Bonjour tout le monde

Je préviens, ce chapitre contient un passage un peu lemon

Bisous


On était vendredi matin, et Rayan devait donner son cours d'Art Moderne aux master 2. C'est avec une boule au ventre qu'il se gara sur le parking de la fac. Le moteur éteint, il n'arrivait pas à sortir de sa voiture. L'image de Prune et Nathaniel s'embrassant en plein milieu de son cours flottait devant ses yeux comme un fantôme. Il se sentait incapable de savoir s'il l'avait imaginé ou si cela c'était vraiment passé. Lui avait initié le contact, mais elle ne l'avait pas repoussé. De les voir, comme ça, ça avait rallumé sa rage, comme une braise ardente qui le consumait à l'intérieur. Il savait que c'était un sentiment destructeur duquel ne résultait rien de bon, la preuve de ce qu'il avait fait subir à Prune, mais il ne pouvait s'en empêcher, et puis-

Quelqu'un vint toquer à la vitre de sa portière, il sursauta, et vit Charlotte emmitouflée dans son manteau rose penchée vers lui :

« C'est pas en fixant la fac avec ce regard meurtrier qu'elle finira par disparaître et qu'on pourra enfin être en vacances !

- Ah-, je-, je-, oui, j- j'arrive... » bredouilla-t-il.

Il prit sa mallette et sortit. Il tapa la bise à son amie et ensemble ils allèrent vers la salle des profs.

« Alors, quoi de neuf chez toi ? »

Charlotte avait toujours le sourire aux lèvres, l'optimisme-même. Rayan lui sourit. Son amie était toujours un grand bol d'air frais pour son esprit, et il ne manquait pas une occasion d'être avec elle.

« Ça va. »

Il l'écouta babiller comme à son habitude en passant les grilles du campus. Il aurait bien voulu rester et discuter avec elle pour se changer les idées et alléger un peu son cœur meurtri, mais il avait déjà traîné les pieds pour venir. Il devait récupérer les clés de l'amphi et aller donner son cours, il allait finir par être en retard.

« Je te quitte ici.

- Ça marche. On va danser ce soir ? C'est soirée salsa cubaine ! »

Il secoua la tête : « Non, je… je suis pas trop d'humeur à danser... » ça allait lui rappeler de trop bons souvenirs.

« Mais Rayan, 'danser' ça va te mettre de bonne humeur ! »

Elle fit quelques pas comme pour le motiver. Il lui sourit tendrement :

« J'ai… Je suis désolé, je veux juste rentrer chez moi, ce soir... «

Elle lui pinça affectueusement la joue : « Ça marche… Tu me dirais si quelque chose n'allait pas ? Depuis quelques jours, tu n'as pas l'air dans ton assiette...

-Tout va bien...

- Oh là… Tu veux que je passe ce soir et qu'on en discute ?

- Non ! Non, non… Je… J'ai besoin d'être un peu seul… Allez, je dois filer. A Lundi.

- … A Lundi, » lui sourit-elle tristement.

Rayan savait que Charlotte n'était pas dupe. Et il savait que quand il allait mal, il était très mauvais acteur et ne parvenait jamais à le dissimuler. Cependant, il était reconnaissant que son amie n'ait pas insisté.

Il parcourut les couloirs, entendant vaguement les étudiants autour de lui. Tout était plus gris depuis quelques temps, il n'arrivait même plus à faire sa séance de yoga matinale. Lui qui d'ordinaire appréciait ce moment avant de commencer sa journée, depuis presque deux semaines il avait beau faire ce qu'il voulait, il faisait trois poses et finissait par abandonner, trop morose pour se concentrer et lâcher prise.

Il récupéra les clés au bureau du responsable administratif qui nettoyait précautionneusement les cadres des photos de son voyage en Italie en fredonnant, puis se dirigea vers l'amphi principal où quelques élèves l'attendaient déjà.

« Bonjour à tous. Alors, motivés ? »

Quelques élèves lui firent un vague sourire, mais clairement aucun n'avait leur huit heures de sommeil dans la carcasse. Rayan soupira, encore un cours passionnant en perspective… Il ouvrit la porte et la tint ouverte pour ses premiers élèves, puis la bloqua contre le mur, et monta sur l'estrade. Il déposa son manteau et son foulard sur la chaise, puis sa mallette sur le bureau. Il fouilla dans la sacoche de cuir pour en sortir ses notes pour ce cours-ci alors que les élèves continuaient d'entrer dans son dos. Il les avait préparées la veille, un peu à la hâte, il s'était maudit de ne pas les avoir faites plus tôt, mais dernièrement il avait du mal à réfléchir à quoi que ce soit. Il continua de fouiller.

