Yo,

R.A.R (Une review fera toujours plaisir):

Trolocat: Merci beaucoup pour ton commentaire, ça me fait très plaisir ! Bonne lecture à toi !

Voici le chapitre 20. Bonne lecture à tous !


Kuchiki fit une grimace et cacha un discret « putain de merde » dans sa barbe, comme si l'adrénaline déclenchée le libérait d'une attente qui durait depuis trop longtemps. Il cria à ses collègues pour se faire entendre par-dessus l'alarme qui ne s'arrêtait pas :

— Équipe A, vous bloquez le périmètre, équipe B autour de la chambre 56, équipe C avec moi !

Il y eut soudain un mouvement de foule entre les policiers qui partaient et les aides-soignants et surveillants qui venaient chercher Ukitake pour lui faire entendre la situation. Byakuya se colla presque au médecin, comme s'il était pris pour cible. Il chercha du regard les deux jeunes hommes. Il trouva le regard de Grimmjow et lui fit très bien comprendre qu'ils ne devaient pas bouger de là. En quelques secondes, tout le monde se dispersa jusqu'à ce que, tout à coup, une immense obscurité inonde la salle et les couloirs. Il y eut des cris de surprises.

— Tout a disjoncté…; observa Ukitake; est-ce que ça pourrait… non… comment…

— Qu'est-ce qu'il est en train de faire ce gamin ?! cria Byakuya.

Ichigo sentit que c'était un signal. Il se leva lui-même, quittant Grimmjow près de lui, pour se mêler à la foule. Il avait l'impression que son destin l'appelait à se noyer dans cette masse, à sortir de cette pièce :

— Ichigo, attends !

C'était la voix de Grimmjow. Le roux comprit qu'il avait perdu sa main, et serrait toujours dans l'autre son téléphone. Mais, la seule chose qu'il entendit fut la voix d'Ukitake dans son talkie-walkie, appelant toutes les unités de surveillance:

— On cherche le patient évadé de la chambre 56 ! Bloquez l'étage ! Il s'agit d'Uryû Ishida ! Faites vite, il est particulièrement instable.

Ichigo eut le souffle coupé. Un policier le poussa violemment d'un coup de coude à la poitrine pour passer devant lui. Il faillit perdre l'équilibre. Il entendit encore une fois, au loin, la voix de Grimmjow mais ne le vit pas dans l'obscurité environnante. Il ne sentait que des corps passer contre lui et lui écraser parfois les pieds. La blancheur de la chevelure d'Ukitake s'évanouit peu à peu à l'horizon.

Uryû était là ? Il n'avait pas été pris en charge à Karakura ? Il avait été, comme par hasard, emporté dans cet hôpital. Ichigo n'y voyait qu'un malheureux coup du sort. Ça ne pouvait être que de mauvais augure. Il fut soudain emporté en dehors de la pièce d'attente, plongeant dans un couloir légèrement baigné d'une faible lumière de sécurité verdâtre plaquée sur le haut des murs. Il ne voyait pas vraiment mieux, si ce n'étaient des ombres qui courraient dans tous les sens.

— Ichigo ! Attend !

Il devait le retrouver. C'était forcément l'indice pour la suite de la nuit qui le mènerait jusqu'à son frère. Il devait retrouver Uryû avant tout le monde. Il partit alors dans une direction que personne n'avait prise. Un couloir plus sombre, aux faibles lumières vertes.

— Ichigo !

Il se mit à trottiner dans l'obscurité, animé par le seul désir de voir son frère, de le sauver le plus vite possible. Il accepterait tout. Il regarda son portable. Aucun message. Mais c'était ça, n'est-ce pas, qu'il devait faire ? Tout ce qui se passait d'anormal était toujours l'œuvre d'Anarkheia. C'était le propre d'Anarkheia. Mettre en désordre ce qui était en ordre. Renverser ce qui était depuis toujours équilibré.

Il parcourut des couloirs, à la recherche d'Uryû, ce garçon qu'il avait redécouvert si tard, cette ombre maigre et rendue folle par l'enfer qu'il avait vécu. Uryû travaillerait pour lui sans aucune hésitation. Ce qu'il était en train de faire à présent, Ichigo le savait, était la volonté d'Äs Nödt.

— Uryû ! appela-t-il.

Tous les couloirs se ressemblaient. L'étage des chambres était interminable. Un labyrinthe de couloirs blancs aux portes carrées toutes identiques munies d'une poignée de sécurité et d'une petite grille pour voir à l'intérieur des chambres. Il commençait à y avoir de l'agitation. L'alarme hurlait toujours et avait réveillé les patients de la manière la plus abrupte possible. Ils criaient à leur tour dans leur chambre respective.

Soudain, il y eut une autre sonnerie qui stoppa Ichigo, comme si elle allait annoncer quelque chose. Elle s'arrêta bientôt, laissant l'alarme de sécurité continuer ses hurlements stridents. Puis, les portes se déverrouillèrent une à une dans des cliquetis métalliques automatiques. Ichigo observa avec inquiétude toutes les portes s'ouvrir le long du couloir qu'il venait de longer. Uryû avait dû trouver le moyen de désactiver l'entière sécurité du bâtiment. Mais dans ce flot d'obscurité verdâtre, les patients qui jaillirent des portes carrées n'avaient rien d'humains. Ichigo eut raison de sa fatigue et de son angoisse grandissante, imaginant plus qu'observant des monstres rampants, claudiquant, se traînant maladroitement, les bras en avant ou en l'air, à crier, à rire aux éclats ou juste à l'observer en silence, l'air perdu. La peur le tétanisa et ce ne fut qu'au détour d'une équipe de surveillants qui brandirent leurs lampe torche, de l'autre côté du couloir, qu'Ichigo se mit à bouger. Quand les surveillants crièrent pour venir arrêter les patients et les remettre dans leur chambre, Ichigo se mit à courir, leur échappant dans d'autres couloirs comme s'il était lui-même un patient en fuite.

