PROMPT : Chant du Rossignol


Après sa conversation avec Malefoy, Harry avait retrouvé le plaisir de voler à ses côtés. Bien évidemment, il n'avait pas changé les habitudes, et il avait attrapé en premier le vif d'or d'entraînement, battant le Serpentard d'une courte avance.

Sans toute l'animosité qui avait existé entre eux, le défi était bien plus agréable pour les deux. Ce n'était qu'une compétition amicale et non plus une lutte presque mortelle. L'enjeu n'était plus que le vif, et rien d'autre.

Un instant, Drago regretta toutes ces années où il s'était fourvoyé. S'il avait su que se faire battre par Potter alors que lui - Drago - jouait loyalement serait bien moins pénible que de perdre en ayant triché sans vergogne, il aurait probablement appliqué cette méthode de jeu un peu plus tôt…

Lorsqu'ils en avaient eu assez de virevolter en tous sens, Drago était rentré seul au château, tandis que Harry choisissait d'aller marcher un peu dans le parc. Il était épuisé, mais il avait besoin d'encore un peu de solitude.
Depuis son arrivée à Poudlard, Harry avait toujours aimé se promener au bord du lac Noir. L'étendue d'eau sombre, uniquement perturbée par les mouvements paresseux du calmar géant, était étrangement apaisante.

A ses yeux, c'était l'endroit idéal pour réfléchir, pour laisser ses pensées s'apaiser un peu lorsqu'il était agité. C'était son refuge.
Harry s'installa confortablement, enroulé dans sa cape. Il ne faisait pas froid - après tout, l'été approchait - mais le soir tombait, et la température chutait lentement. Blotti dans un cocon de chaleur, calmé par les mouvements discrets de l'eau sombre, Harry se sentait si bien qu'il ne se rendit pas compte qu'il glissait tout doucement dans le sommeil.

En d'autres circonstances, l'absence du Sauveur du monde magique aurait certainement pu être remarquée. Cependant, ses amis pensèrent qu'il avait rejoint l'infirmerie directement pour s'y coucher. Quand à Madame Pomfresh, elle pesta contre cette tête de bois de Harry Potter qui avait probablement regagné le dortoir Gryffondor, et qui, quand elle le lui reprocherait, la regarderait avec ses grands yeux verts plein d'innocence.
Avec un soupir presque rageur, elle marmonna mais décida de laisser une nuit de liberté au jeune homme. Après tout, il se remettait plutôt bien, et il était en bonne forme malgré ses exploits hors du commun. Elle le gardait juste sous surveillance parce qu'elle s'inquiétait pour lui. Rien de plus.

Ce fut le chant du Rossignol qui réveilla Harry. Il battit paresseusement des paupières et grogna lorsqu'un rayon de soleil lui agressa les yeux. Il tourna la tête avant de soupirer et de ses redresser en baillant. Lorsqu'il fut complètement alerte, il se rendit compte qu'il avait passé la nuit au bord du lac et il grimaça, pensant qu'il allait probablement en entendre parler longtemps. Il ferait mieux de ne pas trop s'en vanter… s'il voulait survivre à la fureur de Poppy Pomfresh et d'Hermione.

Il se redressa, se sentant pleinement reposé malgré sa nuit à la belle étoile. Il n'avait pas passé une nuit aussi paisible depuis bien longtemps, et il était heureux d'avoir échappé aux cauchemars pour une fois.
Il trempa la main dans le lac, frissonnant parce qu'elle était glaciale, et s'en passa un peu sur le visage, pour se réveiller pour de bon. Il s'étira avec un large sourire, et regarda autour de lui.

Le soleil se levait et promettait une belle journée. Tout était tranquille comme depuis la fin de la guerre, et le parc était désert à cette heure matinale.
Alors qu'il allait se diriger vers le château il aperçut au loin une silhouette sombre et solitaire qui avançait à grands pas en direction de la forêt interdite. Harry l'observa un moment avant de se rendre compte qu'il s'agissait de Severus Rogue.

L'homme allait probablement récolter des ingrédients de potions et Harry décida que c'était le moment idéal pour lui parler. Il rassembla tout son courage Gryffondor, et avança à sa rencontre, déterminé. Il essayait d'oublier au maximum que son professeur l'avait haï depuis leur toute première rencontre parce qu'il était la copie physique de son père…

Face à Severus Rogue, Harry le regarda droit dans les yeux. Il se souvenait que l'homme était sensible aux yeux de Lily, et il pouvait bien se montrer légèrement Serpentard pour l'amadouer.
- Bonjour Professeur.
- Monsieur Potter. Vous êtes bien matinal…
Le jeune homme rougit légèrement et haussa les épaules. Il soupira et avoua qu'il avait passé la nuit à la belle étoile.

Loin de s'énerver, le maître des potions eut un rictus amusé. Harry se dépêcha de préciser qu'il n'avait pas aussi bien dormi depuis une éternité.
- Et bien, Monsieur Potter, j'ai hâte de vous entendre dire ça à Poppy. Elle risque de vous ligoter dans son infirmerie…

Harry gloussa. Voyant qu'il ne faisait pas mine de partir, Severus soupira, et lui fit signe de le suivre. Il s'enfoncèrent ensemble dans la forêt, en silence.
Lorsque Severus marqua une pause pour récolter un champignon, Harry se décida.
- Professeur ? Je voulais… hum vous remercier. Sans vous…
- Sans moi, vous auriez trouvé une autre solution, Potter.
Le Sauveur se mordilla la lèvre, visiblement indécis. Cependant, le ton du maître des potions n'était pas agressif, et il semblait pas vouloir qu'il s'en aille.
En se redressant, sa besace bien gonflée des champignons qu'il venait de récupérer, Severus lui jeta un bref regard en coin.
- Je dois pour ma part vous remercier de ce que vous avez fait. Je dois avouer que… Je ne pensais pas survivre à cette guerre.

Le brun lui offrit un petit sourire timide et les deux hommes s'enfoncèrent un peu plus dans la forêt.
Harry se mordilla la lèvre et s'arrêta brusquement. Severus fronça les sourcils, et s'arrêta à son tour, l'observant.
- Potter ?
- J'ai une question à vous poser Professeur. J'ai… fait beaucoup de recherches sur le polynectar mais…
Severus ricana.
- Une envie soudaine de changer de visage ?

Harry haussa les épaules.
- Firenze le Centaure… il m'a dit de chercher des renseignements sur le polynectar, parce que ça résoudrait une énigme de mon passé.
Severus se rembrunit et recula d'un pas.
- Et bien quoi ? Qu'est ce que vous espérez Potter ?

Harry leva les yeux vers lui, en reniflant d'agacement.
- Je n'en sais rien ! C'est juste… J'ai besoin de savoir !
Le visage fermé, Severus recula d'un pas.
- Il n'y a probablement rien à savoir ! Cessez de regarder le passé et tournez vous une bonne fois pour toutes vers l'avenir qui vous tend les bras !

Puis, l'homme partit à grands pas, ignorant l'adolescent stupéfait.