« Putain, mais... » grommela-t-il à voix basse.

Ça commençait à lui taper sur les nerfs. Lui non plus n'avait pas eu ses huit heures de sommeil, et la moutarde lui grimpa vite au nez quand il se souvint qu'il avait planché deux heures sur des notes qu'il avait laissées sur le bar de sa cuisine avant de venir…

Il referma sa mallette avec un grognement et s'assit contre le bureau, résigné. Il croisa les bras en regardant les étudiants arriver. Certains le saluaient, d'autres non. Une bande de malpolis en plus… il allait leur parler pendant trois heures, sans notes qui plus est, le minimum syndical serait au moins qu'ils reconnaissent sa présence. Il prit une profonde inspiration, tentant de se calmer, s'il leur faisait cours dans cet état, ils l'écouteraient encore moins…

Il vit Chani entrer, elle au moins lui fit un sourire authentique : « Bonjour Monsieur Zaidi !

- Bonjour Chani, » lui sourit-il en retour.

Il la regarda parcourir l'amphi des yeux, puis rapidement rejoindre… Prune. Assise au sixième rang, près du mur, comme la dernière fois. Et comme la dernière fois il y avait ce Nathaniel. Avachi contre le mur, mastiquant ostensiblement un chewing-gum, ses lunettes de soleil encore sur le nez alors qu'il ne faisait même pas beau dehors, le pied sur son siège, le genou contre le pupitre, il se croyait vraiment tout permis… Non seulement il venait à un cours qui n'était pas le sien, mais en plus il n'était même pas en Art du tout ! Rayan le savait, il avait fini par vérifier les trombinoscopes. Pas qu'il n'ait quoi que ce soit contre les auditeurs libres, mais il ne participait pas, n'écoutait pas, non, à la place il préférait… il préférait… !

Le jeune homme baissa ses lunettes pour lui rendre son regard, et Rayan détourna les yeux, il était en train de le fixer sans s'en rendre compte. Il sentit ses mains trembler, il ne savait pas si c'était de rage, de peur… Prune était là, à une dizaine de mètres de lui, il voulait monter les marches, tenter de lui expliquer… Mais qu'est-ce qu'il lui avait prit, aussi, de s'échapper de son bureau comme ça ?! Avant même qu'il ait pu s'excuser ?! Rayan baissa les yeux. Plus rien n'avait vraiment de sens, comme si tout l'univers s'était décalé de dix centimètres et le gênait dans tout ce qu'il faisait. A la fois il en voulait à Prune de ne pas lui avoir laissé le temps de s'expliquer, mais surtout, il s'en voulait d'avoir aussi mal agi...

Nathaniel pouffa de rire en déposant ses lunettes sur sa table : « Je sais pas ce qu'il a ce matin Prof Belle-Gueule, mais il en a gros. Regarde-le. »

Prune qui n'avait pas jeté un coup d'oeil à Rayan depuis qu'ils étaient entrés, dirigea son regard vers l'estrade. Assis contre le bureau, les bras croisés, la tête basse, tapant nerveusement du pied, il attendait que l'amphi se remplisse peu à peu.

« Quelle humeur... » ajouta Chani qui s'étonnait de l'irascibilité de leur professeur.

Prune haussa les épaules avec un sourire amer : « On a jamais dû faire attention au fait que c'était un connard colérique. »

Nathaniel pouffa de rire, mais Chani lui lança un regard de travers.

« Prune… Tu sais que Monsieur Zaidi n'est pas comme ça. »

Son amie soupira, mais ne rajouta rien. Chani lui lança un regard compatissant, mais n'insista pas.

Rayan descendit de l'estrade pour fermer la porte et commença à leur faire cours. L'amphi était plutôt endormi, et Rayan lui-même n'avait pas l'air très coopératif, plus d'une fois ils l'entendirent soupirer dans le micro, et passer nonchalamment à la prochaine partie de son cours.

Plus l'heure de la pause arrivait, plus Nathaniel était insoutenable. Il jouait avec les crayons de Prune, grattait la peinture du pupitre, changeait quarante fois de position... Prune arrivait un peu mieux à se concentrer sur le cours que la dernière fois, tentant d'entendre les mots mais pas la voix qui les prononçait, cette même voix qui, quelques semaines plus tôt, lui avait avoué son attirance pour elle… elle aurait mieux fait de se casser une jambe ce jour-là, elle aurait moins souffert… Et Nathaniel qui n'arrêtait pas de gesticuler à côté d'elle…

« Bon, calme-toi, merde. » lui souffla-t-elle.

