Hans me berçait en me caressant le dos. Je finis par m'endormir le visage crispé par les larmes. Quand je rouvris les yeux, le soleil était déjà bien haut dans le ciel. Elsa nous avait rejoints et logeait dans les bras de Mamie. Elle me fixait du regard cherchant à obtenir mon attention. Je tournai la tête complètement distante et me l'enfouis plutôt dans le creux du cou de mon beau prince. Sa respiration était lente tandis qu'il dormait la bouche ouverte. Je la lui refermai gentiment et observai le devant du trajet. Mes proches se rendormirent. Kristoff faisait claquer les rennes. Pas une cerne ne siégeait sous ses beaux yeux noisette, le soleil reluisait sur ses cheveux mordorés… Non voyons Anna ! Il n'était plus pour toi !
-Nous sommes bientôt arrivés ! M'indiqua-t-il pressentant que je l'observais.
-Et alors ? Répliquai-je agacée.
Il soupira.
-Vous êtes décidément trop égoïste pour que je vous raconte le nombre de fois où j'ai séché les larmes d'Elsa au cours de cette dernière semaine, dit-il d'une voix froide.
Je ne répondis rien et jetai un coup d'œil à ma sœur. Je n'arrivai pas à savoir envers qui j'avais le plus de rancœur : Elle ou Mamie.
-Elle vous aime Anna… Même s'il y a eu cette dispute. Elle vous a pardonné de l'erreur que vous avez commise.
-Quand comptez-vous mettre mes parents au courant pour votre enfant ? Parvins-je à articuler même si cela me faisait drôle.
Kristoff blanchit et je sus immédiatement qu'il n'y avait pas réfléchi.
-Vous allez peut être vous en charger puisque vous aimez bien semer la zizanie, maugréa-t-il… Il y a une chose que vous devez comprendre ce n'est pas un jeu. Quand votre tour viendra, aimeriez-vous que quelqu'un se charge de le dire pour vous ? Imaginez-vous un seul instant dans notre situation.
-Croyez ce que vous voulez, rétorquai-je avec hargne, il fallait y penser avant de faire tomber le barrage.
En réalité j'avais peur de comment toute cette histoire allait finir. Père était sanguin. Je ne voulais pas qu'il leur fasse du mal.
-Pardonnez-moi Anna, déclara-t-il en comprenant qu'il était allé trop loin. Nous sommes tous fatigués.
Je ne répondis rien et observai l'horizon. Nous pouvions voir les premiers pavés d'Arendelle. Hans choisit ce moment-là pour se réveiller.
-Sommes-nous arrivés ? Demanda-t-il en m'embrassant le front.
-Bientôt, murmurai-je.
-Tu as réussi à dormir un peu quand même ?
J'hochai la tête. Nous traversâmes le village dans le silence de l'aube. Plus nous nous approchions du château plus mes intestins se resserraient à l'idée d'avoir une nouvelle confrontation parentale. Hans me rapprocha de lui. Son teint était pâle aussi. Il allait sans doute se faire réprimander par ses vrais parents… Pourtant il me cacha son stress par un faible sourire. Nous nous serrâmes la main alors que le traineau était presque arrivé devant les écuries.
Il s'arrêta alors que je me sentais de plus en plus mal.
-Descendez ! Ordonna Kristoff qui commençait déjà à dételer les bêtes pour les mener vers les écuries.
Je n'en avais aucune envie. Contre toute attente mon beau prince me porta pour me déposer rapidement au sol. Il enjamba à son tour le moyen de locomotion. Le montagnard revint à ce moment-là et réveilla Elsa et Mamie. Elles nous rejoignirent au sol.
-Allez-y pendant que je vais ranger le traineau, dit-il.
Ma sœur acquiesça. Sans nous jeter un regard, elle et Grand-Mère ouvrirent la marche. Malgré tout, mon aïeule et moi étions connectées. Mais nos auras étaient décimées par la tension. Les minutes qui nous amenèrent jusque dans la cour du château semblèrent des heures. A chaque pas j'avais l'impression que la terre tremblait. Hans n'avait aucune réaction. Nous nous redressâmes fièrement alors que Kay et Gerda venaient à notre rencontre.
-Seigneur ! Les voilà enfin ! S'exclama la domestique.
