Bonjour !
Alors, Emma devra t-elle retourner à Storybrooke à cause de son échec ? Réponse en fin de chapitre !
Elysium
Chapitre 17
"My news shall be the fruit to that great feast."
"Ma nouvelle sera le dessert de ce grand festin."
Hamlet, acte II, scène II
oOo
Emma se tordait de douleur dans son lit. Quand Hadès lui avait dit qu'elle se sentirait mal plusieurs jours encore, jamais elle n'aurait imaginé que ce serait à ce point. Ah, elle se souviendrait de son passage sur l'Olympe...
Cette dernière réflexion provoqua en elle une montée d'angoisse. Et si ce fameux passage était sur le point de prendre fin ? Et si Zeus avait l'intention de déclarer qu'elle avait échoué avant de la renvoyer à Storybrooke ? Elle n'osait pas imaginer ce qu'elle ressentirait alors. Elle avait promis à Regina qu'elle la ramènerait dans le monde des vivants. Elle était malade à l'idée de rompre cette promesse.
Regina ne lui ferait pas ouvertement part de sa déception, bien sûr. Elle se montrerait compréhensive. Lily, en revanche... Emma savait que son amie plaçait beaucoup d'espoirs en elle. C'était sans doute elle qui avait été la plus confiante quant à ses chances de réussite... comment Emma pourrait-elle lui annoncer qu'elle était condamnée à être séparée de sa mère et d'August une seconde fois ?
C'était un vrai cauchemar, encore pire que celui dans lequel elle avait évolué pendant seize ans à Pandémonium.
Après ce qui lui sembla être une éternité, la lumière du jour vint éclairer sa chambre. Plissant les yeux, elle se redressa avec difficulté. Se déplacer allait être une véritable épreuve...
On frappa à la porte.
« Entrez, » dit-elle, se demandait qui pouvait bien lui rendre visite à cette heure matinale.
Elle fut surprise de voir Thésée s'avancer vers elle et baissa les yeux. Elle s'aperçut qu'elle avait honte : il devait être terriblement déçu qu'elle ait échoué là où lui avait réussi. Pourtant, Thésée n'avait pas l'air en colère : au contraire, il était dépité et se laissa tomber sur le bord de son lit comme s'il était écrasé par un poids invisible.
« Je suis désolé, » lâcha t-il.
« Qu... quoi ? »
Elle tombait des nues. C'était elle qui devrait être en train de s'excuser, et non pas l'inverse.
« Ce qui vous est arrivé... c'est de ma faute. »
« Quoi ? Mais de quoi parlez vous ? »
Il lui attrapa la main et la serra fort.
« Votre échec. C'est de ma faute. »
« Ne soyez pas ridicule. Vous n'étiez pas là. C'est moi seule qui me suis retrouvée en difficulté et qui ait bu cette coupe de nectar. »
Il secoua la tête avec obstination.
« Ne comprenez-vous pas ? C'est une punition pour ce que j'ai fait. »
« Thésée... »
« Je suis condamné à échouer et à perdre tout ceux qui s'avisent de trop s'approcher de moi. C'est un juste retour des choses pour toute la souffrance que j'ai causée. Je suis navré que vous en soyez la victime... »
Emma ne savait même pas quoi dire. Ce qu'il disait était tellement insensé ! La culpabilité le rongeait tellement qu'il n'arrivait même plus à penser clairement.
« Écoutez, Thésée. Ce n'était pas de votre faute, vous m'entendez ? Vous avez fait ce que vous avez pu pour m'aider. »
« Mais... »
« Vous devez cesser de vous punir de la sorte. Ces crimes que vous avez commis... je comprends qu'ils vous hantent, je comprends vraiment... mais vous éprouvez des regrets, et ce simple fait vous rend différent de n'importe quel criminel. Vous devez vous pardonner. »
Il rit amèrement.
« Je comprends ce que Zeus a vu en vous. Vous êtes plus pure que n'importe lequel des héros d'Elysium... cet endroit est corrompu. »
Ses paroles lui rappelaient les discours d'Achille.