La mauvaise énergie s'était dispersée dans tout l'amphi, et tout le monde avait plus ou moins l'air éreinté. Tout le monde, sauf Chani et ses petites tourmalines noires, posées religieusement sur ses notes.

Elle les rappela à l'ordre à voix basse : « Vous deux, calmez-vous, vous allez exploser. »

Elle colla une tourmaline devant Prune et une autre devant Nathaniel, avec un regard sérieux, qui semblait leur dire 'calmez-vous ou c'est moi qui vous calmerait'.

Nathaniel soupira, et fit tourner la pierre du doigt.

« Pas toucher. » le prévint Chani.

Il leva les mains en signe de reddition avec un soupir.

La pause vint enfin tous les délivrer dix minutes plus tard. Nathaniel prit le paquet de cigarettes qu'il avait déjà sorti sur la table, s'en colla une au coin des lèvres et se leva.

« Tu viens avec moi, Prunette ?

- Non, je veux un café… Chani ?

- Café pour moi aussi. »

Quand Chani et Prune revinrent de la cafétéria, Prune s'arrêta pour discuter avec Nathaniel qui finissait sa cigarette.

« Tu pourrais être plus gentille avec moi, je suis rentré tard, j'ai à peine dormi pour venir à ton cours... grommela-t-il en expirant de la fumée.

- Désolée… C'est que… être dans la même pièce que lui… ça... » sa gorge se serra et elle ravala les larmes. « Merde… ça m'énerve, parce que je comprends toujours pas...

- Eh… ça va aller… tu vas y arriver... » la rassura-t-il en l'attirant contre lui d'un bras.

Prune but une gorgée de son café.

« L'état dans lequel il me met… je suis si… triste… quand je pense à lui, je suis malheureuse, mais dès que je le vois, je me mets en colère. Dès que je le vois, ses mots me reviennent en mémoire… et ça me fait enrager. »

Nathaniel écrasa son mégot par terre : « Compréhensible.

- Poubelle.

- Mmh ?

- Ton mégot, à la poubelle, pas par terre. »

Nathaniel soupira avec un sourire mais ramassa son mégot :

« Oui, Captain Planète, » la railla-t-il en s'exécutant avant de l'accompagner de nouveau dans le hall.

Le cours n'avait pas encore recommencé, alors d'autres élèves flânaient encore sur les banquettes, observant pensivement les portraits au mur ou pianotant sur leurs téléphones. Par la porte ouverte de l'amphi, ils pouvaient voir Rayan assis contre le bureau, les bras croisés, toujours aussi agité apparemment. Prune s'arrêta pour le regarder.

Comment… Comment cet homme avait pu être si tendre avec elle, et la rejeter si violemment ? Elle savait que ce qu'elle avait vécu avec lui était vrai. Elle savait qu'il avait été honnête avec elle. Mais alors… pourquoi la traiter ainsi ? Pourquoi lui faire autant de mal ? Elle détourna les yeux.

Nathaniel lui caressa la joue : « Ça va ?

- Non… j'aimerais qu'il s'excuse, mais… mais j'aimerais surtout comprendre quelle mouche l'a piqué…

- Tu crois qu'il va s'excuser ?

- J'espère… »

Nathaniel jeta un coup d'oeil sur le côté, puis vers elle :

« Tu es toujours en colère contre lui ?

- Bien sûr.. »

Il la prit par la taille et commença à l'embrasser doucement.

« Il regarde. » s'expliqua-t-il entre deux baisers sensuels.

Prune sentit le goût délicieusement amer de la vengeance sur sa langue, et approfondit leur baiser en passant ses bras autour du cou de son ami.

« Ça marche ? »

Nathaniel lui fit un bisou dans le cou pour lui jeter un coup d'oeil.

« Tu verrais la tête qu'il fait...

- Continue. »

Rayan sentait son sang bouillir dans ses veines, les jointures de ses poings refermées sur le bord du bureau, blanches de rage. La voir dans ses bras… Le voir la… la toucher comme ça… Il avait tellement voulu connaître le goût de ses baisers, mais n'en avait jamais eu l'occasion. C'était un autre qui en avait le privilège, aujourd'hui. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Ce n'était vraiment pas sa journée. Il descendit de l'estrade d'un pas rapide et alla vers la sortie. Il donna deux coups sonores sur la porte pour attirer leur attention.

Nathaniel et Prune relevèrent les yeux vers lui.

« Le cours va reprendre. » leur dit-il d'un ton sec, la mâchoire tendue.

