inactif depuis des années, leur nombre et leurs activités étaient si insignifiantes, que le bataillon ne les qualifiaient même plus comme une menace, mais pour moi, c'était une autre affaire. Ils étaient peu, c'était sûr, mais ce qui l'était encore plus, c'est que personne au monde ne me détestait plus que ces gars-là. J'avais laissé leur cher Tanisch adoré, leur gourou pour qui ils vouaient un fanatisme sans limite, seul dans la boue avec une balle dans le crâne. Et si je me rappelai encore de sa cervelle qui avait repeint le mur, alors ses hommes étaient sûrement hantés par cette image. Je revoyais encore ses derniers spasmes de vie alors que celle-ci s'envolait de son regard. La balle avait traversé sa gueule avec une telle facilité que j'avais pu voir à travers l'espace d'une fraction de seconde avant qu'il ne s'écroule comme une merde agonisante dans la boue. Cette vision était horrifique et traumatisante car ce fut à ce moment précis que j'avais compris le nombre de personnes que je venais de crever en cette chaude soirée d'enfer. Mais je n'avais aucune peine ou empathie, et j'effacerais cet acte pour rien au monde. Tous ces enfoirés m'avaient volé ce que j'avais de plus cher. Honnêtement, j'étais même assez enragé qu'il reste encore certains de ces connards en vie. Parce que ce qui était sûr, c'est que personne au monde ne les détestait plus que moi.

-File-moi un flingue ou deux, fourre-toi ta protection dans l'cul et je te promet qu'ils seront mort avant de faire le moindre pas vers moi.

Son poing posé sur sa cuisse se serra brutalement alors que sa voix s'aggrava.

-Arrête d'agir comme un ado rebel en crise, t'es en danger Levi.

Un léger rictus s'empara de moi.

-J'ai jamais dit être adulte.

Il se crispa et voulut répliquer mais je le coupai :

-Par contre je ne suis plus un enfant sous ton aile, j'ai pas besoin de ton aide pour survivre et je sais très bien me torcher le cul tout seul. Alors fous-toi ta putain de proposition bien profond et donne-moi un flingue.

Son air était sévère, mais il ne dit rien. Je me contentai alors de tendre la main vers lui, réclamant la seule sécurité que j'acceptais de sa part. Sa main plongea dans son manteau avant de me déposer un Glock 17 de quatrième génération et deux chargeurs de 17 balles de calibre 9 millimètres dans les mains. Ce dernier avait l'air plutôt neuf, il venait sûrement à peine d'être acheté. Mais alors que je cherchai à le déposer sur la petite table en face de moi, Erwin me retint le poignet.

-Levi, t'es un ami et un allié fidèle que j'apprécie et admire beaucoup. Tu es incroyablement fort, j'en doute pas, mais à force de rejeter l'aide du bataillon tu risques juste de crever.

Mes dents se serrèrent jusqu'à grincer. Comment pouvait-il oser imaginer une seule seconde que je perde face aux derniers tarés de ce gang malsain.

-Moi, avec un flingue, je vaux plus de dix mecs équipés d'AK-47, et ça tu le sais très bien. Alors si tu veux me coller un radar au cul, trouve une autre excuse.

Un doux sourire triste apparut sur sa face de débile. Comment ce si grand génie pouvait-il autant ne rien capter pour pouvoir me répondre :

-Je suis désolé Levi, si tu n'étais pas parti, j'aurais pu assurer ta protection sans encombre.

Ma main se resserra sur le flingue.

-Oi Erwin. Tu cherches à te suicider ? Je t'ai déjà dit de ne plus jamais t'excuser pour ça. Lui crachai-je dessus.

-J'ai été un abruti, laisse-moi au moins me sentir responsable pour répar- ah !

Son corps bascula en avant d'un simple coup d'épaule, sa surprise me permit de lui choper les poignets d'une main, précipitant sa chute sur le sol, la gueule directement contre le planché, ses jambes furent bloquées par mon corps dans la fraction de seconde qui suivit alors que ma seconde main tenait le flingue collé à sa nuque.

-Avant que tu n'ajoutes une nouvelle connerie, dis moi "Ô chef", comment tu comptes protéger quelqu'un qui pourrait te buter sans aucune difficulté ? Je n'ai pas besoin d'une bande de mange merde à mon cul qui iront t'informer de la manière dont je chie. J'ai énormément de respect pour toi Erwin, t'es un leader d'exception, mais par pitié, arrête de voler mes responsabilités et mes erreurs. La prochaine fois que tu t'excuses je te fais bouffer tes dents.

Son corps crispé, se détendit à l'entente de ma voix. Il sembla totalement abandonner l'idée de me contredire.

-T'es chiant putain, mais tu n'as pas vraiment tort. S'il-te-plaît, promets-moi au moins d-

Je l'aurais bien écouté si mon téléphone ne s'était pas mit à sonner. Je relâchai Erwin dans l'instant et me précipitai sur mon portable.

-Putain de merde, t'es où Eren ? Qu'est-ce que tu branles ?

Je sentis un regard incompréhensif peser sur moi. Mais j'entendis surtout une respiration forte, paniquée et douloureuse. J'oubliai alors entièrement la présence d'Erwin.

-Eren ?

Un son sortit de l'autre bout du fil, un son tremblant et hésitant. Je pouvais parfaitement imaginer son visage en détresse, les larmes ruisselant sur sa peau si délicate. Il était terrifié, c'était évident, mais il avait aussi l'air d'avoir mal. Je m'apprêtai à lui demander sa position exacte quand sa voix sortit enfin :

-Levi, je crois que je l'ai tué.

POV Eren :

Debout et droit comme un piqué, je savais bien qu'il valait mieux ne pas se faire mal voir par le "leader suprême". Il avait les lunettes sur le bout du nez alors que son regard s'éparpillait dans la masse de papier qui envahissait son espace de travail. Les rides strictes et creuses de son visage me donnaient déjà la sensation d'être sacrément dans la merde. Dire que la sentence qui me sera donnée sera décisive était faux, car à cette époque de mon existence, j'essayais de panser les blessures du passé, je ne m'occupais pas vraiment de mon futur. Mais dire que j'en avais rien à foutre serait tout de même hypocrite. Je ne voulais pas non plus foirer mes possibles envies futures sous prétexte que je me reconstruisais dans le présent. Je venais quand même de mettre une sacrée patate à un mec dans l'enceinte des murs de l'établissement, la punition serait évidemment peu clémente. Cependant j'avais toutes mes chances de m'en sortir, j'étais clairement la victime dans l'histoire, une victime provocatrice et satisfaite d'avoir pu cogner quelque chose, mais une victime tout de même. Soudain ses yeux s'échappèrent de la paperasse pour venir se poser sur moi. J'allais devoir me vendre comme jamais.

-Eren Jäger, c'est ça ?

-Oui monsieur.

Il leva un sourcil à ma réponse, mon ton était peut-être plus celui d'un soldat que d'un élève. Ce n'était apparemment pas l'angle à prendre avec lui. Il n'avait pas l'air de porter les lèches-bottes dans son coeur.

-Je vois que vous avez été beaucoup absent depuis la rentrée, vous avez raté plus de la moitié des cours, je pourrais savoir pourquoi ?

Ses yeux, distants, semblaient me juger de haut en bas, comme s'il cherchait la faille pour gagner ce duel. Evidemment, il n'était pas con, il commençait par énumérer les reproches avant de parler du sujet de base. C'était toujours efficace pour justifier une sanction. En plus, sans le savoir, il me mettait dans une mauvaise posture en me rappelant la raison de mes absences. Mais l'important dans le mensonge, c'est de ne jamais mentir, il faut simplement parler d'une vérité partielle.

-Toutes les absences ont été justifiées monsieur, je me suis fêlé quelques côtes et j'ai dû rester alité durant une semaine.

Il me répondit par une moue peu convaincue.

-Bon, vous savez pourquoi vous êtes là jeune homme ?

"Jeune homme" était la pire appellation de la part d'un principal. Ça voulait clairement dire "tu vas morfler ta race". Mais il fallait rester malin, je devais me vendre en tant que victime sans paraître insolent, cette réponse était donc décisive. Ce fut en soutenant son regard que je répondis :

-Oui, pour avoir répondu à une bagarre.

Ses sourcils se soulevèrent. Ce qui était bien avec ma réponse c'est que je reconnaissais être fautif pour avoir "répondu" tout en disant clairement que je n'étais pas le coupable. Je passais pour le naïf qui pense qu'il n'y a pas de méprise. Mais il me restait à convaincre ce vieux con qui n'avait pas l'air de croire à mon innocence.

-"Répondu", vous vous moquez de moi ?

Je feignis la surprise à l'entente de cette phrase. Avant de m'empresser de répondre :

-Bien-sûr que non monsieur, les surveillantes ne vous ont pas mis au courant ?

Il me lança un petit regard d'incompréhension. Je venais de gagner un premier doute de sa part. C'était déjà un pas énorme, un pas vers la sanction la plus minimal qui soit. Il fallait que je mène la discussion.

-Guillaume est venu m'insulter directement alors que je mangeais avec une amie, je lui ai demandé de partir mais il a cherché tout de suite à me frapper. Je sais bien que ça n'excuse pas le fait d'avoir répondu mais je n'avais pas la place de l'esquiver alors j'étais obligé de me défendre.

