Le brouhaha des spectateurs retentissant au loin, intelligible, enthousiaste, leur parvenait jusqu'aux vestiaires des filles où se préparaient déjà les deux équipes. Gryffondor affrontait Serpentard, aujourd'hui, afin de gagner sa place au tournoi annuel opposant les quatre maisons. Et chaque équipe n'en démordrait pas. La Coupe leur revenait de droit.

Au delà de leur rivalité légendaire, les deux équipes avaient toujours été à la hauteur et se retrouvaient quasi-systématiquement en final. L'an dernier, Gryffondor avait dû déclarer forfait suite à l'absence de Katie Bell. Pour sa défense, elle n'y était pour rien. Voldemort avait réussi à l'envoûter afin qu'elle livre un précieux objet à Dumbledore. Elle n'avait pas eu tous les détails mais elle savait que son amie avait presque fini par y rester.

Serpentard n'avait eu que faire de ces excuses et avait clamé haut et fort que ce forfait n'était qu'une preuve de la lâcheté des Gryffondor, de leur peur d'affronter une équipe qui les surpasserait dans tous les domaines.

La modestie n'était définitivement pas un trait de la maison Serpentard.

Ginny ajusta ses jambières. Elle n'en avait en réalité que faire de ce match mais accueillait avec plaisir ce moment de détente, cette pause à contre-temps. C'était l'occasion pour elle de se vider l'esprit et de pouvoir souffler un peu.

Elle n'avait pas mentionné à Harry, la conversation qu'elle avait eu avec Raphaël. Elle estimait inutile de lui briser le peu d'espoir qu'il commençait à avoir. Elle savait cependant, qu'il n'était pas dupe. Depuis lors, elle était moins…concentrée durant les entraînements, ce que son jeune professeur lui rappelait souvent. Elle avait, au départ, prétexté beaucoup de devoirs ou des cours où elle avait un peu de mal. Il avait proposé son aide mais elle avait gentiment décliné. Il n'avait pas été convaincu, elle en avait conscience mais au moins, elle gagnait du temps. C'était déjà depuis deux semaines. Le mois de Mars touchait à sa fin et ils n'étaient guère plus avancés.

Ginny ne parvenait pas à prendre contact avec Éleanor. Les autres Promises & Promis qui lui rendaient visite n'avaient pas plus d'information. C'était comme si elle s'était évaporée. Harry avait essayé d'interroger Élyas mais ce dernier n'en savait pas plus, clamant que s'il avait sollicité le jeune homme, c'est qu'il escomptait un minimum de résultat. Il était insupportable et Ginny plaignait grandement celle qui avait dû être sa Promise. Apparemment, elle avait tout simplement refusé la mission après avoir côtoyé cet Élu quelques mois. Elle ne pouvait décemment pas être à blâmer. La seule fois où elle avait eu à le rencontrer, sur le sujet d'Éleanor d'ailleurs, elle lui aurait volontiers asséner un sort bien senti s'il n'était une apparition.

De ce fait, le « fameux » médaillon était introuvable. Harry en avait discuté avec Dumbledore qui avait effectivement entendu parler de cet objet, ce qui avait rassuré la jeune femme. Au moins, ils ne couraient pas après une énième illusion. Cependant, il n'avait jamais eu l'occasion de voir ce médaillon. Il avait alors assuré au jeune homme qu'il se renseignerait.

_Ginny, aurais-tu une genouillère de secours ? La mienne vient de me lâcher, s'enquit Diane Carter, une élève de septième année à Serpentard, la tirant de ses pensées.

La jeune Weasley chercha un instant dans son casier avant de lui remettre avec un sourire.

_Merci, tu me sauves, s'enquit la jeune femme en s'en allant.

Tous les Serpentards n'étaient pas les mêmes, fort heureusement. Les filles qui composaient leur équipe étaient très agréables. Une bonne ambiance régnait toujours avant le match. Ce n'était qu'une fois sur le terrain que chaque équipe défendait ses couleurs.

