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D'ailleurs, nous allons progressivement entrer dans une dimension plus personnelle et plus intime de l'histoire.
Chapitre n°17 :
Rumeurs de division
« Le pouvoir inoffensif n'existe pas. »
Malgré le rapport enjolivé présenté à Odin par l'ensemble des guerrières, Hela n'échappa pas entièrement au courroux de son père. Il lui fit abondamment la leçon – en privé – sur son impulsivité qui aurait pu coûter la vie ou la liberté à toutes les valeureuses Valkyries qui l'accompagnaient. Hela subit la remontrance, qu'elle considéra intimement comme un affront, sans broncher.
D'ailleurs, et jusqu'à nouvel ordre, la totalité des armées asgardiennes n'iraient nulle part. Officiellement, encore plus de recrues devaient être entraînées. Ne restait donc que la rotation régulière des escouades en faction dans les Royaumes conquis, pour rappeler sans cesse à ces derniers leur défaite, et museler tout risque de révolte.
En coulisses, Hela savait pertinemment qu'il se jouait tout autre chose qu'une campagne de recrutement et de formation, même si Odin ne l'en avait jamais informée personnellement.
L'Exécutrice entendait toutes sortes de rumeurs, plus ou moins fondées, mais toutes plus désagréables les unes que les autres.
Certains prétendaient qu'Odin serait enfin revenu à la raison quant à ses conquêtes et son rêve d'expansion. Hela ne leur accordait aucun crédit, car elle connaissait bien les instigateurs de ce mot de renoncement : un ministre et quelques conseillers de second plan, pleutres et pacifistes, qui n'avaient jamais réellement approuvé les ambitions militaires d'Asgard.
D'autres répandaient le mot qu'Odin se trouvait sommé par ses ministres de trouver un époux à sa fille, et que tant que ce problème n'était pas régler, il ne pourrait y avoir de réorganisation définitive des armées – dont quelques uns escomptaient déjà qu'elles ne compteraient plus Hela, laissée de côté au profit du gendre du Roi, et reléguée à son devoir royal : donner naissance à un héritier.
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Une fois n'était pas coutume, les trois personnages royaux dînaient ensemble à la table d'Odin. Loin d'une réunion de famille chaleureuse et cordiale, il régnait une atmosphère froide et chargée en électricité.
Odin n'avait jamais supporté son épouse. Wisna lui en voulait encore au sujet de l'importance donnée à leur fille unique et du dédain que son mari avait toujours montré face à l'idée de concevoir un héritier mâle. Hela, quant à elle, n'appréciait pas d'être sensiblement tenue à l'écart depuis quelques Conseils des ministres déjà, et se doutait que sa mère finirait par mettre encore une fois sur la table le sujet des épousailles.
Il allait donc sans dire que les conversations s'en tenaient, jusqu'à présent, au strict minimum, laissant trop souvent les couverts résonner dans le silence.
Hela s'exprima enfin, au bout d'un silence gêné prolongé.
- Père, les rumeurs qui circulent sur mon possible mariage sont-elles fondées ?
L'incertitude lui rongeait les entrailles depuis des jours. C'était terrible de ne pas savoir si des conversations sur son futur se tenaient effectivement... et sans elle.
Wisna releva la tête, intéressée. Odin soupira, et prit une gorgée de vin avant de formuler sa réponse.
- Il est vrai que l'idée m'est de plus en plus souvent soumise, mais je me tiens à ma résolution de ne pas te l'imposer, contrairement à ce que veut cette vieille coutume obsolète. Tu es une Princesse libre, Hela, et c'est bien cela qui te rend redoutable.
Avant que la Déesse de la Mort ne puisse exprimer son soulagement sincère, Wisna se permit de se joindre à la conversation.
- Mon Roi, vous n'êtes pourtant pas sans savoir qu'aucun personnage royal ne peut déroger à cette règle, homme comme femme. Nous avons besoin de ces alliances entre familles aristocratiques, nous avons besoin de ce sang neuf, et nous avons besoin de nous perpétuer. Ces règles ne relèvent que du bon sens.
- Ma Reine, je ne suis pas non plus en train d'interdire à notre fille tout mariage. Je ne souhaite cependant rien lui imposer, par respect. Un respect que nos parents respectifs, et leurs parents avant eux, auraient dû avoir à notre égard.
- Vous ne m'auriez jamais épousée sans leur décision, fit Wisna dans un souffle.
Cela sonnait bien plus comme une affirmation, d'autant plus résignée, que comme une interrogation.
- Il est inutile de le nier, répliqua Odin sans la moindre trace de regret pour ses propos. Je ne vous aurais jamais considérée... et nous n'aurions, de fait, jamais eu aucune de ces conversations agaçantes portant sur l'éducation de notre magnifique fille guerrière. Cela n'aurait pas été une grosse perte dans ma vie.
Hela aurait pu voler au secours de l'honneur de sa mère. Une femme, tout comme elle. Une victime des coutumes, tout comme Odin. Une victime de la violence patriarcale, comme elle, trop souvent.
Mais si Wisna ne disposait d'absolument aucun capital de sympathie auprès de sa fille unique, cela tenait moins à sa condition qu'au fait qu'elle s'y complaisait au point de souhaiter la perpétuer, à tout prix.
Au lieu de baisser misérablement la tête, comme elle avait coutume de le faire après avoir subi des remontrances de la part d'Odin, Wisna tourna un regard implorant vers Hela.
- Ma fille, la supplia-t-elle, cesse de te laisser laver le crâne par ton père, qui t'a élevée comme le fils qu'il était frustré de ne pas avoir eu...
- Suffit ! tonna Odin en tapant du poing sur la table pour interrompre son épouse.
- Reviens à la raison, continua cependant cette dernière. À la raison d'État. Marie-toi, pour le bien d'Asgard, ce royaume que tu aimes au point de mettre chaque fois ta vie en jeu pour lui, conclut Wisna, haletante.
- Je préfère encore me faire dicter ma conduite par Père que par toi, cracha Hela en se levant de sa chaise. Il y a plus d'honneur dans une seule de ses actions qu'il n'en existe dans tout ton être. C'était le dernier repas que j'accepte de prendre en ta compagnie, Mère, alors j'espère que tu en as bien profité, ironisa la jeune Déesse.
Sans un mot de plus, Hela quitta la salle en claquant dramatiquement la porte.
Encore une fois, pauvre Wisna T_T (Et sacrée famille !)
