Harry avait le visage grave. En deux heures, ils avaient à peine avancé. Il n'y avait que Lucius qui était revenu avec quelques indices si on pouvait appeler ça de la sorte. Un clochard ivre lui avait assuré avoir vu une enfant se promener seule avec un sac à dos sur les épaules et un blouson rouge. Il l'aurait vu aux alentours de l'Opéra Garnier vers 10h. Harry soupçonnait Lucius de l'avoir quelque peu malmené pour obtenir plus de détails mais il choisit d'ignorer la voix dans sa tête qui lui hurlait de demander à Lucius d'éviter de terroriser un trop grand nombre de moldu.

– Ce que je vous propose, c'est d'avaler un morceau pour commencer. Il me semble que personne n'a déjeuné et nous serons mieux que le ventre vide par ce froid. Comme nous sommes arrivés les premiers avec Temperence, nous avons fait des sandwichs. Cela convient à tout le monde ? Vous allez dire, je ne vois même pas pourquoi je pose la question puisque vous n'avez pas votre mot à dire.

Hermione leva les yeux vers le ciel avant de se saisir d'un des sandwichs que Temperence avait fait apparaître sur la table. Harry avait raison, avec le froid, sortir le ventre vide n'était pas une idée brillante. Chacun se saisit de son déjeuner à sa suite puis tous se retirèrent de la table. Hermione se laissa tomber sur un canapé avant de quitter ses chaussures. Elle remua les orteils légèrement sous ses épais collant. Elle ne savait pas la distance qu'elle avait parcouru mais une chose était certaine : les talons n'étaient clairement pas optimisés pour ce genre de chose.

– Hermione, si tu veux, je peux te prêter quelques affaires. La météo va commencer à se dégrader et je pense que tu seras plus à l'aise dans une autre tenue. Je vais moi aussi me changer d'ailleurs.

Hermione pesa le pour et le contre de la proposition de Temperence. Elle ne la connaissait que peu mais elle sentait que cette femme était un véritable écrin de douceur. Du coin de l'œil, elle vit Harry toujours debout devant une carte de la ville, Draco et Lucius à ses côtés. John était en face et ils avaient, pour la première fois tous les quatre, une discussion civilisée. Elle voyait John écouter et personne n'élevait le ton plus que nécessaire. Elle en venait presque à trouver la situation agréable.

– Si cela ne te dérange pas, je ne suis pas contre des vêtements propres, secs et plus adaptés.

– Si je te le propose, c'est que cela ne me dérange pas. Suis-moi.

Temperence ouvrit la marche et les hommes les regardèrent quitter la pièce et fermer la porte de la pièce de vie derrière elles. Ils n'avaient prévu de reprendre les recherches que sur les coups de 16h, laissant ainsi à Harry le temps d'obtenir une réponse de l'ambassade magique anglaise. Il y avait une chance qu'avec son statut de chef des aurors et sa célébrité pour qu'une escouade puisse venir leur prêter main forte.

Hermione s'assit sur le lit alors que Temperence sortait d'un grand dressing deux tenues assez similaires. Elle tendait à Hermione différentes pièces. Il y avait un jean sombre, un maillot, un pull vert bouteille et une paire de chaussettes épaisses. Les vêtements étaient imprégnés de cette odeur florale.

– Que s'est-il passé pour que Rose réagisse comme ça ?

– John a refusé qu'on fête Noël.

– Mais pourquoi ? Rose croit toujours à la magie de Noël puis tout le monde aime Noël avec son lot de douceur et de-

– Tu sais Hermione, je connais John depuis longtemps. Il n'est plus le même qu'il était avant votre divorce.

– Mais… Pourquoi il-

– Il ne t'a jamais parlé de moi parce que je le lui avais demandé. Avant que vous soyez ensemble, nous avons eu une relation. Je ne voulais pas vous voir vivre votre histoire avec l'ombre menaçante d'une ex toujours dans ses contacts car tu aurais fini par le savoir. On parlait beaucoup, je te connaissais alors que tu ne me connaissais pas et ça m'allait. Puis il a commencé à te tromper avec cette Claire. Je l'ai mis en garde plus d'une fois, je lui avais demandé de t'en parler et d'arrêter de la voir après le premier écart mais il ne m'a pas écouté.

