Bonjour !
Merci pour vos messages, vous êtes des amours ! :D
J'espère que ce chapitre vous plaira, je me suis amusée en l'écrivant ;)
« Vous pensez agir de façon logique, rester maître de vos émotions. Votre cerveau aligne sagement les plus et les moins dans des colonnes. Et à la fin, votre cœur se fait avoir comme un débutant. »
{Patrick Bauwen}
A cette heure-ci, rares étaient les étudiants qui arpentaient les rayonnages de la bibliothèque. Ça et là, ils griffonnaient en hâte sur des parchemins dus pour le lendemain, une perle de sueur sur le front. Cela n'était jamais arrivé à Tom, qui partageait toutefois leur tension. Il était déboussolé. Il s'était longtemps voilé la face, mais cela n'était plus possible. Il connaissait la cause de ses débordements, les Horcruxes à n'en pas douter. Tout avait commencé lorsqu'il avait créé le deuxième… A quelques mois près. Mais il ne savait pas ce qu'il ressentait et il était décidé à identifier ses symptômes. Il ne pouvait pas perdre le contrôle ainsi devant Albus Dumbledore ! Seule la compréhension de ses émotions lui donnerait un espoir d'y remédier, en attendant de résoudre ce problème, posé par les Horcruxes.
Dégoûté de lui-même, il s'aventura dans une section de la bibliothèque qu'il avait peu explorée, celle qui avait trait à la psychologie. Ici, des études moldues côtoyaient des travaux sorciers. C'était un non-sens, les Moldus étaient inférieurs… En était-il pourtant bien sûr ? Miss Jean n'avait certainement pas le sang-pur et elle était la sorcière la plus brillante et la plus remarquable qu'il ait rencontré. Et lui-même ? Malgré son sang mêlé, n'était-il pas en voie de devenir le sorcier le plus puissant au monde ? A côté de lui, Grindelwald ferait pâle figure, c'était une certitude. En réalité, il ne croyait pas en ces théories sur le sang. Il s'en était convaincu parce qu'il haïssait les Moldus parmi lesquels il avait grandi, ainsi que pour rallier à sa cause des gens riches et disposant d'un réseau avantageux. Il s'en était tellement convaincu qu'il y avait cru un instant, mais à présent, il savait que c'était un leurre. Utile, certes, mais un leurre quand même.
Il attrapa un livre au hasard, Comment reconnaître votre âme soeur ?, qu'il reposa aussitôt, avec un frisson. Encore cette théorie. C'était certainement un ouvrage destiné aux sorcières désespérées, pas ce qu'il recherchait. Il en saisit un autre un peu plus loin, intitulé A la merci de son coeur, comment y remédier ? Celui-ci lui sembla plus acceptable. Vérifiant par dessus son épaule, Tom s'assura d'être seul et s'installa près d'une fenêtre dans la Réserve. Il ne voulait pas être dérangé.
Vous vous étiez promis une vie de célibataire endurci, sans aucune attache, pour vivre en grand aventurier et parcourir la planète ? Vous aviez pour ambition de vivre à pleine dents, sans vous soucier des sentiments d'autres personnes ? Et malgré tout, des symptômes étranges vous amènent à reconsidérer ces choix de vie ?
« Oui », murmura Tom, pour lui-même.
Si vous vous reconnaissez dans cette description, ce livre est fait pour vous ! Madame, veuillez le reposer là où vous l'avez trouvé… Ce que vous liriez ici risque de vous déplaire !
Monsieur, vous allez commencer par vous tester. Selon votre score, un chapitre vous sera proposé pour répondre le plus précisément possible à votre demande. Répondez avec sincérité aux questions posées, sans chercher à déguiser la vérité : n'oubliez pas que vous êtes ici pour trouver une solution ! Tapotez sur la réponse choisie avec votre baguette, les questions apparaîtront les unes après les autres.
Tom était un peu méfiant. En quoi un test permettrait-il de comprendre le problème auquel il était confronté ? Mais il s'exécuta. Il n'avait rien à perdre et il était seul ici. Sa conversation avec Dumbledore l'avait ébranlé.
Vous arrive-t-il de penser à une personne en particulier ?
A - En permanence
B - Souvent
C - Rarement
D - Jamais
Tom fut surpris par cette question. Pourquoi ce livre partait-il de ce postulat ? Il songea qu l''introduction s'adressait bel et bien à lui. Voldemort hésita longuement puis tapota la réponse A. Il avait failli répondre autrement, mais il devait être sincère avec lui-même s'il voulait trouver une solution. Et oui, il pensait constamment à Miss Jean ces derniers temps. Y avait-il un lien avec ses symptômes ?