Ginny finit par récupérer son balai, se dirigeant alors vers l'extérieur. Elle attendrait ses co-équipiers à l'extérieur. Elle fut surprise de tomber sur Harry, nonchalamment installé sur un des bancs qui séparaient les deux vestiaires. Il avait troqué son habituel cape pour un jean & un T-shirt, une tenue très Moldu. Un sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu'il l'aperçut, ce qu'elle ne put s'empêcher de lui rendre. Il était son roc, même s'il n'en avait aucunement conscience. Il se leva alors et s'avança vers elle.

_Que fais-tu là ?

_Je dois me rendre à Londres et souhaitais te voir avant d'y aller. Je suis désolé de ne pouvoir assister à ce match.

Il eut un mouvement comme s'il souhaitait saisir sa main mais se retint lorsqu'il se rappela qu'ils étaient à l'extérieur, visibles de tous. Même si élèves et professeurs avaient noté leur rapprochement, même si le mot était passé que Ginny suivait un programme spécial, justifiant qu'elle passe autant de temps avec Harry, une ingénieuse idée de Dumbledore, le jeune homme refusait que son amie ne soit sujette à davantage de raillerie en montrant une proximité qui ne serait être tolérée, vu leur situation actuelle. Il était après tout son Professeur.

_Rien de grave ?

Il perçut de suite l'inquiétude qui déforma les traits de la jeune femme. Il savait que quelque chose n'allait pas, qu'elle n'était pas la même depuis quelques semaines mais ne souhaitant la brusquer, il avait alors accepté d'attendre qu'elle s'ouvre à lui, en lui montrant juste qu'il était présent, à ses côtés au besoin.

_Non, ne t'inquiètes pas. Je m'y rends avec Dumbledore. Il pourrait avoir une piste pour le médaillon.

_C'est vrai ? Je dois t'accompagner, s'enquit-elle, prête à rebrousser chemin pour se changer. C'était ce qu'elle attendait, une chance d'y arriver.

Mais il la retint en saisissant son bras avant de le relâcher rapidement. Elle ne s'en formalisait pas et comprenait. Fronçant les sourcils, elle afficha un air interrogateur.

_Ton absence serait difficilement justifiable. Ce n'est pour l'instant qu'une piste. Rien de concret. Nous devons rencontrer un informateur dans les Allées des Embrumes.

_Cela me semble risqué, Harry.

_Je serais avec le plus puissant sorcier que le monde n'ait jamais connu. Je pense être plutôt en sécurité, répondit le jeune homme avec un sourire.

Elle opina doucement, se rendant compte de sa bêtise. Si elle ne pouvait faire confiance à Albus Dumbledore pour prendre de Harry Potter, autant se soumettre de suite à Voldemort. Ils se contemplèrent un instant avant que d'autres membres des deux équipes de Quidditch commencent à sortir des tentes. Le regard du jeune homme dévia légèrement en voyant la nouvelle agitation avant de se concentrer de nouveau sur Ginny.

_Je te tiens au courant dès mon retour. Bon match.

Il se pencha légèrement vers elle pour rajouter : « Massacres les ».

_Avec plaisir, répondit-elle en riant.

Il lui fit un signe de la main et commença à reculer doucement, ne souhaitant pas rompre de suite le contact entre eux. Elle répliqua son signe, ne pouvant se départir de son sourire puis le vit se détourner et disparaître. Elle savait l'aimer d'une manière qui aurait dû l'effrayer mais elle n'y pouvait rien. Toute de façon, Raphaël en avait parlé. Ils étaient destinés de toutes les manières imaginées par la Providence.

Ne souhaitant pas se complaire de nouveau dans ses funestes pensées, elle se hâta de rejoindre son équipe, prête elle-aussi en ce moment à en découdre. Elle avait été revitalisée.

-A-

En rouvrant les yeux, Harry vit s'élever la bâtisse du 12 Square Grimmaurd et ne put retenir cette chaleur qui s'élevait dans sa poitrine. Il était incontestable que cette maison n'avait rien d'un foyer mais il avait passé les plus beaux moments de sa vie, aux côtés de son parrain et ne pouvait donc s'empêcher de se sentir chez lui en ces lieux.

