DISCLAIMER : Cette fiction est une traduction de A Shot in the Dark par Silver_pup disponible en anglais sur ffn et sur ao3

Cette traduction est aussi disponible sur AO3.

Je ne possède ni cette histoire ni l'oeuvre originale du hobbit, seulement la traduction en français du texte


Thorin n'était pas un nain romantique.

Malgré sa passion et ses émotions intenses, il n'était pas vraiment intéressé par les affaires du cœur. Oh, il aimait profondément et pouvait tuer pour protéger ceux qu'il aimait, mais c'était un amour différent. Il aimait sa famille ses amis et son peuple. Il aimait son héritage et son pays natal et son créateur. Il n'avait jamais été intéressé par l'amour venant d'un Unique ; l'amour venant d'un lien avec un compagnon. Ca ne l'attirait pas du tout, et il se sentait déjà béni niveau amour.

Frerin était le romantique parmi eux. Il était celui qui passait son temps à rêver et à écrire des poèmes sur une rencontre avec son Unique. Quand ils étaient enfants, il voulait toujours écouter des histoires d'amour plutôt que des récits de guerre. En grandissant, il était celui qui avait passé des heures à tenter de dessiner la perle parfaite pour sa future âme sœur. Cela lui avait pris des années pour dessiner quelque chose qui lui convenait. Thorin avait gardé le dessin. Il était froissé et effacé et sans aucune valeur, mais à chaque fois qu'il essayait de le jeter, il se souvenait des yeux brillants de Frerin lorsqu'il lui avait montré, et il se retrouvait incapable de le faire.

Si Frerin était le soleil et Dis la lune, alors Thorin savait qu'il était le ciel. Il était celui qui les protégeait et les montrait au monde. Il était vaste et puissant mais pâle à côté d'eux. C'était bien ; Thorin aimait être en arrière-plan. Son frère et sa sœur étaient glorieux alors pourquoi est-ce qu'ils n'attireraient pas l'attention ? Leur amour était assez pour lui – son soleil et sa lune – et il n'avait jamais pensé demander plus. Si sa famille l'aimait alors que demander de plus ?

Et puis Frerin était mort.

Thorin pensait avoir connu le chagrin lorsqu'ils avaient perdu Erebor, mais ce n'était rien comparé à la perte de son frère. C'était comme si une partie de lui était morte avec Frerin, et il savait qu'il ne serait plus jamais le même. Dis avait autant changé que lui ; sa lune froide l'était devenue encore plus. Même leur relation était devenue tendue sans Frerin pour tout illuminer. Ils étaient si proches tous les trois que lorsqu'un morceau était coupé, ils s'effondraient.

Les choses s'étaient améliorées lorsque sa sœur avait rencontré Vilin. Le nain était de basse naissance – un potier, de tous les métiers – mais il aimait Dis férocement. Sa sœur, en retour, lui donnait des sourires qu'elle réservait autrefois à Frerin. Thorin n'avait pas pu refuser quelque chose d'aussi précieux à sa sœur et avait donné sa bénédiction. Quand sa sœur était tombée enceinte quelques années plus tard, il avait accepté la nouvelle avec joie mais n'y avait pas vraiment pensé. Il était heureux de devenir oncle et de voir sa lignée perpétuée, mais il n'avait pas pensé à ce que l'enfant de sa sœur allait être pour lui.

C'était pourquoi il n'avait pas du tout été préparé aux émotions qui l'avaient submergé à la naissance de Fili.

Était-il possible d'aimer quelqu'un sans le connaître ? Thorin ne l'avait jamais pensé jusqu'au jour où il avait tenu son neveu. Il avait regardé ce petit visage rouge et fripé et avait sentit son cœur se remplir d'amour. Il n'avait pas eut envie de reposer son neveu ; voulant le tenir et le regarder et le protéger de tous les dangers du monde. Il voulait lui apprendre à tenir une épée, à lire leur langue maternelle, et lui donner des bonbons quand Dis ne regardait pas. Quand Kili était arrivé quelques années plus tard, il avait ressentit le même amour et besoin féroce de le protéger. Ses neveux avaient remplis le vide laissé par la mort de Frerin. Ils étaient devenus son soleil et les seuls pouvant le faire rire et sourire à nouveau. Pour la première fois depuis la mort de son frère, Thorin s'était sentit à nouveau entier.

