Dernier chapitre sur les réminiscences d'Hécate et d'Orion.
Nous touchons au but… C'est triste, mais nous savions tous que ca n'allait pas bien se finir.
Bref, trêve de galéjades et place au chapitre !
Warning : Ce chapitre est très violent ! Y a du sang, des morts et d'autre trucs pas sympa...
Rien de trés graphique, mais vous voila prévenus.
Chapitre 22 : Hécate
La guerre était engagée. Les attaques des Saporiens n'étaient pas très bien organisées, mais ils étaient bien plus nombreux et imprévisibles.
Malgré tout, Ilan était un chef de guerre et Hécate avait bien comprit qu'il fallait s'en méfier.
Il avait la hargne, la rage de vaincre, l'énergie du désespoir, qui rendait ses coups plus insidieusement, plus violentes que n'importe qui d'autre.
Hécate avait organisé sa défense, et repoussait tranquillement et intelligemment les envahisseurs.
Mais les pertes étaient tout de même lourdes dans les deux camps.
Si Hécate était blessée par la douleur de son peuple, Ilan lui était déchiré par l'hypothétique défaite.
Même si son armée était plus grande, celle d'Hécate était plus intelligente, et mieux armées.
Entre les machines volantes, des armes qui se déclenchaient à distance, où des boulets de canons qui rasaient des terrains entiers, Ilan sentait la fin proche.
Et si ce n'était pas Hécate qui le mettrait à terre, ce serait ses propres hommes dans une grande mutinerie. Mais alors que tout semblait perdu, Ilan vit un allié arriver à ses cotés.
Orion.
Si Ilan savait qu'Hécate serait encore plus violente dans ses attaques quand elle saura cette trahison, cet ajout de troupe fit basculer de nouveau la guerre. La défense d'Hécate avait été mise à mal par les troupes de Corona, dérouté par le changement de stratégie, et de l'équilibre des forces.
Ainsi pendant un temps, les troupes d'Ilan et d'Orion rognèrent un peu plus du Royaume du Nord. Ilan avait osé un moment demander pourquoi Orion avait choisi de l'aider lui pour combattre sa sœur.
-Si je dois me battre pour quelqu'un, autant que ce soit pour une personne que je connais.
Les années de séparations et de haine n'avaient pas jouées en faveur d'Hécate, dont la réplique fut d'une incroyable violence. Ses cavaliers revinrent avec des chevaux automatiques, traversant les troupes d'infanteries inverses, blessant les soldats avec des lames qu'ils avaient aux pattes.
Hécate faisait des blessés pour qu'ils prennent de l'énergie aux restes de l'armée qui se devait de les rapatrier et s'en occuper.
Un mois se passa sans qu'aucun ne gagne ou ne perde.
Orion comprit alors qu'il n'y aurait aucun gagnant à ce petit jeu.
Si Ilan gagnait, Hécate était assez fière pour tout détruire. Et si Hécate remportait la victoire, Ilan ne vivrait pas une seconde de plus en ce monde.
Il était pour le bien de tous qu'il fallait commencer des pourparlers.
Ce fut donc en petit groupe qu'il alla rendre visite à sa sœur, présentant un drapeau blanc de paix. Sans arme, il alla d'un pas décidé dans la salle du trône où Hécate l'attendait avec toute sa rage et sa prestance de reine. Mais il était temps qu'elle abandonne enfin ce masque glacé.
Car même si lui en était immunisé, il ressentait la rage et le chagrin immense de sa petite sœur.
Peut être qu'Ilan pouvait sentir l'amour qu'elle avait encore pour lui malgré tout…
Si seulement elle arrêtait de s'obstiner…
-Orion, que fais tu ici ? Ose me dire que c'est pour demander pardon, et même ton immortalité ne te protégera pas.
-Contre toi, mon immortalité ne m'a jamais protégée. Mais ta raison et ton cœur, si.
Le visage d'Hécate se fronça délicatement, alors qu'elle prenait ses paroles comme une moquerie.
Se levant prestement, une épée à la taille, elle défia son frère du regard.
-Alors, que me vaux l'honneur médiocre de ta visite.
Orion soupira doucement, alors qu'il faisait un pas vers celle qui avait été sa sœur.
Il devait lui faire entendre raison, la ramener à lui. Mais la sensation de trahison et de chagrin la rendait furieuse, la fierté lui commandant de ne pas baisser les armes.
Il devait l'avoir par les sentiments. La sécurité de son royaume.
-Hécate. Je sais que je t'ai déçus. Je sais que tu es malheureuse et blessée par mes actions, et ceux d'Ilan… Plus encore par les actes d'Ilan.
Hécate détourna brièvement le regard pour chasser les brides de larmes qui venaient a elle.
Puis, recomposant son masque, elle fixa de haut son frère ennemi.
-L'amour a toujours été traitre, mais il semble que je dois souffrir plusieurs fois de cette leçon pour l'intégrer.
-Hécate. Entre toi et Ilan, je ne sais qui est le plus blessé.
-Ce devrait être le roi de Saporia, vu que tu as pris son parti.
-Je serais venu t'aider, m'aurais tu laisser faire ?
Hécate ne préféra pas répondre. Personnellement, là, tout de suite, elle l'aurait enfermé pour le regarder décrépir dans une cellule ou les rayons du soleil ne brillaient jamais.