Son air douteux me laissait aussi sceptique que mal à l'aise. C'était clair, il voulait m'appliquer une sentence aussi sévère que possible. On disait déjà de moi que je m'amusais à chercher la prochaine victime à laquelle je péterais les dents depuis ce certain "Kevin" alors c'était compréhensible. En même temps, je vous jure que rien que son nom laissait supposer que c'était un fils de pute. Désolé aux Kévins au passage, vous devez pas avoir la belle vie ; remarquez, c'est sûrement pour ça que vous vous transformez souvent en puceaux enragés, promis j'essaierais d'être sympa avec le prochain que je croiserais. Enfin, de réputation j'étais un mélange entre une fiotte victime et suceuse de bites, et une grosse brute qui cherchait la fameuse "bagarre", ce qui normalement n'allait pas très bien ensemble. Ce premier aspect n'était en soi pas si faux que ça, par contre le deuxième me perturbait, est-ce que j'aimais vraiment me défouler sur les gens ? Au pire si c'était que sur des connards aussi frustrés et mentalement retardés que ce duo de bouffons, c'était pas si problématique que ça. Oh ! Mais oui putain, j'avais la réputation d'être un pédé victimisé ! Quelle bénédiction parfois d'être entouré d'intolérant. C'était sûr que le proviseur doutait plus de mes paroles que de la situation, mais en fait j'avais les parfaites cartes en main.

-Vous êtes en train de me dire que vous n'aviez pas le choix de lui exploser la joue ? Que vous étiez obligé pour vous défendre de le frapper assez fort pour qu'il s'écroule au sol ? Vous ne trouvez pas cela un peu gros à avaler ?

Qui que vous soyez, prenez des notes : Pour mentir, il suffit de dire la vérité en omettant simplement ce qui ne vous arrange pas.

-Vous n'avez pas tort monsieur, dis-je en baissant légèrement la tête. Mais vous savez, depuis le début de l'année, tant de personnes m'insultent et me crachent dessus sans me lâcher. Je préfère les ignorer, mais là il est venu directement pour me rabaisser à cause de mon orientation sexuelle, je n'aurais pas dû le frapper aussi fort, mais je n'en pouvais plus de ce genre de chose.

Jamais, ô grand jamais, un directeur en cette époque magnifique où les gens se battent pour la tolérance (malheureusement confondue avec les vieux twittos SJW qui nous aideraient mieux à fermer leur grande gueule) n'oserait punir le pauvre ado gay qui se fait victimiser. Du moins pas en laissant le gros vilain harceleur sans peine. Or, ils ne vont pas virer un mec pour s'être prit le pain de sa vie.

-Guillaume est réellement venu pour vous insulter directement ?

J'hochais la tête, ravalant mon sourire victorieux. Bingo. Car vous savez ce qui allait se passer ? Il appellerait une pionne pour avoir la certitude que ce p'tit con soit bien venu me voir et que c'est ce qui a déclenché la fameuse "bagarre". Et après la confirmation, vous connaissez la conclusion ? Rien. Pas de renvoi, pas de travaux d'intérêt généraux et même pas la moindre heure de colle, à la limite un léger avertissement aussi utile qu'un préservatif pour eunuque. J'étais quand même beaucoup trop fort, nan ?

Levi n'aimait pas faire les courses. Comment pouvais-je le savoir ? Et bien il me l'avait dit, c'était aussi simple que cela. Sa nécessité était son stock de féculents prêts en moins de cinq minutes, sa réserve d'alcools et de thés. Autant vous dire qu'il en allait de mon devoir de remplir les placards de cet homme qui passait à côté des merveilles culinaires de ce monde. Je pris donc de quoi faire mon meilleur poulet au curry, un sachet de thé noir qui avait l'air plutôt haut de gamme (j'y connaissais rien moi) et il était vrai, pas mal de sucreries pour ma survie personnelle. D'ailleurs, il fallait peut-être que je prévienne Levi de ce qu'il s'était passé, histoire qu'il ne m'en veuille pas de ne pas être allé à son cours. Je sortis mon téléphone de ma poche mais remarquai qu'il s'était éteint. Mouais, la flemme de l'allumer, d'attendre et de taper mon code pin, alors que je serai rentré dans moins d'une demie-heure. Au pire il devait sûrement s'en foutre que je prenne un peu de temps. Il me manquait plus que l'alcool. Et n'allez pas me dire que les caissiers en avaient quelque chose à foutre de mon âge, jamais on ne m'avait fait chier avec ça, et ça ne commencerait pas aujourd'hui. Enfin bref, je restais figé devant l'étendue de diverse bouteilles dont je n'avais idée ni du goût ni de la qualité. Je n'y connaissais rien en thé, et bien je vous avoue que c'était la même pour l'alcool. J'en avais bu en soirée comme tout le monde, sans jamais vraiment savoir ce que c'était. Je me retrouvais alors perdu devant ce vaste rayon. Ma connaissance étant nulle, je me reposai sur ma mémoire pour savoir quoi acheter. Et après m'être souvenu de la bouteille de Jack Daniels presque vide de la veille, je décidai alors tout content de lui acheter. De toute façon les centaines d'euros que mon tuteur m'envoyait chaque mois devaient bien me servir à quelque chose. Je préférais qu'ils aient le goût de whisky plutôt que l'odeur de la "compensation à l'absence d'investissement que j'ai pour ton développement, mais sois moi quand même redevable stp, signé ton tuteur qui s'en balec en vrai". Enfin bref, je me dirigeai alors vers la caisse afin de payer tout ça. Et bien évidemment, la caissière ne me fit pas chier avec l'alcool. En sortant du supermarché, j'allais m'asseoir sur un banc afin de me griller un clope. Le lycée se trouvait juste en face de moi. À droite, c'était le début de l'immonde zone commerciale qui était d'ailleurs délimitée de la ville à partir de ce supermarché en question. C'était assez déprimant que la fin de la ville n'annonçait en réalité que le commencement d'amas de bâtiments encore plus laids. Mais où pouvait bien se trouver la verdure tant adorée ? Et bien à gauche du lycée on retrouvait bien-sûr cette belle petite forêt. Cette magnifique petite forêt qui me filait la gerbe et où le pire se produisit pour la dernière fois de ma vie. Une taffe apaisa mon haut le coeur, ou alors c'était l'idée que la souffrance n'avait plus sa place dans mon existence. Je n'aurais plus jamais à être paralysé de peur devant ce gros porc dont le nom même me dégoutait, devant ce monstre inhumain. À partir d'aujourd'hui, je ne serais plus jamais la victime. Je serais peut-être toujours un gamin puéril, mais plus jamais un objet effrayé par quelqu'un, plus jamais une poupée, plus jamais une victime. Je me contenterais toujours d'avancer la tête haute. Et tout comme aujourd'hui, le prochain qui viendrait me les briser, ne récolterait que mon poing dans la gueule. Jean n'existait plus. Et cette information changeait complètement le reste de ma vie, parce que même si j'avais toujours envie de gerber en regardant ces arbres provocants qui laissaient leurs feuilles danser au gré du vent comme des innocents, aujourd'hui, je savais très bien que si j'allais dans cette putain de forêt, ça serait juste pour pisser sur cette végétation. Et innocemment, comme si aucune pensée n'avait guidé mon corps, je sortis une canette d'ice tea de mon sac de course.

J'étais un ado stupide. J'aurais aimé vous dire que je ne savais pas pourquoi je m'enfonçais dans cette affreuse verdure qui fermait les yeux face aux horreurs commises en elle. En quelques sortes, elle aussi s'était faite violée. Mais ce qui m'opposait à elle, c'est que je ne serai jamais complice de par mon silence. Car malgré le fait que je ne sois qu'un abruti, je n'étais pas un hypocrite. J'aurais même préféré vous dire que j'étais guidé par ma curiosité, cette fameuse, en effet je n'avais jamais pissé sur un arbre, cette expérience allait peut-être redéfinir mon ressenti quant à l'éjection urinaire de boisson sucrée, mais non, je n'étais pas non plus ici pour ça. Si je continuais à suivre ce petit chemin en terre, c'était bel et bien pour me prouver à moi-même que je n'étais plus le même. J'avais besoin d'avoir la confirmation que j'évoluais vers le bon chemin. Parce que si c'était le cas, alors un jour ma vie n'aurait plus à être dicté par la peur, et je pourrais simplement vivre tranquillement. Techniquement, il est sûrement vrai que pisser sur un arbre ne m'apporterait pas directement la sérénité. Mais le fait de savoir que j'avais pu le faire changerait absolument tout. Jean avait disparu, et moi je pisserais sans gêne dans un tel endroit ? Ça serait d'une beauté sans pareil. Je souris doucement, assez fier de mon idée. Bien-sûr, à chaque pas, je savais que je me rapprochais de la douleur la plus pure, parce qu'à chaque pas, je distinguais de plus en plus l'endroit où je me trouvais. Mais je me rappelais également de la bienveillance avec laquelle Levi m'avait tendu son immense sweat ce jour-là. Je me demandai alors qui avait bien pu lui offrir même si je ne voyais personne d'autre qu'Hanji, cela m'apparaissait comme une évidence. Mais qu'importe la réponse, au fond, je ne me posais cette question que pour oublier le reste. Je continuai d'avancer, en tentant de refouler l'angoisse et la gerbe qui me montaient au cœur jusqu'à ce que je tombe sur ce fameux endroit. Et alors que je reconnus la butte de terre, le petit rocher et le grand arbre, un frisson d'angoisse me parcouru l'échine. Ce dernier s'intensifia lorsque je penchai un peu la tête vers le sol après avoir reconnu un morceau de tissu déchiré et imbibé de boue. "C'était l'un de mes t-shirts préférés", me dis-je alors en relevant les yeux vers les arbres qui m'entouraient.

