Bonjour, bonjour!

Et me voici avec le dernier et le plus long chapitre de cette première partie!

Qu'est-ce qu'il m'a demandé d'efforts à écrire! Je voulais le terminer d'ici ce week-end pour pouvoir le poster aussitôt. Mais certaines nouvelles idées me sont passées par la tête. J'y ai passé ma journée toute entière pour ajouter 15 pages word bien remplies aux 15 qui étaient déjà prêtes.

Ouf! Bon, j'ai relu et utiliser les correcteurs d'orthographe et de grammaire de word et du drive (avec beaucoup de prudence parce qu'elles se trompent souvent, surtout drive qui considère que seul le présent est une conjugaison acceptable! ^^ )

Mais s'il reste des fautes, signalez les moi afin que je les corrige! ^^ Et je ne serai pas contre un beta reader fort en grammaire et orthographe et à l'œil aiguisé. Ma précédente beta a beaucoup de pain sur la planche en ce moment et ne peut s'en occuper, malheureusement.

Ce chapitre est plein de surprises, pour vous comme pour moi. Et oui, l'un de mes personnages secondaires de chez secondaire a commencé à s'incruster sans même que je m'en rende compte.

Au départ, ça devait être simplement un figurant dans l'un des premiers chapitres de cette histoire. Mais apparemment, il avait des problèmes à résoudre ici et à décider de s'incruster sur la durée. On a beau être auteur, nos personnages n'en font souvent qu'à leur tête. ^^

Sur une autre tonalité, j'espère que vous allez tous bien ainsi que vos proches et que vous prenez soin de vous.

En espérant que cette lecture vous évite de tracer des ronds sur vos sols pendant une heure ou deux! ^^

Bise et à dans un mois (j'espère) avec le chapitre suivant qui abordera une toute nouvelle partie de cette aventure!

(Et oui, vous l'avez sans doute deviné, il y aura un peu plus d'interactions entre les deux personnages principaux de cette histoire. Enfin, ils étaient censés être les principaux mais les autres ont trouvé à y redire et se sont incrustés avec une efficacité redoutable...)

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Chapitre 17 – Nouveaux départs

Nouveaux départs, nouvelles résolutions, un cœur gonflé d'espoir : cette fois-ci ce sera la bonne, se dit-on avec fermeté.

Puis surviennent les premiers échecs.

Alors on se décourage, nos illusions brisées.

Et pourtant, cela ne veut pas dire que notre avancée est bloquée, qu'on ne peut plus atteindre la destination.

Seulement qu'on a mal prévu le voyage.

Errare humanum est disaient nos anciens.

Acceptons d'être humain. Simplement, magnifiquement, modestement humain.

Partons en prenant conscience des obstacles et des fossés que l'on rencontrera, prévus et imprévus.

Il faudra contourner, enjamber, fournir par moment trois fois plus d'efforts.

Et par moment, trois fois moins, comme portés par une aide invisible, un souffle qui nous donne des ailes.

Accordons-nous aussi la possibilité de tomber et d'échouer. Car c'est seulement en acceptant la chute qu'on pourra alors envisager de se relever pour continuer.

Et si le but du voyage en vaut la peine, on tombera deux fois, six fois, soixante-dix-sept fois sept fois.

Mais toujours on se relèvera.

Jusqu'à la ligne d'arrivée.

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 8 Janvier – 8h

La chambre des 46 était composée, comme son nom l'indiquait, de 46 anciens. Des nobles, des sages, des shinigamis à la retraite, ayant acquis une certaine notoriété pour leur esprit avisé, leur respect de l'ordre ou leur défense de la justice.

Les nominations étaient décidées par les membres de la chambre elle-même afin de combler le siège vide. On approchait discrètement l'élu, sondant ses intentions, ses valeurs morales et sa capacité de raisonnement. Puis, on l'invitait au sein de cette communauté restreinte et inaccessible.

Si la personne en question acceptait, elle devait faire l'abandon de toutes ses responsabilités, que ce soit la charge d'une famille, la direction d'un clan, la gérance d'une entreprise ou le commandement d'une division. Elle quittait tous ses proches et se retirait à l'intérieur de la minuscule cité qui hébergeait les quarante-cinq autres, le tout dans une discrétion absolue. C'est-à-dire que tout le monde finissait par se douter de ce qu'il était advenu du disparu.

Et quoi qu'en disent les légendes, les portes ne se refermaient pas derrière eux à tout jamais. Les anciens avaient droit à des congés, aussi rares soient-ils. Ils étaient alors censés demeurer à l'écart de toute vie sociale, économique et politique mais certains ne se privaient pas pour reprendre contact avec des souvenirs passés.

Cette décision, votée de nombreuses années auparavant par la toute nouvelle chambre formée suite au massacre occasionné par Aizen, avait été le début de la fin. Lorsqu'un membre rejoignait autrefois la chambre, il était seul débutant face à 45 personnes ayant intégré, digéré et accepté les traditions de cette dernière. Ils appliquaient la méthode, en connaissaient les raisons et transmettaient le tout au nouveau venu.

Mais 46 têtes fraîches, en dépit de leur âge vénérable, qui débarquaient dans une institution parce que c'était nécessaire et non parce qu'ils le méritaient, et qui devaient tous apprendre à cohabiter et fonctionner ensemble sans plus connaître ou reconnaître le bon sens des traditions, … Autant dire que les dégâts avaient été nombreux. Dégâts que déplorait aujourd'hui Ginrei Kuchiki face au chaos qui transformait cette salle des sages en foire d'empoigne.

Les congés avaient été la porte ouverte à la corruption et la manipulation par les proches et associés. Aujourd'hui, la probité ne subsistait que dans la réputation de la chambre, et non dans ses actions.

Ginrei comptait bien profiter de cette histoire pour faire le ménage. La responsabilité de son clan vis-à-vis des archives du Seireitei lui avait permis de retrouver la presque totalité des us et coutumes de l'organisation avant qu'elle ne soit anéantie. Il avait vite compris que derrière chaque règle archaïque, chaque détail minutieux et demandant, il y avait une raison bien précise. Après s'être occupé des traîtres, il veillerait à les remettre en place, aidé de quelques autres personnes intègres et soucieuses du bien-être de ce monde.

En attendant, il soupira discrètement avant de repérer qui, dans la cohue provoquée par ses révélations, criait le plus fort et qui restait silencieux. Il avait déjà identifié une dizaine de personnes qui tombaient des nues et cherchaient à deviner les traîtres. Car il avait bien pris soin de ne pas encore les nommer, livrant morceau par morceau le complot et étudiant chaque réaction, mémorisant chaque parole et geste afin de s'en servir plus tard comme nouvelle arme face au tribunal.

Trois de ses confrères n'avaient pas affiché d'air surpris mais s'étaient envoyé des coups d'œil discret avant de laisser les événements suivre leur cours avec une satisfaction à peine dissimulée. Ceux-là s'étaient rendu compte que quelque chose clochait mais n'avaient pas été à même, ou n'avaient pas jugé bon, d'agir. Il faudrait qu'il les sonde rapidement afin de s'en faire des alliés. Il se renseignerait ensuite discrètement sur ce qui avait pu retenir leur main face à ce complot.

Heureusement il n'était pas seul pour prendre des notes. Ayant été averti du shikai très particulier de la chef des forces de sécurité, il lui avait demandé d'assister à la scène. Si elle courait le moindre risque de se faire repérer, elle avait ordre de disparaître immédiatement et sans traces. Seule Soi Fon était au courant de cette mission illégale. Et ils seraient trois, et trois seulement, à savoir qu'un intrus avait eu accès aux débats de la chambre des 46.

II avait tergiversé un instant sur cette décision. Mais il ne serait jamais capable d'observer 45 personnes à lui seul, d'autant plus qu'il devait intervenir fréquemment. Il avait donc misé sur la loyauté de cette subordonnée qui n'était d'ailleurs affiliée à aucun clan ; un gage de sécurité supplémentaire. Il ne regrettait pas son choix à présent. Les informations discrètes qu'elle lui soufflait grâce à ce drôle d'appareil dans l'oreille lui permettaient de se faire une idée précise des différents acteurs de la scène.

La moitié de la chambre était en train de s'égosiller les uns contre les autres. Certains tonnant qu'une telle histoire était abracadabrante, que l'on cherchait à les manipuler en sortant des informations sans preuve, qu'ils ne joueraient pas le jeu de Ginrei Kuchiki et que Soi Fon avec son Onmitsukido cherchait décidément noise aux nobles pour s'évertuer ainsi à leur trouver des associations frauduleuses. D'autres demandaient des preuves, ordonnaient aux premiers de se taire, et essayaient de rétablir l'ordre avec encore plus de bruits. Les troisièmes lançaient des répliques de temps à autre pour répondre violemment à certaines critiques ou arguments qui ne leur plaisaient pas.

L'autre moitié de la chambre contemplait, aberrée, ce désastre, doutait de tous et écoutait chacun, ne sachant plus à qui ni à quoi se fier face à une machination qu'ils devinaient bien plus complexe que ce que leur en avait laissé voir le patriarche Kuchiki avant qu'on ne lui coupe la parole.

Et Ginrei demeurait silencieux, impassible face aux accusations et injures à son honneur qu'on lui envoyait en pleine face, déplorant encore une fois que la formation hâtive d'une nouvelle chambre suite au massacre les aient réduits à cela. Mais il avait passé trop de temps à gérer un clan, une cour d'ambitieux et une assemblée désorganisée pour se laisser avoir par ces incompétents.

Il savait pertinemment qu'il ne devait pas être la personne qui rétablirait l'ordre. Non, ce rôle devrait être joué par un autre pour plusieurs raisons, la première étant qu'on le croirait alors secondé par certains de ses confrères. Ils pouvaient tempêter ce qu'ils voulaient face à un seul lanceur d'alerte. Lorsqu'ils commenceraient à craindre que la moitié de la chambre soit au courant et œuvre de concert, ils chercheraient à s'esquiver ou tenteraient la manière forte pour entraver l'enquête. Dans tous les cas, ils commettraient des erreurs.

« SILENCE. »

Un ancien capitaine s'était finalement décidé à intervenir. En utilisant son reiatsu, il avait fait retentir sa voix par-dessus toutes les autres, assourdissant ses confrères par la même occasion. Sa stratégie eut l'avantage de calmer les plus effrénés et un grand silence résonna dans la salle.

« Kuchiki-san, avez-vous des preuves de ce financement de commerces illégaux ? »

Droit au but et pas d'histoire. Un homme comme il les appréciait, quoi que ce genre de soldat avait parfois tendance à manquer de subtilité dans les affaires les plus délicates. En attendant, c'était exactement le genre de personnalité qu'il lui fallait pour mener les débats. Il s'occuperait lui-même de leur faire prendre les méandres nécessaires après chaque coup de fouet du shinigami retraité.

« Vous trouverez le capitaine Soi Fon et une délégation de l'Onmitsukido à l'entrée de notre cité avec tout ce qu'ils ont pu rassembler sur cette affaire. »

Et la jeune Mumei préciserait à sa capitaine quel paquet donner par le même système grâce auquel elle communiquait avec lui en toute discrétion. Décidément, ces inventions du monde des vivants étaient on ne peut plus utiles, une fois qu'on savait comment les adapter à la Soul Society. Un savoir jusque là monopolisé par la 12ème division mais Urahara-san avait eu l'amabilité de lui faire parvenir quelques prototypes.