Il courut et tomba sur plusieurs ombres. Celles tout en noir et casquettées, celles tout en blanc braquant une lampe torche, celles déséquilibrées de patients qui s'amusaient de la situation.

À un moment, Ichigo sentit une main s'abattre sur son épaule. Il se retourna vivement.

— BOUH ! s'exclama-t-elle avant de rire, resserrant sa poigne sur le jeune homme.

Il fit alors face à une vieille dame pratiquement dénudée, extrêmement maigre.

Il lui manquait des dents et des cheveux. Ses petits yeux s'écrasaient au-dessus de pommettes saillantes, rebondies de rides et ses mains se finissaient en longs doigts crochus et noueux. Ichigo sursauta et cria de peur tandis que la vieille se moquait de lui :

— Je t'ai fait peur ?! Je te fais peur !

Ichigo n'avait pas envie de répondre. Et il voulait simplement s'éloigner le plus vite possible. Alors, sur son rire macabre, il se dénoua de ses bras en branches et se remit à courir :

— Tu ne trouveras jamais ce que tu cherches ! Jamais !

Cette femme était folle, n'est-ce pas ? Ce qu'elle disait n'avait aucun sens… sans aucun doute.

Puis, tout à coup, dans sa course qui n'avait plus aucune logique -avait-il déjà longé ce couloir ?- la désagréable alarme s'arrêta. Ce n'était pas un silence parfait, l'étage s'encombrait de cris, d'hurlements et de pas précipités lointains mais cela donnait une atmosphère encore plus étouffante et angoissante. Sans l'alarme, il se sentait comme une proie qui devait écouter tous ses sens pour survivre. Il avait l'impression que sa respiration haletante pouvait être entendue dans tout le bâtiment.

Il s'était arrêté pour reprendre son souffle. Il n'y avait plus de chambres ici. Où était-il ? Revenu à son point de départ ? La porte de la salle de réunion était là, ouverte. Le couloir semblait désert.

Un bruit le rigidifia sur place. Ichigo sentit son ventre se nouer et une sueur froide longea son dos. Il percevait de l'intérieur un son grinçant et étrange. Des coups brefs et secs, comme si l'on rappait, à l'aide d'un objet coupant, un meuble en bois. La peur le tenaillait déjà mais il devait entrer dans cette pièce noire. Il devait voir ce qui traînait à présent seul dans la pièce désertée plus tôt. Il prit son portable et décocha l'application de la lampe-torche en se traitant mentalement d'idiot pour ne pas l'avoir fait plus tôt. Une lumière blanche jaillit tout à coup en direction de la salle de réunion. Le bruit grinçant se stoppa instantanément. Et une masse informe et claire sortit de la salle.

Ce qu'Ichigo vit en premier fut la paire de ciseaux qu'une main maigre et pâle tenait fermement. La lumière la faisait étinceler. Puis, le corps tout aussi squelettique apparut. La chemise blanche d'hôpital laissait découvrir des jambes et des bras fins, aux muscles maigres et saillants. Une tête ovale aux cheveux courts et maladroitement coupés se redressa pour montrer le visage même d'Uryû. Ou non… Ce n'était pas lui… C'était plutôt l'ombre parfaite d'Äs Nödt. Une face terrifiante, pâle et cernée au niveau des yeux.

— Ichigo…

L'intéressé se força à ne pas reculer. Il ne voulait pas avoir peur. Il ne voulait pas fuir son frère de cœur. S'il était dans un si mauvais état, c'était en partie de sa faute, non ? Il devait maintenant affronter cette vérité.

— Tu ne pourras pas en réchapper. C'est l'anarchie qui commence…

Ichigo était immobilisé, braquant sa lumière sur Ishida comme si ça pouvait l'empêcher de s'approcher de lui. Mais, alors qu'il pensait se faire attaquer, comme si Ishida n'était plus que haine et esprit vengeur, ce fut tout le contraire qui se produisit. Comme un dédoublement de personnalité, le jeune homme vira au garçon chétif, sa main libre se mit à tirer ses cheveux et taper sur sa tête. Il changea sa voix grave pour une plus chevrotante comme pour se parler à lui-même :

— Méchant garçon… Méchant… Et impatient… Tu n'avais pas à sortir de ta chambre ! Tu es un méchant garçon !...

Puis il leva son bras, brandissant la paire de ciseaux étincelante. :

— NON ! cria Ichigo en levant lui-même une main.

Ishida leva les yeux vers le rouquin :

— Non, ne te fais pas de mal, Uryû… Arrête… ; reprit Ichigo, prenant confiance en lui.

— J'ai fauté…

— Tu vois bien que ça ne te mène à rien de t'infliger tout ça... ; réussit à dire Ichigo, poussé par l'adrénaline du moment ; regarde-toi et dis-moi ce qu'il y a de sain en Anarkheia pour que tu vives comme ça…

Ichigo aurait juré voir des larmes dans les yeux d'Ishida mais ce dernier barrait son visage d'un bras.

— Ce corps… ; murmura Uryû ; montre bien qu'il n'y a plus rien de pur en moi…

— Non… Non tu te trompes… Tu vaux bien mieux… Uryû… Laisse-nous t'aider…

— Ana est la seule qui m'a toujours aidé.

Soudain, il y eut des pas précipités au fond du couloir. Uryû prit peur et leva son arme blanche dans la même direction.

— Non, Uryû, ne fais pas ça ! Lâche ces ciseaux !

