Une quinte de toux, un reniflement et subitement, un mouchoir propre apparut sous son nez comme par magie. Helena leva la tête pour trouver un heaume médiéval qu'elle devenait souriant malgré son absence de faciès expressif.

_ Tiens.

La brune sourit, attrapant l'objet qui prenait des allures de saint Graal et se moucha allégrement, avec toute la délicatesse du monde. Près d'elle, Edward eut une grimace dégoutée, manquant presque de poser sa fourchette et laisser en plan son petit-déjeuner. Alphonse, pour sa part, souriait mentalement. Il avait l'impression de revoir son frère de huit ans qui s'escrimait à faire le plus de bruit possible quand il se vidait les sinus, simplement pour le plaisir de l'ennuyer.

_ Je venais de terminer mon dernier paquet, confia Helena en respirant un peu plus correctement. Merci.

_ De rien. Je t'ai entendu tousser, la nuit dernière. Tu devrais peut-être rester à l'intérieur aujourd'hui ? Le temps va encore être orageux et ça n'est pas le moment de tomber malade.

_ Merci, maman, ironisa la jeune femme en lui tapotant familièrement le bras tant pour se moquer que le rassurer. Mais ça ira. Au pire, ça n'est qu'un rhume passager et je ne suis pas faite en sucre.

Alphonse ronchonna, un peu contrarié mais n'insista pas ce pendant que son frère reprenait le cours de son orgie culinaire quotidienne. L'évènement était désormais habituel pour Helena, qui s'était finalement faite à la quantité astronomique de nourriture qu'avalait le petit blond. Parfois, elle craignait même qu'il ne s'étouffe mais par un quelconque procédé quasi-miraculeux, Edward Elric pouvait inhaler le contenu de son assiette sans le moindre souci. Et sans prendre une once de graisse, apparemment. Helena était bien placée pour savoir que les porteurs d'auto-mail développaient une musculature particulière et brûlaient plus d'énergie que les autres mais tout de même. A sa place, elle aurait roulé sous la table depuis longtemps.

_ Bien. Programme du jour, dit-elle en attrapant son café et détournant la conversation de sa santé. La scène de crime, Landers, les mines, et éventuellement, la famille de notre victime, s'ils sont en état de nous recevoir et de répondre à quelques questions. Par quoi voulez-vous commencer ?

_ On ne se sépare pas pour couvrir plus de terrain ? S'enquit Alphonse en tendant gracieusement une serviette à son frère qui semblait résolu à s'en mettre partout dès le matin. Il avait affaire à un gosse, c'était impensable…

Helena secoua la tête.

_ La dernière fois que je suis partie seule en vadrouille, j'ai pris quelques tonnes de rochers sur le crâne. Je ne suis pas trouillarde mais avec les nouveaux évènements de ces derniers jours, je ne suis pas d'avis pour qu'on se sépare.

_ Je suis d'accord.

L'armure leva dramatiquement les bras au ciel.

_ Jour béni, les voilà en accord sur un point. Je ne pensais pas qu'on y arriverait.

_ Ferme là, Al…

_ Il n'a pas tout à fait tort. Bref. Je propose que nous commencions par la scène de crime. J'ai peur qu'avec le temps actuel, les preuves s'altèrent plus vite que prévu. S'il y a une piste à explorer pour savoir d'où venait cette jeune fille, il faut que nous le fassions maintenant. Des objections ?

_ Mise à part le fait qu'on va très certainement se prendre une saucée sur le coin du nez et qu'on va patauger dans la boue ? Aucune, concéda Fullmetal en terminant finalement son gargantuesque petit déjeuner.

Ramassant leurs affaires, le trio s'empressa de gagner la voiture, lorgnant sur le ciel toujours plus menaçant. Le temps était froid, l'air humide et comme l'avait souligné Edward quelques secondes plus tôt : ils n'étaient pas à l'abri d'une forte pluie d'ici quelques heures. Ils devraient prendre les éléments de vitesse, sur ce coup-ci.

Sur le site, il n'y avait plus qu'un officier en patrouille, s'assurant que personne de non-autorisé ne s'approchait des lieux. Ils avaient retrouvé le corps en bordure de champ, un agriculteur du coin ayant fait la macabre découverte. La victime avait été retrouvée nue, face contre terre et couverte de blessures. Autour d'elle, des traces de pas en pagaille, qui avaient été effacées en grande partie par les intempéries et sur les mètres alentours, pas la moindre trace d'un véhicule quelconque. L'endroit était trop éloigné des mines pour que la jeune femme ait pu s'en enfuir et se trainer jusque-là, et la ferme la plus proche avait été fouillée de fond en comble, sans la moindre trace.

C'était comme si le corps était brusquement tombé du ciel. Ou bien surgit de terre.

Sur le chemin du retour et en direction du commissariat, les alchimistes avaient entendu les échos des rumeurs qui montaient dans les ruelles du village. L'on parlait de malédiction, de vengeance, de revanche, même, car certaines des familles dont les filles avaient disparues étaient réputées pour être pleines de vieilles querelles et rivalités avec leurs voisins. Helena avait écarté toutes ces hypothèses dès le début de l'enquête, aucun des alibis ne se recoupant correctement au sein des familles pour en incriminer le moindre membre. Ce côté-là était une impasse et Eurus espérait sincèrement que le médecin avait trouvé quelque chose d'un peu plus intéressant à lui mettre sous la dent.

Lorsqu'ils arrivèrent au commissariat, l'inspecteur était déjà en houleuse conversation avec la femme du maire. Ce dernier, pour une fois présent, bien que dans le sillage de sa conjointe, était pâle et se tordait les doigts d'angoisse. Les cris de colère — C'est un scandale, disait-elle de sa voix incroyablement perçante— de Mme Ackermann changèrent de cible lorsqu'elle les vit débarquer dans l'accueil du local de police.

Presque immédiatement, avec des allures de harpies, elle se précipita sur eux. A tel point que même Helena recula d'un pas.

_ Miss Ackermann, nous—

_ Et vous ? Enchaîna-t-elle sans temps mort, déterminée à les incendier tout comme elle venait de le faire avec Landers. Vous faut-il une autre victime pour faire correctement votre travail ? Voilà près d'une semaine que vous êtes ici et rien n'avance ! Pire que cela, les choses s'aggravent depuis votre arrivée ! Faut-il que je contacte moi-même les autorités de North City pour réclamer des gens compétents et non pas des gamins sans cervelle, et des indigènes dont ne sait quel bidonville ?!

Cette fois ci, Helena recula sous l'impact du revers verbal qu'elle venait de recevoir, son visage devenant livide sous le choc et la colère. Elle pouvait tolérer les insultes, vraiment, on lui avait cassé suffisamment de sucre sur le dos au fil des ans, mais celle-ci poignardait violemment toutes les limites de sa patience. Du coin de l'œil, elle vit Fullmetal avancer d'un pas, se portant en avant comme pour la protéger et son propre visage était blanc, ses poings serrés.

_ Eh ! Vous—

_ Mme Ackermann, contra Eurus d'une voix aussi calme et professionnelle que possible. Elle n'allait pas craquer maintenant, elle n'allait pas craquer maintenant. Je comprends votre colère et votre peine. Cependant, sachez que nous mettons tout en œuvre pour résoudre cette enquête et retrouver vos enfants. Si nos services ne vous conviennent pas, toutefois, vous pouvez en effet demander un nouveau transfert de notre personnel. Mais cette procédure risque de prendre du temps et dans l'état actuel des choses, personne ne peut se permettre d'en perdre.