L'intervenant, Sasaki-san, approuva d'un hochement de tête cette prévoyance et envoya chercher le paquet sans plus discuter. Les conversations reprirent mais plus discrètes et chuchotées, chacun préparant sa réponse en fonction des noms qui se retrouveraient impliqués.

Autant vous dire qu'une heure plus tard, après examen des dossiers, l'essaim bourdonnait à nouveau furieusement. Les preuves étaient solides et impliquaient plusieurs membres, modestes certes, de clans et familles réputées. Cependant, quelques anciens étaient soudain beaucoup moins véhéments. S'apercevant qu'ils n'étaient pas mouillés par les documents fournis, ils étaient prêts à faire tomber quelques têtes, pourvu qu'ils survivent.

Sasaki toutefois ne se laissa pas démonter. Il imposa à nouveau le silence et poursuivit son enquête.

« Kuchiki-san, il est fait mention ici d'une drogue dangereuse. Mais il n'y a pas plus d'informations que ça. Que savez-vous sur cette affaire ? »

« Cela tombe bien que vous posiez la question. Je crois que vous trouverez le capitaine Soi Fon exactement au même endroit avec plus de détails sur ce sujet. »

Cette fois-ci, Sasaki l'observa d'un œil curieux. Se doutait-il du stratagème de son confrère ?

« Comme c'est pratique. » Murmura-t-il à mi-voix tout en donnant l'ordre qu'on aille chercher ces fameux détails.

Tiens, tiens, … l'ancien capitaine s'avérait peut-être plus fin qu'il ne l'avait cru.

Car il avait bien l'intention de dévoiler au compte-goutte, méfait après méfait, en allant du plus bénin au plus dangereux, chaque élément de cette conspiration. Il avait débuté en souplesse avec l'implication de nobles de moindre rang dans des histoires de chantage et de commerce frauduleux. Cette piste-là amenait naturellement à celle de la drogue, qui amènerait aux laboratoires et leurs armes puis aux mercenaires, comme un chemin bien tracé et ordonné. Enfin, il lâcherait plusieurs éléments à la fois. Tout d'abord, l'organisation redoutable conçue par le Chef et ses sbires, afin que même les plus obtus comprennent l'ampleur du désastre, puis cette alliance avec leur plus grand danger : le Hueco Mundo. Enfin, les recrutements lors des Saisons où il en profiterait pour nommer les nobles de plus haut rang.

Tous ceux qui n'avaient pas la conscience tranquille parmi les 46 seraient rassurés par ces faits presque bénins, et surtout sans lien apparent avec eux, qu'il présenterait en premier. Ils convergeraient avec leurs confrères, acceptant les preuves fournies et se montrant peut-être même les plus féroces. Mais lorsqu'on remonterait peu à peu les fils, ils finiraient par sentir le roussi et tenteraient de s'extirper du filet qu'il était en train de jeter sur eux.

Il ne leur laisserait pas le temps de riposter et révélerait alors le clou final : la formation de trois partis, ainsi que les appelait le Chef, et la volonté de ce dernier de manipuler toute la chaîne du pouvoir à partir de ces affrontements soigneusement contrôlés.

Oh, il y avait bien des chances que son plan initial n'aboutisse pas et que l'on arrive à écarter certaines preuves, certains faits. C'était l'autre raison pour laquelle il ne leur fournissait pas tous les dossiers au même moment. Suivant la progression de l'enquête dans la chambre et l'atmosphère générale, Mumei indiquerait à Soi Fon, dans son micro et depuis son perchoir, quels éléments fournir pour la suite.

Ils avaient soigneusement répété les différents scénarios avant l'assaut, puis une dernière fois avec toutes les informations mises à jour une fois les arrestations menées à bien. Ils risquaient par contre que quelqu'un se doute que ce n'était pas ses seuls talents de stratège qui permettaient à Soi Fon de fournir exactement les bons dossiers sans rien savoir de ce qui se passait à l'intérieur des murs. C'était un sérieux risque à courir mais il avait acquis une solide réputation de tacticien et espérait que celle-ci suffirait à masquer son infraction.

Il ne faudrait pas qu'on puisse l'accuser de quoi que ce soit avant que cette affaire soit entièrement résolue. Au moindre petit faux pas, les loups surgiraient pour détruire tout ce que Soi Fon et ses alliés avaient bâti. Et ils seraient suffisamment doués pour réussir à démonter les principaux chefs d'accusation, couvrant de paillettes ou de poussières les dossiers les plus dérangeants.

La journée serait longue, la semaine encore pire.

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 12 Janvier –

Ginrei était épuisé. Pendant cinq jours, il s'était battu avec la chambre des 46, tentant d'appréhender les coupables tout en ne se faisant pas inculpé, lui, ou décrédibiliser pour des raisons fallacieuses qui auraient permis à ses adversaires de s'en tirer. Il avait peu à peu identifié ses alliés. Certains, il les avait contactés directement afin de répondre à leurs questions et leur proposer un plan d'actions. Envers d'autres, plus méfiants, il avait gardé ses distances afin qu'ils ne puissent méprendre son approche comme un essai de manipulation.

Le jugement des traîtres serait la deuxième étape. Elle risquait de prendre du temps, car ils étaient nombreux ceux impliqués dans l'affaire. Nobles, commerçants, mercenaires, artisans, soldats, gueux, … il y en avait de toute sorte. C'est pourquoi ils avaient décidé de ne faire comparaître que les meneurs. Les autres subiraient une sentence dépendant de leur situation sociale et du type de crime commis. Ils en auraient pour des semaines, des mois peut-être afin de tout démêler.

Quant aux 46 qui s'étaient intéressés de trop près aux affaires du Chef, ils avaient désormais interdiction de franchir les murs de leur petite cité. L'Onmitsukido patrouillait autour de l'enceinte et avait ordre de capturer tout fugueur, sans préavis. Leur jugement à eux serait prononcé en dernier afin que leurs confrères aient tous les éléments en main. Ginrei regrettait ce délai qui allait laisser le temps à certains de chercher une issue de secours. Ses alliés et lui avaient tout de même réussi à obtenir que les coupables soient écartés de toutes les affaires de la chambre. Que des 46 comparaissent devant un tribunal était déjà une première dans l'histoire de la Soul Society. Et, leurs responsabilités étant bien plus grandes, leur peine serait à la mesure de leur faute.

Une fois cette étape achevée, il comptait bien trouver de nouvelles additions pour les rejoindre, des additions qu'il filtrerait soigneusement afin de s'assurer qu'elles soient plus honorables que leurs prédécesseurs.

Pour l'instant, il devait encore donner ses ordres à la personne en face de lui avant de pouvoir se retirer dans ses appartements pour prendre un peu de repos. C'est à ces moments-là qu'il ressentait le plus le poids de son âge. Non pas parce qu'il fatiguait plus vite, non. Parce qu'il devenait presque blasé face à l'ambition et le manque de scrupule dont était capable le genre humain. Mais s'ils étaient capables du pire, ils étaient également capables du meilleur. Il en avait eu la preuve à plusieurs reprises, y compris ces dernières semaines.

« Lieutenant Mumei. Je tenais à vous remercier personnellement pour votre contribution. Le Seireitei a une grande dette envers le capitaine Soi Fon et vous, ainsi que tous ceux qui vous ont secondé dans cette lutte. »

Kohana hocha simplement la tête. Elle n'avait pas l'habitude d'être remerciée pour son travail et se retrouvait dépourvue dans ce genre de situation.

« Je vous prie de bien vouloir transmettre à votre capitaine l'ordre de résidence surveillée pour tous les noms inscrits sur cette liste. Seul l'Onmitsukido en assumera la responsabilité, afin de maintenir la plus grande discrétion. Bien entendu, les personnes visées doivent être informées de leur confinement forcé. Vous pourrez y employer les formes que vous souhaiterez tant que vous ne faites usage d'aucune violence ni ne vous faîtes connaître des autres membres de la maisonnée. Je fais confiance à votre professionnalisme pour cela. »

« J'en informerai le capitaine, Monsieur. »

« Je doute que la chambre des 46 reconnaisse vos efforts d'une manière officielle. Aussi, s'il y a un service que je suis en mesure de vous rendre, présentez-le-moi. »

Un service ? Elle n'avait pas l'habitude de demander de l'aide. Elle acceptait celle qu'on lui proposait quand ça l'arrangeait, mais il y avait ce réflexe presque inconscient chez elle de ne jamais quémander. Ce qu'elle ne pouvait obtenir par elle-même, elle évitait de le désirer et s'efforçait de l'écarter de son esprit avant même que cette chose ait fini de le traverser. Et quand bien même elle avait désespérément besoin d'aide un jour, quel genre de service pourrait-elle demander à un des 46 qu'elle ne pourrait demander à Soi Fon ? De plus, si elle faisait appel à lui en tant que membre de la chambre et non en tant que Ginrei Kuchiki, cela irait à l'encontre du symbole d'impartialité et de justice que cette institution se devait de représenter. Quoique, à bien y réfléchir, il y avait bien quelque chose qu'il pourrait facilement accorder sans que l'on mette en doute sa probité.

« Je vous remercie Monsieur. Mais d'autres personnes ont beaucoup sacrifié pour nous venir en aide, et leur collaboration risque de ne pas être reconnue. Pourriez-vous… »

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 13 Janvier –

Omaeda sifflotait un petit air joyeux en revenant d'une matinée dans son atelier de joaillier. Il travaillait en ce moment sur un dessin qui lui plaisait énormément et réfléchissait aux alliages et pierres les plus appropriées pour réaliser ce qu'il avait en tête. Cette histoire de complot l'avait bien occupé ces derniers mois et il n'avait pas eu assez de temps à consacrer à ces ateliers. Heureusement, ses employés savaient faire fonctionner l'entreprise tous seuls, habitués à ses longues absences alors qu'il était encore lieutenant à la 2nde.

A chaque fois qu'il songeait à son ancienne division, le souvenir de son disciple et son étrange disparition lui revenaient en mémoire et un étau serrait un peu sa gorge. Ses sifflotements s'arrêtèrent nets. Il n'avait plus du tout envie de chanter à présent. Le pas un peu plus lourd, il entra dans son bureau. Il y avait de la paperasse qui l'attendait et qui occuperait suffisamment son cerveau pour l'empêcher de ruminer.

Il se laissa tomber sur son imposant et confortable fauteuil pour se relever aussitôt, surpris. Ce n'était pas le moelleux du rembourrage qui l'avait accueilli mais quelque chose de bien plus dur.

Il observa avec incrédulité le gros rouleau de scotch qui semblait se moquer de lui, installé bien confortablement sur son trône.

Du scotch rouge.

A double face.

Qui ? Qui aurait pu déposer ça là ? Qui connaissait la signification de cet objet ? Qui aurait l'incroyable toupet, le temps et l'idée stupide de déposer ça, comme pour le narguer, sans compter qu'il avait mis en place un sérieux dispositif de sécurité avec …

A moins que… à moins que…

Les jambes coupées, il s'assit rapidement dans son fauteuil, scotch tenu précautionneusement entre ces mains.

La voix tremblante, bourrée d'émotions, il tenta le tout pour le tout.

« Petite ? »

C'est son reiatsu qu'il sentit en premier. Tout discret, tout léger, libéré juste ce qu'il fallait pour qu'il le repère. Il ferma les yeux un instant, prenant une grande inspiration. Puis les rouvrit. Là, dans l'ombre, une revenante se tenait face à lui.