Les pas redoublèrent d'intensité et Ishida se mit à trembler. Il considéra Ichigo et, jugeant son ton de voix sans doute assez autoritaire, lui donna la paire de ciseaux en se tapant encore la tête de l'autre main. Puis il partit en courant. Ichigo avisa dans l'autre sens du couloir des policiers avec Byakuya en tête et fut quelque peu rassuré :

— Il est parti par-là ! Il faut vite le retrouver !

Byakuya s'arrêta mais ordonna à ses hommes de continuer sur le couloir. Ils furent bientôt les deux.

— C'est à vous, ça ? demanda-t-il en montrant la paire de ciseaux d'un coup de menton.

— Quoi ? Bien sûr que non ! C'est lui qui… !

— Et comment un patient aurait-il pu avoir une arme aussi dangereuse en sa possession ?

— Mais je ne sais pas… Il l'a trouvé… Il… Vous n'allez pas m'accuser, quand même ?!

Ichigo le vit reprendre son souffle et lui lancer un regard plein de sous-entendus.

— Je vous avais demandé de rester ici.

Il reprit les ciseaux et entra dans la salle prudemment. Ichigo le suivit, gardant son calme.

Soudain, l'électricité revint, comme par magie. L'équipe d'Ukitake avait enfin réussi à tout refaire marcher. Les deux hommes furent un moment aveuglés par les néons blancs de la salle de réunion. L'ouvrage d'Ishida aux ciseaux fut alors visible: un message clair, écrit grossièrement d'un geste rageur avait été entaillé dans le bureau.

AIZEN PAIERA.

Le nom parla aux deux hommes. C'était l'avocat peu scrupuleux qui avait moyennement défendu Äs Nödt au moment de son procès, l'envoyant dans un H.P comme seule échappatoire pour éviter la mort, douze ans auparavant.

— Merde ; pesta Byakuya avant de ressortir dans le couloir.

Aussitôt, Ichigo reprit son téléphone et, faisant mine d'enlever la lampe-torche dessus, il consulta ses messages. Il avait reçu un lien d'un numéro masqué. Il appuya dessus:

Viens au Palais de Justice de Tokyo.

Emporte Byakuya Kuchiki avec toi.

Ton frère attend.

Ne tarde pas trop.

Tic, tac, tic, tac…

Le temps de finir le message, ce dernier avait disparu, laissant un écran blanc sur le téléphone portable du rouquin. Le cœur d'Ichigo ne fit qu'un bon. Il aurait pu assommer Byakuya sur le coup, alors qu'il était dans son dos pour l'emporter vers la sortie la plus discrète et prendre une voiture. Mais un groupe de policiers débarqua soudain, le bousculant légèrement. Il comprit que ce plan était ridicule.

— Capitaine, on a intercepté Uryû Ishida. Il est blessé à plusieurs endroits… Les médecins pensent à une possible automutilation avec un objet tranchant mais…

— C'est ça l'objet tranchant ; conclut Byakuya en donnant la paire de ciseaux ; occupe-toi de trouver des empreintes pour savoir qui lui a passé cette arme.

— Bien capitaine. Le patient va être remis dans sa chambre. Il reste encore une dizaine d'autres patients à reconduire. Nos hommes sont en train d'aider les patients.

Le policier qui venait de parler était un tout petit jeune homme aux cheveux bruns, impeccable sur lui mais les joues rougies par l'effort. Malgré son ton professionnel et dynamique, il ne reçut de considération de son capitaine qu'en un rapide et léger hochement de tête.

— Ichigo ! Tu es là !

Quand le rouquin se retourna, il croisa les yeux bleus de Grimmjow, montrant toute leur inquiétude. Lui aussi avait couru et arrivait avec deux policiers. Il reprenait peu à peu sa respiration.

Grimmjow le prit dans ses bras. Il avait besoin de le toucher, de le sentir proche de lui. Puis il le tint à l'épaule et au bras et l'observa. Ichigo eut du mal à soutenir son regard. Et le bleuté comprit tout de suite pourquoi :

— Tu vas pas me quitter encore une fois. Je t'ai dit que je t'aiderai. T'as compris ? On agit ensemble ; expliqua-t-il en insistant sur le dernier mot accompagné d'un regard lourd de promesses.

Ichigo acquiesça légèrement. Les choses pressaient. Il aurait besoin d'aide, de toute évidence.

— Grimmjow ; murmura-t-il pour ne pas se faire entendre du groupe de policiers ; Aide-moi à mettre Byakuya Kuchiki dans une voiture.

Le bleuté haussa un sourcil et en abaissa un autre, interloqué par cette demande. Mais il sut qu'il ne pourrait pas demander plus pour le moment et que le temps devenait leur ennemi.

Plus loin, la dite cible à intercepter pestait sur le message gravé sur le bois en s'agitant sur son portable à toute vitesse pour le coller aussitôt contre son oreille :

Byakuya craignait pour ce que ce message insinuait. Surtout que la sécurité d'Aizen était maintenue par le DPM sous ses directives.

Oui, capitaine ?

— Vous êtes avec Aizen en ce moment ?

Affirmatif, capitaine. Nous sommes postés à la porte de son bureau.

Byakuya leva les yeux au ciel en faisant les cents pas dans la salle et en haussant le ton :

— Donc vous ne l'avez pas en visu' crétins !

Monsieur, Aizen nous a clairement ordonné de ne pas rentrer dans son bureau alors qu'il travaillait, il…

— Entrez immédiatement dans ce foutu bureau !

Mais, Capitaine…

— C'est un ordre !

Il y eut un silence bafoué de bruits alentours, de froissements et de grésillements. Puis des exclamations suivies de plusieurs injures.

— Qu'est-ce qui se passe ? Répondez !