Puis souriant doucement, elle haussa un sourcil perplexe.
-Est ce pour me dire cela que tu as fais tout ce chemin ?!
-Non.
Faisant de nouveau deux pas vers elle, Orion se mit à la supplier du regard.
-Hécate. Pourquoi refuses tu la proposition d'Ilan ?
-Dois je vraiment étaler tout ce qui ne vas pas dans ce choix ?!
-Oui.
Hécate soupira durement, fatiguée de devoir encore un fois justifier ses choix. Elle passa sa main dans sa mèche blanche, grinçant des dents. Preuve de sa fatigue, de son décrépitude...
Voyant qu'Orion fixait aussi celle-ci, elle la rejeta derrière son épaule en reprenant le dernier sujet de conversation...
Ah oui, il fallait lui expliquer son choix.
Est-ce qu'Ilan avait dû faire une dissertation pour qu'Orion prenne son partie ?
S'approchant de son frère, elle posa rudement sa main sur son épaule, le forçant à la regarder dans les yeux.
-Très bien, Ilan et moi, nous nous marrions. Et après ? Je vais te dire la suite de l'histoire.
Se retournant vers son trône, elle monta les marches une par une, énumérant les possibilités de leurs liaisons.
-Nous nous marrions. Ilan et moi lions nos royaumes. Mais suite aux mœurs divergentes, une guerre civile éclate et nous mourrons, tuer par nos sujets.
Deuxième marche.
-Nous nous marrions, les deux peuples arrivent à cohabiter. Mais un groupe interne résiste et créer un mouvement séparatiste. Ilan, ou moi… Ou même nous trois, mourrons assassiner.
Troisième marche.
-Ilan quitte son royaume, abdique et laisse son ancienne épouse gouverner… Ce qui me semble pour moi, le meilleur à faire. Cependant, vu qu'il a répudié sa reine et désavoué son enfant, ce n'est plus possible… Et si ça l'était, la possibilité qu'elle nous fasse la guerre est au-delà de cinquante pourcents.
Quatrième et dernière marche.
-Qu'importe ce que l'on fait, la guerre serait arriver à notre porte.
-Mais avec ton scénario, c'est toi qui la déclarée !
-Ilan a déclaré la guerre !
-Il voulait seulement voir son enfant.
-C'est ce qu'il t'a raconté ?
Orion resta silencieux alors qu'Hécate regardait en chien de faïence son frère, avant de répondre au regard hagard du blond.
-Parce que c'est ce que je voulais au départ. Qu'il vienne voir notre fils quand il lui plait… Ca aurait été compliqué, mais je lui avais même offert de quoi faire le voyage en une semaine, pour ne pas perdre plus de temps… Mais ce n'était pas ce qu'il souhaitait. Elouan aurait même put s'installer avec lui dés qu'il serait en âge de se passer de moi !
-Hécate, il t'aime…
La reine se retourna vers Orion, le regard noircit par la rage.
-Et ca lui donne le droit de faire ce qu'il a fait ?
-Non. Mais Hécate… Si tu ne voulais ni qu'il abandonne son royaume, ni te prendre comme légitime
épouse… Tu aurais pus partir avec lui.
-Et abandonner mon royaume ? Tu rêves.
-Et alors ? Tu serais reine de Saporia. Ce n'est pas rien.
-Je refuse de devenir un bibelot rapporté d'une conquête !
-Alors c'est ça qui t'en empêche ? Ton égo ? Celui qui a déclenché la guerre !
-L'amour propre est moins pur que l'amour d'un autre ? Tu ne comprends vraiment rien… Tu n'arrives même pas à comprendre ta sœur.
Hécate s'éloigna de ce dernier pour se planter devant la fenêtre où elle voyait les stigmates de la guerre sur ses terres. Soupirant doucement, elle décida d'expliquer à son dadet de frère.
-Je refuse de perdre le pouvoir que j'ai gagné. Si j'abandonne mon royaume, j'abandonne des années de labeur. Mon royaume est ce qui m'est de plus cher car c'est ce que j'ai construit de mes mains.
Orion resta silencieux, avant d'éclater de rire.
-Ton royaume, comme tu le dis, t'as été donné par moi ! Tu n'as rien construit du tout.
Hécate regarda fixement la terre, serrant les poings alors que la haine refluait dans ses veines.
Puis, reprenant un pouls normal, elle continua d'expliquer à Orion son point de vue.
-Tu sais quel est la plus grande différence entre nous ?
-La couleur de nos cheveux ? Ou tu vas me répondre un truc assez méprisant comme le fait que tu me trouves lâche ?
-Je suis une fille et toi, un garçon.
Orion resta silencieux, alors qu'il la regardait de haut en bas.
-En effet… J'imaginais pas cette réponse…
Hécate se tourna vers son trône, un air mélancolique sur son visage.
-Peut être que pour toi, ce n'est rien… Tu as reconstruit Corona seul, alors tu sais ce que c'est de construire toi même un royaume.
Orion resta silencieux, espérant comprendre enfin où voulait en venir sa sœur.
-Pour moi, ca aurait dû être plus facile. J'avais un royaume déjà fait, une couronne sur la tête… Mais malgré le fait que je soit reine, scientifique et même immortel… Ils m'ont toujours vu que comme une femme.