-Eren ?

Un sursaut me pris de cours. Le son de sa voix bloqua ma respiration comme si ce simple timbre particulier réussit à m'étrangler brusquement. Mon regard était fixé au loin, il s'accrochait désespérément au bout du chemin, comme pour le supplier de me sortir de là. Mais je ne pouvais pas bouger, tout comme ma respiration, mon sang semblait s'être figé. Cette simple interpellation au milieu de la forêt me fit l'effet d'une crise cardiaque, car au vu de ma paralysie générale, je crus sincèrement passer l'arme à gauche. Puisque je ne pouvais pas dépasser la peur qui bloquait mes sens, je me contentai alors d'attendre de reprendre le contrôle de mon être tout en priant fort que ce que je venais d'entendre ne relevait que d'une perturbante hallucination. Mais ça retentit à nouveau. Ce son insupportable, agressif et dégoûtant qui me tétanisait jusqu'à la moelle. "Eren". C'était la deuxième fois que mon nom résonnait d'une manière bien trop malsaine entre les arbres. Je n'hallucinais pas. À ma gauche se trouvait forcément une monstruosité. Mais je n'avais ni l'envie ni le courage d'y jeter le moindre regard. Cependant, mes yeux se détachèrent d'eux-même du chemin, mes sens avaient alors compris que l'espoir se mourait, je n'allais pas pouvoir m'échapper, rien n'allait venir jusqu'à moi. Rien n'allait me sauver. Je me retrouvai à fixer le sol, la tête baissée, comme un chien apeuré face au méchant loup qui rôdait dans les bois. Je serrai les dents, dégoûté d'être une pauvre proie paralysée face à ses peurs.

-Oh, tu peux me regarder dans les yeux steuplé ?

Cette phrase, balancée violemment me fit l'effet d'un crachat à la gueule. Mais je ne réagis pas. Tout mon être me donnait des signaux contraires, j'avais envie de fuir, mais mes jambes n'étaient pas enclines au moindre mouvement, j'avais envie d'hurler, mais ma gorge était nouée et ma voix ne pouvait clairement pas sortir. Je ne pouvais rien faire, j'étais en train de me transformer doucement en objet inanimé, comme s'il avait déjà commencé à s'emparer de moi. Je frissonnai de dégoût, alors qu'une brutale sensation de nausée me remontait les entrailles. J'avais envie de vomir.

-Bordel Eren, je te parle !

Son ton plus fort, plus violent, plus impatient sonna alors comme le bruit sourd d'une bombe qu'on venait de lâcher à dix centimètre de mon visage. Je sursautai à son entente. J'avais peur, putain j'étais si terrifié que plus je pensais à lever la tête, plus je la baissais. J'avais comme peur de voir un immense monstre hideux aux crocs gigantesques, au sourire sadique et au regard surplombant et cruel qui me transpercerait de toutes parts. Mon corps ne bougeait pas, comme à chaque fois que je l'avais laissé s'emparer de moi car au final rien n'avait changé. J'étais toujours la même victime. Alors non, Jean, je ne pouvais pas te regarder dans les yeux, malgré le fait que je savais très bien que tu me parlais. Je n'étais pas censé te revoir un jour, tu étais censé avoir disparu au loin. Comment pouvais-je me reconstruire de tes traces psychologiques si tu n'étais même pas foutu de foutre physiquement le camp de ma vie ? Si tu continuais d'exister alors ma vie était réduite à s'achever, minutes après minutes. Je voulus te dire d'aller te faire foutre, de partir, mais toujours, aucun son n'était capable de sortir de mon corps. Je voulais simplement mourir. Et à ce moment précis, où ma circulation sanguine n'était plus et que ma respiration se limitait à peine à un très fin filet d'air, tu aurais pu me cracher dessus, me dire que tu avais gagné, et que pour toujours je ne serais qu'une victime apeurée et enfermée dans une prison d'effroi. Je ne pouvais juste pas lever les yeux et oser croiser ton regard qui bouffait mon âme depuis si longtemps, tu aurais pu gagner juste en m'insultant pour prouver à quel point je ne pouvais rien face à toi. Mais lorsque tu m'attrapa violement par le col pour venir me plaquer brutalement contre un arbre, lorsque, sous la surprise, je lâchai le sac en plastique que je tenais et que le bruit de la bouteille de Jack s'éclatant sur un rocher me fit instantanément écarquiller les yeux, alors je fus obligé de te voir. Tu venais de te détruire tout seul, puisqu'au final je ne vis qu'un humain. Et alors que tu me sifflais de te répondre, je pensai soudainement à Guillaume. Car tu n'avais ni crocs ni sourire terrorisant, mais qu'un simple visage, aussi facilement démolissable que le visage de n'importe quel humain. Un fils de pute. Au final t'étais qu'un misérable petit fils de pute dont la gueule avait l'air facile à fendre, c'est tout ce que tu reflétais. Mon sang reprit son cours. Tes yeux, ils avaient l'air si simple à crever. Non, en réalité, il s'était mit à bouillir. Ton crâne, fragile, je le verrais bien fracassé sur le sol. Je sentis mes poumons doubler de volume. Rien n'avait de sens. Ma putain de peur, mes traumatismes, ça n'avait aucun putain de sens. Mon rythme cardiaque s'emballa. T'étais si banal, si pitoyable. Comment un mec comme toi avait pu détruire ma vie ? Il fallait que je sache. Il fallait que je t'ouvre en deux pour récupérer ce qui me manquait. Il fallait que je te bousille ta sale race. Mes dents grincèrent. Ta face, fracassée au sol, par haine, par dignité, j'en savais rien. Il fallait juste que ta face finisse fracassée sur le sol.

-Saigner.

Tu ne pu faire un geste avant que ta mâchoire ne se retrouve disloquée contre mon poing. Il fallait que tu crèves. Ton corps immonde, voleur, s'écroula dans la terre. C'est drôle, tu m'avais souvent plaqué sur le sol toi, et aujourd'hui, c'était moi qui te chevauchais. J'espère que ça te faisait de l'effet. Un cri de surprise t'arracha la gorge, comme moi, à chaque fois que tu avais brutalement détruit mes entrailles. J'espère que tu te sentais sale, seul, bloqué, meurtri, humilié et condamné à crever. J'espère que t'allais rapidement me supplier. Le bruit sourd et violent d'un os qui se brise retentit. Mes côtes aussi avaient fait le même son tu sais. T'allais crever dans pas longtemps, mais avant, t'allais souffrir. Si tu n'avais pas été la chose la plus ignoble que je connaissais, je t'aurais violé. Le choc entre mon poing et ta gueule fut si brutal que mes phalanges se mirent à brûler. Je voulais que tu ressentes cette douleur absolue. Je voulais te voir pleurer et gémir de douleur. Depuis si longtemps, je n'étais qu'une putain de bombe à retardement, et toi, sale fils de pute, tu ne l'avais même pas compris. Ma vision se troubla. Mais c'était bien ta plus grosse connerie, tu ne réalisais jamais ce que tu faisais. Tout était rouge. Tu crias. Je frappai. Mais même si je finissais aveugle, je voulais quand même te voir aussi pitoyable que je l'avais été. La haine rejaillit sur ceux qui l'engendre. Alors je voulais ressentir le même plaisir que tu avais ressenti. Ton sang me repeignit la face. Je voulais être la cause de tes peurs, de tes cauchemars et de ton angoisse, comme tu avais été la cause des miennes. Et alors, je pourrais être la cause de ta mort.

-Je vais te saigner !

T'allais mourir parce que j'allais te tuer. Tu me supplias, ta main chercha misérablement à stopper mes poings. Tu manqueras à personnes. Le fracas de ta mâchoire fut encore plus fort, plus violent.

-T'es mort !

T'avais perdu Jean, t'allais crever ! Inerte. J'allais te crever, parce que c'était la moindre des choses, parce que tu méritais encore pire que la mort mais que je ne pouvais certainement pas t'accorder moins. Je méritais de me venger, j'en avais le droit ! Ton corps était inerte. Après tout ce que j'avais subi, après avoir perdu une si grande partie de moi, je méritais le droit de te dépesser à main nue ! Mais tu étais inerte sur le sol. Tu devais mourir, mais pas avant que je ne voie ton visage agonisant et paniqué. J'essuyai le sang qui avait coulé le long de ton cou. Mon pouce caressa ta pomme d'Adam si tentante. Tes yeux s'écarquillèrent de peur. Mes mains entourèrent fermement ton cou. Un misérable petit cri sortit de ta gorge alors que tu te mis à chialer. Mes mains étaient si rigides, si crispées, si immobiles et si serrées que j'aurais peut-être même pu te briser la nuque. Ton corps se mit à trembler. Tu agripas mon poignet avec force comme s'il te restait encore une chance de survivre. Plus je serrais, plus tu changeais de gueule. Tes yeux se retournaient jusqu'à devenir blancs, tes lèvres se teintaient de bleu alors que tu commençais à te noyer dans ta propre bave et ta propre morve. Mais ça n'était pas suffisant. Mon mollard vint directement heurter ta face qui se crispa davantage. Ton corps se mit à convulser alors que des bruits de glottes rythmaient tes vaines tentatives de respiration. Pourtant, l'air était si pur dans cette forêt, je respirais si bien moi. Mes muscles se détendaient au fil du temps accompagnés par la mélodie de tes ignobles gémissements de douleur crisants. Seul mes mains et mes bras restaient aussi dur que de la pierre. Ton visage larmoyant avait quelque chose de si fascinant, comme si je voyais enfin ce que tu avais tant contemplé en moi. Je ne savais pas si c'était des larmes de peur, d'agonie ou de souffrance, mais peu m'importait, elles faisaient monter en moi une grande complaisance. La vengeance et la haine qui m'avaient tant rongé semblaient finalement se transformer en satisfaction. Tes ongles s'enfoncèrent dans ma peau, arrachant l'épiderme de mes mains. Tu sais, c'était la première fois que je prenais du plaisir à te toucher, et dans quelques minutes, tu serais mort. Dans quelques minutes tu serais mort et ce sera la plus belle victoire de mon existence. Je pourrais enfin renaître. Je pourrais enfin te découper en deux pour récupérer tout ce que tu m'avais volé, je récupérerais enfin ma dignité, mon âme, mon courage, ma volonté et tout ce qui constituait un humain heureux. Quand tu seras mort, tout sera fini, toute cette histoire, toute cette cruauté, tous ces viols, tout ça s'envolera au loin et n'aura alors jamais existé, ma vie n'aura jamais été un cauchemard et je serais enf-

-Putain !

