Merci, merci, merci pour vos commentaires ! Vous êtes vraiment des lecteurs(rices) génialissimes ! Merciiii ! J'espère que ce chapitre vous plaira, même s'il est un peu moins mouvementé. En tout cas, ne vous en faites pas, l'aventure est loin d'être finie ;)
20h36
Emma finit en vitesse le sandwich au jambon qu'elle avait trouvé à la cafétéria de l'hôpital et jeta l'emballage. À cette heure, la grande salle d'accueil commençait peu à peu à se vider. Elle observait les autres visiteurs, et pouvait aisément deviner la raison de leur présence. Des hommes qui devaient attendre des nouvelles de l'accouchement de leur conjointe, des mères s'interrogeant sur l'avenir de leurs enfants, des familles venues dire un dernier au-revoir à l'un de leurs membres… Elle frissonna devant tant d'espoir, de chagrin et d'inquiétude, et remit sa veste rapidement. Elle ne devait pas s'apitoyer sur son propre sort, sinon elle risquait de devenir barge. Surtout, son manque de sommeil la faisait déjà divaguer, et elle savait que ça n'irait pas en s'améliorant. Robin l'avait quittée pour retourner à la base de fortune où l'unité s'était installée. Au vu de la situation, les marines avaient négocié un bâtiment avec leur ambassade, et pu déplacer leur base dans la capitale. D'une place si stratégique, ils pourraient à la fois prendre des nouvelles de Regina, mais aussi continuer leur mission.
De son côté, Emma avait seulement rencontré deux d'entre eux. Un jeune homme à peine majeur qui répondait au nom d'Herc, et paraissait peu sûr de son avenir dans l'armée. Le second, qui gardait la chambre de l'interprète, était un colosse de près d'un mètre quatre-vingt-dix. Sa carrure lui permettait certainement de s'imposer naturellement auprès des autres, mais son tempérament semblait trop rebelle pour suivre cela. La scientifique lui avait adressé quelques mots et avait vite compris qu'il était plus influençable qu'autre chose. Il répondait au nom de Gideon, et avait expliqué à la blonde qu'il admirait énormément le geste de son colonel. Mais aussi la réaction si rapide de la scientifique. Pour l'heure, la jeune femme trouvait ces deux soldats assez agréables, mais ne souhaitait pas nécessairement être confronté à d'autres.
Comme en réponse à ses pensées, lorsqu'elle sortit de l'ascenseur, elle aperçut deux silhouettes dans le couloir. Un homme d'une trentaine d'années aux cheveux roux coiffés parfaitement se tenait juste devant la chambre de Regina. À ses côtés, Emma remarqua les traits fins d'une jeune femme qui paraissait véritablement intimidée à l'idée d'être là.
« Ainsi la rumeur ne mentait pas ! Nous avons une civile parmi nous ! » éructa Hadès quand la scientifique les rejoint enfin.
« J'imagine que vous devez être le commandant de Regina, » souffla Emma en reconnaissant immédiatement les yeux bleu clair qu'il partageait avec Megara. En la présence d'Hadès, elle se sentit soudainement nerveuse, mais surtout agacée. Elle aurait tout donné pour pouvoir laisser aller sa rage, mais elle savait que c'était loin d'être une idée envisageable. Pour le moment, elle se devait de ne pas rentrer dans son jeu.
« Simon Hadès, pour vous servir, » dit-il en lui tendant la main. La blonde la serra sans pour autant se rapprocher de lui. Elle ignorait la raison de sa présence ici, mais rêvait surtout qu'il débarrasse le plancher au plus vite. Pour l'heure, elle ne faisait pas attention à la brunette qui se tenait à ses côtés.
« Docteur Emma Swan, » se présenta-t-elle d'un ton neutre.
« C'est étrange, » gloussa l'homme. « Il me semble que votre nom ne m'est pas inconnu…. Mmmh… Ah oui, vous connaissez très bien ma demi-soeur, je crois ?
-En effet, oui, » répliqua la blonde qui ne voulait pas se mettre en péril.
Elle ne savait rien de ce soldat, sinon qu'il était particulièrement vil et cruel. Elle ignorait comment il appréhendait de telles joutes verbales, et préférait le jauger avant d'agir. L'objectif était de ne surtout pas tomber dans son panneau.
