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DE RETOUR SUR LA PISTE
Il était tard le matin avant qu'Edward ne puisse plus se forcer à dormir. Depuis l'aube, le resserrement des roues des chariots et le mugissement des animaux l'avaient empêché de dormir profondément mais maintenant il était bel et bien réveillé. Il laissa ses yeux s'ouvrir lentement, réticent à faire face à ce que cette journée allait lui apporter.
La première chose qu'il vit fut sa femme. Elle reposait la tête sur sa poitrine tout aussi sale et ébouriffée que lui. Pourtant elle était merveilleuse et il regrettait sa réticence à ouvrir les yeux. Tant que leur journée lui apportait plus de temps avec Bella alors ce n'était pas du tout une mauvaise journée.
Bella fit un doux bruit dans son sommeil et se blottit plus près de lui même si ce n'était pas possible. Depuis la mort d'Alistair, trop peu d'heures auparavant, ils n'avaient pas pu cesser de se toucher. Edward ne pouvait pas la garder assez près. Aujourd'hui la vie semblait plus éphémère et fragile que d'habitude.
Avec beaucoup d'efforts, Edward réussit à détacher son regard de sa femme assez longtemps pour regarder le reste du camp. James, Victor et Laurent avaient disparu. Ce n'était pas surprenant. Ils devaient être à la chasse ou à la pêche. Ce qui était surprenant c'est que James ait laissé Edward dormir. Il supposa qu'il devait y avoir un certain niveau de miséricorde chez l'homme. Les trois autres n'avaient pas veillé un homme mourant et une femme en travail. C'était une affaire de famille. Aujourd'hui serait difficile et la place d'Edward était ici.
Mais pendant au moins une autre poignée de moments personne n'avait besoin d'Edward. Il était libre de faire ce qu'il faisait le mieux : s'inquiéter.
Edward reporta son attention sur Bella. Il bougea prudemment pour pouvoir regarder son visage.
Sa belle épouse. Elle était irrésistible et c'était un problème. Au plus fort de la passion, il avait semblé facile de minimiser les dangers auxquels ils étaient confrontés. Qu'est-ce qu'une nuit ? Ils pouvaient sûrement avoir une nuit.
Maintenant, cependant les dangers avaient considérablement augmenté. Maintenant que la situation alimentaire était presque catastrophique, James avait institué un rationnement strict de ce qu'il leur restait. Ils chassaient, pêchaient et se rassemblaient pour compléter mais ils ne pouvaient pas se permettre de dépendre de l'idée qu'ils seraient en mesure de trouver leur nourriture à l'état sauvage. Ils arrivaient dans une zone où la chasse n'était pas bonne, pas à cette époque de l'année. Au-delà il y avait une petite étendue de désert, il n'y aurait ni poisson et la vie végétale y était très clairsemée.
Si Bella et lui avaient commencé un enfant dans la cabane des trappeurs ils ne le sauraient pas avant un certain temps. Les femmes enceintes recevaient toujours des portions copieuses et ce pour une bonne raison. Il était probable que Bella s'affaiblisse avec le reste du groupe. Si l'enfant prenait le peu de nourriture dont elle disposait…
Bella bougea dans ses bras, brisant l'emprise de sa paranoïa croissante. Il releva son menton pour l'embrasser dans l'éveil, chérissant le doux gémissement qui vibrait contre ses lèvres. Ses doigts glissèrent le long de son cou et s'emmêlèrent dans ses cheveux.
C'était le seul réconfort dont il avait besoin. Ils étaient en vie maintenant et tous les deux robustes et en bonne santé. Avec ses baisers il jura à nouveau de la protéger. Encore deux mois et demi et ils seraient à la maison.
Eh bien en tous cas ils seraient au bout de ce voyage.
Oo FH oO
Le repas cet après-midi-là fut une affaire douce-amère.
Rosalie était encore trop faible pour bouger, la famille se rassembla autour d'elle pour manger. L'ambiance endeuillée pesait sur eux, un poids physique étouffant comme le goût de la poussière.