Mon corps se heurta violemment au sol. Le sang coulait autour de moi. Le sang coulait sur moi. Une vive douleur se propagea dans mon corps. Toi, l'immondice, l'être le plus abject et sordide qui existait, tu rampais. Ton cou était violet, tes lèvres bleues et tes yeux étaient teintés d'un rouge vif. Tu cherchais de l'air. Tes respirations à la résonance agonisante me foutaient les nerfs. Tu n'étais pas mort. Je voulus me jeter sur toi mais je fus bloqué dans mon élan. Tout ce sang était le mien. Quel enculé ! Mais si tu pensais que ça allait m'arrêter, t'étais encore plus con que ce que tu laissais croire. D'un coup sec, je retirai le bout de verre planté au dessus de mon coude. Je criai. J'étais à peine conscient mais dans ma vague perception, l'effroi se fit entendre :

-Je t'aime Eren.

Ton visage s'éclata contre l'arbre dans un fracas d'une violence sans pareil. Ton corps inerte et ton visage défiguré ne bougeaient plus. Je lâchai alors tes cheveux en fixant la trace de sang qui décorait le tronc sur lequel je venais de te fracasser la gueule. Je titubai vers l'arrière avant de m'écrouler au sol, soudainement vidé de toute mon énergie vitale.

-Putain…

Une douce brise vint doucement m'effleurer le visage. Ma main droite s'était naturellement plaquée contre mon bras gauche alors que je sentais quelques cheveux entremêlés à mes doigts. Les feuilles ondulaient au gré de la douce agitation du vent tout en transformant cette dernière en léger sifflement. Mais à part cela, tout était figé et silencieux. L'image qui se dessinait face à mes yeux me parut surréaliste. Le fond bucolique, qui se traduisait par de nombreuses nuances de vert, contrastait étrangement avec ce corps ensanglanté et taché de bleu dont la tête fusionnait avec un arbre. C'était étrangement beau, comme si la violence se mélangeait au calme de la nature pour ne faire qu'un. À droite de cet homme qui semblait mort se trouvait une petite butte de terre. Elle avait dû être témoin de tant de violence, la pauvre, elle qui était couverte de sang. Un petit chemin traversait l'image. Il était boueux, une flaque d'alcool s'étant mélangé à la terre, en plus d'être décorée d'éclaboussures d'un sombre rouge et d'important morceaux de verre. En remontant la flaque, on tombait alors sur ce qui restait du corps fracassé de la bouteille contre un petit rocher. Ça puait le whisky. Ma main se resserra sur mon bras qui semblait s'alourdir au fur et à mesure qu'il se contractait. Et à mes pieds, non loin de ce rocher, se trouvait un gros morceau de verre. Ce dernier était tellement ensanglanté que des gouttes en ruisselaient encore, jusqu'à former une petite mare de sang. Je me rendis alors compte des puissants spasmes de douleur que je ressentais, ce qui expliquait pourquoi mon bras bougeait de la sorte. Je sentis un épais filet de sang s'extorquer d'entre mes doigts. Ma main était recouverte d'un rouge qui virait au marron et semblait ne plus pouvoir retenir l'hémoglobine qui cherchait à s'évader de moi. Plus je la fixais, plus la douleur se faisait vive et lancinante, comme si mon bras, meurtri, continuait à se faire lacérer. Une larme de douleur roula le long de ma joue. De la terre s'incrustait dans la plaie alors que les cheveux s'y collaient au fur et à mesure que mon sang séchait. Ces cheveux, c'étaient ceux de Jean. Ce même Jean qui avait détruit ma vie, ce même Jean que j'avais tenté de tuer et étrangement, ce même Jean qui ne bougeait plus. Une sensation de brûlure m'accabla de douleur, me rappelant alors que le verre était sûrement induit de whisky avant de pénétrer mon bras. Jean avait l'air mort, il ressemblait à une simple carcasse dépourvue de vie, il restait là, figé contre cet arbre. Merde, qu'est-ce que j'avais fait ? Je venais de le buter ? Mon regard ne se détachait pas du corps immobile qui m'obnubilait. Qu'il crève ! Je ne le pleurerais pas. Mais moi, j'allais devenir quoi ? Une étrange douleur vint naître dans mes entrailles. Je venais de le tabasser à mort. On allait me prendre pour un dangereux psychopathe, un mec à renier de la société, un mec qui n'avait pas le droit d'être libre, un mec qu'on enfermait. Mon cœur s'arrêta un instant. Ce n'était pas une maison de redressement qui m'attendait. Avant qu'il ne reparte dans un rythme effréné, embarquant ma respiration avec lui. Merde, qu'est-ce que je devais faire ? Ma vie venait enfin de se relancer, je venais à peine de sortir de l'enfer, et je finirais en taule ? Jamais j'y survivrais, jamais. J'avais la sensation qu'on me martelait le crâne, aggravant mon supplice. Mais alors quoi ? J'avais si mal. Je ne savais pas comment on se débarrassait d'un corps moi, qu'est-ce que j'étais censé faire ? L'enterrer ? J'avais même pas une putain de pelle sous la main ! Et même, on allait forcément remonter jusqu'à moi. Mon corps tremblait, rendant ma main si instable que mes ongles s'enfonçaient parfois dans la chair ouverte qui lancinait mon corps. Le sac de course, les sucreries, la bouteille, le poulet, le curry, le cumin, le riz, la crème fraîche et tout le putain de cadavre étaient recouvert de mes empreintes. Je fixai le sol sans le voir, la terre, le sang, la sueur et les cheveux s'allient pour me bouffer le bras, cherchant à le faire pourrir. Qu'est-ce que je pouvais foutre ? On m'avait forcément vu quitter le supermarché et entrer dans la forêt. Qu'est-ce que j'avais fait pour mériter une telle souffrance ? J'eus soudainement l'envie de dégueuler. Qu'est-ce que je pouvais foutre à part passer le reste de ma vie enfermé ? Mon cœur n'était plus qu'un organe irrégulier noyé dans un dégoût nauséabond. On allait venir me chercher, on me demandera de fermer ma gueule, on me menottera, on m'enfermera dans une pièce sombre jusqu'à ce que j'avoue, on me traitera de monstre et on me laissera pourrir dans une cellule pour le reste de ma vie. Tout comme on laissait pourrir mon bras. Je pouvais entendre le son d'un sanglot en écoutant ma respiration alors que le boucan de ma cervelle était incessant. Le vent sifflait toujours entre les arbres. Voir les gens au travers d'une vitre teintée et le monde au travers de cartes postales ? Jamais j'y survivrais, jamais ! Autant crever tout de suite non ? Une sensation vertigineuse me fit tanguer de droite à gauche, amplifiant la douleur de mon crâne, la torture de ma chair et les crampes de mon ventre. De toute façon, personne n'allait me comprendre, personne n'allait me défendre, personne n'allait m'écouter, et même, personne n'allait me croire. J'avais tellement mal que m'entendre penser devenait complexe. Même assis, je n'arrivais pas à rester stable. La douleur était insupportable, je me penchai dans un spasme brusque, cherchant à calmer la souffrance qui contractait mon ventre, les maux qui fracassaient mon crâne et le supplice qui me dévorait le bras. Je sentis mon téléphone glisser de ma poche. Personne n'allait me comprendre, personne, et jamais je ne survivrais à la prison, jamais. Personne n'allait me… comprendre… Levi ! Un éclair de raison me remit les idées en place le temps que j'attrape mon portable, tremblant, pour l'allumer. Je tentai d'entrer le code pin une première fois de la main gauche, mais je tremblais tellement que l'appareil s'échappa de mes doigts. Je retirai brusquement ma main droite de mon bras, arrachant le sang sec qui y avait collé cette dernière, j'eus la sensation violente de me lacérer la peau. Mes larmes se multiplièrent, alors que je me mordais la lèvre, tentant d'oublier la torture que je ressentais. Je pus finalement reprendre mon téléphone et le déverrouiller. Malgré la douleur vive et mes tremblements incessants, je réussis à appeler Levi. Je priai pour qu'il réponde, je priai pour qu'il me sorte de là, je priai pour qu'il me s-

-Putain de merde, t'es où Eren ? Qu'est-ce que tu branles ?