« Je ne suis pas pure, » soupira Emma. « Personne ne l'est. »
Elle voyait que Thésée n'était toujours pas convaincu. Si seulement il n'existait pas de frontière stupide entre Elysium et le pré de l'Asphodèle ! Elle était persuadée qu'il ne pourrait aller mieux qu'après avoir demandé pardon à Égée, Ariane, Phèdre et Hippolyte.
« Vous ne m'ôterez pas de l'idée que j'ai une part de responsabilité dans votre échec... »
« Alors, je vous pardonne. »
Il sursauta, comme si personne ne lui avait jamais dit de pareils mots – ce qui était probablement le cas. Il soupira longuement et acquiesça.
« Merci. »
Elle eut le cœur serré en le regardant s'éloigner. Il avait l'air si misérable... il faudrait peut-être qu'elle demande à Lyra de jouer pour lui avec sa lyre enchantée.
Un peu plus tard, ce fut Regina qui vint lui rendre visite. Emma s'y était préparée : elle ne lui laissa pas le temps de prendre la parole.
« Je sais ce que tu vas dire. Tu vas me demander d'abandonner et de rentrer à Storybrooke. Eh bien, c'est inutile : peu importe ce que tu en diras, je compte bien rester ici et convaincre Zeus de m'accorder une deuxième chance. Je me suis montrée imprudente... un accident de ce type ne se reproduira plus. Je m'entraînerai plus dur, et je réussirai. »
Elle était à bout de souffle. Médusée, Regina cligna des yeux plusieurs fois, comme si elle ne parvenait pas à croire ce qu'elle venait d'entendre.
« Eh bien... je vois que tu n'as rien perdu de ta combativité. »
Emma comprit cependant bien vite que Regina n'avait pas le moins du monde été intimidée par son discours.
« J'ai eu tellement peur, Emma, » parvint-elle à articuler.
« Je sais... »
« Non, tu ne sais pas ! Tu ne sais pas ce que j'ai ressenti en voyant Hadès te sortir de ce labyrinthe... tu étais presque morte ! Tu as failli mourir ! »
« Si, je sais ! Bon sang, Regina, tu es morte dans mes bras ! »
Sous la surprise, Regina se laissa tomber sur le lit, la bouche entrouverte. Elles n'avaient jamais discuté de cet instant où elle s'était effondrée après avoir brisé le Cristal Olympien, et Emma comprenait à présent pourquoi : c'était bien trop douloureux.
« J'ai bercé ton cadavre, Regina... » poursuivit Emma, la voix tremblante. « J'ai pleuré sur ta tombe, alors ne me dis pas que je ne sais pas ce que ça fait. »
« Je... je ne veux plus revivre ça, » fit Regina. « Plus jamais... »
« Ne me demande pas de rentrer à Storybrooke, » dit Emma. « Je t'en prie... ne me demande pas ça... »
Des larmes perlèrent au coin des yeux de Regina, qui baissa la tête.
« Ai-je le choix ? » murmura t-elle, plus pour elle-même qu'autre chose.
Emma sentit qu'elle lui en voulait, et elle se sentait horriblement coupable de lui avoir fait traverser de telles émotions, mais sa résolution ne faiblirait pas : elle resterait jusqu'au bout.
Sans un autre mot, Regina se leva et s'éloigna. Emma ne chercha pas à la retenir : elle lui laisserait le temps qu'il lui faudrait, même si ça lui brisait le cœur. Une fois revenue à la vie, Regina comprendrait qu'Emma avait fait le bon choix – même si, pour cela, encore fallait-il que Zeus accepte de lui accorder une seconde chance...
oOo
Lyra s'ennuyait. Il était presque midi et Henry était parti passer un moment avec Emma. Elle ne lui en voulait pas le moins du monde pour ça : sa mère avait frôlé la mort, c'était bien normal qu'il veuille passer un maximum de temps avec elle. Cependant, Henry était le seul avec qui elle avait véritablement envie de passer du temps en ce moment, si on ne comptait pas Grace et Violet, mais ses amies étaient introuvables. Quant à Rigel... elle était toujours indécise à son sujet. Tant qu'il ne lui avouerait pas toute la vérité, elle était persuadée qu'ils ne pourraient pas retrouver la relation de complicité qu'ils partageaient autrefois.