Mais comme une bougie dans une pièce sombre, le petit paquet dans les bras d'Emmett donnait à chacun une raison de sourire. Ils se firent passer le bébé pendant qu'ils mangeaient, chacun d'eux prenant le temps de saluer correctement la nouvelle vie puisqu'ils n'avaient pas pu le faire dans le chaos de la nuit précédente.
"Comment allez-vous l'appeler ?" demanda Esmée, remettant à contrecœur son nouveau petit-fils dans les bras de son fils.
"Jacob," dit Emmett, regardant le bébé avec un tendre sourire. "Jacob Alistair Cullen."
Vera posa sa main sur le dos d'Emmett, l'autre sur son cœur. "Il aimerait ça," murmura-t-elle et elle rassembla ses petits garçons anormalement silencieux près d'elle pour un câlin.
Après le déjeuner ils se mirent tous à la tâche déchirante de laisser un être cher derrière eux.
Emmett, Jasper et Vera transportèrent le corps d'Alistair au bord de la rivière pour le laver tandis qu'Edward et ses compagnons de voyage - après une matinée de chasse - commencèrent à creuser la tombe à l'ombre d'un arbre juste à côté de la piste. Les femmes et les garçons reçurent l'ordre de rassembler autant de grosses pierres que possible. Carlisle avait été convaincu de retourner se reposer après avoir ausculté Rosalie et bébé Jacob. Il avait eu trop peu de repos pour perdre la pâleur de l'épuisement.
"Pourquoi faut-il mettre des pierres sur la tombe de papa ?" demanda Peter. Il essayait si fort d'être courageux, essayant de ne pas pleurer même si c'était évident qu'il le voulait. "La maman de Jasper et de Rosalie vit dans un cimetière, sa tombe n'a pas de pierres."
Edward hésita, regardant vers Vera qui opina pour lui donner la permission. Edward passa son bras autour du petit garçon et le serra. "En ville nous mettons les gens dans des cimetières comme ça ils ne sont pas dérangés. Ici il n'y a pas de cimetières, alors on met des pierres comme ça les animaux ne pourront pas venir embêter ton papa."
Peter prit une grande inspiration luttant contre les larmes dans ses yeux. "Mais les gens vont au cimetière. Papa sera tout seul avec les loups." Sa voix craqua, son visage montrant une grande détresse.
Edward ferma les yeux et prit le petit garçon dans ses bras. "Peter, des gens vont passer à cet endroit tous les jours. Tu te souviens, nous avons vu des tombes tout le long de la piste."
Peter renifla et hocha la tête en s'essuyant les yeux. "Oui. Henry aime bien mettre des fleurs dessus."
"Tu vois. Alors il ne sera pas seul." Il toucha la poitrine du petit garçon. "Et il sera toujours avec toi, là. Tu te souviendras de lui et il le saura."
Le garçon renifla à nouveau. "D'accord, je vais chercher d'autres pierres."
Et il s'éloigna, Edward avait le cœur brisé. Il travailla en silence auprès des autres guides, perdu dans ses pensées jusqu'à ce que Bella vienne lui amener une gourde.
Elle toucha son bras, le regardant avec inquiétude. Sans nul doute elle put lire la tension dans son langage corporel "C'est Maggie ?" demanda-t-elle, en regardant entre lui et la tombe.
"En partie." Il posa sa main sur la sienne qui était sur son épaule. Faites confiance à Bella pour penser à lui à travers cette épreuve. Elle avait raison, il était impossible de ne pas penser à Maggie en creusant une autre tombe à côté de la piste. "Je pense à eux tous."
"Eux tous ?"
"Tous ceux que j'ai vu tomber sur la piste."
Bella prit une profonde inspiration et le tira sur un rocher pour s'asseoir. "Tu veux m'en parler ?"
Il savait qu'elle demandait parce qu'elle pensait qu'il avait besoin d'en parler. Il n'avait pas réalisé combien il se renfermait concernant les choses qu'il avait vues ou faites sur la piste avant d'avoir Bella. Lentement elle l'absolvait de sa culpabilité de longue date. "Je ne devrais probablement pas te le dire," dit-il.
Elle prit juste sa main dans la sienne et se redressa, le fixant avec un regard persistant.
