Chapitre 27 : C'est à nous de tracer la limite
Si l'avenir semble sombre. C'est à nous de briller. S'il n'y a personne aux commandes. C'est à nous de tracer la limite. Bien que nous vivions dans une époque éprouvante. C'est à nous d'essayer. Bien que nous sachions que le temps a des ailes. C'est à nous de voler.
- Rush, Everyday glory
L'après-midi, Hermione rejoignit de nouveau Théodore pour le cours de potions. Encore une fois, elle évita de croiser le regard du professeur et se fit très discrète, malgré les regards insistants de Théo. Sa retraite précipitée à la fin du cours fut cependant interrompue par la voix de Snape.
- Miss Granger, Monsieur Nott, veuillez rester quelques minutes s'il-vous-plaît.
Hermione, coupée sur sa lancée, se rassit sur son siège avec un soupir. Elle donna un petit coup de coude à Théodore lorsqu'elle l'entendit ricaner à son côté, ce qui ne fit qu'augmenter son rire. Son regard noir n'eut pas plus d'effet sur le garçon. Il ne se calma que lorsque le dernier élève fut sorti et que le professeur reprit la parole.
- Votre potion attend toujours dans son chaudron et il faudrait que vous en repreniez la préparation si vous ne voulez pas avoir gâché tout le travail que vous avez commencé.
Le professeur n'avait pas relevé ses yeux des copies disposées devant lui sur son bureau. Hermione n'avait pas plus relevé les yeux du sol. Théodore ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel en remarquant le manège des deux protagonistes.
- Je ne peux pas ce soir mais je pense qu'Hermione peut continuer la prochaine étape avec vous si vous n'y voyez pas d'inconvénient et je reprendrai avec vous demain soir, comme nous faisions avant.
Hermione releva les yeux vers Théodore face à sa réponse. Elle lui jeta un regard noir. C'était un vilain coup bas. Théo lui fit un rictus amusé en retour. Elle comprit sans grande peine qu'il se retenait de lui tirer la langue à cause de la présence de Snape.
- Est-ce que je peux disposer professeur ? demanda Théodore à Snape.
L'homme lui répondit vaguement à l'affirmative et le garçon ne se fit pas prier pour partir, laissant Hermione derrière lui. Celle-ci ne bougea pas, attendant que l'homme réagisse. Elle était gênée et ne savait pas quoi faire ou quoi dire. Elle s'en voulait quelque peu de lui imposer ainsi sa présence à cause de Théodore.
- Le chaudron est au fond de la salle. Les ingrédients à leur place habituelle, soupira le professeur en se levant.
Hermione se leva à son tour et se rendit près du chaudron. Elle récupéra les ingrédients nécessaires et commença leur préparation. Sa main tremblait alors qu'elle broyait le tout en une poudre fine. Elle sursauta lorsqu'elle sentit la main de Severus se poser sur la sienne.
- Doucement, miss Granger, ou vous allez ruiner toute cette potion.
Sa voix n'était ni froide, ni chaleureuse. Sa main s'attarda pourtant sur celle de la jeune fille. Hermione releva les yeux vers lui, osant finalement croiser ceux de l'homme.
- Comment vas-tu Hermione ? lui demanda-t-il.
- Bien… ça va…, corrigea-t-elle sous son regard appuyé.
Severus soupira.
- Hermione…
- Non Severus…, le coupa-t-elle tant qu'elle en était encore capable. Rien n'a changé depuis ce que je t'ai dit l'autre jour. On ne peut pas continuer comme on le faisait. C'est trop dangereux.
- Arrête de penser à nous et à ce que nous risquons. Pense à toi Hermione et oses me dire que tu ne veux plus de nous. Dis-moi que tu ne veux plus rien de nous et je m'éloignerai. Dis-moi que tu ne tiens plus à nous.
Hermione baissa les yeux vers leurs mains toujours jointes. Les conseils que lui avait donnés Théo tournaient en boucle dans son esprit. Pouvait-elle croire ce qu'il lui avait dit ? Pouvait-elle croire ce que Severus lui-même lui avait dit ?
- Je ne sais pas ce que je veux Severus… Je ne sais plus…
- Laisse-moi être là pour toi Hermione. Laisse-nous être là.
Une larme coula le long de la joue d'Hermione. Severus posa sa main sur son menton et força la jeune fille à relever son regard vers lui. D'une caresse, il balaya la goutte qui s'échappait de ses yeux. Une seconde plus tard, il l'attirait contre lui dans une douce étreinte.
Severus figea de nouveau la potion de longues minutes plus tard, tandis qu'ils ne l'avaient finalement pas continuée plus.
- Est-ce que tu veux passer la soirée ici ? Je peux appeler Sirius. Je pense que tu devrais lui parler…
- Qui eut cru que Severus Snape s'inquièterait un jour des états d'âmes de Sirius Black ? se moqua gentiment Hermione.
- Inutile d'essayer de détourner mon attention ainsi miss Granger, la mît-il en garde en retour.
Prise en faute, Hermione afficha un petit sourire contrit. Elle n'avait eu que peu d'espoirs que cela fonctionne de toute manière.
- Je ferai mieux d'aller dans la grande salle pour dîner…, déclara-t-elle. Je peux peut-être revenir un peu plus tard…, proposa-t-elle sous le regard désapprobateur de Severus.
L'homme hocha la tête pour toute réponse et la libéra pour qu'elle puisse rejoindre ses amis. Le soir venu, le dîner se passa dans le même état d'effervescence que le reste de la journée du fait de la nouvelle qu'avait faite McGonagall au petit déjeuner.
Hermione s'éclipsa ensuite pour retrouver Théodore tandis que ce dernier lui avait fait signe dans la grande salle. Elle le retrouva devant le portrait menant aux appartements des préfets en chef.
- Tu sais, à ce rythme-là, tout le monde va finir par croire que je suis une fille facile.
- Comme si tout le monde ne le savait pas déjà ! se moqua Théo en retour.
Hermione lui tira la langue et l'invita à entrer dans sa chambre à sa suite. Le jeune homme ne reprit la parole que lorsque le portrait se referma sur eux et elle le remercia intérieurement pour sa discrétion.
- Alors, comment ça s'est passé avec Snape ? lui demanda-t-il de but en blanc.
- Pas trop mal. Je… je vais aller le voir ce soir, pour discuter avec Sirius. Tu avais raison sur le fait qu'on a des choses à mettre au point.
