Lorsque Regina sortit dans la nuit morose d'octobre, elle prit une grande inspiration pour essayer d'apaiser son angoisse. Depuis leur querelle chez Stevenson, elle était particulièrement troublée par le comportement d'Emma. Elle avait conscience que leur altercation avait largement dépassé le cadre professionnel qu'elle souhaitait conserver. Néanmoins, elle n'avait pas pu s'empêcher d'éclater de rage lorsqu'elle avait rejoint la profiler. Quand elle avait reçu son appel, elle avait ressenti la même terreur que deux années auparavant. Elle avait peut-être passé plusieurs mois sans aucune nouvelle de la blonde, mais il était clair qu'il en fallait plus pour effacer ce qu'elle ressentait. Le fait de suivre cette enquête avec la criminologue ravivait justement de nombreux souvenirs. Aussi, elle ne savait définitivement plus quelle attitude adopter avec la jeune femme. De son côté, Emma mit ses mains dans ses poches d'un geste nonchalant avant de prendre la parole.

« Je suis désolée pour tout à l'heure, » admit-elle, légèrement embarrassée. « Je t'ai manquée de respect et insultée sans aucune retenue. En plus, je l'ai fait devant une de tes collègues, ainsi que ton apprentie. J'ai laissé parler ma colère, encore une fois, sans réfléchir au préalable. Je te présente mes excuses.

-Tu n'as pas à t'excuser, » bredouilla la détective. « Je sais que tu es frustrée par cette enquête et que la mort de Stevenson t'a troublée. C'est juste… J'imagine qu'on est tous un peu à cran en ce moment.

-Mais je pense que ce n'est pas vraiment le sujet qui nous intéresse le plus, » suggéra la profiler. Face à elle, Regina acquiesça d'un air songeur. Elle espérait pouvoir s'exprimer sur cette altercation depuis le début de la soirée. Néanmoins, elle se sentait à présent désarmée et à court d'arguments.

« J'ai très bien entendu ce que tu m'as dit, par rapport à mon comportement, » poursuivit la criminologue, apparemment très encline à partager ses sentiments. « Inutile de dire que ça m'a profondément blessée. » Elle se racla la gorge pour se donner une contenance. « Mais je sais aussi que ce n'est pas entièrement sincère, Regina. » L'interpellation signifiait évidemment que le reste de la conversation serait plus personnel. Aussi la brunette croisa les bras sur sa poitrine, comme pour se défendre. « J'ai toujours fait passer le bien avant tout le reste. Depuis le début. Je pense que tu étais prévenue de ce trait de personnalité depuis le jour où je suis entrée par effraction chez ta mère pour récupérer tes affaires. Tu sais très bien que j'agirai toujours ainsi. Quoi que tu en penses. Et j'ai aussi conscience du fait que ça t'inquiète et ravive de mauvais souvenirs. Je crois simplement qu'on devrait essayer de trouver un terrain d'entente sur ce désaccord. Parce que je ne changerai pas ce que je suis. Et tu ne cesseras pas non plus d'être une éternelle angoissée. »

La taquinerie amusa évidemment la portoricaine, qui esquissa un sourire à l'adresse de la jeune femme. Pourtant, elle se sentait profondément intimidée par leur conversation. Elle ne s'attendait certainement pas à ce qu'Emma la confronte ainsi sur la possibilité d'un avenir commun.

« J'ai effectivement été prévenue depuis très longtemps de ton syndrome du sauveur, Emma, » admit-elle. « Et je suis désolée pour tout à l'heure. Je sais que ma réaction a été excessive, comme… pas mal tout, depuis le début de l'enquête.

-Cette affaire nous pousse à bout, » la coupa la blonde. « Je ne pense pas que tu puisses te blâmer sous prétexte que tu réagis assez violemment à tout ce qui l'entoure. Surtout que… ce n'est certainement pas le terrain idéal pour ramener d'anciennes querelles.

-C'est le moins qu'on puisse dire, » souffla la détective.