D'un pas résolu, elle s'avança vers le trône, s'arrêtant à la marche de son piédestal.
-Et alors ?
-Et alors ? Et alors ça signifie que qu'importe ce que je faisais, je n'avais pas le droit d'avoir le pouvoir. Je n'avais aucun droit sur ce trône.
Orion resta muet alors que le message d'Hécate se faisait plus clair dans son esprit.
Mais Hécate continua.
-Entourez d'hommes, ils ont tous essayé de me destituer, ou de gagner du pouvoir par mon billet. Pendant cinq décennies, on a essayé de me marier, de me vendre, d'abuser de moi, de me faire abandonner une place qui me revenait légitimement de droit. On remettait en cause mes décisions, mes idéaux, mes lois parce que j'étais une femme.
Tournant le regard vers Orion, elle cracha presque ces mots.
-Ca m'a prit des années pour leurs faire comprendre que j'étais maitresse de mon destin. Je ne prendrais pas le risque de le remettre entre les mains de quelqu'un.
-Ilan ne te traitera pas comme cela.
-Pourtant il me fait la guerre pour me « récupérer ».
Montant les marches, elle caressa distraitement les courbes de son trône, mettant un point final à son monologue.
-On s'est tout les deux battus pour être libre, Orion. Je ne te demanderais jamais de revenir à la tête de ce royaume. Alors ne me demande pas de l'abandonner.
Le blond ne dit rien, les aspects de cette affaire se distordant encore… Il comprenait ce que voulait dire Hécate, mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir de la peine pour Ilan.
-Je comprends mieux. Hécate, je ne te demande pas d'abandonner ton royaume. Je te supplie de parlementer avec lui.
-Pourquoi ? Tu as peur de perdre ce combat ?
-Non. J'ai peur de vous perdre tout les deux. Je sais que cette guerre est stupide, et que vous êtes tout les deux pousser par le désespoir, alors s'il vous plait… Mettez les choses à plats pour arrêter les frais.
Hécate resta silencieuse alors qu'elle posait la question à son frère.
-Est-il au courant ? Que tu es ici pour marchander ?
-Non… Je sais que lui acceptera cette rencontre. Il fera tout ne serais-ce que pour te revoir.
Hécate resta pensive quelques secondes avant de se laisser tomber sur son trône.
-Très bien, j'accepte cette rencontre. Demain, à 18h. Ce sera dans la plaine qui aborde la capitale. J'ai apprit à me méfier de vos fantassins.
-Disons à l'orée de la forêt sombre, juste à coté de la plaine... Nous avons apprit a nous méfiez de tes cavaliers.
-Parfait.
Orion baissa doucement la tête avant de repartir de la salle du trône.
Intérieurement, il savait qu'il devait se méfier d'elle. Elle était retord, maligne et détestait perdre.
Regardant son frère repartir de la capital pour porter sa requête à Ilan, Hécate se sentit stupide de prier.
Prier qui, quoi ?
Elle avait fait pourrir les religions depuis longtemps pour laisser place à la science.
Mais ce fut plus fort qu'elle. Et à ce grand manitou cosmique, elle souhaita une fin heureuse.
Au moins pour son enfant.
Ilan arriva au point de rendez-vous, avec peu d'hommes, une dizaine pour le défendre.
Orion était là aussi, faisant face à Hécate.
Le roi ne pouvait détourner les yeux de son aimée, son armure légère argentée recouvrant son buste et son ventre, ses tibias et ses épaules. Le reste était constitué de tissus et de cuir, un long pan de tissus courant le long de ses hanches et de sa jambe gauche, comme un vestige de robe.
Lui même était dans une armure légère faite de cuir brut et de cote de maille.
Ils s'examinèrent longtemps, avant qu'Orion ne brise cet échange silencieux en commençant les pourparlers.
-Hécate, Orion, nous savons tout les trois que cette guerre nous amputeras de tous. Elle fait souffrir notre peuple, et nous détruit.
-Je ne fais que défendre mes terres.
Hécate avait lancé la bombe, Ilan restant immobile devant elle alors que sa rage et son désir lui hurlait de la faire revenir à la raison. Elle ne pouvait pas tout jeter comme cela, détruire leur lien juste par peur ?!
-Je me bats pour ce que j'aime, Hécate.
-Non, tu te bats contre nous.
-Je combats pour ce que nous avions. Je veux seulement que tu reviennes, toi et Elouan. Pourquoi avoir refuser mon offre ?!
Hécate resta muette alors qu'Orion se souvenait de ce qu'elle lui avait avoué.
Perdre le pouvoir serait pour elle l'équivalent de perdre sa liberté. Elle refusait de redevenir l'ombre de quelqu'un.
Le blond pensa distraitement qu'elle ne faisait pas vraiment confiance en son propre peuple, mais la brune était rancunière.
-Qu'importe le chemin que nous aurions prit, la guerre serait arrivée à nos portes. J'ai prit la solution où c'était le moins probable.
Ilan voulait hurler, secouer Hécate.
Ce ne pouvait être elle, sous cette carapace dure et froide. Puis, voyant les gens autour d'elle, il comprit qu'elle ne pouvait pas réellement parler.