Prune se dirigea vers la porte ouverte. Elle sentit son professeur la suivre des yeux alors qu'elle rentrait, elle garda les siens baissés. En passant devant lui, elle sentit l'arôme de son parfum qu'elle avait adoré pendant les vacances… Elle se dépêcha de retourner voir Chani.

Rayan garda son regard fixé sur le mur d'en face, les dents serrés, la mâchoire tremblante, alors que Nathaniel passait devant lui, marchant à son rythme. Le jeune homme, seulement un tantinet plus petit que lui, lui jeta un coup d'œil accompagné d'un sourire éclatant, puis rejoignit sa place d'une démarche arrogante.

Rayan soupira et referma la porte. Il remonta sur l'estrade, et continua son cours là où il s'était arrêté. Cette pause ne l'avait pas aidé à se détendre, au contraire…

Heureusement pour lui, Yeleen accapara son attention à la fin du cours, il ne vit qu'à peine Nathaniel et Prune quitter la salle, main dans la main.

Une fois sortis dans le hall, Prune lâcha la main de son ami.

« Tu fais quoi ce week-end ? »

Il la considéra une seconde, puis rit : « D'après toi ? »

Prune plissa les yeux : « Je sais pas, je suis pas ta secrétaire !

- Vous deux… » pouffa Chani.

Il sortirent, il faisait encore très froid dehors, et Chani et Prune se serrèrent l'une contre l'autre.

Nathaniel s'alluma une cigarette.

« Bon j'y vais moi. Bye. »

Elles le saluèrent de la main et allèrent se réfugier dans le réfectoire alors que la pluie commençait à tomber. Elles prirent un plateau, quand Prune sentit une main lui caresser les fesses affectueusement. Elle n'eût pas besoin de se retourner et rit :

« Priya ! »

Son amie se pencha par-dessus son épaule :

« Salut la compagnie ! Les salua-t-elle avant de déposer un baiser sur la joue de Chani. Salut toi !

- Quoi de neuf Priya ? lui répondit la petite blonde.

- J'ai la dalle ! »

Prune lui tendit un morceau de pain qu'elle mit dans son plateau. Les trois amies se servirent et se trouvèrent une table.

La jeune femme aux cheveux bleus ne leva pas les yeux de son assiette et commença à manger en silence. Priya lança un regard interrogateur à Chani, cette dernière lui fit un sourire triste.

« Comment ça va ma chérie ? Depuis… » l'indienne laissa traîner la fin de sa phrase.

Son interlocutrice soupira et bu son verre d'eau, elle ne voulait pas répondre. Priya avait eu le récit de son entrevue catastrophique avec son professeur, en même temps qu'Alexy et Rosa. Ils avaient tentés à plusieurs reprises d'en discuter plus amplement, sans succès. En voyant les yeux de ses deux amies rivés sur elle, elle prit une grande inspiration :

« Je veux pas aborder le sujet.

- Chérie… vous vous êtes reparlés depuis ?

- Pas du tout. Je ne veux plus lui adresser la parole. Pas après tout ce qu'il m'a dit.

- Prune… il doit y avoir une sorte de problème de communication… Leigh a dit que vous vous adoriez tous les deux.

- Ça explique pas qu'il m'ait traité comme de la merde… S'il m'apprécie tant que ça, il devrait venir s'excuser… J'ai... » elle en avait marre d'être à deux doigts de pleurer à chaque fois qu'elle le mentionnait. « C'est moi qui ai fait l'effort, qui ai fait le premier pas, c'est lui qui m'a… qui m'a manqué de respect… C'est à lui de venir s'excuser, je vais pas… Je vais pas faire un effort tout ça pour me faire jeter encore une fois. »

Chani fit tourner sa fourchette dans sa main, pensivement.

« Tu sais… J'ai l'impression que depuis que vous vous êtes disputés, et avec ce que tu fais en cours... » elle ne savait pas si Priya était au courant, elle préféra le garder sous silence pour l'instant. « J'ai l'impression que ça le blesse...

- Mais je m'en fous que ça le blesse ! Tant mieux… Il… C'est lui qui m'a blessé en premier… il… »

Elle n'arrivait pas dire qu'il le méritait.

« Prune...

- Écoutez, j'ai dit que j'avais pas envie d'en parler ! » elle éleva la voix assez fort pour que la table voisine lève les yeux vers elles. « Laissez-moi tranquille là-dessus... »

Ses deux amies ne rajoutèrent rien. Elles s'intéressèrent à leur assiettes respectives, jusqu'à ce que Chani relance la conversation :

« Vous avez vu, ils vont bientôt sortir le prochain film Marvel ! C'est qui votre super héro préféré ? »

.

« Mon Lapin : Eh, j'ai rien à faire ce soir, tu veux passer chez moi ?