- J'ai toujours raison ! la corrigea-t-il en riant. Est-ce que tu veux que je dorme ici pour te fournir un alibi ?
- J'ai dit qu'on allait discuter, rien de plus, le corrigea Hermione avec un petit coup sur le bras.
- Il faut vraiment que tu arrêtes de me frapper comme ça à tout bout de champ ! s'offusqua faussement Théodore avant de répondre à la brune. Au pire, tu ne seras pas seule quand tu rentreras dormir. Au mieux, j'aurais pu profiter d'un lit double pour la nuit !
Hermione envisagea quelques instants la proposition du garçon, qui, il fallait l'avouer, l'arrangeait bien. Elle accepta donc l'offre, plus rassurée à l'idée de retrouver ses deux hommes. Elle n'était ainsi plus au pied du mur. Elle avait une alternative dans le cas où elle décidait de s'en tenir à sa décision de s'éloigner d'eux, ou dans le cas où ils la rejetteraient malgré tout.
- Attends Hermione ! l'interpella Théodore alors qu'elle attrapait une poignée de poudre de cheminette.
La jeune fille se retourna vers le brun avec un air interrogateur.
- Tu ne vas quand même pas y aller habillée comme ça ? lui demanda-t-il en la désignant d'un coup de tête. Ce n'est pas ce qui se fait de mieux les uniformes de Poudlard…
- Je t'ai précisé qu'on allait juste discuter non ? rétorqua la jeune fille avec un sourire.
Elle prit cependant note de la remarque de Théo et elle s'approcha de son armoire. Elle avait récupéré quelques tenues qu'elle avait eu l'habitude de porter dans la maison mais la plupart étaient bien trop légères pour la fraîcheur du château.
Elle fouilla dans ses vêtements en hésitant longuement sur la tenue la plus appropriée.
- Tu n'as qu'à mettre ta nuisette ! se moqua Théo.
Hermione lui jeta un tee-shirt en pleine tête, faisant rire le jeune homme.
- Quoi ? Je veux mon lit double pour cette nuit moi !
Hermione leva les yeux au ciel et reporta son attention sur ses vêtements. Elle finit par choisir une robe à manches longues qu'elle coupla à une paire de collants en laine.
- Tournes-toi ! ordonna-t-elle à Théo pendant qu'elle faisait passer son pull par-dessus sa tête.
Le garçon ricana mais obéit pour ne pas gêner la demoiselle. Hermione s'habilla rapidement et se lança un rapide sort de maquillage, très léger mais suffisant pour masquer toutes traces de fatigue de son visage.
- Beaucoup mieux comme ça ! la complimenta Théo. Allez files maintenant où ils vont finir par s'impatienter.
Hermione lui sourit en retour et attrapa une poignée de poudre de cheminette. Elle se retourna vers lui avant de la lancer dans l'âtre.
- Tu es sûr hein ?
- Ne t'inquiète pas Hermione. Au pire, je serai là à t'attendre, essaya-t-il de la rassurer.
Hermione lui sourit et lança finalement la poudre en prenant une grande inspiration. Quelques secondes plus tard, elle pénétrait dans les appartements de Severus.
L'homme était installé sur le canapé, aux côtés de Sirius. La jeune fille sentit leurs regards s'accrocher à elle le temps qu'elle s'installe dans un fauteuil en face d'eux. Deux verres étaient posés sur la table basse. Une fois n'est pas coutume, les deux hommes les avaient à peine touchés.
Un moment de silence s'installa sans qu'Hermione ne sache quoi dire. Elle garda les yeux rivés au sol quelques minutes, réfléchissant.
Elle sentait que le moment était décisif. Soit elle décidait de continuer sur la lancée de ses convictions et elle expliquait de but en blanc à ses deux hommes qu'elle ne voulait plus d'eux, ce dont elle n'était pas sûre d'être parfaitement capable sans qu'ils ne détectent la pointe de mensonge derrière. Soit elle suivait les conseils de Théodore et envoyait balader tout le reste, encore une fois, avec le risque de retourner dans le même cercle vicieux de danger qu'auparavant.
Elle savait qu'elle devait prendre sa décision mais elle doutait parce qu'elle voyait bien les avantages et les défauts des deux solutions et qu'aucune ne lui semblait idéale. Ce qu'elle avait partagé avec Severus et Sirius avait été magique. Avec eux, elle se sentait forte, entourée, capable de tout, comme si plus rien ne pouvait avoir d'emprise sur elle.
Toutes les moqueries dont elle avait pu faire l'objet en étant enfant dans le monde moldu, et même lorsqu'elle avait rejoint le monde sorcier, toutes les peurs que la guerre avait fait naître en elle et dont elle ne pensait pas se débarrasser un jour, tous les mauvais souvenirs qu'elle avait, tout semblait ne plus avoir d'importance quand elle était dans leurs bras. Un peu comme si ce n'était plus ses propres souvenirs.
Quand elle se retrouvait seule, elle avait l'impression d'être morte. Un grand vide s'installait en elle et elle avait alors l'impression que rien ne pouvait plus l'atteindre, si ce n'était les ténèbres qui ne la quittaient jamais. Mais quand elle était avec eux, elle se sentait vivante, vibrante d'énergie. Un peu comme s'ils étaient son patronus contre les détraqueurs imaginaires qui semblaient la poursuivre en continu. Et elle n'était pas certaine d'être capable, ni d'avoir envie, de renoncer à ça.
Pour autant, la peur de s'attacher à eux sans plus aucune limite et de risquer qu'ils la rejettent un jour ne la quittait pas et faisait pencher la balance vers la première solution. Ça, et le sentiment de honte qui ne la quittait pas depuis le samedi précédent. Même si elle savait qu'elle n'était pour rien dans ce qui lui était arrivé, elle ne parvenait pas à passer outre.
- Je… je suis désolée…, commença finalement Hermione, sans réellement savoir pourquoi elle s'excusait. Désolée de vous avoir inquiétés quand je suis partie après…
- Arrête de t'excuser Hermione…, souffla Sirius. Comment vas-tu ?
Hermione releva les yeux vers eux et détailla le visage de ses deux hommes quelques secondes avant de répondre. Celui de Sirius était fermé, celui de Severus impassible. Ça ne l'aidait vraiment pas à faire de l'ordre dans ses pensées et émotions.
- Ça va… à peu près… je crois… mieux que ce que je pensais…
- Grâce à Nott…, grogna Sirius d'un ton amer.
