Je te hais (2/2)
Visiblement il fallait répéter les choses plusieurs fois aux enfants de Poséidon, ils avaient la mémoire de poissons rouges. A peine eut-elle tourné les talons que des bruits de pas résonnaient derrière elle.
- Attends ! S'il te plait Annabeth… Aouch ça fait ton truc quand même…
- On n'a plus rien à se dire, Jackson.
C'était vrai, elle avait pensé pouvoir parler avec lui mais c'était impossible. Elle était trop furieuse et lui débordait de rancœur et de haine. Elle allongea le pas, Percy la rattrapa et se planta face à elle.
- Qu'est-ce que tu as fait toi ? l'accusa-t-il.
Elle le repoussa de toutes ses forces, il se laissa faire, manquant de trébucher.
- J'ai sauvé l'Olympe crétin !
Elle ne s'était pas défilé, envers et contre tous. En dépit de ses sentiments pour Luke, en dépit de ses doutes, de ses peines, de son cœur à l'agonie. Elle avait fait face, c'était la différence entre eux. Percy continua, ne décolérant pas.
- Je parle des demi-dieux indéterminés ! De ceux qui étaient tellement perdus qu'ils ont rejoint Chronos. De ceux qui sont retournés dans les rues, abandonnés de tous. Les dieux ont failli périr et ils n'ont rien changé ! Combien d'enfants indéterminés sont encore parqués dans le bungalow Hermès ? Tu penses qu'ils se sentent chez eux à la colonie ?
- Donc tu fournis des armes à des traîtres ?
- Des traîtres ? Qui a trahi en premier ? Moi je pense que ce sont les dieux qui ont trahi leurs enfants ! Tout ce que je fais c'est les aider à reprendre une vie normale, loin de la colonie, loin des manœuvres politiciennes de l'Olympe. Et il y a aussi des plus jeunes qui viennent me voir, qui ont toujours vécu seuls et libres. Je leur offre la liberté, et tu me le reproches ? Si on a créé l'Œil, c'est pour que les demi-dieux ne soient pas obligés de chercher la protection d'un camp ou d'un autre.
- Et j'imagine que tu payes ton appart avec ça ?
Elle ne put s'empêcher de dissimuler le mépris dans sa voix, il haussa les épaules. Ce mec la répugnait.
- Ça reste un business, ils t'envoient bien faire de l'espionnage industriel non ? Ça fait des années que les dieux essaient de mettre la main sur mon stock, de corrompre mes associés. Ce que je fais me vaut la colère de presque tous les dieux, titans, géants et monstres qui peuplent le ciel, la terre, les mers ou les enfers. Mais je le fais quand même ! Si c'est ce que t'appelles être un lâche...
Un lourd silence retomba. Son téléphone sonna, le prénom « Hylla» s'afficha, il l'éteignit.
- Tu me parles des demi-dieux indéterminés, de leur souffrance… Penses-tu un seul instant au fait que si tu avais pris part dans la guerre contre Chronos on aurait pu éviter la mort de demi-dieux innocents ?
Percy ferma les yeux, comme pour chasser de mauvais souvenirs. Cette fois c'est lui qui tourna les talons. Décidément il ne faisait que fuir.
…
Ils avaient quatorze ans.
Mais paraissaient bien plus vieux. Impossible de rester insouciants après la mort de Bianca. Impossible de… Percy posa la main à son cou, il avait enlevé son collier avant d'entrer dans le labyrinthe avec Charlie. Il n'était plus à la solde de la colonie, ni à celle des dieux. Plus personne ne le tiendrait en laisse. Il posa le regard sur Nico, lui non plus ne portait plus son collier de perles. Il se souvint alors qu'il l'avait jeté sous ses yeux lors de leur dernière entrevue. Les yeux de son ami virèrent à l'orage.
- Nico…, sa voix se brisa.
Il ne savait pas quoi dire, cela faisait si longtemps. Au moins deux ans qu'ils ne s'étaient pas croisé. Qu'étaient-ils devenus ? Son ami n'était plus haine et rancœur. Lui n'était plus que peine et culpabilité. Il s'en voulu terriblement de l'avoir abandonné. Le fils d'Hadès tremblait de colère, son corps entier, de son épée à ses cheveux, fumait. Pour la première fois de sa vie, Percy eut peur de Nico. Il recula, heurtant une des parois du labyrinthe. Cet endroit lui filait vraiment la chair de poule.
- Nico, il faut qu'on parte. Je suis venu te chercher.
C'était vrai. Il l'avait vu en rêve, errant dans le dédale, à la recherche d'une mort certaine. Il en lui avait pas fallu plus pour accourir. Son ami se mit encore plus en colère, si c'était possible. Les murs du labyrinthe se mirent à trembler.
- Je me chercher ? Tu es venu m'aider peut-être ? Toi ? Le grand Persée Jasckon ? Tu devrais plutôt penser à te sauver toi-même.
- Et qu'est-ce tu comptes faire, petit malin ? Rejoindre les rangs de Chronos ?
- Et pourquoi pas ? hurla-t-il.
Nico frappa, les réflexes de Percy le sauvèrent. Il dégaina son épée et para. Son expérience des monstres étaient étendues, il était beaucoup moins habitué à combattre d'autres sang-mêlés. Et Nico avait vraiment fait des progrès. Percy réussit néanmoins à le désarmer et le plaqua contre le mur, l'épée sous la gorge.
- T'es qu'un crétin Di Angelo. Ce n'est pas ta guerre ! Ce n'est pas la mienne non plus !
- Bien sûr que si ! C'est de leur faute si elle est morte ! De leur faute !
Percy baissa son arme, sans doute soulagé que Nico ne rejette pas la faute sur lui. Il pensa à Charlie, qui arpentait aussi le labyrinthe, à la recherche de Silena. Il repensa à tout ce qu'ils avaient sacrifié, aux risques qu'ils avaient pris à cause des dieux. A quoi bon ?
- Ils ne nous méritent pas, Nico. Les dieux ne méritent pas qu'on se batte. Ni pour eux, ni contre eux. On ne leur doit rien. Rien. Ni notre amour, ni notre haine. Tu m'entends ?
Nico longtemps pétrifié puis ,avec toute la colère et la fureur qui le minaient depuis des années, embrassa Percy. Il l'embrassa avec tout l'amour qu'il avait éprouvé pour le fils de Poséidon, tout cet amour mué en haine. Des émotions qui le faisaient fuir depuis des années. Percy se détacha, surpris. Nico détourna la tête, la mâchoire serrée.
- J'suis désolé, glissa-t-il entre ses dents. Je sais pas ce qui m'a pris.
Percy le prit dans ses bras. Il comprit alors. Il comprit à quel point ils s'étaient sentis seuls et abandonnés, l'un et l'autre. Il ne put retenir ses larmes tant il était soulagé de retrouver cette âme qui lui avait tant manqué. La mémoire de Bianca… c'était en pensant à elle, en remémorant les bons moments qu'il l'honorerait. Il veillerait sur Nico, pas pour Bianca, mais parce qu'il voulait prendre soin de son meilleur ami. Il en avait besoin. Nico étouffa quelques sanglots avant de laisser libre court à sa peine.
- Je te hais, hoqueta-t-il, les joues humides. Je te hais.
- Je ferais avec, Di Angelo. Quoiqu'il arrive.