« Je voulais te proposer… » débuta la profiler, apparemment embarrassée. « Qu'on reparle de tout ça quand on aura attrapé ce meurtrier. Je pense qu'il y a énormément de choses que l'on n'a jamais vraiment réglées. »

La suggestion troubla la portoricaine, qui se sentit particulièrement blessée. Elle savait qu'Emma essayait de raisonner pour que la situation ne s'envenime pas. Mais l'idée qu'elle ne souhaite pas aborder leurs querelles pour le moment ne pouvait que laisser des doutes dans l'esprit de la brunette. Cela signifiait-il qu'elle s'était finalement lassée ? Désirait-elle repousser le moment où elles se parleraient pour ne pas admettre directement qu'elle n'était pas intéressée à l'idée de revenir vers Regina ? Tentant de ne pas laisser transparaître ses émotions, la détective acquiesça vivement. Un peu trop vite, peut-être. Sa réaction provoqua justement un sourire amusé sur le visage de la blonde.

« Ce n'est pas une proposition pour retarder l'échéance, Regina, » précisa-t-elle alors. « Je pense juste que nos collègues en ont marre de nos disputes de vieux couple, » ajouta-t-elle en riant.

Le mot qu'elle avait employé réchauffa évidemment le coeur de la portoricaine, quelque peu rassurée. Elle ne l'avouerait certainement jamais réellement, mais le fait de retrouver la profiler lui rappelait les raisons pour laquelle elle était sous son charme. Si elle avait passé près de dix ans en sa compagnie, elle ne s'était jamais lassée de sa personnalité atypique. Elle adorait l'esprit vif et la répartie incroyable de la profiler. Elle admirait son intelligence et sa capacité hors du commun à établir un lien entre plusieurs éléments d'une enquête. Mais l'intellect de la criminologue n'était certainement pas le trait de caractère qu'elle appréciait le plus. Depuis leur première rencontre, Regina avait été séduite par la confiance sans mesure de la blonde, son altruisme et surtout son courage. Pour certains, Emma faisait preuve de discernement et de réflexion bien plus que de bravoure. Mais la portoricaine savait très bien qu'elle ne prévoyait pas toutes ses actions au préalable. La plupart du temps, la profiler agissait par pur instinct, sans aucune crainte des conséquences. Elle œuvrait pour ce qu'elle jugeait être le bien, sans jamais se soucier de ce qui pouvait advenir. De plus, son arrogance était certainement un des défauts que la brunette chérissait le plus chez la blonde.

« Comment tu te sens, au fait ? » demanda-t-elle justement à son ex-petite amie. Comme ramenée sur terre, Regina posa instinctivement une main sur son abdomen.

« Ça… ça va… C'est le deuxième jour consécutif que je ne rends pas mon petit-déjeuner, » déclara-t-elle d'un ton amusé. « Je crois qu'on est sur une meilleure voie pour la suite.

« Je suis heureuse de savoir qu'Il va bien, » admit Emma. « Mais je te posais la question directement, en fait. Je veux savoir comment, toi, tu te sens.

-Oh… euh… » hésita la portoricaine, prise au dépourvu. « Très fatiguée, même si je suis contente que l'enquête avance. Frustrée que le tueur ait toujours un temps d'avance sur nous. Oh et… J'ai l'impression que je vais haïr mon corps d'ici quelques mois parce que j'ai faim à peu près à chaque instant de la journée. »

Cette évocation amusa évidemment la criminologue, qui lui adressa un sourire ravi.

« Je t'éviterais le cours de médecine, mais j'ai lu que ça fait partie des effets de la grossesse, » lâcha-t-elle d'un ton rassurant. « Et je ne pense pas que tu doives t'inquiéter pour ça. À mon avis, ça a assez peu d'importance à côté de ta santé et de la sienne.

-Tu as raison, » admit Regina. « Je devrais plus penser à notre bien-être qu'à des choses aussi futiles. » Elle se perdit un instant dans le regard émeraude de la blonde, essayant de ne pas trop divaguer quant aux mois qui suivraient. De son côté, Emma lui fit signe qu'elles devraient rentrer pour rejoindre les autres. Toutefois, la portoricaine l'interrompit dans son geste, réalisant quelque chose.

« Emma ?

-Oui ?

-Tu n'as pas fumé de toute la soirée, » remarqua-t-elle, tentant de rester impassible.

