Titre : La toile des souvenirs
Auteur : Suzan
Relectrice : Mora
Note : Les personnages, les lieux et autres appartiennent tous à la grande prêtresse, j'ai nommé JK. Rowling - sauf mention contraire.
Avertissement : Ce texte met en évidence des relations entre adultes, considérez-vous comme prévenus.
Résumé : Six ans après la fin de la Guerre, Hermione Granger, épaulée par son meilleur ami, est devenue Portraitiste. Célibataire et dédiant sa vie à son art et à ses amis, elle réalise des toiles en emprisonnant les souvenirs pour reconstituer des personnalités… Elle adore son travail jusqu'à ce qu'un beau jour un client particulier passe le seuil de sa boutique.
NDA : Salut à tous et bienvenue sur ce dix-septième chapitre de TLS ! Merci pour vos encouragements très nombreux sur le précédent chapitre, j'ai lu avec attention chacun de vos commentaires - et ils trouveront tous une réponse soit par MP, soit par RAR. Je publie légèrement plus tard aujourd'hui car j'ai eu un petit souci informatique - rien de grave mais ma clef USB a planté et j'ai mis beaucoup de temps à récupérer les fichiers... Bref ! J'espère que vous allez tous bien et que ce nouveau chapitre vous plaira. En terme d'importance dans l'histoire, on peut dire qu'il égale le chapitre 11... Je n'en dis pas plus et vous souhaite une bonne lecture !
« La plupart des gens traversent la vie en redoutant les expériences traumatisantes. [Mes personnages] sont nés avec leur traumatisme. Ils ont déjà rencontré l'épreuve dans leur vie. Ce sont des aristocrates. »
Diane Arbus
Les yeux fermés et l'esprit vide de tout, Hermione se délectait de ce moment. Les lèvres de Drago étaient douces et chaudes, et appuyaient fermement contre les siennes. Sa langue lécha sa lèvre inférieure. En réponse, elle entrouvrit la bouche, partageant son souffle avec lui. Lorsque leurs langues se touchèrent, un fourmillement électrique naquit au creux de son ventre et se déploya à travers son corps, la faisant frissonner toute entière. Une curieuse sensation qu'elle ne reconnut pas immédiatement se propagea dans ses veines.
Trop vite, le baiser cessa et Drago recula son visage, soutenant son regard à quelques centimètres de sa bouche. Peu à peu, Hermione reprit pied avec la réalité, le corps collé contre celui de l'ancien Serpentard, ses mains crochetées derrière sa nuque tandis que les siennes caressaient sans vergogne ses épaules.
- Il va vraiment falloir qu'on reparle de ça, Granger, chuchota-t-il d'une voix rauque, chargée de désir. Garde ce baiser dans un coin de ta tête, s'il te plaît.
Hermione acquiesça mécaniquement tandis que Drago se détachait d'elle, créant une sensation de manque chez la jeune femme.
- J'ai besoin de deux jours pour régulariser la situation de Cesaria et assister à la réunion du Conseil, formula-t-il rapidement, son regard enveloppant la jeune femme. Dans deux jours, Hermione, nous reparlerons de tout ça.
- D'accord, répondit-elle d'une voix chevrotante.
Drago se rapprocha, prit son visage en coupe et déposa un chaste baiser sur ses lèvres.
- Deux jours, promit-il d'une voix pleine de ferveur.
Cinq secondes plus tard, il passait la porte, la déclaration de naissance de Cesaria à la main.
Dire qu'Hermione était perdue semblait être le pire euphémisme du siècle. Elle tournait comme une lionne en cage dans son atelier, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit malgré sa maîtrise de l'Occlumencie et toute sa bonne volonté. Elle ne pouvait simplement pas éluder ce qu'il s'était passé, faire comme si de rien n'était et revenir dans deux jours pour en parler. Il fallait qu'elle se sorte ce truc de la tête.
Mais comment ?
D'ordinaire, si quelque chose de similaire lui arrivait – non que ce soit courant mais quand même – elle se précipitait dans la première cheminée venue et atterrissait soit au Manoir Potter où Daphné s'extasiait sur son aventure en demandant discrètement à son mari de vérifier les antécédents du prétendant en question, soit à Loustry-Ste-Chaspoule où Luna posait toutes les bonnes questions pour remettre les choses en perspective.
Or, aujourd'hui, dans un cas comme dans l'autre, cette solution était complètement exclue. Sa relation tumultueuse avec Harry en ce moment ne lui permettait pas de débarquer comme une fleur au Manoir pour demander à voir Daphné et Luna pensait qu'elle était en vacances. Et ce, sans compter son confinement au Manoir Malefoy jusqu'à la prochaine réunion du Conseil pour sa propre sécurité.
Hermione allait devenir folle, c'était sûr. Se sentant à deux doigts de l'hystérie, la Portraitiste s'enjoignit au calme. Elle prit une profonde respiration, essayant de réduire les palpitations de son cœur et de reprendre le contrôle. Lorsqu'elle se trouva un peu moins fébrile, elle fit appel à son imagination.
Qu'est-ce que Luna ou Daphné dirait en pareille circonstance ?
Daphné lui demanderait une description du baiser et Luna, ce qu'elle ressentait à propos de la personne à qui elle l'avait accordé. Hermione statua sur le fait que même s'il fut plutôt bref c'était certainement l'un des meilleurs baisers de sa vie – quand bien même personne ne pourrait lui faire avouer – sans grande concurrence.
Elle n'avait eu que peu d'aventures, peu d'amants et encore moins de petits amis. Dans cette catégorie, Ron était le seul à se prévaloir du titre, le seul en qui Hermione avait eu suffisamment confiance pour s'engager – pour tout le bien que cela lui avait fait… Parfois lorsqu'elle observait Harry avec Daphné, elle se demandait pourquoi elle n'était pas tombée amoureuse de son meilleur ami. Après tout, Harry était gentil, drôle et beau, ce qui ne gâchait rien, mais ses sentiments pour lui n'avaient jamais dépassé le stade de l'amitié – et heureusement puisqu'elle le considérait comme le frère qu'elle n'avait jamais eu.
Ron avait toujours été envieux de ce qu'il n'avait pas, ce qui déclenchait en lui un sentiment d'infériorité dès qu'il se sentait mal à l'aise quelque part. Sa franchise et son humour n'avaient pas pu compenser ce trait de caractère qui avait fini par avoir raison de l'affection qu'Hermione lui avait portée. Elle avait mis du temps à mettre le doigt sur ce qui avait cloché avec son ancien petit ami et c'est peut-être pour cela qu'elle n'était réellement sortie avec personne par la suite.
