Je ne peux y croire. Enfin ! Après toutes ces années, Mary n'aura plus à côtoyer ces gens. Rien n'est sûr mais Rosalie a enclenché la procédure. A l'heure qu'il est Sally et Patrick doivent être interrogés au poste de police. Rosalie a fait connaître mon souhait d'obtenir la garde de ma sœur auprès de l'assistante sociale en charge du dossier. Elle me répète que j'ai de grandes chances de gagner. Pourtant, je ne peux m'empêcher d'angoisser. Edward essaie de me changer les idées mais c'est peine perdue. Je reste dans ses bras et j'attends. J'attends des nouvelles de Mary. Elle m'appellera sûrement. Elle doit avoir gardé le téléphone que je lui ai donné. Voilà six heures maintenant que la police questionne les Pierce, toujours aucune nouvelle. Rosalie entre dans la chambre d'Edward et un espoir grandit en moi. Elle l'arrête immédiatement :
« Je n'ai toujours pas de nouvelles. Il semble que le commissariat de Forks ait du mal à répondre à mes appels.
Je commence à paniquer :
- Evidemment, Patrick est leur ami.
Tous mes espoirs sont réduis à néant. J'ai un très mauvais pressentiment. Pourquoi ai-je cru que ce serait différent cette fois-ci ? Les collègues de James l'ont toujours protégé, Patrick est tout aussi intouchable :
- Bella, c'est trop tôt pour perdre espoir, me rassure Edward.
- Bien sûr, confirme Rosalie. Ca ne peut pas être si rapide. Edward est-ce que tu peux me laisser avec Bella ?
Edward me regarde et je hoche la tête. Il embrasse ma joue et nous laisse. Rosalie s'assoit sur le lit d'Edward, en face de moi :
- Bella je voudrais m'excuser.
- De quoi ?
- Lorsque je t'ai vue la première fois, j'ai pensé que tu étais encore l'une de ces filles seulement intéressées par l'argent d'Edward. J'ai tendance à le protéger, c'est le frère d'Emmett et je me sens très proche de cette famille. Tanya lui a fait tellement de mal par le passé… En tout cas, je t'ai mal jugée et je m'en excuse.
- Ne t'en fais pas Rosalie, j'ai aussi tendance à juger un peu trop vite.
Je souris et Rosalie me renvoie mon sourire :
- Bella, je suis persuadée que ta sœur sera avec toi dès la semaine prochaine. Il est tard, je vais demander à Edward de me raccompagner chez moi. Emmett est déjà rentré. Tu devrais en profiter pour te reposer. Je reviendrai dès que j'aurais des nouvelles. D'accord ?
Je ne suis pas aussi persuadée qu'elle que l'on gagne mais je souris pour qu'elle ne s'inquiète pas plus. Elle quitte la chambre et quelques minutes plus tard Edward passe la tête par la porte :
- Je dois ramener Rosalie, est-ce que ça va aller ? Je peux rester…
- Vas-y Edward, je le coupe. Je t'attends, je souris.
Il me sourit en retour et referme la porte. Je plonge sous la couette et m'apprête à reposer mes yeux quand j'entends mon téléphone sonner. Mary ! Enfin !
- Allo ? Mary ? Tout va bien ? Où es-tu ?
Elle ne répond rien. Puis j'entends un rire :
- Je ne pensais pas réussir à te retrouver.
Mon sang se glace. James. Comment a-t-il trouvé ce téléphone ? Je suis incapable de dire quoique ce soit :
- Tu as cru pouvoir nous avoir à nouveau ?
Il rit :
- Où est Mary ? Je demande paniquée.
- Ici, dans sa chambre, avec moi. Ta sœur te ressemble tellement. Je me demande si elle est plus docile que toi.
- Espèce de …
- Attention Isabella, me coupe-t-il. Ne dis rien que Mary pourrait regretter.
Ses paroles me retournent l'estomac :
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Tout ce que j'ai toujours voulu. Te revoir. Tu m'as tellement manqué.
- Ne lui fais pas de mal.
Ma voix est tremblante :
- Dépêche-toi de venir ou je continue là où nous nous sommes arrêtés, avec Mary. Et ne t'avise de prévenir personne, tu sais que je le saurai et elle connaîtra bien pire.