« Enfin quand je dis très bien, elle m'a dit regretter que votre fréquentation ne soit pas allée un peu plus loin… » ajouta-t-il pour la provoquer.
« Certaines personnes ne sont pas faites pour suivre le même chemin, apparemment, » rétorqua la scientifique.
« En revanche, j'ignorais totalement que Regina avait quelqu'un dans sa vie. Enfin, je veux dire, assez sérieusement pour que cette personne figure dans ses appels d'urgence… » mentit-il en sondant le regard de la jeune femme.
« C'est ce qui arrive quand on sous-estime le lien qui unit certaines personnes, » répondit Emma d'un ton froid. Elle crut apercevoir la jeune soldate frémir légèrement à côté d'Hadès mais n'en tint pas compte. Pour le moment, son principal intérêt était le commandant.
« Eh bien je suis heureux d'apprendre que notre chère colonel a une vie épanouie » déclara-t-il d'un air faussement ravi. En réalité, il bouillait de rage depuis que Robin lui avait parlé de l'arrivée d'Emma. Comment était-ce possible ?
« C'est ce que vous pensez avant ou après avoir donné à vos soldats vos ordres de psychopathe ?! » éructa la blonde qui en avait assez de jouer sur les mots. De colère, elle fit un pas vers l'homme, qui ne cilla pourtant pas. Au contraire, il se mit à rire.
« Je ne vois pas de quoi vous…
-Écoutez, Simon, on va arrêter cette comédie parce que je n'ai pas la patience d'écouter vos prétentions plus longtemps. Permettez-moi de retirer le mot psychopathe, parce que c'est une affection réelle et qu'il ne doit pas être utilisé à mauvais escient. Par contre, je le remplacerais avec joie par malade mental, arriéré, voire le très doux connard que j'apprécie particulièrement.
-Vous rendez-vous compte que vous êtes en train d'insulter un commandant reconnu de l'armée de votre pays ?
-Ouais, et on devrait mettre ça dans la liste des choses qui me passent à cent pieds au-dessus du crâne, » tempêta la scientifique. « Maintenant j'aimerais que vous arrêtiez votre petite comédie de commandant parfait et que vous dégagiez. On sait tous les deux qui vous êtes réellement et ce que vous faites subir à vos soldats. Alors ça me tente vraiment pas de passer plus de temps en votre compagnie, Simon.
-Je pourrais vous faire renvoyer aux États-Unis, mademoiselle Swan, » répliqua Hadès d'un air irrité. Assurément, il ne s'attendait pas à ce qu'Emma réagisse ainsi. Et surtout pas devant une de ses nouvelles recrues.
« Ah oui ? Sous quel motif ? » ricana la blonde. « Aux yeux de votre État Major, je suis la conjointe du Colonel Mills. J'ai plus ma place ici que vous ou n'importe qui. Faites-moi renvoyer, et je pense que vos supérieurs seront ravis d'en apprendre plus sur vos méthodes de gestion de vos troupes…
-Vous décidez donc de poursuivre avec des menaces, mademoiselle Swan ?
-Docteur Swan, » le corrigea la scientifique. « Oui, pour répondre aux vôtres, mon cher Simon. Sauf qu'en général les miennes ont tendance à devenir réalité. Je déteste parler dans le vent, contrairement à vous.
-Vous n'avez aucun pouvoir ici, vous savez.
-Non mais contrairement à vous, je n'ai rien à me reprocher. Alors je pense que j'ai un peu moins de raisons de m'en faire. »
Elle lui adressa un regard de défi, et vit que la mâchoire de l'homme se serrait. Assurément, elle avait gagné cette bataille, et il ne trouvait pas de moyens de la contrer. Comme de fait, il soupira et lui souhaita une bonne soirée. Elle l'observa ensuite quitter le couloir en silence. Pour sa part, la jeune soldate resta près d'Emma quelques minutes de plus.
« Je voulais juste amener ça à Regina, » bredouilla Evanna en tendant un sweatshirt à la jeune femme. Emma reconnut son propre vêtement, orné des insignes de son université. « Elle le porte littéralement tout le temps alors j'ai supposé que c'était important pour elle… » ajouta la soldate. La scientifique le prit en silence et la remercia. Trop rapidement, peut-être, la jeune militaire lui souhaita une bonne soirée, et la blonde se sentit enfin interpellée par son attitude.