Il suivit Dumbledore alors que ce dernier pénétrait déjà les lieux. Ils se dirigèrent vers la cuisine où étaient installés Sirius, Rémus & Tonks autour d'une tasse de thé. Une scène très « domestique ». Qui aurait un jour cru que ce cher Sirius, tombeur de ses dames, se transformerait en une fée du logis ? Le jeune Potter savait que son parrain lui foutrait une sacrée raclée, s'il avait connaissance de ses pensées.

Ce dernier s'illumina en voyant son filleul arrivé et se redressa rapidement pour venir vers lui, manquant de verser le contenu de sa tasse sur son meilleur ami. Ce dernier se contenta de lever les yeux au ciel alors que Tonks pouffait à ses côtés. Le jeune homme ne put en voir davantage alors qu'il était étouffé dans une étreinte dont seul Sirius, et accessoirement Mrs Wealsey, avait le secret.

_Harry, comme ça fait plaisir de te voir.

_Je vois ça, déclara le jeune homme, hilare.

_Pourquoi ne viens-tu pas me rendre visite plus souvent, jeune homme ? S'exclama Sirius, en se détachant de lui.

_Peut-être parce que tu manques de réduire son espérance de vie à chaque occasion, maugréa Tonks en reprenant une gorgée.

Remus partit d'un grand rire avant de passer un bras autour de ses épaules. Sirius se contenta, pour sa part, à la fusiller du regard.

_Puis-je vous servir une tasse, Professeur ? S'enquit alors Lupin en s'adressant au directeur.

_Avec plaisir, répondit ce dernier en prenant place, imité par le jeune Potter et son parrain.

_Qu'est-ce qui vous amène donc par là ? Reprit Sirius, en se tournant vers les deux nouveaux arrivants.

_Nous sommes en mission, répondit Dumbledore en prenant une gorgée de son thé.

Sirius fronça les sourcils en regardant tour à tour les deux protagonistes, attendant davantage de précision. Voyant que personne ne répondait, il fixa son regard sur son filleul.

_Quel genre de mission ?

_C'est difficile à expliquer. Nous recherchons un objet et n'avons pas encore d'information, admit le jeune Potter.

_Qu'est-ce que cet objet à de spécial ? S'enquit alors Tonks, piquée aussi dans sa curiosité.

_Nous l'ignorons encore. C'est pourquoi, nous allons à la rencontre qui pourrait nous aider, expliqua Dumbledore.

_Comment pouvons-nous vous aider, Professeur ? Intervint Lupin, sachant que Sirius n'en démordrait pas tant qu'il n'aurait le fin mot de l'histoire.

_ Sirius, pourrions-nous visiter la chambre de votre frère ?

_De Regulus ? Pourquoi donc ?

_Si cela ne vous importune pas trop, trancha Dumbledore avec douceur.

Harry fut surpris de la demande du directeur mais avait appris avec le temps, à ne plus s'en formaliser. Il avait appris à lui faire confiance. Sirius se tendit, n'appréciant nullement ces méthodes. Il glissa alors son attention vers son filleul, cherchant en lui l'assurance nécessaire pour ne pas lutter davantage. La ressemblance avec James était presque insupportable. Il était injuste que ce qu'ils appelaient la Providence le torturait de la sorte, le forçant à se rappeler cette nuit-là. Il était d'autant plus horrible qu'il aimait le jeune homme, face à lui, comme s'il était son propre fils.

Il n'appréciait pas ces méthodes mais pour son filleul, il ferait n'importe quoi. Il se leva alors, invitant d'un geste de la main les deux hommes à le suivre à l'étage. Il n'était pas rentré dans la chambre de son frère, depuis des lustres, depuis sa libération d'Azkaban. Il n'en voyait pas l'utilité. Regulus avait toujours souhaité être Mangemort, suivre la trajectoire bien dessinée de la noble famille Black, d'autant plus motivé que lui, Sirius, cherchait, par tous les moyens à s'éloigner de ce milieu. Et dans déchéance, il assistait, impuissant à l'ascendance de Regulus.