Poids Plume : Genre tu as du temps pour moi

Mon Lapin : Fais pas ta meuf

Poids Plume : Pourquoi

Mon Lapin : T'as toujours envie de me voir

Poids Plume : C'est beau d'avoir des rêves :p

Mon Lapin : Je suis allé en cours avec toi toute la semaine, tu pourrais faire un effort

Poids Plume : T'es venu à /deux/ de mes cours. Et je t'ai accompagné à un des tiens :p

Mon Lapin : Tu m'as piégé, c'est pas pareil, tu me dois toujours du temps

Poids Plume : Okay, ça va :p Quelle heure ?

Mon Lapin : Qu'importe

Poids Plume : On mange chez toi ? T'as quoi à manger, tu veux qu'on aille faire des courses ?

Mon Lapin : J'ai de la bière ;)

Poids Plume : Je vais pas manger de la bière, Nath, je suis un être vivant, il faut me nourrir

Mon Lapin : Ça va. Tu veux manger quoi ?

Poids Plume : Je sais pas on trouvera. »

Le soir, Prune retrouva Nathaniel au Carrefour du coin. Il attendait à l'entrée, les mains dans les poches, la capuche sur la tête, on voyait à peine son visage.

Il pleuvait des cordes, et Prune couru jusqu'à lui pour se mettre à l'abri sous l'auvent du magasin. Elle lui tapota le bras, et il enleva ses écouteurs.

« Salut.

- Si je te connaissais pas je serais rentrée dans le magasin en serrant mon sac contre moi, tu fous les jetons, tout seul avec ta capuche. » le railla-t-elle.

Il secoua la tête et la prit sous son bras pour entrer dans le magasin : « Je te fais peur ma p'tite Prunette ? »

Elle passa son bras autour de sa taille, elle avait froid alors si elle pouvait profiter de sa chaleur elle n'allait pas se priver.

« Pff, toi ? T'es mon petit lapin tout doux, tu me fais pas peur.

- Tu veux manger quoi, au lieu de me dire des conneries ? »

Prune réfléchit : « Je suis toujours pas plus inspirée que tout à l'heure.

- Viens, on va chercher quoi boire, déjà. »

Il l'emmena à travers les rayons du magasins, évaluèrent les différentes bières, jusqu'à ce que Prune fasse son choix.

« De la Smirnoff. »

Nathaniel fit une mine dégoûtée : « T'es vraiment une meuf à kiffer ce genre de trucs.

- Eh ! l'apostropha-t-elle avec un coup de coude. C'est misogyne !

- C'est vrai, surtout. Mais si ça peut te faire plaisir... »

Il attrapa une bouteille. Ils se décidèrent finalement sur des croque-monsieurs, et rentrèrent en courant sous la pluie à l'appartement de Nathaniel juste à côté. Ils enlevèrent leurs chaussures trempées, et se mirent à discuter tranquillement en préparant leur repas. Ils avaient ouvert la bouteille de Smirnoff, et finalement Nathaniel trouvait ça 'pas trop mal'. Prune se laissa aller à fumer une ou deux cigarettes avec son ami, et ils passèrent le reste de la soirée à regarder des films, au chaud sous un plaid.

« Je peux te piquer un pyjama, Nath ? »

Prune sortait de la douche, sa serviette encore enroulée autour d'elle.

« Ouais vas-y, lui répondit-il depuis la cuisine. »

Prune fouilla parmi les t-shirts, jusqu'à sentir une masse douce sous ses doigts. Elle tira dessus et sorti avec un rire amusé un grand pyjama une pièce taille adulte. Elle le déplia et vit qu'il était à l'effigie d'un chat, avec les oreilles, même une queue à l'arrière. Elle pouffa de rire, Nathaniel entra dans la chambre et la vit avec :

« Eh !

- Nath, c'est à toi ça ? »

Prune était au bord du fou rire.

« Range-le ! » lui ordonna-t-il, embarrassé.

Prune s'approcha et colla le pyjama sur lui : « Il est vraiment à ta taille ! Qui t'a offert ce truc ?

- Un pote… »

Nathaniel le va les yeux au ciel, gêné mais amusé.

« Un pote ou une pote ? lui fit-elle un sourire en coin.

- Nan, nan, un pote, qui trouvait ça trop drôle que je sois gaga de mon chat, alors il m'a offert ça.

- Tu le portes ?

- Bien sûr que non.

- Roh, t'es pas drôle !

- T'as qu'à le porter, toi, il la railla.