Assise sur un banc près de l'entrée du palais, elle se demandait comment elle allait occuper le reste de sa journée. La solitude ne la dérangeait pas mais en ce moment, elle avait tellement de choses à l'esprit qu'être accompagnée devenait indispensable pour cesser d'y penser. Elle n'avait pas non plus envie de se mettre à la recherche de sa mère. Quant à Hadès... dire qu'elle était tiraillée serait un bel euphémisme. D'un côté, elle voyait celui qui l'avait élevée pendant toutes ces années, celui avec qui elle avait partagé un moment agréable à peine deux jours plus tôt, mais de l'autre... de l'autre côté il y avait le Roi-Serpent de Pandémonium, le menteur qui avait régné en tyran, celui qui avait tranché le doigt d'August sans la moindre hésitation. Ni blanc, ni noir, Hadès évoluait dans un monde gris. Lyra se demandait bien ce qui avait pu le pousser à sauver la vie d'Emma alors qu'il passait son temps à la critiquer.
Elle était en train de songer à aller retrouver Orphée à Elysium quand une déesse passa devant elle. Dès qu'elle l'aperçut, Héra changea de trajectoire et vint s'asseoir à côté d'elle.
« Bonjour, Lyra, » dit-elle d'une voix douce.
« Bonjour... » répondit Lyra, un peu intimidée.
Elle ne savait pas trop quoi penser d'Héra : elle savait que Rigel l'appréciait beaucoup et elle n'avait pas l'air bien méfiante mais elle savait aussi qu'il fallait se méfier des apparences. Après tout, elle était la femme de Zeus... ce qui l'amena à repenser à ce qu'Hadès lui avait raconté sur leur relation.
« Je peux vous poser une question... personnelle ? » osa Lyra.
La curiosité avec toujours été un de ses plus gros défauts.
« Laisse-moi deviner... tu te demandes pourquoi je reste avec Zeus bien qu'il m'ait trompée un nombre incalculable de fois ? »
Lyra rougit jusqu'aux oreilles, mortifiée d'avoir été percée à jour si facilement. Heureusement, Héra n'avait pas l'air contrariée : l'amusement pétillait dans ses yeux.
« Tu es loin d'être la première à te poser cette question, » affirma t-elle.
« Vous n'êtes pas obligée de me répondre ! » s'empressa d'ajouter Lyra. « Je ne veux surtout pas être indiscrète... »
Héra lui offrit un sourire rassurant.
« Tu te demandes comment on peut continuer d'aimer une personne qui nous a trahi, n'est-ce pas ? »
« Comment... »
Était-elle donc si transparente ? Était-elle si perdue dans sa propre situation qu'elle cherchait ses réponses chez celle de quelqu'un d'autre ?
« Je comprends ce que tu ressens, » dit gentiment Héra. « J'ai conscience qu'il peut être... difficile d'aimer Hadès après tout ce qui s'est passé. »
« Hadès, et ma mère, et Rigel, » rétorqua Lyra. « Je me sens trahie par ma propre famille. »
C'était une horrible pensée et cette vérité était bien peu plaisante, mais c'était comme ça : depuis son arrivée sur l'Olympe, elle se sentait plus seule que jamais.
« J'aime Zeus, » déclara simplement Héra. « C'est loin d'être le mari idéal... j'ai toujours eu l'impression de ne pas lui suffire – ce qui est sans doute vrai, pourquoi serait-il allé voir ailleurs, sinon ? »
« Vous n'avez jamais pensé qu'il ne méritait pas votre amour ? »
« Oh, si, à de nombreuses reprises... mais je l'aimais malgré tout. »
Lyra n'était pas beaucoup plus avancée...
