NOTE : Ceci est l'épilogue qui devait conclure la fin originellement prévue pour cette fanfic. Dans cette fin, Ritsu devait mourir d'une hémorragie interne suite à un ulcère de l'estomac percé (oui) et Yui disparaître après ça. L'épilogue était donc écrit par Mio dans la ville Russe.

MAIS

beeeen j'ai finalement opté pour une autre fin ou les 3 réussissent à survivre, voilà, voilà, j'assume de pas être allée au bout de la fin prévue mais tant pis, (go pour la happy end)

Bref je mets quand même cet épilogue en bonus d'une fin alternative.


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Épilogue (alternatif) : Les ombres sont les ombres


Assise sur une pile de caisses en bois, devant le port de cette ville Russe au nom imprononçable, je le relis. Je relis ce cahier, celui de Ritsu. C'est vraiment impressionnant, elle a noté chaque jour qui passe. Parfois seulement la date. Parfois, juste une phrase. D'autres fois, des paragraphes entiers de récit et de questions. Moi, je ne peux même pas dire quel jour de la semaine nous sommes.

Il en est un arrivé un, aujourd'hui. Ils passent environ toutes les trois semaines, dans le meilleur des cas. J'ai entendu dire que parfois, il peut se passer plusieurs mois entre les arrivages. Je continue à espérer de voir Yui débarquer du bateau, je continue à aller à la rencontre des personnes qui arrivent dans la ville, espérant reconnaître le visage familier de mon amie. De ma dernière amie en vie... En vie ? Je ne le savais même pas.

Cela fait maintenant trois semaines que Ritsu est morte.

Elle s'est éteinte dans mes bras.

Je l'ai vu souffrir. Elle s'est accrochée longtemps.

Et je l'ai vu abandonner. Lorsqu'elle a rouvert les yeux, elle m'a fixé, et j'ai vu... j'ai vu qu'elle avait compris. Elle avait compris que c'était terminé, que rien ne pouvait la sauver, que malgré mes cris, mes pleurs, mes supplications, rien ne pouvait éviter la fin. C'était la première fois que je voyais une telle expression sur les traits de Ritsu. Jamais, jamais depuis notre première rencontre, je n'avais vu un tel regard derrière ses paupières.

L'abandon. C'était juste... l'abandon.

J'ai été témoin de son dernier souffle. J'ai vu ses poumons se vider dans une lente expiration. Et ils n'ont pas inspiré. Ils n'inspireraient plus jamais. Je ne sais pas combien de temps je suis restée, immobile, appuyée contre un mur d'immeuble, à pleurer des larmes asséchées. Le corps froid de Ritsu dans les bras, sur mes genoux. Pas un seul mouvement, pas une respiration. Comment as-tu pu ? Comment as-tu pu juste... me laisser seule ? Depuis notre enfance, il ne s'était pas passé une semaine sans que nous nous voyions, que nous nous parlions. Comment osais-tu imaginer que je puisse continuer sans toi ?

Tu as toujours été tellement forte. Beaucoup plus que moi. Malgré mes changements, malgré la robustesse de mon corps, ça a toujours été toi la plus solide. Je crois que je comprend ce que tu as ressentit lorsque je t'ai quittée, ce jour là. La nuit d'avant, nous n'avions jamais été aussi proches. Et quelques heures après, nous n'avions jamais été aussi éloignées. Par ma faute.

Je ressens toutes les pensées qui ont dû te déchirer l'esprit à ce moment. Et pourtant, tu as continué. Tu t'es relevée et tu as survécu... avais-tu l'espoir de me revoir ? Était-ce ce qui t'as tenue en vie ? Moi, je n'ai pas cet espoir. Je sais pertinemment que, malgré tout le chagrin, rien en changera. Les seules choses qu'ils me restent de toi sont des souvenirs... des souvenirs auxquels je me refuse de penser, car la douleur est plus vive à chaque fois.

Je hais ce monde. Il m'a condamnée à une vie de solitude.

Ici, dans cette ville russe, ils ne m'ont pas dit qui était les autres, ceux comme moi. Et j'ai même plutôt l'impression qu'ils font en sortent qu'on ne se rencontre pas. Mais autant dire que je les ressens. D'un seul regard, on s'est reconnu.

