Les nerfs de la guerre

Cracrock regarda Loki Potter avec de grands yeux.

-Je te demande pardon ? hoqueta le gobelin

-Tu m'as bien entendu, la banque pourrait abriter une arme de Voldemort, souffla Loki.

Après bien des tergiversions, Loki avait décidé de récupérer la coupe de Poufsouffle au plus vite et donc, de mettre au courant le gardien des coffres des Potter. C'était quitte ou double, certes, puisque les gobelins n'avaient aucun intérêt direct dans la guerre qui venait de se déclarer, mais comme Voldemort s'était montré au grand jour, il allait s'intéresser de plus près à lui.

-Comment tu peux en être sûr ? demanda Cracrock

-C'est ça le problème, c'est que je n'en suis pas sûr, rappela Loki en se passant une main hésitante dans les cheveux.

Plutôt que de venir annoncer tout de go que l'un des horcruxes se trouvait à Gringotts, Loki avait préféré parler d'une hypothèse tangible au gardien des coffres. Au moins, si les gobelins tombaient dessus tout seuls, il ne serait pas impliqué et peut-être qu'ils auraient une autre solution pour le détruire que du sang de basilic ou un feudeymon.

-Pourquoi la banque ? demanda Cracrock

-Harry m'a raconté que lors de sa première visite sur le Chemin de Traverse, après qu'il ait reçu sa lettre pour Poudlard et accessoirement appris qu'il était un sorcier, Hagrid l'a mené à Gringotts et après avoir retiré de l'argent pour lui dans son coffre puisqu'il avait sa clé, il avait retiré un paquet dans un autre coffre sur ordre de Dumbledore, paquet qui s'était révélé être la pierre philosophale de Nicolas Flamel.

-Le nombre d'informations contenues dans ces quelques mots est assez perturbant, Loki, constata Cracrock. Est-ce que tu sais que les sorciers vivants dans des familles moldues et qui doivent intégrer Poudlard à la rentrée suivante ne peuvent être approchés que par les professeurs de l'école ? Que la clé d'un coffre d'un sorcier mineur n'est remise qu'à son propriétaire par son gardien de coffre uniquement ? Que seul le propriétaire d'un coffre peut retirer de l'argent de son coffre ? Et surtout, qu'un artefact de la valeur de celle de la pierre philosophale doit être gardé dans un coffre spécial ?

Loki serra les dents. Il s'était toujours posé la question, surtout en apprenant après-coup qu'Hagrid n'était que le garde-chasse de l'école. Malheureusement, tenu soigneusement éloigné de la Grande Bretagne sorcière quand il était une faucheuse et n'ayant pas eu le temps de se pencher sur l'introduction des nés de moldus depuis qu'il avait récupéré Harry, il n'avait pas pu creuser ses doutes, mis à part ceux concernant l'implication exacte de Dumbledore dans la guerre contre Voldemort.

-A partir de la clé, tu peux voir comment ça a été possible qu'Hagrid et madame Weasley aient pu se servir dans son coffre ? demanda Loki

-Oui, répondit Cracrock. Tu penses à quoi ?

-Je n'ai fait que survoler les registres de compte d'Harry, avoua Loki. Je n'ai pas regardé les procurations ou les autorisations de prélèvement puisque j'ai tout fait stopper quand j'ai récupéré Harry. Si on regarde comme c'est possible, ça peut améliorer la tenue des comptes et empêcher de futures spoliations.

-Ce n'est pas une mauvaise idée, réfléchit Cracrock. Je vais en parler avec mes supérieurs hiérarchiques. Mais revenons-en à notre sujet principal. Tu es sûr de toi ?

-L'une des premières choses que j'ai apprises en mettant les pieds dans le monde sorcier, c'est que la banque est l'un des endroits les plus sûrs du pays, répondit Loki. Si on suit cette ligne de pensée, pourquoi ne pas imaginer que Voldemort n'a pas caché quelque chose ici.

-Nos contrats stipulent que ce qui est contenu dans les coffres ne doit pas porter atteinte à l'intégrité des lieux et de son personnel, assura Cracrock.