Jusqu'à sa rencontre avec Bilbo Baggins.

Ca n'avait pas été l'amour au premier regard. En fait, il avait d'abord trouvé le hobbit étrange et avait été méfiant. Il était aussi agaçant lorsqu'il questionnait toutes les paroles de Thorin sans aucune peur. Mais le hobbit pouvait s'occuper de lui et ne geignait jamais, alors il ne pouvait pas se plaindre. Il n'avait pas vraiment fait attention au cambrioleur jusqu'à l'incident avec les trolls où il avait déclaré être prêt à mourir pour que Fili ne soit pas mis en danger.

Ca avait été… intéressant.

Ca ne l'avait pas vraiment fait apprécié le hobbit, mais Thorin pouvait respecter quelqu'un qui protégeait ses neveux. Il ne savait pas pourquoi le petit cambrioleur le faisait, mais il n'allait pas questionner ses intentions. Tant qu'il ne revenait pas sur sa parole, pourquoi Thorin s'occuperait du hobbit ? Il n'avait pas beaucoup pensé à Baggins même s'il avait apprécié qu'il sauve Fili (encore) des mains d'Azog. Il était prêt à rembourser sa dette, et n'avait pas pu comprendre pourquoi le hobbit résistait à son offre.

Mais tout avait changé lorsque Baggins l'avait frappé dans la rivière.

Le hobbit était furieux, tellement blessé par ses mots que Thorin avait été obligé de se sentir coupable. Il savait qu'il n'était pas le plus agréable des nains, mais il n'aimait pas blesser quelqu'un qui ne lui avait rien fait. Le cambrioleur avait accepté ses excuses mais avait fait promettre à Thorin de ne pas chercher à se venger contre Thranduil. Se sentant honteux et coupable, il avait accepté. Il avait même autorisé le cambrioleur – Bilbo – à l'appeler par son prénom.

Après ça, Thorin avait commencé à observer Bilbo. Il avait observé le hobbit qui semblait n'être jamais perturbé par ce qu'ils rencontraient, et ne perdait jamais son calme même lorsqu'il était en colère. Il avait regardé Bilbo s'inquiéter pour les autres à un degré alarmant, et sa manière de se mettre en danger pour eux. Il avait regardé le cambrioleur poser des questions aux autres, et sa manière de les écouter intensément, comme s'il intéressait réellement à leurs réponses. Il s'était émerveillé de la bravoure de Bilbo et de son courage lorsqu'il avait confronté Thranduil. Il avait même observé l'immense quantité de nourriture que le hobbit semblait manger dans la journée, en se demandant où tout cela disparaissait.

Mais surtout, Thorin avait regardé comment le soleil illuminaient ses boucles brunes d'une lumière dorée. Il avait compté les tâches de rousseur sur ses joues et étudié l'arc de ses pommettes. Il avait pensé à la nuance exacte de marron des yeux de Bilbo et s'était émerveillé de la couleur rouge de ses lèvres lorsqu'il les mordait. Il avait mémorisé la mélodie de son rire et tracé la courbe de son sourire dans son esprit.

Puis, enfin, il s'était demandé ce que cela ferait d'être la raison de ces sourires.

Thorin avait connu l'amour, mais jamais un amour semblable. Il consumait toutes ses pensées et rêves. Il avait envie de tout savoir à propos de Bilbo ; du bon au mauvais et même l'ennuyeux qui n'avait pas d'importance. Il voulait être la source du rire du hobbit, et voulait le réconforter quand il pleurait. Il voulait donner à Bilbo tout ce qu'il voulait, et brûlait d'une envie de le protéger de tout ce qui était horrible dans le monde. Il voulait passer ses doigts dans ces boucles folles, et tracer les traînées de tâches de rousseur avec ses lèvres. Il voulait voir ses perles tressées dans les cheveux de Bilbo, et voulait effacer tout les souvenirs de cet idiot mort du cœur du hobbit.

Thorin voulait beaucoup de choses– récupérer Erebor ; une justice pour sa famille ; une revanche contre Smaug et Thranduil ; la sécurité pour son peuple – mais il pouvait dire honnêtement qu'il ne voulait rien autant que le cœur de Bilbo Baggins.