Bien sûr, elle avait assisté aux rendez-vous organisés par Daphné, contrainte et forcée. Elle avait également eu quelques à-côtés, des sorciers rencontrés dans le cadre de son travail ou lors de fêtes organisées à l'occasion d'un anniversaire ou d'un diplôme. Personne n'avait réellement compté et aucun de leurs baisers ne l'avaient faite frissonner. Si ces relations avaient été éphémères, Hermione en avait simplement conclu qu'il était difficile pour elle d'être en couple. Pas forcément parce qu'elle était plus intelligente qu'eux comme le laissait sous-entendre Daphné, mais parce qu'elle était plus intellectuelle. Elle aimait discuter de faits historiques, de théories magiques, de politique sorcière ou encore du dernier roman sorti chez Obscurus Book… chose qu'elle n'avait jamais retrouvé dans une relation, jusqu'à maintenant.
Car il fallait bien l'avouer, Drago la suivait parfaitement sur ce plan-là. Sous ses dehors caustiques, il écoutait toujours ce qu'elle avait à dire. Bien sûr, il restait un Serpentard dans l'âme et essayait en permanence de se tirer de chaque situation désavantageuse avec le moins de conséquences possibles – ce qui avait tendance à la rendre folle – mais il respectait toujours strictement sa parole. Et lorsqu'elle n'était pas d'accord avec lui, il écoutait entièrement son point de vue. C'était peut-être le seul homme qui lui avait permis de développer autant ses idées car en se faisant systématiquement contradicteur, il la poussait à affiner ses arguments. Arrivée à ce moment de sa réflexion, la phrase de Cesaria lui revint en tête.
« Le secret de mon frère, Hermione, c'est qu'il faut regarder ses actions en ignorant absolument tout le reste et particulièrement ce qu'il dit. »
Si elle suivait cette dangereuse piste de réflexion, elle ne pouvait qu'admettre que Drago respectait son intelligence et sa loyauté – au point de tout parier sur ces deux qualités –, qu'il s'inquiétait de son bien-être et de sa sécurité et qu'il appréciait sa présence – particulièrement lorsqu'elle le contredisait pour dire une chose à laquelle il ne s'attendait pas.
En repensant à ce baiser, Hermione identifia finalement la sensation qui s'était déployée en elle : du désir. Ce sentiment, rarement éprouvé auparavant, la laissa songeuse pendant de longues minutes car Hermione faisait parfaitement la distinction entre désir et amour. Certes, elle désirait Drago Malefoy mais l'aimait-elle ? Avait-elle assez confiance en lui pour s'engager dans une quelconque relation ?
Hermione douta car elle n'avait pas la réponse à cette question.
La Portraitiste assista au dîner de fête qui eut lieu au Manoir Malefoy ce soir-là, regroupant les seuls résidents permanents et quelques portraits, embrassant et félicitant Cesaria comme il se devait, tout en se dérobant systématiquement afin de ne pas se retrouver à moins d'un mètre de Drago Malefoy. La soirée fut digne d'un numéro de jonglage mais elle réussit – du moins l'espérait-elle – à maintenir une façade tout en esquivant prestement toutes les discussions auxquelles prenait part le sorcier en question.
Le lendemain, elle passa la matinée à éviter tous les habitants du Manoir Malefoy comme la peste. Elle resta enfermée à l'atelier, reprenant ses activités de Portraitiste. Elle s'excusa auprès de ses hôtes pour les repas et les elfes de maison lui apportèrent de quoi se sustenter directement dans l'atelier.
Non que son absence eût un grand impact : le Manoir était en totale ébullition. Narcissa ne quittait plus la bibliothèque, passant et repassant en revue le moindre point juridique. Drago enchaînait à tour de bras les rendez-vous pour ranger de leur côté un à un tous les membres du Conseil avant la fameuse réunion. Quant à Cesaria, elle avait droit à des cours accélérés d'étiquette par un précepteur dépêché pour l'occasion.
C'est pourquoi Hermione fut particulièrement étonnée lorsque la future héritière Malefoy se présenta à la porte de l'atelier en fin de journée.
- Puis-je vous parler ? Demanda-t-elle d'une voix timide.
La Portraitiste acquiesça avec un sourire en lui proposant de s'asseoir en face d'elle. Cesaria ferma soigneusement la porte et vint occuper le tabouret qui lui était indiqué. La mine légèrement défaite de la jeune femme inquiéta Hermione mais elle la laissa se lancer avant de poser des questions qui pourraient être malvenues.
- Je suis navrée si je blesse vos sentiments en parlant ainsi, débuta Cesaria en se mordant les lèvres, mais depuis hier j'ai remarqué que vous nous évitiez.
- Je ne veux pas être un poids pour vous, la rassura Hermione immédiatement, vous avez tant à faire pour préparer votre intronisation, je ne veux pas gêner.
Un certain soulagement apparut sur le visage de l'ancienne Serdaigle.
- Je ne suis pas certaine qu'il ne soit question que de politesse, formula-t-elle d'une voix douce, montrant qu'elle n'était pas totalement dupe de l'excuse d'Hermione, mais il serait extrêmement grossier de ma part de forcer vos confidences. Je voulais vous demander de venir avec moi à la réunion du Conseil de demain.
Hermione tenta de retenir la surprise qui devait s'imprimer sur son visage tandis que Cesaria poursuivait, le rouge lui montant aux joues.
- Avec tous les sujets à traiter, la séance a été avancée en début d'après-midi, expliqua-t-elle, et je vous serai reconnaissante de votre présence. J'ai le droit d'inviter une Suivante à observer les débats. Nous ne pourrons pas y participer toutes les deux mais cela pourrait être intéressant de voir le Conseil se réunir et puis…
- Cesaria, la coupa Hermione d'une voix douce, tu n'as pas besoin de me convaincre, s'adressant à elle d'une façon beaucoup moins formelle. Je viendrai, promit-elle avec un sourire. Tu m'as eue à « je vous serai reconnaissante », imita-t-elle en reprenant le ton timide et ampoulé de la jeune femme.
Les joues de Cesaria se teintèrent encore plus de rouge sous la moquerie de son amie mais elle rigola de bon cœur avec elle.