Les deux femmes se mesurèrent du regard. Ackermann était légèrement plus grande qu'Helena, ce qui la mettait un rien mal à l'aise et elle se sentait perdre du terrain. Traitre, une toux lui monta même à la gorge et pendant une horrible seconde, Lewin crut qu'elle allait simplement la laisser sortir —totalement contre sa volonté— au visage de la femme qui la fixait avec tout le venin du monde dans les yeux.

Finalement, ce fut elle qui recula la première, son index incroyablement osseux se plantant dans le sternum d'Helena, menaçante au possible.

_ Je vous donne encore trois jours, pour résoudre cette enquête. Ensuite, vous partez d'ici et nous ferons appel à de véritables professionnels.

Sans prendre le temps de saluer qui que ce soit, elle sortit du commissariat, laissant dans son sillage un silence froid et oppressant, ainsi que son époux qui se ressaisit difficilement et la suivit en trottinant maladroitement.

Helena laissa échapper un souffle qu'elle n'avait pas eu conscience de retenir et toussa dans la foulée.

_ Non mais qu'elle conna— !

_ Edward. S'il te plait.

Le blond se tut sous l'ordre implicite de l'alchimiste du Vent. Il n'en finissait pas de fulminer, cependant, traitant mentalement la femme revêche de tous les noms. Il pouvait comprendre son chagrin, entendre sa peur —bon dieu, il serait dans le même cas, à sa place— mais rien ne l'autorisait à se comporter de la sorte et encore moins proférer de telles horreurs sur le compte de Eurus. Comment pouvait-elle supporter la situation avec une telle assurance, cela le dépassait proprement.

Avec un professionnalisme exemplaire, elle s'avança jusqu'à l'inspecteur qui ne savait clairement plus où se mettre.

_ Je suis désolé, s'empressa-t-il de s'excuser. Tout le monde est à cran. Nous n'avions pas prévu… enfin, je veux dire, nous avons retrouvé un corps. Nous avions pensé à une fugue organisée, ou quelque chose du genre, mais là…

_ Est-ce que vous avez quelque chose pour nous ? demanda calmement Lewin en gardant sagement les bras le long du corps, se retenant de lui lancer à la figure un « une fugue ? Vraiment ?! ». Landers hocha si rapidement et violemment la tête qu'elle crut qu'il allait se la détacher.

_ Oui, oui. Attendez, je vous amène ça. Ou vous voulez consulter les résultats ici, ou… ?

_ J'aimerai rapporter les documents avec moi pour les étudier au calme, si ça ne vous dérange pas.

_ Du tout, du tout…

Il s'éclipsa un instant et revint avec une mince pile de papiers. Trop mince au goût d'Helena, qui le remercia cependant pour ses efforts et lui certifia encore une fois qu'ils faisaient tout leur possible et que la moindre aide de leur part était primordiale.

Le trio revint à leur véhicule en silence, les frères Elric encore un tantinet choqués de la violence de l'altercation qui venait d'avoir lieu. Assise au volant, Eurus feuilletait rapidement les premières conclusions du médecin, qui apportaient peu de précisions du fait de l'absence de matériel adéquat. Mais qui confirmait au moins la théorie des brûlures d'origine chimique plutôt que thermique. Un bon point pour elle.

_ La famille veut récupérer la dépouille de leur fille, laissa-t-elle échapper en lisant les dernières conclusions. Edward lui jeta un regard à moitié interloqué.

_ On va pas discuter de ce qui vient de se passer ?

_ Non. Elle était en colère, elle avait besoin de la faire passer sur quelqu'un et nous étions là. Fin de l'histoire.

Sans un mot de plus, Helena lui tendit le dossier et lança le moteur, remontant lentement l'allée qui menait jusqu'à leur hôtel. Il n'était pas tard mais elle se sentait absolument vidée et le silence dans l'habitacle était d'une lourdeur sans nom. Au bout de quelques minutes, Edward ayant passé le dossier à son frère afin qu'il le consulte, le jeune homme lui fit arrêter le véhicule.

La brune n'était presque pas surprise de le voir sortir et disparaitre dans la boulangerie la plus proche. Elle soupira.

_ Ton frère est un estomac sur pattes.

_ Je sais, et il en est très fier.

Edward ne mit pas longtemps à revenir vers eux, les bras chargés par un sac de papier brun et dont le contenu sentait bon le pain chaud. L'alchimiste du vent faillit lui faire une réflexion mais la garda pour elle et sursauta lorsqu'il lui cola une galette au beurre sous le nez, la forçant presque à en prendre une bouchée sur le champ. Son regard doré était déterminé, ne souffrant d'aucun refus et Helena prit la pâtisserie en haussant un sourcil.

_ J'appelle ça de la bouffe de réconfort, et t'en as besoin. Donc tu la fermes et tu manges.

Surprise, dépassée, Helena se contenta de hocher la tête et comprit que l'autre n'en démordrait pas tant qu'elle n'aurait pas avalé au moins une bouchée du biscuit.

La pâte n'était pas fameuse, s'émiettait en bouche et le beurre avait un léger goût de rance, malgré l'odeur agréable qui s'en dégageait. Ses doigts se trouvèrent très rapidement incroyablement collants. Un boulanger digne de ce nom aurait crié au scandale. Même elle, criait au scandale et elle était aussi bonne cuisinière que Fullmetal était patient.

Pourtant, c'était peut-être la meilleure galette au beurre qu'elle avait gouté depuis des lustres.

Helena fut très reconnaissante aux deux adolescents pour faire mine de ne pas remarquer les larmes qui s'étaient stupidement mises à couler sur ses joues.

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_ Putain de journée de merde.

_ Ed, ton langage.

L'intéressé lança un bref coup d'œil à son cadet réprobateur et haussa les épaules. Il était grossier, il était grossier, on n'allait pas le changer maintenant, après toutes ces années. Qui plus est, il avait raison : la journée avait été une putain de journée de merde.

Entre leurs investigations au point mort, leur charmante conversation au commissariat et leurs pérégrinations aux abords des mines dans l'espoir de trouver un passage souterrain susceptible de les mener à l'intérieur, ils s'étaient pris une averse en prime et étaient revenus bredouilles. Encore une fois. Il avait le droit de protester et d'exprimer son mécontentement par des injures. Et tant pis pour les oreilles sensibles de son précieux petit frère.

Dans leur dos, la porte de la chambre s'ouvrit, Ed se redressant avec un soupir appréciateur. Gentleman, il avait laissé Helena prendre sa douche la première et avait dû prendre son mal en patience avant de pouvoir accéder lui aussi à l'eau délicieusement chaude.

La jeune femme passa devant eux, pieds nus et en sous-vêtement, les cheveux encore dégoulinant malgré la serviette éponge qu'elle s'escrimait à entortiller autour de ses mèches trop longues.

Edward vira au rouge —Alphonse bénissait le fait de ne pas pouvoir faire de même mais se cacha brutalement les yeux— et s'étouffa sur sa propre salive. Mais. MAIS !

_ MAIS TU FOUS QUOI LA ?!