S'il avait été un meilleur frère, il aurait tenté de l'y empêcher, de lui faire entendre raison mais Sirius n'était pas un bon frère, du moins par pour celui qui partageait son sang. Il lui avait juste tourné le dos, laissant les griffes de Voldemort se refermaient sur lui. Et ainsi, ils prirent des trajets différents. L'un du côté de l'Ombre, l'autre du côté de la Résistance.

Il s'arrêta juste devant la porte sombre où étaient gravées trois petites lettres, R.A.B, d'une écriture cursive. Sa main, mue de sa propre volonté, se leva alors pour en dessiner les contours. Cela faisait quinze ans qu'il s'en était allé. Du moins, c'était ce que les rapports officiels avaient mentionné. Ils avaient supposé que Voldemort l'avait tout simplement détruit, explosé, qu'il s'était alors tout simplement évaporé. Le motif, supposé, serait qu'il aurait trahi le Seigneur des Ténèbres qui ne put le supporter. La seule preuve qu'ils aient eu pour corroborer tout cela, c'était une feuille de parchemin pliée en quatre que le cadavre de Regulus tenait fermement. Sirius avait eu l'occasion d'y jeter un oeil, lorsqu'un Auror, un peu trop « passionné », était venu le narguer dans sa cellule à Azkaban. Il pensait alors que Sirius craquerait, demanderait une quelconque grâce. Mais en réalité, le Maraudeur n'en avait que faire. Il était ravi de servir cette sentence pour le crime qu'il avait commis : avoir abandonné James Potter. Bien sûr, confier Harry à ses foutus Moldus n'avait pas été chose aisée mais il devait essayer de l'arrêter, Peter Pettigrew. Quelle ironie que ce soit Harry lui-même qui ait réussi à relever ce challenge, âgé à peine de treize ans ! Le jeune Potter était alors venu vivre avec lui. Il avait ainsi embrassé une deuxième jeunesse.

Mais il se souvenait de ce mot, encore aujourd'hui. Et ce n'était pas l'écriture de son frère. Il avait été donc éliminé par Voldemort et Sirius n'en sut jamais la cause. Après tout, était-il vraiment nécessaire de chercher une quelconque justification aux actes de ce monstre ?

Il poussa légèrement la porte qui céda et laissa les deux sorciers en franchir le seuil. Harry le contempla longuement, comprenant à quel point cela lui était difficile. Cette chambre était un sanctuaire pour son parrain, un lieu qu'il ne voulait bafouer. C'était la seule limite que lui avait imposé Sirius et il n'avait même pas cherché à la contester, à la déjouer. Il n'en éprouvait pas le besoin car il comprenait sa douleur, son besoin de mettre une certaine distance entre leur réalité et celle que contenait cette chambre.

Il posa sa main sur l'épaule de Sirius, comme ce dernier l'avait fait tant de fois avec lui, lui assurant à son tour qu'il était là. Ce dernier opina doucement, la gorge obstruée, entendant ce que lui taisait son filleul avant de concentrer son regard sur le lieu qui venait d'apparaître devant lui.

Tout était à sa place. Du moins, il le pensait. Les elfes de maison se chargeaient de son entretien quotidien, de sorte qu'il n'ait jamais eu besoin de se poser la question. Le lit était fait et reposé dessus une cape finement pliée, comme si son propriétaire allait à tout moment venir la récupérer. Son bureau était immaculé. Une liasse de papiers était posée sur un coin, en dessous d'un encrier et d'une plume légèrement dégarnie.

Au dessus, trônaient des photos vieillis par les affres du temps, jaunis par l'humidité, méconnaissables comme les personnes qu'elles représentaient. Des épisodes de vie qu'il avait oublié ou du moins, qu'il ne souhaitait se remémorer. Il revoyait ses parents droits, son père et son inaliénable carrure qui tenait ce qui fut un jour sa mère, dans ses bras, sans un sourire, ni un rictus, le jaugeaient du regard, malgré toutes ces années. Il était leur plus grande déception.