Oh putain merci. Je tentai alors de calmer ma respiration, d'oublier la douleur, de stopper les larmes et l'angoisse qui m'accablaient.

-Eren ?

Je voulus prendre la parole, mais non, aucun mot ne sortit. Il fallait que je réfléchisse à une phrase, il fallait que je me calme, il fallait que je supporte la douleur, il fallait que j'arrête de chialer, il fallait que j'arrête de penser à une putain de cellule aux murs délabrés. Pourquoi rien n'était jamais simple ? Je finis par lâcher désespérément :

-Levi, je crois que je l'ai tué.

Le silence se fit, me faisant perdre espoir. Qu'est-ce qui m'avait pris ? Levi connaissait l'histoire, mais de là à l'embarquer dans une affaire de meurtre ? J'étais vraiment le pire des enculés, je méritais d-

-Est-ce que là, tout de suite, ta vie est en danger ?

Je sursautai. Je ne compris pas vraiment sa réaction, mais je compris qu'il allait m'aider. Un intense soulagement s'empara de moi, réussissant même à amoindrir le stress.

-N-nan.

Une petite respiration douce et apaisante se fit entendre.

-Alors respire, calme-toi et écoute bien ce que je vais te dire. Tu penses que tu peux faire ça Eren ?

Son ton était doux, chose aussi rare qu'agréable chez lui. Je tentai de me concentrer sur sa voix pour oublier le reste mais mon corps, tremblant, restait toujours aussi douloureux.

-Oui…

Il reprit alors d'un ton calme et sobre :

-Où est-ce que t'es blessé ?

Partout était sûrement la réponse la plus adéquat, mais pas celle qu'il attendait. Un simple coup d'oeil me donna l'impression d'aggraver la douleur que je ressentais. Comme si voir l'abjection de mon bras, recouvert de sang du coude jusqu'aux doigts rendait la blessure encore plus infectée de boue sanglante. Je réussis tout de même à répondre dans un tressaut de douleur :

-Au bras…

Il fallait que je reste concentré sur la voix de Levi est rien d'autre. Je tentai de calmer ma respiration, de la rendre moins irrégulière, plus stable.

-Quel bras, à quel niveau ?

Je pouvais sentir tout mon corps trembler. Je fixai ma main droite, encrassé de sang sec devenu marron. Si j'avais pressé la blessure de ma main droite, c'est donc à gauche que mon bras avait été transpercé.

-À gauche, au dessus du coude.

Mes mots sortirent plus facilement. Il fallait que je continue à l'écouter, c'était le seul qui pouvait me sortir de cette merde. Il fallait que je ne me concentre que sur lui. D'ailleurs, comment savait-il que j'étais blessé ?

-T'as perdu beaucoup de sang ?

Le sol, l'arbre, lui, mon t-shirt et tout mon corps étaient plus ou moins couverts de sang mais je ne pouvais dire quelle quantité venait de moi ou de lui qui était inerte contre un grand arbre repeint d'un sombre rouge. Ma respiration ne s'arrangeait pas, la migraine et les nausées non plus.

-Un peu, mais ça devrait aller, je vais pas crever moi…

Alors que lui, il était sûrement déjà mort. Je ne mourrai pas aujourd'hui car le destin me prévoyait clairement une fin dans une cellule moisie, car j'allais passer le reste de ma vie enfermé.

-Réponds-moi et ne pense pas au reste Eren. Tu te sens comment ?

Aucune panique n'effleurait sa voix. Il semblait se foutre complètement de ce que je lui disais. Les tremblements ne s'arrêtaient pas. Je venais de buter quelqu'un merde ! Je risquais de passer ma vie en taule, de l'embarquer comme complice, qu'est-ce qu'on en avait à foutre de mon bras ?

-Putain, je viens de te dire que j'ai tué quelqu'un, je m'en branle de mon bras, je veux juste pas finir ma vie en taule ! Dis-moi ce que je dois faire merde !

Je pus entendre sa langue claquer sur son palet, comme si j'étais entrain d'interférer avec son plan parfait alors que ses réactions étaient foireuses et aberrantes. J'avais peur, j'étais terrifié. Comment pouvait-il ne pas comprendre cela ?

-Ecoute-moi bien, respire et calme-toi. Si jamais tu perds trop de sang et que tu perds connaissance je ne pourrais pas du tout t'aider, donc la priorité c'est d'abord d'arrêter l'hémorragie. Fais-moi confiance je sais ce que je fais. Alors s'il-te-plaît, prends sur toi, réponds-moi et fais ce que je te dis.

Son ton était toujours aussi calme, alors que j'étais envahi par la panique. Je pris une grande respiration, cherchant à stabiliser mon corps. Il avait raison, puis dans tous les cas, il était mon seul espoir, lui gueuler dessus n'arrangerait rien. Mon crâne semblait petit à petit me laisser réfléchir.

-D'accord, désolé.

Attendez, comment ça il savait ce qu'il faisait ? Qui pouvait savoir comment réagir dans cette situation ?

-C'est pas grave, t'as un tissu propre sur toi, un t-shirt, un truc ?

Mes fringues n'étaient que boue et sang.

-Nan, j'ai rien.

Il reprit alors, sans une seconde d'hésitation :

-Ok, t'inquiète pas, mets ton tel en haut parleur, pose le sur le sol, essaye de lever ton bras le plus possible, de l'accouder si tu peux et presse la blessure avec ta main. Mets bien la blessure vers le haut. Si t'as l'impression que tu vas perdre connaissance tu me le dis.

Moi j'hésitai quelques secondes, sidéré. Ses réactions n'étaient pas foireuses, elles étaient professionnelles et précises. Je tentai de me concentrer sur les mouvements que j'avais à faire, oubliant la douleur, le stress et l'incompréhension.

-Si je m'accoude contre un arbre ça va ?

Je l'entendis acquiescer. Je commençais alors à me pousser vers l'arrière à l'aide de mes pieds. Je poussais de toutes mes forces, mes jambes tremblaient de façon pitoyable alors que je sentais mon corps souffrir sur tous les points. J'eus la sensation de pousser pendant une éternité avant d'atteindre l'arbre le plus proche, qui devait se trouver à moins d'un mètre. Je posais alors mon téléphone sur le sol, mis le haut parleur et commençai à lever mon bras meurtri.

-Tu m'entends toujours ? Me demanda-t-il.

Mes muscles se contractaient, craquelant le sang séché sur ma peau, déplaçant les saletés à l'intérieur de ma plaie qui se resserrait sur elle même, déversant de plus en plus de sang qui s'écoulait jusqu'au sol.

-O-oui…

Ça faisait un mal de chien. Mon corps tremblait tellement que je ne pus m'accouder sans que les écorces ne m'écorchent la peau. J'essuyai au mieux ma main droite sur la partie la moins ensanglantée de mon t-shirt, avant de presser la blessure. Ça brûlait cette merde.

-Comment tu te sens ?

Ma respiration s'était encore accélérée, mes efforts semblaient vains. Je regardai autour de moi. J'allais mal, j'étais au bord du vomissement, de la crise cardiaque, et les douleurs diverses de mon corps étaient si violentes que je ne pouvais chercher à calmer mes tremblements. Mais ma vision était claire et j'arrivais partiellement à réfléchir.

-Conscient, t'inquiète, dis-moi Levi, ça désinfecte le Jack da' ?

Étrangement, plus une seule goutte de sang ne semblait tomber au sol, ni même sortir de moi.

-Vraiment pas Eren, ne fais pas de conneries, fais juste ce que je te dis et tout ce passera bien.

Un léger gloussement m'échappa, il devait vraiment me prendre pour un abruti. Je voulus lui expliquer mais il fut plus rapide pour reprendre la parole, sûrement que mes divagations ne l'intéressait pas :

-Tu saignes moins ?

J'acquiesçai à peine qu'il continua :

-Ok, alors maintenant dis-moi précisément où t'es. Faut que je puisse te retrouver le plus rapidement possible, donc sois clair.

J'eus étrangement l'envie de rire lorsque je compris qu'il allait encore venir me sauver au même endroit. C'était assez pathétique d'ailleurs, comme si rien n'avait changé.

-Dans la forêt à côté du lycée, tu vois là où tu m'avais cueilli la dernière fois ? Bah je suis toujours là, exactement au même endroit.

Pour la première fois, il ne répondit pas. Une pause se fit sentir. Je ne pouvais dire combien de temps passa où seul le silence régnait. Mais je me sentis incroyablement seul. Peut-être que l'ironie de la situation était si pitoyable qu'il en avait perdu ses mots. Mais rien qu'à l'entente d'un souffle à l'autre bout du fil, je fus soulagé. Il n'allait pas m'abandonner.

-J'arrive, je serai là avec Hanji dans pas longtemps. Maintenant dis-moi de qui tu parles et qu'est-ce qui s'est passé ?

Il avait posé un genou à terre pour se mettre à ma hauteur, les yeux brillants d'un éclat magnifique de bleu. Cette couleur dans son regard était une traduction de ses émotions, mais je n'arrivais pas à savoir lesquelles, je n'en avais pas la force. C'était sûrement de la pitié pour ce qu'il fixait. Je sentis la douce peau de sa main venir caresser mon front avant de descendre le long de mes tempes pour se poser contre ma joue. Je penchai instinctivement ma tête vers cette main. Je me sentis bien, confortable et rassuré par ce contact particulier. Je n'en pouvais plus, j'étais épuisé et malgré la nausée et les tremblements, j'aurais simplement pu m'endormir contre cette douceur, contre lui.