La remarque de Sirius laissa Hermione perplexe pendant quelques secondes. Jusqu'à ce qu'elle croise le regard équivoque de Severus. Et soudain, elle se rappela qu'elle n'avait jamais avoué la vérité à Sirius par rapport à ce qui la liait avec Théodore.
Depuis près d'un mois qu'ils avaient mis ce mensonge en place, l'homme était persuadé qu'Hermione avait choisi quelqu'un d'autre avec qui partager sa vie. Pour autant, il était là, toujours présent, alors même qu'il devait se sentir profondément blessé et trahi.
La brune avait tellement essayé de survivre et de faire les bonnes choses qu'elle n'avait jamais pensé à ce que Sirius pouvait bien ressentir par rapport à tout ça. Et pourtant, ce n'était pas la première fois qu'il remettait le nom du jeune homme au centre de leurs discussions. Mais les fois précédentes, Hermione s'en était servie pour faciliter sa prise de décision.
Cette fois, elle comprenait pleinement à quel point elle avait été stupide et méchante envers l'homme. Il ne méritait clairement pas tout ça. Et si elle prenait la décision de s'éloigner d'eux, il méritait au moins de savoir que ce n'était pas pour se jeter dans les bras d'un autre. Quand bien même choisirait-elle de suivre les conseils de Théodore, il fallait qu'elle règle ce quiproquo avant toute chose.
Sans pouvoir s'en empêcher, Hermione explosa de rire. Elle était profondément soulagée de comprendre que le visage fermé de Sirius et son attitude distante n'avaient au final pas tout à voir avec elle. Il était simplement jaloux de ce qu'il pensait qu'elle partageait avec Théodore. Sirius, vexé, se leva du canapé dans lequel il était assis.
- J'ai autre chose à faire de ma soirée. Je m'en vais.
- Sirius attend !
Hermione s'était levée dans la foulée, ravalant son rire. Elle attrapa le poignet de l'homme alors qu'il commençait à s'éloigner en direction de la porte pour le retenir.
- Quoi Hermione ? Qu'est-ce que tu veux ?
Toujours cette même question à laquelle elle ne savait toujours pas que répondre. Hermione eut un moment d'arrêt lorsqu'elle croisa le regard orageux de Sirius. Le temps qu'elle se reprenne, l'homme en avait profité pour récupérer son poignet. Elle le rattrapa tout de même quelques pas plus loin.
- Sirius arrête un peu ! s'exclama Hermione. Théodore m'aide en effet mais pas de la façon dont tu l'imagines. Nous sommes juste amis.
- Harry et Ron sont tes amis. C'est différent avec Nott, avoues-le au moins Hermione !
- Oui c'est différent ! Bien sûr ! Mais nous ne sommes tout de même que des amis.
- Tu peux fréquenter qui tu veux Hermione.
- Sirius, essaya-t-elle de l'interrompre en vain.
- Tu as été très claire sur le fait que tu ne voulais plus avoir à faire à nous.
- Sirius !
- Inutile de nous mentir pour autant.
- Sirius ! Ça suffit ! Arrête-toi !
L'homme finit par se taire. Son regard sombre, orageux, se fixa dans celui de la brune qui déglutit. Merlin qu'elle espérait pouvoir un jour affronter de nouveau ce regard gris sans appréhension. Elle se focalisa sur le visage de l'homme et leur conversation pour éloigner tout le reste.
- Nott et moi sommes juste amis. Je ne l'intéresse pas du tout. Il est gay Sirius. GAY.
Il fallut quelques secondes pour que l'homme comprenne ce que disait Hermione. Toute la détermination avec laquelle il avait essayé de partir s'envola instantanément et il la fixa avec un air un peu perdu, se sentant soudainement parfaitement ridicule.
- Oh…
- Maintenant que ce point est réglé, peut être pouvons-nous reprendre notre discussion, proposa Severus d'une voix amusée.
Hermione lui lança un regard noir. Ils n'avaient vraiment pas besoin qu'il se moque de Sirius maintenant et déclenche une dispute. Elle se rassit dans le canapé, suivie de Sirius. Le silence se réinstalla entre eux pendant quelques secondes.
- Pourquoi a-t-il passé la nuit dans ta chambre alors ? questionna Sirius d'une voix rauque. Je l'ai vu sur la carte…
La question de Sirius ramena immédiatement le regard de Severus sur Hermione. La jeune fille s'étonna pendant un instant que l'animagus évoque la carte des maraudeurs de façon aussi libre devant son ancienne Némésis mais le professeur de potion ne marqua pas le moindre intérêt pour l'objet. Il semblait en revanche particulièrement intéressé par ce que la brune allait répondre à ça.
- Nous n'avons fait que dormir, expliqua Hermione avant que la discussion ne s'envenime de nouveau. J'avais juste besoin de… je ne sais pas vraiment… j'avais besoin de ne pas être seule…
- Pourquoi lui ? demanda Severus d'une voix neutre qui cachait mal la jalousie qu'il ressentait.
- Parce que tout fini toujours par merder entre nous trois…, souffla Hermione.
- Langage miss Granger, la reprit Severus sans pouvoir s'en empêcher. Tout n'est pas toujours obligé de… merder, ajouta-t-il après un long soupir.
- On a déjà eu cette discussion Severus…
- Pas nous, arqua Sirius qui ne comptait pas être encore laissé à l'écart.
Il avait cru qu'Hermione avait tourné la page sur leur relation en se rapprochant de Nott. Il avait cru qu'elle ne voulait plus d'eux et il avait presque été prêt à l'accepter. Mais à présent qu'il savait qu'il n'en était rien, il n'était pas près de s'éloigner de nouveau. Et lorsqu'il croisa le regard sombre de Severus, il sut que l'autre homme n'en pensait pas moins.
- Qu'est-ce que vous voulez ? les questionna Hermione.
Les deux hommes prirent un temps de réflexion. Ils comprenaient tous deux qu'Hermione avait peur, ils comprenaient tous deux qu'elle allait avoir besoin de temps pour surmonter tout ce qu'elle avait vécu. Ils comprenaient tous deux qu'elle ne voulait pas les mettre en danger. Pour autant, aucun d'eux n'était prêt à renoncer à elle. Aucun d'eux ne voulait revivre ce qu'ils avaient traversé en apprenant qu'elle s'était noyée. Elle avait pris tellement de place dans leurs vies respectives qu'ils ne pouvaient tout simplement plus s'imaginer vivre sans elle. Tout serait incomplet sans elle.