« C'est toi, non ? » interrogea Emma d'un ton neutre.
De son côté, la jeune femme se glaça littéralement d'angoisse. Quand Simon lui avait proposé de rejoindre l'hôpital, elle avait prié intérieurement pour ne pas croiser la fameuse conjointe de Regina. Elle avait été presque soulagée de voir que la conversation d'Emma et son commandant se concentrait sur le cas du colonel, et espérait se faire oublier. Or, maintenant qu'elle était face à la scientifique, elle aurait aimé pouvoir se tapir dans un trou de souris ou disparaître à tout jamais.
« J'ai vraiment pas envie de te rappeler de quoi je parle, » poursuivit la blonde. « Mais je sais que c'est toi. Crois-moi, je n'ai jamais aussi bien enregistré un timbre de voix de toute ma vie. Je pense pas que je me trompe… »
Elle toisa la jeune femme pour comprendre ses intentions, et la vit reculer légèrement. Evanna devait faire une tête de moins qu'elle, mais dépasser légèrement Regina. Elle portait son imposant uniforme de terrain, mais, à cet instant, elle paraissait intimidée par une simple civile. Toutefois, la soldate parut prendre son courage à deux mains pour essayer de formuler une réponse acceptable.
« Je sais que ça ne va rien changer aux conséquences mais… j'ignorais totalement ton existence… Je sais que ce que je suis en train de dire est pire parce que ça met la faute entièrement sur Regina mais…
-Même si tu avais su qu'elle avait quelqu'un, ça n'enlevait pas plus de sa responsabilité, » trancha la scientifique. La soldate déglutit d'un air embarrassé, avant de continuer.
« Je la connais vraiment pas beaucoup… » bredouilla-t-elle. « Mais je pense vraiment que ça n'avait aucune signification ou aucune importance. J'ignore pourquoi elle a fait ça mais je crois que ce qu'elle ressent pour toi est…
-Ça c'est ma partie du problème, » la coupa Emma d'une voix rauque.
Elle s'était retrouvée mille fois devant les amantes de Lilith par le passé, soit en totale conscience, soit en ne sachant pas qui elles étaient. Elle s'était sentie de multiples fois trahie, blessée, et enragée. Pourtant, ce soir, elle n'avait étonnamment pas envie de passer ses nerfs sur cette jeune femme apparemment assez timide. Elle se sentait encore brisée par la tromperie de Regina, mais ne souhaitait pas envenimer les choses. Aussi, elle avait l'impression que la jeune soldate était du même avis qu'elle. Justement, elle devinait sa sincérité et le sentiment de culpabilité qu'elle ressentait.
« Je te remercie de ton honnêteté, » parvint-elle à articuler.
« Et je te trouve incroyablement courageuse, et forte… » répliqua la militaire sans hésitation.
Pour toute réponse, la scientifique hocha la tête d'un air distrait. Réalisant qu'elle n'était plus à sa place, Evanna lui souhaita une bonne soirée et se dirigea à son tour vers les ascenseurs. En l'observant, Emma ne put s'empêcher de s'interroger sur les raisons qui avaient poussé Regina dans les bras de cette militaire. Elle essaya de chasser ses pensées puériles, et certainement pas constructives, et songea qu'il lui faudrait bientôt rentrer se reposer à l'hôtel…
Le lendemain matin 7h54 - Hanoï, Vietnam
Emma étira ses bras d'un air las, et roula de nouveau dans les draps. Le décalage horaire n'aidant pas, elle s'était réveillée plusieurs fois durant la nuit. En plus, son hôtel était situé en plein centre de la capitale. Loin du calme de Forks, la cacophonie du trafic urbain ne lui avait pas permis de se reposer correctement. Cependant, elle songea à la situation de Regina et se convainc enfin de se lever. Elle se redressa en baillant, et se frotta les ailes du nez pour éviter un éventuel mal de crâne. Avec toutes les perturbations qu'avaient subies son horloge biologique dans les dernières vingt-quatre-heures, elle savait qu'elle allait sûrement avoir une migraine. Alors qu'elle réfléchissait à trouver une pharmacie rapidement sans l'aide de Robin, son téléphone se mit à sonner. Peu surprise de voir que les habitants de Forks semblait enfin inquiets de son absence, elle décrocha sans même prendre garde au nom de l'appelant.