« Je n'sais pas encore qui d'toi ou d'Soi Fon a eu cette foutue idée, mais m'est avis que j'vais engueuler l'une de vous deux avant la fin d'la journée. »

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 14 Janvier – 2h du matin

« Mais elles doivent dormir ! »

« J'sais pas pour la cuisto, j'la connais pas. Mais t'es sûre qu'on parle de la même patronne ? »

« On pourrait revenir à un autre moment, non ? Une heure plus raisonnable ? »

« Quand y aura tous les clients ? Ouais, bien sûr ! Histoire qu'elle fasse un infarctus au milieu d'eux. Tu veux vraiment qu'je pousse une deuxième gueulante ou t'as juste décidé d'jouer la froussarde jusqu'au bout ? »

« Je… j'ai peur. »

« Ça, on s'en était rendu compte ! » Intervint Mushoku, toujours là quand on avait besoin d'une oreille bienveillante et charitable.

Omaeda souffla.

« Et t'as de bonnes raisons d'avoir peur ! Mais bon, ça devrait pas être plus terrible qu'avec moi, non ? Et tu lui dois ça. »

Kohana était entièrement d'accord avec lui. C'est pour ça qu'elle rassembla ce qu'elle n'avait pas de courage afin de s'approcher de la porte de service et de toquer discrètement.

Un grand éclat de rire juste derrière elle la fit bondir de deux mètres.

« J'crois … HA HA HA … j'crois bien qu'c'est la première fois que j'te voie toquer à une porte qu'est pas celle d'la capitaine. HA HA HA ! La mort t'as rendu amnésique ou quoi ? Depuis quand est-ce que t'attends une permission pour entrer kek'part ? »

Kohana était partagée entre l'envie de rougir de sa conduite, de rire avec son lieutenant ou de se mettre à grogner. Elle opta pour la quatrième solution et crocheta rapidement la serrure pour pénétrer à l'intérieur. Elle ne savait même pas pourquoi elle prenait autant de précautions. L'hilarité d'Omaeda avait sûrement réveillé tout le quartier.

Elle se souvint de la première fois qu'elle s'était introduite dans l'Odyssée de Rex. Ce n'était pas la même bâtisse. La petite maisonnette d'autrefois s'était transformée en imposante auberge à même d'accueillir les foules qui se pressaient à sa porte. Quatre étages et la salle du bas qui pouvait contenir près de 80 couverts. Pour ce district du Rukongai, cet établissement avait été une aubaine incroyable, générant des flux, faisant vivre les commerces à proximité. La distance à parcourir n'était pas petite lorsqu'on venait des premiers districts. Sans shunpo, il y en avait pour deux bonnes semaines de voyage, et encore, pour les bons marcheurs.

Kohana prenait généralement une douzaine d'heures avec très peu de pauses pour un aller. Mais c'était justement cette position centrale dans le Rukongai qui faisait de l'auberge une plateforme de renseignements aussi précieuse. Ça et les strates de la société qui se côtoyaient, oubliant leurs différences pour devenir tous et seulement gourmets. Soi Fon excusait donc volontiers ses absences fréquentes, trop heureuse de la voir revenir avec autant de pistes et de tuyaux.

« Bon, j'passe devant pour la préparer un peu, parce que si ça lui fait la moitié du choc que ça m'a fait à moi, ça secouera quand même pas mal. »

Omaeda la poussa gentiment avant d'ouvrir la porte menant à la grande salle de restaurant. Il n'essayait même plus de descendre aux cuisines. Un mur invisible interdisait à toute personne non autorisée d'emprunter l'escalier. Il ne savait pas pourquoi on faisait tant de mystère de ce cuistot et en même temps, vu les plats qu'elle cuisinait, elle risquait fort de se faire kidnapper si jamais son identité était révélée. Il envisagea pendant une seconde une guerre des clans essayant de s'octroyer les services de ce miracle de la gastronomie et un frisson lui parcourut l'échine.

Montant à l'étage, il entrevit une lumière allumée sous la porte menant au bureau de la gérante.

« Attends-moi là. J't'appellerai quand ce sera bon. »

Kohana hocha la tête et se retrouva bientôt seule dans le noir, avec ses pensées. Lorsqu'ils avaient décidé d'organiser sa disparition, elle avait hésité un moment à mettre Omaeda et Yukiko dans le coup. Mais c'était juste après avoir accompli l'une de ses pires erreurs de carrière et elle n'avait pas eu le courage de le demander à Soi Fon. Elle ne s'en était pas senti le droit non plus. Leur enquête avait été sérieusement compromise et ils ne pouvaient plus se permettre la moindre erreur ou écart à ce moment-là. Alors elle avait gardé le silence.

Et bien qu'elle ne regrette pas sa décision aujourd'hui, elle avait toujours su qu'elle devrait comparaître devant ces deux-là et qu'ils ne seraient pas d'accord avec son choix. Elle s'était juré de tout leur expliquer si jamais ils arrivaient à se sortir sans trop de casse de cette histoire.

Dans son métier, la vérité était une chose incroyablement précieuse et fragile. Il fallait parfois œuvrer des années pour l'obtenir. Et elle pouvait si facilement être étouffée, que ce soit par leurs adversaires, ou par eux-mêmes.

Seule dans le cabanon, alors que sa blessure mettait tant de temps à guérir, elle avait eu pour la première fois l'opportunité de méditer là-dessus. Elle s'apercevait peu à peu à quel point elle avait divergé du chemin que lui avait montré l'Ancien. Ça lui était venu comme un poing dans le ventre, cette question. Comment la regarderait-il, s'il la croisait aujourd'hui ? Et s'imaginant ce visage, elle n'y voyait que tristesse et dégoût, déception aussi profonde qu'était haut l'espoir qu'il avait fondé sur elle.

Elle s'était réveillée en sursaut, trempée de sueur, le souffle court, et n'avait pas réussi à se rendormir de la nuit.

A Soi Fon, elle devait la vérité par devoir. Mais c'était pour préserver leur amitié qu'elle dirait tout à Omaeda et Yukiko. A eux trois, quatre en comptant la planquée dans sa cuisine, ils formaient pour elle la famille qu'on ne lui avait pas permis de connaître. Une famille choisie qui s'était constituée tant bien que mal sur les blessures des uns, les aspirations des autres et la bienveillance de tous. Les circonstances pourraient l'amener à mentir à nouveau afin de protéger des vies. Toutefois, elle avait l'intention de leur faire confiance aussi souvent et aussi longtemps qu'elle le pourrait.

C'est à ce moment que la porte s'ouvrit violemment et que les éclats de ces deux voix si chères lui parvinrent. Cela faisait si longtemps qu'elle ne les avait pas entendues qu'une vague d'émotion la saisit.

Yukiko profita de cette paralysie momentanée pour la prendre dans ses bras.

Kohana sursauta mais ne chercha pas à se libérer. Elle pouvait compter sur les doigts d'une main les câlins qu'elle avait reçu. Deux à cause de Yachiru, un à cause de Matsumoto et de son insupportable exubérance. A chaque fois, elle les avait envoyées violemment valser au loin par pur instinct, avant même de se rendre compte de la situation. Mais cette fois-ci, elle laissa faire. Elle devait bien ça à son amie.

De toute façon, celle-ci s'écarta rapidement une fois qu'elle eut confirmé que la personne devant elle n'était pas une image projetée.

« Kohanaaaaa ! On te croyait disparue à tout jamais ! Évaporée ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Raconte-moi tout ! Attends, non ! Il faut qu'elle soit là aussi ! Je vais essayer de la sortir de son antre mais je ne promets rien ! Ne bouge pas d'un cil, tu m'entends ? Je reviens dès que possible ! »

Et elle fila en trombe vers le dernier étage, celui qui était inaccessible au public et que Kohana avait soigneusement piégé et protégé avec le même système que pour la cuisine en sous-sol.

Omaeda regarda son ancienne subordonnée avec des yeux écarquillés. « Attends, là elle parle du cuistot ? »

Kohana hocha faiblement la tête, encore un peu sous le choc.

« Vous allez être la quatrième personne de la Soul Society à savoir qui est la cuisinière de l'Odyssée de Rex. Elle tient à l'anonymat absolu et c'est seulement parce que Yukiko puis moi-même lui en avons fait la promesse qu'elle est toujours là. »

« Compris petite, motus et bouche cousue. »

Et une demi-heure plus tard, après un réveil difficile, des présentations sommaires, un regard éberlué et une avalanche d'exclamations, les quatre compères se retrouvèrent dans la cuisine à déguster une fondue au chocolat alors que Kohana entamait son récit et que Yukiko décapsulait d'un tour de poignet expert d'étranges bouteilles en provenance du monde des vivants.

A la question d'Omaeda sur la façon dont elles s'étaient procuré ces denrées de contrebande, on lui répondit simplement que cela faisait partie du deal avec Soi Fon.

Il en resta muet de stupéfaction pendant cinq bonnes minutes. Kohana jeta un œil sur la scène, but une gorgée de cette délicieuse boisson amère et pétillante et exhala un long soupir de satisfaction. Les choses revenaient enfin à la normale.

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 16 Janvier –

Le clan Shiba était réuni au grand complet dans la salle où trônait d'habitude Kuukaku. Assis en cercle, leur chef sur son piédestal, ils contemplaient éberlués le visage qui venait de se métamorphoser sous leurs yeux.

« Vous saviez déjà que je n'étais pas réellement Kyoko Shiba. Votre discrétion et votre aide ont été un atout précieux pour mener à bien ma mission et je tenais à vous en remercier personnellement. »

La jeune femme s'inclina cérémonieusement face à eux. Par moment, un geste était nécessaire pour manifester ce que les mots ne pouvaient suffisamment exprimer.

« Je suis Kohana Mumei, lieutenant de la 2ème division et chef des forces de sécurité. Avec le capitaine Soi Fon, nous enquêtions depuis plusieurs années sur une machination montée depuis le Rukongai. Nous avons découvert en septembre dernier que celle-ci commençait à toucher les sphères militaires et politiques. Nous n'avions plus d'autre choix que de créer un plan d'attaque en seulement quelques mois afin de découvrir toutes les ramifications de cette organisation pour essayer de la démonter sans faire de victimes. J'ai été gravement blessée lorsque j'ai découvert ces informations. Nous avons donc décidé de me faire officiellement disparaître afin d'endormir la méfiance de nos ennemis, alertés par mon intrusion chez eux. «

« Et comme il fallait qu'ils dénichent tous les rats qui se cachaient parmi les nobles, elle a débarqué ici pour jouer une partie de Saison avec nous. » Poursuivit Kuukaku avec un air goguenard.

« Votre clan était idéal. Nous n'avions aucun doute sur votre loyauté et votre absence de la cour des nobles nous permettait d'introduire un nouveau membre de famille sans susciter trop de questions. »

« Oui, on s'en était un peu douté. Mais je ne pensais pas que cette histoire était à ce point sérieuse. J'ai commencé à comprendre quand nous avons reçu l'ordre d'arrêter certains de nos subordonnés. » Admit Karin.

Kohana hocha la tête. « Il est très rare que le Gotei entende parler de ce que nous faisons à l'Onmitsukido. A vrai dire, c'est la première fois qu'une de nos affaires a eu une telle retombée et notoriété dans le Seireitei, et même dans le Rukongai. Ils étaient implantés partout et de plusieurs manières différentes. Aujourd'hui encore, nous ne nous sommes occupés que de l'état-major. Cela va nous prendre plusieurs années pour boucler le dossier. »

Yuzu était stupéfaite. Elle travaillait à l'Odyssée de Rex et avait entendu pas mal de choses étranges ces derniers mois. Elle commençait enfin à comprendre la raison de tous ces remue-ménages qui avaient touché, à leur manière, chacune des personnes se présentant chez eux.