Ils accoururent, ne laissèrent rien transparaître, nous encadrèrent fermement par les épaules et nous amenèrent dans le couloir de la mort. Nous arrivâmes enfin dans la grande salle où se tenaient Père et Mère assoupis sur les trônes, dans les bras l'un de l'autre. Hans et moi retînmes notre respiration. Nos mains étaient moites. Nos cœurs battaient à cent à l'heure. Si seulement nous pouvions nous réveiller remplis d'amour dans notre petite maison de Kraberg !
Mais il n'en était rien. Kay se racla la gorge pour réveiller nos parents. Ce fut l'ultimatum. Je manquai de faire une crise cardiaque au moment où ils ouvrirent les yeux.
-Ses altesses royales les princesses Anna et Elsa d'Arendelle, le prince Hans d'Arendelle et Madame Anna Picéaerd ! Annonça le majordome.
Ma gorge était sèche. Contre toute attente mes parents ne nous sautèrent pas dessus de suite.
-Souhaitez-vous que j'aille réveiller le roi Wilhelm et la reine Alix des îles du Sud ? Reprit Kay.
-Oui ! Et apportez-nous le petit déjeuner dans le même temps ! Ordonna Père d'une voix froide.
Elle allait arriver. La gifle. Je le savais. Je déglutis difficilement mais ne m'arquai pas sous le poids de la honte. Les regards que me lançaient mes parents étaient mille fois plus horribles.
-Merci de me les avoir ramenés Mère ! Finit par dire Maman.
Ce fut à mon tour de lancer des éclairs à ma chère Grand-Mère. La colère me parcourut à nouveau l'échine.
-Je t'en prie Iduna, dit-elle d'une voix qui me glaça le sang.
Maman se rua immédiatement vers nous. Elle enlaça brièvement Hans, puis me sépara de lui. Elle m'observa longuement et je pus voir une succession d'émotions sur son visage : la peur, la joie, la tristesse, le soulagement. Ses yeux s'embuèrent. La suite se passa à la fois très vite et très doucement. Je vis la main se lever et s'abattre sur ma joue de manière cuisante. La seconde d'après j'étais bloquée dans ses bras. Son visage était enfoui dans ma poitrine en pleurs. Je me sentis vraiment mal. J'étais envahie par la culpabilité face à la détresse de Maman.
-Quand je pense que j'ai failli te perdre, ne cessait-elle de répéter en pleurant.
Je lui frottai alors vigoureusement le dos, n'arrivant pas à lui dire que j'étais désolée. Le fait était là, je ne regrettais rien.
-Vois le spectacle que tu nous infliges Anna ! Déclara Père avec froideur.
Mère se retourna alors furieusement vers lui et lui cria :
-Oh toi tais-toi ! Tu en as assez fait ! Car si c'est de la faute d'Anna tu en es tout aussi responsable à la différence près qu'elle a 16 ans !
Mon Père la regarda choqué, mais ne répondit rien. Mes yeux se durcirent et j'eus envie de repartir. Elle se remit à pleurer dans mes bras.
-Peut-être ne suis-je pas la seule à blâmer depuis ces dernières semaines ! Réitérai-je sur un ton dur. N'oubliez pas Père que j'étais dans cet état il n'y a pas deux semaines quand vous avez décidé de détruire la pièce secrète, et vous n'avez pas daigné venir m'entourer avec affection !
Il m'inspecta alors, puis dévisagea ma Mère.
-Un acte qui est désormais révolu ! Renchérit-il alors que je continuais de lui lancer des éclairs.
Elle s'était arrêtée de pleurer. Elle me passa son châle Northuldra autour des épaules et répéta à Elsa et Grand-Mère :
-Merci de me l'avoir ramenée.
Mamie Anna acquiesça, Elsa resta impassible. Kristoff arriva à ce moment-là.
-La séance que nous allons effectuer ne vous concerne pas Monsieur Bjorgman vous pouvez vous retirer dans vos appartements ! S'exclama Papa.
-Puis-je également Père ? S'écria ma sœur, j'ai accompli ce que vous vouliez.
-Oui tu peux ! Mais Gerda reste avec toi pour que vous ne fricotiez pas tous les deux, conclut-il.