- Merci, Hermione, dit-elle, retirant à son tour toute distance dans sa façon de s'exprimer.
- C'est avec plaisir, répondit la Portraitiste avec un sourire. Je voulais moi aussi te poser une question… Se risqua-t-elle en voyant l'opportunité parfaite de l'interroger sur un sujet qui lui tenait à cœur.
- Je t'en prie, accepta Cesaria avec un sourire.
- Es-tu vraiment heureuse de devenir l'héritière Malefoy ? S'enquit Hermione en soutenant le regard de Cesaria, pour qu'elle comprenne qu'aussi indiscrète que sa question puisse paraître, elle n'était motivée que par une préoccupation sincère quant au bonheur de la jeune femme.
Cesaria le comprit immédiatement et sourit, bienveillante.
- Cette question a deux réponses, comme à toutes les questions (1), commença-t-elle enjouée. La réponse que l'on donne à la société et celle que l'on ne confie qu'aux personnes de confiance. Pour formuler ma première réponse, je dirais que je suis enchantée et reconnaissante de faire partie de cette famille et que si de menus sacrifices sont nécessaires – comme l'abandon de mon travail à plus ou moins brève échéance –, je suis prête à y faire face, avec la préoccupation constante de servir ma Maison au mieux de mes capacités, expliqua-t-elle d'une voix sérieuse et un rien professorale.
Elle accorda un clin d'œil à Hermione.
- Quant à ma seconde réponse, elle n'est pas si éloignée de la première. Mère est décédée lorsque j'étais encore enfant. Si mon oncle m'a accordé la possibilité de porter son nom, il a également renié Mère, la plaçant au ban de la société. Ce faisant, il l'a mise dans une situation insoutenable pour elle. La perte de ses relations, de son statut et du confort matériel qui allait avec l'a plongée dans une profonde dépression et elle est décédée quelques mois plus tard. J'ai été prise en charge par l'une de ses amies célibataire qui est devenue ma tutrice. Elle savait qui était mon père mais n'a jamais rien dit jusqu'à ma majorité. Et malgré toutes ses attentions et sa bienveillance, ce n'est que maintenant avec Narcissa et Drago que je ressens enfin la sensation de faire partie d'une famille, révéla-t-elle d'une voix émue.
Hermione avait envie de prendre la jeune femme dans ses bras mais se fit violence pour la laisser vider son cœur.
- Alors bien sûr, cela m'attriste de ne plus pouvoir exercer mon métier, avoua-t-elle en haussant les épaules. J'avais une bonne place chez les Ollerton et j'adorais enchanter les prototypes et les tester… Mais cela me semble un petit prix à payer pour tout ce que Drago m'apporte : un nom, une famille, une place en société. Cela peut te sembler dérisoire mais en tant qu'enfant illégitime, c'est ce à quoi j'ai aspiré toute ma vie, révéla-t-elle le visage rayonnant. Je sais que notre héritage n'est pas facile à porter, je sais ce que ma famille a fait durant la guerre, quelles allégeances premières ils ont eu… Mais contrairement à nombre de gens, je sais aussi ce que cela leur a coûté.
Cesaria prit une inspiration audible comme si cela la peinait de repenser à ce que les Malefoy avaient vécu durant la guerre.
- J'aime Narcissa et Drago, assura-t-elle d'une voix déterminée, et je pense que lorsqu'on aime les gens, on fait tout pour les aider, non ?
Hermione hocha la tête, laissant échapper un petit « si » coincé quelque part entre ses cordes vocales.
Le lendemain, toute la maisonnée se rejoignit dans la salle des cheminées du Manoir. Les Malefoy avaient revêtu de magnifiques robes de sorcier traditionnelles pour la circonstance, toutes brodées avec les armoiries de la famille à un endroit différent : le dos pour Drago, le bras pour Narcissa et le cœur pour Cesaria. Hermione se demanda brièvement si cela avait une quelconque signification.
Drago marqua un temps d'arrêt en la voyant passer le seuil et Hermione tenta de ne pas rougir en croisant son regard, une lueur de surprise présente au fond de ses yeux. Pour l'occasion, la Portraitiste s'était laissée convaincre de porter une tenue de Cesaria – qu'une elfe de maison avait ajustée en deux claquements de doigts – composée d'une robe de sorcière sombre brodée de motifs floraux sur un ensemble de tailleur en coton égyptien. En plus d'être très élégante, sa tenue était particulièrement légère et adaptée à la saison.
Drago souhaita emprunter le réseau en premier pour s'assurer que la place était sûre. Cependant, l'adresse qu'il prononça était particulièrement simple, ce qui ne manqua pas d'étonner Hermione.
- La Loge, lança-t-il juste avant de disparaître.
- Le Conseil a été l'une des premières institutions à bénéficier du réseau de Cheminette, d'où la sobriété de l'adresse. Il n'y a qu'une seule cheminée mais il paraît que l'âtre est monumental, la renseigna Cesaria tandis que Narcissa empruntait à son tour le réseau après avoir rabattu son capuchon sur la tête.
Cesaria se couvrit également et la suivit de près, puis ce fut au tour d'Hermione. Lorsqu'elle arriva à destination, une main secourable l'attendait pour l'aider à sortir de l'âtre. Elle ignora la chaleur traîtresse qu'elle sentait ramper le long de ses joues lorsque Drago lui jeta discrètement un sortilège pour épousseter sa cape et remettre en place son capuchon. Cesaria avait raison, l'unique cheminée de la pièce pouvait contenir pas moins de cinq sorciers.
Avec sa capuche rabattue devant elle, Hermione dut s'y reprendre à plusieurs fois pour saisir la magnificence des lieux. La Loge avait de formidables proportions. Les fenêtres en arc de cercles comportaient de magnifiques vitraux représentant des scènes issues de la légende arthurienne. Les murs étaient recouverts de boiseries, certaines particulièrement travaillées comme cette colonne dont les écailles étaient si réalistes qu'elles semblaient bouger. Quant au plafond, les nombreux caissons décorés donnaient toute la mesure de ce grand espace capable de rassembler plus d'une centaine de personnes.
Pour l'heure, la salle était encore vide, en dehors de deux groupes de trois et quatre personnes qui s'entretenaient, protégés par de grandes capes et un Assurdiato. Les sorciers se retournèrent vaguement à leur arrivée avant de reprendre leur conversation. Un frisson d'appréhension parcourut Hermione.