Dos à lui, à peine perturbée par la violence du cri, Helena jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, les mains sur la tête. Edward détourna immédiatement le regard, maudissant les Mustang sur cent générations. Au moins.

_ Quoi ? Je ne trouvais plus ma veste et je l'ai laissée ici. Y a un problème ?

_ Le fait que tu sois à poil, peut-être, oui ?! Du coin de l'œil, il entrevit Eurus changer complètement de position, lui faisant désormais face, une main sur la hanche. Il ne voulait pas regarder. Vraiment, il ne voulait pas, mais la curiosité était forte et il dut se faire violence pour ne pas laisser courir ses yeux sur l'auto-mail de sa collègue et les cicatrices qui maquillaient sa peau, entre autres. Il n'était pas un pervers, merci bien.

_ Qu'est-ce qu'il y a, Fullmetal ? Tu n'as jamais vu une fille en sous-vêtement, à ton âge ? Plaisanta-t-elle en croisant les bras, ne faisant absolument rien pour cacher son corps et conserver un minimum de décence. Pourtant, ton amie mécano était à peine plus vêtue que moi quand on est allé lui rendre visite.

A la mention de Winry et de son éternel top noir devenu un peu trop moulant maintenant que sa poitrine n'était plus celle d'une enfant —il n'avait pas regardé ! Il n'avait fait que… constater les faits, nuance— Edward piqua un nouveau fard par-dessus le premier. Il allait exploser sous la gêne et la chaleur qui se dégageait de son visage par vagues assassines.

Tel était donc le noir projet d'Eurus, qui le menait en bateau depuis le début. Elle voulait le tuer, et se servait de son corps et de sa meilleure amie pour parvenir à ses fins. C'était lâche, vraiment ! C'était… c'était !

Ed se tassa un peu sous le train que prenaient involontairement ses pensées. Il ne voulait pas voir Helena en petite tenue, pas plus qu'il ne voulait imaginer Winry avec un tel manque de vêtements. Bon dieu, ils avaient été à l'école ensemble, elle était… Elle était presque sa sœur !

_ Vous êtes tous que des pervers, marmonna-t-il en se sauvant à grands pas, partant s'enfermer dans la chambre en maudissant le nom des Mustang. Il n'avait rien demandé à personne, bon dieu !

La porte refermée, il se souvint d'avoir laissé son frère à sa misère dans le salon mais la vague de remord qui le balaya fut de très courte durée. Chacun ses problèmes, vraiment ! Même si, dans un sens, abandonner son cadet entre les mains d'une foutue exhibitionniste n'était pas son meilleur mouvement, en tant que grand frère. Tous des tarés, dans cette famille !

Il entendit rire derrière le battant et Helena frappa quelques secondes plus tard, réclamant qu'il lui ouvre.

_ Je suis pas intéressé, espèce de vicieuse ! hurla-t-il à son encontre en ramassant ses affaires pour se préparer lui-même pour la douche, même si l'envie lui était quelque peu passée. Ou bien une douche très froide, à choisir.

_ Le reste de mes vêtements est dans la chambre ! Si tu ne veux pas que je continue de me balader à poil, tu as tout intérêt à me les donner maintenant. Sauf si la vue te plait plus que tu ne veux bien l'avouer ?

Le blond poussa un cri étranglé sous la colère et le malaise et Helena se prit une flopée de vêtements en pleine tête alors qu'il se contentait de tout balancer par la porte entrouverte. Elle gloussa comme une maniaque, Edward se rassurant en l'entendant effectivement se vêtir correctement.

_ Tu veux que je vienne te frotter le dos pendant ta douche ?

_ Ta gueuuule !

Avec un « chbunk » retentissant, il envoya voler sa botte dans la porte pour la faire déguerpir et l'empêcher d'entrer. Mon dieu, il allait se faire violenter par une collègue de boulot. Est-ce qu'il pouvait déposer une plainte officielle pour harcèlement sexuel, à son retour de mission ?

_ Ton père et toi, vous êtes des obsédés !

_ Je savais pas qu'il t'avait fait des avances ! Tu es encore un peu jeune pour ça, non ?

_ Rah ! Mais t'approche pas de cette chambre, dépravée !

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Alphonse observa son frère, renfrogné et mal à l'aise, ramassé sur lui-même dans un coin du canapé et refusant catégoriquement de croiser le regard d'Helena. Il pouvait comprendre, cela dit, lui-même n'était pas certain de pouvoir lui faire à nouveau face dans les prochaines heures.

A genoux sur le sol devant la table basse, penchée sur ses dossiers et les cheveux lâchés qui terminaient de sécher, la jeune femme ne leur prêtait pas plus d'attention qu'à l'ordinaire, visiblement pas troublée pour un sou par la scène qui s'était déroulée plus tôt. Et c'était sans doute la bonne attitude à adopter : mettre cet… incident ? de côté et ne plus jamais en reparler.

Le silence entre eux était tendu, empli d'un malaise palpable mais il voyait Helena sourire en coin de temps à autre, apparemment très fière de sa petite blague. Il n'y avait pas eu mort d'homme, certes mais… Alphonse secoua la tête. Ils n'allaient pas épiloguer là-dessus pendant cent sept ans. Il ne devait pas donner trop d'importance à tout ça. Après tout, elle n'avait pas été entièrement nue non plus. Et il n'avait presque rien vu.

Le front d'Helena rencontra le bois de la table dans un poc léger et elle soupira, les cheveux dissimulant son visage des regards surpris des Elric.

_ Tu t'es décidé à perdre des neurones ? Commenta Ed avec cynisme, décidé à ne plus rien laissé passer en terme de moquerie à partir de maintenant. La vengeance était un plat qu'il savait apprécier à sa juste valeur.

_ Non. Je suis fatiguée, et je n'arrive plus à réfléchir. Tout ça ne nous mène à rien.

Sa main semblant surgir de ses mèches brunes encore humides, elle l'agita à l'adresse de leur fatras insondable.

_ Nous avons quand même pu invalider quelques pistes de réflexion, tempéra Alphonse avec espoir. Ça reste une avancée.

_ Mais pas suffisante. Eurus se redressa, les coudes sur le meuble et se massa les yeux et les joues. On a plus le choix, il faut qu'on trouve un moyen d'entrer dans ces mines. C'est notre point central depuis le début.

L'autre point central étant que les mines étaient condamnées et la structure, définitivement précaire et endommagée.

_ Est-ce que tu crois que tu parviendrais, que vous parviendriez tous les deux à nous forer une entrée, sans que tout nous tombe dessus ?

Edward étudia un instant la question. Il y avait pensé, bien sûr mais les paramètres à prendre en compte étaient nombreux et l'expérience restait un rien périlleuse tout de même. Très honnêtement, à la place d'Helena, il n'aurait pas aimé devoir se retrouver à nouveau dans une situation où tout risquait de s'ébouler.

_ Dans la théorie, oui. Dans la pratique, ça pourrait être dangereux, mais pas infaisable. Dans les faits, je suis pas certain que les habitants, l'inspecteur ou quiconque qui s'occupe de ce truc, nous laissent faire à notre guise.

_ Peut-être qu'il va falloir se passer d'autorisation, alors.

_ Oh, oh. Madame veut se la jouer rebelle.