« Je me dis qu'il serait peut-être temps que j'arrête, ou du moins que j'essaye, » répliqua la blonde. « Surtout si j'ai ce genre de responsabilités à l'avenir. »

Elle fit alors volte face et passa la porte du poste de police, silencieuse. De son côté, Regina la suivit sans dire un mot, le coeur battant à ses tempes. Néanmoins, cette fois ce n'était pas par angoisse, mais plutôt par enthousiasme…

Le lendemain 8h18

« Hier, Edward Stevenson a été assassiné à son domicile du quartier de Metrotown, à Burnaby, » débuta Regina d'un air confiant. « Avec lui, deux agents des forces de l'ordre ont également succombé au Lightning Killer. Cet acte particulièrement malheureux nous a toutefois permis d'en apprendre plus sur ce meurtrier. »

Cette fois, les enquêteurs présents dans la salle de réunion étaient particulièrement concentrés sur les informations que la détective leur donnait. L'enquête autour du tueur en série était évidemment primordiale depuis le début. Néanmoins, le fait qu'il ait assassiné deux patrouilleurs lui donnait une plus grande importance aux yeux des policiers. Désormais, le Lightning Killer était quasiment une affaire personnelle pour la plupart d'entre eux. D'ailleurs, les collègues des deux victimes avaient tenus à assister à la réunion sur le meurtrier qui avait apparemment décidé de défier les forces de l'ordre.

« Edward Stevenson possédait de nombreux équipements connectés dans sa maison, » expliqua Belle, qui avait peu l'habitude de contribuer aux réunions. Justement, elle tenait un dossier entre ses bras, comme pour se protéger de son public du jour. « Ces appareils peuvent évidemment contrôler la lumière, des haut-parleurs, et bien d'autres choses. Stevenson avait un système d'alarme au-dessus de la porte arrière de sa maison. Cependant, le mécanisme ne s'est jamais mis en route lorsque le tueur est entré chez lui. On peut donc penser que le meurtrier est un grand connaisseur de la domotique, ou tout simplement de la technologie. Il a effectivement réussi à désactiver le système depuis l'extérieur de la maison, ce qui n'est pas donné à n'importe quel amateur.

-Exact, » affirma la portoricaine avant de poursuivre. « Pour ce qui est de son profil physique, le Lightning Killer serait une personne d'une trentaine d'années. Suite au meurtre des deux agents, on peut également confirmer qu'il est certainement de petite taille, ou d'une corpulence assez fine.

-Pourquoi serait-il nécessairement petit ou mince ? » demanda Robin, curieux.

« Il a été assez ambitieux pour vouloir éliminer deux patrouilleurs, » expliqua la brunette. « Mais il a préféré les attaquer par derrière. Le premier a été tué dans le hall, tandis qu'il devait inspecter le bureau. Quelques secondes après, le second succombait au milieu du salon. Leurs corps ont ensuite été placés dans la même pièce par le meurtrier.

-Je croyais qu'il avait une personnalité narcissique, » répondit le spécialiste du crime organisé. « C'est un peu lâche d'attaquer par derrière, non ?

-Le profil du Lightning Killer nous laisse effectivement penser qu'il est très imbu de lui-même, » reprit alors Emma d'une voix confiante. « Mais ça ne le rend pas ignorant pour autant. Les policiers sont des personnes entraînées au combat rapproché, sachant toujours réagir dans une situation de conflit. S'il les avait attaqué de front, il n'aurait certainement pas réussi à les tuer.

-...À moins d'être incroyablement fort ou particulièrement grand, » conclut Regina d'un ton sérieux. « C'est la raison pour laquelle nous pensons qu'il n'a pas une corpulence très forte, ou du moins qu'il ne se distingue pas par une carrure imposante. Mais il reste assez intelligent pour éliminer deux patrouilleurs et un homme sans se faire prendre.

-Vous avez dit… la personne ? » remarqua Kelly en faisant pivoter un crayon entre ses doigts. Elle sourcilla à l'adresse de sa meilleure amie, intriguée par cette précision.

« Le Lightning Killer correspond pas mal au diagnostic de la psychopathie, » déclara Emma. « Mais nous n'avons aucune raison de croire qu'il s'agirait d'un homme plutôt que d'une femme.

-Les tueurs en série sont tous des hommes d'habitude, » affirma Robin, sûr de lui.

« Pas tous, » corrigea la criminologue. « Et la possibilité pour que le tueur soit une femme est assez grande, à vrai dire. Ce qui a éveillé nos soupçons, c'est notamment le fait qu'aucune victime n'a été agressée sexuellement. Il est évident que tous les tueurs en série ne sont pas des agresseurs sexuels non plus. Mais les statistiques montrent que l'acte sexuel fait souvent partie de leur processus de jouissance. Ils retirent évidemment du plaisir au fait de tuer leurs victimes, mais ils complètent généralement cet instant par l'acte sexuel. Pour le coup, notre Lightning Killer semble peu enclin à violer ses victimes avant de les tuer.