« Vous êtes en train de me dire que je dois fermer les yeux sur ce qu'Hadès a fait ? Sur ce que ma mère refuse de me dire ? Sur ce que Rigel me cache ? »
« Tu es la seule à savoir ce que tu dois faire, Lyra. Le choix que j'ai fait n'était peut-être pas le meilleur... mais je ne le regrette pas. »
« Rigel m'a dit que Zeus avait arrêté de vous tromper... »
« C'est vrai. »
Pour une raison qui échappait complètement à Lyra, cette perspective n'avait pas l'air de réjouir Héra plus que ça. Pourquoi avait-elle l'air aussi triste ?
« J'ai bien peur que ça ne change plus grand chose, maintenant. »
« Que voulez-vous dire ? »
Mais elle ne répondit pas et se leva. Lyra fit de même.
« Certaines vérités devraient rester secrètes, » soupira la déesse. « Passe une bonne journée. »
Interdite, Lyra la regarda s'éloigner avec de nouvelles questions en tête.
oOo
Regina se dirigeait d'un pas décidé vers les appartements d'Hadès. Elle avait quelque chose à demander au dieu mais si elle devait être tout à fait honnête avec elle-même, elle avait besoin de penser à autre chose qu'Emma. Elle n'était pas du tout étonnée que celle-ci souhaite rester sur l'Olympe et s'accroche encore à cette idée de la ramener à la vie, mais elle ne pouvait pas dire qu'elle était ravie de cette décision. Regina lui en voulait même beaucoup pour ça : elle allait encore devoir se ronger les sangs plusieurs fois – enfin, en supposant que Zeus accepte de lui donner une deuxième chance.
Puisqu'elle ne l'avait vu nulle part, elle supposait qu'Hadès n'avait pas quitté ses appartements. Elle frappa à la porte avec sans doute un peu trop de force.
Le dieu vint lui ouvrir.
« Qu'est-ce que vous voulez ? » demanda t-il, aussi aimable qu'à l'ordinaire.
« Je peux entrer ? » répondit-elle sur le même ton.
De mauvaise grâce, il s'écarta pour la laisser passer.
« Je suis étonnée que vous ne soyez pas avec Emma, » dit-il en refermant la porte.
Regina ne souhaitait pas parler d'Emma, aussi décida t-elle de ne pas prendre la peine de répondre.
« J'ai besoin de votre aide. »
« Vraiment ? Décidément, vous n'arrivez plus à vous passer de moi. »
« Je ne suis pas d'humeur pour vos sarcasmes ! »
« Je vois ça... »
Hadès ne semblait pas être dans un bon jour non plus. Il valait peut-être mieux ne pas l'énerver si elle voulait qu'il l'aide.
« Je disais donc que j'ai besoin de vous... il faut que je parle à Morphée. »
« Morphée ? Et pourquoi donc ? »
Regina avait pris la décision de découvrir enfin le fin mot de l'histoire sur les étranges rêves qu'elle avait faits à Pandémonium. Puisque Rigel ne semblait pas disposé à la renseigner, elle irait chercher ses réponses ailleurs. Morphée était le Dieu des rêves prophétiques, ce qui correspondait parfaitement à ces étranges songes dans lesquels elle avait vu sa propre mort.
« Ça ne vous regarde pas, » lâcha t-elle.
Quand Hadès haussa les sourcils, elle sut que ce n'était pas ce qu'elle aurait dû dire.
« Eh bien, faites en sorte que ça me regarde. »
« Pourquoi faut-il que vous soyez si curieux ? »
Révéler à Hadès l'existence de ces rêves n'avait certainement pas fait partie de ses plans. Elle ne faisait toujours pas confiance au Dieu des Enfers, même s'il avait sauvé la vie d'Emma. Elle avait toujours l'impression qu'il était capable de lui planter un couteau dans le dos à la première occasion.
« Je ne vous conduirai pas à Morphée si vous refusez de me dire ce que vous lui voulez. »
« C'est du chantage. »
« Absolument. »
Ce qu'il l'énervait ! Mais elle était coincée. Elle ne pouvait pas risquer de demander l'aide d'un autre dieu – mieux valait ne pas attirer l'attention.