« Tu triches. »

« Non. Tu es juste nul aux cartes. »

« Non, je suis d'accord avec lui. Tu triches. »

« Mensonges, que des mensonges. »

« Si j'arrête maintenant, est-ce que je récupère mon argent ? »

« Non, Ori, ça ne marche pas comme ça. »

« Ne t'inquiètes pas pour ça. Je vais regagner ton argent. »

« Bien sûr parce que tu triches »

« Tu continues à utiliser ce mot mais je ne pense pas que tu saches ce que ça veut dire. »

Bilbo se mordit la lèvre inférieure pour s'empêcher de rire alors qu'il regardait Ori, Nori, Gloin et Bofur jouer aux cartes devant lui. Tous les quatre étaient assis en cercle avec une pile de pièces et de joyaux au milieu. Pour le moment Nori gagnait, ce qui n'était pas vraiment une surprise. Mais ce qui l'avait surpris c'était que Bofur et Ori perdaient alors que Gloin rattrapait Nori. Il avait pensé qu'en tant que petit frère et meilleur ami du voleur, ils seraient meilleurs aux cartes. Apparemment, Nori ne leur avait rien appris d'utile.

Derrière lui, Dori soupira en continuant à tresser les cheveux du hobbit. Ses tresses étaient défaites et sales après la bataille, et le nain l'avait remarqué et offert de les refaire. Il avait accepté et avait rapidement regretté sa décision lorsqu'il avait sortit une boîte pleine de peignes perles et autres accessoires qu'il ne pouvait pas identifier.

« Tu n'as pas à faire ça, » Répéta Bilbo pour la quatrième fois.

« Je sais, » Répondit Dori pauser. « Penche la tête s'il te plaît. »

Le hobbit soupira et fit comme demandé. « J'espère que tu n'es pas en train de tresser des rubans et de la dentelle dans mes cheveux. »

« Bien sûr que non. Je n'ai pas ce qu'il faut pour ce genre de choses, » Soupira le guerrier. « Non, je ne vais rien mettre dans tes cheveux pour le moment. Nous allons attendre qu'ils soient un peu plus longs pour ça. »

« Tu as l'air sûr de ma présence dans le futur, » Fredonna-t-il en regardant le plafond.

Dori ricana et tira doucement sur les boucles dans ses mains. « Nous savons tous les deux que tu ne vas pas partir. Tu l'as dit clairement lorsque tu as autorisé Thorin à tresser ses perles dans tes cheveux. »

Bilbo cligna des yeux. « Qu'est-ce que ça a à voir avec mon départ ? »

Le nain arrêta enfin sa tâche. « Il… Thorin ne t'as pas dit la signification de ses perles »

Il secoua la tête lentement pour ne pas ruiner le travail de Dori. « Nope. Il a juste dit qu'il n'avait rien d'autre pour les attacher, alors il a du utiliser ses fermoirs. »

« Bien sûr, » Marmonna le nain avant de reprendre sa tâche. « Quel imbécile. Bilbo, c'est l'heure d'une leçon de culture naine. Quand un nain offre de tresser ses perles dans les cheveux de quelqu'un d'autre, c'est basiquement une demande en mariage. »

Bilbo se figea. « Attends… Tu es en train de me dire que Thorin m'a demandé ma main ? Et il ne m'a rien dit avant ?! »

Dori claqua sa langue sur son palais et poussa le hobbit qui tentait de se lever d'une main. « Calme toi. Pas la peine de crier maintenant. Attends qu'il soit réveillé pour t'énerver contre lui. »

« Je le ferais, » Siffla-t-il en croisant les bras. « Il va souhaiter ne jamais m'avoir rencontré – attends, est-ce que j'ai accepté sans le savoir ? Est-ce que nous sommes fiancés ?! »

« Non, » Répondit le nain et Bilbo soupira de soulagement. « Pour montrer que tu acceptes tu dois lui rendre une des ses perles. Les porter montre que tu considères sa proposition. »

« Ce que je considère c'est la meilleure manière de renvoyer cet imbécile aux Montagnes Bleues, » Gronda le hobbit. « Comment ose-t-il utiliser une tactique pareille ? S'il voulait m'épouser, il aurait dû venir me demander ! »

« S'il l'avait fait, est-ce que tu aurais accepté ? » Demanda Dori en commençant une autre tresse.