Et autant ils étaient prêts à faire les choses doucement, à son rythme, pour l'accompagner sans la bousculer, autant ils n'étaient pas prêts à la laisser s'éloigner de nouveau. Ils avaient besoin d'elle et ils savaient que la réciproque était également vraie. Il suffisait de voir comment Hermione semblait toujours plus vivante quand elle était en leur compagnie.
Le regard qu'ils échangèrent était éloquent mais Hermione n'avait, hélas, aucune idée de la langue qu'ils parlaient. Alors elle patienta quelques secondes en silence, bloquant ses mains moites sous ses cuisses tandis qu'elles tremblaient légèrement d'appréhension.
- Toi, répondit finalement Sirius dans un souffle.
Hermione releva un regard surpris sur l'homme. Elle ne s'était clairement pas attendue à une réponse de ce genre. Elle regarda à son tour Severus dont le regard reflétait ce qu'elle avait décelé dans celui de Sirius.
Hermione ne savait pas comment réagir. Pour la première fois, elle eut l'impression que, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle soit amenée à traverser et malgré toutes les erreurs qu'elle avait faites et qu'elle pourrait encore être amenée à faire, ils seraient toujours là pour elle. Pas parce qu'ils se sentaient responsables. Pas non plus parce qu'ils avaient peur que ce qu'ils avaient partagé ne soit dévoilé au grand jour. Mais simplement parce qu'ils tenaient à elle, aussi détraquée soit-elle à cause de ce qu'elle avait vécu.
Elle se releva du canapé et se dirigea vers la cuisine. Elle avait besoin de quelques secondes pour réfléchir. Elle avait l'impression que sa réaction, quelle qu'elle soit, pourrait déterminer le reste de sa vie. Et pour être tout à fait honnête, elle ne savait toujours pas très bien comment réagir.
Les conseils de Théo tournaient en boucle dans son esprit et l'espoir renaissait en son ventre. Et Merlin savait à quel point elle avait envie de s'y accrocher. Parce qu'elle se sentait tellement bien avec eux !
Mais d'un autre côté, elle avait toujours peur. Parce qu'elle savait que, si pour une quelconque raison, ils en venaient de nouveau à s'éloigner, elle ne le supporterait pas. Encore moins s'ils se décidaient à laisser parler leurs sentiments. Si le peu de barrières qui restaient entre eux venaient à s'effondrer et que les choses tournaient de nouveau mal, elle était certaine qu'elle ne pourrait pas s'en relever.
Attrapant un verre, Hermione se servit un whisky-pur-feu qu'elle avala d'un trait. Elle s'en resservit un second dans la foulée, cherchant du courage dans la boisson. Elle retourna au salon avec son verre et la bouteille. Les deux hommes n'avaient pas bougé. Elle se rassit dans le fauteuil qu'elle venait de quitter.
- Hermione…, gronda Severus en découvrant le verre d'alcool.
La jeune fille passa outre la remontrance avec un haussement d'épaules et but de nouveau son verre cul-sec.
- Qu'est-ce que tu veux, toi, Hermione ? osa finalement demander Sirius.
- Je ne sais pas…, avoua-t-elle. Je…
Elle soupira un grand coup, repensant aux paroles de Théodore. Il lui avait conseillé d'être égoïste et de reprendre sa relation avec eux, pour tenir le coup. Parce qu'il l'avait réveillée de son cauchemar et qu'il avait vu les ténèbres qui la hantaient. Elle savait qu'il l'attendait actuellement dans son propre lit. Elle pouvait encore fuir et le retrouver. Peut-être parviendrait-elle à se contenter de lui.
Mais en avait-elle envie ? Elle ne voulait pas se contenter d'éventuellement réussir à survivre à tout cela. Elle voulait vivre. Et les seuls moments où elle se sentait réellement en vie étaient quand elle était auprès de ses deux garçons perdus. Peut-être était-il plus que temps qu'ils fixent eux-mêmes les limites de leur relation, sans plus penser aux éventuelles conséquences qu'elle pourrait avoir. Et si un jour, tout finissait par s'effondrer, il serait toujours temps pour elle de se laisser aller aux ténèbres à ce moment-là. Et peut-être qu'entre temps, elle pourrait vivre un peu et surmonter tout le reste.
- Je ne veux pas vous perdre, avoua-t-elle finalement à voix basse.
Moins de cinq secondes après, elle se retrouvait enlacée entre ses deux hommes et elle profita de l'étreinte en ayant l'impression qu'ils prenaient un peu du poids qu'elle portait sur ses épaules avec eux. Elle respira profondément, humant leurs odeurs réconfortantes et qu'elle avait cru ne jamais retrouver.
Elle se perdit dans l'étreinte pour faire taire tous les doutes qui l'étreignaient encore, cherchant à se persuader qu'elle prenait la bonne décision. Elle n'était de toute façon pas sûre qu'ils l'auraient laissée prendre une autre décision que celle-ci.
Délicatement, Sirius releva son visage vers lui et il déposa un tendre baiser sur ses lèvres. Cela faisait tellement longtemps qu'ils n'avaient pas partagé ça qu'Hermione ne put s'empêcher de gémir d'apaisement. L'animagus lui avait sincèrement, profondément, terriblement manqué.
Lorsqu'il libéra ses lèvres, elle sentit Severus la tirer en arrière pour l'embrasser à son tour et elle le laissa faire sans protester, répondant à son baiser avec fougue. Dans leur étreinte, elle ne ressentait ni pitié, ni dégoût vis-à-vis de ce qu'elle avait récemment subi. Rien n'avait changé. Ils la désiraient toujours autant et ils le lui montraient avec douceur et tendresse. Et Hermione avait réellement besoin de ça.
Elle n'était pour autant pas prête à aller plus loin et elle calma rapidement leurs ardeurs avant que les choses ne dérapent. Lorsqu'elle croisa leurs regards, elle n'y vit briller que de la compréhension et de l'affection. Ils savaient qu'elle allait avoir besoin de temps et ils l'acceptaient tout en lui montrant leur soutien. Elle n'aurait pu rêver mieux. Et pour la première fois, elle réussit à croiser le regard gris de Sirius sans repenser à Malfoy et elle sut qu'elle prenait la bonne décision.
