~ Le coin des reviews ~
Lijovanchan : Coucou ! Merci pour tes reviews toujours aussi encourageantes ! Je ne peux pas te dire ce que j'ai prévu du côté de Shoto et Deku, mais j'aime écrire leur relation, et j'espère que la direction choisie pour ces deux-là te plaira !
Ah, les fameux aveux cachés... le chapitre m'a rendu assez folle, je l'avoue^^'
Un lemon aussi long est une première pour moi ! D'ailleurs, il ne devait pas l'être à ce point mais j'ai été inspirée. Contente qu'il t'ait plu, de mon côté, j'ai adoré l'écrire Je m'excuse auprès de ton cœur brisé, mais comme tu l'as écris, le développement était bizarre et trop simple pour mon cerveau étrange :p
Je me répète un peu, mais merci infiniment pour tes doux mots !
Chapitre 18 : Conseils, inquiétudes, et conséquences
- Coucou, Eri ! lançais-je gaiement en pénétrant dans sa chambre.
Le service pédiatrique était le seul de la clinique à ne pas s'encombrer de lit médicalisé, tant que le cas ne l'exigeait pas. Les pièces de cette partie pouvaient se personnaliser à loisir aux goûts des résidents, hospitalisés à court ou long terme. Dans celle de mon adorable patiente, toute la décoration respirait l'innocence de petite fille.
Les murs roses formaient dans une vue d'ensemble un arc-en-ciel disputé par plusieurs licornes, pendant que quelques autres se dissimulaient derrière de malicieux nuages ; même l'armoire blanche, pas loin de la fenêtre, suivait la tendance, avec ses autocollants aux couleurs du prisme ; seul le plafond, vierge de motifs, semblait avoir été épargné.
Lors de ma première visite, le dénommé Mirio m'avait confié que Fuyumi et Natsuo Todoroki s'étaient eux-mêmes chargés de l'aménager, quand la permission d'accueillir l'orpheline fut accordée. L'occupante vivait depuis la majorité de son quotidien dans cette bulle de douceur, un peu à l'écart de l'ambiance lourde des structures médicales.
Eri tourna la tête vers moi, son livre délaissé sur la table qui lui servait de bureau, pour se précipiter dans mes bras ouverts. La petite fille nichée avec allégresse à l'intérieur de mon étreinte protectrice, nous restâmes un moment ainsi, à écouter nos souffles apaisés, quand la voix de mon autre senior s'éleva derrière nous.
- Je ne sais pas comment elle l'a deviné, mais cette demoiselle se doutait que tu repasserais la voir. Elle refusait obstinément de se coucher avant ton arrivée.
Il éclata de rire, sa silhouette massive devant moi d'un pas.
- Surtout, ne crois pas que je ne suis pas ravi de ta présence, mais que fais-tu ici, alors que ta journée est terminée ?
- J'avais besoin de la voir, répondis-je, Eri toujours contre moi.
Le chef du service pédiatrique soupira.
- Izuku... tu t'impliques beaucoup trop. Ce n'est pas un reproche, s'empressa-t-il d'ajouter, mais j'ai peur qu'on finisse par te faire la remarque.
- À vrai dire, c'est déjà le cas, et je m'en fiche.
À l'image de beaucoup de choses en ce moment, à quelques exceptions près.
Une brève seconde de réflexion plus tard, Mirio déclara :
- Je crois que j'ai compris... C'est ta fille, en fait. Ton attachement ressemble en tout cas à celui d'un père pour son enfant.
Il disait vrai, les démarches en vue d'une adoption sûrement déclenchée, si je possédais les ressources nécessaires.
- Je ne vois pas où est le mal, me défendis-je.
- Je n'ai pas dit le contraire, souligna mon vis-à-vis en s'agenouillant à notre hauteur. Je suis le premier témoin de ses progrès depuis ton intégration, je te rappelle. Votre lien marche dans les deux sens, je ne te fais pas la morale. Cependant, n'oublie pas qu'elle reste ta patiente avant tout. Si moi je ne te reproche rien, d'autres se chargeront de te le remémorer autant de fois que nécessaire.
- Tant pis, conclus-je simplement.