Edward dut ravaler la boule qui était coincée dans sa gorge avant de pouvoir parler. "Je ne veux pas dire qu'Alistair a eu de la chance parce que ce n'est pas vrai. Il a beaucoup souffert et ce n'est pas sa folie qui l'a tué. Ni quelqu'un d'autre d'ailleurs."
Bella lui serra la main, sachant qu'il s'attardait de nouveau sur sa part de responsabilité dans la mort de Maggie. Cela lui prit un moment mais il serra sa main en retour et inclina la tête pour la laisser reposer contre la sienne.
"Ce que je veux dire c'est qu'il ne lui a pas fallu si longtemps pour mourir," continua Edward. Il grimaça lorsqu'elle haleta. "Je sais. Pas le droit de dire ça, je pense. Il a quand même beaucoup souffert mais vu que c'est arrivé comme ça, nous n'avons pas eu à faire de choix impossibles.
"Imagine ce qui aurait pu arriver s'il avait survécu à l'amputation. Rosalie ne va pas se remettre avant un certain temps. Des semaines si nous avons de la chance. Si son père avait survécu nous n'aurions pas eu de place pour eux deux dans les chariots…"
"Cela aurait été difficile mais que veux-tu dire par choix impossible ?" demanda Bella. "Nous aurions fait des sacrifices et abandonné d'autres choses."
"A ce stade tout ce qu'il nous reste dans les chariots sera nécessaire à notre survie mais ce n'est pas vraiment ce dont je parle."
Edward tapota ses doigts sur son genou se demandant s'il devait ou non mettre ce genre de pensées dans la tête de Bella. Il devait savoir tout ça mais elle…? Il soupira et parla doucement. "Il y a des moments où on sait sans l'ombre d'un doute qu'une personne va mourir. Je l'ai vu quand une famille n'a pas d'autre choix que de continuer à avancer et qu'elle est obligée de laisser son être cher mourir seul à côté de la piste."
"C'est barbare," dit Bella avec un halètement.
"C'est vrai mais tu sais maintenant qu'ici nous survivons. Notre groupe a une certaine latitude parce que nous avons fait du bon travail jusqu'ici mais cela ne signifie pas que nous sommes arrivés. Cette débâcle nous a coûté quatre ou cinq jours. C'est à dire près d'une semaine et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps. Nous ne savons pas combien de temps nous avons. Il y a une raison pour laquelle les gens se retrouvent au milieu d'une situation et qu'ils doivent prendre ce genre de décisions."
Il mit le nez sur le haut de la tête. "C'est ce à quoi je pensais. C'est terrible. Ce sera terrible pour la famille de le laisser ici dans la terre et savoir qu'ils ne pourront jamais se rendre sur sa tombe ou s'assurer qu'elle demeure intacte."
"Mais au moins, nous avons la chance de l'enterrer," termina Bella. "Au moins, nous savons que sa souffrance est terminée."
Edward fit un signe de tête et Bella pencha la tête pour embrasser son menton. "Ce doit être terrible le fait d'avoir vu toutes ces choses," dit-elle.
"C'est la vie, je pense. Des choses terribles se produisent en ville et à la campagne. Des choses terribles se produisent même quand on a des murs et un toit au-dessus de sa tête. Ici, notre petite société est tout simplement plus concentrée et nous nous exposons constamment aux dangers de la piste. En effet, on doit donner quelque chose en retour."
Il se recula pour pouvoir prendre son visage dans ses mains. "Mais je vais te dire, Bella. Tout cela me fait apprécier ce que j'aie." Il l'embrassa et ferma les yeux, la tenant tout près. "Je ne te prendrai pas ou cette vie pour acquise. Jamais."
"Hé, Masen ? Tu as l'intention de nous aider à finir ou tu as fini ta journée ?" appela James depuis la tombe.
Edward se leva, tirant Bella avec lui. Il lui serra les mains une fois avant de retourner à son travail.
Oo FH oO
Les Cullen et les Hale enterrèrent Alistair cet après-midi-là. Ils campèrent et se couchèrent tôt et reprirent la piste le lendemain matin après avoir perdu quatre jours de voyage. Parce que le convoi de chariots était si long et de nombreuses familles avaient été retardés par la tempête, ils n'étaient pas seuls sur la piste et cela était au moins un certain réconfort.