En acceptant de venir pour soutenir Cesaria, elle avait complètement occulté un détail pourtant de taille : Harry serait également présent. La jeune Serdaigle s'était empressée de la rassurer : en dehors des représentants habilités à prendre la parole, les témoins, les invités et même les autres membres de la famille ne se découvraient jamais afin de protéger leur identité.
En effet, le Conseil requérait la plus grande discrétion de la part de ses membres mais il leur accordait la même chose en retour : tant que son existence restait cachée du grand public, leur identité restait aussi confidentielle. Cette particularité était si pratique que les membres gardaient jalousement ce secret pour conserver leurs privilèges.
Hermione ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter : si son meilleur ami comprenait qu'elle faisait partie de la délégation des Malefoy, cela ne ferait rien pour arranger leur relation. En voyant Cesaria s'approcher d'elle, la Portraististe se raisonna. Elle avait donné sa parole à la jeune femme et elle la tiendrait. Si Harry n'était pas content, Hermione ne pourrait pas y faire grand-chose.
- Nous sommes dans l'antichambre de la salle des débats, chuchota la jeune fille à l'oreille de l'ancienne Gryffondor. Les membres l'appellent le « Temple ». On doit s'enregistrer avant d'entrer dans la salle, expliqua-t-elle en montrant un bureau en acajou devant deux immenses portes en chêne.
Hermione hocha la tête, sortant sa baguette magique pour l'authentification, pensant que le système était identique à celui ayant cours au Ministère. Cependant, elle n'en eut pas besoin. Drago se chargea de toutes les formalités en annonçant d'une voix hautaine :
- Drago Lucius Malefoy, représentant de la famille Malefoy et trois accompagnants.
La veille au soir, Cesaria avait pris la peine d'expliquer à Hermione le rôle d'une Suivante. Contrairement au terme qui avait une connotation légèrement péjorative pour la Portraitiste, la Suivante était une personne de confiance dont les fonctions se situaient entre le garde du corps et la confidente. Lors des rassemblements sociaux, elle chaperonnait également la jeune femme qu'elle accompagnait et se tenait toujours à sa gauche ou légèrement en retrait. Dans le cas actuel, leurs identités étant masquées, Hermione se contenterait de tenir la main de Cesaria alors que son avenir se jouait devant elle sans qu'elle ne puisse avoir son mot à dire.
Après l'enregistrement, ils purent accéder au Temple. La salle des débats était un hémicycle constitué de gradins avec en son centre, une estrade pour les débats et autres prises de parole. Aucune fenêtre ne venait percer les murs épais et les lieux étaient plongés dans la pénombre – ce qui contrastait fortement avec l'atmosphère de la Loge. Une fois ses yeux accoutumés à l'obscurité, Hermione distingua juste assez d'éléments pour se diriger sans heurter un meuble mais trop peu pour discerner les détails des décors. La Portraitiste laissa échapper un soupir de soulagement en pensant à Harry puis elle se morigéna pour cette lâche pensée.
Chaque famille membre possédait un bureau, tous agencés autour de l'hémicycle. Des lampes à huile flottaient au-dessus de chaque table, projetant une lumière directe et concentrée à l'endroit où s'asseyait le représentant de la famille. Les armoiries et devises étaient affichées et éclairées devant chaque bureau. Drago ouvrit le chemin pour rejoindre celui des Malefoy et s'installa tranquillement à sa place, ôtant son capuchon d'un geste négligent.
Hermione, Cesaria et Narcissa s'assirent derrière lui sur une rangée de fauteuils installée en surplomb pour que la lumière ne puisse les éclairer. Aucun autre siège n'était prévu pour un quelconque public : on n'entrait pas au Conseil sans l'invitation expresse d'une famille membre.
- Les décisions se prennent à la majorité ou à l'unanimité et les débats sont animés par le Président de Session, chuchota Cesaria à l'oreille d'Hermione. Le Président change tous les mois suivant l'ordre alphabétique des noms des familles membres. Ce mois-ci, c'est au tour de Flora Carrow.
- Tu la connais ?
- Oui, affirma Cesaria d'une voix triste. Flora et Hestia, sa jumelle, sont entrées à Poudlard lorsque j'y entamais ma deuxième année. Elles étaient les nièces d'Alecto et d'Amycus Carrow, révéla-t-elle d'une voix encore plus basse et pleine de haine. Quand l'école est tombée, je veux dire sous l'égide du Directeur Rogue, elles ont particulièrement souffert du sadisme de leur tante c'était une authentique psychopathe. Alecto pensait que l'absence d'héritier mâle et la naissance de deux jumelles était dû à une malédiction familiale qui ne pouvait se défaire que dans le sang, expliqua Cesaria, rembrunie. Flora et Hestia n'ont pas eu de chance : elles ont été réparties à Serpentard et Alecto était leur Directrice de Maison.
Hermione approuva d'un signe de tête, plaignant sincèrement les deux jeunes filles. Cesaria se tut pour observer la salle se remplir petit à petit. La Portraitiste tenta d'associer les noms de chaque famille avec leur blason et devise mais elle ne put reconnaître que ceux de ses amis. Les Black se tenaient sur leur gauche, tandis que les Greengrass avaient un bureau juste en face de celui des Malefoy.
Au fur et à mesure que la salle se remplissait, Hermione découvrit avec surprise qu'elle connaissait un nombre important de représentants de chaque famille : Hannah, malgré son mariage avec Neville, était assise à la table des Abbot, Marcus Flint s'installa également en avance ainsi qu'Ernie Macmillan, Muriel Prewett – la grande tante de Ron - Kingsley Shacklebolt, l'actuel Ministre, et leur ancien professeur de potions, Horace Slughorn. Elle put voir Théodore Nott et Millicent Bulstrode venir saluer Drago, lui chuchotant deux mots à l'oreille.
Cesaria combla les blancs pour elle, lui présentant les représentants qu'elle connaissait soit parce qu'elle avait été à Poudlard avec eux comme Sullivan Fawley, soit parce qu'elle avait appris leurs noms par cœur comme Felix Rosier ou Gerfrid Ollivander – le fils de Garrick, le marchand de baguettes sur le Chemin de Traverse.
- Nombre de lignées sont quasiment en voie d'extinction, murmura rapidement Cesaria. Leurs représentants actuels sont les épouses des derniers héritiers. C'est le cas pour les Avery, les Rowle ou les Yaxley notamment. Notre cas les intéresse parce qu'elles n'ont pas ou plus d'enfants et cherchent par tous les moyens à sauvegarder les lignées.