« Je ne sais pas, » Dit-il honnêtement, parce que l'idée que Thorin puisse l'aimer était difficile à croire. « Est-ce qu'un roi peut se marier avec quelqu'un de basse naissance ? Ou avec un hobbit d'ailleurs ? »

« Les lois disent non mais Thorin peut les changer, » Répondit le nain. « Il y a des avantages à être roi. »

Bilbo soupira et se tapota le coude. Il ne savait pas comment réagir à de telles nouvelles. Pourquoi est-ce que Thorin lui avait demandé sa main sans lui dire ? Est-ce que le nain l'avait prévu ou est-ce que ça avait été une décision spontanée ? Et pourquoi ne pas lui avoir parlé de la signification des perles plus tôt ?

« Pourquoi est-ce que personne ne me l'a dit ? » Demanda-t-il à voix haute, regardant les quatre nains qui jouaient aux cartes, parce qu'ils étaient les seuls dans son champ de vision.

« Nous pensions tous – stupidement – que Thorin t'avais expliqué la signification des perles, » Répondit Gloin sans quitter sa main des yeux, « et t'avais demandé de l'épouser. »

« C'est la dernière fois que nous supposons que notre chef est capable de faire quelque chose d'intelligent, » Marmonna Nori en se frottant la barbe et en considérant sa main.

« Ne t'inquiètes pas ; vu la colère de Bilbo, je pense que Fili va devenir roi rapidement. » Rassura Bofur, souriant et montrant ses fossettes.

Ori pâlit à cette pensée. « Je retourne à Ered Luin ! »

« Nous aurions dû deviner qu'il n'avait rien dit quand il t'as dit qu'il t'aimait, » Soupira Dori en tirant gentiment sur les boucles pour qu'elles se mettent en place. « Tu avais l'air tellement choqué que j'ai cru que tu allais t'évanouir. »

« C'était un gros coup pour moi, » Admit-il doucement. « Je n'avais jamais pensé que Thorin me verrait un jour comme plus qu'un ami. Cela semblait tellement… invraisemblable. »

Bofur claque sa langue sur son palais en jetant une carte sur le sol. « Tu dois croire toi, Bilbo. N'importe qui serait heureux d'avoir ton cœur. »

« C'est vrai. Si c'était quelqu'un d'autre qui te courtisait, je l'aurais déjà affronté en duel pour être sûr qu'il était assez bon pour toi, » Rassura Gloin en regardant la carte jetée par Bofur.

Bilbo cligna des yeux. « Un duel ? Pour quoi faire ? »

« Pour prouver qu'il est assez fort pour te protéger, » Expliqua simplement Dori.

« Comme c'est stupide. Je peux prendre soin de moi, » Dit-il en plissant le nez et en ignorant les ricanements et soupirs qui retentirent. « Dans la Comté, nous n'avons pas de duels mais des concours. Pour les garçons c'est en général un concours de boissons, et un concours de danse pour les filles. Bien sûr, on peut échanger, puisque certains garçons sont meilleurs en danse et certaines filles ont une meilleure descente. »

« Attends… tu es en train de dire que pour pouvoir t'épouser, Thorin a besoin de rentrer dans un concours de boisson ? » Clarifia Ori avec les sourcils levés. « Qui est-ce qu'il est censé battre ? »

« Eh bien, puisque mes parents sont décédés et que je n'ai pas de frères et sœurs, ce serait probablement mes cousins ou mes oncles et tantes, » Réfléchit Bilbo en pensant à son arbre généalogique. « Il y a deux tours avant de faire face à la matriarche de ma famille – qui est Grand-mère Baggins. »

Nori et Bofur commencèrent à s'étouffer et à tousser alors que Gloin riait aux éclats et qu'Ori le fixait.

« Ta grand-mère ? » Répéta Dori, arrêtant de tresser ses cheveux.

Il renifla et leur lança un regard noir. « Grand-mère Baggins n'a jamais perdu un seul concours de boisson de toutes ses cent-vingt-et-une années. Est-ce que vous pouvez clamer avoir battu ce record ? »

« A quelle fréquence boit-elle ? » Demanda sagement Ori.