-Même quand les contrats standards ont été modifiés d'un commun accord ? pointa Loki

Le régent Potter ne voyait que cette solution pour que l'horcruxe ait pu rester dans les sous-sols de la banque sans être inquiété : que Rodolphus et Bellatrix Lestrange aient fait en sorte que les gobelins ne puissent pas contrôler ce qui se trouvait à l'intérieur de leur coffre.

-Ce n'est pas impossible, concéda Cracrock. J'imagine que tu as en tête tous les mangemorts avérés.

-Je me doute surtout que c'est à double tranchant, grimaça Loki. Il se peut qu'il y ait des artefacts qui ont été déposés à la banque justement parce qu'ils sont dangereux.

-C'est vrai, fit Cracrock. L'idéal serait d'avoir un échantillon de la magie de Voldemort pour identifier parfaitement les artefacts qui seraient en lien avec lui.

-Comment peut-on faire cela ? s'étonna Loki. A part s'il me lance directement un sort, bien sûr.

-Il faudrait qu'on puisse avoir un objet qu'il a fréquemment utilisé, répondit Cracrock. Dans le pire des cas, un vêtement qu'il portait pendant qu'il faisait de la magie.

La première idée qui lui vint à l'esprit fut d'apporter un horcruxe, il n'y avait pas mieux comme échantillon de magie ! Mais si un simple objet pouvait suffire, mettre Severus dans la confidence serait beaucoup plus sécuritaire.

-Je vais y réfléchir à tête reposée, décréta Loki. Je t'envoie la clé d'Harry pour les vérifications. Mercredi dix-huit heures ?

-Je ne raterai nos rendez-vous pour rien au monde, sourit Cracrock. Passe une bonne journée.

-Toi aussi, répondit Loki avant de quitter la bâtisse.

§§§§§§

-Monsieur Potter, vous resterez après le cours, ordonna Severus.

-Oui professeur, répondit Harry.

Les premières semaines de l'année scolaire s'étaient bien passées. Toutefois, le brun avait remarqué que la plupart des jeunes filles et des jeunes hommes à partir de la quatrième année avaient tendance à rester dans son champ de vision. Neville lui avait rappelé en ricanant que sa présence aux séances du Magenmagot avait été publiée dans les journaux ce qui avait remis en mémoire du peuple sorcier qu'avant d'être le Survivant, il était l'Héritier Potter donc l'un des partis les plus prisés de la Grande Bretagne sorcière. Les élèves tenaient donc à être en bonne place pour devenir la prochaine lady Potter ou le prochain Consort Potter, au plus grand agacement d'Harry. Heureusement, il pouvait compter sur ses amis pour tenir éloigner de lui ces sangsues.

-Pourquoi cette vieille chauve-souris graisseuse veut te voir ? grommela Ron quand le professeur fut suffisamment loin pour ne pas l'entendre

Au plus grand désespoir d'Hermione et de Neville, ils n'avaient pas pu se débarrasser de Ron et par extension, de Ginny qui n'allait pas tarder à les coller dès qu'ils poseront un pied dans la salle commune voire dans la Grande Salle. Les deux roux pensaient que leur place privilégiée était immuable et par extension, que Ginny serait la prochaine lady Potter et qu'ils pourraient profiter du patrimoine de la famille. Malheureusement pour eux, ils rêvaient les yeux ouverts.

-Je ne vais pas tarder à le savoir, haussa des épaules Harry. Ne m'attendez pas.

Un regard noir du professeur poussa les amis du brun à vider les lieux au plus vite. La salle de classe fut soigneusement protégée avant que l'aîné ne prenne la parole.

-Je n'ai pas eu le temps de voir Loki pour le tenir au courant mais je veux que vous sachiez que le professeur Dumbledore tient à ce que nous reprenons les cours d'occlumencie, annonça Severus.

-Pourquoi ? s'étonna Harry. Il me semblait que vous lui aviez déclaré que c'était un échec, non ?

-C'est le cas, confirma Severus. Mais cette fois, il tient à être présent.

-Qu'est-ce qu'il cherche à faire ? fronça des sourcils Harry

-Je ne sais pas mais clairement pas votre sécurité, assura Severus.

Quand Severus avait passé sa maîtrise des arts de l'esprit, il avait découvert que cette matière ne pouvait être apprise que par des personnes qui avait atteint leur maturation magique, sauf héritage familial comme dans son cas. Loki avait regardé dans les archives des Potter et ce n'était pas le cas d'Harry donc il n'y avait aucune chance pour que le brun puisse apprendre correctement cet art délicat et Dumbledore le savait. Commencer l'apprentissage trop tôt pouvait fragiliser les barrières naturelles jusqu'à les réduire à néant.