- Qui est cette femme à la table des Lestrange ? La femme de Rabastan ? S'enquit Hermione en direction de Cesaria mais se fut Narcissa qui répondit.
- Merlin nous en préserve, chuchota-t-elle, c'est sa cousine, Nozéa Lestrange, cinquième du nom. Elle est issue de la branche secondaire des Lestrange qui sont restés sur le sol anglais.
- Parce qu'il y a d'autres branches ? Interrogea Hermione curieuse.
- Les Lestrange sont originaires de France, expliqua simplement Narcissa, ils ont donc quelques membres éparpillés ici et là. Si mes souvenirs sont exacts, ils ont même essayé d'immigrer aux États-Unis mais cela ne leur a pas porté chance.
Hermione s'installa plus confortablement dans son siège alors que Pansy Parkinson faisait une entrée bruyante et remarquée, encadrée par deux silhouettes encapuchonnées – certainement Catharsia Malefoy et Naim Kama.
- Quel vulgarité, laissa échapper Narcissa dans un sifflement dédaigneux.
Hermione aurait pu en rire si Harry ne venait pas aussi de franchir la porte, lui-même accompagné par sa femme dont le ventre s'était joliment arrondi et de Neville qui lui serra l'épaule avant de s'installer à sa propre table. Hannah, sa femme, lui adressa un sourire depuis la table des Abbot. Quelques murmures bruissaient çà et là tandis que les représentants de certaines familles se saluaient ouvertement. Le silence tomba lorsqu'une jeune femme d'une vingtaine d'années pénétra dans l'hémicycle, accompagnée de son exacte réplique, avant de se diriger vers la table des Carrow. Elle posa une pile de dossiers sur son bureau et se jeta un Sonorus avant de prendre la parole.
- Bienvenue à la Session extraordinaire de l'Admirable Conseil des Vingt-Huit, les salua-t-elle en se tenant debout, droite et rigide à côté de sa chaise. Je suis Flora Carrow, représentante pour ma famille et comme le veulent les anciennes lois, je serai la Présidente des Sessions de ce mois.
Chaque représentant tapa deux coups sur le bureau, validant ainsi le début de séance et les portes de la salle se verrouillèrent dans un cliquetis définitif.
- Avant toute chose, et pour respecter parfaitement la procédure, le compte-rendu du précédent Conseil vous a été adressé il y a une semaine ainsi que l'ordre du jour. Est-ce que l'un de nos éminents membres aurait des questions à adresser au Conseil ou des remarques préalables avant l'ouverture de la séance du jour ?
La façon de parler de Flora – franche, directe et un rien caustique – était un régal pour l'observateur. Même si la jeune femme suivait le protocole à la lettre, chacun percevait son ennui à l'énonciation des différentes étapes. Après un court silence, pendant lequel personne ne répondit à la question de la Présidente, Harry se leva depuis le bureau des Black attendant que Flora Carrow lui donne la parole.
- La parole va à Harry Potter, ancien représentant de la famille Black, émit-elle avec attention.
- Merci, Madame la Présidente. Je voulais soumettre au Conseil une requête concernant l'extinction de la famille Gaunt.
- Nous vous écoutons.
- La famille Gaunt n'ayant plus d'héritier direct légitime ou naturel depuis plus de quatre-vingt ans, je réclame officiellement cette lignée auprès du Conseil par Mimétisme de Don.
Plusieurs murmures se firent entendre dans les tribunes et Hermione ne put s'empêcher de se tourner vers Cesaria.
- Narcissa et moi avons envoyé un courrier à Mrs Potter, expliqua la jeune fille d'une voix soulagée.
- Très bien, intervint Flora Carrow, coupant l'explication de Cesaria en rétablissant le silence. Vous pouvez procéder à la preuve de votre Don. Pour ce faire, vous demanderez au serpent que je vais faire apparaître de s'enrouler sur lui-même, à la façon d'un nœud. Cette preuve convient-elle à l'ensemble des représentants ?
Deux coups assourdissants lui répondirent, chaque famille validant sa proposition.
- Serpensortia !
La Présidente fit apparaître un magnifique boa sur le bureau d'Harry et Hermione se crispa sur sa chaise. Depuis leur rencontre avec Nagini – et bien qu'elle ait su qu'il s'agissait d'un Maledictus plus intelligent qu'un serpent normal – Hermione ne pouvait supporter la vue d'un reptile.
Harry se mit à siffler en Fourchelang. Ron peut-être aurait pu en comprendre quelque chose ayant passé sept ans à entendre Harry parler dans son sommeil. Le serpent s'enroula docilement autour de lui-même formant un double nœud et la preuve fut ainsi faite.
- Si un sorcier souhaitant récupérer le siège d'une lignée en voix d'extinction manifeste le don pour lequel la famille a été intégrée au Conseil, le siège lui est attribué, explicita Cesaria à son intention tandis que des applaudissements retentissaient dans toute la salle. Le but est de conserver les dons ancestraux au sein du Conseil.
- Comment pouviez-vous être sûres que cela fonctionnait ? Demanda Hermione aussi discrètement que possible.
- Le Conseil devait statuer sur l'extinction des Gaunt et nommer un Régent de lignée : la demande d'Harry leur enlève une épine du pied, répondit Cesaria en remuant à peine les lèvres. Et ce faisant, il pourra voter lorsque son propre cas sera abordé. La succession des Black ayant été rendue caduque, il ne peut plus voter en tant que représentant de cette famille.
Deux coups retentirent à nouveau, validant la décision de la Présidente de Session, et Harry rejoignit le siège des Gaunt à droite de sa femme.
- Le premier point à l'ordre du jour concerne la succession de la famille Malefoy, annonça Flora Carrow d'une voix ferme d'où perçait une pointe d'ennui. En premier lieu, la parole est laissée à la représentante de la famille Parkinson à sa demande. Puis elle sera accordée à Mr Malefoy qui aura droit de réponse et pourra ajouter ses ultimes pièces au dossier avant que le Conseil ne se prononce. Miss Parkinson, la parole est à vous.
Pansy se leva de son siège, arborant dans une robe de sorcière magnifique, dévoilant légèrement plus de poitrine qu'il n'en aurait fallu pour paraître bienséante.