« Elle transporte une bouteille de vin en permanence, » Dit le hobbit d'une voix traînante, levant les yeux au ciel. « Alors je dirais tous les jours

« Wow. Ca a l'air génial, » Admis Bofur, ses yeux s'assombrissant légèrement. « Je devrais commencer à faire la même chose… »

« Tu finirais bourré et mourrait en tombant dans les mines, » Pointa Nori en levant les yeux au ciel. « Continue à boire pendant les repas uniquement. »

« Qu'est-ce que ces concours prouvent à ta famille ? » Demanda Ori en se frottant le menton. Son bleu devenait violet et faisait tressaillir Bilbo à chaque fois qu'il le regardait.

« Rien d'important, » Dit-il, détournant le regard du bleu d'Ori. « C'est un défi pour voir jusqu'où la personne est prête à aller pour celui ou celle qu'il aime. Si tu refuses ou perds trop tôt, alors il est évident que tu n'es pas très sérieux. Mais si tu continues et ne t'arrêtes pas alors, même si tu perds, tu peux quand même te marier parce que tu as montré à ta belle-famille à quel point il ou elle compte pour toi. »

Les nains échangèrent un regard.

« C'est plutôt intelligent, » Admis Gloin.

« Une manière très pratique de juger l'importance qu'il porte au membre de ta famille, » Acquiesça Dori.

Bilbo ricana. « Les hobbits sont un peuple pratique. Pourquoi pensez-vous que nous évitons le reste du monde ? »

« Tu es sûr que tu ne veux pas dire un peuple 'suicidaire' ? » Se demanda Nori en posant une carte.

Il fit signe au nain de se taire. « Tais-toi. N'énerve pas Ori à nouveau. »

« Hey ! » Protesta l'érudit.

Dori tira légèrement sur ses cheveux. « J'ai fini. Tu peux te lever. »

Il hocha la tête et tendit la main pour toucher ses cheveux en se levant. Dori avait tressé une partie de ses cheveux en arrière en une multitude de petites tresses avec des fermoirs dorés qui, quand il bougeait, cliquetaient comme une cloche. C'était étrange, mais gardait ses boucles sous contrôle et loin de son visage alors il ne pouvait pas se plaindre. Il préférait toujours les deux tresses où se trouvaient les fermoirs de Thorin.

« Merci, Dori, » Dit-il en se tournant vers le nain. « J'apprécie. »

Dori lui lança un demi-sourire en rassemblant ses affaires. « Ce n'est pas un problème. Je suis habitué à tresser des cheveux. »

Bilbo regarda les cheveux longs et épais de Nori et Ori et n'en douta pas. Ses yeux les dépassèrent et se posèrent sur la salle en ruine où avaient été emmenés Thorin, Fili et Bifur plusieurs heures auparavant. « Est-ce que vous pensez qu'Oin accepte les visiteurs maintenant ? »

« Je ne sais pas, » Admis Bofur, suivant son regard. « Mais il pourrait faire une exception pour toi. »

« Tu ne le sauras pas avant d'avoir demandé, » Pointa Nori.

Il hocha la tête et se redressa. « Bien. Je vais aller demander alors. »

« Bonne chance. Dis-nous comment ils vont si tu arrives à les voir, » Dit Ori alors que le hobbit commençait à s'éloigner.

« Essaye de ne pas tuer Thorin tout de suite, » Lui rappela Gloin sans lever les yeux. « Souviens-toi : Roi Fili et son héritier Kili ! »

Bilbo frissonna à cette idée. « Bien. Je vais m'en souvenir. »


Les trois nains blessés avaient été emmenés dans la partie la plus stable de la montagne pour être soignés. Ironiquement, la salle du trésor était la plus sûre. Bilbo trouva des guerriers de Dain en train de monter la garde devant l'entrée et, après avoir jeté un œil à ses cheveux, ils l'autorisèrent à entrer. A l'intérieur il retrouva Dain et Balin en grande discussion avec un Oin à l'air fatigué et à bout.

« - stable pour le moment. Il ne crache plus de sang, mais il n'y a aucun moyen de savoir si la blessure est en train de guérir, » Entendit-il Oin expliquer alors qu'il s'approchait. « S'il passe la nuit sans problèmes, alors peut-être qu'il survivra. Mais on ne peut pas en être sûr. »

Balin soupira ; les lignes et creux de son visage encore plus marqués. Pour la première fois, Bilbo remarqua le bandage blanc sous son collier, et le fait qu'il s'appuyait plus sur son côté gauche. Même Dain était tendu avec ses épaules raides et son visage d'un blanc qui faisait ressortir ses bleus.