Que pensez-vous d'elle ?
A - Cette personne est parfaite
B - Cette personne a des défauts, mais je ne sais pas les citer
C - Cette personne a des qualités et des défauts
D - Cette personne a beaucoup de défauts
Spontanément, il fut tenté de choisir la réponse D. Mais il se força à réfléchir et ne pas choisir la réponse qui aurait été la plus facile à gérer pour lui. Hermione avait indubitablement des qualités. Elle était intelligente, courageuse, réfléchie, logique… Ce n'était pas la peine d'en établir la liste.
Quant à ses défauts, oui elle en avait ! Elle était impulsive… Pourtant, entre eux deux, qui était le plus impulsif ? Certes, elle avait fait exploser une tasse, mais il avait détruit un avion en perdant le contrôle ! Ce n'était pas non plus elle qui avait hurlé sur Dumbledore… Il dut admettre qu'il n'avait aucune leçon à lui donner. Voyons… elle était négligée, sa coiffure était constamment improvisée et emmêlée, elle avait souvent des taches d'encre sur le visage et ses mains. Pour autant, est-ce que cela lui déplaisait vraiment ? Il y a quelques semaines, il aurait dit oui sans hésiter. Mais aujourd'hui, il avait conscience que cela révélait un désintérêt de la jeune femme pour le superficiel, ce qu'il ne pouvait pas blâmer. Il songea enfin à son sang, certainement impur. Encore une fois, que pouvait-il lui reprocher de ce côté ? Il en allait de même pour le secret qui l'entourait. N'était-il pas l'étudiant le plus mystérieux de l'école ?
Il hésita entre la réponse B et C. Mis à part l'absence de coquetterie, tous les défauts auxquels il songeait, il les partageait et ne les considérait pas comme tels quand il s'agissait de lui… Alors avec une grande réluctance, il choisit la réponse B. La question suivante apparut sur la page.
En ce moment, comment évaluez-vous votre performance au travail ?
A - Vous avez du mal à vous concentrer
B - Vous êtes plus lent que d'habitude
C - Performant, mais pas moins que d'habitude
D - Très performant
La réponse D était clairement la plus évidente. Encore une fois, il interrompit son geste. Ces derniers temps, il avait pris du retard sur des sujets qui lui étaient normalement essentiels. Ses résultats scolaires étaient toujours aussi brillants, mais ses ambitions personnelles étaient incontestablement mises en pause à cause du problème qu'il rencontrait avec ses Horcruxes. Il n'avait pas eu le temps non plus de se pencher sur ses plans pour son ascension en Grande-Bretagne. Il opta pour la réponse B.
Repensez-vous spontanément à des moments passés avec cette personne ?
A - Tout le temps et cela me fait sourire
B - Oui, souvent
C - De temps en temps
D - Non
Il ne comprenait pas pourquoi autant de questions tournaient autour d'Hermione, mais il continua tout de même. Personne ne le saurait, et heureusement. Ce test semblait niais au possible… Cependant, il ne pouvait pas nier qu'il pensait aux moments qu'ils avaient passé ensemble parce qu'ils étaient toujours intrigants, frustrants ou déboussolants. Cela ne le faisait pas sourire, non, donc il tapota la réponse B, une nouvelle fois.
Que ressentez-vous lorsque vous voyez cette personne ?
A - Votre coeur bat la chamade
B - Vos mains en tremblent d'excitation
C - Du contentement
D - Absolument rien
Il commençait à voir où voulait en venir ce test et il n'aimait pas cela du tout. Avec agacement, Tom constata qu'il était absorbé par ce livre depuis bien trop longtemps. Il ne savait pas répondre à cette question. Oui, il avait des réactions étranges, mais elle n'avait rien à y voir, n'est-ce pas ? Il jeta un regard par la fenêtre, dans le parc faiblement illuminé par les lumières du château. Deux silhouettes approchaient, en direction de l'entrée principale. Il hésita. Il avait bien envie de passer sa mauvaise humeur sur des premières années qui ne respectaient pas le couvre-feu. Mais les silhouettes étaient bien trop grandes pour être des enfants. A mesure qu'elles avançaient, il reconnut le professeur Dumbledore et à côté de lui… son coeur rata un battement. Miss Jean. C'était bien elle, aucun doute n'était possible. Il la voyait de plus en plus nettement. Ses traits étaient tirés, ses cernes creusés et son visage était d'une pâleur nacrée. Elle semblait épuisée.