« J'ai rêvé de ma mort, à Pandémonium, » lâcha t-elle finalement. « Je veux savoir s'il sait quelque chose. »
Hadès parut troublé, mais pas assez pour qu'il accepte de l'aider. Elle allait devoir jouer sa dernière carte.
« Et je pense que Rigel était au courant. »
« Quoi ? »
Le nom de son fils alluma une nouvelle lueur d'intérêt dans ses yeux clairs.
« Le soir de la destruction de Pandémonium... il a essayé de m'arrêter. Il s'est mis en travers de mon chemin... comme s'il savait. »
« Hmm... »
Regina savait qu'Hadès était obsédé par ce que son fils fabriquait avec Zeus. Il ne pouvait pas ne pas se montrer curieux d'en savoir plus, c'était impossible.
« Vous pensez que Zeus a quelque chose à voir là-dedans ? » demanda t-il finalement.
« Je n'en sais rien... mais si c'est le cas, n'aimeriez-vous pas le savoir ? »
Il soupira longuement.
« Très bien, allons-y. »
Il lui fit signe de lui prendre le bras et il les téléporta tous les deux. Ils réapparurent dans une clairière que Regina n'avait jamais vue. Quelque chose l'interpellait, et elle comprit rapidement ce que c'était : il faisait nuit. Confuse, elle se demanda comment c'était possible quand Hadès répondit à sa question muette :
« Ce n'est qu'une illusion créée par Morphée. Il ne supporte pas la lumière du jour. »
« J'en déduis que vous ne le voyez pas très souvent... »
« Quelle perspicacité, » se moqua t-il. « Venez. »
Elle le suivit jusqu'à un étrange cercle formé de rocher au centre duquel se tenait Morphée. Assis en tailleur sur une pierre, il avait les yeux fermés et semblait être en train de méditer.
« Euh... nous ne devrions peut-être pas le déranger, » fit Regina.
« Il est quasiment tout le temps dans cet état, » rétorqua Hadès.
Il pénétra dans le cercle de pierres sans aucune hésitation et posa une main sur l'épaule de l'autre dieu.
« Morphée. »
Celui-ci ouvrit les yeux et dévisagea Hadès sans aucune surprise.
« Hadès. Content de te revoir sur l'Olympe, » dit-il d'un ton rêveur.
Il était complètement détaché de la réalité. Médusée, Regina les rejoignit.
« Quelqu'un souhaite te parler, » reprit Hadès.
« Ah, oui. Regina Mills. »
Le fait qu'il connaisse son nom ne la surprit même pas. Il semblait totalement hors du monde, hors du temps, hors de tout mais pourtant partout à la fois.
Regina coula un regard vers Hadès. Celui-ci leva les yeux au ciel, agacé, mais consentit à s'éloigner pour lui laisser un peu d'intimité.
« Vous vous demandez si les rêves que vous avez faits vous ont été envoyés par moi, » déclara Morphée.
« ... »
« Eh bien, c'est exact. »
Les questions se bousculaient dans l'esprit de Regina.
« Pourquoi ? » fut tout ce qu'elle parvint à demander.
« Quelqu'un m'en a fait la requête. »
« Comment ça ? »
Sans se départir de sa patience, il répondit :
« Eh bien, quelqu'un m'a demandé de vous avertir de votre avenir. »
Il ne semblait pas décidé à lui révéler l'identité de ce quelqu'un.
« Ce n'est pas tout, » reprit Regina. « Je me suis rendue dans une dimension immatérielle où j'ai aussi eu d'étranges visions prophétiques... »
Elle n'était pas prête d'oublier le périple qui l'avait menée à la rencontre de Perséphone. Les souvenirs du Cap du Cauchemar et du Rivage des Rêves étaient gravés dans son esprit.
« Je contrôle le monde immatériel, » répondit Morphée comme si ça allait de soi.