-Pourrions nous parler seul à seul ?
Il ne fallait pas oublié que ce combat avait commencé a cause des problèmes de cœur, un sujet sensible et surtout intime. Et Hécate ne parlait de ce genre de sujet qu'en communauté très restreinte.
-Reine Hécate… Demanda sa générale.
-Générale Sidon, nous sommes là pour mettre fin a cette guerre. Si cela se peut en parlant seul à seul, alors soit.
Elle se tourna vers Orion.
-Tu seras le garant qu'aucun de nos hommes ne viennent, ou engage le combat. Je compte sur toi.
Le regard d'Hécate était sans appel. Cette fois, elle avait confiance en Orion, celui qui avait prit la peine que cette entrevue soit possible.
Que la paix soit possible.
Et si elle ne revenait pas en vie de cette discussion, elle lui avait demandé de prendre soin d'Elouan.
Son frère savait où était Elouan. Quoi qu'il se passe, son fils serait sauf.
Hécate tourna le dos à ses hommes, et suivit le roi pour s'arrêter dans les sous bois, restant seul à seul avec son plus grand ennemi. Ilan.
Ca faisait si longtemps qu'ils n'avaient pas été ainsi, face à face, sans essayer de se combattre.
Ilan avait changé. Les tempes grises s'étaient affirmées, la ride du lion se creusait dans sa peau, et un barbe mal rasée poivre sel, rongeait son visage fatigué.
Mais hécate n'était pas en reste.
Des cernes décoraient ses pommettes, plusieurs cicatrices s'étant ajoutées à sa peau…
Le roi prit enfin parole, ne l'ayant toujours pas quittée des yeux.
-Tu es magnifique.
-Ce n'est pas le moment, Ilan.
-Si, justement. Je ne sais pas comment va finir cette histoire et je veux te le dire avant qu'il ne soit trop tard.
-Tu comptes me tuer ?
Ilan la regarda avec horreur, pour finalement baisser le regard.
-Je t'aime Hécate. Tu ne me croiras jamais, mais c'est une réalité. Je suis assez fou pour te faire mal, mais pas assez pour te tuer.
-Me voilà rassurée.
Les mots acides de la reine faisaient mal, mais moins que ses yeux embués de douleur et d'insécurité.
-J'ai fait des erreurs, sur le moment… Je voulais retrouver ce que l'on avait tout les deux, je voulais être avec toi !
-Et c'est pour cela que tu as déclaré la guerre.
-Je savais qu'entre moi et ton royaume, je n'étais pas le premier choix.
Hécate soupira douloureusement, regardant avec sévérité son ancien amour.
-Et ça te donne le droit de m'attaquer ? Si j'ai refusé ta proposition, c'est parce que je savais bien que quoi que je fasse, il y aurait eut une guerre ! Que je sois avec toi, ou non, le sang aurait coulé…
-Alors pourquoi ne pas avoir fait le choix où nous aurions eut la chance d'être ensemble ?
Hécate resta silencieuse, serrant des poings.
-C'est toi qui a fait le choix de commencer une guerre. Tu aurais put être heureux de ton coté, tu aurais put garder ta famille, ta femme et ton fils, au lieu d'emmener tes hommes loin de chez eux pour y mourir !
-Parce que ce n'était pas ce que je voulais. Je veux être avec toi.
-Mais avec le temps, tu aurais put l'aimer !
-Mon temps, je veux le consacrer a toi, a nous… Bon sang, Hécate ! Si tu ne me veux ni à tes cotés, ni en tant qu'ennemis, qu'est ce que tu veux ?!
Hécate fit un pas en arrière, bouleversé par cette question.
-Ce que je veux…
-Que veux-tu Hécate ? Si tu m'aimes, pourquoi avoir refuser mon offre ? Si tu me hais, pourquoi ne pas me tuer ici, tout de suite ?
Le temps n'était plus aux non-dits, mais il était toujours dur de se dévoiler, surtout a quelqu'un dont ne savait plus si c'était un amour ou un ennemi…
-Parce que j'avais peur.
Ilan se bloqua dans sa respiration. Il avait entendu les trémolos dans la voix de la reine, celle ci tentant de reprendre contenance alors que toutes les barrières tombaient les une après les autres.
-J'avais peur… Peur de cet engagement, peur de ce lien… Peur de perdre ce que j'avais, ma liberté. Je ne voulais pas redevenir une ombre à ta mort, être dévastée à nouveau par la perte…
S'asseyant doucement dans l'herbe, Hécate resta coite à ses propres aveux.
Sa vie lui avait apprit à ne pas faire confiance aux autres, à ce méfier des humains.
Des hommes surtout.
Après de nombreuses affaires peu agréables, entre mensonges et mariages arrangés jetés sur la table, elle avait comprit que l'humain ne pouvait aimer autre que soit même.
Après avoir mis à mal tant de tentative de Putsch politique, des tentatives d'assassinat, d'enlèvements…
Elle avait toujours été seule, et avait cessé de faire confiance a qui que ce soit.
Ses aventures, toujours filtrés, calculés…
Seul Ilan était passé au travers des filets, détruisant ses convictions, changeant les règles, la changeant…
Et pour elle, s'était terrifiant.