-En plus, les trois hommes assassinés près du bar Andromede seraient un autre argument pour ce nouveau profil, » confirma Regina. « Les trois victimes ont passé la soirée à harceler les barmaids et les serveuses du club. Deux d'entre elles ont même souffert d'attouchements de leur part. Lorsque le tueur les a kidnappé par la suite, il a pris soin de leur sectionner les parties génitales avant de les torturer. Le meurtrier pourrait donc être une femme qui aurait déjà vécu une agression sexuelle ou voudrait simplement venger les employées de l'Andromede.

-Ou bien un homme désireux de faire souffrir les trois autres parce qu'il a lui-même vécu des attouchements dans sa vie, » ajouta la profiler, sûre d'elle.

« Mais la piste de la tueuse en série serait en parfait accord avec ce que nous disions sur sa corpulence, » expliqua la portoricaine. « Quoi qu'il arrive, il y a très peu de chances pour qu'une femme soit assez grande ou forte pour confronter deux policiers de front. Surtout que les patrouilleurs présents étaient assez musclés. En les attaquant par derrière, elle aurait aisément détourné le problème de son infériorité numérique… mais aussi physique.

-Donc si c'était une femme, il s'agirait d'une ancienne élève de Queen Victoria, qui aurait été intimidée par Stephanie Doiron, ou son amie, » devina la rouquine.

« C'est la piste que nous explorons, en effet, » répliqua la criminologue. « Cependant, Stephanie était une personne très imbue d'elle-même. Enfin, si elle faisait partie des filles populaires du lycée, il y a de grandes chances pour qu'elle ait suivi le même chemin à l'université. Elle a d'ailleurs étudié dans le même établissement qu'Emilie Carter, une autre bully qui a été tuée quelques années plus tard.

-Mais le tueur a créé un groupe sur la disparition de Stephanie et invité des anciens élèves de Queen Victoria, » rétorqua Kelly. « Ça nous dirige pas mal dans cette direction pour les recherches, non ?

-Malheureusement, la plupart des élèves de ce lycée privé ont également fréquenté l'université de Stephanie, » lança la brunette en soupirant. « Ils n'étaient peut-être plus dans la même classe qu'elle, mais ils l'ont certainement croisée sur le campus. D'ailleurs, Emma a découvert que certains pseudos du groupe Facebook sur sa disparition concordait plus avec les noms de ses camarades d'université qu'avec des élèves de Queen Victoria.

-Et Belle a pu retracer deux adresses IP, directement dans les résidences universitaires. Ça ne prouve rien, mais il est clair qu'on ne peut pas se contenter de fouiller parmi ses anciens camarades du lycée.

-Eh ben, » souffla Robin en sourcillant. « On n'a pas mal de pain sur la planche…

-Ce matin, Emma et moi allons interroger un ancien élève de Queen Victoria qui aurait eu beaucoup de rancœur envers Stephanie. Si on en croit Harry Benfield, ce serait l'un des plus sujets à ce genre d'atrocités.

-Et Benfield, justement, vous en faites quoi ? » demanda Kelly, suspicieuse.

« Il a été amené dans un centre pénitentiaire pour le moment, » expliqua Regina. « Nous ne portons aucune accusation pour le moment, quant à ses agissements avant et après le meurtre. Mais nous lui avons expliqué que c'était sans doute la meilleure solution pour sa sécurité.

-Sauf si votre tueur a des amis en prison, » remarqua le spécialiste du crime organisé.

« Benfield est justement dans une zone isolée du centre pénitentiaire, » précisa la profiler. « Mais si l'on en croit le profil, il y a très peu de chances pour que notre meurtrier ait énormément de contacts dans le milieu. On est très loin du crime organisé, ou une série de meurtres ne s'arrête jamais vraiment. De manière générale, les tueurs en série n'ont pas de complices ou d'alliés.

-C'est pour ça que tu vas m'écouter au lieu de suivre ton instinct, » lâcha la rouquine pour taquiner son collègue. Évidemment, il rougit légèrement face à la détective. « Ce qu'Emma essaie de te dire, c'est qu'on est à la recherche d'Hannibal Lecter et non de Scarface, » ajouta-t-elle en riant. De toute évidence, sa boutade amusa la plupart des policiers présents dans la salle. Un peu d'humour ne faisait jamais de mal à personne.