Ils finirent par dormir tous les trois dans le lit de Severus qu'il avait magiquement agrandi pour l'occasion. Ils n'avaient pas vraiment discuté plus. Ni de leurs sentiments, ni de leur relation, ni des risques qu'ils prenaient. Ni des limites qu'il leur faudrait placer. Ils avaient simplement profité de se retrouver tous les trois, enfin, et rien d'autre n'avait semblé avoir réellement d'importance pour le moment.
- Endoloris ! Tu vas finir par comprendre sale sang-de-bourbe ! riait Bellatrix.
Hermione hurla sous les sortilèges répétés. Elle sentait le moindre de ses muscles trembler. Elle avait l'impression de brûler dans un brasier ardent et en même temps d'être enfouie sous de l'eau glaciale. Ses membres s'arcboutaient selon des angles très peu naturels.
- Ce n'est pas la vraie… C'est une copie… Nous l'avons trouvée…
Elle ne savait plus depuis combien de temps elle répétait ces quelques mots.
- Si tu ne comprends pas comme cela, peut-être vas-tu comprendre ainsi ! s'exclamait Draco d'une voix dangereuse.
Le garçon caressa ses cuisses, remontant brutalement sa main sous la jupe de la jeune fille. Il lui arracha sa chemise sans délicatesse. Les mains de la jeune fille étaient retenues en l'air par la force. Elle se sentait impuissante. Elle n'était de toute façon pas bien sûre qu'elle aurait pu tenir sur ses jambes s'il ne la retenait pas.
- Endoloris ! lança Bellatrix en même temps que le garçon la pénétrait.
Elle n'aurait su dire quelle douleur était la plus forte, ou la plus humiliante. Le pire fut les regards que les deux hommes présents posaient sur elle. Sirius et Severus affichaient un air dégouté. Et derrière tout ça, les rires de Bellatrix et de Malfoy résonnaient sans fin.
- Je vais te tuer Malfoy ! Tu rejoindras ta très chère tante en enfer !
Le rire de Malfoy se mêla à celui de sa tante, sonnant aussi fou l'un que l'autre.
- Tu ne comprendras donc jamais comment fonctionne le monde sale sang-de-bourbe ! se moquait Draco.
- Endoloris !
Hermione se replia sur elle-même en attente de la douleur. Elle ne vint pourtant pas. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle vit ses deux hommes, effondrés au sol.
- Noooon ! Pas eux ! Ils n'ont rien fait !
- Tout est de ta faute Hermione…, cria Sirius.
- Si seulement tu n'insistais pas tant pour être avec nous…, renchérissait Severus entre deux hurlements de douleur.
- On n'arrive pas à se débarrasser de toi… Un vrai pot de colle…
- Non… Non ce n'est pas vrai… Arrêtez ! pleurait Hermione.
- Hermione… Tu nous dégoûte !
- Non… Pas eux… Tuez-moi plutôt !
- Hermione !
- Tuez-moi !
- Hermione ! Réveille-toi !
La jeune fille se réveilla en sursaut. Elle se redressa dans le lit, en pleurs et en sueur, le souffle court. Elle sentit des mains s'agripper à ses bras et elle se replia sur elle-même par réflexe.
- Non…, gémit-elle.
- Hermione…, l'appela Severus d'une voix douce. Tout va bien… Tu es en sécurité.
- C'est fini Hermione… Ce n'était qu'un cauchemar…, rajouta Sirius.
Hermione croisa son regard inquiet et elle ne put s'empêcher de s'écarter instinctivement lorsqu'il avança une main qui se voulait apaisante dans sa direction. Elle se maudit intérieurement devant l'air blessé qui prit place sur le visage de l'homme mais son cauchemar était bien trop récent pour qu'elle puisse faire correctement la part des choses.
Elle avait beau savoir que c'était Sirius devant elle, et qu'il ne lui ferait jamais de mal, elle n'arrivait pas à effacer de son esprit les contours du visage de Malfoy qui partageait les mêmes yeux. Et elle se dégoûtait pour ça.
- Hermione, tout va bien, répéta Severus.
La jeune fille parcourut les alentours du regard, essayant de trouver quelque chose à quoi se raccrocher pour reprendre pied dans la réalité. Elle se laissa finalement retomber contre le lit, fixant son regard au plafond. Elle essayait de se concentrer sur sa respiration, pour ne pas paniquer davantage.
Les deux hommes la laissèrent faire sans bouger. Ils ne la quittaient pas des yeux, inquiets pour elle. Contrairement à son habitude, lorsqu'ils n'étaient qu'eux deux, Severus n'osa pas la prendre dans ses bras et Hermione ne s'y précipita pas non plus. Elle était quelque peu gênée de la présence de Sirius et de la réaction qu'elle avait eue quand il avait essayé de l'approcher.
Dès qu'elle fut suffisamment remise de son réveil difficile, Hermione se faufila jusqu'au bord du lit, évitant les regards soucieux de ses deux hommes.
- Hermione, est-ce que ça va ? demanda Sirius d'une petite voix.
- Oui, répondit-elle en se levant. Je ferai mieux d'y aller, il faut que je me prépare et puis j'ai oublié quelque chose pour un devoir en botanique.
Elle mentait effrontément. L'idée qu'ils puissent penser qu'elle regrettait la nuit passée la traversa une seconde avant qu'elle ne la repousse au loin. Ils avaient tous été très clairs sur ce qu'ils voulaient la nuit dernière, brisant une bonne partie des non-dits de leur relation.
Elle s'habilla rapidement, sentant les regards des deux hommes qui ne la quittaient pas. A son plus grand soulagement, ils n'insistèrent pas, comprenant qu'elle avait juste besoin d'un peu d'espace.
- Bonne journée ! leur lança-t-elle avec un sourire, espérant les rassurer quelque peu.
Un rapide regard dans leur direction lui confirma qu'ils étaient loin d'être dupes. Elle ne s'arrêta pas pour autant et, quelques secondes plus tard, elle émergeait dans sa chambre.
Il lui fallut plusieurs secondes de panique avant de comprendre ce qu'il se passait. Des cris et des suppliques résonnaient dans la pièce, en provenance du lit sur lequel était allongé Théodore. Le jeune homme se débattait avec les draps dans son sommeil.
Hermione réagit au quart de tour, se précipitant sur le lit au côté du garçon et le serra dans ses bras.
- Théodore… Réveille-toi, Théo, ce n'est qu'un cauchemar…
Le jeune homme se redressa brusquement dans le lit, prenant une grande inspiration. Hermione le laissa s'échapper de ses bras et elle attendit sans bouger que les ténèbres s'éloignent suffisamment de son esprit pour qu'il remarque sa présence. Cela prit plusieurs secondes avant qu'il ne se tourne vers elle.