« Mais c'est pas tout ! » Annonça fièrement Kuukaku. « Ichigo, la prochaine partie va t'intéresser ! »

L'interpellé leva la tête intrigué.

« Nous avions conclu un marché avec Kuukaku. Une manière de la remercier pour le service qu'elle rendait à la Soul Society. »

« La connaissant, il a dû vous falloir de sacrés arguments pour la persuader ! Participer à la Saison… J'arrive toujours pas à y croire. » S'émerveilla Ganju. Il se tût bien vite en sentant le regard de sa sœur se poser sur lui. Courageux, oui, mais pas fou.

« Tout en menant mon enquête, je devais contribuer à la réinsertion de votre clan dans les meilleures sphères de la Saison. Avec l'aide de quelques contacts et grâce à vos propres efforts, j'ai obtenu que vous repreniez votre statut de clan fondateur. Il y aura à nouveau 5 grands clans dans la Soul Society.

Yuzu fronça les sourcils. « Qu'est-ce que ça va changer pour nous exactement ? Notre vie d'à présent me plaît bien. »

« C'est bien pour ça qu'il fallait qu'on soit Grand Clan ou rien. Déjà, parce que c'est notre histoire et quiconque nous confond avec des parvenus d'la dernière heure va s'en prendre une. Ensuite, parce qu'après avoir joué la comédie pendant ces derniers mois, on a trois choix. Claquer la porte et que tout redevienne comme avant, sauf que ça posait problème pour certains d'entre nous. On pouvait aussi devenir des p'tits nobliaux ayant oublié jusqu'à leur propre nom et s'agenouillant bien bas devant ces Messieurs Dââââmes afin de nous faire pardonner nos soi-disant erreurs passées. Ou alors, on leur faisait comprendre que le Clan Shiba reste fidèle à lui-même et a toujours conservé son honneur et accompli son devoir et reprendre pour cela tous nos titres et prérogatives. L'avantage, c'est que personne ne peut aller dire à un Grand clan de se conduire comme ci ou comme ça, ce qui nous permettra de changer le moins possible nos habitudes. » Le ton de Kuukaku était rien moins que satisfait avec cette dernière solution.

« En gros, on va avoir beaucoup plus de flatteurs et d'intéressés aux basques mais je vous fais confiance pour les envoyer paître. On devra aussi participer à la Saison et organiser certains événements. Ça, ce sera une tannée, mais bon… Et puis, j'assisterai au conseil des clans où on s'occupe des affaires générales de la noblesse. Ça par contre, ça me permettra de ramener un peu de bon sens pratique dans ce groupe d'enquiquineurs. Ah, et si vous vous en doutiez pas déjà, peu de personnes refuseront de conclure des accords avec vous tant que vous ne proposerez pas la lune. Ça vaut aussi et surtout pour vos mariages quand la lubie vous prendra. »

Ichigo avait vite compris les enjeux pour sa vie personnelle et un large sourire s'affichait sur son visage.

« Votre aide dans cette affaire a été mise en valeur auprès de la chambre des 46. Ils ne devraient pas manquer d'ajouter quelques récompenses avec les remerciements qu'ils vous doivent au nom de la Soul Society. » Ajouta Kohana d'un ton amusé. Puis elle se décida enfin à lâcher une dernière précision qu'elle avait soigneusement gardée jusque-là.

« Je sais d'ailleurs de source sûre que le capitaine Kuchiki a commencé a dressé un contrat de mariage pour sa sœur et un membre du clan Shiba. »

« Hé, comment sais-tu ça toi ? On vient à peine de commencer les pourparlers ! » S'exclama Kuukaku, un brin vexée et sans faire aucunement attention au cri de victoire lancé par le futur fiancé.

« C'est mon métier, Shiba-sama. »

« Pff, espèce de fouine ! On peut rien faire sans que vous y fourriez vot' nez ! »

Le ton de Kuukaku n'avait rien d'affectueux, ça non, mais rien de de méchant non plus. Oh, on détectait bien un peu de dégoût sans doute. Cependant, était-ce dû au mépris ou à l'envie ?

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 17 Janvier –

C'était fini.

Koshiro regardait avec un œil vide et éteint cette piaule où il avait passé plusieurs semaines complètement enfermé avec des monceaux d'archives. La pièce de 20m2 lui apparaissait démesurément grande à présent.

Il poussa un long soupir en songeant qu'il allait pouvoir dormir autant qu'il voudrait, parler à des gens, manger autre chose que les boîtes apportées par la capitaine et retourner travailler sur des affaires simples qu'il pourrait conclure en quelques jours.

Quelle horreur.

Il avait enfin trouvé un défi digne de ce nom, une machination redoutablement complexe, des pistes complètement effacées, des tuyaux erronés, des informations manipulées et déformées, et seulement quelques bribes de vérité sérieusement empoussiérées et malmenées.

Et voilà qu'on lui retirait son jouet !

Il en aurait presque laissé couler une larme. Des idées saugrenues jaillissaient dans sa tête. Et s'il s'amusait à créer un complot de toutes pièces pour pouvoir ensuite le démanteler ? Non, c'était absurde. Ce serait aussi terne et ennuyeux qu'une partie de Go contre soi-même. L'intérêt dans ce genre d'affrontement, c'est justement de rencontrer quelqu'un qui ne pense pas comme soi. Et puis, monter un complot tout seul était un peu compliqué, il fallait parler à des gens par moment. Quoique, ça pourrait constituer un défi intéressant. Ça et comment échapper à la vigilante protection de ses supérieures… Hum, oui, il devrait peut-être abandonner cette idée avant qu'elle ne le mène à sa perte.

Et justement, quand on parlait du loup… Un léger toc-toc résonna contre sa porte. Il eut un petit sursaut en l'entendant. Celui-là n'avait pas résonné sur sa porte depuis plusieurs mois et on a beau être introverti et asocial, ça faisait quand même plaisir de revoir des têtes connues.

« Bonjour Koshiro, comment vas-tu ? »

« Ce n'est pas moi qui suis sensé poser la question ? La disparue tenue pour morte, c'est quand même toi dans l'histoire. »

La lieutenante avait l'habitude de ce surdoué et savait qu'il était tout à fait sérieux avec cette question. Pas de jeu de mots, ou de sens figuré avec lui. Tout était dit tel quel. Même le chef de son unité avait du mal à le comprendre et ce n'était pas faute d'avoir des cas dans son équipe. Mais Kohana se souvenait encore de l'époque où elle n'avait aucune idée de comment s'adresser à des êtres humains, faute d'expérience.

« A part quelques très rares cas peut-être, je crois que n'importe qui peut poser cette question au début d'une conversation avec quelqu'un qu'il n'a pas vu depuis au moins la veille, tant qu'il n'y a pas de moquerie ou de méchanceté dans le ton. »

« Ha, d'accord.

Ha, du coup il faut que j'y réponde. Heu, posais-tu cette question par rapport à ma santé physique ? Ou mentale ? Ou par rapport à autre chose ? »

« Ta santé d'abord, les deux. Et si autre chose te passe par la tête, n'hésite pas à me la dire. »

« D'accord. Je ne suis pas malade, je crois par contre que j'ai besoin de faire des exercices de rééducation dorsale car j'ai de plus en plus mal au dos. Je mange bien. Et pour le mental, et bien…je ne suis pas sûr. Tu n'aurais pas un autre cas comme celui-là à me confier ? J'ai peur de m'ennuyer sans. »

« Déjà, je suis heureuse que tu ailles bien. »

« Pourquoi ? »

« Oh ? Eh bien, comment expliquer... » Bon, d'accord, même elle s'avouait vite vaincue avec lui. Mais elle n'avait pas l'intention de baisser les bras dès le départ. Elle avait pris une résolution et elle comptait bien s'y tenir.

« Tu es une personne fiable, honnête et intelligente. Tu cherches toujours à te dépasser et à bien faire ton travail, tu ne cherches jamais à blesser qui que ce soit. Pour ces raisons et plusieurs autres, je dirais que tu es une personne que j'apprécie. Et je souhaite que les personnes que j'apprécie aillent bien. Je suis donc heureuse que ce soit le cas pour toi. »

« Et si tu ne les apprécies pas, tu souhaites qu'elles aillent mal ? »

« Ça dépend des personnes. »

Koshiro sentit tout de suite à son ton qu'il valait mieux abandonner cette branche de la conversation. Il avait beau avoir des problèmes avec les interactions sociales, il n'était pas tout-à-fait idiot non plus.

Kohana profita de ce répit pour revenir à son sujet initial.

« Quant à l'ennui, non, je n'ai pas d'autres cas de ce genre. Et heureusement, car ils ont tendance à menacer non seulement la vie de milliers d'âmes mais également cet équilibre fragile que nous essayons de maintenir entre les mondes, de peur que tout ne s'écroule. Par contre, j'ai peut-être quelque chose d'autre à te proposer. Je crois que ce sera un défi encore plus complexe que celui que tu viens de remporter. »

« Vraiment ? » Les yeux de Koshiro s'étaient mis à briller soudainement et un sourire plein d'espoir illuminait son visage.

« Oui, car c'est un défi qui va te demander de faire travailler plus que ton cerveau. Un défi qui pourrait te permettre de te dépasser et de progresser comme tu ne l'as jamais fait jusqu'alors. »

Koshiro commençait à se méfier, un pressentiment lui traversant l'esprit.

« Et ? »

« Si tu le remportes, il est plus que probable que tu deviennes encore plus astucieux à ton travail et que tu comprennes des éléments qui t'échappaient jusque-là. Dès que tu t'ennuierais, cela te permettrait de trouver plus facilement des occupations. Et tu aurais sans cesse des casse-têtes à résoudre sans même les chercher ou les fabriquer toi-même. »

« Je ne sais pas fabriquer des casse-têtes. A chaque fois, vous êtes incapables de trouver la réponse. »

« Mais est-ce que c'est parce que tu ne sais pas les fabriquer ou parce que nous ne sommes pas assez doués pour les résoudre ? »

Il haussa les épaules, ayant largement tendance à douter de ses propres capacités plutôt que de celles des autres.

« Bon, explique. Tu veux que j'aille voir des gens, c'est ça ? »

« Je ne veux pas, je te propose. Ce n'est pas la lieutenante qui te donne un ordre. On va dire que je me fais du souci pour toi …

« Parce que tu m'apprécies. »

« Oui, mais attention, ce mot peut prêter à confusion donc ne le répète pas de cette manière. Je pense que les gens comprendront mieux si on utilise le terme d'amitié. »

« Confusion par rapport à quoi ? »

« Et bien on peut apprécier une personne à différents niveaux. On peut simplement apprécier des qualités chez cette personne qui n'est alors rien d'autre qu'une connaissance. On peut aussi former des liens avec cette personne, une bienveillance réciproque, un souci mutuel de l'autre, partager ce qui se passe dans nos vies, l'entraide, … On parle alors d'amitié. Et puis, on peut avoir tous ces liens-là et aller un cran au-dessus. »

« Comment ça ? »

Kohana soupira. Les conversations avec lui relevaient toujours du parcours d'obstacle. Tenace, elle chercha ses mots.

« Je ne suis pas forcément la meilleure personne pour t'en parler. Je n'ai pas beaucoup d'expérience dans le sujet. Mais le cran au-dessus, c'est l'amour. Ce n'est plus simplement un ami mais quelqu'un avec qui tu veux partager ta vie, construire une famille avec, partager une certaine intimité, avoir une relation exclusive avec cet autre, … Je ne sais vraiment pas comment l'expliquer autrement. »

« Non, non, je vois à peu près. J'ai beau ne pas mettre le nez dehors, je lis quand même pas mal de bouquins. Ils en parlent un peu là-dedans. »

« OUF ! » Pensa très fort Mushoku.