Mon ton détaché le laissa songeur. Il s'apprêtait à répliquer quand il me vit m'adresser à la petite fille dans l'oreille :
- Puisque je suis là, si je t'aidais à te mettre sous la couette ?
Elle acquiesça, toujours accrochée à mon cou, mon corps dirigé vers son lit à baldaquin. Je l'allongeais avec précaution sur le matelas ; une fois certain qu'elle se fut installée comme elle le désirait, je rabattis délicatement les couvertures sur elle, un sourire charmeur offert en guise de remerciement ; pris d'une envie irrésistible, je me penchai un baiser déposé sur son front. Aussitôt, ses joues se peinturèrent d'une couleur cramoisie, qu'elle ne souhaita pas montrer plus que quelques secondes, toute sa silhouette très vite dissimulée.
Cette réaction provoqua un rire instantané de Mirio et moi, puis j'actionnai le bouton de la veilleuse située sur une table de chevet, à quelques millimètres d'elle.
- Bonne nuit, mon ange, murmurai-je, en refermant la porte de son havre de paix.
- Une minute s'il te plaît me retint le chef de service, dans le couloir.
Réprimant un soupir, je me tournai vers lui.
- J'ai soif, tu veux bien venir boire quelque chose avec moi ? proposa-t-il.
[~~~]
Malgré sa largeur, la cafétéria était une salle propice aux confidences, en témoignait les petites tables suffisamment espacées pour laisser l'intimité aux secrets, les plantes entretenues avec soin, ajoutant une touche de tranquillité bienvenue. Un coin buffet, situé non loin du distributeur, alignait le midi plusieurs choix d'entrées, plats et desserts, souvent pris d'assaut.
Mon aîné se saisit de la boisson chaude dans la machine. Le contenant sur un des meubles carrés, il attrapa de son bras gauche un sachet de sucre qu'il s'empressa de verser dans le gobelet, une fois ouvert. Il reporta alors son attention sur moi, après la fin de son mélange, effectué à l'aide d'une cuillère en carton.
- Est-ce que tu t'es fait larguer, Izuku ? demanda-t-il, de but en blanc, parce que tu en présentes tous les signes, sans t'offenser. On s'entend bien, toi et moi, je me permets donc de te poser la question sans détour. Si tu ne veux pas en parler, c'est ton droit, tout comme c'est le mien, de me faire du souci pour toi, quand tu dépéris jour après jour devant moi.
Inquiéter mon entourage, la seule chose que je parvenais à faire ces derniers temps décidément. Ochaco, mon superviseur, et maintenant, Mirio ; mon masque ne tenait pas correctement face à ces gens sensibles à la douleur d'autrui.
- Ne transforme pas ma question en une atteinte à ta vie privée, enchaîna-t-il, en humant le liquide, je ne creuserai pas plus loin, tu peux me répondre franchement.
Sans un mot, en prenant soin d'éviter son regard, je fis signe que oui, alors que les faits n'allaient pas tout à fait dans ce sens. Après des heures passées à ressasser toute cette mascarade, c'était en tout cas, l'impression la plus proche de mon ressenti.
- C'est une histoire ridicule, commentais-je dans un chuchotis, tu rirais, si je te la racontais, et pourtant...
- Tu n'arrives pas à t'en défaire, déduisit-il après une gorgée.
Il le devinait, aussi contins-je l'envie de préciser que sentir sans arrêt cette impuissance me tuait à petit feu, mes armes tout émoussées contre ce sentiment qui m'imprégnait toujours plus.
- Permets-moi juste de te donner un conseil, alors. Je ne vais pas aller dans le cliché, sors, vois des gens, vide-toi la tête. Gère ta peine comme tu l'entends. Hurle, si ça te soulage. Par contre, ne te sers pas de ton affection envers Eri pour fuir ton chagrin.
- Ce n'est pas du tout ce que je fais ! protestais-je, indigné.
Le sourire de l'homme aux yeux rieurs éteignit d'emblée le brasier. Ce n'était pas un reproche, mais une introduction à une mise en garde, amenée par la sincère préoccupation de mon état. Soudain honteux, je baissais les paupières.
- Tu pensais à cette personne, avant d'arriver, n'est-ce pas ? C'est pour ça que tu es venu retrouver Eri aussi tard.