– Akiyama.

Quatre militaires russes s'approchent de moi. Ils sont toujours au moins ce nombre lorsqu'ils viennent. Je sais qu'ils me surveillent, que le moindre de mes geste est épié, qu'ils savent toujours ou je suis qu'importe l'heure de la journée. Mais j'obéis toujours aux ordres. Je n'ai pas la force de me débattre.

– C'est ton tour, aujourd'hui, dit l'un des militaire russe.

Il ne font même pas l'effort de s'adresser à moi en anglais. Je me concentrais pour rassembler les mots et former correctement une phrase. Le russe était une langue très éloignée du japonais, même après plusieurs semaines, j'avais toutes les peines du monde à prononcer correctement les mots. Je balbutiais quelques morceaux de phrase, mais devant leur visible incompréhension, je décidais de leur parler en anglais. J'avais plus de facilités, ne serait-ce que grâce aux restes des cours de langues du lycée.

– Puis-je aller allumer une bougie, avant ?

– D'accord. Mais fais vite, répondit-il avec un fort accent.

L'autel aménagé est juste un tas de meuble en fer empilés devant plusieurs rangées de chaises, au cœur d'un ancien hall d'immeuble. Peu importe le nombre de personnes auxquels je pense, peu importe qui j'ai perdu, je n'ai droit qu'à une seule bougie. Pour ma famille. Pour Mugi, pour Azusa, pour Ritsu, pour Yui.

Et puis, au petit jour, je dois suivre les militaires jusqu'à leur quartier général.

Je déteste ce moment.

Ce moment où.

Je commence.

À vouloir les tuer.

Tous.

Ces ombres que je chasse. Je pense savoir ce que c'est.

Mais je m'en fiche. Si c'est cela, leur véritable nature, alors j'ai raison. La seule chose que je ne sais pas, c'est pourquoi les autres les ont vu. Peut-être est-ce de ma faute.

Ça devient la routine. Ils me conduisent dans une sorte de bunker sous-terrain, aux murs si épais que, même en hurlant de toute mes forces, personne de l'extérieur ne m'entendrais. En plus des chaînes, ils m'assomment en m'injectant un étrange produit dans le bras. C'est quelque chose de particulièrement rapide et de brutal. À peine l'aiguille se retire de ma veine que le vertige me prend d'assaut la tête. Puis vient la nausée, remontant tout le long de l'œsophage et me serrer la gorge, ainsi que la brûlure, tel une fournaise au creux de mon ventre. La première fois, je me suis misérablement vomit dessus un mélange de bile et de sang digéré. Maintenant, je crois que mon corps a commencé à s'accoutumer au produit, car le malaise devient légèrement soutenable. Heureusement, il ne dure pas longtemps, car l'évanouissement arrive bientôt. Ensuite, il ne me reste qu'un trou noir. Je ne me souviens pas de ce qu'il se passe pendant les journées ou je suis enchaînée. Je me sens toujours extrêmement fatiguée, après ça.

Que dois-je faire ? Continuer à me laisser enfermer et servir de bouclier ? Si tu étais là, je serais prête à subir ça pendant une éternité, si cela m'assurait ta sécurité. Si je savais avant chaque malaise que ces simples secondes allait te protéger de ces monstres, alors je le supporterais sans discuter, je m'accrocherais, je tiendrais bon, comme tu l'as toujours fait pour nous. Pour moi.

Mais maintenant, je m'en fiche. Je me fiche d'eux. Je ne veux plus vivre dans un monde ou je suis seule. Tôt ou tard, je vais finir par quitter cet endroit. Je sens que mes changements ne sont pas terminés. Je perds la notion du temps. J'ai du mal à m'orienter dans la nuit, qu'importe le nombre de lumière artificielles.

Je pourrais juste les abandonner, partir, et embrasser mon destin avant qu'il ne me tombe dessus. Je n'arrive plus à ressentir d'empathie pour qui que ce soit. Plus personne ne me retient, nulle part.

Ils peuvent toujours essayer de construire, de vivre.

Cette planète n'est plus à eux.

Comme toutes les autres, cette ville finira par être détruite par les monstres.

Ou par moi.