_ Je suis persuadée que les réponses que nous cherchons sont là-dedans. Donc, s'il faut ça pour y parvenir, oui. Je veux bien « jouer les rebelles ». Quand est-ce que tu penses pouvoir être prêt ?

_ Quand tu l'es. On peut partir maintenant.

Helena jeta un coup d'œil par la fenêtre et les nuages gorgés de pluie, la nuit qui tombait.

_ Pour plus de sécurité et être certains de ne pas se faire repérer, on va attendre un peu avant d'agir. Cette nuit très tard, demain matin très tôt, comme vous voulez. Avant que le soleil ne se lève, en tout cas.

_ Cette nuit, ça me parait pas mal.

_ Tu n'as pas envie de te lever, avoue.

Edward tira la langue à sa collègue dans un accès de puérilité des plus flagrants et il se redressa.

_ Je t'emmerde. D'ailleurs, je vais me reposer maintenant, pour être frais comme un gardon dans quelques heures. Et je prends la chambre.

Vengeance.

_ Tu es d'un rancunier, ricana Helena en le laissant faire, bonne joueuse. Ed lui adressa un doigt, rabroué immédiatement par Alphonse qui le suivit afin de laisser l'aînée se reposer également.

La jeune femme secoua la tête, amusée, sourit, et veilla encore une heure ou deux avant de capituler à son tour et s'installer pour une brève sieste.

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Au commencement furent les flammes

Dures, brulantes et assassines

Puis vinrent les cris

Déchirants, terrifiants et inhumains

Puis vint le sang

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Helena se perdit. Les yeux écarquillés, figés vers le plafond qu'elle ne reconnaissait pas, son corps était couvert de sueur. Ses mains étaient tellement crispées sur sa couverture qu'elle les sentait à peine, enroulée entre ses jambes tremblantes telles des chaines de l'acier le plus pur. L'air autour d'elle était lourd, épais et poisseux, glissant dans ses poumons et serrant son cœur dans un étau terrifiant.

Dans ses oreilles résonnait ses battements affolés, sourds et désespérés. Les cris des enfants, le rugissement des flammes. Les hurlements et les suppliques.

Elle n'arrivait pas à respirer. Helena n'arriverait pas à respirer.

Elle ne pouvait pas respirer.

Elle devait bouger. Se déplacer, maintenant, trouver le moyen de libérer ses poumons et de vivre, bordel de merde !

Son cerveau hurla, tant pour se débarrasser des résidus de ses cauchemars que pour se forcer à se mouvoir. A tâtons, le cœur et les poumons en feu, Helena poussa un gémissement guttural, un râle presque inhumain.

Sa main gauche attrapa le bord de la table basse mais elle n'eut pas la force de se relever et s'écroula sur le côté, heurtant le meuble dans un fracas beaucoup trop fort à ses oreilles sensibles.

Dans la brume de sa douleur et de sa confusion, Helena crut entendre la porte de la chambre s'ouvrir et le pas lourd d'une armure invraisemblablement vivante. Il y avait des mains sur elle. Froides mais rassurantes, douées d'une douceur étrange et incongrue. On la secouait par les épaules, une pression un peu ferme mais sans trop forcer. Elle était persuadée d'entendre son nom, étouffé comme si elle se trouvait sous l'eau.

Helena sentit la bile et le sang lui monter à la gorge, éclater entre ses lèvres dans un gargouillis très certainement effrayant mais qu'elle ne percevait qu'à moitié. Il n'y avait plus que le gout du fer et le feu dans son corps pour l'ancrer à la réalité.

Elle ne se souvenait plus de sa dernière crise mais elle était certaine qu'elle n'avait pas été aussi violente.

Le sang glissa le long de son menton et ses yeux roulèrent à l'arrière de son crâne.

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Edward grogna, se retournant dans ses couvertures à la recherche d'une position plus agréable pour son dos et ses bras. Il n'avait jamais eu le moindre mal à s'endormir. C'était même une autre de ses marques de fabrique : Edward Elric, en plus de manger tout ce qui lui passait sous le nez, pouvait s'assoupir n'importe où et n'importe quand.

Le bruit ne l'avait jamais dérangé. D'ordinaire, il partait au pays des rêves lorsque les trajets de train étaient trop longs et ces derniers étaient rarement réputés pour leur calme et leur sérénité. Ça n'était donc pas le doux et discret raclement des pages du livre qu'Alphonse était en train de lire à l'autre bout de la pièce, qui l'avait dérangé. Ni même la lumière dont il se servait pour éclairer les lignes manuscrites. L'heure n'était pas non plus un problème. Encore une fois, il pouvait presque s'endormir sur commande et n'était jamais contre une sieste, surtout si elle pouvait durer plusieurs heures.

Quelque chose d'autre le troublait, donc, et l'empêchait de se reposer correctement.

Peut-être un trop plein d'énergie. Ils avaient passé tellement de temps à réfléchir qu'il ne pouvait pas faire taire son cerveau et ses idées. Ou autre chose. Il se sentait mal à l'aise, sans parvenir à l'expliquer.

De l'autre côté de la porte, il entendit Eurus tousser fortement et il soupira, changeant à nouveau de position. Se sentait-il coupable de lui avoir subtilisé le lit pour une bête vengeance ? Il ne pouvait pas nier qu'elle semblait patraque, depuis sa dernière mésaventure, et que du repos lui aurait fait le plus grand bien. Mais elle avait mérité sa place sur le canapé, d'un autre côté, et il n'allait pas revenir sur sa décision.

Elle toussa encore et il gémit de frustration. Est-ce qu'elle ne pouvait pas juste—

Le fracas du métal contre le bois le fit se redresser avec brutalité, tous les sens aux aguets alors qu'Alphonse sortait lui aussi de sa lecture, se redressant à moitié. Il n'eut pas le temps d'appeler —s'il pouvait éviter de se sortir des couvertures douillettes, c'était un petit plus— que les toux reprirent, douloureuses et gluantes. Entrecoupées de gémissements étranglés qui n'avaient presque rien d'humain.

Edward s'arracha du lit sans plus y penser.

Ce genre de son lui était trop familier pour qu'il n'agisse pas dans l'instant, poussé par un instinct animal et paniqué.

Plus tard, il décréterait très certainement qu'il n'était pas le moins du monde inquiet et qu'il voulait simplement que Eurus se taise et le laisse se reposer en paix.

Pour l'heure, il avait seulement besoin de voir si elle allait bien.

Le salon était plongé dans le noir, violemment éclairé lorsqu'il activa l'interrupteur le plus proche et durant les quelques secondes suivantes, Edward aurait voulu ne pas l'avoir fait. Etre resté dans l'ignorance autant que possible, car cela lui aurait évité de faire face à ses vieux démons.

_ Oh putain de merde, non.

Dans son dos, Alphonse poussa un glapissement paniqué et le repoussa sur le côté sans doser sa force, manquant de l'envoyer valser un peu plus loin. Edward se rattrapa au mur au moment où son frère atteignait la jeune femme, tremblante, sanglante et étalée à moitié sur le sol comme un pantin sans fil.

Ses yeux papillonnaient, voltaient à travers toute la pièce sans réellement la voir alors qu'Alphonse essayait de la redresser, facilitant au mieux le passage de l'air jusqu'à ses bronches plus qu'encombrées. Du sang s'étalait sur le devant de son T-shirt, ses cheveux étaient poisseux de sueur. Elle convulsait presque alors que chaque expectoration semblait voler son dernier souffle.