Cette façon de la rendre impuissante, mièvre et faible.
Un sentiment qu'elle ne pouvait renié, ni mettre en laisse.
-Tout est arrivé, car j'ai jamais fait réellement confiance en quelqu'un.
-Hécate, dis moi la vérité. Ressens tu encore de l'amour pour moi ?
La reine ne pouvait se mentir à elle même. Oui, elle l'aimait toujours.
Ce qui avait déjà divisé ses troupes, pensant qu'elle faisait exprès de ne pas trop blesser ses ennemis.
Elle ne pouvait pas non plus leur donner tord…
-Oui. Je t'aime toujours Ilan.
-Alors pourquoi ne pas essayé d'être heureux, toi et moi ?
-Il est trop tard pour ça.
Ilan s'avança, le bruit de ses pas humide dans l'herbe attirant l'attention d'Hécate qui le vit se mettre à genoux devant elle.
-Tant que je serais en vie, il ne sera jamais trop tard pour moi.
Posant sa main sur sa joue, il resta un moment à la contempler.
-Mon seul souhait est d'être avec toi Hécate. Avec toi et Elouan. Peut être que ca ne marchera pas, mais je veux au moins essayer.
Pressant doucement la main du roi de Saporia contre sa joue, Hécate soupira doucement, les yeux clos.
Elle avait fait des erreurs…
Mais il était temps d'oser la confiance pour le bien de tous.
La guerre faisait du mal au deux royaume, à ses sujets… Et eux deux.
Les rouvrant, elle fit un petit sourire timide à Ilan.
-Peut être que ca marchera.
Ilan se retint de pleurer de joie.
La paix était déclarée.
Revenant vers leurs hommes, Les deux souverains furent confus par tant de silence.
Ils le furent beaucoup moins en ne voyant que des cadavres sur le sol, le sang encore chaud recouvrant l'herbe mourante de la plaine.
Courant vers ses hommes, Hécate retient avec peine ses larmes alors qu'elle tenait un de ses gardes, morts, entre ses bras.
-Non… Non non non… Mais, qu'est ce qui s'est passé ?
Regardant au alentour, elle remarqua vite, tout comme Ilan, qu'aucun soldat de Saporia n'était à terre… Il n'y en avait aucun au alentour même.
-Toi…
Se tournant avec lenteur vers Ilan, Hécate lâcha la dépouille, son armure maculée de sang.
-Tu t'es servie de moi !
-Hécate, je te jure que je ne sais pas ce qui se passe !
Hécate se dirigeait vers Ilan, les poings serrés quand un autre détail la frappa.
-Orion…
Regardant avec panique les alentours, elle hurla le nom de son frère.
-ORION !
Ilan, tout aussi inquiet, alla au coté de la reine du Nord pour l'attraper par les épaules.
-Hécate, calme toi. Ils ne peuvent pas être loin et Orion est indestructible… Nous devons comprendre se qui s'est passé et trouver des chevaux pour rejoindre ton palais. Je suis inquiet pour Elouan.
Hécate frissonna de terreur alors qu'un odieux dessein se faisait dans son esprit.
Son palais prit d'asseaux, son petit assassiné… Et son frère qui avait disparu.
Alors qu'elle restait tétanisée de peur, Ilan la secoua avec force.
-Hécate, ce n'est pas le moment de lâcher ! Reste ici, je reviens avec des chevaux.
Ilan s'éloigna, laissant quelques regards inquiets vers elle, alors qu'il sentait lui aussi la terre se dérober sous ses pieds. Arrivant où les chevaux avaient été attachés, il ne vit que des cadavres sanguinolents. Tués a coup d'épées…
Ils ne pouvaient pas rejoindre le palais…
Alors que lui aussi allait céder à la panique, il sentit une main forte lui prendre le bras et un sifflement strident.
Hécate.
Hécate avait vite reprit ses esprits pour appeler son cheval de métal. Même s'il était un peu cabossé, il marchait toujours, les soldats renégats n'ayant pas put le briser à coup d'épée.
-Je ne sais pas si il fonctionnera longtemps, mais c'est notre seule chance d'arriver à temps.
Sans se poser plus de question, ils montèrent tout les deux pour partir au galop, Hécate au renne, Ilan derrière elle, à lui tenir la taille.
Le cheval automate galopait avec peine, des crissements se faisant entendre de plus en plus, des pièces de métal se détachant sur le chemin.
Mais au bout du compte, ils y arrivèrent.
Sautant du cheval, Ilan alla vers la grande porte quand Hécate lui attrapa le bras.
Pour plus de sécurité, elle avait caché Elouan dans les anciens appartements d'Orion.
Bien moins exposé et à l'opposé de la chambre de la reine.
Alors qu'ils contournaient le palais pour entrer à l'ancienne porte du palais, un bruit terrible se fit entendre.
Un vacarme, une lumière aveuglante, et une pluie de cendre déchirèrent leurs rétines, le spectacle macabre caché par Ilan qui plongea sur Hécate pour la protéger des débris.
Au sol, sonnés, Hécate fut la première à se remettre de la seconde de noir qui les avait engloutis. Sortant des bras d'Ilan après avoir regardé s'il allait bien, elle sauta sur ses pieds, un seul nom à l'esprit.
Elouan.