- Okay ! Retourne-toi ! »

Nathaniel s'exécuta avec un sourire. Prune défit sa serviette et passa le pyjama. Elle remonta la fermeture éclair, enfila la capuche avec les deux petites oreilles, et écarta les bras, toute fière d'elle :

« Tada ! »

Nathaniel se retourna et eût un petit rire attendri : « C'est trop grand pour toi. »

Et pour cause, les manches tombaient sur ses mains et on ne voyait même pas ses pieds dépasser des jambières.

« C'est trop doux ! s'extasia-t-elle en faisant des ourlets à ses chevilles et en retroussant les manches. Je suis trop bien dedans !

- Comme ça j'ai une autre chatte têtue, parfait alors.

- Oh, oh, attends ! »

Prune sortit de la chambre et revint une minute plus tard, Blanche dans les bras : « Prend-nous en photo ! »

Nathaniel pouffa de rire, mais sortit son téléphone, et prit une photo de Prune et son visage comblé, ses boucles bleues tombant sur le ventre touffu de Blanche qu'elle tenait contre elle.

« Voilà. Heureuse ?

- Envoie-les moi ! »

Nathaniel s'exécuta, et Prune entendit sa messagerie biper. Elle remonta la capuche autour de son visage.

« Alors, je suis mignonne dedans ? »

Nathaniel lui sourit. Il caressa sa joue sans un mot, et se pencha pour déposer un baiser tendre sur ses lèvres.

« Nath... » grommela-t-elle gentiment contre ses lèvres.

Il lui ébouriffa les cheveux. « Aller va te coucher, minette.

- Eh, il est où le lapin que je t'ai offert ?

- Dans mon armoire.

- Tu dors pas avec ? »

Il éclata de rire : « Je suis un peu vieux, j'ai passé l'âge de dormir avec un doudou, Prunette. »

Prune fit la moue en pensant à Crachouille : « Ça veut rien dire… il est où ? Je veux le voir.

- Mais qu'est-ce que j'ai fait pour te mériter... » Il ouvrit son armoire, fouilla dedans, et en sortit le lapin, qu'il lança à Prune. « Voilà, heureuse ? »

Prune caressa tendrement les deux longues oreilles. « Pourquoi tu le caches ?

- Un pote est passé, il a cru que j'avais un gosse avec tes conneries.

- Un mini-Nathaniel ? Ah non merci, un seul ça suffit déjà. »

Elle lui redonna le lapin. Il caressa pensivement la tête duveteuse, puis le remit dans l'armoire, moins profondément cette fois-ci.

« Allez, au lit, minette. »

Prune se glissa sous la couverture, Nathaniel à côté d'elle. Il se tourna et s'installa pour dormir, et Prune qui était encore toute émoustillée de son nouveau pyjama et de ses photos avec Blanche, alla se coller dans le dos de Nathaniel avec un :

« Mmrou ! »

Elle sentit Nathaniel pouffer de rire dans ses bras.

« N'importe quoi. Tu veux que je te gratte derrière les oreilles aussi ? »

Prune rit aussi, elle se releva sur un coude au-dessus de son ami et passa un coup de langue sur sa joue : « Meow !

- Eh ! » Nathaniel se retourna en essuyant sa joue. « Au lit maintenant !

- Mmrou ! » renchérit-elle en se pelotonnant dans son pyjama chat.

Nathaniel lui prit les poignets et la plaqua sur le matelas :

« Quel enfer cette fille ! »

En pouffant de rire, Prune se mit à gesticuler pour essayer de se défaire de son emprise, sans succès. Nathaniel vint s'agenouiller au-dessus d'elle, en bloquant le bout des manches sous ses genoux pour l'empêcher de bouger, et se mit à la chatouiller, elle hurla de rire, tentant tant bien que mal de se débattre, sous le regard très amusé de son ami, qui restait à sa place malgré les coups de hanches que Prune lui donnait pour essayer de le désarçonner. Tout en riant, Prune réussit à sortir un bras d'une manche et ouvrit la fermeture éclair de l'intérieur pour passer un bras hors du pyjama et rendre ses chatouilles à Nathaniel, qui vint lui saisir le bras au vol pour le plaquer sur le coussin au-dessus de sa tête.

« Pourparler ! Pourparler... » exigea Prune, à bout de souffle.

Nathaniel grogna, satisfait, puis ses yeux s'ouvrirent grands quand il baissa la yeux sur elle. Elle baissa les yeux aussi, et rougit comme une furie quand elle vit qu'en sortant un bras du pyjama, elle avait réussit à se mettre un sein à l'air.

« Aaah ! »

Elle arracha sa main de celle de Nathaniel et referma le pan du pyjama sur sa poitrine dénudée. Nathaniel lui fit un sourire carnassier et approcha son visage du sien :

« C'est ce que j'appelle une belle victoire… la taquina-t-il.

