Je regarde Edward expliquer la situation à sa famille. Ils ont tous l'air inquiet et je m'en veux d'apporter ça au sein de leur maison. Edward mérite tellement mieux. J'aurais voulu être la parfaite petite-amie et ne pas lui apporter tant de soucis. Mon passé fera toujours partie de moi et je le regrette. Nous sommes arrivés en Californie hier soir. Edward a pensé que Rosalie pourrait nous aider. Elle est avocate et selon Edward, elle est très respectée dans la profession. Elle ne se laisse jamais faire et gagne presque toutes ses affaires. J'ai eu quelques réserves à l'idée d'exposer ma vie devant la famille Cullen mais Edward m'en a donné le courage. Après tout, je sais qu'ils ne me jugeront pas. Je ne parle pas, c'est Edward qui raconte. Il choisit d'écarter quelques détails qui seraient inutiles à l'affaire et que je préfère garder pour moi. Mais l'idée générale, ils la connaissent. Une fois qu'Edward a fini, sa mère vient s'asseoir lentement à côté de moi et prend ma main dans la sienne :

- Tu fais partie de notre famille Bella, me dit-elle avec douceur.

Je lui suis reconnaissante, je le suis envers chaque membre de cette famille qui m'accueille et qui est déterminée à m'aider. Rosalie se lance alors, elle me pose un nombre incalculable de questions. J'ai l'impression que mes réponses ne sont pas celles qu'elle attend ou en tout cas qu'elles ne nous aideront pas. Non je n'en ai jamais parlé à quelqu'un d'autre qu'à mon professeur de littérature. Non mes camarades de classe n'auront rien remarqué de mes coups, je faisais en sorte de les cacher. Avoir l'assurance que James me battait n'expliquerait pas en quoi je représente un meilleur foyer pour Mary que celui de Sally. Il n'y a aucun témoin de la pression qu'elle exerce sur ma sœur. Même Leah Clearwater ne se doutait de rien :

- Est-ce qu'elle présente des traces de coups sur son corps ? Me demande Rosalie.

- Son épaule, elle est dans le plâtre mais Mary affirme qu'elle est tombée dans les escaliers. Je ne peux pas assurer que j'ai raison mais je pense qu'elle ment.

- Est-ce qu'elle pourrait valider tes propos ?

- Je ne sais pas.

Edward qui est à côté de moi se racle la gorge et passe une main dans ses cheveux :

- Elle m'en a parlé, lâche-t-il.

Je le regarde surprise. Il a l'air très gêné :

- Elle m'a fait promettre de ne pas te le dire.

- Il faut pourtant que tu nous en parles Edward, l'invite Rosalie.

- C'est le fils de Sally et Patrick, Eric. Il est violent avec elle.

- Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ?

Je suis vexée qu'elle lui en ait parlé et qu'elle m'ait menti à moi :

- Elle ne voulait pas t'inquiéter. Ca n'aurait rien apporté que tu le saches. Tu sais déjà qu'il faut qu'elle sorte de cette famille.

- C'est plutôt positif Bella, m'assure Rosalie.

Je suis un peu dépassée par tout ce qui se passe. Je soupçonnais ce Eric d'être un vrai con mais je ne pensais pas qu'il était violent. Maintenant que j'y pense, James l'amenait souvent pêcher avec lui. Il a dû lui apprendre comment traiter une femme. Si j'avais peur pour Mary, désormais je suis morte de peur. J'imagine bien pourquoi elle ne me l'a pas dit finalement. Edward passe son bras autour de ma taille et me ramène un peu vers lui. Il embrasse ma tempe et ce geste me calme un peu. Rosalie s'absente, Emmet et elle retournent chez eux pour travailler sur notre affaire.

Edward prend ma main et je le suis. Nous sortons de la maison des Cullen et il nous guide jusqu'à un endroit que je reconnais : la plage sur laquelle nous avons fait l'amour pour la première fois. Je m'assois sur le sable et Edward s'assoit derrière moi. Il me rapproche de son torse et m'encercle de ses bras. Nous écoutons les vagues se briser sur le sable et nous ne parlons pas. Pour la première fois depuis que Mary est partie, je me sens apaisée. C'est l'effet qu'a Edward sur moi. Il est si compréhensif et protecteur. Pour la première fois depuis des années, je ne me sens plus seule. Je ne suis plus seule à me battre. C'est comme si je portais un énorme poids sur mes épaules et qu'Edward m'en avait débarrassé. Nous avançons ensemble. J'espère simplement que ce n'est pas trop pour lui. Je ne veux pas l'accabler. Edward niche son visage dans mes cheveux et hume :

- Je suis désolée Edward.

Il relève la tête :

- De quoi t'excuses-tu ?