Ma sœur et le montagnard partirent alors sans demander leurs restes. Kay choisit ce moment pour revenir avec les vrais parents d'Hans et le petit déjeuner qu'il alla déposer à une table mise spécialement pour l'occasion. Il n'y aurait sans doute pas de plaintes aujourd'hui. Mais cet intermède n'était qu'un prétexte pour pouvoir être plus à même de parler calmement. Ce qui n'était pas gagné étant donné la tension qui était en train de régner dans la pièce.
Ce fut Wilhelm le Père de mon beau prince qui ouvrit les hostilités :
-Je vois que d'avoir été adopté ne t'as pas donné du plomb dans la tête. Tu t'es laissé faire par les beaux yeux d'une jeune fille et tu l'as suivi. Au lieu de lui dire que c'était un acte totalement insensé.
-C'est précisément pour vous éviter ce genre de remarques de votre part, que j'ai préféré partir, dit-il hargneusement.
Wilhelm attrapa alors Hans par les épaules et le força à le regarder dans les yeux.
-Tu n'auras jamais de prestige pour être un bon roi, un bel homme. Tu es faible… Faible comme une fille, vous vous êtes bien trouvés tous les deux.
-Votre méchanceté ne m'atteint plus Père, d'ailleurs je ne sais pas pourquoi je vous appelle encore ainsi, vous êtes quelqu'un de fourbe ! De couard ! De frip…
Hans ne put pas achever sa phrase. Le soufflet que lui envoya le roi le mit directement au sol. Il y eut un instant de silence puis son Père se mit à rire avec méprise. Un rire qui faillit me faire vomir. Je m'apprêtai à prendre le bras de mon beau prince mais Maman me retint à temps. La colère et l'humiliation se lurent de plus en plus dans les yeux d'Hans qui finit par se relever d'un coup et hurla :
-ESPECE DE SALAUD !
Il se rua alors sur son père et le plaqua à son tour au sol. Le roi surpris ne réussit pas à avoir le dessus. Il tentait de se relever mais Hans avait plaqué son bras sous son cou. Sa tête devenait de plus en plus blanche.
-Mon fils arrête ! Cria Père qui pourtant ne voulut pas intervenir.
Mais rien n'y faisait. Mon beau prince crachait enfin à la figure toute la haine et la peine qu'il avait pu ressentir au cours de sa courte existence dans les îles du Sud. La reine Alix se signa. Maman et Mamie avaient reculé me forçant à faire de même.
-Que…Dieu…Maudisse…Le…Jour…Où…Tu…Es…Venu…Au…Monde, hoqueta le roi dont le cou devenait de plus en plus bleu.
Les agissements de mon beau prince me faisaient de plus en plus peur. Je décidai enfin de réagir :
-Hans je t'en supplie arrête ! S'il te plaît ! Criai-je.
Il tourna aussitôt son regard en comprenant que c'était moi qui venais de parler. Il desserra enfin ses mains et son Père reprit des couleurs. Il les regarda puis vit mon regard. Il pouvait y lire de l'horreur.
-Pardon Anna, murmura-t-il.
Il voulut m'approcher. Je reculai instinctivement m'entourant les épaules pour me réfugier. Papa vint alors vers Hans et le força à se rassoir tout en lui envoyant une tapette sur la tête.
-J'aimerais que nous ayons une conversation d'adultes et non que nous déclenchions une nouvelle guerre ! S'écria-t-il.
-Et moi j'aimerais savoir ce qu'elle fait ici ?! Demandai-je en montrant Mamie. Quand je suis partie nous ne devions plus jamais nous croiser. Alors Père ?!
Je l'affrontai du regard. Je pus y lire de la détresse… Et du soulagement… Cela se pouvait-il qu'il soit content de me revoir ?!
-Je me charge des explications, dit Mère en me dévisageant toujours avec amour. Quand nous nous sommes rendus compte que vous étiez partis, nous vous avons cherché partout dans les environs. Le roi Agnarr a pensé que vous étiez allés vous réfugier dans la Forêt Northuldra. Nous avons ratissé tout Arendelle. Vous n'imaginez pas l'angoisse que vous nous avez procurée ! Cette fuite m'a également ramenée plus de 20 ans en arrière. Et je m'en suis tellement voulue d'avoir infligée ça à Mamie. J'ai pu ressentir, le sentiment de culpabilité et de terreur avec lequel elle avait dû vivre tous les jours avec l'idée qu'elle ne verrait plus jamais la chaire de sa chaire. C'est donc moi qui ai eu l'idée de l'appeler pour pouvoir vous retrouver puisque les recherches des gardes n'avaient abouti à rien. Au début elle n'a pas voulu. Elle savait que si elle faisait ça, elle perdrait ta confiance Anna. Mais finalement, elle a préféré écarter ce point car elle ne voulait pas que ce qu'elle avait enduré se reproduise avec moi.