_ Helena. Helena, tout va bien, tout va bien, respire. Respire !

Les suppliques d'Alphonse tombaient dans l'oreille d'un sourd et Edward se secoua. En trombe, il passa devant son frère, ouvrit la porte à la volée et se précipita dans le couloir. Méthodique, efficace, rapide. Ils avaient besoin d'un médecin.

Il paniquerait plus tard.

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_ Alors ? Comment elle va ?

L'homme referma soigneusement la porte de la chambre, les adolescents —le gamin et la foutue armure— lui sautant presque dessus. Habitué aux réactions vives des proches, il se contenta de remonter ses petites lunettes rondes le non de son nez et de plisser légèrement les yeux.

Les enfants avaient l'air d'avoir connu l'enfer. Les cheveux en vrac, le regard anxieux et perdu, le plus petit de deux, en tout cas, avait besoin d'une douche et de se reposer lui aussi. Il sentait sa nervosité irradier par vagues jusqu'à lui.

Et les nouvelles qu'il apportait ne feraient rien pour l'apaiser.

_ Elle est toujours inconsciente, et je lui ai donné un relaxant musculaire pour le moment.

Le jeune homme blond siffla son mécontentement à la manière d'un chat en colère. Il n'avait pas fait d'étude de médecine mais même lui aurait pu en arriver à une telle conclusion. Il voulait des réponses, rapides et concrètes, sur l'état de sa collègue.

_ Je me doute, qu'elle est inconsciente. Je vous demande comment elle va.

Le médecin le poussa légèrement pour se frayer un chemin vers l'extérieur, ralliant lentement la sortie, sa valise serrée contre son côté.

La dernière fois où il avait dû intervenir au beau milieu de la nuit, c'était pour aider à la délivrance de l'un des rejetons de Mary Oberman. D'ordinaire, la sage-femme s'en débrouillait seule, cette vieille mégère qui respectait d'un peu trop près à son goût les traditions et les méthodes d'antan et il avait été heureux d'être présent cette fois ci. L'enfant était en bonne santé et la mère vivait encore. Le père, paniqué, était venu le trouver en robe de chambre à une heure impie et le docteur s'en était un peu amusé. Sa tenue avait été ridiculement adorable.

Mais cela remontait déjà à plusieurs semaines, et rares étaient les urgences catastrophiques à Yadrov. Les gens de la terre soignaient eux même leurs plaies et m'aimaient pas partager leurs maux. Ça n'était pas dans leurs habitudes.

Cela faisait donc un moment qu'on était plus venu le chercher en pleine nuit, tambourinant à sa porte comme un forcené jusqu'à ce qu'il vienne ouvrir.

L'adolescent sur son seuil aurait pu lui aussi être un jeune papa paniqué. Mais le médecin avait reconnu sa tignasse blonde, son manteau rouge —mis à la va vite, le gamin ne portait qu'un mince T-shirt qui ne pouvait pas le protéger du froid— et son air affolé, précipité, l'avait immédiatement alerté. Bon dieu, il avait traversé la moitié de la ville en courant dans les rues, pied nu.

Alors il s'était souvenu de la jeune femme qu'il avait auscultée quelques temps plus tôt. La même qui était venue le voir à la suite de l'autopsie de la petite Fernandja.

Ils étaient revenus à l'hôtel en quelques secondes, le temps pour lui de saisir ses affaires et les clés de sa vieille auto mal entretenue. A mots hachés mais étonnement précis, le gamin lui avait rapporté tout ce qui l'avait vu et ce qui l'avait poussé à se précipiter chez lui en pleine nuit. Le peu qu'il en avait entendu et comprit avait suffi à lui faire penser que la situation était critique.

Il ne s'était pas vraiment trompé.

Et maintenant, il allait devoir l'annoncer aux jeunes gens devant lui. Ça n'était pas la partie de son travail dont il raffolait le plus.

_ Son état semble s'être stabilisé. Pour le moment, je ne garantis pas l'apparition d'une nouvelle crise, les prévint-il en les voyant pousser un soupir de soulagement.

_ Est-ce que vous savez ce qu'elle a ? Demanda l'armure d'une voix curieusement douce et enfantine. C'est grave, non ?

Le doc enleva ses lunettes et les essuya sur le devant de sa veste.

_ Honnêtement ? Je ne sais pas ce qu'elle a. Ca n'a rien d'un simple virus, je doute que ça soit contagieux. J'ai pu discerner un murmure cardiaque inquiétant mais heureusement, pas de liquide dans les poumons.

_ Elle crachait du sang, fit remarquer le blond en croisant les bras, les jointures de sa main de chair devenant blanches sous la pression.

_ La force des toux a pu endommager légèrement la trachée ou le larynx. Sans examens plus poussés, je ne peux pas vous dire avec exactitude ce qu'elle a. Et je n'ai pas le matériel pour le lui faire. Dans l'idéal, il faudrait se rendre à l'hôpital militaire le plus proche. Mais dans son état, la bouger pourrait également aggraver la situation.

_ Qu'est-ce qu'on fait, alors ?! On attend qu'elle s'étouffe dans son sommeil ?! On prie pour qu'elle tienne le coup jusqu'à demain ?!

_ Grand-frère…

_ Oui. Dans l'état actuel des choses, il n'y a rien de plus à faire. Mis à part la surveiller, s'assurer qu'elle respire correctement et lui faire boire de l'eau.

_ Et si elle fait une nouvelle crise ? Si elle arrête de respirer ?

_ Il faudra très certainement l'intuber de force et contacter les médecins de North City pour qu'ils viennent la chercher en urgence. Voici mon numéro. Si elle montre de nouveaux signes, contactez-moi et nous ferons ce que nous pourrons.

Mais il ne pouvait pas garantir un miracle, une soudaine guérison. Surveiller et prier, oui, c'était ce qui restait à faire pour le moment. Demain, il contacterait un confrère et essayerait de dépêcher un médecin de ville pour une expertise plus approfondie. En attendant… il espérait effectivement qu'elle tiendrait le coup.

Saluant les deux jeunes gens, l'homme tourna les talons et les laissa, livrés à eux-mêmes.

Il fallut toute sa maitrise de lui-même à Edward pour ne pas le poursuivre dans le couloir et le plaquer contre le mur, exigeant qu'il les aide d'une meilleure manière que celle-ci. A pas lents, Fullmetal retourna à la chambre, contournant le sol encore marqué par les faibles traces de sang. Il nettoierait demain. A l'instant présent, il n'en n'avait pas la force.

En l'espace de quelques minutes, il lui semblait avoir pris dix ans dans la gueule. Son esprit sautait déjà de conjectures en conclusions, cherchant des explications plausibles et acceptables à ce qui venait de se passer.

La veille encore, Helena semblait aller bien. Aussi bien que possible, en tout cas. Bien sûr, elle était fatiguée. Mais au point que son état se dégrade de la sorte ? En l'espace de quelques heures et sans signes avant-coureurs ? Non. Impossible. Eurus était seulement une excellente actrice, très certainement parfaitement habituée à son premier rôle et elle en avait offert sa meilleure interprétation jusque-là.