« Nous allons devoir le dire à Bofur et Bombur, » Dit doucement Balin, se frottant les yeux. « Ils méritent de le voir au cas où il ne passerait pas à la nuit… »

« Est-ce que tu veux que je leur explique ? » Questionna Dain en regardant le nain épuisé.

Balin secoua la tête fermement. « Non. Non, je vais le faire. Désolé, Dain, mais ils devraient l'entendre d'un ami. »

« Pas de problème, » Rassura le guerrier alors que ses yeux bleus croisaient ceux de Bilbo. « En plus, je pense que je devrais aider Maître Baggins ici présent. »

Balin et Oin se tournèrent tous les deux pour regarder le hobbit.

« Bilbo, » Le salua Balin.

« Est-ce que tu es blessé ? » Demanda immédiatement Oin, parce que les manières étaient quelque chose qui n'était connu que des guérisseurs elfiques. « Tu saignes quelque part ? Un membre en moins ? Dis-le-moi maintenant avant que je parte. »

Bilbo leva les yeux au ciel et leva les bras avant de tourner sur lui-même pour que le nain puisse le voir en entier. « Je vais bien, Oin. Seulement quelques bleus et griffures. Tauriel et Beorn m'ont protégé pendant la majorité de la bataille. »

« Hmp. » Oin renifla et le regarda de haut en bas. « Comme tu dis. Je t'examinerais complètement demain quand je n'aurais plus de patients critiques. Balin, va dire à Bofur et Bombur de venir ici rapidement. Dain, essaye de détacher Kili de son frère si tu y arrives. Je ne veux pas qu'il s'évanouisse d'épuisement. Encore. »

Balin hocha la tête et Dain pencha la tête en une salutation paresseuse. Voyant son travail terminé, le guérisseur se retourna et s'éloigna, sans doute pour aller voir ses autres patients. Une fois Oin partit, Bilbo regarda les deux nains restants.

« Où est Thorin ? » Demanda-t-il immédiatement.
« En train de dormir. Viens ; je vais te montrer, » Répondit Dain, tournant les talons et s'éloignant sans attendre.

Bilbo salua Balin avant de se dépêcher derrière le guerrier. Dain le dirigea silencieusement dans plusieurs niveaux d'escaliers avant de tourner dans une petit alcôve. Là, sur un lit de fourrures et de couvertures, reposait le Roi Sous la Montagne, inconscient. A ses pieds était assis Dwalin ; couvert de bleus et blessé mais toujours en train de garder loyalement son roi.

Les yeux sombres de Dwalin se relevèrent et il cligna des yeux rapidement. « Bilbo ? »

« Il est venu rendre visite, » Expliqua Dain alors que le hobbit le dépassait et se précipitait vers le roi. Il tomba à genoux à côté de Thorin et regarda le nain.

On avait enlevé son armure et ses vêtements à Thorin en ne laissant que des bandages pour la pudeur. Ils étaient enroulés autour de son torse et de son épaule et même si Bilbo ne pouvait pas voir la moitié inférieure de son corps à cause de la couverture, il avait le sentiment qu'il était aussi bandé. Le blanc des bandages donnaient à la peau du roi une teinte malade, et rappelait au hobbit à quel point la peau de Thorin était cireuse dans la mort. Le seul réconfort que Bilbo put trouvé fut la vue de son torse en train de se soulever doucement.
« Oin l'a drogué pour qu'il n'ait pas à supporter la douleur, » Dit doucement Dwalin en les regardant. « Il va probablement être inconscient pendant quelques jours. Seul moyen de l'aider à guérir. »

Bilbo hocha la tête et leva doucement la main pour pousser les cheveux noirs de Thorin loin de son visage. Ils étaient en bazar et collaient à sa peau en sueur. Il avait l'air très mal en point. Vaguement, il entendit Dain dire quelque chose à Dwalin à propos de dormir avant d'entendre le son de lourdes bottes s'éloigner, mais il n'y fit pas attention. A la place, il s'occupa en poussant les cheveux du roi loin de son visage et de sa nuque, et en essuyant son visage avec son mouchoir.