« Pendant qu'on va interroger Graham, » reprit alors Regina, sûre d'elle. « Kelly et Robin vont retourner voir le petit-ami de Stephanie Doiron. Vous allez l'interroger sur les fréquentations et les rivales de son ex. Je sais qu'il a déjà rempli un rapport, mais le moindre souvenir oublié pourrait nous aider. On va ensuite pouvoir croiser ces références avec les pseudos du groupe Facebook. Après, on devrait commencer à avoir quelques pistes concrètes sur notre tueur en série. Évidemment, Belle restera à notre disposition pour des vérifications techniques. De votre côté, » lança-t-elle aux patrouilleurs. « Je veux le plus de monde possible dans Burnaby. Le tueur a fait douze victimes, issues de cette zone. Ça veut dire qu'il habite là ou bien qu'il y passe régulièrement. Je veux aussi qu'une équipe se rende à l'université d'Emilie Carter pour récolter les archives des dix dernières années. J'ai déjà demandé un mandat pour ça.

-On est motivée, Sergent Mills ? » ricana sa meilleure amie.

« On va arrêter ce malade dans les prochains jours, parce que je refuse qu'il continue à se foutre de nous comme ça, » lui répondit la portoricaine avec un clin d'œil.

Évidemment, la réunion s'acheva sur les directives de la jeune femme. En quelques minutes, la plupart des policiers quittèrent la pièce pour se mettre au travail. Accoudée à l'un des meubles de la salle de réunion, Ingrid n'avait cependant pas prononcé un seul mot depuis le début. Elle toisait néanmoins la profiler, comme si elle réfléchissait à leur altercation de la veille. Justement, elle fit les quelques pas qui la séparaient d'Emma, croisant les bras sur sa poitrine d'un geste défensif. Sans grande surprise, la criminologue sourcilla, peu impressionnée par la carrure de la quadragénaire.

« Je te dois des excuses, Swan, » souffla la commandante, apparemment embarrassée. « Je t'ai manqué de respect et j'ai douté de ton expertise. Pourtant, t'avais raison sur toute la ligne.

-Peu importe, » répliqua la profiler, haussant les épaules. « Au moins, Matthew a pu rentrer chez lui sain et sauf.

-Je tiens quand même à te présenter mes excuses, » reprit Ingrid. « Je vais essayer de faire plus confiance à ton opinion pour la suite.

-Disons que j'ai eu de la chance de pouvoir convaincre Kelly et Robin, » affirma Emma. « Sans eux, je n'aurais peut-être pas pu sauver le kid. Au moins, leur rébellion a valu la peine. Parfois, c'est apparemment nécessaire pour avoir des résultats. »

Évidemment la provocation agaça la commandante, même si elle choisit de ne pas répondre. De son côté, la profiler rejoint Belle, Regina et Mary-Margaret pour être briefée sur la suite des évènements. L'analyste n'avait eu aucun mal à retrouver l'adresse de l'ancien camarade de Stephanie Doiron. Néanmoins, Regina et Emma devraient aller l'interroger toutes seules. L'agent-enquêtrice allait effectivement passer la journée avec la française pour mieux comprendre son domaine d'expertise. Si elle désirait être une détective hors pair, elle devait, en effet, être renseignée sur tous les métiers de la police. Ainsi, elle allait certainement occuper ses heures à trouver des renseignements sur les différents pseudos du groupe Facebook et les camarades de la première victime du Lightning Killer.

« Donc, votre cher fan de culture japonaise habite au 3620 boulevard Edgemont. D'après mes recherches, il vit avec sa sœur ou sa conjointe.

-Tu n'es pas sûre ? » la taquina la portoricaine.

« En fait, il y a deux noms à cette adresse. Tyler Graham et Judith Graham. D'après mes recherches, il n'a pas de sœur, mais les archives sont parfois erronées. Je n'ai cependant pas essayé d'entrer dans sa vie privée à elle. Après tout, c'est son frère ou conjoint qui est suspect dans une affaire de meurtres, pas elle.

-Mouais… Ça m'a l'air encore très bizarre, » soupira Regina. « En attendant, bon courage pour votre merveilleuse journée de recherches. » Elle sortit alors de la salle de réunion, la criminologue sur ses talons. Pour l'heure, l'atmosphère entre les deux femmes s'était particulièrement radoucie. Au moins, la portoricaine songeait qu'aucune nouvelle querelle ne risquerait d'éclater d'ici la fin de l'enquête...