« D'accord. Bon, je pense que dans notre cas, nous avons dépassé le simple rang de connaissance et sommes plutôt au niveau de l'amitié. Est-ce que ça te paraît juste ? »

Koshiro réfléchit sérieusement à sa question. Après une longue délibération, il hocha la tête.

« On y arrive, à pas de fourmis mais on y arrive ! » Lança Kohana à l'adresse de son zanpakuto. Celui-ci eut un éclat de rire moqueur mais ne répliqua rien.

« Bien, où en étais-je ? »

« Hm, on parlait des différents niveaux par rapport à … l'appréciation. Parce que tu te faisais du souci pour moi. Pourquoi ? »

« C'est ça ! Je me fais du souci pour toi parce que tu restes complètement cloisonné ici ! Bon, d'accord, le règlement ne te facilite pas forcément la tâche mais tes collègues arrivent à voir leurs proches, certains ont même une famille. Et même si tu as l'habitude de cette solitude et qu'elle te rassure, nous sommes tous des êtres humains, Koshiro. Nous sommes fait pour interagir les uns avec les autres, discuter, échanger, partager, construire ensemble. Cela fait partie de notre être. »

« Je n'aime pas les autres. » Répliqua Koshiro d'un ton ferme.

« Est-ce que c'est que tu ne les aimes pas ou qu'ils te font peur ? »

« Hé bé, t'y vas pas de main morte, toi ! »

« Je ne te demande pas d'affronter seul le monde extérieur et de discuter avec la première personne qui passe. Crois-moi, j'ai connu quelque chose de similaire à ta situation actuelle, quoique très différent. Je ne te demanderai jamais une telle chose. Je sais à quel point c'est terrifiant.

Mais si je te propose de te joindre à moi et quelques autres personnes que j'aurai soigneusement choisies pour aller manger dans une pièce privée de restaurant, au calme, pour pouvoir tranquillement bavarder et déguster ensemble un bon plat ? Nous ne serions pas plus de quatre et tu me connaitrais déjà. Tu ne serais donc pas dans un cadre complètement inconnu. Et je te promets que je t'aiderais à entrer dans la conversation, que j'expliquerai s'il y a besoin d'expliquer, bref, que tu n'auras pas à trouver tout seul ce qu'il faut dire quand et à qui. Et que tu ne seras pas seul non plus pour comprendre ce que les autres n'ont pas ou ont mal compris dans ce que tu as dit ou fait et vice versa.

Un jour, ce sera un restaurant, une autre fois, une soirée jeux de société peut-être, jeux auxquels tu nous battras d'ailleurs complètement, ou alors une randonnée, ou des activités de ce genre. Alors, est-ce que tu serais prêt à relever le défi ? »

Koshiro s'était assis sur sa chaise de bureau, apeuré et troublé.

« Je… je ne sais pas… c'est… c'est beaucoup. »

« Y aurait-il moyen de rendre ça plus facile ? Sans tricher non plus, car le but, c'est que tu apprennes peu à peu à interagir avec les autres. »

Seul le silence lui répondit. Puis,

« Je… je vais y réfléchir. Je te dirais. »

« D'accord. Je repasserai ici dans quelques jours. Ah, et Soi Fon me fait dire qu'elle ne compte plus t'apporter tes repas, maintenant que ta partie est terminée. Tu devras retourner à la cantine pour manger, ou mieux encore, dehors. Et interdiction de sauter des repas ! »

Koshiro lui jeta un regard mauvais auquel elle répondit par un petit sourire. Le laissant à ses réflexions, elle quitta la pièce.

Mais juste avant de fermer la porte, elle eut le temps d'entendre :

« Lieutenant ? Merci. »

Rassurée, elle ferma tout-à-fait la porte. Il ne lui en voulait pas trop.

« Kohana, le bon samaritain ! » La railla Mushoku.

« Notre victoire a été obtenue en grande partie grâce à son travail. Seulement, l'Onmitsukido n'est jamais cité pour les services qu'il rend. C'est la seule manière que j'ai trouvé pour le remercier de tout ce qu'il a fait. »

« Aide tout ce que tu veux, mais bientôt, je ne te laisserai plus fuir. Tu devras apprendre à t'aider toi-même, ou disparaître pour de bon. » Mais cela, Mushoku se garda bien de le dire à Kohana. Et celle-ci rejoignit son bureau sans se douter des intentions de son zanpakuto.

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 19 Janvier –

« Oh, Grimmjow-san, comment allez-vous ? »

L'espada ne daigna pas répondre à Pesche et celui-ci se mit à bouder, vexé par le peu de cas que l'on faisait de lui.

« Tiens, Grimmjow, qu'est-ce qui t'amènes par ici ? » Le salua à son tour Nelliel, plongée dans la lecture d'un énorme tome poussiéreux.

Cette fois-ci, le nouvel arrivant daigna répondre.

« Rien d'particulier. Vous foutez quoi en ce moment ? »

« Nous avons créé un tout nouveau jeu ! La course infernale ! Une variante de notre jeu favori. » S'exclama avec fierté Dondochakka.

« Donc, ce n'est pas un nouveau jeu mais une variante. » Répliqua vivement le second fraccion, revenu de sa bouderie.

Grimmjow Jaggerjack s'était immédiatement désintéressé du débat pour s'adresser à la seule personne à peu près saine d'esprit ici.

« Vous avez rien détecté de bizarre ces derniers jours ? »

« Non, tout est revenu à la normale. » Et un léger soupir de satisfaction ponctua cette observation.

Il y eut un silence.

« Ça te dit de s'battre ? »

Un frisson parcourut l'échine de la jeune femme qui referma son bouquin.

« Urgh, j'ai presque l'impression d'entendre Nnoitra. Par pitié, ne deviens pas comme lui. »

L'homme panthère se rembrunit et se laissa lourdement choir sur le sable.

Il observa les deux fraccions qui étaient en pleine joute verbale. S'ils en venaient aux mains, ça pourrait l'amuser deux minutes. Mais non, ces andouilles arrivaient enfin à se mettre d'accord. Dommage. L'énorme serpent qui leur servait de monture et de compagnon de jeu était en train de roupiller tout en se dorant la pilule au soleil. Il pourrait peut-être lui envoyer des cailloux pour l'asticoter. Cela mettrait les autres en colère et il pourrait se battre contre eux. Ce serait amusant. Un sourire carnassier se dessina sur son visage mais la voix de son ancienne collègue lui fit l'effet d'une douche glaciale.

« N'y pense même pas. »

Elle l'observait, sourcils froncés, intriguée par la raison de sa venue ici. Les espadas, ou ce qu'il en restait, n'étaient pas doués pour les relations de bon voisinage.

Il observa le ciel sans nuage, le désert sans fin, le calme désespérant qui régnait constamment autour des maîtres de la chaîne alimentaire de ce monde.

« J'm'ennuie. »

Nelliel eut un sourire ironique.

« Parce que je ne m'en étais même pas douté ! Hm, c'est vrai que c'est particulièrement paisible en ce moment. Ça fait bizarre. »

« Tu crois que l'autre tarée de shinigami pourrait revenir ? »

« De qui parles-tu ? »

« Celle qui nous proposait un marché avec Ichigo. »

« Oh ! Je ne sais pas. On l'a pas envoyé paître gentiment la dernière fois. »

« Et si on allait la chercher ? »

« Mais pourquoi ? »

« Bah, vu comme on s'emmerde, on pourrait peut-être discuter à nouveau de sa proposition. On lui envoie trois lignes comme quoi y'a rien à signaler une fois par an et elle nous envoie Ichigo pour qu'on s'amuse en échange. »

Nelliel le regarda, interloquée.

« Heu, c'était pas une fois par an et c'était pas seulement trois lignes qu'elle demandait. Et puis, je sais pas comment elle comptait nous l'amener ici sans son accord. »

« Ça, c'est son affaire. Un marché est un marché ! »

« Et je crois qu'elle stipulait aussi qu'on devait le garder en vie. »

« Bien entendu ! Un adversaire comme ça, ça se bichonne ! L'intérêt du marché, c'est que je puisse me battre à répétition contre lui ! »

« Hmm, mais avant vos combats, tu dois nous laisser du temps pour jouer avec lui. Je pense que la course infernale lui plairait bien. »

« Bon, c'est d'accord alors ? »

« C'est peut-être pas une si mauvaise idée finalement. Mais comment on fait pour lui envoyer un message à cette shinigami ? Tu te souviens de son nom ? »

« Aucune idée. Même pas sûr qu'elle se soit présentée à vrai dire. »

« Oui, et elle avait un drôle d'uniforme, un peu différent de celui des shinigamis habituels. »

« Pas de haori de capitaine en tout cas. »

« Je crois que je ne me souviens même plus de son visage. »

« Et bin, on est mal parti… »

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 20 Janvier –

Kohana déposa avec soulagement une dernière caisse dans la cave du cabanon. Tout y était à présent. Ginrei leur avait demandé, vivement approuvé par Soi Fon, de créer et conserver des doubles de tous les éléments qui touchaient de près ou de loin à cette affaire. En cas de falsification des preuves, ils auraient toujours une trace des originaux quelque part.

Byakuya avait alors proposé d'utiliser le cabanon comme lieu de stockage, celui-ci contenant déjà une bonne partie des doubles en question à cause de son aménagement en Q.G. depuis Septembre. Il avait eu l'idée de faire appel à Yachiru pour creuser un complexe de caves juste en dessous de la maisonnette, avec seulement deux accès, introuvables par les non-initiés. Elle était déjà dans le secret de toute façon et son expertise en la matière était non négligeable.

Quand Kohana avait eu vent de cette idée, elle avait aussitôt demandé au capitaine la permission d'assister à la scène lorsqu'il expliquerait son idée à la petite fille. Pour rien au monde n'aurait-elle voulu manquer cette scène. La tête de la lieutenante miniature, ses grands yeux brillants et son sourire à illuminer toute une planète en valait la peine. Jamais l'espionne n'avait vu Yachiru aussi heureuse.

Et elle s'était mise aussitôt au travail, interdisant leur présence sur les lieux pendant qu'elle creusait. Dommage. Kohana aurait bien souhaité découvrir par quels moyens la fillette arrivait à de tels exploits. Et elle n'était pas la seule. Elle avait constaté que le propriétaire des lieux avait essayé de s'approcher discrètement du chantier à deux ou trois reprises, pour se faire aussitôt rabrouer par l'ouvrière.

Un léger sourire apparut sur ses lèvres à ce souvenir. Le souterrain avait été creusé, Soi Fon et elle avaient posé les systèmes de sécurité les plus sophistiqués qu'elles connaissent, Byakuya avait rajouté une ou deux additions de son propre crû et les preuves étaient enfin toutes rassemblées dans leur lieu de dépôt, au grand soulagement de son dos.

A côté d'elle, le capitaine finissait de répertorier les dernières archives en les ajoutant sur un carnet déjà rempli d'annotations. Sa famille n'était pas en charge de la conservation de l'histoire de la Soul Society pour rien.

Il inscrivit une dernière ligne puis se tourna vers elle, constatant qu'elle avait également terminé son travail. L'invitant du geste à l'accompagner, ils se dirigèrent lentement vers leur endroit : cette rive si tranquille, au tapis d'herbes moelleuses et aux arbres clairsemés, laissant voir le ciel et ses astres. L'hiver avait un peu diminué le confort du lieu mais elle avait hâte de découvrir à quoi il ressemblerait au printemps.