- Hermione ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je viens de rentrer. Je t'ai réveillé.
Le garçon hocha la tête laissant son regard glisser sur la robe mal reboutonnée de la jeune fille.
- J'en conclu que tu as réglé tout ça et passé une bonne nuit.
Hermione hocha la tête sans répondre. Elle avait passé une bonne nuit en effet… Jusqu'au réveil.
- Il faut qu'on finisse cette potion, Hermione…, soupira Théo en se détournant.
- Tu veux en parler ? proposa Hermione.
Le garçon nia d'un signe de tête et elle n'insista pas. Elle comprenait parfaitement, pour avoir gardé elle-même le silence quelques minutes avant.
- On est presque à la fin de la potion. D'ici la fin de la semaine nous pourrions l'avoir terminée je pense.
Théodore hocha la tête et se leva. Hermione ne put s'empêcher de détailler le corps du brun pendant qu'il s'habillait. Il était maigre mais très agréable à regarder et elle pensa qu'elle aurait réellement pu être attirée par lui dans d'autres circonstances. Bien qu'elle ne soit pas certaine qu'un rapprochement entre eux aurait existé dans d'autres circonstances.
- Bientôt fini de me mater mademoiselle ? se moqua Théo en surprenant son regard.
Hermione lui tira la langue en retour.
- Ce n'est qu'un juste retour des choses sachant que tu fais la même chose à la première occasion !
Le garçon rit en attachant sa chemise, tirant un petit sourire à Hermione. Elle préférait le voir ainsi que tel qu'elle l'avait trouvé au réveil.
Elle fila sous la douche dès que le jeune homme fut reparti en direction des cachots.
- Il faudrait que je pose quelques affaires ici si on fait ça souvent, ça m'éviterait une promenade à l'aube dans les couloirs du château ! avait-il lancé en partant.
Le reste de la journée passa très rapidement. Hermione croisa à peine ses deux hommes. Un sourire dans leur direction le midi l'avait pourtant rassurée sur leur humeur suite à son départ précipité du matin.
Dès la fin des cours, Hermione avait retrouvé Théo dans les cachots afin de continuer leur potion. Elle espérait réellement la finir au plus vite afin de pouvoir vérifier son fonctionnement, comme elle l'avait annoncé au jeune homme le matin. Peut-être n'était-ce pas réellement une solution en soi. Mais c'était la meilleure qu'ils avaient actuellement à leur disposition.
Severus les accueillit en silence dans le laboratoire et ils se remirent à la confection de la potion avec concentration.
Trois jours plus tard, ils rajoutaient finalement le dernier ingrédient. Hermione laissa Théo mélanger pour les quatre derniers tours. Et tout à coup, ce fut prêt.
Un moment de flottement s'installa dans la pièce tandis qu'ils avaient finalement atteint le but qu'ils s'étaient fixés des semaines plus tôt. Tant de choses s'étaient passées depuis.
Tant de choses et pourtant, on a toujours aussi désespérément besoin de cette potion…, pensa amèrement Hermione. Tant de mauvaises choses…
Severus préleva une partie de la potion dans une fiole qu'il emmena un peu plus loin afin d'effectuer toutes sortes de tests dessus. Hermione et Théo se regardèrent en silence, attendant impatiemment ses conclusions. L'homme revint vers eux une dizaine de minutes plus tard.
- La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez apparemment pas créé de poison. Les effets semblent être ceux qu'ils devraient être et il n'y apparemment pas d'interaction entre les différents ingrédients ajoutés et ceux de base. Par contre, concernant les possibles effets de dépendance, je ne peux pas me prononcer sachant que nous n'avons jamais réussi à déterminer d'où ils provenaient réellement dans la version originale de la potion.
Hermione et Théo échangèrent un regard à moitié déçu.
- Des tests plus poussés et des expérimentations pourraient permettre de vérifier cela et la présence d'éventuels effets secondaires induits par cette potion.
- Comment peux-t-on tester ça, Professeur ? demanda Théodore.
- Les procédures veulent que vous enregistriez vos essais auprès du ministère afin d'avoir une autorisation de leur part pour procéder à des essais cliniques, sur des animaux d'abord puis sur des humains si la première phase est validée. Il y a pas mal de protocoles très précis sur les façons de faire et les règles à suivre.
L'homme observa les visages des deux jeunes se fermer au fur et à mesure qu'il parlait. Ils n'avaient sans doute pas conscience de tout cela en se lançant dans la fabrication de leur potion.
- Si vous avez réussi à créer une potion de sommeil sans rêve dénuée de tout effet de dépendance, vous pourriez être riches en déclarant ces essais.
- Et si on ne veut pas être riches ? demanda Théodore. J'ai de toute façon suffisamment d'argent pour vivre sur au moins trois générations, se vanta-t-il sans s'en rendre compte.
Hermione lui donna un petit coup de coude dans les côtes.
- Ce qu'il veut dire par là c'est que nous n'avons pas fait cela dans l'idée de vendre cette potion. Nous pourrions peut-être la tester sur nous-mêmes directement…
Le ton de sa voix perdit de sa contenance au fur et à mesure que le visage de Severus se fermait devant ses paroles. Il ne semblait pas apprécier que la jeune fille veuille tester une potion aux effets inconnus sur elle-même, sans aucune précaution.
- Bien sûr miss Granger, allez-y, prenez donc le risque de finir empoisonnée, dépendante, comateuse ou folle à lier comme cela. Si vous voulez mettre fin à vos jours, il y a des façons plus rapides et certainement plus agréables.
La voix de Severus était très dure. Le souvenir de la jeune fille qu'il avait retrouvée dans son bain, morte, quelques jours plus tôt à peine, flottait à la surface de son esprit sans qu'il ne parvienne à le repousser. Hermione baissa les yeux au sol. Elle n'avait pas pensé à tout ça. Elle avait simplement voulu trouver un moyen de dormir, sans avoir peur ni de ses cauchemars, ni de qui la trouverait à son réveil.
- Ce n'est pas ce que je veux, soupira Hermione.
- Vos agissements semblent pourtant montrer le contraire, gronda Severus.
Théodore ne disait rien, un peu en retrait. Il savait ce qu'il s'était passé quand Hermione avait disparue. Elle le lui avait raconté quelques jours plus tôt, après une nuit difficile pour eux deux. Pour autant, la posture de la jeune fille face au professeur lui donna envie de la protéger de la dispute qui semblait sur le point d'éclater entre les deux.