-C'est donc toi qui lui as soufflé les voyages astraux ? Questionnai-je.
-Tout à fait ma chérie, sourit Maman. Ton Père a accepté ce procédé avec scepticisme, mais il a finalement marché. Et vous voilà à la maison. Je suis si heureuse, si soulagée. Je t'aime ma chérie, tu ne sais pas à quel point tu es précieuse à mes yeux. Je t'ai vu naître, t'ai élevé, t'ai aidé à devenir une jolie et intelligente jeune fille. Je ne me serais jamais remise de ta perte. De votre perte, souligna-t-elle à l'adresse d'Hans.
Maman m'embrassa le front. J'observai Mamie qui souriait et pleurait en même temps sous cette scène un peu trop démonstrative. Une larme coula le long de ma joue alors que je buvais son explication. Comment avais-je pu être aussi sotte une fois de plus ? Père était le seul coupable et je lui avais donné raison en m'enfuyant. J'avais été égoïste envers ma famille…
Je me levai alors vers Grand-Mère qui se redressa.
-Est-ce que tu es prête à reprendre tes leçons de chamanisme ? Me demanda-t-elle en m'essuyant mes larmes.
Je me tournai vers Père et le regardai avec des yeux plus durs.
-Uniquement pour des raisons économiques ! Grogna-t-il… J'ai… J'ai reçu des lettres des dignitaires étrangers qui étaient là à vos fiançailles et qui ont beaucoup été impressionnés par votre prestation. Tout le monde ne parle plus que de vos exploits dans tous les royaumes. Des dignitaires curieux souhaitent venir assister à vos « spectacles » …
-Donc tu ne m'empêcheras plus jamais de revoir Mamie ?! Le coupai-je. Je peux continuer mes leçons pour toujours ?
-Ne m'oblige pas à le répéter ! Rugit-il.
Je tombai finalement dans les bras de ma Grand-Mère. Elle était sage et arrivait toujours à faire les bons choix. Si j'arrivais à atteindre son âge un jour, j'espérais devenir aussi philosophe qu'elle.
-Je te pardonne, murmurai-je.
-J'avais compris ma chérie, rit-elle.
-Tout cela est très touchant bien sûr, reprit la reine Alix qui avait pris soin de se placer entre Hans et son Père, mais qu'en est-il de sa future place d'épouse ?
Je me raidis immédiatement en entendant son commentaire.
-Anna est tout à fait capable de faire les deux en même temps, Madame, souligna Hans.
-Au vu de ce qui s'est passé dernièrement, permettez-moi d'en douter ! Répliqua-t-elle d'une voix dure.
Je la fusillai du regard.
-De quoi vous plaignez vous Altesse ? Demandai-je en me détachant de Mamie, Oui ? De quoi vous plaignez vous ? Hans et moi avons vécu au milieu de nos sujets ! J'ai connu la vie qu'ils endurent tous les jours ! Oh bien sûr ! Beaucoup moins que mon futur mari ! C'est lui qui était en première ligne ! Vous savez ce qu'ils font dans cette mine tous ces pauvres hommes ?! Ils y pourrissent ! Ils se lèvent le matin avec une chance sur deux qu'ils ne reviennent pas le soir ! Ils courent leurs vies chaque jour pour subvenir aux besoins de leurs familles ! Malgré tout c'est une communauté unie ! Ils ont du temps libre une fois par semaine où ils peuvent se reposer quand vous, vous pouvez vous lever à pas d'heures avec votre vie de château ! Et vous ? Vous ! Vous vous interrogez sur vos passe-temps de souveraine ! Tous les repas préparés pour vous ! Vous ne vous êtes jamais occupés de vos enfants les nourrices s'en sont chargées ! En plus de cela ce n'est pas comme si votre royaume était le plus connu de tous comme c'est le cas pour la France ou l'Angleterre ! Vous ! Vous vous plaignez sans cesse, de votre fils, de votre travail de reine. Certes il est difficile mais quand vous n'avez pas de guerre à régler, il ne reste que les plaintes des pauvres !