Heureusement pour Severus et Loki, la destruction de l'horcruxe avait renforcé les barrières naturelles dans l'esprit d'Harry de manière imprenable et les cours avaient servi à préparer son esprit à moduler lesdites barrières dès qu'il le pourrait et donc, empêcher qui que ce soit d'entrer dans son esprit en catimini. Si Dumbledore passait outre, il allait avoir une sacrée surprise.

Cela faisait plusieurs semaines qu'Harry avait été définitivement convaincu qu'Albus Dumbledore était certes coupable de négligence mais également de projets néfastes à son encontre. Tous ses actes « pour le plus grand Bien » avaient une facette déplaisante qui avait uniquement pour bénéficiaire le vainqueur de Grindelwald. Donc désormais, contrairement à ce que Ron et Ginny voulaient, il n'allait plus accorder sa pleine et totale confiance au directeur de l'école.

-Avez-vous une idée pour tourner cela à notre avantage ? demanda Harry

-Rien que pour le plaisir, demander que Loki assiste aux cours, sourit machiavéliquement Severus. Sinon, pas encore. Mais je voulais être sûr que vous ne soyez pas surpris si l'idée arrive dans la conversation.

-Et comment, alors que j'évite tout rendez-vous avec lui ? railla Harry

Les deux sorciers ne se faisaient pas d'illusions. Ginny et Ron Weasley avaient montré pendant toute une année leur fidélité au directeur et cela ne serait pas étonnant qu'ils donnent de leur personne pour que les plans de leur maître aillent dans le bon sens.

-On verra quand ils passeront à l'attaque, haussa des épaules Harry. Merci pour l'information.

-Je vous conseille de vous dépêcher de vous rendre à votre prochain cours, déclara Severus.

-Bonne journée professeur, sourit Harry.

Le brun sortit de la classe et se rendit à son prochain cours sans tenir compte du harcèlement continu du roux.

§§§§§

Même s'ils avaient passé quelques jours auprès de chacun de leurs enfants durant les vacances d'été, Molly et Arthur Weasley n'avaient toujours pas réintégré le Terrier et encore moins le quartier général de l'Ordre. Le couple n'avait plus été seul depuis la fin de leur scolarité et ils avaient profité de la convalescence pour enfin se retrouver. Oh, ils étaient quand même régulièrement harcelés par le chef de l'Ordre pour savoir quand ils pourraient « reprendre du service » – et accessoirement réinvestir le manoir Black pour que Molly en redevienne l'intendante – mais les deux roux avaient rappelé qu'Arthur avait été mordu par le propre serpent magiquement modifié de Voldemort et donc, que les soins, en plus d'être les premiers du genre, prenaient du temps.

Le fait d'avoir quitté le QG avait eu la conséquence que leurs allées et venues n'étaient plus systématiquement suivies et enregistrées par le dirigeant de l'Ordre. C'était donc sans se cacher que le couple s'était présenté à Gringotts pour faire un bilan de leurs avoirs.

-Héritier Weasley, madame Weasley, je suis Cracrock et je vais vous recevoir, salua le gobelin quand il vint les récupérer dans la salle d'attente à l'écart du hall de la banque.

-Nous vous suivons, répondit Arthur.

Le couple se garda bien de poser des questions et emboîtèrent le pas au gardien qui les mena dans un bureau neutre, ce qui finit de perturber les deux roux. Ils s'installèrent dans le bureau et attendirent patiemment que le gobelin prenne la parole.

-Je vous écoute, fit Cracrock.

-Nous voulons un bilan de nos finances, résuma Arthur. A la fin de l'année dernière, j'ai dû être admis à St Mangouste et récemment, j'ai reçu la facture d'hospitalisation et … nous ne pourrons pas la payer en une seule fois.

Toute entière à son inquiétude, Molly ne s'était pas demandé comment les frais d'hospitalisation allaient être réglés. En fait, elle ne s'était pas posée de question puisqu'Albus Dumbledore, au détour d'une conversation, avait assuré qu'il allait s'en occuper. Mais l'arrivée du document quelques mois plus tard avait tout remis en cause et le couple avait été conscient que s'ils ne faisaient pas rapidement un point sur leurs avoirs, ils allaient s'endetter encore plus qu'ils ne l'étaient actuellement.