-Eren ? Tu m'entends ?

Sa voix réussit à détendre tous mes muscles un à un.

-Je suis désolé de t'embarquer là-dedans, mais merci d'être venu, vraiment. Dis-je les yeux mi-clos, alors qu'une intense fatigue s'était emparée de moi.

Le sommeil était pour moi un tendre et important bonheur participant à mon bien-être. Dormir, c'était se perdre dans la douceur et le confort de mes songes, pendant que mon corps se permettait à un apaisement infini. J'aurais aimé être assez bien ce soir-là pour m'endormir contre sa main. Je sentais cette dernière quitter doucement mon visage et m'attraper le poignet. Je ne comprenais pas vraiment l'intérêt de ses caresses mais elles étaient si douce que je m'en foutais.

-Tu sais, repris-je sans réelle raison, il m'a planté le bras avec un bout de verre de la bouteille de Jack, c'est pour ça que je t'ai demandé si ça désinfectait je suis pas débile hein, je m'en suis pas versé dessus.

Ses doigts remontèrent le long de mon bras qu'il vint soutenir de son autre main. Il effleurait ma peau, la caressait tendrement, autour de ma chair ouverte et remplie de saletées.

-En fait, j'étais parti faire les courses de base, je te l'ai dit non ? Bah j'avais acheté du Jack, vu que tu l'as fini hier, je me suis dit que ça serait sympa.

Sa main fut un peu plus ferme sur mon bras, alors que ses yeux me quittèrent pour se poser sur une sacoche rouge dans laquelle il semblait chercher quelque chose.

-Tu sais, je suis désolé de pas être venu à ton cours, je m'en branle des maths, mais bon, tu devais être déçu, j'ai écrit une réponse à ta lettre d'ailleurs, ça devrait être marrant à lire… je me suis fait emmerder par un p'tit con vers midi, je l'ai éclaté et je me suis fait passer pour une victime avec le directeur, c'était vr-

-Ne bouge pas s'il-te-plaît.

Je sentis mes sourcils se froncer, il stoppait ses belles caresses avant de me couper la parole ? S'il continuait comme ça, j'allais beaucoup moins l'aimer. Il reprit la parole, puisque de toute façon elle semblait lui revenir de droit :

-Désolé, je n'ai rien que tu puisses mordre.

-Je comprends p- AH PUTAIN !

Ma chair se mit à brûler. Je me débattis mais une main me broyait le bras pour le maintenir. Cet enfoiré me versait de l'acide citrique directement dans ma putain de plaie calcinée.

-Fils de pute !

Le liquide s'arrêta de couler mais il s'imprégnait toujours dans mon corps faisant bouillir mon sang. Je ne pouvais pas bouger, cet enfoiré bloquait mes mouvements.

-C'est vrai, mais arrête de bouger, je peux pas te soigner là.

La douleur était vive mais de moins en moins violente, et avant que je ne lui réponde d'aller se faire foutre, je le vis sortir une compresse et un bandage. À ses pieds se trouvait un flacon d'alcool de soin vide. Je cherchais à stabiliser mon bras malgré le liquide qui continuait à violenter ma chair. J'inspirais, ça faisait putain de mal.

-T'aurais pu me prévenir.

Il haussa les épaules avant d'appliquer la compresse et de commencer à panser ma plaie.

-Je voulais pas que t'appréhendes, même si j'ai eu peur que tu te bouffes la langue.

Je levai les yeux au ciel pendant qu'il finit le bandage. Il passa une douce main dans mes cheveux avant de reprendre la parole :

-Hanji s'occupera de toi après, t'inquiète pas elle arrive. Il faut juste que j'aille vérifier l'état de l'autre enfoiré, ne bouge pas surtout.

Je n'eus ni le temps de lui répondre ni le temps de laisser ma peur et mon angoisse remonter qu'il me tournait déjà le dos, proche du corps immobile. Il se pencha vers lui, attrapa son poignet d'une main et rapprocha une oreille de sa tête, comme s'il avait fait ça toute sa vie. Je ne pouvais pas voir l'expression de Levi. Le temps s'arrêta, je savais que la prochaine phrase qui allait être prononcé entre ces arbres allait être décisive. Il lâcha son poignet, se recula légèrement et commença à regarder son crâne.

-Il est en vie.

Tout mon corps se relâcha alors que ma tête tomba vers l'arrière. À travers la cime des arbres, je pouvais voir le ciel bleu et vaste. J'étais sauvé.

-Allô Hanji, il est vivant. Son crâne est touché, il a perdu connaissance mais je pense que c'est juste une commotion, sa température est correcte. Il a le nez éclaté, les arcades et une lèvre ouverte, la mâchoire cassée et une épaule déboitée. Son pouls est stable mais sa respiration est faible. Je te laisse cinq minutes pour te ramener.

À l'entente de ces mots, je me redressai, ébahi par ce que je venais d'entendre. Le ciel était magnifique à observer, mais j'étais sûr de ne pas l'avoir fixé plus de quelques secondes. Il pensait que c'était une commotion ? Combien de fois avait-il vu un crâne fracturé pour en déduire ça ? Ses questions avaient été précises, ses indications efficaces, il ne semblait pas perturbé par la situation, il savait comment réagir, et il pouvait faire un bilan aussi rapidement. Mes lèvres ne se touchaient plus. Il savait vraiment ce qu'il faisait. Parce que c'était clairement pas la première fois qu'il se retrouvait dans ce genre de situation. Il se retourna vers moi, l'air un peu hésitant.

-Tu veux une clope ?

Je me contentai d'hocher la tête, ne sachant quelle question lui poser en premier. Il se rapprocha, sortit son paquet de clopes et m'en tendit une que je vins coincer entre mes lèvres, qui eurent du mal à se rapprocher l'une de l'autre. Il l'alluma.

-Ça va aller ? Me demanda-t-il avec un certain malaise.

La première bouffée de nicotine fut si forte et plaisante que je crus entendre mon corps me remercier.

-Merci Levi, je suis pas sûr de comprendre ce qu'il se passe mais merci.

Il s'assit à mes côtés, ne prêtant même pas attention à la boue qui jonchait le sol. Et on resta là, silencieux dans la fumée pendant quelques minutes. Il finit par briser le silence :

-C'est normal d'être confus, mais tout le monde aurait pété un câble après ce que t'as vécu, faut pas que tu te diabolises Eren, t'as rien d'un meurtrier crois-moi.

Ma clope arrivait vers sa fin, je ne compris pas ses mots tout de suite.

-C'est pas ça qui me rend conf-

Une voix résonna dans un cri aigu :

-Bordel Levi, tu pourrais arrêter de te toucher la queue steuplé ? T'aurais au moins pu commencer à le déplacer sans moi.

Hanji lâcha le brancard qu'elle traînait et se précipita vers le corps, apparemment vivant, qu'elle observa une fraction de seconde avant d'attraper sa tête, de la redresser, de l'aligner avec sa colonne vertébrale et de lui foutre une espèce de minerve jaune dégueulasse autour du cou. Levi se contenta de grogner avant d'écraser sa clope contre le tronc et de la balancer derrière lui en se levant.

-Ta gueule.

Et alors, dans une incompréhension montante qui commençait à frôler l'absurdité, se dessina devant moi un spectacle improbable. Les deux firent machinalement rouler ce corps afin de l'allonger correctement sur le sol. Hanji, qui semblait s'occuper de la partie haute de cette carcasse avait soigneusement déposé la tête en dernier. Ils ne se regardèrent même pas avant de le soulever et de le déplacer jusqu'au brancard sur lequel Levi l'attachait pendant que Hanji semblait vérifier son état. C'était un médecin illégal. Je venais à peine de me rappeler de ça. Levi devait sûrement avoir l'habitude de l'aider. Mais pas une seule fois ils avaient eu besoin de se parler, ni même de se voir, et pas une seule fois leurs mouvements s'étaient désynchronisés. C'était clairement pas la première fois qu'ils se retrouvaient dans cette situation. Aujourd'hui, j'emménageais chez Levi, mais je n'avais aucune idée de qui il était.

POV Levi.

Eren n'avait pas prononcé un mot depuis le début du trajet, il se contentait de rester immobile en fixant la fenêtre. Ses orbes vertes aussi étaient immobiles, il ne regardait pas le paysage, la laideur de la ville ou les gens au travers de la vitre, nan, il se contentait de fixer la fenêtre en elle-même. Les humains sont absurdes face à l'extrême, et j'étais bien placé pour savoir que leurs réactions l'étaient aussi. Un jour, un gars avec qui je bossais était parti dans un fou rire incontrôlable quand on avait retrouvé sa femme gisant dans une marre de sang. Mais forcé d'admettre que je ne considérais pas Eren comme un simple gars. Je m'inquiétais pour lui. Alors ouais, se taire vous paraît sûrement plus logique qu'éclater de rire, mais pas comme ça. Il ne semblait pas avoir peur, il ne semblait pas stressé, il ne semblait pas en colère, il ne semblait même pas écoeuré de voir qu'on allait soigner la pourriture qui avait détruit sa vie. Il semblait juste réfléchir. Éclater de rire permet au moins de relâcher quelque chose, d'extérioriser une émotion, mais réfléchir n'avait rien d'émotionnel, rien de spontané. Je fixais la route, cherchant les bons mots à prononcer pour obtenir une quelconque réponse de sa part. Je vis le feu passer au rouge, m'offrant une chance de trouver un truc à dire. Eren aussi était dénué de tact, peut-être que je devrais arrêter de chercher mes mots, et simplement lui demander à quoi il pensait. J'acceptais de partagé mon appart avec lui, pour notre survie commune, je devrais arrêter d'agir comme un hypocrite. J'étais quelqu'un de brut et de sincère. J'arrêtai la caisse, tournai la tête vers lui et demandai :

-Tu pens-

-T'as déjà tué quelqu'un Levi ?