« Est-ce que tu as été blessé ? Pendant la bataille ? » Demanda doucement Dwalin en les regardant.

Il secoua la tête en essuyant le front de Thorin. « Non, rien de sérieux. J'ai été bien protégé par les autres. »

« Bien. Je n'aurais pas voulu faire face à Dori ou Balin si quelque chose t'était arrivé, » Grogna le guerrier.

Bilbo ricana et regarda le guerrier appuyé contre le mur avec une jambe pliée pour pouvoir appuyer son coude dessus. Le visage du nain était un couvert de griffures et de bleus et l'une de ses oreilles était bandée, tout comme son avant-bras droit. Mais il ne pouvait pas voir d'autres blessures sur le nain et il se demanda s'il en cachait plus sous ses vêtements.

« Et toi ? » Demanda-t-il en croisant son regard. « Des blessures sérieuses ? »

Dwalin haussa une épaule. « Rien de très important. Un truc qui a craqué dans mon genou mais c'est tout. Pourquoi est-ce que tu es là ? »

« Je fais en sorte que ton imbécile de roi ne meurs pas, » Répondit-il, levant les sourcils. « Pourquoi ? Tu ne veux pas de moi ici ? Je peux partir si tu veux - »

« Ce n'est pas ce que je voulais dire, » Dit Dwalin, l'interrompant et levant les yeux au ciel. « Je veux dire pourquoi est-ce que tu es revenu ? Je pensais que tu serais trop en colère ou avec le cœur brisé pour venir. »

Bilbo haussa les épaules et regarda le torse de Thorin monter et descendre. « Je voulais m'assurer que vous étiez tous vivants et en sécurité. Je voulais voir… Je voulais m'assurer que Thorin n'était pas mort en me protégeant. »

Dwalin n'eut rien à répondre à ça.

« Est-ce que tu penses que la folie l'a quitté ? Il semblait être presque redevenu comme avant quand je l'ai vu, » Fredonna le hobbit en s'asseyant en tailleur.

« Je ne sais pas, » Répondit le guerrier, fronçant les sourcils. « Après ton départ, il s'est enfermé dans une salle et n'en est pas sortit. Quand il l'a fait, c'était pour se battre. »

« Oh. » Il regarda Dwalin avant de se retourner vers le nain inconscient. « Est-ce que tu penses qu'il peux nous entendre ? »

« Hmm. Peut-être que tu devrais essayer de lui raconter une histoire, » Suggéra le nain.
Bilbo le fixa. « Quoi ? »

« Une histoire. Balin m'a dit une fois que, quand ils étaient enfants, Thorin était tombé très malade. La maladie était incurable, elle bouchait les poumons et empêchait de respirer. Elle avait tué sa grand-mère et tout le monde pensait que Thorin allait mourir aussi, » Expliqua le guerrier avec une petite grimace. « Mais la princesse-consort ne voulait pas y croire. Elle a dit qu'elle n'allait pas perdre son fils, alors elle lui a lu des histoires tous les jours ; des histoires de grands héros qui survivaient à la fin. Elle l'a fait pour l'encourager à combattre la maladie, peu importe la difficulté. Et c'est ce qu'il a fait ; Thorin a survécu et est allé mieux pour devenir le héros dans les histoires de sa mère. »

« Une histoire ? » Répéta-t-il doucement, regardant le roi. « Mais quelle histoire devrais-je lui raconter ? »

« N'importe quoi. Juste… parle lui. Fais-lui savoir qu'il n'est pas seul, » Dit doucement Dwalin en détournant le regard.

Bilbo ferma les yeux et repensa aux histoires de sa mère. Il se souvenait de beaucoup d'histoires lues à Rivendell et même d'histoires que Gandalf avait l'habitude de lui raconter. Mais pour une raison quelconque, aucune d'entre elles ne semblaient convenir. Les mots d'une histoire différente – une qu'il n'avait jamais honnêtement partagée – sortirent de sa bouche avant qu'il puisse s'en empêcher.

« Il était une fois un hobbit qui vivait dans une maison magnifique mais vide. Il était riche et respecté par beaucoup, mais vivait une vie solitaire et vide. Puis, un jour, un sorcier vint frapper à sa porte… »