-Je comprends, fit Cracrock. Commençons par vos entrées d'argent. Nous avons le salaire de l'Héritier Weasley, à hauteur de 550 galions par mois et de la rente du clan Weasley, à hauteur de 100 galions par mois en ajoutant 20 galions par enfant à charge, soit actuellement au total 690 galions.

Molly et Arthur hochèrent la tête. Même en tant que directeur de son propre département, Arthur ne gagnait pas des mille et des cents. Pire, il savait que les autres directeurs gagnaient beaucoup plus que lui – l'avant-dernier salaire le plus bas des directeurs était de 900 Galions mensuels – mais que le sien était gelé depuis la naissance de Percy.

-Vos dépenses ménagères s'élèvent au total à 400 galions, continua Cracrock. Sans oublier le crédit que vous remboursez 250 galions par mois pour les frais de scolarité de vos enfants.

Actuellement, les frais de scolarité annuels de Poudlard s'élevaient à deux mille galions par élève, une fortune donc qui obligeait les trois quarts des familles à contracter des crédits car elles ne pouvaient pas payer rubis sur ongle. Le couple – qui était l'un des rares à avoir plus de deux enfants, la moyenne chez les sorciers de Grande Bretagne – avait dû essuyer des frais de scolarité de presque cent mille galions au total pour tous leurs enfants et donc souscrire un crédit au taux d'intérêt exorbitant. Sans les conseils d'Albus Dumbledore, ils n'auraient scolarisé que Bill et Charlie, voire Percy. D'ailleurs, quand ce dernier avait fait ses premiers pas à Poudlard, Molly et Arthur avaient dû s'expliquer avec Muriel sur son inscription sans son accord et à chaque rentrée scolaire des enfants, la même discussion avait lieu.

-Vous avez également sous votre responsabilité les coffres de Ronald Weasley et de Ginevra Weasley, reprit Cracrock. Le premier possède cinq mille galions et le second, trois mille six cents galions.

-Pardon ? s'étouffa Arthur

A cause de leurs revenus et de leurs dépenses, Molly et Arthur avaient renoncé à ouvrir un coffre à chacun de leurs enfants à leur naissance. A la place, ils avaient investi dans des tirelires magiques où chacun pouvait déposer leur argent de poche et le gérer comme il l'entendait.

-Aucun de nous n'a ouvert ces coffres et si c'était Muriel, elle nous en aurait averti, non ? fronça des sourcils Molly

-Puisque vous êtes leurs responsables légaux, oui, confirma Cracrock. Mais la personne qui l'a fait avait une procuration que vous aviez signé et qui lui permettait d'en prendre le contrôle.

-Quand ont-ils été ouverts et par qui ? gronda Arthur

-A leur première rentrée à Poudlard, répondit Cracrock. Les coffres avaient un versement initial de cinq cents galions et bénéficiaient d'un versement mensuel de cent galions jusqu'à l'été dernier et depuis, de cinquante galions par mois. Par Albus Dumbledore.

Le couple plongea dans une colère noire et maudit le vieux sorcier dans leur barbe. Pendant ce temps, Cracrock repensait à la façon dont tout avait commencé. Il se souvenait de son premier entretien avec Harry Potter qui avait relaté la manière dont il avait mis les pieds pour la première fois dans le monde sorcier. Curieux, le gardien des coffres du clan Potter avait voulu savoir pourquoi le dénommé Gripsec ne lui avait pas présenté l'Héritier Potter. Il avait alors découvert que le gobelin avait pris sa place en tant que gardien des coffres de James, de Lily et d'Harry Potter – mais pas du clan Potter ou sinon, le pot aux roses aurait été découvert trop tôt – et avait mis en place de nombreuses choses, notamment des prélèvements faramineux vers des coffres privés sans l'autorisation du gardien des coffres du clan Potter – Cracrock donc – mais avec celle du garant d'Harry Potter, Albus Dumbledore. Comme les gobelins ne répondaient pas aux diktats des sorciers mais aux ordres de la Magie – qui n'avait jamais reconnu de responsabilités envers Harry Potter de la part de Dumbledore – Gripsec s'était donc rendu coupable de corruption envers le clan Potter, ce qui l'avait déchu de toutes ses postes au sein de la banque. Mais en creusant un peu plus, les gobelins avaient découvert que ce dernier avait également manipulé de nombreuses successions et gestions de coffres en faveur du vainqueur de Grindelwald. Actuellement, le traître était en train de leur « livrer » tous les secrets qu'il aurait pu entendre de la part de son « bienfaiteur » – comprendre qu'il bénéficiait de l'hospitalité des geôles gobelines et pas pour faire du tricot – et chacun de ses actes était soigneusement décortiqué avant d'être totalement démantelé.