- Tout ce que tu fais pour moi, pour Mary, est incroyable mais je m'en veux d'apporter tant de problèmes, qui plus est dans ta famille. Ce n'est pas le genre de fille que l'on espère pour son fils.

Edward se décale et me force à le regarder :

- Bella, tu es la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. Ma famille t'adore. Tu le sais, notre passé n'est pas non plus parfait. C'est ce qui fait que ma mère se sent encore plus proche de toi, et moi aussi. Je ne suis pas en train de comparer nos souffrances mais nous savons tous les deux ce que c'est d'entendre qu'on ne vaut rien.

Une larme coule sur ma joue et Edward vient l'embrasser. Ce qu'il dit est si vrai. Nous nous regardons dans les yeux et je crois ne jamais m'être sentie aussi proche d'une autre personne. Je repose ma tête sur son épaule et Edward caresse doucement mes cheveux :

- Bientôt Mary pourra nager dans ses vagues, sourit Edward.

- Et si Sally et Patrick gagnaient ?

Je m'écarte un peu de l'étreinte d'Edward et lui fait face :

- C'est vrai, James n'a jamais été puni pour ce qu'il m'a fait.

Je me tais, me lève et regarde au loin. Edward se lève un air inquiet sur le visage :

- Tu n'avais pas Rosalie à tes côtés.

Edward essaie de réduire l'espace entre nous mais je refuse. Je place une main sur son torse et le force à me faire face :

- Tu ne les connais pas. Ils sont dangereux, ils pourraient même s'en prendre à toi ou ta famille.

Les vagues ne m'apaisent plus du tout. Je commence à paniquer et sens le rythme de mon cœur accélérer :

- J'aurais dû m'en tenir au plan initial.

J'ai du mal à respirer et j'ai une violente envie de vomir. Comment ai-je pu être aussi bête ? Comment ai-je pu oublier ? James et Patrick ont toujours été protégés par la ville de Forks. Je n'étais pas la seule victime de ses hommes et pourtant jamais leur parole n'a été remise en question :

- Quel plan ?

Je ne réponds pas :

- Quel plan, Bella ! S'agace Edward.

Et puis je décide de lui avouer :

- Tout ce que je fais depuis le début n'a qu'un but c'est sauver Mary. J'avais prévu d'amasser le plus d'argent possible et une fois mon diplôme en poche j'irais la chercher et nous fuirions. C'était le plan.

Je suis fatiguée. Je commence à me dire que toutes ces nuits blanches ont peut-être un mauvais effet sur mon jugement :

- Non ! Crie Edward. Je ne le permettrai pas.

Cette fois, il ne laisse pas mon bras nous séparer, il m'attrape par les deux mains et s'agenouille devant moi :

- Arrête de vouloir t'éloigner de moi Bella. Fais-moi confiance, Rosalie la sortira de là.

Il devient alors plus fragile et vulnérable. Le voir ainsi à genoux devant moi, m'implorant de ne pas le quitter me calme. Je m'en veux de le faire à nouveau souffrir, j'ai l'impression de ne faire que ça :

- Tu ne peux pas me quitter Bella. Je ne pourrai pas le supporter.

Il se tait et baisse la tête. Je m'agenouille devant lui et prend son visage en coupe. J'attrape la nuque d'Edward et l'approche de mon visage. Nous échangeons un baiser désespéré, avide de l'autre. Jamais je ne pourrai me lasser de cet homme. Il a raison, même si je le voulais je ne pourrais pas le quitter. C'est trop tard. J'ai ouvert mon cœur à cet homme et je lui appartiens. Edward me sert contre lui et nous mettons fin à notre baiser pour reprendre notre souffle. Nous nous regardons fixement :

- Je t'aime Bella, souffle-t-il.

Je ferme les yeux :

- Je t'aime aussi Edward.

Il fond sur mes lèvres et j'en suis désormais convaincue, je ne le quitterai jamais. Je n'existerai plus sans lui. Il est à moi et je suis à lui.

La nuit tombe rapidement et nous nous résignons à quitter notre bulle et rentrons chez les Cullen :

- Enfin ! Où est-ce que vous étiez ? S'agace Rosalie. Bella c'est important.

Elle prend mes mains dans les siennes et me force à l'écouter :

- Nous pouvons faire intervenir la police. Une assistante sociale les accompagnera et posera des questions à Mary, si elle avoue que c'est Eric qui lui a fait mal, la garde de ta sœur pourrait être remise en question. Nous pourrions gagner Bella, sourit Rosalie. Est-ce que tu es prête à revoir ta sœur ? »

Je regarde Edward et d'un air déterminé je donne le feu vert à Rosalie.