« Donc, ces visions, c'était vous aussi ? »
« Oui. »
Elle n'était pas certaine de beaucoup l'apprécier. En fait, elle avait l'impression de l'ennuyer avec ses questions, comme si les minutes qu'il perdait à lui répondre était autant de temps qu'il ne passait pas à méditer. Mais il y avait une dernière chose qu'elle voulait savoir.
« L'aigle et le serpent. Que leur arrive t-il ? »
Elle faisait référence à ce qu'elle avait vu au Cap du Cauchemar. Le serpent et l'aigle s'étaient battus avant que l'aigle ne s'en prenne à elle, mais l'issue du combat était restée inconnue puisque la vision s'était dissipée.
Morphée la fixa comme si elle était stupide.
« Mais, la même chose qui arrivera au phénix, bien sûr. »
Regina retint son souffle.
« La mort. »
Elle avait changé d'avis. Elle ne voulait rien savoir, rien du tout. Sans même remercier Morphée, elle tourna les talons et s'empressa de rejoindre Hadès.
« On dirait que vous avez vu un fantôme, » remarqua celui-ci.
Elle n'osa pas lever les yeux vers lui. Elle ne pouvait pas le regarder en face, elle ne pouvait pas.
La mort.
Sans tergiverser davantage, Hadès lui attrapa le bras et les ramena au palais.
« Alors ? Qu'avez-vous appris ? »
Son cœur cognait dans sa poitrine.
La même chose qui arrivera au phénix.
Regina était déjà morte. Pourquoi avait-il employé le futur ? Pourquoi ?
« Vous allez bien ? » lança Hadès, perplexe.
« Tout va bien, » répondit-elle en s'efforçant de reprendre contenance. « Quelqu'un a demandé à Morphée de m'envoyer ces rêves... »
Et elle avait une idée très précise de l'identité de cette personne.
« Rigel ? » devina Hadès.
« Ça expliquerait pourquoi il a tenté de m'arrêter... il m'avait avertie à sa manière. »
« Mais comment pouvait-il le savoir ? »
Une lueur de triomphe s'alluma alors dans les yeux d'Hadès.
« Ça a forcément un rapport avec ce qu'il fait avec Zeus. Tout est lié, absolument tout. »
« Oui... ça doit être ça... »
La mort.
Les dieux étaient immortels. Ce que Morphée lui avait dit n'avait aucun sens, absolument aucun, alors pourquoi se sentait-elle aussi mal ?
« Je... je devrais y aller. »
Elle quitta les appartements d'Hadès la tête basse, accablée par le poids de ces nouvelles révélations.
oOo
En fin de journée, Zeus convoqua tout le monde dans la salle du trône. Emma, qui pouvait à peine marcher, se demandait comment elle allait pouvoir s'y rendre quand Apollon vint la rejoindre dans sa chambre et passa un bras autour de sa taille.
« Quel gentleman, » fit-elle, amusée.
« Je vous l'ai déjà dit, je suis parfait, » répondit-il avec un clin d'œil.
Sa presque nudité ne la dérangeait plus autant, maintenant. Elle avait fini par s'y habituer. En fait, elle s'était habituée à lui tout court : à sa beauté si parfaite qu'elle en était agaçante, bien sûr, mais surtout à sa personnalité, à cette fragilité qu'il dissimulait derrière ses sourires ravageurs et ses plaisanteries. Avec une boule dans la gorge, elle s'aperçut qu'elle l'appréciait énormément.
« Apollon ? » dit-elle en s'arrêtant.
« Oui ? »
Soucieux, il fronçait les sourcils, à l'affût du moindre signe de faiblesse. Emma n'avait jamais été douée pour exprimer ses émotions, et rien de ce qu'elle pourrait dire parviendrait à décrire ce qu'elle ressentait actuellement, aussi déclara t-elle simplement :
« Merci. »
Ce n'était qu'un simple mot mais Apollon comprit. Les yeux humides, il hocha la tête et l'attira contre elle. Emma lui rendit son étreinte sans hésiter. Il n'y avait absolument aucune ambiguïté dans celle-ci : le dieu était simplement son ami et elle prenait conscience de la place qu'il avait prise dans son cœur.