-Que décidez-vous ? demanda Cracrock, coupant le couple dans ses récriminations

-Nous aimerions interdire l'accès de ces coffres personnels à Albus, Ron et Ginny, décréta Molly. S'il vous est possible de connaître la provenance de cet argent, faites-le, ensuite nous déciderons de ce que nous en ferons.

-C'est Dumbledore qui nous a conseillé Gripsec pour gérer nos comptes et si une telle chose a été possible, c'est qu'il était complice, grogna Arthur. Nous voulons changer de gardien.

Normalement, une telle accusation aurait valu aux Weasley la fermeture de tous leurs coffres et leur expulsion mais comme les faits étaient avérés, Cracrock ne réagit pas, surtout que la demande était légitime.

-Ce sera fait, assura Cracrock. J'aimerai vous montrer ceci.

Le gobelin poussa un document vers les deux roux qui s'empressèrent d'en prendre connaissance.

Comme tout gardien de coffre, Gripsec avait accès aux échantillons de sang des propriétaires ce qui lui avait permis de créer certains contrats sans que les concernés ne soient au courant, notamment des services envers Albus Dumbledore pour leur avoir permis de scolariser toute la fratrie alors que légalement, le directeur ne pouvait refuser qui que ce soit sauf s'il était un danger pour les autres élèves – et il avait une vision très précise de ce qui pouvait être dangereux, au mépris total de la Magie – ou qu'il ne pouvait pas payer les frais exorbitants de scolarité. Ce qui avait fait frémir la banque, c'était le document que tenait le couple entre ses mains.

Une dette d'honneur.

Gripsec et Dumbledore avaient créé un faux document avec le sang et la magie d'Arthur et de Molly pour engager l'honneur des Weasley à suivre la ligne de conduite du vieux sorcier, un document tout ce qu'il y avait de plus faux malheureusement tout ce qui était de plus légal. Si Dumbledore ne gagnait pas la « guerre », alors la famille Weasley entière serait entraînée dans la déchéance du directeur sans possibilité d'y changer quoi que ce soit. Tous les enfants seraient impactés et par ricochet les compagnes et compagnons de ces derniers. Celui qui avait le plus à perdre actuellement était Bill, l'aîné de la fratrie, qui travaillait pour la banque et qui avait une relation sérieuse avec l'une de ses collègues, Fleur Delacour, de la noblesse magique française. Si Dumbledore perdait tout, le jeune homme devrait faire une croix sur tout travail à Gringotts ainsi que dans les principales institutions magiques du monde entier mais courrait en plus un risque majeur d'arrêter totalement sa relation avec sa compagne voire de la forcer à couper tout lien avec sa famille, au mieux.

Non, rien que pour Bill, qui était un élément précieux de Gringotts, les Weasley ne devaient pas payer le prix de la soif de pouvoir de Dumbledore.

A la fin de sa lecture, le couple était complètement blême. Les dettes magiques étaient certes implacables, mais une dette d'honneur !

-Et dire que nous avons deux dettes de vie envers Harry en plus, soupira Arthur.

-Deux ? sursauta Cracrock

En avoir une était déjà exceptionnel mais plusieurs au sein d'une même famille ? Avec Dumbledore dans les parages, les coïncidences n'existaient pas.

-Oui, confirma Arthur. La première lorsqu'Harry a sauvé Ginny de l'héritier de Serpentard pendant sa deuxième année et la seconde quand il a donné l'alerte pour qu'on aille me chercher dans les couloirs du ministère alors que j'étais mortellement blessé par le serpent de Voldemort.