La voix de l'homme parvint de l'autre côté beaucoup moins assurée et grave que quelques secondes auparavant :

Monsieur… Aizen… Aizen a disparu. Il n'est pas dans son bureau. La fenêtre est ouverte. Nous n'avions rien entendu ! Comment est-ce possible ?

— Regardez en bas ! Est-ce qu'il a sauté ?!

Négatif, Capitaine ! Il a… Il a disparu… Acceptez nos excuses, Capitaine ! Nous avons failli à notre mission ! Nous… Nous allons…

Byakuya fit une grimace colérique et ne répondit rien, raccrochant sur le coup.

— Avec moi, l'équipe, on va au Cabinet d'Aizen ; ordonna-t-il au groupe de policiers présents.

Ichigo et Grimmjow y virent une occasion en or de sortir sur le parking. Quand ils furent dehors, Ichigo fit comprendre d'un coup d'œil à son amant qu'il fallait agir vite. Alors que les policiers se groupaient pour entrer dans des voitures séparées, Grimmjow saisit le bras de Kuchiki et, de l'autre main, ouvrit la portière arrière d'une voiture vide :

— Mais qu'est-ce que vous faîtes ?!

— Je ne peux pas vous expliquer pourquoi, pour le moment, mais il faut aller au Palais de Justice immédiatement ; expliqua Ichigo en usant d'une voix qui ne laissait aucune place au doute.

— Quoi ?!

— C'est certainement là que se trouve Aizen, d'ailleurs.

— Lâchez-moi ! Qu'est-ce que vous racontez !?

— Entrez dans la voiture, ne nous rendez pas la tâche plus difficile encore ; soupira Grimmjow.

— Il faut allez voir au Cabinet de…

— Vous ne trouverez personne là-bas, excepté vos incapables d'officiers ! reprit Ichigo d'une voix dure.

Son frère était en danger. Personne ne pourrait contrecarrer son plan pour le sauver.

— Une bombe doit exploser, j'en suis certain !

— Et bien, ce n'est pas là où vous pensez !

Byakuya fut atterré par son regard et son timbre de voix, bien différents de ces moments où il l'avait vu soit terrifié par une situation soit complètement désintéressé. Tout à coup, le capitaine repensa à ce que lui avait dit Kyoraku. C'était sur son conseil qu'il avait fini par exiger la présence des deux témoins pour la soirée, afin de les avoir à l'œil. C'était plus que le moment pour continuer à les surveiller, en comprenant peut-être ce qu'ils –ou plutôt ce qu'Ichigo- semblait lui cacher.

— Très bien, j'exige simplement qu'un collègue m'accompagne.

Ichigo râla et remarqua le jeune garçon de toute à l'heure en uniforme impeccable accourir vers eux, à la traîne. Il le chopa au passage par le col et le pauvre Rikichi eut le souffle coupé en se demandant ce qu'il se passait.

— J'en ai trouvé un. On démarre.

Ce fut Ichigo qui prit le volant. Grimmjow était à ses côtés, à l'encourager d'un simple regard, ne sachant lui non plus pas ce qui les attendait, et Byakuya ainsi que Rikichi à l'arrière. Après avoir laissé les voitures de police partir vers le Cabinet de l'avocat Aizen maintenant disparu, Ichigo vira de bord pour détaler sur la première avenue qui se présentait. Il actionna le gyrophare pour dépasser des voitures aisément. Cela faisait excessivement longtemps qu'il n'avait pas conduit et peut-être avait-il le pied un peu lourd sur l'accélérateur mais c'était de circonstance et il connaissait si bien Tokyo qu'il pourrait trouver des raccourcis aisément.

— J'appelle l'équipe de démineurs qui est restée à examiner Matsuzawa pour leur indiquer le Palais de Justice. Et je devrais prévenir mes hommes.

Ichigo hocha de la tête pour dire « non ».

— Le combat aux flingues n'est pas dans ses plans.

— Vous parlez d'Äs Nödt ? Vous suivez ses directives ?

— Je dois suivre un ordre à mes dépens, nuance.

— Le but c'est justement de ne pas suivre ses plans pour le surprendre !

— Pas ce plan-là.

Ils foncèrent dans les rues, mêmes les plus étroites pour arriver face à un monument de la capitale, historique, symbolique : le Hômushô*. Surprenant monument de pierres rouges, il arborait un style occidental austère et symétrique. Il délivrait, derrière ses hautes grilles en arabesques, une façade à cinq portiques au-dessus desquels un balcon à quatre colonnes dévoilait de splendides fenêtres blanches. Le bâtiment était immense, tout en longueur, éclairé sur sa façade en cette nuit, et surveillé par des gardes à chaque entrée.

— Vous nous faîtes entrer ; ordonna Ichigo au capitaine après s'être garé.

Ce dernier soupira gravement et quand ils furent devant l'entrée principale, Byakuya leva sa carte du DPM à la vue des agents de sécurité.

— Ouvrez. Nous avons des raisons de croire que la zone est en danger.

— Capitaine ?! A…ah bon ? fit le vieux monsieur trop petit et maigrelet dans son uniforme.

Il ouvrit la porte prestement.

— Engagez votre protocole de sécurité et appelez vos supérieurs. Que tous vos agents s'écartent ou sortent du bâtiment. Il faut aussi délimiter un périmètre de sécurité de niveau 3 autour du bâtiment.

Bien que l'homme put paraître frêle et réservé, il n'en était pas moins fin connaisseur de son travail et acquiesça d'un « oui chef » sonore, accompagné d'une main tenue droite contre le front en guise de salut avant de s'éclipser.

Ils passèrent l'immense porte.

— Vous avez intérêt à avoir raison, Kurosaki ; dit le capitaine en sortant son arme de son holster.