Il commença par se demander ce qui lui était arrivé. Ces jours de disparition ne semblaient pas avoir été de tout repos. Puis, il songea avec colère que Dumbledore savait où elle était. Sinon, comment était-ce possible qu'il l'accompagne au château, si peu de temps après leur discussion ? Le vieux fou s'était joué de lui ! Et pourquoi n'était-elle pas revenue avant ? Tom soupira. Il était important qu'il se calme. Ce livre n'était pas une si mauvaise idée tout compte fait.
Après une rapide réflexion, il choisit la réponse B, une fois encore. Le sang pulsait bruyamment dans ses tempes. Pourquoi Hermione semblait-elle mal en point ? Au moins elle n'avait pas l'air blessée. Où était-elle durant tout ce temps ?
Ressentez-vous de la jalousie quand cette personne est en compagnie d'autres personnes ?
A - Oui, totalement
B - Oui, s'il s'agit d'un homme séduisant
C - Rarement
D - Jamais
Il n'hésita pas à tapoter la réponse B, l'image de Morovitch brûlant son esprit. Même si cela lui coûtait de l'admettre, il savait qu'il avait ressenti de la jalousie… Autrement, il se fichait bien de qui elle fréquentait. Encore combien de temps durait ce fichu questionnaire ?
Avez-vous soudainement commencé à vous intéresser à la vie de cette personne ?
A - Oui, je veux tout savoir dans les moindres détails
B - Plus j'en sais, plus je me rapproche de cette personne
C - Un peu, mais pas plus que ça
D - Pas du tout
Cette question le prit un peu au dépourvu. Il était habitué à se renseigner sur les gens, pour exploiter leurs faiblesses. La tournure de la phrase impliquait cependant plus que cela, alors il hésita et choisit finalement la réponse B, bien que la réponse A se défende aussi. Mais il ne pouvait pas s'y résoudre.
Qu'est-ce que vous estimez le plus chez cette personne ?
A - Sa personnalité
B - Sa gentillesse
C - Son apparence physique
D - Le fait que vous travaillez au même endroit
Quelle question étrange ! Les réponses D étaient à chaque fois exclues dans ce fichu questionnaire, cette fois plus encore. Ce n'était pas la gentillesse d'Hermione qu'il estimait, ni son apparence physique. Il tapota la réponse A. Cela commençait à devenir long.
Comment vous sentiriez-vous si vous ne pouviez plus voir cette personne pendant un long moment ?
A - Triste
B - Inquiet
C - Nerveux
D - Indifférent
Il connaissait la réponse sans problème, au vu des derniers jours. Il opta pour la B. Ce n'était d'ailleurs pas un sentiment agréable.
Avez-vous peur de perdre cette personne spéciale ?
A - C'est ma plus grande peur
B - Ce serait dur pour moi
C - Je passerais rapidement à autre chose
D - Pourquoi donc ?
Peur ? Lui ? il songea que cette question était mal tournée et que de toute façon, il ne pouvait pas le savoir tant que ce n'était pas arrivé. Il songea à son agitation de ces derniers jours, à la façon dont il avait explosé devant Dumbledore, à sa réaction à l'hypothèse qu'elle ne reviendrait plus à Poudlard. Il choisit la réponse B, avec étonnement. Maudits Horcruxes…
Nous sommes à la fin de ce petit test, tranquillisez-vous ! Et maintenant, dites-moi… imaginez-vous un avenir commun ?
A - Oui, j'adore nous imaginer ensemble
B - Ce pourrait être envisageable
C - C'est peu probable
D - Impossible de l'imaginer
Le jeune homme fixa longtemps la question. Il avait déjà songé qu'elle serait une recrue de choix pour lui, de par sa puissance magique et son intelligence. L'idée était très séduisante. Peut-être même qu'il pourrait songer à lui apprendre l'immortalité. Mais non. Elle était trop droite, trop empathique pour s'aventurer sur ce chemin à ses côtés. Elle serait son maillon faible. Il hésita sur la réponse à donner. Il pencha pour la proposition C, bien que la B aurait davantage eu ses faveurs.
Lorsqu'il tapota cette réponse avec sa baguette, la question s'effaça, comme toutes les autres. Cette fois, elle ne fut pas remplacée. Les pages du livre se mirent alors à tourner rapidement, jusqu'à un chapitre sobrement intitulé Amour naissant. Etait-ce une blague ? Il referma le livre d'un geste sec, le plaça au hasard sur une étagère et quitta la bibliothèque, fulminant. Il pensait que ce livre allait peut-être lui apporter des explications. Il aurait dû se douter, en faisant ce test qu'il s'agissait d'un livre pour midinettes, malgré l'avertissement en introduction !