Regulus se tenait sur le cliché suivant, le saluant de la main en compagnie d'une bande d'amis, tous vêtus de leurs sublimes uniformes verts, si fiers d'appartenir à la noble maison des Serpentards. Cela faisait si longtemps que Sirius n'avait vu ses traits, si semblables aux siens. C'était sa parfaite réplique sauf qu'il était plus calme, posé, plus docile.

Il sentit une douleur atroce dans sa poitrine, une douleur qui le saisissait jusqu'aux tripes mais qu'il était déterminé à ne pas afficher. Elle le brûlait de l'intérieur, carburant à chaque émotion qu'il ne voulait exprimer car il refusait de flancher. Il avait fait son deuil des membres de sa famille depuis bien longtemps. Il avait aussi perdu un autre frère. Tout cela n'aurait aujourd'hui plus de sens. Prenant une profonde inspiration, il détourna les yeux de ce cliché pour faire face à Albus Dumbledore qui analysait les lieux, l'air serein.

Harry semblait un peu perdu à ses côtés. Entre ce que devait vivre, sans conteste, son parrain et l'attitude bien étrange de son mentor déterminé à résoudre, il ne savait quel nouveau mystère, il se trouvait là à tourner en rond dans l'attente d'en savoir davantage.

Il eut un moment de silence où le vieil homme sembla inspecter les moindres recoins sans bouger d'un pouce. Comment faisait-il ? Se demanda Harry intérieurement. Et ce n'était pas la première fois. Ils avaient une excursion similaire, quelques années auparavant, courant, encore une fois, derrière un mythe, une rumeur et étaient rentrés bredouilles. C'était la raison pour laquelle Harry n'avait souhaité que Ginny l'accompagne. Il ne voulait pas lui donner de perdre encore plus espoir. Il n'était pas dupe. Il le voyait. Il en ignorait juste la cause.

_Professeur, que cherchons-nous ? S'enquit alors le jeune homme, coupant court à ce silence.

Albus ne répondit pas tout de suite, contemplant le divan qui se tenait juste en bas de la seule fenêtre de cette chambre avant de reporter son attention sur son jeune apprenti mais à sa grande surprise, il ne s'adressa pas à lui, ni ne répondit à sa question.

_Saviez-vous que Regulus Black était un des Mangemorts les plus appréciés par Voldemort ?

Ce n'était pas ce que Sirius souhaitait entendre mais il ne pouvait être surpris. Son frère était dévoué à Voldemort comme tout bon Black. Ce n'était pas une révélation. Il avait l'impression cependant que cette question était purement rhétorique. Il laissait alors le vieil homme poursuivre sur sa lancée. Ce dernier fit quelques pas, effleurant les draps du bout des doigts avant de se diriger vers la petite bibliothèque qui s'élevait quelque part dans la pièce.

_Il était intelligent, vif d'esprit, totalement dévoué à la cause. Il pensait réellement que Voldemort défendait une idée, avait un but : celui de rendre sa grandeur au monde des sorciers. Ce n'est pas quelque chose d'absurde en soit. Il est normal de vouloir que notre monde soit à la hauteur de nos ambitions. Il est juste essentiel de ne pas confondre tes ambitions et tes blessures. Il n'est pas bon de se complaire dans le passé et d'oublier de vivre.

Cette phrase, Harry avait eu à l'entendre toute sa vie mais Merlin, qu'il était difficile de l'appliquer à la lettre. Le passé demeurait toujours présent, quelque part en sourdine, prêt à bondir à tout moment pour se rappeler au souvenir de celui qui avait eu l'audace de le laisser derrière. Il en avait été bien trop souvent l'objet.

_Quoiqu'il en soit, Regulus a mis du temps à comprendre qui était Tom Jédusor et ce qu'il cherchait. Une gloire éternelle, une histoire légendaire. Tom avait la vision d'Achille, la ruse d'Ulysse mais n'atteignait la grandeur d'Hector. Alors, au fil du temps, il s'est rendu compte de la supercherie et a essayé d'y échapper. Mais vois-tu, Sirius, ton frère n'avait aucune issue. Il savait ne pas pouvoir se dérober. Comment aurait-il pu ? Il s'est senti, piégé.