« Allo, Emma ?! » La voix légèrement plus grave surpris la scientifique, mais elle tâcha de ne pas le faire pressentir dans son propre timbre.
« Salut, Lilith, ça va ?
-Euh… ben pas vraiment en fait, » gloussa son interlocutrice. « J'ai appelé à ton bureau et ta stagiaire m'a dit que t'étais… partie au Vietnam ?!
-Ah ouais… euh c'est un peu compliqué mais je ne devrais pas être de retour avant une bonne semaine…
-Quoi ?! » éructa la jeune femme. « Mais … et ton projet ?!
-Belle et Kelly vont prendre le relais… Elles savent très bien gérer tout ça… » soupira Emma qui sentait finalement son mal de tête prendre forme.
« Serait-ce indiscret de demander pourquoi t'as décidé de traverser la planète en une nuit sans prévenir personne ? Ta stagiaire est restée assez vague… » suggéra la canadienne. « Et à mon souvenir, Elsa avait ses bureaux à Hong-Kong, pas au Vietnam…
-Disons qu'une personne très importante avait besoin de mon aide, » déclara la blonde.
« Eh ben… je ne suis pas sûre que t'en aurais fait autant pour moi ! » gloussa Lilith. « J'en suis presque jalouse en fait…
-C'est pas… On n'est pas ensemble… enfin pas vraiment… » la corrigea Emma sans trop s'en rendre compte. Pourquoi tenait-elle à le préciser ? « C'est juste une situation un peu compliquée pour le moment… »
Elle entendit la jeune femme à l'autre bout se racler la gorge, et se demanda si elle n'en avait pas trop dit sur sa relation avec Regina.
« En tout cas, si t'as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas ! » conclut la jeune femme. « Et puis, fais attention à toi surtout. »
Son ton s'était radouci et Emma se sentit légèrement troublée par la délicatesse de Lilith. Se pouvait-il qu'elle ait effectivement fini par changer ?
« Merci, » bredouilla-t-elle, un peu désemparée. « Toi aussi. On se donne des nouvelles du coup ! » Elle raccrocha en toute hâte et remit son téléphone sur sa table de nuit. Les choses prenaient vraiment une tournure des plus étranges…
Deux jours plus tard, 19h01 - Hanoï, Vietnam
« Apparemment l'opération s'est bien passée et ses plaies se résorbent peu à peu. Elle n'aura pas de séquelles, » traduit Robin à l'intention d'Emma. « Il dit qu'ils l'ont sortie du coma artificiel pour que son organisme reprenne le… cours de …
-Qu'il se rétablisse à son rythme habituel et qu'il reprenne sa production d'anticorps, » devina la scientifique.
« Il dit aussi que l'infirmière repassera en fin de soirée… » bredouilla le soldat. « Mais que tu peux entrer si tu veux…
-Ok, parfait, merci ! » éructa la blonde qui n'en pouvait plus d'attendre. Regina avait passé la grande majorité de la journée au bloc opératoire. De son côté, Emma avait patiemment attendu dans le couloir de sa chambre, ne le quittant que pour sortir fumer une cigarette ou aller se chercher un café.
« Tu devrais peut-être aller te chercher quelque chose à manger d'abord, » lui rappela Robin d'un air réprobateur.
« Ouais, on verra ça plus tard, » lâcha la blonde. « C'est tout ce qu'il avait à me dire ? »
Le médecin répondit instinctivement dans sa langue, comme s'il percevait l'impatience de la jeune femme. Il leur souhaita ensuite une bonne soirée et s'éloigna pour continuer la tournée de ses patients. De son côté, Robin dit à Emma qu'il allait retourner à la base le temps de souper. Il lui fit promettre de se nourrir d'ici la fin de soirée, et lui indiqua qu'il viendrait la chercher pour la ramener à son hôtel. Enfin seule, la scientifique entra enfin dans la chambre de Regina pour la rejoindre. Évidemment, l'interprète était encore inconsciente, et se remettait doucement de son anesthésie.