Ichigo hocha la tête et rangea son portable qui ne donnait plus de nouvelles. Il prit courageusement la tête du groupe s'aventurant dans les immenses couloirs marbrés du Palais de Justice.

— On doit trouver les salles d'audience.

— Vous ne savez pas laquelle ?

Ichigo préféra ne pas répondre et avança. Ils virent quelques gardiens de nuit prendre les portes de secours. Des cris s'élevèrent au-dehors, par-delà les hautes fenêtres, pour mettre en place les mesures de sécurité.

— On doit se dépêcher. S'il y a une bombe qui se cache quelque part, c'est à l'équipe de démineurs de s'en charger. Nous serons obligés d'évacuer ; expliqua Byakuya.

Rikichi avala bruyamment sa salive, en empoignant plus fortement son revolver. C'était la première fois qu'il était dans cette situation. Mais si le capitaine avait accepté sa présence, c'était sans doute parce qu'il le considérait prêt à cela.

Grimmjow intervint soudain en montrant du doigt quelque chose :

— Je crois qu'on n'aura pas à chercher partout, regardez.

Une petite feuille blanche déchirée était scotchée à un mur qui s'ouvrait sur un plus fin couloir de marbre : « Suivez les flèches ! » était inscrit dessus. En effet, quand ils se retrouvèrent face à ce couloir, ils pouvaient déjà apercevoir une flèche au sol rouge qui indiquait de poursuivre ensuite sur la droite.

Byakuya retira la sécurité de son arme et prit la tête du groupe, plus qu'inquiet de ce nouveau « jeu » que proposait Äs Nödt.

— C'est du sang ; indiqua-t-il en touchant la flèche rouge dessinée au sol ; et il n'est même pas entièrement sec… restez sur vos gardes.

Ichigo dut encore subir les sursauts de son cœur et les remous de son ventre en imaginant que ce sang pouvait être celui de son frère. Il longea le couloir dans la direction indiquée et continua le chemin.

— Il n'y a plus de temps à perdre.

Il tenta de mettre de côté sa peur pour se focaliser sur l'objectif : trouver son frère. Mais vagabonder dans ce lieu immense et inconnu, au milieu de la nuit, avec une bombe qui pouvait planer au-dessus de leurs têtes, n'aidait en rien. Pourtant, il sentait son frère tout proche, derrière un de ses murs, au bout d'un de ses couloirs, de l'autre côté d'une de ses portes.

Il leur fallut une minute pour trottiner entre les flèches rouges qui leur paraissaient toujours plus petites et fines mais rougeoyantes et liquides. Enfin, ils se trouvèrent face à une grande porte qui montait jusqu'au plafond, à plusieurs mètres de hauteur, d'un blanc immaculé. Une dernière fiche était scotchée : « Le Jeu commence et se termine ici. »

Byakuya serra son arme. Il avait tenté de joindre l'équipe de démineurs. Après un appel manqué, elle répondit enfin pour lui signifier qu'elle était en route et arriverait d'ici deux minutes. Dans l'esprit du capitaine, ce temps était bien trop long. Chaque seconde passée entre ces hauts murs à « jouer » le mettait mal à l'aise. Et il se méfiait de plus en plus de l'attitude du rouquin.

Ichigo ouvrit la porte à deux mains. C'était un sas vide de forme octogonal, très haut de plafond et aussi austère que silencieux. Le motif d'une rose des vents aux pointes noires et blanches ornait le sol d'un marbre impeccable. Aucun sang par terre. Deux portes aussi grandes que la précédente leur faisaient face, à droite et à gauche. Elles menaient à des salles d'audience. Ils découvrirent enfin deux feuilles scotchées, l'une sur chaque porte. Des kanjis apparaissaient distinctement dessus.

« AIZEN SOSUKE. » sur une porte.

« KUROSAKI SHIRO. » sur l'autre porte.

Entre les deux portes, un petit carton était installé sur un guéridon fleuri d'un bouquet de roses et il y était joliment gravé : « Choisissez et ouvrez. ».

Byakuya lut plusieurs fois pour s'assurer de sa compréhension. Il regarda Ichigo. Il avait les yeux écarquillés et murmurait le nom de son frère en s'approchant à petits pas de la porte où se tenait son prénom.

— Stop. Ça suffit.

Byakuya montra son arme et pointa le viseur sur le jeune homme roux. Rikichi eut un sursaut d'exclamation et Grimmjow héla un « Non ! » en levant le bras. Ichigo s'arrêta et lança un regard noir à Byakuya.

— Qu'est-ce que tout ça signifie, Kurosaki ?!

Ichigo ne répondit pas. Il comprit seulement pourquoi Äs Nödt avait demandé la présence de Byakuya Kuchiki. Il voulait créer une discorde.

— Vous êtes de son côté, n'est-ce pas ? Tout ça, c'est une mise en scène pour m'avoir ?

— Quoi ? Mais vous délirez ! cria Grimmjow, plein de colère.

Byakuya pointa alors son revolver sur le bleuté :

— Et vous, vous êtes quoi ? Son complice ? Vous l'avez laissé vous retourner l'esprit ?!

Grimmjow ouvrit la bouche plusieurs fois, choqué, mais ne sut pas quoi répondre pour exprimer au mieux sa surprise.

— C'est vous qu'il manipule en ce moment-même ; analysa Ichigo d'une voix grave.

— Qu'est-ce que vous dîtes ?!

— Il teste nos limites, il s'en amuse ; expliqua le rouquin ; moi, il m'a piégé avec Uryû et a enlevé mon frère. En ce moment-même, il teste ce que je serais prêt à faire pour le récupérer. Vous, il veut vous faire sombrer dans cette enquête. Il fera en sorte que vous ne fassiez plus confiance en personne.