_Comment…Comment savez-vous cela ? Rétorqua Sirius, sidéré.

_Parce qu'il est venu me voir, quelques temps avant sa mort.

_Que dites-vous ? Qu'êtes-vous en train de me dire Dumbledore ? Répliqua le Maraudeur, en haussant le ton.

Son filleul s'avança vers lui, prêt à le retenir si cela était nécessaire. Il était également sous le choc des déclarations de Dumbledore mais il était également curieux d'en savoir davantage. Il savait que son mentor avait tendance à délivrer l'information au bout moment. Il omettait juste d'indiquer de prime abord qu'il détenait ladite information. Il l'avait appris maintes fois à ses dépens.

_Il était désespéré, Sirius. Il pensait que je pourrais l'aider. Ce que j'ai essayé de faire.

_Effectivement, nous pouvons constaté à quel point cela a été un franc succès, s'exclama Sirius, en serrant les poings, le corps tendu.

Dumbledore ne releva pas. Il comprenait la souffrance qu'endurait actuellement Sirius et tout ce qu'il souhaitait c'était d'y mettre fin rapidement.

_Il était venu m'avouer avoir découvert un moyen de détruire Voldemort. Je lui ai demandé de ne pas agir impulsivement, de me laisser le temps de le sortir de la situation dans laquelle il se trouvait et ensuite de l'aider dans sa quête. Mais Regulus ne l'entendait pas de cette oreille. Il a disparu dès le lendemain de notre rencontre. Il m'a été ensuite impossible de le retrouver jusqu'à ce qu'il soit découvert.

_Que voulez-vous dire, Professeur ? Quel était ce moyen ? Reprit Harry alors que Sirius prenait place sur le lit à ses côtés, dévasté par ces dernières nouvelles. Son frère avait cherché la rédemption. Il avait tenté de mettre fin à tout cela.

Albus s'avança alors vers les hautes vitres de la chambre et contempla le mouvement des Moldus à l'extérieur, totalement ignorant de la proximité du danger, de l'improbable, de l'impossible. Ils étaient murés dans une réalité qui était défiée juste à côté.

_Il existe une magie très sombre, très noire. Une magie qui va au-delà de ce que nous pouvons expliquer, enseigner. Une magie terriblement dangereuse que Merlin lui-même choisit de la bannir. Pour atteindre l'immortalité, certains sorciers ont tenté de scinder leurs âmes afin de rattacher ces bouts à des objets inanimés. L'intérêt étant que si l'un d'eux venait à être anéanti, il lui suffirait de revenir par une de ses reliques. Elles se nomment Horcruxes.

_Comment est-ce possible ? Comment peut-on scinder son âme ? L'interrogea alors le jeune Potter, ébahi.

_En commettant un acte contre nature, un acte d'une telle violence qu'il briserait littéralement l'âme de celui qui l'aurait commis : en ôtant une vie. Chaque relique ne peut être créée que si un sacrifice le précède.

Harry passa sa main dans son visage. Voldemort était encore plus détraqué qu'il ne le pensait. Il avait donc vraiment tout fait.

_Et où se trouve celle de Voldemort ? Demanda-t-il, prêt à aller la trouver.

Albus se tourna vers lui, contemplant un instant le jeune homme avant de se rapprocher de lui.

_Elle peut être n'importe où. Ici ou ailleurs. Isolé ou avec les autres.

_Attendez…De quels autres parlez-vous ? S'exclama Sirius en se relevant, comme réanimé.

_L'ambition de Voldemort a toujours été démesurée. Il savait qu'il ne pourrait être infaillible. Il devait s'assurer d'avoir toutes les cartes en jeu. Il en a donc créé sept.

Harry secoua la tête, dépité. Bon sang, il n'en connaîtrait jamais la fin. C'était typique de ce monstre. Il ne parvenait même plus à être surpris. Il eut un rire désabusé, se frottant le front d'une main.

_Il a vraiment pensé à tout, Tom. Très bien, comment les trouver ? Qu'est-ce que Regulus à avoir avec cela ? Se ressaisit le jeune homme, attendant la suite de l'histoire, la raison de leur présence.