Mon silence lui souffla la justesse de son raisonnement.
- C'est inconscient, pourtant c'est le cas, affirma-t-il. Tu l'as dit toi-même, tu avais besoin de la voir. Il n'y a pas que ça, tu assistes notre directeur remplaçant, alors que ça ne rentre même pas dans tes fonctions. Ton zèle naturel n'est pas la seule excuse. Tous les moyens sont bons pour t'éviter le ramassage de ton cœur brisé, et si je ne remets pas en question ton amour pour notre demoiselle, elle est l'une de tes nombreuses échappatoires.
Il reprit, au terme d'un court silence :
- Le problème, Izuku, c'est que tous tes efforts ne servent à rien. Ta douleur restera tant que tu auras les yeux bandés, et elle risque bien d'aspirer ton âme, si tu continues d'agir ainsi.
Il soupira avant de conclure :
- Fais attention à toi, c'est tout ce que je te demande. Ton comportement influence les personnes qui gravitent autour de toi, que tu le veuilles ou non, n'oublie pas ça. J'ai compris, je vois, que tu traverses une mauvaise passe, prends le temps qu'il te faut pour te rétablir. Mais rappelle-toi que tu n'es pas tout seul.
[*]
J'atteignis ma destination à la fin d'une longue marche, sitôt ma visite nocturne terminée. Les paroles de Mirio tourbillonnantes dans ma tête, j'éprouvais le besoin furieux de me retrouver ici, sur cette plage déserte, où mes parents et moi venions souvent, lorsque nous formions une famille unie. Combien de fois, les avais-je rendus fous avec mes ridicules idées de châteaux de sable... Concentrés à l'élaboration d'une ébauche pendant des heures, le résultat final ne tenait jamais, la définition du bonheur tout de même inscrite pendant ces précieux moments.
Je n'y avais plus remis les pieds depuis des années, l'endroit demeurait inchangé. Assis devant l'immensité bleue, les genoux pliés à hauteur de mon torse, le remous apaisant des vagues, mêlé au vent, me berçaient tendrement.
Tu as encore rêvé de lui, Deku.
Sorti de son bureau dans un état second, une fois notre ultime symphonie achevée, je me souvenais à peine de mon retour dans le complexe universitaire. En revanche, la sensation de mon corps soumis à ce froid mordant ne me quittait pas, hormis la nuit, grâce à la douce chaleur de mon pendant féminin. Mon esprit fonctionnant à l'instinct, je m'étais tourné vers elle, complètement désorienté. Ochaco m'avoua plus tard sa panique, de me voir débarquer ainsi, avec mon haut déchiré, mes cheveux en bataille, et mes yeux hagards.
Cette douleur, ces chimères, s'installèrent peu de temps après. Mon subconscient me protégeait, bloquait les images de ces songes, toutefois cette perle glissait le long de ma joue à chaque réveil. Occupé à reprendre le contrôle de ma vie, je ne pleurais pas, mais elle restait, fidèle amertume de ce qui n'avait jamais existé.
Qu'avais-je perdu finalement ? Je l'ignorai moi-même. Cela n'avait aucun sens, je le connaissais à peine ! Mon erreur fut de croire ce jeu aux règles stupides fait pour moi. Le prix à payer à la transgression trop important, je ne souhaitais plus que revenir en arrière, éviter ce maudit moment décisif, ce contact visuel, déclencheur de toute cette folie.
Comment cet homme, si différent de moi, parvenait-il à réduire ma précédente relation, si précieuse autrefois, à un simple grain de sable ? Quel genre de personne étais-je, en fin de compte, pour laisser une si grande emprise s'exercer sur moi ? Il ne me convenait pas, je ne l'aimais pas, toutefois il me manquait tellement que cette sensation créait une impression de noyade constante.
- Katchan... qu'est-ce que tu m'as fait ?
J'observais à distance les vagues devenir déchaînées contre la roche. Agitées, furieuses, à la recherche d'une échappatoire à ce vent marin tout à coup indomptable, la parfaite représentation de ce lien étrange tissé avec le cendré. Je voulais fuir, moi aussi, victime contrainte de vivre désormais avec son sceau, cette marque indélébile, empreinte de ma faute.