Toutefois, la blonde s'installa sur une chaise au bord de son lit et prit immédiatement sa main dans ses paumes. Sortie du coma, les doigts de la militaire étaient naturellement plus chauds qu'auparavant. Aussi, son rythme cardiaque affiché sur le petit compteur était nettement plus rapide. Au moins, elle était saine et sauve. Emma ne put s'empêcher d'observer les traits de la jeune femme, et sentit son propre coeur accélérer ses battements. Elle était plus qu'heureuse de savoir que Regina n'aurait aucune séquelle. La veille, le médecin semblait craindre que l'interprète ne perde quelque peu l'ouïe du côté droit. Mais apparemment, la militaire était plus forte qu'il ne le croyait…
Au bout de quelques minutes, Emma sentit la main de l'interprète se resserrer légèrement sur ses doigts. Elle sursauta et se rapprocha un peu plus de son lit. Regina émit un léger grognement, et ouvrit légèrement les yeux en gémissant. Après les évènements des derniers jours, la blonde devina qu'elle ne devait pas être dans une forme olympique non plus. Elle était passée d'un coma artificiel, à une lourde anesthésie et les médecins lui avaient administré de puissants sédatifs après son opération de l'après-midi. Comme ils avaient dû agir sur une partie de son crâne, centre de son système nerveux, ils avaient opté pour des médicaments opiacés afin qu'elle ne souffre pas. Emma avait observé la liste du traitement que Regina avait reçu, et se demandait si la brunette n'allait pas passer les prochaines vingt-quatre heures totalement buzzée...
« Étant donné que t'es là j'aurais tendance à croire que je suis au paradis… » marmonna la militaire en soupirant de douleur. « Mais j'ai trop mal au crâne pour que ce soit ça… » Elle tenta de se redresser, mais Emma se leva immédiatement pour l'en empêcher.
« Wow wow… » dit-elle en aidant délicatement la jeune femme à se replacer. « T'es loin de pouvoir te lever pour le moment…
-J'ai l'impression d'avoir le tournis… » bredouilla l'interprète. « Est-ce que t'es vraiment là ou c'est juste les médicaments ? »
Devant sa confusion, et sa maladresse apparemment décuplée, Emma se mit à rire. À cet instant, elle avait l'impression que la joie avait pris le dessus sur tout le reste. Comme si ce qu'elle avait vécu dans les dernières semaines n'avait aucune importance face à son bonheur de retrouver enfin Regina.
« T'as pas mal de substances psychotropes dans ton sang en ce moment, mais je t'assure que je suis bel et bien là, » répondit la scientifique, amusée.
« Pourquoi… on est où ? » bredouilla l'interprète.
« Dans la capitale du Vietnam, si je suis pas trop nulle en géo, » plaisanta Emma. « Et plus précisément dans un hôpital qui porte un nom que je suis incapable de prononcer…
-T'es… venue jusqu'ici ?... Pourqu… Mais Emma… » protesta la brunette d'une voix faible. La blonde serra un peu plus ses doigts entre les siens d'un geste rassurant. Elle se douta qu'à mesure qu'elle reprenait conscience, ses blessures la lançaient et les effets des médicaments se faisaient sentir.
« C'est une longue histoire d'autorisations et formalités… mais on en parlera plus tard parce que c'est vraiment pas important, » expliqua-t-elle. « Mais c'est pas juste pour ça que je suis là en ce moment…
-Je suis désolée… Tu devrais pas... » marmonna Regina.
« Je suis là où il faut que je sois, » la coupa la scientifique. « Et pour le moment je n'ai envie de penser à rien d'autre qu'au fait que tu sois saine et sauve. »
La militaire grogna de douleur, et se tourna un peu plus vers la jeune femme.
« J'ai encore failli à mon objectif… » déclara-t-elle. « J'ai juste fait encore pire que tout ce que j'aurais pu imaginer…
-Je pense pas que ce soit très constructif d'en parler pour le moment, » répliqua Emma d'un ton froid. « On aura tout le temps pour ça plus tard.
-Je sais pas ce que j'ai fait pour mériter une telle… amie… mais c'est clair qu'il y a une erreur quelque part... »
La correction de la brunette ne manqua pas de blesser Emma, mais elle tâcha de rester impassible. Elle avait presque oublié qu'elle avait rompu avec l'interprète près de deux semaines auparavant…
« Je pense qu'il faut que tu te reposes, » répondit-elle pour se donner une contenance.