C'est en s'asseyant à quelques mètres de la rivière qu'elle se rendit compte avec un pincement au cœur qu'elle n'avait plus de raisons pour venir ici. Enfin, si, elle avait des raisons mais pas d'excuses.

Le silence s'installa entre eux, mais pour une fois, Kohana ne l'apprécia pas à sa juste mesure. Une question lui brûlait les lèvres et elle n'osait pas la poser, ne savait pas comment.

Finalement, n'y tenant plus, elle se lança.

« Kuchiki-sama ? »

Il tourna les yeux vers elle, attentif.

« Pourrais-je… c'est-à-dire… Le cabanon… Nous avons terminé notre part dans cette affaire et je n'ai plus à travailler ici mais… j'apprécie cet endroit. J'ai rarement l'occasion de profiter d'un tel calme et d'un lieu aussi beau. Je me demandais… Accepteriez-vous que je revienne de temps à autre ici ? »

Byakuya l'observa un instant mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre.

« Je ne vous dérangerai pas. Je passerai juste quelques soirées au calme, juste là, sans jamais me faire voir de vos gens. Je ne sais pas si vous aviez l'habitude de venir ici avant mais je garderai le silence. Ou même, je ferais demi-tour les soirs où vous serez là pour ne pas vous déranger. Je… »

« Mumei-san ? »

« Heu… Oui ? »

Intérieurement, elle s'agonisait d'injures pour tous ces balbutiements et une formulation aussi maladroite de sa demande. Sa timidité et sa gêne dès qu'elle débarquait dans une situation inconnue étaient une plaie !

« Vous pouvez revenir ici autant de fois que vous le voudrez, même quand je suis là. Si votre présence me dérangeait, je vous l'aurais fait savoir ou j'aurais simplement trouvé un autre endroit. Les lieux paisibles ne manquent pas dans mon domaine. »

Il s'arrêta un instant, ne sachant trop comment formuler ce qui suivait sans paraître gauche ou créer un malentendu.

« J'apprécie ces moments de méditation et les conversations que nous avons parfois. N'hésitez pas à me signaler votre présence lorsque vous venez ici. »

Kohana ne savait quoi répondre. Un étrange sentiment de gratitude, de joie et d'autre chose encore l'envahit.

« Merci capitaine, c'est un plaisir partagé. »

Il se mit à l'observer à nouveau. Avait-elle donné une réponse inappropriée ? Passant en revue les différentes options qu'elle aurait pu choisir, elle ne fit pas tout de suite attention à ce qu'il disait.

« Pardon ? »

Heureusement, il n'eut pas l'air de se formaliser de son absence. Elle se demanda même s'il n'était pas en train de sourire.

« Il est d'usage que les amis s'appellent par leurs prénoms, même parmi les nobles. Accepteriez-vous que nous adoptions cette coutume lorsque nous sommes dans un cadre moins formel, comme celui-ci ? »

Elle resta sans voix un moment. Elle n'arrivait plus à déchiffrer tout ce qui se passait en elle alors elle appliqua la bonne vieille tactique du mur. Celle-ci était toujours aussi efficace après toutes ces années. Observant à son tour son interlocuteur, elle se rendit compte qu'il n'était plus simplement un supérieur ni un chef de clan à ses yeux. Et même si elle ne le traiterait jamais avec autant de familiarité que Yachiru, Yukiko, Koshiro ou encore Makae, la réponse était claire pour elle.

« Avec joie, Byakuya-sama. »

Cette fois-ci, il eut un vrai sourire.

« Merci, Kohana-san. »

Ce n'est que quelques jours plus tard, après avoir rejoué une dizaine de fois cette scène dans sa tête, qu'elle se rendit compte qu'il s'était exprimé de manière beaucoup plus formelle que lors de leurs derniers échanges, qu'il n'avait pas cessé d'observer ses réactions et qu'il s'était tenu encore plus droit que d'habitude.

Il avait beau avoir été éduqué aux mondanités, Byakuya Kuchiki était peu à l'aise dès que l'on approchait d'une conversation à cœur ouvert. Et elle ne put s'empêcher de sourire en se rendant compte à quel point ils avaient été aussi gauches et gênés l'un que l'autre pour poser les fondations de cette amitié.

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- 16 ans après la défaite d'Aizen – Novembre -

« Ah, capitaine Soi Fon. Soyez la bienvenue. »

« Monsieur le directeur. » Se contenta de répondre le maître espion. « Où se trouve la personne dont vous me parliez ? »

« Sûrement dans la salle Jasmin avec deux ou trois paquets de craies. Elle est toujours vide à cette heure de la journée et c'est l'une de nos salles avec le plus de tableaux. Elle nous sert pour les cours d'écriture. »

« Et qu'a-t-il de spécial, celui-là ? »

« C'est l'un des pires cas que j'ai jamais rencontré. Brillantissime mais à sa manière à lui. »

« Comment ça ? »

« Laissez le seul avec 6 tableaux et un paquet de craie, sans aucune audience et avec un problème en tête. Revenez quelques heures plus tard et vous trouverez tableaux, sols, murs, parfois même plafonds et tables, couverts d'écriture bizarre. Accessoirement, il aura généralement trouvé la réponse au problème donné et à toutes les interrogations qui en résultent. Enfin, ça dépend de la matière et de son niveau d'inspiration et de motivation ce jour-là, c'est vrai. »

« D'accord, mais j'en ai quelques-uns un peu comme ça déjà. Pourquoi dites-vous qu'il l'est à sa manière. »

« Ho, je connais certains des vôtres pour avoir été leur professeur. Brillants mais arrivant quand même à peu près à fonctionner avec leur environnement. »

« Et lui, non ? »

« Il a réussi à décrocher les deuxièmes pires résultats, toutes sections et années confondues depuis le fondement de l'Académie. Je ne prends pas en compte ceux qui faisaient exprès pour être renvoyés de l'Académie bien entendu. »

« Pourquoi ? Il bloque dès qu'on l'interroge ? »

« Ce n'est pas un blocage. Il donne ses réponses de manière assurée. Réponses fort intéressantes d'ailleurs mais toujours complètement à côté de la plaque. On a l'impression de parler un autre langage avec lui. Certains professeurs lui ont même interdit de poser plus de trois pourquoi par jour car leurs nerfs lâchaient. A chaque fois qu'on lui pose une question, il faut passer une demi-heure pour définir précisément chacun des mots puis préciser la connotation que lui prête le contexte dans lequel on se trouve. Vous me connaissez, capitaine. Je n'ai pas pour habitude de me laisser démonter, et je me considère comme un enseignant remarquablement patient. J'en ai vu passer des énergumènes qui essayaient de me défier et de me faire craquer. Ils ont tous échoués. Mais lui, c'est humiliant. Il n'essaye même pas et il est le seul à y arriver. »

« Et vous pensez qu'il pourrait servir à la seconde division ? »

« Allons, capitaine, ne me prenez pas pour un imbécile. Il ne survivrait jamais à la 2nde. Il déprimerait au bout de quelques jours, après avoir poussé certains de ses collègues au suicide sans même s'en rendre compte. Non, je pense à votre autre entité, et plus particulièrement à la 4ème unité. »

Soi Fon hocha la tête. Elle ne savait pas encore s'il pourrait lui être utile, mais s'il y avait une unité dans laquelle ce genre de cas pouvait servir, c'était bien chez les Archivistes. Pourquoi, oh, pourquoi écopait-elle des pires cas sociaux se présentant à l'Académie ? Par moment, être le chef des Forces Spéciales s'apparentait plus à un cauchemar qu'autre chose. Mais elle s'était rendue compte avec l'histoire de Kohana que certaines personnes incapables d'obtenir le diplôme de l'Académie pouvaient toutefois révéler des capacités parfaitement adaptées aux diverses branches des Forces Secrètes. Elle avait passé un accord avec le directeur de l'établissement. A chaque fois qu'il se retrouvait avec un élève doué mais qui ne rentrait pas dans le cadre, il l'appelait. Elle pouvait alors juger elle-même des potentiels et de la possibilité de les intégrer, d'une manière ou d'une autre, dans l'une de ses unités.

C'était une tâche rébarbative et complexe. Car avec ce genre de personnage, il fallait bien souvent adapter le système autour d'eux plutôt que d'essayer de les adapter eux. Finalement, Kohana n'avait pas été la pire et avait réussi plus ou moins à rentrer dans le moule, avec quelques sérieux coups de pouce. Elle avait l'étrange pressentiment que ce ne serait pas aussi simple avec ce garçon-là. Heureusement, le directeur de l'Académie avait changé peu d'années auparavant. La tâche aurait été infernale avec le bouffon qui occupait le poste auparavant. Mais le remplaçant était un ancien professeur, remarquablement intelligent et pédagogue et avec une intuition sans faille pour deviner les caractères. Avec son aide, peut-être trouveraient-ils un moyen.

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« Vous êtes le capitaine Soi-Fon ? »

« Bonjour Honda-san. »

« Ha ! Bonjour Capitaine Soi-Fon. »

Ça commençait bien.

« J'ai ici les rapports du directeur de l'Académie et de la psychologue qui vous a vu il y a quelques jours. »

Pas de réponses, pas de réactions, rien.

« Savez-vous ce qu'est l'Onmitsukido ? »

« L'Onmitsukido, aussi appelée l'Unité Mobile Secrète, les Forces Spéciales ou Opérations Secrètes est l'une des trois branches militaires principales de la Soul Society. Elle est constituée de 5 unités sous votre commandement et travaille en collaboration étroite avec la deuxième division du Gotei 13, également sous votre commandement. Comme son nom l'indique, ses missions, ses membres, son organisation et même ses recrutements sont gardés secrets. En théorie. Car en pratique, tout shinigami sait à peu près quel est le rôle de chacune des cinq unités mis à part la 4ème qui est moins connue. De plus, on sait pertinemment, même ici à l'Académie, que c'est l'Onmitsukido qui contacte ses candidats et non l'inverse. Depuis quelques années, certaines missions de l'Onmitsukido ont même été mises en valeur et révélées dans les grandes lignes, sans aucun doute pour rallier l'opinion publique. En effet, à cause de la nature secrète de ses missions et de l'utilisation de moyens peu appréciés de la population, l'Onmitsukido n'est pas bien considérée par la grande majorité. Les gens en parlent avec un mélange de peur et de respect, mais surtout en disant beaucoup de bêtises et de faits non prouvés. »

« Cela suffira, Honda-san. Votre réponse est détaillée et dans l'ensemble correcte. »

« Dans l'ensemble correcte ? Cela veut dire que certaines de mes informations sont fausses ? Pourriez-vous m'indiquer lesquelles ? »

Soi Fon eut soudain l'envie de boire une bouteille de saké. Au bout de combien de jours disait-on qu'il poussait les autres au suicide ?

« Non. Quelle que soit l'issue de cet entretien, vous devrez cherchez les réponses par vous-même. »

« Ha. Bien. »

Soi Fon en fut surprise. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il lâche l'affaire aussi facilement.

« Honda-san, je vais vous demander de prêter serment de ne pas révéler à qui que ce soit ce dont nous allons discuter dans cette pièce, sauf contrordre de ma part. »

Ayant déjà rencontré quelques personnes de cet acabit, quoiqu'aucune n'arrive à sa cheville, et également prévenue par le directeur, elle choisissait avec soin chacun des mots qu'elle employait car elle savait que tout serait interprété au premier degré.