Un blanc s'installa. Il avait cessé de fixer la vitre pour poser son regard sur moi. Ce gosse dont les yeux m'apparaissaient normalement comme un livre ouvert me sembla soudainement incompréhensible. Je me tus quelques secondes. Je ne savais pas pourquoi il me demandait ça, mais il n'avait pas à penser au meurtre. Je savais bien que je paraissais suspect, que j'avais pas la gueule d'un mec qui se retrouve dans cette merde pour la première fois, mais après le traumatisme qu'il venait de vivre, il était impossible qu'il se fasse la réflexion. Ses perles d'émeraude restaient accrochées à moi avec insistance. Ma sincérité avait ses limites. Puis pour ce genre de choses, je préparais toujours "la vérité" au préalable avec Hanji. Je continuai à soutenir son regard, cherchant à le comprendre, avant qu'une évidence jaillisse dans ma cervelle. Il devait être terrifié par ce qu'il avait fait. Le feu passa au vert, je le lâchai des yeux pour regarder la route avant de démarrer.

-Tu n'as tué personne Eren, c'est normal d'avoir craqué, n'importe qui aurait fait pareil, alors s'il-te-plaît ne pense pas à ça. Je comprends que tu te sentes terrifié, tu dois avoir peur d'être dangereux, mais ce n'est pas le cas, tu n'es pas un meurtrier, donc n'y pense plus.

Il commençait à faire nuit.

-Ce n'est pas ce que je t'ai demandé.

Sa voix était remplit de dépit, comme s'il cherchait clairement à me faire comprendre que j'étais à côté de la plaque. Et vu son ton, c'était le cas. Il soupirai avant de reprendre :

-J'ai peur de finir en taule, mais j'ai certainement pas peur de moi. Si je l'avais buté, bah tant mieux, il mérite de crever, ça serait pas la première fois que je bute un enfoiré de toute façon.

Mon cœur rata un battement, faisant sursauter mon corps. Qu'est-ce qu'il avait dit ? Je l'entendis souffler doucement du nez.

-T'étais pas là pendant l'incendie du domaine des Ackermans hein ?

Tous ces mots me semblaient incohérents. Comment un ado de 15 ans, scolarisé et vivant dans un milieu riche pouvait déjà avoir buté quelqu'un ? Et c'était quoi le putain de rapport avec cette famille de cafards dont je partageais le sang ?

-J'avais fait scandale à l'époque, un gamin de 10 piges qui bute les responsables, c'est assez sensationnel nan ? Mais bon, j'étais déjà un p'tit con obstiné, j'allais pas les laisser toucher à ma meilleure amie. Et je n'ai jamais eu peur de moi, les autres oui, mais moi j'étais fier. J'ai débarrassé ce monde de personnes qui ne méritaient pas de vivre, et j'ai protégé ma sœur. En quoi buter ce genre de gens me ferait culpabiliser d'être un meurtrier ?

Wow... Je ne réagis pas, prenant lentement conscience de ce qu'il venait de me dire. Je continuais à regarder devant moi. La rue étroite en sens unique, éclairée par mes phares, était vide. Il n'était pas tard, pourtant on était la seule voiture dans cette rue. Moi, la première fois que j'avais tué quelqu'un j'avais 12 ans, et je ne le regrettais pas non plus. Je fixai la route, il ne fallait pas que j'oublie de tourner à droite. Eren était imprévisible, je le savais déjà, mais je n'avais jamais compris à quel point. Pourquoi il me plaisait ce gosse ? C'était la seule personne que j'appréciais en dehors du bataillon, il était pas censé être plus normal que les autres ? Finalement, c'était peut-être ça que j'aimais.

-Donc non, continua-t-il, je ne te demande pas ça par rapport à moi. Je suis pas terrifié, mais juste complètement paumé. Tu m'as donné des instructions beaucoup trop précises, et tu n'as pas du tout réagi en voyant Jean, comme si t'avais l'habitude de voir des mecs tabassés à moitié mort tous les jours, pareil pour ton espèce de diagnostique, ça t'a même pas pris 30 secondes. C'est clair que c'est pas la première fois que tu fais ce genre de choses, alors je me dis que… que la mort bah... c'était peut-être commun pour toi.

Merde, il me restait une vingtaine de mètres avant la prochaine intersection, il fallait que je prenne à gauche, que je traverse ensuite l'allée éclairée par quatres lampadaires alignés, que je poursuive sur 300 mètres avant de pouvoir emprunter la ruelle jusqu'à chez Hanji. Il fallait que je tienne encore quelques minutes, juste quelques minutes avant d'avoir le droit d'inventer un mensonge. Je n'avais pas vraiment d'autres choix que de me taire et d'attendre. Je l'entendis soupirer à nouveau, sûrement frustré par mon silence. Ses réactions et sa façon de penser n'avaient rien de banal, sur le coup, ça me faisait plus chier qu'autre chose, mais fallait bien me l'avouer, c'était ça que j'aimais. J'avais quitté le bataillon pour avoir une vie plus stable, mais la banalité m'emmerdait, alors forcément, fallait que je m'attache à la seule personne qui pouvait m'apporter du danger. J'étais vraiment malsain comme mec.

-J'imagine que j'aurai pas de réponse… c'est pas grave, j'aurais pas dû poser la question.

Un grand soulagement s'empara de moi alors que le trajet était de moins en moins long. Désolé Eren, il y a certaines choses sur lesquelles je ne serai jamais sincère.

On arrivait finalement chez Hanji, je garai la voiture en silence avant de me tourner vers lui pour prononcer ma première phrase depuis de longues minutes :

-On est arrivé.

Son regard se replongea dans le mien, il semblait presque surpris de m'entendre.

-J'avais remarqué, me répondit-il simplement en ouvrant la portière.

Son ton me vola un soupir, il fallait absolument que je trouve une justification avec Hanji, sinon, le connaissant, il allait m'harceler sans relâche. Je sortis à mon tour de ma bagnole, claquai la portière et me dirigeai vers la maison en face. La camionnette blanche était déjà là, Hanji devait sûrement être en train de s'occuper de Jean. Elle en avait pas marre de soigner des connards par dizaines ? Moi inclus d'ailleurs. J'allai insérer les clefs dans la serrure quand je sentis une main s'agripper à mon poignet. Je me retournai, surpris par son geste soudain.

-Je suis désolé Levi.

Ses grands yeux verts semblaient briller dans le noir.

-Je n'aurais pas dû te demander ça comme ça. Tu viens de me sauver la vie, encore, et moi limite je t'agresse, je suis vraiment désolé. Je te remercie sincèrement pour ce que tu fais et tout ce que t'as déjà fait pour moi, je sais que je peux compter sur toi et je te fais confiance. Je suis un peu paumé là, mais je voulais pas te foutre mal à l'aise, promis j'arrête de poser des questions ce soir, c'est déjà assez bizarre je comprends mais…

Sa main était moite alors qu'il tremblait légèrement. C'était une véritable perle ce gosse, il me regardait avec une telle sincérité, un espoir dans la voix.

-Je travaille souvent avec Hanji, alors oui j'ai l'habitude de voir des gens en mauvais état, mais je préfère ne pas en parler, c'est elle la principale concernée et je voudrais pas te rendre complice de ses activités.

Mentir, c'était avant tout dévoiler une vérité partielle et contourner le reste. Il me répondit par un immense sourire, ne se rendant sûrement pas compte que je n'avais pas du tout répondu à sa question de base. Je me retournai et ouvrit la porte, ne supportant pas la satisfaction de son regard. J'espérai qu'il ne me poserait pas beaucoup de questions à l'avenir, moins je mentais, mieux je me portais.

-Merci Levi.

J'étais vraiment un enfoiré. Je lui tins la porte, le laissai entrer et me dirigeai vers les escaliers en lui faisant signe de me suivre, même s'il devait sûrement se souvenir de cet endroit. Je commençai à peine à descendre qu'Hanji me gueula dessus :

-Tu feras les courses pour moi demain mon p'tit Lili !

Je levai les yeux au ciel, je détestais faire les courses. On arrivait au sous-sol, elle était seule en train de retirer des gants chirurgicaux avant de se masser doucement l'épaule. Je jetai un coup d'oeil à Eren qui semblait perdu.

-Il est où ? Demanda-t-il avec une certaine méfiance.

Hanji rigola tendrement.

-Dans la pièce à côté, je l'ai mis sous assistance respiratoire, me regarde pas comme ça mon p'tit, mon boulot c'est de le remettre sur pattes t'inquiète pas.

Je passai une main dans son dos, le caressant doucement, ce qui décontracta son corps. En me rapprochant de lui, je chuchotai :

-Ça va aller Eren, on s'occupe de tout, je te promets que tu n'auras aucune conséquence.

Il me sourit doucement en hochant la tête. Ce sourire-là, j'étais en droit de l'accepter, car c'était une véritable promesse que je pouvais tenir. La sincérité m'allait bien, mais elle n'allait pas durer ce soir.