- Membres du Conseil, je me tiens devant vous aujourd'hui pour que vous puissiez vous prononcer en votre âme et conscience, commença Pansy d'une voix nasillarde mais non dénuée d'une certaine éloquence. À ce jour, la famille Malefoy n'a pas d'héritier et le dernier chef de famille en titre, malgré une union de plus de six ans, n'a pas réussi à engendrer l'héritier tant attendu par sa famille et ses pairs. La question se pose : Mr Malefoy peut-il engendrer ou nous ment-il depuis le début de cette affaire ?
Des raclements de gorge et des bruissements se firent entendre dans tout l'hémicycle pendant la tirade de Pansy Parkinson. Les représentants semblaient croire que Pansy n'avait déposé cette requête que pour entacher la réputation de son ex-mari, sans se rendre compte qu'en émettant de tels faits, elle ne remettait pas seulement en cause la fertilité de Drago mais également la sienne.
Hermione crut que l'ex-femme avait mal joué sa partie mais en apercevant le visage déconfit de Cesaria, elle se demanda si son analyse n'était pas erronée. Peut-être que ce sous-entendu pèserait-il plus dans la balance que ce qu'Hermione concevait ? Deux coups retentirent des quatre coins de la salle montrant l'accord de certaines familles avec les déclarations de Pansy. Elle se rassit, un sourire victorieux plaqué sur le visage.
- Pansy ne peut pas en dire plus sous peine de poursuites, chuchota Cesaria pour son bénéfice. C'était une clause du divorce.
Drago se leva calmement et même de dos, Hermione ne put s'empêcher de le trouver charismatique.
- La parole va à Mr Malefoy, prononça Flora Carrow.
- Chers membres du Conseil, je souhaiterais présenter une nouvelle pièce au dossier, commença-t-il en agitant un parchemin de sa main droite. La déclaration de naissance de Cesaria Lucia Croupton, signée par Lucius Abraxas Malefoy, en reconnaissance de sa paternité et de sa filiation à la famille Malefoy.
Ce fut un bonheur de voir les deux silhouettes s'agiter derrière Pansy et le sourire de cette dernière s'effacer pour faire place à une expression de pure haine. Un claquement de doigts de Drago fit apparaître un petit dossier contenant plusieurs parchemins sur le bureau de chaque membre.
- Cet acte a été authentifié par le sang devant le gobelin Bogrod. Nous pouvons appeler un représentant de Gringotts qui confirmera mes dires. Des examens ont également été effectués attestant la véracité de cette information ainsi que la fertilité de ma sœur. En accord avec les règles successorales des Vingt-Huit, la famille Malefoy ayant deux représentants de sang encore en vie ainsi qu'une héritière présumée, je demande au Conseil de réfuter la déclaration d'extinction de ma lignée.
- Le Conseil va examiner votre demande, annonça la Présidente en ouvrant le dossier sur son bureau pour prendre connaissance des nouvelles pièces.
La majorité des membres l'imitèrent, se donnant une contenance, tandis que d'autres restèrent bras croisés devant leur bureau dans une attitude de confiance ou de défi.
- À moins que l'un de nos membres souhaite prendre la parole, nous allons passer au vote, reprit Flora Carrow après une lecture attentive des pièces.
Aucun représentant ne se leva, Pansy sembla même se faire plus petite sous le poids des regards de ses pairs.
- Que ceux qui sont pour déclarer la lignée principale de la famille Malefoy en voie d'extinction tape deux coups, émit la Présidente d'une voix forte.
Un silence de mort s'abattit dans la salle. Pansy, malgré la fureur visible sur son visage, n'osa pas aller au bout de son accusation pour ne pas se décrédibiliser encore plus.
- Parfait, déclara Flora Carrow après plusieurs minutes de silence. La famille Malefoy est déclarée sauve à l'unanimité.
Deux coups assourdissants retentirent dans la salle à l'unisson, le Conseil entérinant les paroles de la Présidente. À côté d'Hermione, Cesaria tremblait d'émotion contenue, un grand sourire sur les lèvres. Narcissa chercha sa main pour la soutenir et Hermione serra celle qu'elle tenait déjà en une congratulation silencieuse.
- Le second ordre du jour concerne la succession de la famille Black. Dans un premier temps, Mr Potter présentera les éléments du dossier qu'il a remis hier soir au Conseil puis Mr Malefoy prendra la parole pour le Conseil.
Hermione était soufflée : encore une chose dont Drago avait clairement oublié de lui parler. Elle comprenait mieux à présent les nombreux rendez-vous avec tous les membres du Conseil : il souhaitait les convaincre de le choisir comme porte-parole des Black contre Harry. Manigançait-il encore autre chose ?
Harry se redressa, surplombant son bureau, et commença à raconter d'une voix ferme mais posée comment il en était venu à être le légataire de la famille Black par voie testamentaire. Il avoua sa méconnaissance du Conseil et des règles successorales – ce qui n'était pas une excuse, l'ignorance ne pouvant plaider en sa faveur – mais il tourna la chose de façon à ce que le Conseil comprenne qu'il n'avait nullement l'intention de leur nuire, et surtout pas à la lignée dont il avait hérité. En outre, l'héritière présumée, Andromeda Tonks, avait reçu tout le soutien financier dont elle avait pu avoir besoin pendant les années où Harry avait joui de l'héritage des Black et il veillait personnellement à l'éducation de son filleul, Edward Lupin, en accord avec sa grand-mère.
La présentation d'Harry était claire et concise, basée uniquement sur les faits et les sentiments filiaux qu'il éprouvait pour Teddy. Sa défense était parfaite et elle espéra de tout cœur que Drago abonde dans son sens. Hermione commença à mordiller sa lèvre inférieure, priant désespérément une quelconque divinité que tout se passe bien pour son ami.
- Merci Mr Potter pour cet éclairant récit, le remercia la Présidente. Je laisse à présent à la parole à Mr Malefoy qui va nous présenter les résultats de l'enquête qu'il a mené sur les agissements de Mr Potter en tant que précédent légataire puis nous livrera ses préconisations.
- Madame la Présidente, chers membres, je ne puis qu'appuyer les propos de Mr Potter, débuta Drago d'une voix forte et convaincante. En effet, après une enquête approfondie, les résultats ont révélé que la présence de Mr Potter à la tête de la famille Black n'a été en rien préjudiciable pour les comptes et la sauvegarde de cette famille. L'audit financier réalisé par les gobelins assermentés de Gringotts a même démontré de la bonne gestion de Mr Potter et attesté du soin qu'il prenait des membres restants de la famille Black.