Ils traversaient un sentier rocheux et difficile alors qu'ils se dirigeaient vers la Granite Mountain. Rosalie était loin d'être à l'aise car elle se trouvait dans un petit espace dans le chariot. La route difficile lui causait pas mal de douleur. Il était tout simplement trop dangereux d'y laisser bébé Jacob avec elle pendant de longues périodes.
Esmée avait aidé à fabriquer un porte-bébé pour qu'il puisse être porté facilement. Esmée passait beaucoup de temps avec Vera et ses garçons. Alice s'inquiétait pour Jasper qui avait du mal à accepter la mort de son père.
Emmett et Carlisle avaient d'autres tâches concernant le convoi de chariots, Emmett s'occupant constamment des chariots et Carlisle se chargeant de soigner leurs nouveaux amis à l'arrière du convoi. Le résultat était que c'était Bella qui était généralement en charge de bébé Jacob.
Ça ne semblait pas l'inquiéter. Il ne fallut pas longtemps pour que le bébé se mette en phase avec elle. Outre sa mère, Bella pouvait apaiser Jacob plus facilement.
L'espoir et la crainte simultanés qui se recroquevillaient dans l'estomac d'Edward chaque fois qu'il la voyait avec le bébé le faisait ressasser. Bien qu'inutile, il s'inquiétait de la rapidité avec laquelle ils avaient été réunis et surveillait constamment Bella pour détecter les signes qu'elle pourrait être enceinte. Il y a quelques jours, elle était encore bien et forte.
Le groupe retomba dans la routine. Il n'y avait plus de scolarisation pour les enfants ni de danse pour les jeunes gens. Au lieu de cela, chaque soir, les aliments étaient soigneusement inventoriés et répartis en portions pour satisfaire un dîner aussi complet que possible. Ensuite, chaque membre du groupe commença à voir ce qu'il pourrait faire pour s'approvisionner.
Edward apprit à Bella, Alice et les garçons à reconnaître certaines des plantes qui les entouraient.
Les garçons semblaient se concentrer sur la recherche de groseilles et de framboises noires. Bella trouva même quelque chose qu'Edward identifia comme étant des asperges - dont elle n'avait jamais entendu parler - et elles ont rempli leur estomac ce jour-là. Les hommes chassaient et pêchaient.
Comme Edward l'avait pensé, il n'y avait pas beaucoup de gibier à trouver. James eut de la chance de tomber sur un groupe d'oies mais il n'y avait pas grand-chose à dire concernant les animaux de plus grande taille.
La pêche connut un peu plus de succès. C'était les soirées qu'Edward aimait le plus - quand Bella et lui étaient au bord de l'eau pour voir ce qu'ils pouvaient attraper. Les poissons étaient beaucoup plus gros et plus abondants qu'auparavant. Le poisson-chat ou un saumon de la bonne taille pouvait nourrir l'ensemble du groupe. Une seule truite pouvait faire un repas copieux pour quelqu'un.
Dans la soirée, Edward aidait les autres guides à poser des pièges dans l'espoir d'attraper le plus petit gibier comme les chiens de prairie et les écureuils. Il a attrapé un lapin et s'est souvenu des premiers jours sur la piste, quand il était si souvent en difficulté avec Bella qu'il lui avait apporté un ragoût de lapin pour la supplier de lui pardonner.
Ils survivaient. Ils n'étaient pas encore en difficulté.
Juste après avoir traversé Granite Mountain, Edward identifia une ligne de démarcation comme étant celle du Jonction de Salt Lake Cutoff.
"Il y a quatre destinations principales en dehors de cette piste," déclara Edward à Bella plus tard dans la nuit lorsqu'elle le lui demanda.
"Oregon City et la vallée de la rivière Rouge au nord et Sacramento et Salt Lake City au sud."
"Alice a dit que l'eau de Salt Lake est en fait salée comme l'océan."
"Elle a raison."
Bella se tut pendant un moment. "L'as-tu vu ? Ou la Californie ?"