Je le maudissais de toutes mes faibles forces, mais parfois, je ne pouvais empêcher mon esprit de vagabonder, de me rappeler cette chaleur unique. Infiltrée de manière prégnante à mon corps, elle me torturait, le désir de le retrouver néanmoins refréné. J'arrivai au moins à apprivoiser cette envie, grâce à la présence de ma petite patiente, ce soleil rayonnant autour de moi.
Nous étions autre chose qu'une simple relation médicale, ou deux personnes à la tragique similitude. L'un lisait les blessures de l'autre, les cicatrices recouvertes par un baume magique, symbolisé par un sourire, un regard, une étreinte.
Mirio avait visé juste cependant ; quelque part, je me servais d'elle. Mon formateur l'avait sans doute senti également, comme le laissait entendre son point de vue désapprobateur, deux semaines auparavant. Je restais malgré tout persuadé qu'il fallait commencer à sortir cette figure angélique en dehors de la clinique, malgré les risques, ma conviction renforcée à chaque interaction avec elle. Du zèle, de l'affection, peu importât le mot, je souhaitais aider cette enfant, cette volonté prenant le dessus sur tout. Mon intuition la savait prête, réceptive à ce début de traitement. Je l'accompagnerai, la guiderai dans cette épreuve, en dépit de mon pitoyable état.
Je pensais que les choses évoluaient dans le bon sens, dues à la présence de mon superviseur, intégré dans ma sphère privée. L'autorisation de le seconder dans ses tâches administratives octroyée, je passais beaucoup de temps en sa compagnie, ma dépendance éloignée par son énergie tranquille. Je réalisais maintenant faire fausse route.
Je la voyais toujours, l'étincelle de l'inquiétude, son envie de me porter secours, appuyée au fond de ses iris aux deux couleurs, quand nos regards se croisaient ; mais Katchan représentait un secret que je ne partageais avec personne, excepté ma meilleure moitié, détentrice de tous les détails de l'histoire.
En revanche, je ne pouvais plus cacher cette affliction qui rongeait jusqu'à la moindre parcelle de mon être. La sonnette d'alarme sans cesse tirée par Ochaco, lorsqu'elle captait cette larme, me remémorait à quel point je ne cessais de sombrer, malgré mes tentatives d'illusions. Tout ça afin d'éviter d'affronter mon chagrin, le point soulevé par mon aîné.
La vérité était en réalité moins complexe ; j'avais déjà assez perdu, accepter en plus, le statut quelconque, néanmoins important de cet idiot, représentait pour moi un souci aux conséquences trop lourdes. Je le repoussais donc autant que possible, en attendant de décider ce que j'allais faire avec. Pour patienter, je préférais revêtir ce masque confortable, quand bien même ce déguisement ne me servait plus à grand-chose, à part me protéger. En conséquence de quoi, au lieu de me confronter à mon ouragan, l'envoyai-je sans le vouloir vers ces âmes pures. Une attitude lâche, inconsidérée à bien des égards, un moyen de retarder l'inévitable.
Sur ce point-là aussi, l'homme aux yeux bleus disait vrai, la véracité derrière ses paroles à présent devant moi. Étais-je cependant prêt à faire face à cette gigantesque montagne de désespoir ? Bien sûr, plus tôt j'affronterai ma souffrance, mieux ça vaudra. Par égard envers ceux qui s'inquiétaient pour moi, je ne devais plus faire semblant. La solitude qui m'avait accompagnée pendant longtemps avait disparu sans un bruit, si bien que je me retrouvais démuni et perdu. Pour autant, le luxe de trouver refuge au sein de ma forteresse d'égoïsme ne m'était plus permis.
Cette addiction refermait néanmoins un nouvel aspect de ma personnalité difficile à accepter, que mon formateur, ou qui que ce soit d'autre n'avait pas à connaitre. Elle m'appartenait à moi seul, ou presque. Un tourment de tous les instants s'annonçait en vue du sevrage, mais l'objectif de m'en défaire en aucun cas abandonné. J'y arriverai, sans me voiler la face.
Résolu, je pris une profonde inspiration... et hurlai de toute la force de mes poumons.