– Si tu le savais, pourquoi ne pas être venue me voir ? Cela aurait évité bien des problèmes…

– Tu m'aurais cru ? Aurais-tu cru une fille débarquant sur le perron de votre maison pour t'annoncer que ton époux te trompait ?

– …

– Même toi tu ne le penses pas puis ça n'aurait rien changé. Vous auriez certainement divorcé et on en serait au même point. John déteste perdre alors, quand il a découvert ce que la commission avait choisi pour sa fille, il est entré dans une colère noire. Tu n'es pas sans savoir que ses parents ont divorcé quand il était jeune et il n'a jamais supporté la garde alternée, il avait constamment l'impression que ses parents essayaient de se démolir à travers lui.

– Cela n'excuse en rien tout ce qu'il a fait.

– Je n'ai jamais dit le contraire. Il a été un connard avec toi et ce qu'il voulait, c'était la garde exclusive de Rose, pas une garde partagée alors il a mis en avant que tu ne pourrais pas t'occuper de ta fille en conservant un travail aussi prenant que celui que tu avais et-

– Et j'ai commencé à traiter moins dossiers jusqu'au jour où j'ai eu trop de retard puis on ne m'a pas réellement laissé le choix. C'était mon travail ou Rose.

– Tu as choisi Rose.

– C'était le meilleur choix.

Elles discutèrent ainsi. Hermione avait été la première à prendre la salle de bain pour passer les vêtements de Temperence. Hermione fut soulagée de s'apercevoir que les vêtements magiques qu'elle venait de mettre s'adaptaient d'eux-mêmes à sa morphologie. Elle attrapa un élastique à cheveux sur le bord de l'évier pour venir relever sa crinière en un chignon d'où sortaient quelques mèches. Temperence prit la place à sa suite et Hermione, assise sur le lit, pliait sa robe de la veille avec soin.

– Temperence, pourquoi être revenue avec John ?

La réponse mit un temps à venir. Hermione pensait d'ailleurs ne pas en obtenir mais les mots fusèrent de la salle de bain avec douceur en même temps qu'une Temperence changée en sortait.

– Parce que j'ai cru pouvoir le changer. J'ai cru pouvoir l'aider à redevenir celui qu'il avait été mais lorsqu'un homme s'enfonce trop loin dans les plaisirs de la chaire et de l'argent, il devient impossible de le faire revenir.

– Mmhh…

– Je récapitule. Hermione et Draco, vous prenez à l'est en partant de l'opéra. John, tu descends d'ici à l'opéra, peut-être que Rose a fait marche arrière et qu'elle est quelque part dans cette zone. Monsieur Malfoy, vous allez vers le sud et avec Temperence nous prenons l'ouest. Nous avons 5 aurors sur balai qui vont survoler le périmètre. Les rues ne sont pas bondées alors il y a un espoir que cela fonctionne. 2 aurors vont s'occuper du métro même s'il n'y a que peu de chance qu'on l'y trouve si on en croit tes mots John.

– Rose déteste le métro, elle en a peur.

– Je peux le confirmer.

– Parfait. Les 3 autres aurors vont se concentrer sur le monde magique. On n'y pénètre pas très facilement mais Rose reste une sorcière donc il faut explorer toutes les possibilités. On a 1h30 avant la tombée de la nuit et bien trop de peu de temps avant la vague de froid qui arrive. Si le brouillard devient trop épais et la chute de neige trop intense, il vous faudra transplaner ici directement. On ne trouvera rien dans de telles conditions. Compris ? Hermione ?

– Ne t'inquiète pas Harry, je la forcerai à rentrer avant qu'elle ne se transforme en statue de glace.

Hermione grommela quelques mots dans sa barbe inexistante avant de passer son écharpe autours de son cou. Elle n'aimait pas réellement se faire reprendre de la sorte par Harry, elle avait l'impression de devenir une fillette sous les ordres de son père.