Pourtant, et si le livre avait raison ? Il ralentit le pas. Toutes ces questions l'avaient amené à réfléchir à ce qu'il ressentait. Il semblerait qu'il avait eu tort et que Miss Jean avait peut-être quelque chose à voir avec ses débordements émotionnels. Peut-être que les Horcruxes l'avaient fragilisé, mais la brèche venait d'elle. D'un côté, il était tenté de retourner lire la solution que cet ouvrage lui proposerait, mais d'un autre, il ne pouvait pas supporter voir les mots Amour naissant le narguer lorsqu'il l'ouvrirait. L'auteur se trompait sur la nature de son bouleversement, alors il se tromperait aussi sur le remède, c'était une certitude.
Malefoy feuilletait la Gazette du Sorcier sur un canapé de la salle commune, lorsqu'il entra. Le sorcier blond leva les yeux sur lui, interrogateur, se demandant où il était passé après le dîner. Il n'osa cependant pas lui poser la question qui lui brûlait les lèvres. Voldemort n'avait de toute façon pas l'intention d'y répondre. Il décidait de ce qu'il déclarait et quand.
« J'ai croisé Dumbledore pendant ma ronde », mentit-il avec aplomb. « Pour l'instant, le cours de lundi n'est pas encore replanifié.
- Donc Dumbledore reste pour de bon ? », demanda Malefoy, curieux.
« Je ne lui ai pas posé la question. »
Tom ne mentionna pas le retour d'Hermione. Il ne voulait pas en débattre avec Malefoy, pas maintenant. En temps normal, il aurait sauté sur l'occasion de lui montrer qu'il était mieux informé que n'importe qui, mais pas ce soir. De toute façon, il ne savait même pas si elle revenait vraiment, si son état le permettait. Il eut envie d'aller la voir, pour obtenir des réponses. C'était plus fort que lui. A cause d'elle, ces derniers jours avaient été éprouvants. Il décida alors d'aller à sa rencontre, dés le lendemain matin.
oO0OoO0Oo
Les rayons de soleil chatouillèrent les paupières de la jeune femme, qui s'étira longuement. Elle n'avait pas avoir aussi bien dormi depuis une éternité. Elle réalisa qu'elle portait toujours ses habits de la veille et que le soleil était haut dans le ciel. La panique la saisit. Elle était en retard ! Elle se précipita dans la salle de bains, pour se doucher rapidement et enfiler une robe propre. Elle n'avait pas le temps de faire quoique ce soit, elle attacha ses cheveux en sortant en trombe de la petite pièce, bien décidée à se rendre dans sa salle de classe. Saisissant son sac, elle ouvrit la porte d'entrée, lorsqu'elle perdit soudain l'équilibre. Elle se rattrapa de justesse à la poignée et chercha le coupable. Un parchemin déroulé avait été glissé sous sa porte et elle avait à son tour dérapé dessus. C'était un mot de Dumbledore qui l'assurait qu'elle pouvait prendre la matinée, de ne pas s'inquiéter pour les cours.
C'est alors que tout lui revint en mémoire. L'attaque des sbires de Grindelwald, son refuge au Chaudron Baveur, son entretien avec Dumbledore à la Tête de Sanglier… Il n'était pas surprenant qu'elle se soit levée si tard ce matin-là. Il lui semblait d'ailleurs bien que le professeur de métamorphose avait mentionné qu'elle n'avait pas besoin d'enseigner aujourd'hui, mais elle était bien trop épuisée à ce moment-là pour relever. Il fallait avant tout qu'elle remette de l'ordre dans ses idées. Elle songea que la première chose à faire était de se présenter auprès du professeur. Dippet pour s'excuser pour son absence et expliquer ce qui s'était passé. La jeune femme réfléchirait en chemin aux mots exacts qu'elle allait employer, le conseil donné la veille par Dumbledore en mémoire.
Son sac sur l'épaule, par habitude plus que par nécessité, elle se mit en route dans les couloirs déserts. Si elle pouvait éviter de croiser des étudiants, ce serait l'idéal… Profondément plongée dans sa réflexion, Hermione laissa ses pieds la guider machinalement vers le bureau directorial. Tellement machinalement qu'elle se heurta à quelqu'un qui sortait de la bibliothèque. Son sac tomba au sol, l'encrier qu'il contenait se brisa, répandant un liquide noir sur ses affaires. Instinctivement, elle se releva les manches pour ne pas les souiller et entreprit de siphonner l'encre avec sa baguette, tout en bégayant des excuses. Une main saisit son bras gauche et remonta sa manche. Elle se dégagea d'un mouvement sec et leva les yeux sur… Tom Jedusor. Bien entendu. De toute l'école, il fallait qu'elle le croise, lui précisément. Le pouls accéléré, elle réalisa qu'il regardait son bras avec incrédulité. Oh par Merlin… Il avait vu sa cicatrice. Sang-de-Bourbe. Il y avait bien une raison pour laquelle elle ne relevait jamais les manches sans avoir utilisé de sort de Camouflage, et elle l'avait oublié dans le feu de l'action, devant Voldemort en personne.