- T'étais pas obligé de regarder ! »

Il déposa un baiser dans son cou : « Ah bon… ? »

Du bout des doigts, il écarta le pan du pyjama, laissa un chemin de baisers le long de son cou, sur sa clavicule, et descendit sur sa poitrine. Sa bouche rencontra la peau délicate de son sein, passant sur le côté intérieur tout doucement, déclenchant un petit gémissement étouffé chez son amie. Puis, il embrassa l'arrondi plein de sous sa poitrine, et remonta pour prendre délicatement son mamelon entre ses lèvres humides. Prune se cambra au contact, frissonnant de tout son corps, elle étouffa un cri quand elle sentit la langue chaude laper son mamelon, les lèvres se posant sur elle encore une fois, suçant le bout de son sein avec douceur.

« Nathaniel… » hoqueta-t-elle d'une voix aspirée.

D'une main, il vint baisser le reste de la fermeture éclair, et caressa son ventre frémissant. Il s'arrêta une seconde et laissa glisser sa langue jusqu'à l'oreille de Prune pour lui mordre le lobe :

« Tu es vraiment bien foutue... »

Sa bouche glissa jusqu'à son autre sein alors qu'il dégageait le pyjama de l'épaule de Prune pour le découvrir de la même manière. Il vint embrasser le bout de son sein, cette fois à pleine bouche avec un grognement de satisfaction qui résonna dans la poitrine de Prune. Elle se mordit violemment la lèvre, s'abandonnant malgré elle au contact, soupirant d'aise, quand la bouche de Nathaniel quitta son corps, et il se tint au-dessus d'elle :

« C'est bon, la petite chatte est calmée et prête à dormir ? »

Prune sentit son embarras s'emparer de ses joues et resta sans voix, se rendant soudain compte de ce que Nathaniel venait de lui faire, et d'à quel point elle l'avait laissé faire. Nathaniel vit sa gêne passer dans ses yeux, et avec un dernier sourire en coin, il retourna s'allonger sur son côté du lit, dos à elle.

Prune resta là, les seins à l'air, le souffle coupé, une frustration coincée dans le bas-ventre, presque révoltée qu'il la laisse dans cet état. Son corps lui criait de se jeter sur lui et de le forcer à finir ce qu'il venait de commencer, alors que sa raison la retenait tant bien que mal et lui disait d'au contraire se rhabiller correctement et de rester bien sagement de son côté du lit.

Prune et son désir frustré se maudit, mais elle remit son pyjama, remonta le zip, et se coucha de son côté, dos à Nathaniel, bougonne.

Elle sentit le lit s'agiter, et son ami vint se coller à elle dans son dos, elle frissonna.

« Alors... souffla-t-il dans son oreille. Toujours en manque, à ce que je vois... »

Elle le poussa du coude en grommelant : « Laisse moi... »

Il la prit dans ses bras : « Allons, ne me fais pas la gueule… Sauf si… tu veux qu'on continue ? »

- Bien sûr que non.

- Ouais, ouais… »

Il lui pinça les côtes et elle se retourna vivement vers lui :

« C'est bon, Nath, arrête ! »

Sa tentative de masquer sa frustration fut infructueuse, ce qui déclencha l'hilarité de son ami. Prune lui lança son coussin dessus et il se mit à rire de plus belle :

« Oyé, oyé, braves gens, Prune a grave envie de niq- »

Il fut étouffé par un coussin appuyé sur son visage.

Il la repoussa sans peine. « Ah, la la… il fallait me dire si ce genre de choses ne te plaisaient pas, si j'avais su que ça te déplairait autant, jamais je n'aurais tenté quoi que ce soit, il la taquina.

- Nath...

- Okay, okay… il sourit. Tu sais, si c'est juste une question d'envie de sexe, moi ça me dérange pas, un p'tit coup et on en parle plus, pas besoin de te torturer comme ça, Prunette. Tu sais, je rigole pas, si ça peut t'empêcher de te prendre la tête pendant cent mille ans, juste on le fait et c'est bon.

- Arrête de dire des bêtises, on va pas coucher ensemble juste parce que j'ai juste envie de cul, quand même. »

Il pouffa de rire : « Tu t'entends parler ? Pas besoin de se prendre autant la tête, tout le monde a des besoins, et crois-en mon expérience, les filles sont pas en reste, loin de là. Si t'as envie de coucher, c'est légitime. Si c'est juste relâcher la pression, je vais me faire un café et je te laisse t'aimer toute seule pendant dix minutes. »

Elle éclata de rire : « Nan mais Nath !