_Regulus est celui qui m'a permis de comprendre ce qu'avait fait Voldemort. Il m'a mis sur la piste de ces Horcruxes. Et je t'avoue n'avoir eu aucune chance sur le sujet, jusqu'à ce que tu viennes à Poudlard. Le journal de Tom Jédusor est le premier Horcruxe que tu m'as permis de trouver. Tu l'ignorais à l'époque et je ne trouvais pas utile de te révéler cela alors que tu étais si jeune, si ignorant des horreurs qui se tramaient tout autour.

Harry opina doucement, l'invitant à poursuivre. Il ne servait à rien de ressasser le passé.

_En avait trouvé d'autres ?

Albus Dumbledore regarda une nouvelle fois tout autour, en répondant au jeune homme.

_Non. Il semblerait cependant que Regulus ait conservé un objet.

_Qui vous dit qu'il ne l'a pas déjà détruit ? S'enquit Sirius, en regardant à son tour autour de lui.

_Parce qu'il ignorait comment faire.

_Professeur, comment saviez-vous qu'il était en possession d'un tel objet ?

Ses yeux brillèrent d'amusement lorsque son jeune prodige lui posa la question. Il était normal d'ailleurs qu'il s'interroge. Regulus Black les avait quitté depuis un moment.

_Je n'ai jamais pu dire à Mrs Granger-Weasley à quel point je soutenais son initiative de défense des elfes de maison. Ce sont des êtres fascinants et terriblement intelligents.

Harry ne sourit à sa boutade. Il était encore perdu dans toutes ses informations. Il avait toujours cette impression, depuis son entrée dans le monde des sorciers qu'il ne contrôlait absolument ce qui l'entourait. Dumbledore ne faisait qu'accentuer ce sentiment à l'instant.

_Pourquoi ne me le dire que maintenant, Professeur ?

_Parce que le temps est une chose complexe, Harry. Si tu n'étais venu me voir pour me parler de ce médaillon, je n'aurais eu l'idée de consulter les elfes et cela ne nous aurait pas mené jusqu'ici.

_Attendez une minute, de quoi parlez-vous ? Je suis perdu. Quel médaillon et qu'est-ce que Regulus a à voir là-dedans ?

Harry porta son attention vers son parrain avant de lui répondre.

_En tant qu'Élu, je peux communiquer avec les « apparitions » des Élus qui m'ont précédé. Ginny a cette même habilité et elle peut ainsi voir les Promises. Ils nous forment ainsi afin que nous puissions réussir notre mission. C'est ainsi qu'est venu à moi, Élyas. Selon lui, un médaillon aurait été égaré par un ancien Élu. Un médaillon qui aurait la possibilité de nous aider dans notre quête.

_Des apparitions ? Martela lentement Sirius en contemplant son filleul comme s'il lui était poussé une deuxième tête.

_C'est une longue histoire. Nous en reparlerons plus tard, si tu le permets. Professeur, pensez-vous que Regulus ait eu un tel objet ?

_Oui. Cependant, il ne se trouve pas ici.

_Comment le savez-vous ? Répliqua le jeune Potter.

_Ces objets sont généralement entourés d'une aura. Je ne la perçois pas en ces lieux. Quelqu'un aurait-il pu pénétrer en ces lieux et le trouver ?

_Je l'ignore. Peut-être, avant que je ne sois là. Cette maison n'a jamais été un lieu très fréquentable et accueillait beaucoup de Mangemorts. Alors, tout est possible.

_Peut-être qu'un sortilège le dissimule ? Interrompit alors Harry, la voix teintée d'espoir.

_C'est impossible.

_Dans ce cas où pourrait-il être ? Demanda alors Sirius, en regardant autour de lui.

_Nous devrons continuer à chercher. Merci de votre temps, Sirius.