« Qu'est-ce que c'est ? », demanda-t-il d'un ton glacial.
Elle fut tentée de répliquer vertement que c'était un cadeau de sa plus fidèle Mangemort, mais elle s'abstint. Hermione rabattit la manche sur son bras et rassembla ses affaires, sans un mot. Elle ne pouvait pas supporter de le regarder dans les yeux pour le moment.
« Miss Jean », reprit-il d'une voix plus douce. « Qui vous a fait ça ? »
Elle se releva, droite et fière, le visage dur. Ce n'était pas ses affaires, mais elle ne savait pas comment le dire. Evitant soigneusement son regard, elle secoua la tête en signe de dénégation.
« Est-ce la cause de votre absence ? Quelqu'un vous a retenue ? Avez-vous d'autres blessures ? », questionna-t-il à mi-voix.
Ce fut le ton scandalisé de sa voix qui l'incita à relever la tête et à rencontrer ses yeux noirs. La colère brillait, mais elle ne savait pas comment l'interpréter. Etait-il dégoûté d'apprendre qu'elle était Née-Moldue ? Il attendait visiblement la réponse à ses questions, mais ne s'emporta pas. Pas pour le moment. Il insista cependant.
« Miss Jean, la personne qui vous a fait ça ne peut pas s'en tirer comme ça…
- Ne vous en faites pas Tom, elle a eu son compte », répliqua-t-elle froidement.
Une lueur d'admiration traversa les yeux du jeune homme. Il prit à nouveau son bras, avec délicatesse cette fois. Hermione se laissa faire, réprimant les frissons qui la parcoururent. C'était ridicule mais son contact avait cet effet électrisant. Il remonta sa manche avec une douceur qu'elle ne lui connaissait pas, ce qui provoqua des contractions étranges dans son estomac. C'était la faim, se convainquait-elle, mais cela n'y ressemblait pas du tout. Le jeune homme examina sa cicatrice avec attention.
« Voulez-vous que je l'efface, Miss ?
- C'est impossible », répondit-elle d'une voix lasse. « Les blessures causées par la magie noire ne peuvent être soignées.
- C'est exact. » L'excitation teintait sa voix, mais il s'efforçait de la maîtriser. « Cependant, il m'est possible de faire quelque chose si vous m'y autorisez. »
Hermione arqua un sourcil. Que voulait-il dire par là ? Elle était formelle sur la guérison des blessures liées à la magie noire. Elles avaient la particularité de ne pas pouvoir se soigner comme une blessure classique.
« Je ne peux pas en parler ici », ajouta-t-il, lâchant son bras et laissant la manche recouvrir à nouveau la cicatrice. Sa peau devint subitement glacée à l'endroit où la main de Tom l'avait touchée. « Il faudra que nous trouvions un moment seuls pour…
- Je ne suis pas sûre que ce soit approprié, Tom », coupa-t-elle d'une petite voix, consciente de ses joues en feu.
L'expression du jeune homme n'aurait pas été différente si elle l'avait giflé. Sa bouche s'était entrouverte de surprise et ses traits se durcirent.
« Très bien, je cherchais simplement à vous aider », rétorqua-t-il d'un ton glacial.
Il se détourna, dans le but évident de quitter ce couloir et s'éloigner d'elle. Hermione posa à son tour une main sur son bras. Il se figea, mais ne se dégagea pas, ce qui fut un soulagement.
« Tom, je ne voulais pas… » Hermione déglutit, tandis que le jeune homme resta silencieux. « Je voulais dire, j'ai eu l'impression que les rumeurs sur… sur nous vous avaient touché et je ne voulais pas vous remettre dans cette situation. »
Par Merlin, que cette conversation était embarrassante ! Elle songea à ce que lui avait dit Dumbledore la veille. Son cerveau ne semblait plus vouloir fonctionner de manière cohérente.
« Je ne voulais pas vous blesser », murmura-t-elle.
Tom Jedusor la regarda à nouveau, avec attention, puis ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose. Mais les mots ne vinrent pas. Il secoua la tête, exaspéré.