Rikichi, à côté, écoutait tout aussi attentivement, et comprit ce que pouvait endurer Byakuya avec la pression de cette enquête sur ses épaules. Ce dernier l'écoutait, comme touché en plein cœur :

— Quel est votre lien avec Äs Nödt ?!

— Le même que le vôtre ! Je suis sa victime ! s'énerva Ichigo.

— Qu'est-ce qu'il veut nous faire faire ici ?!

— Il faut que nous fassions un choix. Et que l'on s'affronte tous pour ça ; conclut Grimmjow.

Grimmjow était profondément choqué d'avoir vu le nom de Shiro sur une des portes. Depuis quand avait-il été enlevé ? Il se souvint du jour où Ichigo était parti à Karakura pour sauver Ishida et fit le lien. Il avait menti à tout le monde car cela faisait partie des règles du jeu. Son frère était venu avec lui mais avait été enlevé par Äs Nödt et Ichigo n'avait rien pu dire. Il imaginait avec peine tout ce que cela avait dû être pour lui d'endurer cette attente sans ne rien pouvoir faire. Il avait aussi rapidement compris qu'Äs Nödt ne laisserait pas les joueurs gagner aussi facilement. L'angoisse était volontairement portée à son comble et les nerfs au plus vifs pour ce moment précis. Ils ne savaient pas ce qu'il se passerait s'ils ouvraient une porte et ils ne savaient pas ce qu'il y avait derrière chacune d'elle.

— L'heure tourne ; poursuivit-il ; et ce jeu est fait pour nous diviser, pour que nous perdions du temps. S'il y a une bombe, chaque seconde devient précieuse.

Ichigo acquiesça tandis que Byakuya baissait son arme, prenant conscience qu'un allié d'Äs Nödt n'agirait sans doute pas comme Grimmjow ni Ichigo. Son geste avait été précipité et absolument pas méthodique ni professionnel. S'il menaçait deux victimes, c'était tout gagné pour Äs Nödt. Il voulait qu'il se mette à dos tout le monde, qu'il doute sans cesse de chaque personne qui approcherait de près ou de loin d'Anarkheia. Il voulait le rendre fou…

— Très bien. Je choisis mon frère ; fit Ichigo en faisant un pas vers la porte.

— Attendez ; coupa Byakuya ; j'ai des ordres à respecter concernant la protection d'Aizen Sosuke, vous ne pouvez pas prendre cela à la légère.

— Vous plaisantez ? C'est mon frère ! Mon frère, vous entendez ?!

— Et tout le monde sait qu'Aizen n'est pas la personne la plus sainte de Tokyo ; ajouta Grimmjow à voix basse.

— On parle peut-être d'une vie, là ! interpella Byakuya.

— Justement ! s'écria Ichigo ; on parle de la vie de mon frère !

— Attendez… Les démineurs vont arriver et…

— Et on va tous y passer si on ne choisit pas vite ! fit Grimmjow ; Il se passe exactement ce qu'il a prévu !

Il y eut un silence, puis Ichigo redevint plus calme :

— Grimmjow a raison. Sauf que ce n'est marqué nulle part qu'il faut choisir une seule porte. On pourrait très bien choisir d'ouvrir les deux. Alors ouvrez celle d'Aizen si vous le voulez, mais j'ouvrirai celle de mon frère. Et… par précaution, je veux ouvrir cette porte en premier. Vous ne pourrez pas m'en empêcher.

Byakuya sut qu'il ne pourrait rien faire d'autre, et d'une certaine façon, il ne pouvait pas contredire un tel argument. Il s'imaginait à sa place, à vouloir sauver Rukia. Il acquiesça finalement.

Ichigo franchit les quelques pas qui lui restaient avant de toucher la poignée de la porte. Il la tenait, la serrait bien fort mais n'osait aller plus loin. Une foule d'images se pressa dans sa tête. Si c'était l'inverse qui s'était opéré et que Shiro était derrière l'autre porte ? S'il lui arrivait quelque chose en ouvrant la porte ? S'il était déjà trop tard et qu'une tragédie était déjà arrivée ? Il vit Byakuya appeler Rikichi pour se placer devant la porte d'Aizen. Il fallait qu'il ouvre. Il sentit soudain une présence tout contre lui. Grimmjow était dans son dos et posa une main sur le bois de la porte.

— Ensemble…

Ils poussèrent enfin la barrière qui les séparait d'un intérieur si mystérieux. Mystère qui s'estompa peu à peu, alors qu'ils restèrent les premières secondes bouche-bée.

— On y va ; ordonna ensuite Byakuya à Rikichi.

Ils ouvrirent la porte à leur tour et eurent aussi une vision qui les stoppa sur place. Rikichi ne put s'empêcher de crier avant de caler une main sur sa bouche.

— Shiro ! cria Ichigo de stupeur.

Une forme recroquevillée, les mains dans le dos, les jambes serrées et repliées, la tête à terre, un bâillon dans la bouche, s'étalait sur le sol froid et marbré de la salle d'audience, au milieu des places de l'auditoire, où devait se trouver en temps normal l'accusé. Le jeune homme ne semblait pas blessé mais avait les yeux fermés et ne répondit pas à l'appel de son frère. Il était tellement serré dans ses liens qu'il n'aurait pas pu bouger le petit doigt.

Ichigo accourut à lui sans attendre pour lui enlever le bâillon et caresser son visage en tentant de le réveiller.

— Grimm'… Grimm', s'il te plaît…

Le bleuté se ressaisit en entendant la voix chevrotante de son amant. Il atterrit à genoux à côté du jumeau et observa professionnellement le corps en quelques secondes.

— Pourquoi il se réveille pas ? Pourquoi il répond pas ? Shiro ! disait Ichigo en soulevant sa tête.