Le corps d'Hermione commença doucement à se détendre. C'était parfaitement ce qu'elle attendait de Drago et il n'avait plus qu'à recommander que la situation reste telle qu'elle était.
- Cependant, reprit Drago avec éloquence et rien que ce mot provoqua une crispation musculaire dans la nuque d'Hermione, cette même enquête a révélé que Mrs Tonks est atteinte d'une maladie dégénérescente à ce jour inconnue des médicomages de Ste-Mangouste. Malheureusement, elle devra être hospitalisée dans quelques mois et ne pourra plus assurer l'éducation du jeune Edward Lupin.
Une boule se logea dans l'estomac de la Portraitiste et commença à grossir.
- De plus, il est à noter que ce jeune garçon âgé de six ans présente des aptitudes exceptionnelles héritées de sa mère, la Métamorphomage Nymphadora Tonks. Il a donc à sa disposition le Don ayant valu à la famille Black son admission parmi les membres de cet Admirable Conseil.
Hermione lâcha la main de Cesaria sans s'en rendre compte pour agripper la base du siège sur laquelle elle était assise, pressentant la tournure que prenait l'argumentation de Malefoy et s'empêchant d'intervenir pour ne pas nuire à la cause d'Harry.
- Selon les règles successorales en vigueur pour les membres des Vingt-Huit, poursuivit Malefoy d'un ton grave, Mr Edward Remus Lupin devrait être nommé héritier de la famille Black dès que possible et sa grand-mère, Andromeda Tonks, chef de la famille Black. Or, en raison des soucis de santé de Mrs Tonks précédemment évoqués, il nous faut envisager aujourd'hui toutes les possibilités pour l'avenir du jeune Lupin afin qu'il puisse reprendre dans quelques années, les rennes de sa famille en toute connaissance des lois, us et coutumes magiques et en pleine possession de ses dons.
La boule dans l'estomac d'Hermione remonta insidieusement le long de son œsophage lui donnant l'envie de vomir tandis qu'elle essayait de comprendre où voulait en venir ce satané Serpentard.
- Mr Potter, en sa qualité de parrain du jeune garçon, serait tout désigné pour accueillir Edward Tonks dans sa demeure et dans sa famille, admit Drago en accompagnant ses paroles d'un geste négligent de la main. Cependant, je demanderai au Conseil de réfléchir aux conséquences d'un tel placement. En effet, Mr Potter ayant été éduqué parmi les moldus, il demeure encore ignorant de certaines traditions de notre monde, comme il l'a lui-même avoué aujourd'hui, devant vous.
Hermione se sentit trembler de colère sous le regard anxieux de Cesaria et Narcissa. Elle n'avait qu'une envie, se lever et remodeler le visage de Drago Malefoy avec ses poings. Comme toujours, le Serpentard avait pris une déclaration faite en toute honnêteté et censément plaider en faveur d'Harry pour la retourner contre lui de la plus retorse des façons.
- Je préconise donc, pour le bien et dans l'intérêt de Mr Lupin, que Mr Potter soit nommé Régent de la lignée des Black en remerciement de sa bonne gestion et du soin qu'il a pris de ses membres lorsqu'il était à la tête de cette famille, formula solennellement Drago d'une voix de stentor. Il sera également dans ses obligations de veiller à l'épanouissement de son filleul. Quant au placement d'Edward Remus Lupin, je recommande de le confier à sa famille de sang par lignée maternelle, autrement dit la famille Malefoy.
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent un instant sous la surprise. Puis, le souvenir de Drago lui annonçant son infertilité lui revint et la colère commença à gagner la Portraitiste.
- Ma famille et moi-même avons toujours respecté et défendu nos traditions et nous pouvons nous prévaloir de connaître le monde magique sous toutes ses facettes et coutumes, argua Drago d'une voix ferme et convaincue. De plus, nous bénéficions dans nos rangs d'une demie-Métamophomage en la personne de Cesaria Malefoy. La présence de ma sœur dans l'entourage d'Edward Lupin ne pourra qu'être bénéfique à la maîtrise et à l'épanouissement complet de son Don.
Cesaria voulut poser une main sur le bras tendu d'Hermione, comme pour la réconforter ou pour l'apaiser, mais l'ancienne Gryffondor ne put accepter ce geste. Elle escamota son bras avant que Cesaria ne puisse la toucher, lui renvoyant sa main d'un geste brusque de rejet. Il était hors de question qu'elle accepte une seule attention de sa part. Dans l'esprit d'Hermione, Cesaria l'avait trahie au même titre que Drago alors que le Serpentard utilisait les dons de sa sœur contre son meilleur ami.
La fureur commença à monter à la tête de la Portraitiste. Ne pouvant se dévoiler et hurler comme elle le souhaitait, des larmes de colère commencèrent à couler sur son visage alors que la Présidente remerciait Drago pour son intervention. Hermione savait quelle serait l'issue du vote avant qu'il n'ait lieu : Drago avait suffisamment rencontré de membres du Conseil pendant ces dernières semaines pour savoir ce qu'ils seraient capables d'accepter. Il avait même pu se mettre d'accord avec certains d'entre eux.
Hermione risqua un regard vers son meilleur ami alors que Flora Carrow appelait les membres du Conseil au vote. Le visage d'Harry n'était que fureur et il semblait prêt à enjamber son bureau pour ensorceler Drago Malefoy. Quant à Daphné, son regard était rivé sur son époux et semblait l'enjoindre mentalement au calme.
Le vote ne fut pas unanime – les Londubat, les Greengrass, les Abbot, les Macmillan, les Ollivander, les Prewett et les Gaunt s'étant exprimés contre les propositions du Conseil – mais Drago obtint une écrasante majorité.
- Mr Potter est nommé Régent de la lignée des Black et Mr Lupin portera le titre d'héritier de la famille Black dès qu'il aura atteint l'âge requis, récapitula Flora Carrow. Mr Lupin sera confié à sa famille nourricière, les Malefoy. Les détails de l'installation de Mr Lupin resteront à l'entière discrétion de Mr Potter et Mr Malefoy. Cependant, elle devra obligatoirement avoir lieu dans les deux ans suivant cette décision.
Deux coups assourdissants retentirent dans tout l'hémicycle et Hermione fut secouée de sanglots rageurs.
Dès que les portes du Temple se rouvrirent, Hermione se précipita pour fuir cette salle de malheur, fuir les décisions qui y avaient été prises et contre lesquelles elle ne pouvait rien, fuir ce sentiment de trahison poignant qu'elle ressentait à l'égard de la famille Malefoy.