« Si cela vous intéresse », dit-il finalement. « je vous propose de nous retrouver dans la salle vide à côté de la statue de la sorcière qui tient une pomme, au troisième étage, à vingt heures. Je vous expliquerai tout sur place. »
Hermione prit quelques secondes pour réfléchir. N'était-ce pas dangereux ? Il s'agissait quand même de Voldemort… Mais elle était restée seule avec lui plusieurs fois, sans qu'il ne tente jamais rien. Elle était en sécurité à Poudlard, n'est-ce pas ? Elle serait sur ses gardes. Il sondait son visage avec une incertitude touchante. Mr Jedusor a exprimé quelques… inquiétudes à votre sujet. La chaleur n'avait pas quitté le visage d'Hermione, alors qu'elle acquiesça timidement. Il inclina la tête à son tour et la laissa seule dans ce couloir, seule avec ses pensées.
Lorsqu'il fut hors de vue, la jeune femme s'appuya contre un mur, déboussolée. Il savait désormais ce qu'elle était, ce que Bellatrix avait pris soin de graver dans sa chair et pourtant, il n'avait fait aucun commentaire désobligeant. Mieux encore, il lui avait proposé de l'en débarrasser. Elle ne savait pas comment, sa curiosité était indéniablement piquée, mais ce fut l'intention qui la perturbait. Dumbledore avait-il raison ? S'était-il réellement inquiété pour elle ? Son coeur palpitait à cette pensée, ce qui la dérangeait. Elle chercha à se convaincre par tous les moyens que ce devait être un plan machiavélique de sa part… Au fond, elle n'y croyait plus.
Que faisait-elle dans ce couloir d'ailleurs ? Elle se remémora sa décision d'aller à la rencontre du professeur Dippet. Serrant nerveusement les bras autour d'elle, elle reprit son chemin, jusqu'à la tour du directeur. Elle avait déterminé ce qu'elle allait lui dire.
Le professeur Dippet se montra si compréhensif face à ses excuses et ses explications, qu'elle soupçonna Dumbledore d'avoir préparé le terrain. Elle lui assura qu'elle pouvait reprendre l'enseignement dés que possible, qu'elle s'assurerait de rattraper les cours manqués au mieux. Elle insista tant et tant que le directeur s'inclina avec réluctance. Hermione attendit ensuite le professeur Dumbledore devant la porte de son bureau. Le cours ne devrait plus tarder à se terminer.
Spontanément, elle songea au livre sur les prophéties qu'elle avait subtilisé à Voldemort. Un passage en particulier lui revint en mémoire. Elle l'avait rapidement survolé, estimant que cela relevait bien plus du mystique que de la science. Elle sortit le livre de son sac, dont la couverture était aujourd'hui celle d'un roman policier sorcier. Cela lui permettait de le camoufler aux yeux indiscrets. Elle relut la page en question et tenta de déterminer ce qu'elle en pensait.
Le Destin est le garant de l'équilibre magique du monde. Lorsque cet équilibre est perturbé, il doit être rétabli d'une manière ou d'une autre. Parfois, le Destin peut faire des erreurs aux conséquences dramatiques et il doit alors les réparer. Dans ce cadre, les prophéties sont communément admises comme étant un de ses instruments privilégiés.
Plus tôt dans cet ouvrage, nous avons écrit que les prophéties authentiques peuvent déjouer les règles de la physique et de la magie. En réalité, elles en sont capables uniquement parce qu'elles puisent leur pouvoir dans la forme de magie la plus puissante jamais identifiée : l'Amour. Il est généralement admis qu'il peut s'affranchir toutes les règles. Cela a été prouvé pour certaines d'entre elles, notamment les règles sociales et spatiales, tandis que d'autres sont toujours à l'étude. Des départements de recherche dans le monde entier étudient les pouvoirs de l'Amour sur des paramètres aussi complexes que la mort et le temps.
Dans le cadre des déséquilibres les plus importants, il semblerait que ce soit toujours l'Amour qui vienne rétablir la balance. Dans l'Histoire, les exemples sont nombreux, tel que nous l'avons constaté dans la première partie de l'ouvrage. La théorie la plus répandue est celle des âmes soeurs…
« Miss Jean ? Comment vous portez-vous ce matin ? »
Hermione referma précipitamment son livre et le fourra dans son sac sans cérémonie.
« Bien mieux, je vous remercie professeur », répondit-elle tandis que Dumbledore ouvrit la porte de son bureau. « Je viens de m'entretenir avec le professeur Dippet et il ne voit pas d'objection à ce que je puisse reprendre l'enseignement. J'ai cru comprendre hier soir que vous souhaitiez repartir à nouveau ?