– Eh bien parfait. Bonne chance à tous et on si jamais il y a du nouveau, on se sert des billes. Grace aux petites modifications d'Hermione, on peut savoir qui est l'heureux déclencheur et se diriger vers lui. Il suffit de regarder attentivement sur la bille, si elle chauffe juste, lieu où se trouve le déclencheur, si le terme QG apparaît, le déclencheur sera ici. Soyez prudents.

Les mots posés, tous se dirigèrent vers la sortie pour aller prendre le métro vers l'opéra sauf John qui partait faire ses recherches à pied. Au-dessus de lui, le ciel se couvrait dangereusement et rapidement les flocons commencèrent à tomber en petite pluie fine. Il resserra son écharpe autours de son cou.

Tout en marchant, John pensait. Il ne faisait plus réellement attention, il avançait juste en faisant se promener son regard. On ne pouvait même pas définir le Noël comme ayant été un fiasco puisqu'il n'y en avait même pas eu. Il avait réussi à ruiner la vie de sa fille en voulant la protéger d'une vie de séparation et de besoin. Il y avait en lui quelque chose de brisé depuis si longtemps que rien n'était assez fort pour le réparer.

John ne savait pas ce qu'il ressentait, il ne le savait plus réellement. Lentement, les souvenirs revenaient dans son esprit. Fils unique de deux sorciers ne s'aimant pas, il avait connu une enfance pour le moins désastreuse. Rentrer à l'école de sorcellerie avait été pour lui une véritable bénédiction. Enfant renfermé et blessé, il avait fait preuve d'un sérieux sans nom pour finalement sortir avec d'excellente note. Son père avait perdu la vie en rejoignant l'armée de Voldemort et sa mère avait essayé de le revoir mais jamais il n'avait accepté. A 17 ans, il était libre et l'héritage de son père en poche était un assez bon départ dans la vie active. John avait choisi d'intégrer une école de droit magique pour devenir un avocat de renom et il avait plutôt bien réussi. Il avait rencontré Hermione lors de la première année pour l'épouser quelques temps plus tard et avoir une fille. Cette fille avait gâché tout un pan de sa vie. Hermione et lui n'avait presque plus d'intimité et il lui avait fallu pas loin de quatre mois pour pouvoir toucher à sa femme après son accouchement puis il avait eu des besoins. Hermione n'avait pas la force de lui accorder les nuits qu'il désirait tant elle dépensait son énergie dans son travail et dans sa fille alors il avait choisi l'option la plus simple : aller voir ailleurs. Au départ, ce ne devait être que l'histoire d'un soir, il avait prétexté un déplacement urgent à Paris pour une affaire qui lui demanderait de rester la semaine dans la capitale française et ça n'avait pas totalement été un mensonge. Il y avait bien une affaire mais il y avait la cliente aussi et celle-ci aimant la chaire comme lui l'aimait, ils avaient passé deux jours et une nuit dans sa chambre d'hôtel sans avoir besoin de s'habiller.

Il s'en était voulu un peu lorsqu'il était rentré le samedi soir pour retrouver sa femme avec des cernes sous les yeux, un sourire fatigué et une Rose de huit mois dans les bras. Il s'était promis de ne pas recommencer mais comme une drogue, après y avoir goûter une fois, on le désirait encore et encore. Il avait vu Claire non loin d'une fois par mois, profitant d'être son propre chef pour s'octroyer ses propres jours de repos. Il y avait eu Claire puis il y avait eu le divorce.

Le divorce l'avait traîné dans la poussière si bien que plusieurs de ses clients avaient préféré aller voir son adversaire : Blaise Zabini. L'avocat métis et italien aussi redoutable qu'une vipère. Ce mec, il ne le supportait pas. A chaque fois qu'il avait été contre lui, il avait connu une défaite écrasante. Voir ses meilleurs contrats s'envoler pour celui que l'on surnommait Le Diable Noir. Il en avait voulu à Hermione et à sa notoriété dans le monde magique alors il avait agi. Il la connaissait assez bien et servir quelques pots de vin pour la faire choisir entre son job et sa fille avait été un jeu d'enfant. Il avait réussi à détruire sa carrière de la même manière qu'elle avait élimé la sienne.