-A-

Il faisait déjà tard lorsque le jeune Potter trouva ses appartements. Son parrain avait insisté pour que Dumbledore et lui restent pour dîner, ce qui n'eut pas le coeur de refuser malgré les déconvenues du jour. Il avait vraiment espéré pouvoir retrouver ce foutu médaillon mais il semblait qu'à chaque fois qu'il pensait se rapprocher de ce but, quelque chose le faisait reculer de plusieurs pas.

Un feu s'enclencha dans l'âtre de la cheminée lorsqu'il pénétra dans le salon. Il jeta sa cape sur un des fauteuils à proximité. Un coup d'oeil à l'horloge lui indiqua qu'il se faisait un peu tard mais il avait promis à sa jeune amie qui la tiendrait au courant. Il prit un bout de parchemin et une plume, griffonna rapidement quelques mots et se dirigea vers Hedwige qui hulula en le voyant arriver.

_Ma belle, peux-tu apporter cela à Ginny Weasley ?

Ses yeux le transcendèrent alors qu'il la libéra et la vit voleter dans la nuit noire.

-A-

La jeune Weasley avait le regard fixe sur le plafond de son lit à baldaquin, bercée par le silence alentour, interrompu ponctuellement par les ronflements de Parvati. Elle persistait à le nier malgré les insistances de Lavande. Un sourire lui échappa à cette pensée.

Elle ne trouvait pas le sommeil.

Elle n'avait pas eu des nouvelles de Harry depuis qu'il était parti en fin de matinée et craignait qu'il ne lui soit arrivé quelque chose. Elle savait pourtant qu'il était avec Albus Dumbledore et que de ce fait, rien ne pouvait lui arriver mais elle ne pouvait faire taire cette voix.

Le match avait été génial. Elle s'était amusée et avait pu oublier pendant un instant tout ce qui lui arrivait. Gryffondor avait gagné. Cela leur avait valu une fête improvisée dans la Salle Commune, organisée par Seamus & Dean. Elle avait prétexté être fatiguée pour se retirer assez tôt. Aucun ne lui avait tenu rigueur. Elle s'était surpassée. Ses courbatures en attestaient.

Malgré toute sa volonté, elle n'avait pas pu fermer l'oeil. Elle avait ainsi assisté au retour de ses colocataires qui chuchotaient silencieusement et avec enthousiasme, afin d'éviter de la réveiller. Elle avait pu deviner leurs mouvements dans la pièce puis leurs derniers chuchotements se turent et elle sut qu'elles s'étaient endormies.

Et depuis, elle contemplait au-dessus d'elle sans réellement le voir le velours rouge, en essayant de se raisonner, de faire en sorte de se vider la tête. En vain.

Elle entendit de légers grincements près de sa vitre et crut d'abord rêver avant que face à leur insistance, elle ne se lève et écarte légèrement le rideau rouge. Les battements de son coeur s'accélèrent lorsqu'elle reconnut Hedwige par son plumage unique. Elle finit par s'emmêler dans ses draps en s'extirpant et tomber lourdement sur le sol dans son empressement. Elle resta immobile un instant, guettant si une de ses amies s'était réveillée. Une fois assurée que ce n'était pas le cas, elle se mit debout et ouvrit précautionneusement la vitre, laissant suffisamment d'espace pour qu'uniquement sa main puisse toucher l'animal. Les nuits étaient fraîches en cette période.

De son index, elle caressa le col de la chouette, la remerciant de ce message et détacha la missive de sa patte, la regardant s'en aller et disparaître à son tour dans la nuit. Elle essaya de ne pas paraître empressée en ouvrant le parchemin mais qui leurrait-elle.

Une chaleur se répandit dans sa poitrine lorsqu'elle aperçut l'écriture du jeune Potter.

Je viens de rentrer. Désolé de n'avoir donné aucune nouvelle.

Que dirais-tu que nous en parlions demain ?

Je t'attendrais dans mes appartements à 10h.

Fais de beaux rêves, Ginny.

H.

Elle ne put retenir un nouveau sourire d'étirer ses lèvres. Il était sain et sauf. C'était le plus important. Et elle avait l'occasion de le voir demain. Elle déposa le parchemin dans un encart dissimulé de sa malle et se replongea dans son lit, prête à suivre Morphée.