Mais son esprit s'arrêta devant le spectacle qui lui faisait face.
Le palais…
L'endroit où elle avait caché Elouan avec une de ses dames de compagnie…
Etait en cendre.
Des ruines lui faisaient face, le toit écroulé entre les murs calcinés.
Pendant une décennie, Hécate oublia comme respirer, comment penser…
Tout était vide en elle, le choc lui retirant toutes matières, la délaissant, abattue sur cette terre hostile.
Puis, se fut secouée de tremblement qu'elle fit son premier pas, le nom de son enfant fuyant ses lèvres pour ne devenir qu'un bruissement sans sens. Puis, après quelques autres pas douloureux, elle reprit le contrôle de son corps, et courut vers les ruines, hurlant le nom de son fils.
-ELOUAN !
Trébuchant sur les restes des murs et des mosaïques, elle appelait son enfant, sa voix se déchirant de plus en plus dans sa gorge. Chaque seconde lui paraissait des siècles, étirant sa terreur sur tout son corps.
Elle ne savait même pas comment elle pouvait crier, sa gorge nouée de sanglots, l'effroi la gangrénant jusqu'à la perte total du contrôle de son corps.
Jetant des pierres et autre restes de l'architecture sur le coté, la reine de Nord cherchait son enfant, aux aguets de tout bruits, de tout mouvements qui lui permettraient de trouvé son enfant.
Ses appels n'eurent qu'une fin…
Cette main était si petite…
Un seul morceaux de débris avait pus le recouvrir, sauf cette main.
Repoussant la pierre avec sauvagerie, elle se précipita sur lui avant de se stopper totalement, les mains a quelque centimètre de son fils.
Son cœur avait cessé de battre, sa respiration s'était glacée… Hécate était devenue une statue face à son enfant. Ses doigts pouvaient presque toucher sa peau, elle pouvait encore sentir son odeur de bébé, malgré les effluves de sang et de cendre.
Puis, lentement, elle passa ses mains sous le crâne et le dos de son enfant. Le posant contre sa poitrine, elle resta à fixer le vide alors que la réalité lui revenait en pleine figure.
Elouan était si froid.
Elle ne sentait sa respiration chaude contre son cou. Elle n'entendait pas le cœur de son trésor, qui normalement battait si fort…
Dans un dernier sursaut de dénie, elle hurla de nom de son frère.
-Orion ! Je t'en supplie !
Peut être qu'il pourrait faire quelque chose, l'aider ou…
-ORION !
Il y avait tant de sang au sol. Elle regarda autour d'elle à la recherche de secours, désespérée, avant de regarder Elouan.
La vision de son enfant se fit et la vérité se grava sur sa rétine.
De sa peau, il ne restait que de la chaire craquelée. De ses os, que de des miettes…
Ses cheveux étaient imbibés de sang, le crâne fêlé…
Et de son visage, il n'y avait qu'une esquisse, ses traits se perdant dans les écorchures de son faciès.
De son enfant, il ne restait rien qu'une dépouille sanglante.
Les larmes arrivèrent, silencieuse, sa gorge trop serrée pour crier, sa poitrine noyée par son chagrin. Elle se sentait étranglée par son propre corps, qui, comme son cerveau, lui hurlait de mourir là maintenant, tout de suite.
Elle rêva d'être une de ses machines et de s'éteindre maintenant et à jamais.
Ne plus rien ressentir, appart la douce inconscience de la mort.
Mais elle était toujours éveillée dans ce cauchemar.
Elle sentait toujours le poids de son enfant contre elle, elle humait toujours l'odeur de l'hémoglobine qui collait à sa peau et la poussière du massacre.
Restant au sol, elle n'entendit pas tout de suite des pas dans son dos.
Se retournant, elle put reconnaître Ilan à travers la brume de ses yeux.
Son aimée qui comprit de suite, et ne combattit même pas ses larmes.
Tout deux se fixèrent, silencieux, Hécate respirant pour la première fois depuis… Depuis…
Cette respiration qui laissa passer sa première plainte.
-Ilan…
Ce dernier commença à marcher vers elle, d'un pas hésitant.
Dans la destruction du palais, il avait reçut deux mauvais coups.
Sa hanche était en vrac, ainsi que son bras droit, qui semblait cassé. Tentant d'enjamber les monticules de pierre, il ne lâcha pas Hécate des yeux.
Ils étaient l'attache de l'autre, vu que le reste de leur univers venait de mourir.
Elouan venait de mourir.
Serrant un peu plus son enfant contre elle, Hécate vit soudainement une silhouette à cheval arriver vers eux au grand galop.
Elle n'arrivait pas à réagir, tout le reste de son esprit tourné vers le poids qu'elle avait contre elle.
Puis la silhouette devint plus distincte, ainsi que l'épée qu'elle brandissait.
Statufiée par le chagrin, Hécate tenta de crier le nom d'Ilan, sa voix ne voulant pas sortir.
Mais Ilan avait bien vu le regard de la reine du Nord, et regarda lui aussi derrière lui.
Voyant le danger approcher, il tenta de courir vers Hécate. Celle-ci commença à se lever quand le corps de son fils la rappela à l'ordre.
Pour aller vers Ilan, il fallait qu'elle lâche son enfant.