- On peut peut-être demander à Hagrid de nous prêter quelques souris pour tester la potion une semaine. Et ensuite si rien de particulier ne se passe, je la testerai moi-même comme cela Hermione n'aura pas à se mettre en danger.
- Votre attitude chevaleresque est honorable monsieur Nott mais qu'est-ce qui vous fait donc penser que je vous laisserai prendre plus de risques que miss Granger ? Vous êtes tous les deux des élèves et je ne laisserai pas mes élèves essayer ainsi des potions aux effets inconnus.
- Après toutes les recherches que nous avons faites, nous connaissons les effets de cette potion ! s'énerva Hermione. Tout ça est ridicule !
- Miss Granger, votre ton.
- Pourquoi ne pas vouloir nous laisser prendre cette potion ? De quoi avez-vous peur ? On pourra toujours dire qu'on a fait ça dans notre coin, sans mettre personne au courant si les choses tournent mal, comme cela vous n'aurez pas à avoir peur pour votre carrière ou votre réputation.
- Ma réputation est la dernière chose à laquelle je suis en train de penser. Pourquoi vouloir prendre autant de risque ?
- Comme si vous ne saviez pas pourquoi !
Hermione croisa le regard noir de Severus. Elle avait presque l'impression de voir les flammes de sa colère briller dans ses pupilles. Il ne lui fallut qu'une seconde pour sentir la connexion se faire entre leurs esprits, sans bien savoir si c'était elle ou lui qui était en train de la créer.
C'était toutefois différent des autres fois. Elle ne se sentit pas aspirée dans son esprit. Pas plus qu'elle ne le sentit pénétrer dans le sien. C'était comme si leurs volontés propres les maintenaient dans un entre-deux où ils pouvaient communiquer sans empiéter sur l'espace personnel de l'autre.
Et leur dispute se passa alors de mots tandis qu'ils s'expliquaient dans le silence de leurs esprits. Ils avaient presque l'impression de parler bien qu'ils aient tous deux consciences de ne pas bouger les lèvres. Parfois, des souvenirs volaient entre eux. Notamment celui où Severus avait retrouvé Hermione au 12 Grimmauld Place, dans la baignoire.
Théodore assistait à tout cela de l'extérieur, indécis. Il ne comprenait pas exactement ce qu'il se passait et pourtant, il sentait la magie crépiter entre eux deux. Il voyait les émotions qui traversaient leurs visages. Il percevait presque la bulle dans laquelle ils s'étaient enfermés.
C'est de la magie très puissante, pensa-t-il tandis qu'il sentait ses poils se hérisser sur ses bras.
Il avait toujours su qu'Hermione était puissante. Les émotions fortes qu'elle ressentait actuellement, et toutes les épreuves par lesquelles elle était passée, avaient-elles décuplées ses pouvoirs pour parvenir à un tel résultat ? Ou bien était-ce la connexion forte qui la reliait au professeur Snape qui leur permettait tout cela ?
Les visages des deux protagonistes étaient de plus en plus durs et il pouvait deviner sans mal la dispute qui se jouait entre eux. Avaient-ils conscience de l'étalage de magie dont ils faisaient actuellement preuve ?
Du coin de l'œil, il aperçut une larme se former au bord des yeux d'Hermione et il prit sa décision en quelques secondes. Il s'éloigna d'eux avec discrétion, bien qu'il ne fût pas sûr qu'ils l'auraient remarqué quand bien même se serait-il mis à crier. Il s'arrêta devant le chaudron qu'ils venaient de terminer et attrapa la louche disposée à côté. Il la trempa dans le chaudron et préleva une portion de liquide.
Les différents reflets qui se jouaient à la surface de la potion l'hypnotisèrent un instant avant qu'il ne se reprenne en secouant la tête. Il se tourna vers les deux autres qui n'avaient pas bougés et porta finalement la louche à sa bouche. Une seconde plus tard, il s'effondrait au sol.
Le bruit sourd de son corps entrant en collision avec le sol, cumulé au tintement de la louche qui s'échappa de ses doigts, attira finalement l'attention des deux autres.
Hermione se précipita vers le garçon et se laissa tomber au sol à ses côtés. Elle releva sa tête pour la positionner sur ses genoux.
- Théo ! Qu'est-ce que tu as encore fait ! le gronda-t-elle sans pouvoir s'en empêcher.
Severus fut à leur côté une seconde plus tard et il lança plusieurs sorts de diagnostic sur le garçon.
- Il semble qu'il soit simplement en train de dormir. Est-ce que vous comprenez maintenant à quel point c'était stupide et dangereux ?
- Ça suffit Severus, l'arrêta Hermione d'un ton sec, ne voulant pas repartir dans leur dispute tant l'inquiétude qu'elle ressentait pour son ami était grande.
Severus n'insista pas, malgré la grimace qui déforma ses traits. Hermione ne releva même pas les yeux sur lui. Elle reposa délicatement la tête du garçon au sol et se releva avant de tendre sa baguette vers lui.
- Est-ce que je peux savoir ce que vous pensez faire ? demanda Severus d'une voix froide.
- Je l'emmène dans ma chambre, pour pouvoir surveiller son état cette nuit.
Severus soupira en se passant une main sur le visage.
- Vous savez qu'il y a une infirmerie dans cette école ?
- Je ne veux pas qu'on nous pose des questions. Je ne l'y emmènerai que s'il ne se réveille pas demain matin.
Severus soupira de nouveau, las. Il avait passé l'âge pour ces bêtises. Non, même à leur âge, il n'avait pas été aussi imprudent et inconscient.
- On va l'installer dans mes appartements pour la nuit. Je serai au moins en mesure d'agir s'il fait une mauvaise réaction pendant la nuit.
- Je sais que tu n'apprécies pas son geste Severus. Je peux m'en occuper.
- Arrêtez miss Granger. Ma patience a des limites. Poussez-vous.
Hermione s'écarta sans un mot. Elle regarda d'un air prudent Severus emporter le corps de Théodore vers la cheminée et lui faire traverser en direction de ses appartements.
Elle ramassa la louche de potion dès qu'ils eurent disparu. Elle fut, un instant, tentée de copier le geste du brun avant de reposer la louche en soupirant. Autant la possibilité de dormir sans cauchemars cette nuit la tentait, autant elle n'avait pas envie de se disputer de nouveau avec Severus.