Le regard de Papa me dévisageait sous un autre jour. Celui de l'acquiescement, même si cela l'agaçait.
-Vous ne savez pas où est votre place jeune fille ! Rétorqua la reine outrée.
-Détrompez-vous ! Je sais parfaitement où est ma place ! D'ailleurs Père ! Le concessionnaire de la ville de Kraberg nous attend.
-Nous ? S'étonna-t-il décontenancé.
-Oui ! Elsa m'a dit que tu allais y passer si nous revenions. Pour être honnête je suis revenue uniquement pour ça.
-Mais…Mais…C'est…Que…Nous devons parler des préparatifs de votre mariage, s'embrouilla Père.
Je le fusillai du regard et rebombai le torse.
-Et donc tu es encore prêt à ne pas tenir parole ?! Fulminai-je.
-Non, non, ce n'est pas ça… Et puis d'abord ! Tu vas redescendre d'un ton avec moi !
-Alors on y va Père ? Demandai-je non offusquée par sa menace.
Il ne répondit pas et continua de m'observer d'une manière choquée. Puis un sourire sadique s'afficha enfin sur son visage.
-Ma fille a enfin du plomb dans la tête ! Tout n'est pas perdu. Puisque tu tiens tellement à t'occuper de cette ville, je t'en laisse l'entière charge.
-Agnarr tu n'es pas sérieux… S'offusqua Maman.
-Si Iduna ! Il n'y a pas de meilleure façon d'apprendre que d'être jeté dans le grand bain ! Anna et moi allons recevoir personnellement Monsieur Ludwig.
-Mais je croyais que nous allions là-bas avec l'armée… Commençai-je en me rappelant des paroles du concessionnaire.
-Bien sûr que non ! S'exclama Père. Pourquoi l'armée s'embêterait-elle à se rendre sur place ?! Non, je lui ai précisé que c'était à lui de se déplacer au château aujourd'hui pour 10h.
-Mais c'est bientôt ! M'exclamai-je.
-Peut-être pourrions-nous rappeler aux deux personnes concernées les modalités du mariage qui se profile à la fin du mois en attendant ! Grinça le roi Wilhelm en observant Hans avec hargne.
-Bien sûr, mon cher, bien sûr !
Je fis une œillade à Mamie Anna qui se retira dans ses appartements. Kay arriva alors pour débarrasser la table et la nettoyer.
-Bien ! A nous ! Dit Père, voici donc 3 décrets pour votre mariage.
Il déposa le premier.
-Celui-là concerne les biens qui appartiennent au couple, pour faire simple Hans hérite de tout ce que tu possèdes Anna si jamais tu décèdes avant lui. Mais ce choix est équivoque dans l'autre cas. Si vous décédez tous les deux, la succession va à l'héritier suivant dans la liste de la lignée c'est-à-dire Elsa, et uniquement Elsa pour son cas.
J'encaissai sa dernière remarque mal à l'aise. Vint ensuite le deuxième décret.
-Celui-là concerne plus Hans, précisa Papa. Il stipule son irradiation des îles du Sud. Concrètement quand le jour du mariage arrivera, Hans sera officiellement un homme d'Arendelle et son adoption sera officiellement prise en compte.
J'observai mon bel amant. Il afficha un sourire serein en entendant les paroles. Père nous expliqua enfin le troisième décret.
-Celui-là est plus de l'ordre des traditions. Il évoque la manière dont va se dérouler le mariage. Vous avez par exemple l'idée que les futurs mariés ne doivent pas se voir avant le jour J pour préserver l'arrivée devant l'Eglise ou encore qu'après la fête il doit y avoir des témoins pour vérifier la consommation. Enfin…Comme je savais que ça ferait plaisir à la princesse Anna et à la reine Iduna, j'adhère également à une bénédiction d'ordre inconnu pour l'instant de la part de la Grand-Mère de la mariée.
Je fus touchée par cette intention qui me surprit tout de même après tout ce qui s'était passé au cours des derniers mois. Il y eut un court silence puis Père reprit :
-Est-ce que j'ai été assez clair pour tout le monde ?
-Oui, répondirent nos voix à l'unisson.