« Emma… » soupira l'interprète en fermant les yeux un instant. Elle les rouvrit ensuite et prit une grande inspiration comme pour se donner du courage. « J'ai l'esprit buzzé à cause des médicaments et c'est peut être le seul moment où j'aurais assez de cran pour te dire ce que j'ai vraiment sur le coeur… C'est lâche mais je préfère en profiter tant que tout le reste est assez loin pour pas tout foutre en l'air… »
Elle se redressa légèrement, mais cette fois la scientifique ne la retint pas. Elle savait d'avance que les paroles de la jeune femme allaient briser sa bulle de joie, mais elle n'avait pas d'autre choix que les écouter. Pour une fois, au moins, elle savait que la militaire lui parlerait sans aucune barrière.
« Je t'aime à en crever, Emma… » déclara la brunette. « Et je pense avoir fait la plus belle rencontre de ma vie quand je suis venue chercher ma sœur au labo en rentrant de mission. Quand j'ai réalisé ce que je ressentais pour toi, j'ai juste commencé à angoisser parce que j'avais… et j'ai encore… l'impression que tout ça est trop beau pour moi. J'ai fait tellement d'erreurs dans ma vie. Je mérite tellement pas quelque chose d'aussi extraordinaire, que ça me fait angoisser en permanence… J'ai peur de profiter de ce bonheur parce que je sais que dès qu'il va s'arrêter je vais juste toucher le fond… Et… » Elle prit une nouvelle inspiration, et Emma dut lutter pour ne pas céder à ses propres émotions. « Et j'ai fait la pire erreur de ma vie en saccageant tout ça juste parce que notre querelle m'a mis face à toutes mes craintes… Et le mal que je t'ai fait n'est ni justifiable, ni pardonnable. Je veux juste que tu saches que je suis profondément désolée de tout ce que je t'ai fait subir. Je suis une personne lâche et vile. Et tu mérites bien plus de bonheur que tout ce que je pourrais essayer de t'apporter… »
La scientifique sentit une petite goutte descendre sur le long de sa joue et comprit qu'elle ne pourrait pas indéfiniment garder une expression neutre. Elle ne s'attendait certainement pas à de tels aveux de la part de Regina. Il était clair que sa bulle de joie avait complètement disparu. Elle se sentait désormais partagée entre plusieurs sentiments. Elle était à la fois en colère contre la jeune femme pour sa tromperie et le fait qu'elle ne saisissait apparemment pas l'importance des sentiments d'Emma. Mais elle se retrouvait également de nouveau plongée dans la douleur de ses dernières semaines.
Et plus, que tout, elle rêvait de pouvoir dire à Regina que cela n'avait aucune importance tant que ses sentiments étaient partagés. Mais sa raison et sa douleur lui intimaient de ne pas céder si facilement. Sa rupture avec Lilith lui avait appris qu'elle ne pouvait pas tout supporter ni subir sans aucune séquelle. Elle devait apprendre à appliquer cette leçon dans sa relation avec l'interprète. Alors que son coeur était en proie à tant d'émotions contradictoires, Emma essaya de choisir ses prochaines paroles avec beaucoup de précaution.
