J'ai adoré écrire ce texte-là ! En vous souhaitant une bonne lecture !
Nuit classique du 25 juillet 2020, Thème écrit 20h.
Projet(s)
Arthur
Premières fois
La première fois qu'il avait vu Molly Prewett, il avait commencé à faire des projets.
La première fois qu'il l'avait vue ! Pas la première fois qu'il lui avait parlé, pas non plus la première fois qu'ils étaient devenus amis, et encore moins lors de leur premier baiser, des années plus tard… Non ! Il n'avait eu qu'à poser les yeux sur elle et dans sa tête de gosse fleurissaient déjà mille ébauches de ce que deviendrait sa vie, ou plutôt de ce que deviendrait leur vie. Il ne manquait plus qu'elle soit du même avis.
La première fois qu'il avait vu Molly Prewett, c'était durant la Répartition de septembre 1961. À onze ans, on sait rarement ce que l'on veut faire de sa vie, pourtant le petit Arthur savait. Il savait pertinemment, depuis qu'il avait vu cette minuscule fillette aux cheveux roux et hirsutes s'extirper de la foule d'élèves pour aller s'asseoir sur l'inconfortable tabouret de bois, qu'il ne pourrait jamais plus se passer d'elle. Qu'il ne pourrait jamais plus se projeter sans penser à la place qu'elle occuperait nécessairement dans un de ses nombreux plans d'avenir.
Il pourrait devenir… briseur de sorts, dresseur de dragons, garagiste chez les Moldus, Médicomage, vendeur de glaces sur le Chemin de Traverse, vendeur de glaces à Piccadilly Circus, secrétaire, scientifique de renom, auteur raté ou même à succès, journaliste à la Gazette, chanteur de variété, joueur de Quidditch, joueur de football ou de rugby – à sept ou à quinze ! – ou même peut-être Ministre de la Magie… mais jamais sans elle. Les chauves-furies dans le ventre ne trompaient pas.
« Prewett » avait atterri chez Gryffondor, tandis que « Weasley » attendait encore son tour. C'était sans doute le moment le plus long de son existence : serait-il assez courageux pour la rejoindre chez les Rouge et Or ?
La première fois qu'il avait parlé à Molly Prewett, elle lui avait hurlé dessus, en chœur avec l'ensemble de la salle commune : il bloquait le portrait de la Grosse Dame pour lui demander d'où elle venait. Il ne sut pas, pendant longtemps, d'où elle venait. Mais il savait où elle irait. Parce qu'elle était dans tous ses projets, ça ne pouvait pas être autrement, pas vrai ?
La première fois qu'elle lui avoua d'où elle venait, il ne le lui avait pas demandé. Elle était venue, toute seule, s'approcher de lui pendant ses séances de révision à la Bibliothèque, pour… s'excuser. Cela semblait lui tenir à cœur, même si Arthur ne lui en voulait pas. Elle avait… parlé, parlé, parlé… Arthur lui avait répondu qu'ils auraient tout le temps de parler, et elle avait rougi. Molly Prewett ne rougissait jamais. À treize ans, elle avait mis pour la première fois de côté sa fierté. Pour lui. Enfin, pour eux.
La première fois qu'il s'étaient embrassés, c'était comme la millième fois. Passionné. Tendre. Évident. Le temps n'avait plus d'importance, il n'y avait plus de place que pour les sourires, que pour les étreintes, que pour leur avenir à deux.
Précipités par la guerre, par la peur, et par Bill un peu, ils s'étaient mariés.
La première fois qu'il avait vu Molly Weasley, sa Molly, porter son nom, c'était le plus beau jour de sa vie. Il lui avait proposé de porter le sien, si elle préférait. Parce que tout ce qui importait, c'était elle. Il aimait tellement son nom. Il aurait été si fier de le porter !
La première fois qu'il avait dit adieu à Molly Prewett, c'était à la mort de Fabian et Gideon. Ils ne s'y étaient pas attendus. Ils l'avaient bien sûr mille fois envisagé, dans leurs pires cauchemars, mais cela était brusquement devenu réalité. Le monde s'était effondré autour d'elle. Le monde s'était effondré autour d'eux, et leur petite dernière n'avait encore que quelques mois. Rien ne comptait plus pour eux désormais que leurs sept enfants chéris.
La première fois qu'il perdit un enfant, Molly ne comptait plus. Seuls Fred et sa douleur lui importaient. Son fils revenait en songes, sans cesse, chaque nuit. Et dans sa tête, il ne faisait que penser : « comment a-t-on pu arracher à quelqu'un toute une vie de projets ? ».
La première fois qu'il avait vu Molly Celestina, sa Molly, sa petite-fille chérie, dans les bras de son Percy, il avait fondu en larmes. À son âge, après deux guerres et plus de sept petits-enfants, il n'avait plus franchement de projets. Il avait sans doute réalisé tout ce qui aurait pu le combler. C'était à leur tour, maintenant, de bâtir leur vie.
La première fois que Molly se leva sans Arthur, ça lui fit tout drôle.
Elle n'avait jamais envisagé sa vie sans lui. Pas un jour depuis qu'il avait obstrué par maladresse l'entrée de leur salle commune, rien que pour lui parler, elle ne s'était projetée sans lui.