-Parfait. Les papiers seront signés le jour du mariage c'est-à-dire dans 15 jours.
Tout semblait revenir dans l'ordre. Puis la reine Alix se mit à sourire :
-Moi j'avais quand même une question. Je ne doute pas des sentiments que votre fille a pour Hans. Mais à la base cela devait être dans deux ans, pour qu'ils aient un peu plus de maturité. Passer de deux ans à un mois c'est inventif !
Mon beau prince et moi faillîmes nous étrangler. Evidemment que le reste du monde allait se poser la question !
-Il me semble que c'est vous qui nous avez pressé pour vous débarrasser de votre fils, intima Maman. Cela va bientôt être chose faite.
-Je comprends tout à fait, néanmoins cette précipitation ne cacherait-elle pas autre chose, insista la reine.
Hans et moi rougîmes en même temps tandis que je voyais mes parents essayer de rétablir la situation. Mais devant la lenteur de l'action, le roi Wilhelm comprit et il repartit dans un rire sarcastique.
-Ainsi ma chère femme ! Nous avons tout de même réussi au moins une chose avec notre rejeton : Il sait manier sa lame avec finesse !
-Taisez-vous ! S'égosilla Hans alors que je devins blanche.
- Oh il n'y a pas de honte à avoir mon garçon ! Et tu verras sitôt que tu as goûté à cette chose-là tu ne pourras plus t'en passer ! Que ce soit avec ta femme ou avec d'autres d'ailleurs !
-Je ne suis pas comme vous, dit mon beau prince entre ses dents.
-Ce que ton Père dit est donc vrai ! S'exclama la reine Alix.
-Il se pourrait que vous ne pouponniez plus tôt que prévu ma chère ! S'écria encore le vil roi.
J'explosai intérieurement avant de me redresser :
-Jamais Monsieur, vous m'entendez ! Jamais de la vie les enfants que nous aurons ne vous rencontreront ! Ni vous ! Ni madame ! Vous ne souhaitez plus avoir Hans parmi vos fils, le décret de Père est très clair à ce sujet. Votre vœu va être exaucé.
Fière de ma prestation, nous nous regardâmes avec amour alors qu'un puissant silence s'installa dans la pièce. Ce fut Père qui le brisa :
-Bien…Anna il est temps d'aller voir le concessionnaire.
-Oui ! M'exclamai-je.
Mon beau prince vint également avec nous en guise de témoin. Je laissai les autres dans la pièce et le suivis jusqu'à la petite salle du conseil. Les spécialistes de l'économie et du social nous y attendaient. Il y avait également Olson. Kay nous annonça :
-Ses Majestés le roi Agnarr, la princesse Anna d'Arendelle et le prince Hans d'Arendelle.
Monsieur Ludwig se tenait là non rassuré. Il fit une révérence et inspecta enfin Hans avec des yeux d'horreur.
-V…Vo…Vous, bégaya-t-il. Mais je ne comprends pas…
-Asseyez-vous donc mon brave, ma fille va se charger de tout vous expliquer.
-Votre…Votre fille ? Répéta-t-il comme s'il était sur le point de perdre sa langue.
Nous nous attablâmes et je lui décrivis toute l'histoire sous l'oreille attentive de Père et mon amant. Les émotions du concessionnaire passèrent de la gêne à la colère puis au soulagement. Il réalisa peu à peu que ma fuite d'adolescente juvénile allait devenir une chance pour lui. Quand mon récit fut terminé, le concessionnaire osa demander :
-Merci pour votre histoire. Mais du coup qu'en est-il pour nous maintenant ? Comme vous l'avez si bien dit, il y a eu cet accident de Grisou qui a encore causé des dommages collatéraux énorme. Nous sommes une population solidaire mais très pauvre. Et on sait comment ça se termine dans ses cas-là ! Soit les gens vont d'autres villes, soit ils deviennent malfamés comme c'est le cas à Arnevick.
-Princesse Anna, c'est à vous de répondre, suggéra Papa en toute confiance.
Nous nous observâmes du regard.
-Eh bien tout d'abord pour les dégâts des travaux nous allons débloquer 10 000 couronnes et subvenir à vos besoins. Je me charge également de vous donner 500 couronnes de ma caisse personnelle pour faire avancer la médecine et l'éducation.
Père tourna de l'œil mais ne répliqua rien.