« Tu dois comprendre que je ne serais pas là si tes sentiments n'étaient pas partagés, Regina, » débuta-t-elle d'une voix hésitante. « J'ai l'impression que ce que je ressens pour toi n'a pas d'autre égal ou de comparatif dans mon existence. J'ai la sensation que ce que tu représente pour moi dépasse largement une simple réaction chimique causée par des baisers ou des paroles… » Elle se racla la gorge d'un air embarrassé. « Mais c'est aussi pour cette raison que ce qui s'est passé m'a fait plus de mal que tout ce que j'aurais pu imaginer. Quand j'ai… quand je t'ai appelé et qu'Evanna a répondu, j'ai eu l'impression d'étouffer, comme si je n'étais plus capable de respirer toute seule. Comme si tout mon organisme ne savait plus comment fonctionner ni me supporter. J'ai eu envie de juste… de disparaître parce que j'avais trop mal… » Elle sentit les doigts de Regina resserrer encore plus les siens mais tâcha de l'ignorer. « J'ai une petite voix en moi qui me dit que je devrais juste te pardonner immédiatement et te dire que tout ça n'est qu'un mauvais souvenir… Mais je ne peux pas. Je ne peux pas parce que je refuse encore de nier ce que je ressens. Je refuse de simplement faire une croix sur ma douleur pour le simple bien de notre relation… » Emma fut surprise de voir de petites larmes rouler sur les joues de la militaire, et se demanda si tant de vulnérabilité était due aux médicaments ou non. « Je sais que c'est avec toi que je veux continuer, mais j'ai besoin de me remettre d'abord de ce qu'il s'est passé. J'ai besoin de temps pour pouvoir accepter toute cette douleur et la surmonter convenablement. Sinon, je vais juste rentrer dans un cercle infernal, comme avant. Et le jour où je ne pourrais plus encaisser les coups, on va juste chuter toutes les deux…
-Je veux pas… de ça… » bredouilla Regina d'une voix faible. « Je veux plus que t'ai à encaisser quoi que ce soit à cause de moi…
-Tu sais pourtant que c'est loin d'être une relation anodine, » gloussa Emma comme pour détendre l'atmosphère. « Après tout ce que j'ai vécu avec Lilith, j'aurais aucune envie de recommencer si je n'avais pas la sensation que c'est différent. Je ne te dirais pas ce genre de choses si je ne savais pas d'avance qu'on parle d'un véritable endgame…
-Comment tu peux en être aussi sûre après tout ça ? » demanda la brunette.
« Come on, ne fais pas comme si ma mère n'avait pas passé dix minutes à te parler de ce qui l'unit à mon père et de sa théorie sur l'amour ! » plaisanta la blonde. Regina se mit à rire à son tour en se rappelant de sa conversation avec l'écrivaine.
« Donc même après que je t'ai brisé le coeur deux fois au moins… t'es encore convaincue que je suis ton happy ending ? » interrogea l'interprète.
« Non, Regina, » répliqua la blonde sans hésitation. « Je suis certaine qu'on est chacune le happy ending de l'autre. Mais on n'est pas dans un conte de fée, alors c'est clair que le chemin est escarpé et rempli d'obstacles et de ronces…
-Et de grenades, apparemment… » ajouta Regina pour détendre l'atmosphère. « J'ai envie de croire à ta théorie… J'ai juste peur… de la suite…
-Pour le moment je voulais simplement te ramener à bon port, » expliqua la blonde. « Je vais avoir besoin d'un peu de temps, comme je te l'ai dit, mais ça ne veut pas dire que ce que je viens de te dire est faux…
-Je t'attendrai autant qu'il le faudra, » assura l'interprète, un peu plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. « Et je serai toujours là si t'as besoin de moi… » ajouta-t-elle d'un air embarrassé.
Comme de fait, Emma se leva et se hissa délicatement sur le lit de Regina. L'interprète lui fit de la place, et sembla émue de son geste. La blonde l'enlaça alors rapidement et la serra contre son corps. Elle n'aurait pas songé qu'une simple étreinte lui ferait autant de bien. De son côté, la militaire avait l'impression que ses doutes, ses craintes et ses blessures n'avaient plus aucune importance.
« Ça me tente pas de retourner à l'hôtel ce soir… » avoua la blonde.
« Et j'ai pas envie de quitter tes bras pour l'instant… Je pense que t'es plus efficace que tous les médicaments du monde…
-On appelle ça la dopamine, my love… » chuchota Emma en sentant son rythme cardiaque ralentir enfin sa course.
« Faudra peut-être que j'apprenne cette formule chimique un jour d'ailleurs. Ça mettrait enfin des mots sur ce qu'il se passe dans mon corps quand je suis avec toi… » répliqua la militaire d'une voix douce.
Assurément, l'effet psychotrope des opiacés encourageait son honnêteté et sa spontanéité. Mais elle savait surtout qu'elle était plus qu'heureuse de retrouver enfin la femme dont elle était profondément amoureuse. Se lovant un peu plus contre elle, elle s'autorisa à fermer les yeux. Elle ne savait pas de combien de temps Emma aurait besoin, ni des dragons qu'elle aurait à affronter pour la retrouver, mais à cet instant, elle se sentait prête à tout supporter pour cet éventuel happy ending...