- C'est bien cela, en effet Hermione », acquiesça-t-il, l'invitant à entrer à son tour dans la pièce. « Mais je ne partirai que lorsque vous estimerez être prête à reprendre les classes. »
Elle l'assura que c'était le cas. La jeune femme était un peu honteuse de s'être mise dans une telle situation.
« Où en êtes-vous avec votre sablier ?
- J'ai bien reçu votre lettre la semaine dernière, professeur. Cela expliquerait en effet son dysfonctionnement. Mes recherches m'avaient mené à une conclusion peu différente. Est-ce que vous vous souvenez des événements de 1899 ? »
Le professeur Dumbledore releva la tête avec une soudaineté surprenante. Il pâlit et la regarda sans comprendre. Hermione réalisa que ce devait être l'année où il avait perdu sa mère et sa soeur. Cela la perturba de le voir ainsi… vulnérable. Elle déglutit, feignant de ne pas le savoir, et continua précipitamment.
« Le temps s'est déréglé de manière étrange cette année-là. Le mardi 19 septembre 1899 a duré soixante heures et le jeudi 21 seulement 4 heures. »
Le vieil homme semblait avoir repris contenance et acquiesça, les sourcils froncés. Il réfléchissait.
« Il me semble que cette affaire a été classée, la cause étant un évènement météorologique. Ce n'était pas le cas, je présume ?
- En effet, professeur. Ces évènements coïncident avec un autre, survenu à Sainte-Mangouste quelques jours plus tôt. »
Hermione entreprit de lui relater ce qu'elle avait lu concernant Eloïse Roulet-Bouley. Dumbledore parut intrigué mais guère surpris. Le moment de vulnérabilité était passé. Il se leva avec vivacité et se posta devant la fenêtre, les mains croisées derrière son dos.
« Je me doutais malheureusement que nous en arriverions à cette conclusion, vous devez rester. Mon incertitude concernait la nature du changement temporel. Si l'histoire de Mrs Roulet-Bouley est exacte, il semblerait que nos actes dans le passé affectent irrémédiablement le futur. Vous êtes ici depuis des mois à présent, ce qui signifie que vous ne pouvez plus considérer ce que vous savez de votre passé comme des certitudes.
- Je suis d'accord, professeur. Néanmoins, certains éléments pourraient être dangereux s'ils tombent entre de mauvaises mains.
- Toute connaissance est dangereuse, hélas », répondit le sexagénaire. « En observant votre comportement, j'en ai tiré quelques conclusions. Vous venez d'une époque assez lointaine pour vouloir retrouver votre famille et vos amis, mais suffisamment proche pour que vous me connaissiez. J'en déduis que j'ai survécu jusque là dans votre version du futur. Vous me faites confiance, et j'en suis extrêmement touché, ce qui veut dire qu'apparemment, je m'en suis montré digne. Cela vous paraît sans doute peu, mais le risque est la certitude. Je ne dois pas me reposer sur mes lauriers et être certain de actes. Comprenez-vous ce que j'entends par là ?
- Parfaitement, professeur. L'excès de confiance à lui seul pourrait changer votre avenir », acquiesça Hermione.
« Exactement. C'est pourquoi je ne souhaite pas que vous me dévoiliez ce que vous savez. Je ne vous demanderai pas si vous avez une mission ici. »
Il se leva, et elle l'imita, prête à quitter la pièce.
« Je vous en remercie professeur…
- Mais je dois vous mettre en garde sur les conséquences de vos choix. Parfois, vous aurez l'impression de résoudre un problème, mais vous en créeriez un plus grand encore. Parfois, il faudra trancher entre ce qui est facile et ce qui est juste. »
Sur ces mots étrangement familiers, elle sortit du bureau, plus incertaine que jamais.
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Le pas léger, Tom se dirigea vers la salle de classe au troisième étage, avec un peu d'avance. L'excitation courait dans ses veines avec une pointe de nervosité. Il ne chercha même pas à interpréter ses émotions cette fois. Il n'avait pas retouché au livre qu'il avait consulté hier, un peu honteux d'en être arrivé là. Il avait failli le reprendre, ce matin à la bibliothèque, après avoir guetté la présence d'Hermione au petit-déjeuner, puis dans le couloir du département de métamorphose. Mais au lieu de cela, après avoir terminé ses devoirs, il avait décidé de se rendre dans la salle commune de Serpentard. Et c'était à ce moment précis qu'elle s'était heurtée à lui. Une telle convergence ne pouvait pas être une simple coïncidence, se dit-il.