Et Hors de ses bras, il deviendrait a jamais une dépouille. Son enfant qu'elle avait perdue…
Non.
Elouan était mort, mais pas Ilan.
Et elle devait sauver ce qui pouvait encore l'être.
Pleurant, elle desserra la prise sur le petit corps qu'elle tenait.
Elle devait le laisser partir.
Elouan rejoignit doucement la poussière, et Hécate éclata en sanglot tout en courant vers Ilan.
Ilan était la seule chose qui lui restait, et il ne pouvait pas se défendre.
Le cavalier se rapprochait de plus en plus, sa lame luisante en main, alors qu'Ilan grimaçait de plus en plus, chaque pas lui faisant plus mal que le précédent.
Hécate sentait ses poumons brûlées, ses jambes prêtes à lâcher mais elle continuait.
Elle devait sauver Ilan !
Les bruits de galop allait de paire avec les tambourinements de son cœur, prés à l'implosion.
Ilan n'était qu'a 15 métre. Elle redoubla d'effort alors qu'un cri désespéré sortait enfin de sa gorge.
-ILAN !
La encore, le temps se rallongeait, tout comme les foulées d'Hécate et du Cavalier.
10 mètres.
Ilan clopinait, son bras valide tendu vers Hécate.
5 mètres. Ilan eut un regain d'énergie, et doubla de vitesse malgré ses poumons en feu.
Hécate put attraper la main d'Ilan quand la lame du cavalier se planta dans le dos de ce dernier qui s'écroula contre Hécate. Poussés par le cheval qui les frôla, Hécate tomba à genoux, la joue contre le torse de son aimée, les bras entourant son torse et ses mains sur ses omoplates.
Serrant Ilan contre elle, elle se releva vite pour regarder où en était le cavalier.
Celui ci continua un peu avant de pouvoir tourner sa monture et repartir dans leur direction.
-Ilan, il faut qu'on parte vite !
Tournant son regard vers celui de son aimée, elle resta immobile en voyant ses yeux vides.
-Ilan…
Prenant son visage en coupe, elle le scruta en murmurant son nom.
-Ilan, je t'en supplie…
Puis elle aperçut du sang sur ses doigt.
Du sang encore chaud…
Paniquée, elle colla son oreille au buste de son amour.
Elle resta comme ça un long moment, attendant un bruit de cœur, une preuve de vie chez le Roi de Saporia. Mais elle n'entendit que le silence, ponctué du galop de son bourreau.
Cette fois, elle n'eut même pas le courage de pleurer.
Gardant son amour entre ses bras, elle nicha son visage dans son cou, respirant encore l'odeur de son amant, se blottissant contre cette chaleur que le monde commençait déjà à lui arracher.
Le galop était de plus en plus proche, et elle entendait déjà le bruit de la lame sifflée dans l'air.
Elle allait mourir elle aussi…
Elle allait les rejoindre.
Pendant un moment, elle aurait put soupirer de soulagement.
Elle n'aurait pas à vivre sans eux.
Les galops se rapprochèrent, et Hécate se prépara à sentir la morsure glaciale de la lame.
Elle allait mourir.
Elle n'avait pas put prendre son enfant une dernière fois dans ses bras.
Elle n'avait pas put dire son amour à Ilan une dernière fois…
Elle n'avait pas put dire au revoir à son frère…
Elle n'avait pas put se venger.
Se venger…
Une sourde colère grandit dans le cœur d'Hécate.
Non, quelqu'un avait commandité cet assassinat… Quelqu'un avait ordonné qu'on lui enlève son trésor… Une personne lui avait prit sa raison de vivre.
Une personne qui avait l'indécence d'être vivante.
Les galops étaient à un mètre d'elle quand un hurlement se fit entendre.
Au lieu de la caresse mortelle de l'épée, se fussent des éclaboussures brulantes qu'Hécate sentit contre elle.
Un pic noir, acéré, venait de sortir du sol, empalant la monture et son cavalier.
Ils se débattirent un peu avant de décéder prestement.
Hécate déposa avec douceur le corps de son aimée au sol, lui fermant les yeux de deux baisers.
Se levant avec lenteur, la colère d'Hécate se fit plus sourde alors que des soldats, arborant le sigle de Saporia, commencèrent à l'encercler, les armes braquées sur elle.
-Reine Hécate… Vous avez les salutations de notre reine Andréa.
La reine n'eut aucune réaction face au nom de celle qui lui avait tout prit…
C'était surement ce qu'elle avait dû penser quand Ilan était partit pour la rejoindre dans le Nord.
Mais avec la mort d'Elouan et d'Ilan, toute compassion était morte.
-Où est Orion ?
Les soldats restèrent silencieux, mais acceptèrent de répondre à la future morte.
-Le roi Orion est repartit. Il a finit sa part du marché en nous disant où était le bâtard et en nous laissant faire.
Hécate resta silencieuse, les yeux rivés sur Ilan.
Puis finalement, elle eut un soupir douloureux.
-Je vois…
Les armes se braquèrent sur la reine, qui ferma simplement les yeux pour n'entendre que les cris et le bruits de déchirure des soldats. Une vague de pierre noire se ruant sur tout êtres vivants autour du palais, avec Hécate en son centre.