- Quoi, il te faut combien de temps ?

- Nath !

- Mais quoi ? s'esclaffa-t-il. Tout le monde le fait, toi, moi, c'est normal.

- Merci du conseil sur la masturbation, monsieur le libéré-du-cul. » le railla-t-elle.

Il lui pinça la joue : « Nan mais, tu me fait 'tiep à être hyper sensible de partout, moi je suis ton ami, j'essaye de trouver des solutions.

- Oui, bah ça m'aiderait si tout ça, » avec ses mains elle gesticula en le désignant. « Arrêtait d'entrer en contact avec tout ça. » elle fit de même avec son propre corps.

- Ça va, Sœur Marie-Prunette, tu t'en remettras.

- C'est pas une raison !

- Mais tu le fais de temps en temps, au moins ?

- Nath, je suis pas certaine d'être assez à l'aise pour te révéler ce genre de détails sur ma vie.

- Moi je le fais quasiment tous les jours. »

Elles se passa une main sur son visage rouge de gêne. « Trop de détails...

- J'imagine qu'avec ta coloc dans la même chambre ça doit pas être facile.

- … Oui, déjà.

- Il faut essayer avec le pommeau de douche.

- Nath, je veux pas avoir cette conversation avec toi,

- D'accord, mais il faut bien l'avoir avec quelqu'un ! Si tu peux même pas relâcher la pression toute seule tu vas exploser, Prunette. Dis-moi que tu penseras au pommeau de douche.

- Je pourrais plus jamais regarder mon pommeau de douche après ce que tu viens de me dire…

- Quoi ? Mais c'est un classique chez les meufs. Je suis sûre que ta coloc le fait, elle. »

Elle eût un hoquet de dégoût : « Oh c'est mort je pourrais plus jamais me laver !

- Arrête d'être aussi dramatique. Et… Tu sais... » Il mordit la cicatrice à sa lèvre avec amusement. « C'est pas en te 'préservant' pour ton prof que ça va le faire s'excuser plus vite.

- Mais c'est pas la question…

- Nan mais, réponds-moi, si ton prof n'existait pas, tu coucherais avec moi si tu avais une envie passagère ?

- Nath, ça se pose pas ce genre de questions ! »

Elle rougit, il était décidément beaucoup plus à l'aise qu'elle sur le sujet.

« Dis moi, si tu t'empêches de vivre juste à cause de lui, franchement c'est triste ! »

Elle ne répondit pas, les yeux perdus dans le vague. C'est clair qu'elle aurait bien besoin de s'envoyer en l'air, là, surtout après ce que Nathaniel venait de lui faire… Mais elle se voyait mal coucher avec son ancien ami de lycée, quand même… ?

« Prunette, tu mérites de te détendre ! Avec tout le boulot que t'as, t'es en dernière année de fac, tu dois réfléchir à ce que tu feras l'année prochaine… Lâche le contrôle, un peu, tu as le droit de t'amuser.

- Mais pas avec toi !

- Mais pas avec moi, avec n'importe qui, qui tu veux ! Je sais pas, demain on va au Snake Room, on te lève un mec pas trop moche, et bam ! »

Elle pouffa de rire : « N'importe quoi !

- Quoi, tu préfères une meuf ?

- Mais… ! Non, Nath, je préfère toujours les hommes. » rit-elle.

Il caressa sa hanche : « Au moins, moi tu me connais, et t'as pu voir que je suis une valeur sûre... »

Elle lutta contre l'envie de le laisser faire, elle avait vraiment la peau en feu maintenant.

« Roh, Nath ! »

Il leva les yeux au ciel avec un sourire, les mains en évidence : « Ça va, ça va… Je vais garder mes distances, contente ? »

Elle acquiesça. Elle se répétait que c'était la bonne solution, mais en même temps, elle était tellement à cran, elle savait que la proposition de Nathaniel lui ferait du bien, et pour les quelques fois où il l'avait touchée et embrassée, il avait l'air de s'y connaître… Prune secoua la tête, non, non, non ! Il fallait rester sage, elle n'allait pas s'envoyer en l'air comme ça… Ça lui était arrivé deux ou trois fois, de coucher avec des mecs après une soirée un peu arrosée, juste un plan d'un soir. Pas qu'elle ne regrette quoi que ce soit, mais...

Comme pour la tester une dernière fois, Nathaniel l'embrassa, et retourna se coucher de son côté. Bouillante, Prune se recroquevilla et tenta de trouver le sommeil malgré son corps qui lui hurlait de réveiller son ami.


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A la prochaine :) !