-Allez viens t'asseoir le jeunot, dit-elle, toi je te soigne et pouf, dès ce soir tu pourras retrouver ta vie normale et gambader où bon te plaira.

Il ne broncha pas et alla s'asseoir sur ce matelas qui commençait sérieusement à se faire vieux. Elle commença alors à préparer son matos pour une anésthésie, moi, je me contentai de m'adosser contre le mur.

-Dis moi, reprit-elle, ça serait possible que tu dormes chez Lili ce soir ? Histoire que vous trouviez un excuse pour ta blessure, comme ça moi de mon côté je peaufine un beau scénario pour Jean. Je t'avoue que c'est un peu complexe à mettre en place, j'hésite encore entre un trafic qui tourne mal ou que des mecs l'on trouvé tellement moche qu'ils l'ont tabassé, tu vois le prob-

-Il vit chez moi.

Elle se stoppa net, ses yeux s'écarquillèrent pendant que ses cuisses se resserèrent entres elles, son corps fut pris d'un tressaut alors qu'elle se mordit les lèvres en laissant tomber sa tête vers l'arrière. Je ne voulais pas savoir ce qu'il se passait dans son froc, mais elle venait clairement d'avoir l'équivalent d'un orgasme. C'était pas avec cette dégénérée qu'Eren allait se sentir plus à l'aise, déjà qu'il était suspicieux de nos activités, il allait juste se demander pourquoi je travaillais "pour" une psychopathe.

-Oh bordel, c'est magnifique, laissa-t-elle échapper dans un soupir d'extase.

Elle se redressa et attrapa les main d'Eren en s'exclamant :

-Merci ! Tu vas faire le travail de sociabilisation de Levi à ma place ! Quel pied ! Je vais pouvoir suivre cette expérience sans y mettre tant d'efforts, c'est tellement excitant.

Je ne compris pas tout de suite ce qu'elle essayait de faire. Pourquoi cette conne balançait quelque chose d'aussi intime ? Mon manque d'aise sociable était évident mais de là à dire qu'elle considérait ça comme son travail, c'était beaucoup trop personnel. Eren ne bougeait pas, il restait statique à fixer cette tarée en pleine transe.

-Oh oui, pardon, dit-elle en le lâchant, j'allais oublier l'anesthésie, tu peux enlever ton t-shirt tout seul ?

Je m'approchai d'eux pour m'assurer qu'elle ne rate pas son "bloc du plexus brachial par voie axillaire", putain elle me faisait chier quand elle se la pétait avec ses noms scientifiques. N'empêche qu'un jour elle m'avait claqué une veine avec cette connerie.

-Qu'est-ce que je suis censé t'acheter ? Lui demandai-je.

Eren avait enlevé son haut, ce qui permettait à Hanji de nettoyer l'endroit qu'elle allait piquer. Étrangement elle ne fit aucune remarque ambiguë sur les légères marques que j'avais laissé sur son corps, peut-être qu'elle était vraiment concentrée. Lorsqu'elle inséra l'aiguille, il détourna les yeux. Il était vraiment adorable ce gosse.

-Du matos, de la bouffe et un ou deux cols roulés pour Jean, finit-elle par me répondre avec un ton nonchalant.

Je fronçai les sourcils.

-Tu me demandes vraiment de faire les emplettes pour un violeur ?

Elle retira l'aiguille avant de donner des petites pichenettes sur le bras d'Eren qui semblait complètement paumé. Elle fit simplement la moue avant de se retourner vers moi.

-T'avais raison, son crâne n'est pas fendu, c'est rien de grave. L'épaule je l'ai déjà remise en place, lui recoudre les arcades et toutes sa p'tite gueule c'est pas un souci, et avec un peu de matos, je lui offre même une petite rhinoplastie. Je suis doué hein ? Il aura l'air de sortir de l'hôpital, mais bon, avec deux ou trois appels je peux créer un faux semblant de vérité, je prélèverai une grosse somme sur la carte de son daron puis je rembourserais via sa carte vitale et sa mutuelle, ça va me coûter un peu cher, mes contacts sont radins, mais t'inquiète j'ai toujours du rab sur mon livret "au cas où Levi se met dans la merde", je piquerais dedans. Ensuite, on obligera Jean à s'en tenir à la version que j'aurais écrite, ne t'inquiète pas, je resterai dans le réalisme cette fois. Et il faudra qu'elle ne soit pas très grave, genre Jean bourré qui a cherché la merde mais qui s'est fait marcher dessus, mais tu sais ce qui n'est pas crédible dans ce genre d'affaire ? L'énorme trace d'étranglement violette autour de son cou qui ne partira pas tout de suite, crois-moi. Alors il lui faut des cols roulés, et une écharpe en prime tiens. Je te passerai du liquide pour ça tout à l'heure.

Elle se retourna vers Eren qui semblait encore plus paumé qu'avant. Mais quelle conne elle pouvait faire, elle l'effrayait juste davantage et elle se permettait encore de balancer un truc aussi intime que son livret qui m'était dédié, elle jouait à quoi ? Eren fit un petit geste vers l'arrière lorsqu'elle tenta de reprendre son bras. Elle le fixa un instant avant de reprendre d'une douce voix rassurante et posée :

-Oh pardon, je n'aurais pas dû parler de son cou, tu dois te sentir mal, mais tu n'as pas à t'en vouloir, à ta place je serais allé jusqu'au bout tu sais.

Je me pinçai l'arrête du nez. Heureusement que ce n'était pas ça qui l'inquiétait, elle était carrément plus flippante que rassurante.

-Je pense surtout qu'il flippe, à t'entendre parler de contacts et de plan, il doit te prendre pour une mafieuse ou quelque chose du genre.

Elle se retourna à nouveau, complètement dos à Eren. Faites qu'elle mente à ma place, elle était tellement meilleure que moi pour ça. Elle me répondit par un immense sourire et un clin d'oeil, qui n'étaient pas vraiment nécessaire d'ailleurs.

-Oh je vois, le pauvre doit penser qu'il va vivre chez quelqu'un de dangereux lié à de tristes affaires.

Encore une fois, elle se retourna pour attraper son bras. Il se laissa étrangement faire cette fois-ci comme s'il était beaucoup trop intéressé par ce qu'Hanji allait dire. Cette dernière lui remit des pichenettes en souriant avant d'enlever son bandage et de sortir une aiguille et du fil.

-Il ne faut pas que tu t'inquiète Eren, comme tu l'as sûrement compris, je suis absolument pas légale comme médecin, et je risque d'avoir quelques problèmes un de ces jours, mais Levi, c'est juste mon meilleur ami, il m'aide dans mes conneries et je lui en suis reconnaissante, mais c'est pas lui qui se retrouve face à des gens peu fréquentable, il m'aide juste pour le transport et les courses, tu n'as aucun soucis à te faire. Le mieux, c'est même de ne pas vraiment en parler, comme ça si un jour j'ai des problèmes, ni Levi ni toi n'y seront mêlé, tu comprends ?

Je baissai la tête, ce n'était plus de la vérité partielle à ce niveau là, c'était juste du mytho. Moi qui ne serai jamais confronté à des gens "peu fréquentables" ? Je venais d'apprendre que j'étais menacé de mort putain. Mais bon, jamais ces mecs ne pourraient s'approcher des chez moi, l'entrée de l'immeuble était surveiller par Erwin. Et même, j'avais juste à m'occuper d'eux le plus rapidement possible pour m'approcher de cette vérité factice. Je n'était pas un danger pour Eren, c'était certain. Elle reprit :

-Et si jamais tu te demandes pourquoi je le paye pas, c'est juste parce que ça rembourse toutes les fois où j'ai dû le soigner.

Je sentis mes sourcils se froncer, ça par contre, c'était un peu trop vrai à mon goût. Hanji était loin d'être conne, alors pourquoi elle balançait autant de détails aussi personnels ? Est-ce qu'elle nourrissait intentionnellement la curiosité d'Eren ? Elle finit de recoudre sa plaie en sifflotant avant de se lever en souriant de manière innocente. C'était quoi son but exactement ? Elle reprit une nouvelle fois la parole en m'ignorant complètement :

-À part ça Eren, t'aurais pas une idée du code du téléphone de Jean ? Mon plan serait plus simple si son père pouvait recevoir un ou deux messages de son fils.

Il baissa la tête, je pouvais voir d'ici son cerveau bouillonner, en pleine réflexion intense pour aider cette tarée à peaufiner son plan. Il était vraiment beau quand il laissait ses pensées ressortir, on pouvait voir absolument tout sur son visage dans ces moments-là, comme s'il s'oubliait. Mais d'un coup, ses traits se tirèrent vers le bas, alors même qu'il levait la tête.

-T'as essayé mon prénom ?

Un gros blanc nous prit de cours. L'horreur de ce qu'il venait de dire mit un certains temps avant de résonner dans mon crâne avec compréhension. Je fixai Hanji, le téléphone à la main, qui baissa les yeux avant de répondre dans un quasi murmure :

-Ça marche...

Il avait intérêt à s'en tenir au plan d'Hanji et à plus jamais me croiser cet enculé. Parce que si je le revoyais un jour s'approcher d'Eren, je le crèverai sans hésiter.


Et oui, ce chapitre était fort en émotions n'est-ce pas ? Si tu l'as aimé, laisse une review ^^

Au fait, ça fait quoi d'attendre un an pour ne même pas avoir une scène de cul ?