Il raccroche. Mon cœur s'emballe, je sens un étau se resserrer sur ma tête. J'essaie de me calmer et réfléchis. Je suis à plusieurs heures de Forks, j'ai besoin d'une voiture. Edward ! Il ne doit rien savoir, il ne me laissera jamais y aller toute seule. Il faut que je me dépêche de trouver un plan avec qu'il ne rentre.
Je me rhabille et sors de la chambre doucement. Tout le monde dort dans la maison, il ne faut pas qu'on m'entende. Je descends dans le salon et me met en quête des clés de Carlisle. C'est une chance qu'Edward ne soit pas accompagné de ses gardes, il n'a pas jugé utile de les faire venir, je n'aurai pas à les affronter. Je regarde dans le manteau de Carlisle et trouve ses clés. Il gare toujours sa Volvo dans le garage. Lorsque j'ouvrirai la porte de celui-ci, cela réveillera tout le monde, il faudra alors que je fonce avant qu'ils ne m'arrêtent. Je passe par la cuisine et attrape un couteau. Il faut qu'il soit assez petit pour que je le cache dans ma chaussette et pour que James ne se doute de rien. Je ne peux pas me rendre dans la gueule du loup sans protection. Faute de mieux, il me faudra nous défendre avec ce couteau.
Je m'introduis dans le garage et monte dans la voiture de Carlisle. Je m'en veux de lui voler sa voiture mais je n'ai pas d'autres choix. J'ouvre la porte du garage et fonce. J'espère ne surtout pas croiser Edward. Il fait nuit, même si je le croise je ne suis pas sûre qu'il reconnaisse la voiture. Une fois que je dépasse le panneau Californie, je sais que désormais je suis seule.
Je conduis pendant des heures. Lorsque j'entre dans l'état de Washington, je crois que je vais m'endormir sur le volant. Je ne peux pourtant pas m'arrêter. James ne me laissera pas le temps de me reposer. Je roule, encore et encore et arrive devant le panneau que je pensais ne plus jamais revoir. Lorsque je suis partie de Forks, je m'étais promis de ne plus jamais revenir dans cet endroit. Il faut croire que je n'ai jamais eu de contrôle sur ma vie et que cela continue malgré moi. Je dérape sur le côté et reconnaît cette maison devant laquelle je me suis arrêtée. C'est là que Mary vit, c'est là que je l'ai abandonnée quelques années plus tôt. Je lui avais promis de venir la chercher le lendemain matin pour l'amener à l'école et il avait fallu que James nous surprenne moi et Mike et qu'il veuille aller plus loin avec moi. Je m'assure que la lame est toujours dans ma chaussette, rassemble tout mon courage et sort de la voiture. Il fait encore nuit ici. La nuit est calme et pesante. Je m'approche de la maison et entre :
- Mary ! Je crie.
J'allume les lumières dans toutes les pièces, salon, cuisine, salle de bain, chambres et finit dans la chambre de Mary. Il n'y a personne. Je ne peux pas y croire. Est-ce que James l'a emmenée chez lui ? Bien vite, quelqu'un met fin à mes questions. La lumière de la chambre s'éteint. Je peux le sentir de là où je suis. Il est là, derrière moi. Violemment, il me pousse et je tombe sur le lit. La lumière de la lune transperce les stores et je peux voir son visage. Il n'a pas changé. Il me sourit de ce même air sadique :
- Bella, souffle-t-il.
Je peux sentir son haleine sur mon visage. Il ne sent pas l'alcool et c'est bien la première fois que je vois James sobre. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour moi, je ne pourrai peut-être pas avoir l'avantage sur lui :
- Tu as menti ! Je crie.
Il place violemment sa main sur ma bouche pour m'empêcher de parler :
- Chut ! Murmure-t-il.
Je sens alors un objet dur et froid contre ma tempe, je devine ce que c'est. Ce pourri a apporté un flingue. Je me sens ridicule avec mon couteau :
- Il ne faudrait pas qu'on t'entende.
Il me regarde et rit :
- Tu es si bête Bella. Ta sœur est là où tu l'as envoyée lorsque tu as dénoncé Eric. Tu pensais que je laisserais faire ? Eric est comme mon gosse.
- Il est aussi répugnant que toi.