-Concernant votre sécurité qui est primordiale, nous nous chargerons en accord avec votre banque de mettre en place une rente qui sera une assurance vie en cas de décès prématuré. Ainsi les familles ne manqueront pas d'argent. Enfin, si vous avez un quelconque problème qui soit de l'ordre du social, de l'économie ou encore de la politique, je me chargerai personnellement de répondre à vos attentes et de vous protéger.
-Vous allez devenir la marraine de notre ville ? Demanda Ludwig comme s'il n'avait pas compris.
-C'est précisément cela. Je vais devenir votre syndicat, votre avocat en quelque sorte, ça vient du grec ancien sùndikos, « avec just…
Père se racla la gorge pour montrer que le concessionnaire n'en avait rien à faire.
-Excusez-moi, me repris-je… Est-ce que notre arrangement vous convient ?
Ludwig retrouva le sourire.
-C'est plus que toutes mes espérances Majesté.
J'observai Père pour savoir si j'avais bien agi. Il semblait satisfait.
-Prince Hans préparez les décrets, je me charge d'aller chercher la somme soumise par la princesse Anna, déclara-t-il.
Mon bel amant s'exécuta d'un air concentré et digne. Il signa à la fin puis me passa la feuille. Je fis de même, dans une explosion de joie. Enfin j'avais des responsabilités ! Enfin j'avais tenu tête à Père pour de la bonne cause ! Je me sentais tellement utile pour ces personnes. Je remerciai intérieurement Mamie pour les voyages astraux. Je remerciai intérieurement Maman pour être allée la chercher. Enfin je remerciai intérieurement ma sœur de nous avoir trouvés. Père finit par revenir et lui donna une grosse bourse d'argent.
-Merci encore pour tout, conclut le concessionnaire en faisant une révérence confuse.
-Je me déplacerai le mois prochain pour voir votre évolution ! M'écriai-je.
Monsieur Ludwig sourit et s'en alla. Nous restâmes un peu dans la pièce et Père déclara d'une voix neutre :
-Pour une première leçon ce n'était pas si mal.
-C'est vrai ? M'écriai-je car je pouvais enfin lire de la fierté dans ses yeux.
-Le roi te dit que non, car si tu laisses autant d'argent à tous tes sujets tu seras ruinée au bout de 6 mois.
Et mince…Mais alors pourquoi me laissait-il faire dans ce cas ?! J'eus la réponse dans la seconde.
-Mais le père te dit oui car au final c'était ta première décision à prendre sans que j'intervienne, et je ne voulais pas te contredire pour tes choix si généreux. Je les ai eus au même âge.
Il me tapota gentiment les cheveux et ce geste qui me réchauffa le cœur, eut tôt fait de me ramener dans mon enfance.
-Nous allons pouvoir aller de l'avant, conclut-il. A présent Hans viens avec moi, Anna va voir ta Mère maintenant, elle t'attend dans ta chambre pour vos affaires de femmes.
Je m'exécutai. Quand j'arrivais dans mes appartements, elle était assise sur le lit.
-Tu demandais à me voir Mère ? M'étonnai-je.
-Oui ma chérie, par rapport à notre petit calcul de menstruation de la dernière fois.
-Oh ça… Dis-je en rougissant.
-Tu n'as pas de honte à avoir ma chérie, je te fais confiance ! S'exclama-t-elle, je préfère juste te le demander en privé car je trouve que c'est plus intime pour nous.
-Je comprends.
-Alors est-ce que tu as saigné dernièrement ou est-ce que tu as du retard ? Demanda-t-elle tout simplement.
Je me mordis la lèvre, me sentant sale et honteuse.
-Elles sont arrivés cette nuit, murmurai-je, avec le chamboulement du retour à la normale, elles ne pouvaient qu'être là.
Le sourire de Maman se détendit immédiatement. Puis elle prit mon visage dans ses mains.
-Je suis soulagée que tu ne deviennes pas Mère maintenant, dit-elle, cela clouera le bec aux épouvantables parents d'Hans. Il a bien de la chance de t'avoir. Un problème à la fois. Il va falloir doubler d'inventivité et de patience pour amener la grossesse d'Elsa.
J'acquiesçai ses paroles, les yeux embués.
-Courage ma chérie, une fois ton mariage fait, tu pourras être libre, conclut-elle.