Le bleuté passa deux doigts sur le poignet gauche de Shiro et, avec l'autre main, ouvrit les yeux pour vérifier les pupilles.

— Il dort, Ichigo, rassure-toi. Il est trop épuisé pour se réveiller mais son pouls est stable.

Il passa ensuite une main sur l'arrière de son crâne en plongeant sa main dans ses cheveux blancs. Pas de fracture. Aucune blessure ouverte visible ni de sang. Seulement un vieux bandage au niveau de l'épaule.

— On va le sortir de là.

— Merci, Grimm'… merci… ; fit Ichigo d'une petite voix, au bord des larmes.

Grimmjow sentit son cœur se secouer à l'écoute de la voix si triste de son amant. Äs Nödt avait enlevé son jumeau pour le faire plier à ses envies. Maintenant, il comprenait pourquoi Ichigo s'était efforcé à ne rien dire, pourquoi il avait été tant angoissé. Chaque action maladroite aurait pu coûter la vie à son frère. Et il avait dû garder ça pour lui…

En relevant les yeux sur la salle, il vit soudain une petite boîte noire rectangulaire. Des chiffres digitaux s'affichaient en rouge et les deux poings du milieu battaient au rythme des secondes.

— Oh non…

Il y avait sans doute une bombe. Où était-elle ? Il n'aurait pu le dire. Tout ce qu'il savait c'était qu'il restait deux minutes et trente-sept secondes avant le déclenchement.

— Il faut partir d'ici. Il reste peu de temps.

— Oui… oui… ; fit Ichigo en apercevant aussi le compte à rebours ; je vais le porter.

— Non je vais le faire. C'est ton propre poids et vu ton état, tu ne tiendras pas le chemin du retour. Je suis plus grand et j'ai plus de force. Je vais le faire.

Alors que Grimmjow commençait à saisir la tête de Shiro délicatement, Ichigo ne put qu'acquiescer et laisser faire. Il sentait son corps trembler de partout.

Dans l'autre salle, Rikichi était livide et Byakuya, pour la première fois, ne savait pas quoi faire.

Il s'agissait bien d'Aizen Sosuke dans la pièce. Drapé dans une toge blanche, il était suspendu à une poutre qui s'élevait le long du mur de la salle d'audience, à quelques deux mètres de haut, au fond de la pièce, au-dessus même du bureau du juge. Encordé de toutes parts autour de la poutre, son corps était immobile et rougi de sang. Ne ressortaient que ses deux bras, tendus de chaque côté en croix pour finir accrochés au niveau des poignets par des corde qui pendaient à des crochets.

Sa tête s'était redressée quand ils étaient entrés, laissant entrevoir un homme aux traits tirés, aux yeux à moitié fermés, et aux cheveux en bataille. Des mèches retombaient sur son visage de manière éparse. Sa bouche était entièrement rougie de sang et le liquide avait coulé le long de son menton et de sa gorge. La raison de ce saignement s'était trouvée tout près de Byakuya et de Rikichi, sur un petit buffet, près des chaussures et des vêtements correctement pliés de l'avocat: une langue sauvagement déchirée s'étalait là comme un morceau de viande crue et encore saignante. Une petite pancarte était installée juste à côté avec une jolie écriture :

« Jugeons celui qui a jugé toute sa vie les autres. »

Rikichi avait porté sa main sur sa bouche pour retenir l'envie soudaine de vomir. Byakuya était pâle et immobilisé par cette mise en scène. C'était la même sensation que dans la chambre des 7 péchés. Cette maudite impression d'arriver trop tard, de ne pas avoir pu éviter ce malheur, de faire face à la puissance d'un psychopathe hors-pair, et d'être inutile, impuissant.

Les deux remarquèrent enfin, à côté de la langue sur le buffet, la boîte noire qui indiquait un temps restant. Plus qu'une minute et cinquante-sept secondes.

— L'équipe de démineurs va arriver et… et on va le sortir de là…

— Non… ; murmura Rikichi sans se faire entendre, la main encore sur sa bouche, les yeux brillants.

Byakuya s'énerva à sortir de sa veste son portable en gardant les yeux scotchés sur Aizen en hauteur. Il était persuadé qu'il respirait encore.

— Pas de réseau... Rikichi, dépêche-toi, va voir s'ils arrivent. Vas-y vite, il faut leur indiquer le chemin !

— Non…

— Rikichi, je suis ton supérieur ! Exécution ! On va sauver Aizen et…

— On ne peut pas le sauver, Capitaine…

Byakuya se tourna pour tomber nez à nez sur son subordonné. Bien que petit et mince, le jeune policier voulait en imposer, bombant le torse, fermant les poings. Sa bouche prenait une drôle de forme pour écraser sa lèvre inférieure. Son regard se voulait dur, les sourcils froncés mais des larmes perlaient le bout de ses yeux.

— Capitaine. C'est trop tard.

Un coup d'œil sur le chronomètre le fit pâlir d'autant plus. Une minute et trente-neuf secondes.

— Non… Non, non, non… L'équipe va…

— On ne peut pas… On ne peut pas le sauver, Capitaine ; poursuivit courageusement Rikichi en baissant les yeux et d'une petite voix ; il faut partir maintenant…

Au même moment, Grimmjow hurla dans le couloir:

— Ne restez pas plantés là ! Il faut partir au plus vite ! Kuchiki !

Rikichi vit son capitaine fermer les yeux et serrer les poings, sans doute mordu de remords. Il osa le tirer par le manteau.

— Dépêchons-nous, monsieur…

Soudain, Byakuya se mit à genoux, face à Aizen, et se pencha en avant sur ses bras pliés au point de toucher le marbre avec son front. Les yeux toujours fermés, il s'écria pour être entendu de ce dernier :

— J'ai failli à ma mission de vous protéger ! Je suis… profondément navré !