« Bien Capitaine. »

« Alors ? »

« Alors quoi ? »

« Qu'attendez-vous pour jurer le silence ? »

« Oh, vous avez dit : je vais vous demander. Mais vous ne m'aviez pas demandé, vous m'aviez prévenu. Du coup j'attendais que vous me demandiez. »

Apparemment, elle n'avait pas fait assez attention. Après une grande inspiration, elle reprit.

« Jurez moi maintenant que vous ne révélerez rien de notre discussion à qui que ce soit sauf contrordre de ma part. »

« Je le jure, capitaine. »

« Bien. »

« Mais je ne vois pas à quoi ça sert. Ce n'est qu'une parole. Et les gens n'arrêtent pas de comprendre de travers tout ce qu'on dit ou fait. Comment pouvez-vous croire aussi facilement sur une parole ? Qu'est-ce qui vous dit que je ne vais pas faire autrement que ce que j'ai dit. Moi, je sais que je fais ce que je dis, parce que c'est moi. Mais vous, vous ne savez pas.

« Honda-san. C'est ce qu'on appelle juger un caractère. Je ne suis pas vous. Mais j'ai étudié qui vous êtes et tous les résultats de cette étude sont pour moi des signes et des preuves que vous respecterez votre serment. »

« Oh ! Je vois. Je suis un très mauvais juge de caractère alors. A chaque fois que je prévois une réaction, il se passe toujours quelque chose de complètement inattendu. C'est très compliqué. »

« Si cela peut vous rassurer, Honda-san, vous êtes autant un mystère pour les autres que les autres sont un mystère pour vous. »

« Oh. Et en quoi est-ce censé me rassurer ? »

« Parce qu'au moins, vous n'êtes pas le seul paumé dans l'histoire. »

« Et c'est rassurant ? »

« Pour certains, oui. Maintenant, revenons à la raison de ma venue ici. »

Elle n'ajouta pas le « si vous voulez bien », sachant très bien que cela déclencherait une nouvelle discussion. La prochaine fois, elle demanderait de la camomille et du tilleul avant une entrevue pareille.

« La quatrième unité de l'Onmitsukido est la plus secrète car d'elle dépend le bon fonctionnement de toute l'organisation. C'est elle qui gère les archives, crée, reçoit, trie et fait le lien entre tous les documents qui circulent. Il peut s'agir de preuves rassemblées sur une affaire, d'une fausse identité qui va servir à l'un de nos agents en infiltration, d'établir le lien entre différents établissements et personnes qui préféreraient garder leur implication secrète, d'inventer de fausses histoires plausibles pour couvrir une vérité bien trop dangereuse à révéler, de tout ce genre de casse-têtes et d'énigmes pour trouver et neutraliser les coupables d'un côté, protéger nos agents et la population de l'autre. »

« D'accord. Mais je croyais que je devais trouver les réponses par moi-même ? Alors pourquoi m'expliquez-vous ce que fait la 4ème unité ? »

« Je vous l'explique parce que je vous propose de rejoindre cette unité pour y travailler sous mes ordres. Et vous ne pourriez pas accepter une telle proposition sans savoir de quoi il s'agit exactement. »

« Oh. D'accord. »

« D'accord à quoi ? »

« D'accord pour rejoindre la 4ème unité. »

« Je ne vous ai pas encore prévenue des contreparties. Toutes vos sorties seront étroitement surveillées afin de nous assurer qu'aucune information ne pourra filtrer. Vous devrez vivre dans les quartiers de l'unité qui se trouvent pour la plupart en sous-sol. Vous n'aurez que très peu de contacts avec l'extérieur et vous devrez constamment vivre avec vos collègues autour. C'est un métier très dur et peu reluisant, ignoré de tous. Vous ne voulez pas prendre le temps de réfléchir ? »

« J'ai réfléchi. Je ne pourrai pas terminer mon éducation à l'Académie, mes résultats sont trop mauvais pour qu'ils me gardent l'année prochaine. Je n'ai pas trouvé de métier qui me convienne au Rukongai et ce n'est pas faute d'avoir cherché. Je ne sais pas ce que je ferai dans une division du Gotei. Je préfère éviter de parler aux gens et je peux passer des jours enfermé dans une pièce tant que j'ai de quoi occuper mon cerveau. Ça me paraît la bonne solution. Et j'ai toujours aimé les casse-têtes et les énigmes. »

Soi Fon eut envie de pousser un gros soupir mais se retint juste à temps. Avait-elle vraiment pris la bonne décision ?

« Très bien. Dans ce cas, l'un de mes subordonnés viendra vous chercher dans deux jours, le temps que vous prépariez vos affaires et que le directeur signe vos papiers de sortie. »

« D'accord. »

Soi Fon allait sortir mais se ravisa soudain lorsqu'elle imagina son quatrième siège en train de se dépatouiller avec cette recrue pour le moins spéciale.

« Oh, et Honda-san ? »

« Oui, capitaine ? »

« Le directeur m'a dit que vous n'aviez droit qu'à trois questions par jour avec chacun de vos professeurs. »

« C'est exact. Comme vous n'êtes pas mon professeur, je me suis permis d'en poser plus. »

« Je ne peux que vous conseiller d'appliquer la même règle avec vos futurs collègues et supérieurs. Cela vous facilitera la vie. Et non, je ne vous expliquerai pas pourquoi. »

« Ah. J'essaierai alors, capitaine. »

« Très bien. Koshiro Honda, bienvenue à l'Onmitsukido. »

Ce à quoi l'interpellé ne répondit rien, se contenant de la saluer et de quitter la salle.

Cette fois-ci, il n'y avait personne pour l'entendre et elle laissa partir le soupir qu'elle retenait depuis le début de la conversation.

« Je fais ça pour la Soul Society, je fais ça pour la Soul Society, je fais ça pour la Soul Society. »

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- 17 ans après la défaite d'Aizen – Avril -

« Je n'en peux plus, Capitaine. J'ai tout essayé. Mais tout ce qui marche avec les autres échoue avec lui. Et pourtant, on en a des cas chez nous. Mais à chaque fois, il comprend tout de travers. J'ai beau me répandre en explications, j'ai l'impression que plus je parle, moins il comprend. Je suis à bout et je n'ose plus le confier à aucun de mes chefs d'équipe. Ils m'ont tous menacé de donner leur démission. »

Cette fois-ci, Soi Fon était parée et commença par avaler une grande tasse de thé relaxant, préparé spécialement par Unohana et sous le sceau du secret une fois qu'elle lui avait expliqué son problème.

« Où est-il en ce moment ? »

« Enfermé dans l'une des salles de réunion. Il dit qu'il est incapable de travailler avec autant de gens autour de lui. »

« Bon, je vais le voir et tâcher de trouver une solution. »

« Merci, Capitaine. »

Elle aurait bien voulu lui ordonner d'arrêter ses simagrées mais après avoir interagi avec le personnage, personne ne pouvait blâmer le 4ème siège qui avait dû le gérer pendant 5 mois.

Arrivée devant la salle où Il se trouvait, elle ouvrit résolument la porte.

« Honda-san. »

Et elle s'arrêta net devant le capharnaüm de cette pièce. Des schémas, symboles et lignes partout sur les murs, tracés à la craie blanche. Des papiers reliés entre eux par des fils de tissu, des cahiers éventrés, des archives laissées ouvertes un peu n'importe où, des tiroirs vidés, …

Et au milieu de tout ça, Koshiro Honda qui regardait avec surprise son capitaine.

Contrôlant avec soin son énervement, elle entra dans la salle et ferma la porte.

« Y-a-t-il une chaise sur laquelle je puisse m'asseoir ? »

« Oh, heu, celle-là, non. Et certainement pas celle-là. Je peux peut-être bouger celle-ci… ah mais non, elle fait pile poil le lien entre… »

« Je vous donne 10 secondes, Honda-san, pour me libérer une place. »

Celui-ci arrêta ses marmonnements et se précipita en vitesse vers une chaise un peu plus loin qu'il débarrassa avec précaution de son chargement pour le placer avec difficulté juste en-dessous, entre ses quatre pieds de bois.

« Voilà, capitaine. »

Elle inclina la tête en guise de merci et prit place.

« Le 4ème siège m'a signalé que vous aviez tous les deux des problèmes à vous faire comprendre l'un de l'autre. »

« Ha, c'est exact. »

« Pourriez-vous m'expliquez ce qui vous pose problème et si vous avez des suggestions afin que vous arriviez tous les deux à travailler ensemble malgré vos différences. »

Koshiro réfléchit soigneusement, jouant machinalement un pinceau qui traînait sur la table.

« Je ne sais pas, Capitaine. » Répondit-il enfin. « J'ai toujours eu ce problème. Au Rukongai, avec les voisins, à l'Académie avec les étudiants et les professeurs, et ici avec les collègues et les chefs. Je sais que le problème vient de moi, mais je n'arrive pas à le résoudre. »

Soi Fon avait pris le temps de relire les rapports du directeur avant de venir ici. Elle avait relevé un point notamment qui l'avait intrigué.

« A l'Académie, vous répondiez toujours de travers aux questions, que ce soit dans les examens oraux ou écrits. Pourtant, vous êtes parfaitement capable de résoudre un problème. Qu'est-ce qu'il y avait de différent dans les problèmes posés aux examens et ceux que vous résolvez par vous-même ? »

« Oh. Et bien. Mes problèmes que je résous, ce sont mes problèmes, vous voyez. C'est moi qui me pose les questions. Je sais pourquoi je me les pose, je sais ce que je cherche et je sais ce que signifient mes questions. Mais aux examens … Jé bien d'abord, je ne comprends jamais pourquoi ils posent ces questions-là et qu'est-ce qu'ils veulent, qu'est-ce qu'ils cherchent avec elles. Et puis, un examen, tout le monde dit que c'est dur. Mais parfois, souvent, leurs questions sont tellement … bêtes ! Alors je me dis qu'il y a forcément des pièges, que c'est pour nous avoir, et je cherche où est le piège. Et quand je crois l'avoir trouvé, j'y réponds. Sauf que je comprends après qu'il n'y avait pas de piège et que c'était vraiment une question bête. Et le pire, c'est que je recommence à chaque fois. Même quand ça vient de m'arriver, dès qu'il y a une autre question qui arrive, je cherche à nouveau le piège. Mais il n'y en a pas. Et le jour où il y en a, je me dis que le piège est trop bête et que cette fois-ci, il n'y en a vraiment pas. Je réponds alors juste à la question. Mais cette fois-ci, il fallait répondre au piège. »

Soi Fon ferma les yeux. Arriveraient-ils jamais à communiquer avec lui ? Ou alors, justement, la clé était peut-être de ne pas trop chercher à communiquer ? Le 4ème siège n'avait-il pas dit que plus il expliquait, moins Honda comprenait ? Et s'ils lui donnaient le minimum d'indications ? Juste les documents et leur objectif final ? Est-ce qu'ils n'y arriveraient pas mieux comme ça ? Honda pourrait alors étudier ce qu'on lui avait donné en se posant lui-même les questions avec son propre langage. Ça avait peut-être l'air idiot, dit comme ça, mais vu où ils en étaient, ça valait le coup d'essayer.

« Honda-san, voici ce que nous allons faire. Et si ça échoue, je serais à court d'idées et je ne pourrai plus vous aider. Vous devrez chercher une solution par vous-même ou trouver un autre métier. »

Koshiro se pencha avidement pour l'écouter, espérant de tout son cœur arriver enfin à quelque chose.