Nous hochâmes la tête d'un commun accord et allâmes rejoindre les autres.
Les quinze jours qui suivirent passèrent alors très vite malgré la cohabitation avec les parents d'Hans qui s'avoua un véritable calvaire. Entre les remarques misogynes et les piques sanglants à chaque repas je ne savais plus comment faire pour ne pas que mon beau prince les tuent pour de bon. Heureusement nous passâmes le plus clair de notre temps avec Mamie qui continuait de m'apprendre le chamanisme dans…La pièce de la bibliothèque que Maman avait réajusté juste après mon départ au grand désarroi de Père. Notre relation avec Elsa et Kristoff se radoucit mais nous ne retrouvâmes pas notre complicité d'antan. Je n'arrivai plus à me confier à ma sœur préférant le faire avec Mamie Anna qui me disait souvent de lui pardonner car elle était préoccupée par le problème de la grossesse qui était de plus en plus visible.
Malgré tout, nous y arrivâmes enfin. A la veille du mariage dont j'avais entendu parler depuis près d'un an maintenant. Mon excitation était à son comble alors que j'étais prête à aller me coucher sans la présence d'Hans comme le voulait la tradition. Je m'installai alors mi-assise pour palier une nouvelle nausée qui était en train de remonter à cause de l'angoisse quand Mamie Anna entra dans la chambre accompagnée d'Elsa en pleurs.
-Que se passe-t-il ?! M'écriai-je.
-Agnarr est au courant pour le bébé, répondit Mamie.
Je n'avais pas envie de poser la question. Et pourtant je m'y risquai :
-Comment ça se fait ? Et qu'a-t-il dit ?
Les larmes se faisaient de plus en plus violentes dans les yeux de ma sœur. Elle fut incapable de répondre, se détacha de Mamie et me tomba dans les bras. Grand-Mère répliqua pour elle :
-Cela a échappé à ta Mère alors qu'elle et ton Père s'apprêtaient à aller se coucher. Furieux ce dernier a débarqué dans la chambre d'Elsa… Et la trouvé avec le montagnard. Il a fait emprisonner Kristoff et a frappé ta sœur. Quand je suis venue la récupérer, il envoyait une missive pour faire en sorte de déplacer Kristoff dans un pays voisin pour qu'il devienne livreur officiel de cet autre royaume, ce qui est une manière déguisé de le bannir. Quant à Elsa, il veut qu'elle aille voir les faiseuses d'anges. La grossesse n'étant pas trop développée, l'embryon peut encore partir.
Je blanchis immédiatement.
-Je ne comprends pas que Maman le laisse dire et faire des choses pareilles ! M'énervai-je.
Puis je caressai vigoureusement le dos de ma sœur :
-Ne t'inquiète pas Elsa, je te promets qu'on ne fera pas de mal à toi et ton bébé, murmurai-je… Hein Mamie qu'on va trouver une solution ?
-Iduna a tenté de le raisonner mais sans succès, dit cette dernière.
-Mais ce n'est pas possible, paniquai-je. Maman ne peut pas être aussi affreuse. Et toi pourquoi es-tu aussi sereine ?! Ajoutai-je à Grand-Mère dont le calme m'agaçait.
-Parce que je sais que votre Mère ne veut que votre bonheur et que pour tout ce qui concerne les enfants elle ne voudra jamais du mal. Elle va trouver une solution, elle. Mais je pense qu'elle ne le dira qu'après ton mariage avec Hans.
-Le bonheur de ma sœur est plus important que mes noces ! M'exclamai-je durement.
-Je sais ma chérie… Mais il n'en est pas ainsi de ton rang. Laisse passer demain, et aies confiance en ta mère et surtout en moi.
-Oh Anna ! Je regrette pour tout, murmura Elsa tout en m'enlaçant le cou.
-Ce n'est rien, ce n'est rien…Je n'ai pas été clémente non plus ces dernières semaines.
Je regardai Mamie et me mise à rougir. J'avais envie de vomir.
-Je suis tellement heureuse qu'Hans et toi n'ayez pas à subir ça, continua-t-elle.
Grand-Mère m'observa à nouveau en haussant un sourcil. Elle savait.
Je respirai alors un grand coup, me raclai difficilement la gorge et chuchotai :
-Mais nous allons devoir y faire face aussi…