Elle s'approcha dans la foulée de la cheminée et suivit les deux hommes dans l'appartement de Severus. Ce dernier était en train d'allonger Théodore sur le canapé quand elle arriva.
- Mieux vaudrait que vous passiez la nuit dans votre chambre miss Granger. Au cas où monsieur Nott se réveillerait. Mieux vaut qu'il ne vous trouve pas ici.
Hermione soupira en s'approchant.
- Je reste.
Un regard noir de Severus la fit soupirer.
- De toute façon, il est au courant…
- Pardon ?
Hermione entendait la colère de l'homme revenir au grand galop.
- A qui d'autre avez-vous raconté tout cela ?
Severus se renfermait derrière son masque impassible, signe de la fureur qui couvait au fond de lui.
- Personne ! répondit Hermione dans la foulée, indignée qu'il imagine qu'elle ait pu dévoiler leur relation à tout va. Il a tout deviné, c'est tout.
- Deviné ? Simplement ?
- Oui Severus. Simplement deviné. C'est comme ça. Et au lieu de t'inquiéter pour tout ça, saches que tu peux le remercier parce que c'est lui qui m'a convaincue de revenir vers vous après… après tout ça…
Elle n'avait pas besoin d'être plus précise pour qu'il comprenne ce dont elle voulait parler.
- Théo est mon ami. Je reste là pour veiller sur lui. Point.
Un silence s'installa pendant quelques secondes tandis qu'ils se défiaient du regard. Résigné, Severus finit par soupirer et hocher la tête dans un mouvement raide, signe qu'il n'appréciait pas la situation pour autant.
- Pourquoi est-ce que tu voulais prendre cette potion ? demanda finalement Severus tandis que la question tournait dans son esprit depuis plusieurs minutes.
- À ton avis ? éluda Hermione.
- Est-ce que tu regrettes d'être revenue vers nous ?
Hermione le dévisagea une seconde avant de répondre.
- Non Severus, ce n'est pas ça… C'est juste que j'ai besoin de trouver un moyen pour ne plus être autant dépendante de vous deux. Je ne veux plus avoir peur de me retrouver seule.
Severus ne répondit rien en retour, pensif.
- Va manger dans la grande salle, tu pourras revenir après, lui indiqua Severus quelques minutes plus tard.
- Ce sera moins louche si je n'y vais pas. On pourra faire croire qu'on a passé la soirée ensemble avec Théo.
- N'es-tu pas fatiguée de tous ces mensonges ? demanda Severus sans pouvoir s'en empêcher.
- Ai-je un autre choix ?
- Pourquoi fait-il ça pour toi ?
- Parce qu'il y trouve son compte aussi, je suppose…
- C'est un fils de mangemort Hermione !
- Cela fait-il automatiquement de lui un mangemort ?
- J'étais là quand il a reçu sa marque, ne joue pas sur les mots Hermione.
- L'a-t-il fait de bonté de cœur ? L'as-tu entendu louer les idéologies mangemort ? N'es-tu pas le mieux placé pour comprendre que certains mangemorts n'étaient pas à leur place dans les rangs de Vol… dans ses rangs ? demanda Hermione en butant sur le nom du mage noir.
Un silence s'installa tandis que Severus ne savait que répondre. Il voulait la croire. Il voulait penser que tout cela n'était pas dangereux. Mais il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour elle. Après tout ce qu'elle avait vécu. Il avait tellement peur que quelque chose d'autre lui arrive et qu'elle ne s'en relève pas cette fois-ci. Et qu'il la perdre à tout jamais.
- Va manger dans la grande salle toi, sinon Sirius va s'inquiéter…
L'homme acquiesça et partit sans un mot supplémentaire. Hermione s'installa en boule dans un fauteuil face au canapé et elle plaça un plaid sur elle. Elle déposa sa tête contre l'accoudoir et laissa son regard fixé sur le garçon allongé face à elle, attentive à la moindre réaction.
Ce fut ainsi que Severus la trouva près d'une heure plus tard. Elle s'était finalement assoupie et il la regarda plusieurs secondes. Elle semblait tellement innocente et insouciante ainsi. Comme si toutes les horreurs du monde n'avaient plus d'emprise sur elle. Mais il savait que c'était faux. Il savait qu'elle ne tarderait pas à trembler de tout son être sous les assauts de ses cauchemars.
Il soupira et s'installa à son bureau pour corriger des copies de deuxièmes années. Comme il l'avait prévu, il entendit Hermione gémir dans son sommeil près de deux heures plus tard. Il se leva et s'approcha d'elle pour la rassurer, ce qu'il parvint à faire sans la réveiller.
Ayant compris qu'elle refuserait de quitter le chevet de son ami, il métamorphosa le fauteuil dans lequel elle était blotti en lit, prenant garde à ne pas la réveiller au passage. Il retourna ensuite à ses copies, sachant d'avance qu'il ne pourrait fermer l'œil de la nuit en les laissant tous deux seuls dans son salon.
Bonjour à tous et à toutes !
J'espère que vous allez bien et que ce chapitre vous aura plu ! J'avais complètement oublié qu'il s'arrêtait là, avec ce petit supsens concernant Théo... Et je crois que je ne vais pas pouvoir poster la suite avant mardi prochain, j'ai un planning plutôt très chargé pour les prochains jours... Si j'arrive à trouver un créneau, j'essaierai de poster avant mais je ne vous promets rien...
Quoi qu'il en soit, il se passe pas mal de choses dans ce chapitre, les choses commencent à s'arranger, le rythme s'accélère un peu (je ne passe plus deux à trois chapitres par jour xD) et ça va continuer comme ça jusqu'à la fin. Et pour tous ceux à qui Sirius manque un peu, ne vous inquiétez pas, il revient, c'est jusque que je ne pouvais pas le faire revenir avant que les choses soient mises à plat entre eux ;)
Sur ce, je remercie encore une fois tous ceux qui me laissent un petit mot et je vous souhaite à tous une bonne semaine ! :D
Et pour finir, réponse aux review guest :
Jenny : Théo est effectivement celui qui la comprend le mieux, en partie parce qu'il est lui-même hanté par son passé et aussi parce qu'elle lui a donné toutes les cartes pour. Contrairement à Harry, Ron ou Ginny à qui elle ne dévoile que de petits bouts de vérité dans une envie de les protéger et par peur que leurs regards sur elle changent. Merci pour ta review et j'espère que ce chapitre t'aura plu !