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- 17 ans après la défaite d'Aizen – Juin -

« Qu'est-ce que c'est que ça ? »

« Un casse-tête, capitaine. Je l'ai conçu moi-même ! »

Soi Fon avait l'étrange impression que les rôles étaient inversés. Aujourd'hui, c'était elle qui posait les questions. Elle essaya de feinter.

« Il a l'air complexe. »

« Mais en réalité, il est très simple. »

Bon, quand il fallait, il fallait.

« Vous vouliez me le montrer ? Ou que je fasse quelque chose avec ? »

« Oh. Non, c'est un cadeau, en fait. »

« Un cadeau. »

C'était bien la première fois qu'un subordonné était assez fou pour lui faire un cadeau.

« Oui. Je tenais à vous remercier capitaine. J'arrive à comprendre ce qu'on me dit. Enfin, je crois. En tout cas, le chef est content de mon travail maintenant et il m'a même félicité l'autre jour. Et j'ai droit à une salle pour moi tout seul où je peux étaler tous mes papiers, et je n'ai plus besoin de déranger les autres, et les autres ne me dérangent plus. Alors je me suis souvenu de ce que vous aviez dit le jour de l'entretien. Ça m'a fait penser à quelque chose d'autre que le directeur m'avait dit, et du coup je me suis posé une question. Et ça a donné ça. »

« Ce casse-tête ? »

« Oui. »

« A partir de quelque chose que le directeur et moi vous avons dit. »

« Ha, ce n'était pas tout-à-fait les mêmes choses mais j'ai trouvé un lien entre elles qui m'a fait me poser une question et du coup j'ai fait ce casse-tête. C'est une sorte de test en quelque sorte. »

« Un test. Par rapport à quoi ? »

« Pour obtenir la réponse à ma question. »

Soi Fon prit une grande inspiration.

« Concrètement, que suis-je censée faire avec ce casse-tête ? »

« Trouver la solution. »

Avec tout autre, elle les aurait déjà envoyé promener depuis belle lurette. Mais celui-là avait beau être particulièrement fatigant pour ses nerfs, elle savait qu'il n'avait pas la moindre mauvaise intention en tête. Prenant son mal en patience, elle décida de gagner du temps. Et à vrai dire, un cerveau pareil, aussi usant qu'il soit pour les nerfs, ça se soignait pour le jour où lui arriverait là où tous les autres avaient échoué à comprendre quoi que ce soit.

« J'ai du travail urgent, mais j'essaierai lorsque j'aurai un peu de temps libre. Merci pour le… cadeau, Honda-san. »

Celui-ci se contenta de sourire avant de repartir sans rien ajouter.

Il faudrait vraiment qu'ils lui apprennent les réponses basiques que demandait la politesse. Ses départs brusques commençaient sérieusement à lui taper sur les nerfs.

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- 17 ans après la défaite d'Aizen – Juillet -

Soi Fon contemplait avec fureur ce drôle d'assemblage de cordes, de billes, d'anneaux et autres pièces biscornues qui la narguait depuis un mois.

Elle avait passé elle ne savait combien d'heures dessus. Mais elle n'avait jamais réussi à le défaire. Du moins, soupçonnait-elle qu'il fallait essayer de dissocier l'ensemble, si ses connaissances en matière de casse-tête étaient exactes. Mais chacune des pièces était solidement fixée à d'autres et le tout formait un ensemble compact qui ne laissait aucun jeu nulle part.

A ce moment-là, on toqua à sa porte.

Ha, ils arrivaient enfin. Elle déposa l'énigme sur un coin de son bureau, de sorte qu'il attire l'attention sans que l'on croie qu'elle l'ait mis là pour qu'il attire l'attention.

« Entrez. »

Son lieutenant et son troisième siège débarquèrent dans la pièce pour faire leur rapport sur leurs unités respectives. Au fil de la conversation, leurs regards se posèrent de plus en plus fréquemment sur l'étrange objet qui lui résistait depuis tout ce temps.

A la fin de la discussion, n'y tenant plus, Omaeda se lança.

« Qu'est-ce que c'est, capitaine ? De l'art moderne ? »

« Non. Il s'agit d'un casse-tête. »

« Ha. »

Intriguée, Kohana se pencha à son tour sur l'assemblage.

« Je n'en ai jamais vu de pareil. Il a l'air particulièrement compliqué. »

« Si ça vous amuse, vous pouvez l'emporter et essayer de le résoudre. Bien, je crois que nous en avons fini avec le partage du budget. Passons aux nouvelles recrues. »

Ils se concentrèrent sur ce nouveau sujet mais Soi Fon savait qu'elle avait fait mouche. Une fois leur réunion achevée, Kohana demanda la permission de l'emporter, que Soi Fon lui accorda. Omaeda était déjà en train de lancer des suggestions sur comment le résoudre. Parfait, ses subordonnés auraient plus de temps pour tenter de le résoudre ou bien, ils iraient demander conseil à des experts. Le capitaine Ukitake était particulièrement doué à ce genre de jeu.

Et une fois qu'ils auraient la réponse et rapporteraient cet objet infernal, elle n'aurait plus qu'à les interroger habilement pour obtenir la réponse. Un fin sourire parcourut ses lèvres. Elle n'était pas le commandant de l'Onmitsukido pour rien.

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- 17 ans après la défaite d'Aizen – Septembre -

« Tiens, qu'est-ce que c'est que ça ? Un casse-tête ? Je ne savais pas que tu t'amusais à ça ! Celui-ci a l'air compliqué en plus. Alors, combien de temps ça t'a pris pour trouver la réponse ? »

Autant, Soi Fon était ravie de la visite de son ancienne capitaine, autant, elle aurait préféré que celle-ci ne remarque pas cette abomination. Ses subordonnés avaient échoués, elle-même avait jeté l'éponge mais elle n'arrivait pas à le brûler. A coup sûr, Honda finirait par lui demander si elle avait trouvé. Et n'avait-il pas mentionné que c'était également un test ? Un test de quoi ? Il n'avait pas fini de l'énerver celui-là, avec ses idées saugrenues !

« Vous pouvez l'emporter pour tenter votre chance si vous voulez. »

Et si elle l'emportait dans le monde des vivants, elle pourrait demander à… l'autre … de le résoudre. Il fallait bien qu'il mérite son appellation de génie à un moment ou à un autre, non ?

« Hm. Alors, tu n'y arrives pas ? Où l'as-tu trouvé ? »

Et évidemment, même si elle pouvait rouler son lieutenant et son troisième siège sans aucune difficulté… ou presque, c'était une autre paire de manche lorsqu'il s'agissait de Yoruichi-sama.

« Quelqu'un m'a proposé de le résoudre. Mais je n'ai pas eu beaucoup de temps à y consacrer. »

« Je vois. » Le ton de Yoruichi indiquait qu'elle voyait très bien en effet.

L'ancienne capitaine observa attentivement le drôle d'objet. Elle le tâta, le retourna, le secoua, tira par ci et par là sans succès. Au bout de 10 minutes d'une contemplation silencieuse, elle se transforma soudain en chat et commença à le renifler et à le palper avec ses pattes.

« Mais pourquoi vous être transformée ? » S'exclama avec surprise Soi Fon.

« Oh, je me disais qu'un autre angle de vue pourrait m'aider. Mais non, décidément, aucun indice. Hm, je vais l'emporter avec moi. Ça amusera Urahara. »

Ce qu'elle fit sans plus tarder. Finalement, elle arriverait peut-être à obtenir une réponse dans les prochains jours, si tant est que ni l'un ni l'autre n'oublient ce jouet dans un coin.

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- 17 ans après la défaite d'Aizen – Octobre -

« Il a tout essayé. Il a même fait des scanners et des ultrasons pour tracer un schéma de l'intérieur et de toutes les pièces. Mais il n'a aucune idée de comment le défaire. Il dit qu'il faudrait juste un mouvement initial pour que tout se sépare mais il n'arrive pas à trouver lequel. »

Soi Fon écoutait atterrée les explications de Yoruichi.

« Bon, ça suffit comme ça, j'en ai marre de ces bêtises. J'ai déjà perdu trop de temps avec cette histoire. »

Elle invoqua un papillon des enfers et quelques minutes plus tard, Kohana entrait dans son bureau.

« Vous vouliez me voir, capitaine ? »

« Kohana. J'ai une mission pour toi. »

« Bien, capitaine. »

« Tu vas prendre ce casse-tête, l'amener à Honda-san et dire que je t'ai permis d'essayer de le résoudre mais que tu n'arrives pas à trouver la solution. Je crois que tu t'entends bien avec lui. Il te donnera peut-être la réponse. Yoruichi-sama et moi seront postées dans le couloir et passeront juste au bon moment pour le voir faire. »

« Euh… à vos ordres, mon capitaine. »

La 3ème siège n'y comprenait rien du tout si ce n'est que cette mission n'avait rien d'officiel puisque la capitaine l'avait appelée par son prénom et non par son grade. Omaeda et elle s'étaient posé quelques questions sur l'origine de cet étrange casse-tête. Ils avaient même demandé de l'aide à certaines personnes du Seireitei mais sans succès. Elle commençait enfin à entrevoir une lueur d'explication et se décida à exécuter à la lettre les ordres de sa supérieure.

C'est ainsi qu'elle se retrouva à toquer à la porte du bureau de Koshiro, casse-tête en main, alors que Soi Fon et Yoruichi étaient soigneusement dissimulées à plusieurs pas de là.

« Mumei-san ? »

« Bonjour Koshiro-san. Dis, j'ai trouvé ce casse-tête chez la capitaine et elle m'a permis d'essayer de le résoudre. Mais j'ai beau y avoir passé des heures dessus, je n'y arrive pas. Accepterais-tu de me donner la réponse et de m'expliquer comment ça fonctionne ? »

« Oh. Et bien en fait c'est très simple. Enfin, non. Parce que si c'est très simple pour moi, et si mon hypothèse est juste, alors ça devrait être très compliqué pour vous. »

« Il va falloir que tu me donnes plus de détails et que tu me racontes depuis le début parce que je n'y comprends rien du tout. »

Il hocha la tête.

« Quand j'étais à l'Académie, le directeur me disait toujours que je devais arrêter de chercher une explication compliquée quand on me parlait et que souvent, l'explication la plus simple était la plus probable. De là, j'en ai déduit que ce qui était très simple pour les autres était très compliqué pour moi. Puis, le capitaine Soi Fon m'a dit que j'étais autant un mystère pour les autres que les autres étaient un mystère pour moi. Elle a dit aussi que ça pouvait me rassurer et j'ai trouvé ça bizarre parce que ça m'a fait l'effet inverse. Mais bon. Du coup, je me suis dit que si ce qui était simple pour les autres était compliqué pour moi et que j'étais autant un mystère pour eux, qu'eux, un mystère pour moi, la conclusion logique, c'est que ce qui était très simple pour moi était très compliqué pour les autres. D'où ce casse-tête. »

« Attends, attends. Donc si je comprends bien, ce casse-tête est extrêmement simple pour toi ? Et tu voulais voir si jamais il était extrêmement compliqué pour nous, ce qui permettrait d'étayer ta théorie ? »

« C'est ça ! » S'exclama Koshiro tout joyeux.

Kohana avait une sérieuse migraine en train de marteler son crâne mais elle ne renonça pas pour autant.

« Et du coup, comment le résout-on ce casse-tête ? »

« Comme ça. »

Koshiro prit le casse-tête et y appliqua la plus minuscule des pressions. Toutes les pièces se séparèrent les unes des autres pour reposer sagement contre ses paumes.