« Nous devrions éviter, » s'amusa Apollon. « Si Regina nous voit, elle risque d'être jalouse ! »
Emma leva les yeux au ciel.
« Il n'y a absolument rien dont elle doive être jalouse. »
Après un autre éclat de rire, ils se remirent en route vers la salle du trône. L'atmosphère qui y régnait était toute autre. Le regard d'Emma fut immédiatement attiré par Regina : celle-ci semblait bouleversée, ce qui l'inquiéta. S'était-il passé quelque chose ?
Mais c'était bien Zeus qui monopolisait l'attention. Assis sur son trône, il avait visiblement beaucoup de peine à rester en place. La mine sombre, il ne cessait de déglutir et de balayer la salle du regard avec angoisse. On aurait dit qu'il paniquait, mais c'était impossible : Zeus était la définition même de l'impassibilité. Il ne pouvait pas paniquer, c'était tout simplement impensable. Il devait y avoir autre chose.
Avisant sa présence, il prit la parole :
« Bien. Je ne suis pas encore parvenu à mettre la main sur l'identité du coupable de cette tentative d'assassinat... mais ça ne saurait tarder, je vous le garantis. »
Son ton était devenu menaçant. Emma inspira. Ça allait être à elle de jouer. Grimaçant, elle songea que si elle se mettait à genoux pour le supplier, il lui faudrait de l'aide pour se relever.
« Étant donné que cette défaite n'est pas de votre ressort, Emma, je vous accorde une seconde chance. »
L'information mit plusieurs secondes à parvenir jusqu'à son cerveau. Sa mâchoire se décrocha sous le choc et elle eut envie de rire nerveusement. Alors, quoi, c'était aussi simple que ça ? Zeus lui accordait une autre chance de son plein gré ? Elle n'aurait pas besoin de le supplier ? C'était grotesque.
Plusieurs dieux présents semblèrent avoir la même pensée. Hadès était tout simplement scandalisé, comme s'il venait d'être le témoin d'une vaste plaisanterie.
« Votre prochaine épreuve sera inspirée de celles réussies par Jason et Héraclès. Ne vous en faites pas, je vous laisserai le temps nécessaire pour vous remettre de votre mésaventure... »
Le bras d'Apollon se resserra autour de sa taille.
« Pourquoi combiner les exploits de deux héros en une seule épreuve ? Rien ne presse. »
Emma était tout simplement horrifiée. Reproduire ce qu'avait fait Thésée avait failli lui coûter la vie, alors comment pouvait-elle espérer réussir cette fois ?
Cependant, elle nota que c'était la première fois qu'Apollon discutait une décision de Zeus, et cela la toucha beaucoup.
Hadès avait visiblement la même opinion à ce sujet mais il lui en fit part avec beaucoup moins de délicatesse.
« Tu es fou ? Elle peut à peine tenir sur ses jambes et tu veux lui imposer une épreuve deux fois plus difficile ? »
La tension monta d'un coup. Poséidon était présent mais gardait la tête baissée. Il ne s'était jamais interposé entre ses frères et ne semblait pas vouloir commencer aujourd'hui.
« Cessez de discuter mes décisions ! » rugit Zeus.
Les yeux écarquillés, il transpirait abondamment. Visiblement furieux, il quitta la pièce sans un autre mot, Héra à sa suite.
Apollon fit signe à Hadès de les rejoindre. Il s'exécuta de mauvaise grâce.
« Je commence à croire que Zeus veut sa peau, » fit Apollon.
« Tu commences à croire ? Cela fait des semaines que je le répète, » rétorqua Hadès.
« Nous ne serons pas toujours là pour lui sauver la mise. »
Emma se mordit la lèvre. Il avait raison, bien sûr. Hadès n'avait pas tort, quand il la traitait d'idiote, de noble héroïne inconsciente. Elle devait accepter la vérité : elle avait beau être la Sauveuse, elle n'avait absolument rien d'exceptionnel.
Pour la première fois depuis qu'elle était arrivée sur l'Olympe, Emma se mit sérieusement à douter.