Claire l'avait rejeté à la même époque environ, préférant épouser un jeune mannequin de 20 ans. Il avait alors commencé à se sentir seul les week-ends où il ne travaillait pas, aucune femme ne lui plaisait réellement. Elles lui semblaient toute si fade à côté d'Hermione si bien qu'il se limitait à coucher avec elles dans des histoires sans lendemain puis il y avait eu Ginny. Ginny n'était pas Hermione mais elle avait ce quelque chose en plus que n'avaient pas les autres femmes. Lorsqu'il avait appris que la rousse était tombée enceinte, il avait vu noir. Un enfant avait gâché sa vie alors qu'allait-il faire d'un deuxième ? Il avait tiré les choses au clair avec la rousse, elle n'avait rien dit, lui assurant uniquement qu'il pouvait s'agir d'un enfant d'Harry tout autant que de lui. Il avait continué de la revoir, il tombait amoureux d'elle un peu plus à chaque fois puis il avait vu Lily. Il y avait eu cette connexion entre eux, cette connexion qu'il n'avait pas eu avec Rose. Il la voulait dans sa vie.

Il la voyait régulièrement, presque une fois par semaine, profitant du jour de repos qu'elle s'octroyait en laissant sa petite famille chez sa mère puis elle lui avait raconté une visite d'Hermione. Lorsqu'il avait su que son ex-femme avait choisi de tourner la page définitivement en commun autre homme, un Malfoy qui plus est, il avait ressenti le besoin d'arracher sa fille à cette femme trop tordue qui se jetait dans les bras du premier mangemort venu. Il avait réussi puis il avait retrouvé Temperence, un amour du passé. Se remettre avec elle était une bénédiction, son emploi du temps lui permettait de garder Rose et elle lui permettait d'assouvir ses pulsions sexuelles sans avoir à craindre qu'elle ne lui annonce qu'un enfant allait poindre le bout de son nez. Elle ne désirait pas d'enfant.

Elle plaisait à Rose. Temperence était le genre de femme que tout le monde appréciait. Douce, belle et sereine, elle inspirait la tendresse plutôt que la haine. Elle lui permettait de reconstruire son image d'avocat parfait en France où il était maintenant à la tête de son petit empire juridique. Son cabinet était un des meilleurs d'Europe et l'argent rentrait sans le moindre problème. Il était absent les trois-quarts du temps, en vadrouille à droite ou à gauche et Temperence en avait profité pour emmener Rose voir sa mère à son insu. Au départ, il ne l'avait pas cru lorsque Blaise Zabini lui avait dit qu'il avait vu sa fille avec sa nouvelle copine et Hermione puis il avait dû accepter la vérité. Il avait choisi d'annuler son rendez-vous de fin d'année à Stockholm sans le dire à Temperence. Il avait vu rouge lorsqu'il avait surpris sa fille sauter de joie en lui demandant si lui aussi venait fêter Noël chez Draco. Il avait giflé Temperence et sa fille, annulant tout simplement Noël pour se venger.

John n'avait pas réellement vu le brouillard se lever autours de lui. Il y avait les voitures qui klaxonnaient, les gens qui se hâtaient de rentrer chez eux et les clochards que l'on essayait de guider vers des structures d'accueil. La vague de froid tombait et le manteau de neige s'épaississait à mesure que la chute s'intensifiait.

Il faisait nuit noire. Il ne servait plus à rien de chercher, il ne trouverait pas avant que la vague ne soit levée et il avait quadrillé la zone sans voir nulle part le bout d'une veste rouge. Il avait froid, il avait mal. Il s'éloigna de l'axe principal pour s'enfoncer dans une entrée de métro, il tourna à droite puis à gauche, trouvant un coin désert avant de transplaner dans un pop sonore.