Elle pénétra comme un boulet de canon dans l'âtre et demanda à atterrir dans la salle des cheminées du Manoir Malefoy alors que Drago, Narcissa et Cesaria étaient retenus par des familles souhaitant discuter ou les congratuler. En sortant, elle avait entraperçu l'accablement d'Harry sur son visage et il avait fallu toute la persuasion de Daphné pour ne pas qu'il se rue sur Malefoy. Hermione s'en voulait terriblement : elle aurait dû être aux côtés de son meilleur ami dans cette épreuve. Elle avait clairement manqué de clairvoyance.
Ses larmes l'empêchèrent de voir précisément le détail de son trajet mais elle réussit à atteindre ses appartements en un temps record. Il lui fallut une dizaine de minutes pour emballer l'intégralité des ses affaires et les miniaturiser avant de les glisser au fond de ses poches. Cinq minutes plus tard, elle avait atteint la seule pièce du Manoir à partir de laquelle elle pourrait transplaner. Deux secondes suffirent et elle disparut de la demeure des Malefoy avec la ferme intention de ne jamais y revenir.
(1) Référence à Pierre Bottero qui s'est beaucoup amusé avec Merlin mais aussi Ewilan, Ellana, Salim et tout un tas d'autres personnages merveilleux et dont j'ai adoré les livres il y a quelques années. La citation authentique est celle-ci issue du Pacte des Marchombres : "Il y a deux réponses à cette question, comme à toute les questions : celle du poète et celle du savant. Laquelle veux-tu en premier ?"
RAR
Christine : Salut à toi ! Merci pour ton commentaire =) Et oui, ils ont trouvé la reconnaissance de paternité et comme tu as pu le lire dans ce chapitre, ils l'ont également bien exploité. Harry est soumis à de grosses tensions et il n'en a pas qu'après Hermione en particulier, il en a après tout le monde et surtout après la situation mais il reste un Gryffondor au grand coeur. Merci pour ta proposition de prénom pour sa fille... Je pense qu'il y aura quelque chose en lien avec la nature mais pour l'heure rien n'est encore décidé. Je suis curieuse de savoir ce que tu as pensé de ce chapitre et de la manière dont les choses évoluent... En espérant te lire bientôt ! Bon weekend =)
drou : Bonjour ! Merci pour ton commentaire =) Je suis contente que le précédent chapitre t'ait plu. Qu'as-tu pensé de celui-ci ? De la demande de Drago ? De la session au Conseil ? Je suis impatiente de lire ton retour. À très bientôt et bon weekend !
Guest-qui-aime-beaucoup-Pandore : Salut à toi et ravie de te rencontrer ! Je suis désolée de t'avoir donné un surnom mais c'est pour que tu saches que c'est à ton commentaire que je réponds et non à celui d'un autre Guest. Je suis heureuse que l'histoire te plaise =) Je suis d'accord Harry a toujours été sanguin et Hermione, malgré son caractère emporté, est la plus réfléchie du trio et souvent elle a le rôle de 'rabat-joie' ou de conscience pour ses amis. Ici leur relation est très forte puisqu'ils se considèrent comme la famille de l'autre mais comme dans toutes les relations il peut y avoir de grosses disputes. En revanche je suis intimement convaincue qu'ils trouveront une façon de régler ça entre eux, même si cela nécessite d'utiliser poings et sortilèges. Merci pour tes recommandations de fiction, elles ont dûment étaient consignées et elles apparaitront sur l'un des chapitres. En tout cas j'espère que ce chapitre t'a plu et je serai curieuse d'avoir ton retour... À bientôt te lire ! Bon weekend !
Ivy : Bonjour et bienvenue sur cette fiction ! Je suis heureuse que l'intrigue te plaise et te remercie pour ces compliments. J'espère que ce chapitre répondra en partie à tes interrogations. D'ailleurs, je te retourne la question : à ton avis, ont-ils avancé ou ont-ils fait deux pas en arrière ? (rires) Je pense que ça se discute ! Trêve de plaisanterie, c'est un pas en avant même si cela a l'apparence d'une fuite. En tout cas j'espère que ce chapitre t'a plu. En espérant te lire bientôt ! À très vite et bon weekend !
Sarah MAES : Salut à toi et merci pour ton commentaire ! Je pense que Cesaria et Narcissa ont toutes les deux une force de frappe assez impressionnante en terme de persuasion et Drago n'est pas en reste (rires) ! Je crois que Lucius n'est fondamentalement ni bon ni mauvais, il ne fait pas de choix en fonction de la morale mais en fonction de son intérêt. Il fait donc beaucoup de mauvaises choses pour des raisons qu'il trouve bonnes. Du coup, je ne sais pas comment juger ce personnage... En réalité, il n'évolue simplement pas sur le même plan que nous. Pour lui tout est justifiable du moment que sa famille survivre. J'ai beaucoup ri en lisant "nos charmes naturels" ! Je ne vois absolument pas de quoi tu parles... En réalité Daphné souffre aussi pas mal des réactions d'Harry parce que quand il se sent mal il rejette l'aide que pourrait lui apporter les autres. Du coup, je trouve Daphné très forte de réussir à composer avec un tel personnage au point de faire un bébé avec lui. Drago en petite tenue ? (rires) C'était une idée/demande/impulsion de ma correctrice depuis cinq ou six chapitres. Elle avait évoqué l'idée et ça nous a fait rire, du coup j'ai adhéré à ce cliché de comédie romantique que j'adore... Parce que parfois la vie ressemble à une comédie romantique (rires). J'espère que ce 17ème chapitre te plaira également. À bientôt te lire ! Bon weekend à toi =)
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Pairing : Personnage inventé - Le tome 3 est en cours, les autres sont terminés.
Voilà pour cette semaine =) Si vous en avez d'autres, n'hésitez pas !
Plume qui papote - mais sans Rita Skeeter
J'espère que ce chapitre vous a plu, j'avoue être très curieuse... Alors qu'en avez-vous pensé ? De la demande de Drago par rapport à ce fameux baiser ? De la scène du Conseil ? De l'entourloupe des Malefoy - décidément c'est une manie chez eux, rien n'est jamais simple ? De la fuite d'Hermione ? Qu'espérez-vous pour la suite ?
En l'attendant, merci d'avoir lu et à très bientôt =) Bon weekend à tous !