Il était impossible de nier la montée d'adrénaline qu'avait causé sa simple présence, après une semaine d'absence. Elle s'était excusée, sans réaliser qui il était, et Tom savait parfaitement que si un étudiant l'avait bousculé ainsi, il l'aurait vertement réprimandé et il aurait été agacé s'il s'était agi de n'importe quel professeur. Mais pas avec Hermione. Il y avait décidément quelque chose de différent chez elle. Et puis, il avait vu cette cicatrice lorsqu'elle avait relevé les manches. Au début, il n'avait distingué que le mot bourbe. Son sang n'avait fait qu'un tour et il avait instinctivement saisi son bras et vu la marque infamante. Sang-de-Bourbe.
Il aurait dû être dégoûté par cette révélation. Il avait espéré qu'elle ait au moins le sang mêlé, comme lui, pas être d'origine moldue. Mais ce ne fut pas ce qu'il ressentit. Oui, il y eut bien du dégoût mais pas celui auquel il aurait pu s'attendre. Ce dégoût était destiné à la personne qui lui avait infligé cette marque. Il avait eu raison, elle était bien en danger ces derniers jours. Combien de temps, cela dit ? Au moins, elle s'était vengée. Tom brûlait de savoir comment, curieux d'apprendre à quel point elle pouvait être rancunière.
Lorsqu'il poussa la porte de la classe, elle était déjà là, postée devant la fenêtre, observant le parc plongé dans la pénombre. Son estomac fit un saut périlleux dans son ventre et, pour la première fois, il ne s'en préoccupa pas. Elle était venue. Sa chevelure était détachée, une cascade de boucles brunes coulait le long de son dos. Elle se retourna au grincement des gonds.
« Bonsoir Miss Jean », dit-il en fermant la porte soigneusement derrière lui. Il ne tenait pas à ce qu'ils puissent être vus. « Je ne vais pas vous retenir longtemps. »
Hermione semblait un peu nerveuse. Tom songea à la manière dont elle avait rougi un peu plus tôt. Ce changement ne manqua pas de l'étonner. Depuis leur retour de Durmstrang, il avait remarqué qu'elle se montrait un peu plus nerveuse en sa présence, mais s'il l'avait remarqué, c'est parce qu'il était lui-même devenu attentif.
« En tout cas, merci de proposer quelque chose Tom… C'est… C'est très gentil de votre part. »
Il s'efforça de ne pas rire à ce mot qui ne lui correspondait pas, mais elle n'avait pas tort. Il était bel et bien gentil avec elle, mais il s'agissait plutôt d'un échange de bons procédés, se convainquait-il. Ce matin, il avait failli lui révéler la discussion qu'il avait eue avec Armando Dippet. Mais il s'était ravisé. Ce n'était pas le bon moment.
« Je préfère vous prévenir tout de suite. Ce que je vous propose n'est pas une méthode conventionnelle…
- Je me doute Tom. » Elle sourit avec amusement. « Il est communément admis que les blessures dues à la magie noire ne peuvent être guéris. J'imagine aussi que vous ne feriez pas tant de mystères si la solution était simple. » La jeune femme prit une profonde inspiration. « Mais je suis là et je vous écoute. »
Cela plut à Tom. Ainsi donc, elle n'était pas aussi fermée aux autres magies qu'il s'était attendu.
« Je ne peux pas supprimer cette blessure, mais je peux inverser le sort. »
Elle pencha la tête sur le côté, ses yeux chocolat brillants de curiosité.
« Votre blessure changera de propriétaire. Celui qui vous a infligé cette cicatrice la recevra en retour.
- Oh. »
Elle semblait embarrassée. Il s'était attendu à un refus marqué, au nom d'un principe moral, mais elle n'était même pas scandalisée ou intéressée. Elle se mordait les lèvres, comme confrontée à un calcul insoluble. Puis, elle prit sa décision. Hermione leva les yeux, une lueur de défi.
« Vous êtes sûr que cela fonctionnera ?
- Certain.
- Alors c'est d'accord. Fais-le, Tom. »
Elle avait dit oui. Tous les arguments qu'il avait préparé pour la convaincre s'envolèrent, inutiles. Son coeur bondissait de plaisir, et par Salazar, il devait avouer que cette émotion-là n'était pas si désagréable.
Qu'en pensez-vous ? :) Fonctionnera, fonctionnera pas ?
Dédicace à Thaabil qui avait mentionné la cicatrice dans une de ses reviews ;)
Prenez soin de vous.
NB : la cicatrice Sang-de-Bourbe est présente dans les films, et non explicitée dans les livres. Pour ma part, j'ai choisi de la considérer canon.