Il secoua la tête en déposant de tendres baisers à la racine de ses cheveux. "Nos convois allaient toujours vers le Nord. Quand j'ai fait mes premiers pas sur la piste, ces routes n'existaient pas encore. Aujourd'hui, James entend des rumeurs sur l'or en Californie. Il pense qu'un grand nombre de personnes pourraient se diriger dans cette direction pour faire fortune. Peux-tu imaginer cela?" Il rit.
Elle fredonnait, fatiguée. "Je ne peux pas imaginer l'Oregon, sans parler des grands lacs salés et de l'or."
"Je t'y emmènerais si tu le voulais," dit Edward. "Si c'était la meilleure chose pour notre famille."
"Edward." Bella se retourna sur son ventre, elle était donc calée sur sa poitrine. "Après ce voyage, je ne veux plus jamais voyager un seul jour de ma vie."
Il sourit et embrassa le bout des doigts qu'elle avait posé sur ses lèvres. "Je peux faire ça aussi. Si c'est le mieux pour notre famille."
Ils se turent encore quelques minutes. Bella faisait courir ses doigts de façon absente le long de sa barbe et il lissait ses cheveux. "A quoi penses-tu ?" demanda-t-il quand il a réalisa qu'il n'était pas près de s'endormir et que le son de sa voix lui manquait.
Elle chuchotait. "Je me demandais où nous serions le jour de mon anniversaire. C'est mon anniversaire dans trois semaines. Le savais-tu ?"
Ses lèvres tiraient sur les coins. "Je ne le savais pas, en fait. Dix-neuf ans." Elle leva la tête et il agita ses sourcils vers elle. "Pratiquement une vieille fille."
Elle lui donna une tape sur la poitrine puis lui picora les lèvres. Elle se retira, le regardant avec un expression curieuse. "Edward... quel âge as-tu ?"
Il rit. " Tu ne sais pas ? "
"C'est étrange. Je suppose que non."
"C'est vrai. Je suppose que la question n'a jamais été abordée..." Il lui fit un sourire narquois. "Il semble que tu as été une partie de moi depuis toujours, Bella, mais nous avons eu si peu de temps."
Il ne serait jamais habitué à la sensation de mériter ses sourires timides. Il aimait la façon timide dont elle baissait la tête et la façon dont ses yeux fatigués brillaient. "Et pourtant tu n'as pas répondu à ma question," dit-elle, en lui tapant sur le bout du nez.
"J'ai eu trente et un ans en juin." Il l'observa attentivement mais elle ne réagit pas à son aveu. "Est-ce que tu sais ça, mon cœur ? Que tu as un vieil homme pour mari ?"
Bella roula des yeux. "J'ai un nigaud pour mari. Voilà ce que je peux dire."
"Tes amies ont épousé des hommes de leur âge."
"Tu es remarquablement observateur."
"Bella."
"Est-ce qu'on en revient à ça ? Tu veux que je te dise que j'aurais aimé avoir quelqu'un d'autre ? Eh bien, mieux vaut s'habituer à l'idée que ce dont je suis ravie, c'est toi. Peut-être sommes-nous entrés par mégarde dans ce mariage et je n'ai toujours aucune idée de ce que je vais dire à mon père mais j'en suis heureuse, quoi qu'il en soit. Tant que c'était toi, je m'en serais complètement foutue si tu avais cinquante-sept ans."
Malgré lui, il gloussa et il dut lui serrer les bras plus fort quand elle fit le geste pour le repousser. "Je suis désolé. J'ai eu l'image soudaine de toi embrassant un vieil homme aux cheveux gris et c'est ou rire a ce propos, ou être violemment malade." Il embrassa le bout de son nez. "Et je dois admettre que je te trouve tout à fait adorable quand tu me cries dessus".
Elle plissa les yeux et le poussa à nouveau. "Edward Masen, je suis sûre que tu es censé me trouver intimidante quand je te crie dessus. Pas adorable."
Il attrapa sa main battante et la tint près de sa poitrine. "Ah, oui, eh bien, ça aussi," dit-il et il l'embrassa jusqu'à ce qu'ils s'endorment tous les deux.