Un sanglot lui monta à la gorge, l'empêchant de finir. Des spasmes le prenaient dans tout son corps, un mélange de regret et de honte qui l'écrasait au sol.

— Capitaine…

Rikichi serrait les dents pour ne pas pleurer mais retrouva de l'aplomb –sans doute son instinct de survie- en voyant le chronomètre s'affoler. Il rejoignit son capitaine pour le tirer au bras, s'obligeant à ne pas regarder Aizen, tentant d'oublier qu'il allait faire en sorte que tous deux abandonnent l'homme, le laissant mourir. Il le tira de toutes ses forces pour le remettre debout sur ses pieds. Byakuya Kuchiki n'était plus que l'ombre de lui-même en cet instant. Sa main cachait son visage de honte.

— Monsieur ! Vous êtes mon capitaine et pour toutes les fois où vous m'avez aidé, laissez-moi cette fois m'occuper de vous !

Byakuya le regarda enfin, sortant de sa torpeur. Il avait l'air si déterminé, si courageux. Il lui ressemblait, dix ans en arrière. Quand il faisait tout pour rendre fier son supérieur et se donnait à fond. Quel exemple donnait-il aujourd'hui ? Comment pouvait-il lui être si dévoué alors qu'il échouait lamentablement ?

— Merci, Riki'…

Le jeune homme aurait pu s'enorgueillir d'une telle attention s'il ne leur restait pas une minute pour sortir d'ici. Il le tira contre lui pour le soutenir de toutes ses forces et ils sortirent ainsi de la pièce, quittant cette abominable mise en scène qui avait eu raison de Byakuya. Ils relongèrent les mêmes couloirs, s'aidant des flèches, sans courir mais à grands pas maladroitement menés entre eux, l'un contre l'autre. Vers la porte, le capitaine avait repris un peu plus d'aplomb et en sentant le vent frais balayer son visage mouillé, il prit réellement conscience du danger imminent et tâcha de pousser Rikichi en avant pour qu'il prenne de l'avance.

Les deux agents virent la police créer une zone de sécurité autour du Palais. Une foule s'amassait peu à peu. Des cris. Des flashs d'appareil photo. Des ordres criés dans un amplificateur.

Puis tout à coup ils eurent l'impression de devenir sourd.

Leurs oreilles vrillèrent, provoquant un acouphène aigu et désagréable. C'était le bruit de la détonation. Puis les sons tout autour disparurent au profit des ceux forts et graves d'une explosion provoquant des éclatements de pierres tonitruants.

Byakuya s'élança pour prendre le bras de Rikichi, afin d'avancer d'un mètre ou deux encore, dévalant les escaliers de l'entrée. Ichigo et Grimmjow courraient aussi, bien devant eux. Tout à coup, ils eurent l'impression qu'un vent violent et brûlant les soulevait, leur faisant un instant quitter terre. Le capitaine eut le réflexe de serrer le plus jeune contre sa poitrine, et ils retombèrent ainsi sur le goudron quelques secondes plus tard.

Ils sentirent des mains les saisirent et les tirer loin vers eux. Byakuya perdit de vue un instant son coéquipier. Des hommes les portaient. On lui retira sa veste qui avait pris feu. Il vit tour à tour des visages effrayés et des personnes courir dans tous les sens mais il était trop sonné pour entendre quoi que ce soit. Il se risqua à tourner légèrement la tête pour regarder en arrière. Le Palais de Justice était en feu, les vitres avaient explosés, et le toit s'effondrait peu à peu dans un fracas immense.

Soudain, on lui demanda de lever le pied et on le hissa maladroitement. Il retourna sa tête dans le bon sens pour comprendre qu'on le montait dans une camionnette. Il y avait déjà Rikichi, qui était tout aussi sonné que lui, mais aussi Grimmjow, Ichigo et Shiro sur une banquette. Le bleuté tenait Ichigo fermement, qui lui-même tenait son frère comme s'il allait tomber par terre à cause des secousses. Byakuya ne put pas réfléchir plus longtemps à la condition du frère Kurosaki mais il pensa qu'il devait être en vie.

Les portes de la camionnette claquèrent et l'on cria pour faire démarrer l'engin. Malheureusement, avec la panique de la foule et des voitures de police rangées maladroitement, la camionnette mit bien cinq minutes avant se dégager sur le premier boulevard venu. Byakuya fit tomber sa tête en arrière, contre la camionnette. Un homme s'accroupit face à lui. Il avait un uniforme un peu différent des officiers comme Rikichi. Avec des liserés blancs sur les encolures de la veste et des gants tout aussi blancs. Des sous-fifres de son grand-père.

— Monsieur, le Directeur Kuchiki nous a envoyé pour vous sortir de là et vous empêcher de retourner au Keishicho pour le moment. Nous allons maintenant nous diriger vers l'hôpital pour vous tous.

Kuchiki fronça les sourcils. Un deuxième homme se tenait contre la camionnette, bras croisés sur la poitrine, le regard sévère, le même uniforme sur les épaules, mais il ne tenait pas à parler. Le troisième devait être le type qui conduisait.

— Qu-quoi ? Le DPM ?

— Affirmatif. Nous avons ordre de nous assurer que vous n'allez pas retourner là-bas, avant qu'il y ait eu une première expertise.

— Mais, que s'est-il passé ?

— Capitaine, votre récent détenu, Bazzard Black, s'est échappé de votre cellule un peu plus tôt dans la soirée. Tout porte à croire qu'un ou plusieurs de vos hommes l'auraient aidé à s'évader.


* équivalent à un palais de Justice mais il abrite aussi le Ministère de la Justice à Tokyo.