Elle était malade. Depuis le début, depuis longtemps et ils n'avaient rien remarqué. Edward n'avait rien vu.

Comme pour sa mère.

Il tressaillit lorsqu'Alphonse revint vers lui. Il n'avait pas conscience d'être resté debout auprès du chevet d'Helena, en silence, à observer son corps épuisé et son visage tiré. Son frère s'était penché pour attirer son attention et le regard d'Edward dériva jusqu'à ses gants, grossièrement entourés sur de petits cylindres de plastique, dans des tons criards qu'il avait déjà vu à de nombreuses reprises sur les étagères des infirmeries militaires.

_ Où est-ce que tu as eu ça ? demanda-t-il en touchant doucement les tubes du bout des doigts. Vides.

Alphonse lorgna brièvement Helena avant de tourner son heaume vers son frère.

_ Dans ses affaires. Je voulais lui mettre des vêtements propres, la rafraichir un peu, pour qu'elle ne reste pas plus longtemps dans cet état.

Edward hocha légèrement la tête. Là où quelques heures plus tôt encore, il était terriblement gêné à l'idée de voir Helena quasiment nue, il comprenait la démarche de son petit frère et était prêt à l'aider de quelque manière que ce soit. Du pouce, il caressa l'étiquette à moitié déchirée sur les pots les médicaments. Il ne reconnaissait pas la moitié des mots qu'il croyait déchiffrer. Des noms trop complexes, des dosages sans sens à ses yeux.

_ Qu'est-ce que c'est que cette merde…

Sa théorie se confirmait. Helena était malade chronique, quelque chose de suffisamment grave et fort pour la faire approcher la mort. Elle s'était tue, avait posé des sourires sur ses douleurs et des mensonges sur tout le reste. Des histoires, de la poudre aux yeux. Tout pour détourner l'attention d'elle et de sa souffrance.

_ C'est vide, exprima Alphonse à haute voix, volant les mots de la bouche de son frère. Ça devait l'empêcher de faire ce genre de crise. Et elle n'en n'avait plus.

Edward dut reprendre ses mains pour lui, sans quoi il n'aurait fait qu'un tas d'éclats des pots de plastique. Putain de merde. Putain de merde !

Le jeune homme préféra tourner les talons et quitter la pièce avant de commettre un acte impulsif et regrettable. Il avait envie de saisir Helena par le col, mal en point ou non, et de la secouer de toutes ses forces. De lui hurler au visage qu'elle était d'un égoïsme sans nom et qu'il n'allait très certainement pas appeler ce bâtard de Colonel pour l'informer que sa fille était morte dans leurs bras. De lui demander comment elle avait pu leur faire ça, à son frère et lui, les abandonner alors qu'ils avaient besoin d'elle et que—

Ed ferma les yeux et s'accroupit, prit d'un vertige. Il entendit Alphonse fermer la porte dans son dos et le rejoindre, posant sa grande main sur son épaule pour le réconforter.

Il n'avait lui-même pas de mots pour exprimer son inquiétude et la colère douce qui couvait sous l'anxiété. Il se sentait trahit. Abusé par celle qu'il pensait pouvoir considérer comme une amie et alors qu'une part de lui comprenait pourquoi Helena ne leur avait rien dit, l'autre lui en voulait terriblement. Ils avaient eux-mêmes trop soufferts d'une situation pareille pour pardonner facilement ce silence.

Leur mère était morte de ce secret. Helena aurait pu faire de même et ils n'auraient plus eu que leur culpabilité pour les accompagner le long du chemin.

_ Elle va s'en sortir, n'est-ce pas ?

Sa voix était enfantine, mince et trop petite pour sa carrure. Edward leva la tête vers lui, posa sa main sur celle de son cadet pour le réconforter autant que l'autre essayait de le faire avec lui. Il ignorait ce qu'il devait lui répondre car il n'en savait rien. Helena n'était pas Trisha, Helena était malade mais se soignait. Peut-être qu'elle allait s'en sortir, en effet. Elle le devait, pour qu'il puisse la tuer lui-même par la suite.

_ C'est une Mustang, finit-il par déclarer avec un soupçon d'ironie. Plus coriace que ceux-là, je n'en connais pas. Ils sont pires que de la mauvaise herbe.

La plaisanterie était de mauvais goût et pas le moins du monde adapté à la situation mais elle tira un rire tremblotant à Alphonse mais Edward pouvait s'en contenter.

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Ed somnolait dans son fauteuil lorsqu'il entendit les draps se froisser légèrement. Il avait déplacé la chaise rembourrée dans la chambre pour surveiller Helena et tenir compagnie à Alphonse, mais la fatigue et les émotions avaient eu raison de ses résistances. A en juger par le soleil timide qui pointait derrière les rideaux, cependant, il n'avait pas dû dormir très longtemps.

Il se redressa, les pieds passés par-dessus l'accoudoir et grimaça en faisant claquer toutes ses vertèbres une par une. Près du lit, Alphonse s'était rapproché au premier signe de vie que donnait Eurus depuis plusieurs heures, soucieux et attentif.

_ Helena ? Tu m'entends ?

L'armure gardait sa voix aussi douce et basse que possible, veillant à ne pas agresser ses sens qui devaient être particulièrement sensibles. La jeune femme battait difficilement des paupières, léthargique au possible et à peine consciente. Edward avait d'autant plus envie de la secouer, encore une fois. Peut-être développait-il une nouvelle manie ?

_ Attends. Je vais…

_ Tiens.

Edward s'était relevé, attrapant le verre d'eau qu'ils avaient préparé sur la table de chevet et à l'aide de son frère, firent boire Helena à petites gorgées. Il y avait quelque chose de profondément malvenu, à réussir à la manipuler de la sorte, comme si elle n'était qu'une simple poupée sans la moindre force. Ed n'aimait pas cela. Alphonse s'assura qu'elle était à nouveau bien installée, calée contre les oreillers et entourée de bien trop de couvertures, même pour la saison.

Pâle comme un linge, des cernes trop grands pour être sains, Helena semblait toutefois suffisamment éveillée, maintenant, pour tenir un début de conversation et offrir quelques réponses. Ed ne la laisserait pas se rendormir sans.

_ Méthode forte, ou méthode douce ? demanda-t-il sans prendre de gants, un rien surpris d'entendre sa voix calme et composée. Extrêmement professionnelle, pour quelqu'un d'extérieur. Celui qui le connaissait aurait reculé d'un pas et sentit la tension qui l'agitait tout entier.

Edward était furieux et un rien aurait suffi à le faire exploser.

_ Je veux pas en parler, coassa difficilement Helena, luttant clairement pour rester consciente suffisamment longtemps. Fullmetal serra les poings et les dents. Alphonse prit le relais. Ils n'avaient pas besoin d'une nouvelle scène.

_ Helena. Je suis sûr que ça doit être douloureux, et je peux comprendre que tu ne veuilles pas nous en parler, mais tu as… C'était effrayant. Et le médecin ne savait rien, il nous a dit que ça pouvait recommencer n'importe quand, mais s'il y a un moyen pour nous d'empêcher que cela arrive, nous —

_ Il n'y a pas de moyen. Laissez-moi tranquille. Je ne veux pas en parler. Je ne peux pas en parler.