Le gobelin fronça des sourcils. Comme il l'avait pensé plutôt, il ne croyait pas aux coïncidences. La dette de vie d'Arthur lui semblait cohérente, quoiqu'un peu légère mais celle de sa fille non, surtout qu'elle s'était passée à Poudlard qui restait le fief de Dumbledore.

-Avec votre permission, j'aimerai approfondir cette histoire de dettes de vie, déclara Cracrock en se raclant la gorge. Elle pourrait nous aider pour se débarrasser de la dette d'Honneur.

Ce n'était pas tout à fait vrai mais il voulait réellement enquêter là-dessus.

-Je comprends et je veux autant les réponses que vous, accepta Arthur.

Le gobelin hésita quelques instants avant de capituler. Il n'en était plus à ça près …

-J'aurais un dernier document à vous montrer, reprit Cracrock en leur tendant une petite liasse de parchemins. Il se trouvait dans le coffre de votre fille.

Vu les crimes de Gripsec et les soupçons à l'encontre de Dumbledore, il se serait plutôt attendu à un contrat de mariage tout ce qu'il y avait de plus faux entre Ginevra Weasley et Harry Potter mais ce qu'il avait découvert – il était tombé dessus car il avait été validé par Gripsec – était bien plus subtile.

-Cela ressemble à un contrat de travail, nota Arthur. Mais les clauses sont étranges.

-Il s'agit bien d'un contrat mais il n'est plus utilisé depuis plusieurs siècles dans ce pays, expliqua Cracrock. Il s'agit d'un contrat de vassalité.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda Molly

-Le seigneur, ici Albus Dumbledore, promet protection au vassal, ici Ginevra, et en échange, elle mettra toutes ses ressources et celles de sa famille à son service, résuma Cracrock.

-Cela ressemble à la dette d'honneur, s'horrifia Molly.

-C'est vrai, concéda Cracrock. C'est seulement un peu moins contraignant. Je vous conseille de prendre connaissance de la page quatre.

S'il était possible, les Weasley perdirent encore plus leurs couleurs.

-Ce … ce n'est pas … possible, souffla Arthur.

Molly avait le souffle coupé. Il était écrit noir sur blanc que la famille de Ginny devrait suivre impérativement la ligne de conduite du seigneur, que les enfants qu'elle aurait seraient exclusivement élevés par lui et qu'il prendrait le contrôle total de sa famille. Traduction, Dumbledore deviendrait le nouveau chef de famille de Ginny et de la famille de son compagnon ou compagne. Le contrat allait totalement asservir la famille que leur fille allait rejoindre par le mariage sans que ladite famille n'ait son mot à dire.

-Elle l'a signé … haleta soudainement Arthur. Cette petite garce l'a SIGNE !

Tous sursautèrent devant l'éclat de voix.

-Arthur ? hésita Molly

-Dumbledore n'a rien signé, Molly ! éclata Arthur

La matrone écarquilla des yeux sous le regard peiné du gobelin qui était également arrivé à la même conclusion. En étant la seule à avoir apposé sa signature sur le contrat de vassalité – peu importe qu'elle ait été mineure au moment où elle l'avait fait – Ginny était soumise aux clauses contenues qui la concernaient directement, puisqu'elle reconnaissait ainsi devoir les respecter. Mais comme Dumbledore n'avait rien signé, il ne sentait pas obligé de répondre aux clauses qui le concernaient dans le contrat.

En l'état, Ginevra Weasley appartenait à Albus Dumbledore et ils ne pouvaient pas la récupérer.

Le regard d'Arthur s'enflamma. Cela faisait un moment qu'il doutait de Dumbledore, surtout depuis qu'Harry Potter avait été récupéré par son garant magique. Mais là, trop, c'était trop ! Il avait manipulé sa famille pour sa propre satisfaction et même s'il représentait la meilleure chance de la lumière pour vaincre Voldemort, ce n'était pas une raison pour se soumettre corps et âme à lui !

-Où que vous habitiez, restez-y, proposa Cracrock. Nous allons mener l'enquête et nous vous tiendrons au courant.

-Merci, souffla Molly.

Le gobelin laissa le couple abattu s'en aller avant de serrer les dents, ses yeux lançant des éclairs.

Il commençait à en avoir marre d'Albus Dumbledore !