James sourit :
- Il a appris comment rendre une femme docile. Ta petite conne de sœur ne méritait que ça. Eric a eu raison de la pousser dans ces escaliers. Elle paraît aussi persuadée que toi que tout lui est dû. Sally et Patrick ont été un peu trop généreux avec elle.
Je ne l'écoute plus. J'essaie de réfléchir à une manière de me sortir de là. Mon couteau est toujours dans ma chaussette mais s'il tire je suis finie :
- Tu as perdu d'avance. Tu sais qu'à Forks, nous faisons la loi. Tu ne reverras jamais Mary si tu veux mon avis. Je me demande si elle ira elle aussi se faire baiser par des mecs en pleine rue.
Je ne tiens plus. J'attrape mon couteau et le plante dans son bras. Je me dégage de son emprise et court vers la sortie de la chambre. Je sens une violente douleur dans ma jambe et je chute dans les escaliers pour venir m'étaler au pied de ceux-ci. J'ai terriblement mal, j'entends James pester :
- Sale garce !
J'essaie de me lever, je sens du liquide couler sur le haut de mon crâne. Ma jambe me fait terriblement mal. J'entends les pas de James sur la moquette de la chambre. Je me traine jusqu'à l'entrée de la maison et ouvre la porte. Une balle vient cogner contre le mur à côté de moi. James tire, il est devenu enragé. Je réussis à sortir et l'adrénaline me fait oublier pendant quelques minutes le mal de jambe, je m'engouffre dans la forêt derrière la maison et courre aussi vite que je peux. Je suis en train de perdre beaucoup de sang et je courre de moins en moins vite. Je m'effondre sur les feuilles. Je n'arrive plus à me lever, mes forces m'ont quittée, j'entends un coup de feu qui vient de derrière moi et tout devient noir.
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« Elle se réveille, j'entends.
Je sens une main s'emparer de la mienne. J'ouvre doucement les yeux. Ma tête me fait mal. Mes yeux mettent du temps à s'acclimater à la lumière :
- Bella, mon amour.
Je discerne les traits d'Edward. Il est magnifique. Il me regarde d'un air doux et inquiet. J'essaie de parler mais n'y arrive pas :
- Doucement.
Edward m'aide à me redresser :
- Tu as perdu beaucoup de sang Bella. Mais tout va bien, tout est fini.
- Edward.
Ma bouche est sèche :
- Edward !
Je me souviens :
- Où est Mary ?
- Elle est dans le couloir avec Rosalie, me rassure-t-il.
Dans le couloir ? Avec Rosalie ?
- Bella c'est fini. Lorsque j'ai vu que tu étais partie, j'ai tout de suite compris. James t'a appelée et t'a fait croire que Mary était avec lui mais elle était avec l'assistante sociale. Mary a dénoncé Eric et elle a aussi dénoncé tout ce que Sally et Patrick lui faisaient vivre. Quand nous sommes arrivés devant la maison, mes hommes ont arrêtés James. Il était comme un fou. J'ai mis du temps à te retrouver dans cette forêt. Tu avais perdu beaucoup de sang, j'ai cru que…
Il s'arrête :
- J'ai cru t'avoir perdue Bella, dit-il d'une voix brisée.
Je voudrais l'embrasser mais je ne peux pas bouger :
- Les médecins sont assez positifs. Tu auras un plâtre pour ta jambe mais tout va bien aller.
- Ils ont cru Mary ? Je demande.
Je ne sais pourquoi mais je reste sceptique, j'ai toujours l'impression que c'est trop beau pour être vrai :
- Ils n'ont même eu besoin de le faire. Lorsque Mary m'a avoué que c'était Eric qui la brutalisait, j'ai mis plusieurs micros dans son sac et je lui ai dis de les mettre dans toutes les pièces de la maison.
Je me rappelle alors avoir vu Edward refermer le sac de Mary le jour de son départ :
- On y entend James qui avoue tout. Il va payer pour ce qu'il t'a fait Bella.
Edward se tourne vers la porte de la chambre et je vois une tête apparaître :
- Je peux la voir ? Demande Mary. »
Elle me regarde et nous sourions toutes les deux. Mary coure jusqu'à mon lit et m'enlace. Tout est fini. Nous ne serons plus jamais séparées elle et moi.