Sa voix n'était plus qu'un filet rauque plein d'angoisse. Sa poitrine se soulevait de plus en plus vite, frénétique, et paniquée. Alphonse posa ses grandes mains apaisantes sur ses épaules, la forçant à se calmer, l'enjoignant à reprendre une respiration plus tranquille alors qu'Edward restait en place, silencieux et froid.

Helena gémit, un son grinçant et incroyablement douloureux, s'arquant un instant avant de lutter pour se pencher et tousser durement, du sang s'échappant d'entre ses dents serrées, éclaboussant ses lèvres trop pâles malgré le teint naturellement halé de sa peau. Alphonse roucoula durant de longues minutes, les deux frères se relayant pour éponger la sueur de son front, laver sa bouche sanglante et s'assurer qu'elle buvait un peu.

_ Je suis désolée, marmonna-t-elle, des larmes d'épuisement roulant sur ses joues. Je suis désolée. kṣamin̄caṇḍi. kṣamin̄caṇḍi, talli… [1]

Elle sombra dans l'inconscience avant même que les deux Elric aient eu le temps de comprendre ce qui arrivait.

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Quand Helena rouvrit les yeux, des heures plus tard et la tête aussi lourde que du plomb, ce fut en grande partie à cause du soleil, qui lui tombait directement sur le visage, mais également à cause du fort juron qui résonna tout près de son oreille.

Elle resta plusieurs secondes à fixer le plafond, comptant les battements de son cœur et concentrée à faire fonctionner correctement ses poumons. Elle ne sentait plus ses jambes, étonnamment, mais son dos était douloureux et sa gorge était en feu.

Elle tourna la tête en direction du bruit. A deux pas du lit, assis en tailleur contre le mur, Fullmetal mastiquait furieusement le bout de son stylo en prenant des notes, une farandole de feuilles s'étalant en corole autour de lui. Eurus était trop mal placée pour voir ce sur quoi travaillait —et s'énervait— son jeune collègue mais il lui sembla voir plusieurs esquisses de cercles de transmutation, avant qu'il ne lève les yeux et ne la remarque.

_ Hey, sa voix était un rien amère, mais Helena entendait tout de même le soulagement qui s'y mêlait. Bien réveillée, cette fois ?

La jeune femme le fixa deux secondes, puis hocha lentement la tête, préférant garder ses mots pour elle car elle n'était pas complètement certaine de pouvoir parler.

'Cette fois ?', nota-t-elle distraitement. Ses souvenirs récents étaient baignés de brume. La douleur était une constante stable, elle avait fait une crise mais c'était bien tout ce qu'elle était capable de se remémorer pour l'instant.

Fullmetal se releva, époussetant le devant de son pantalon et fit craquer son dos. Après le premier réveil d'Helena, il avait délocalisé ses recherches personnelles sur le sol de la chambre, histoire de pouvoir s'occuper tout en la surveillant. Alphonse rodait aux alentours, allant chercher à manger et s'assurant régulièrement que ni son frère, ni l'alchimiste du vent, ne manquaient de rien. Il était partit s'installer au salon, la chambre devenant un tantinet trop étouffante et les adolescents avaient préféré instaurer des rondes afin de ne pas se sauter trop rapidement à la gorge.

Edward passa devant le lit d'Helena, la tête hors de la porte pour héler son petit frère et lui demander de rappliquer avec une boisson chaude et de quoi manger. Elle entendit la lourde armure se lever et obtempérer, Fullmetal revenant s'installer sans plus rien dire au milieu de ses papiers.

Il n'avait cependant pas besoin d'ouvrir la bouche pour qu'Helena remarque sa colère. Elle tenta de se redresser pitoyablement contre ses oreillers, échouant lamentablement et se contenta de fixer le plafond. Bientôt, le silence fut trop épais, même pour elle.

_ Quelle heure il est ?

Sa voix était un mince filet encrassé par une toux liquide qu'elle contint à peine, déterminée à ne pas paraitre plus malade qu'elle ne l'était déjà. Ed lui jeta un coup d'œil, les lèvres pincées en une moue des plus aigres.

_ Tard dans l'après-midi. Tu as dormi non-stop un peu plus de 12h.

Douze heures et elle se sentait encore tellement fatiguée. Les crises n'étaient plus aussi violentes depuis longtemps. Le traitement devait faire son effet, finalement. Ou bien réduire les risques, tout du moins, car Helena restait persuadée qu'en l'état actuel des choses, elle aurait fini par céder à un moment donné, bien avant la fin de cette mission.

Elle soupira, fermant les yeux et suivit de l'oreille les mouvements de Fullmetal qui se relevait encore une fois et gagnait l'autre côté de la pièce. Elle sentit deux ou trois objets lui tomber sur les genoux, à peine assez lourds pour que leur poids passe la couverture. Eurus rouvrit un œil, pas le moins du monde surprise de reconnaitre les cylindres orange de ses comprimés.

_ Je n'ai pas réussi à savoir ce qu'il y avait dedans, entonna le blond, les bras croisés, la regardant durement. Est-ce qu'on peut t'en avoir d'autres ?

_ Non… c'est un mélange particulier.

_ Comment ça se fait que t'en as plus ? Je sais pas ce que tu as, mais c'est pas le petit rhume de base et je ne peux pas croire que tu es suffisamment cruche pour t'embarquer dans une mission loin de tes médecins habituels, sans un surplus de ton traitement.

_ Les mines… Mon sac.

Elle le vit se fracasser le front contre le plat de sa main, l'action si spontanée lui tirant un mince sourire en coin. Oui, avec du recul, conserver autant de produits nécessaires à sa survie n'était pas des plus malins, mais Helena était humaine et il lui arrivait de faire des erreurs, elle aussi.

_ T'es conne, tu le sais, ça ?

Elle gloussa.

_ On me le dit, parfois.

_ Pas suffisamment, visiblement, ou alors le crâne des Mustang est plus épais que celui des autres.

La colère redescendait. Lentement. Elle se muait en agacement mais surtout, en questionnements qu'elle voyait tourbillonner dans les grands yeux d'Edward. Le jeune homme attendait clairement que son frère soit revenu dans la chambre pour lui faire subir un interrogatoire à la Elric et Helena avait beau réfléchir, avec le peu de neurones connectés qui lui restaient encore ; elle ne voyait pas d'échappatoire possible à sa situation.

Mais elle allait devoir en trouver un rapidement, sans quoi elle ne pourrait pas tenir son écran de fumée encore bien longtemps.

Mais après tout…

Alphonse toqua à la porte par réflexe, passant tout d'abord la tête dans l'embrasure, le reste de son corps suivant le mouvement lorsqu'il vit son frère debout et Helena, encore éveillée.

_ Hey, la salua-t-il tranquillement en fermant derrière lui, un plateau simple dans les mains qu'il posa sur la table de chevet. Comment tu te sens ?

_ Mieux.

Ça n'était pas faux, mais ce n'était pas non plus la réponse parfaite à apporter, car Edward poussa un reniflement désabusé et ironique, levant les bras pour appuyer son mécontentement. A l'aide du cadet, Helena se redressa suffisamment pour parvenir à tenir une position mi assise, l'armure posant délicatement le plateau et son bol de soupe sur ses genoux. Ils s'installèrent tous les deux face à elle, qui au bout du lit —Edward— qui sur la chaise —Alphonse— et la scrutèrent dans un silence maladroit.

Helena n'avait pas faim, son esprit tournait encore trop à vide pour qu'elle puisse trouver une parade à la scène qui suivrait immanquablement et elle soupira lourdement.

_ Allez-y.

Fullmetal ouvrit le bal, avec tout le tact qu'on lui connaissait si bien.

_ Qu'est-ce que tu as ? Tu vas nous claquer entre les pattes ou quelque chose du genre ?

_ Pas tout de suite, non. Désolée de te décevoir.

Elle parlait avec plus d'assurance, maintenant, trouvant même la force de se saisir de son verre d'eau et de le siroter à petites gorgées prudentes. Le liquide était un miracle contre sa gorge à vif. Elle reprit lentement.

_ Je suis née comme ça. J'ai le cœur malformé et moins efficace.

_ Et ces crises, ça arrive souvent ?

_ De temps en temps. Moins avec le traitement, bien sûr.

_ On peut les empêcher d'arriver ? demanda Alphonse d'une petite voix, terrifié à l'idée qu'une telle horreur se reproduise encore une fois. Il n'était pas prêt à revivre cette horrible expérience à nouveau. Helena secoua la tête.

_ Non. Les anticiper et les freiner, oui. Les empêcher, c'est impossible. J'ai les poumons trop abimés pour ça, maintenant.

Edward fronça les sourcils. Il n'était pas complètement ignorant du domaine de la médecine, même s'il ne s'agissait pas de son terrain de jeu favori —après leur transmutation humaine ratée, il s'était intéressé à la biologie pour parvenir à récupérer le corps de son frère mais il restait un néophyte avant tout— et il savait que la défaillance d'un organe pouvait entrainer facilement celle des autres. Surtout dans le cas du muscle cardiaque.

_ Les poumons, releva-t-il, pressentant un début d'entourloupe qu'il ne laisserait pas passer. Tu as autre chose aux poumons, c'est ça ? Qui n'a rien à voir avec le cœur.

_ Le cœur est génétique. Les poumons, c'est la maladie.

_ Tu ne fumes pas, je t'ai jamais vu boire d'alcool et ton seul vice, outre le fait d'être une insupportable casse-couilles, c'est le café. Explique.

_ Mes poumons se sont abimés petite, lâcha-t-elle. Je vivais près d'une grande carrière qui exploitait du sable et du calcaire. C'est ce qui m'a rendu malade. Les particules. Ça ne se guérit pas.

Alphonse acquiesça doucement, soucieux.

_ C'est pour cela que tu n'as rien dit ? Parce que ton état de santé n'aurait pas pu te permettre d'être prise dans le corps des Alchimistes d'Etat, non ? Tu avais peur que nous te dénoncions… ?

Il comprenait la logique. Ils se connaissaient depuis trop peu de temps pour se faire confiance mais même s'il savait pourquoi Helena avait préféré garder pour elle une information aussi importante, cela ne l'empêchait pas de sentir… vexé. Ils avaient leur propre part de secret, ils savaient tenir leurs langues, malgré les apparences parfois trompeuses. L'histoire d'Helena aurait été en sécurité, avec eux.

Mais il ne pouvait pas non plus lui en vouloir pour son silence. Edward la fixait durement, les yeux plissés par la réflexion et l'attention qu'il lui portait. Helena tourna à peine la tête vers lui, suffisamment en tout cas pour comprendre… Qu'il avait assemblé les pièces d'un puzzle plus vaste.

_ Y a pas que ça, lâcha-t-il comme une évidence, un rien furieux mais étrangement plus calme, plus composé. Alphonse pivota vers lui, sceptique. Que pouvait-il y avoir de plus que la maladie plus qu'handicapante d'Helena ? Cela lui semblait déjà être une bonne raison pour se taire et camoufler la vérité autant que possible.

_ Aussi intelligent qu'on me l'avait dit, ricana faiblement Eurus en croisant presque religieusement les mains sur son ventre, repoussant le plateau un peu plus loin sur ses jambes.

Cette fois ci, Al était perdu et se tourna définitivement vers son frère pour de plus amples explications, lorsqu'il comprit que la jeune femme ne leur donnerait rien. Ed la désigna d'un large mouvement de main.

_ J'avais pas compris au début, pourquoi tu t'étais énervée à ce point quand j'ai évoqué ton dossier, au QG. On en a tous un. Mais le tien était trop mince, trop simple. Mais je comprends mieux, maintenant. J'aurai dû le voir plus tôt, même.

_ Ed… ?

_ Une orpheline recueillie par un militaire y a quelques années, tu dis que tu es originaire du sud, mais tu n'as pas la moindre trace d'accent. Tu laisses des notes incompréhensibles sur tes rapports, tu parles dans une langue qui n'est ni Xinnoise, ni Amestrienne, ni même Aruegolaise. Tes poumons ? Tu vivais près d'une carrière de sable, c'est ça ? La seule réserve de sable suffisamment grande pour être exploitable, c'est celle qui nous sépare de Xing. Mais on sait qu'il n'y a pas la moindre exploitation par ici. Et la carrière la plus proche, c'était à l'Est. Pas très loin de notre village.

Edward s'arrêta, tant pour ménager son effet que reprendre son souffle. Alphonse commençait visiblement à comprendre car de son frère, il se retournait maintenant vers Helena qui souriait toujours aussi tranquillement, avec une assurance et une sérénité qui forçaient le respect.

Comme si la bombe que s'apprêtait à lancer l'aîné des Elric, n'aurait aucun retentissement majeur. Mais putain de merde, il détenait entre ses mains le pouvoir de briser Eurus mais également le Colonel Mustang, et d'entrainer toute leur équipe à sa suite.

_ Tu es une Ishbal.


[1] Désolée. Désolée, maman.

Maintenant que le chat est sorti du sac (même si les évidences étaient là depuis un sacré bout de temps. Je ne suis pas très douée pour le suspense, j'ai encore des progrès à faire), je me permets de vous dire que la langue employée par Helena est du Telugu (ou Télougou), un des langues principales utilisées au sud de l'Inde. On a très peu de choses sur la culture Ishbal dans le manga, ou bien l'anime. Toutefois, il y est évoqué à un moment donné le terme de "Rasayana" (tome 19, si ça vous intéresse), ainsi que quelques autres mots Ishbal. Rasayana est défini comme étant un remède miracle. En faisant quelques recherches sur le net, il apparait que c'est une méthode de médecine non conventionnelle, originaire d'Inde. Mais qu'il s'agissait également, à l'époque, de la science alchimique de mercure. D'où ma réflexion sur le sujet.

Pour le reste des traductions, il s'agit de dictionnaires trouvés sur le net, traduisant de l'anglais au Telugu, et de google translate histoire de m'assurer que tout est à peu près correct. Les premiers mots dans les précédents chapitres n'ont pas été traduits, puisque leur signification était souvent facilement identifiable et que je voulais préserver encore une petite part de mystère mystérieux.

Je suis restée sur le Telugu comme choix final parce qu'il était dispo sur google translate, d'une part. Mais aussi parce qu'il est utilisé principalement dans la région Est de l'Inde. Ishbal, en Amestris, se trouve également à l'Est et le mot Rasayana se trouve être un terme en sanskrit, qui a beaucoup influencé le vocabulaire et la grammaire du Telugu.

C'était les petites explications linguistiques approximatives de Naé.