Elle resta un moment entre les cadavres de ses ennemis, les yeux ne pouvant quitter Ilan.
On lui avait tout prit, tout détruit…
Son enfant avait cessé de vivre, son amour assassiné.
Et son frère l'avait trahis à nouveau.
Un hurlement de rage se fit entendre dans le pays, écho à la vague de destruction qui suivit.
Et dans ce nuage de massacre et de poussière, Hécate commença doucement à perdre pied.
Elle allait tout détruire. Elle allait tout leur prendre.
Puisqu'elle ne pourra jamais les récupérer, jamais retrouver ce qu'elle avait…
Alors pourquoi garder ce monde entier ?
Ce fut dans cette pensée qu'Hécate perdit sa dernière lueur de lucidité, la vengeance la rongeant complètement, noyant le peu de calme qu'elle pouvait avoir.
Elle n'avait plus personne pour la retenir de toute façon.
Alors quitte à bruler dans le désespoir, elle immolera le monde à sa suite.
Ses Iris se tournèrent vers le Sud.
Elle les recouvrira de cendre, et les fera lentement souffrir.
Oui… Tous…
Ils gouteront à son agonie.
Orion se réveilla en sursaut, les cernes creusant son visage comme si il n'avait pas dormit depuis des semaines. Et c'était le cas. En quelques jours, le roi avait prit dix ans... Et lui aussi avait put voir des rides arriver sur son visage...
Ce visage qui était resté le même durant des siècles, jusqu'a ce qu'il se confronte de nouveau à Hécate.
Orion quitta son lit avec mécontentement. Depuis la mort d'Elouan et d'Ilan, le roi de Corona n'avait plus fermé les yeux pendant une nuit entière. Les hurlements d'Hécate lui revenait en mémoire, criant le nom de ses deux sources de vie.
Il n'avait pas put supporté d'avantage.
Naïvement, il pensait qu'Hécate et Elouan morts, la vie redeviendrait ce qu'elle était…
Sa colère avait grandit en sa poitrine face à tant de gâchis.
Ilan et Elouan étaient morts pour rien…
Tout ces gens étaient morts pour rien…
Puis la peur et la peine étaient revenues au grand galop.
Elle l'avait supplié de l'aider. Il avait entendu son appel et ses pleurs, mais il n'avait pas put y faire face. Il avait fuis, rapatrié ses soldats et tenté d'oublier tout ce qui s'était passé.
Face au pouvoir d'Hécate, il ne pouvait la laisser vivre plus longtemps.
Tout ça était de la faute d'Hécate, de son égoïsme !
Elle ne lui avait pas laissé le choix. S'il pensait au départ que c'était le fantôme de sa sœur qui le hantait, l'histoire le démentit.
Hécate n'était pas morte, et elle marchait vers eux, son armée constituée uniquement de golem.
Après cette guerre, tout le peuple du Nord avait fuit.
Certain était arrivé jusqu'à Corona, pensant que jamais la reine du Nord ne viendrait attaquer ici.
Ils avaient expliqué ce qui s'était passé.
Le lien que ce peuple avait avec la reine les avait dévastés. Le chagrin les avait frappé si violemment que beaucoup avaient mis eux même fin à leurs jours. Ceux qui avait survécus a ce désespoir avait été assaillis par un rage incontrôlable, les poussant a détruire, a s'entretuer…
Chaque mort récolté par la sorcière du Nord, les âmes perdus se réfugiant dans les corps des golems.
Puis, soudainement, le lien avait rompu.
Il avait été rompu surement dans la folie, où dans le dernier instant sensé de la reine, détachant son peuple du naufrage avant de sombrer…
La liberté retrouvée, le reste de ce peuple déchus avaient fuit, de peur de tomber sur Hécate, une ancienne reine devenue un monstre.
Sans personne pour l'aider dans sa quête de vengeance, la sorcière se tourna vers ses fidèles soldats, devenus des réceptacles d'âmes humaines. Elle ne savait qu'elle avait ce pouvoir, mais dans les lambeaux de la rage, elle ne pouvait que s'en réjouir.
Ils n'avaient plus besoin d'énergie, devenaient plus intelligent et gardaient une loyauté sans faille envers leur maitresse.
A présent que sa raison avait défaillis, elle ne mettait plus aucune barrière a ses pouvoirs, celle sur l'âme des autres comprises. Elle les avait liés, avait communiquer par leur biais… Elle avait vite accepté qu'elle puisse aussi les prendre.
Plus leurs armées dépérissaient, plus la force d'Hécate devenait grande.
Depuis, elle avançait vers le Sud, rasant tout ce qu'il y avait devant elle.
Elle avait déjà passée les frontières de Saporia.
On aurait put voir cela comme une seconde guerre, mais une guerre est composée de deux peuples qui se battent et s'entretuent…
Là, c'était un massacre organisé par une seule personne.
Hécate ne laissait aucun survivant, une maison debout, aucun champ viable.
La mort la suivait, accompagnée de ses serviteurs de métal.
Orion avait quitté son lit pour regarder l'horizon. Une ligne grise s'avançait vers eux, les cieux couverts de lourds nuages de cendre.
Hécate approchait.
La reine Andréa l'avait supplié de l'aider à combattre sa sœur, mais il n'avait pas put dire oui.
Il n'aurait jamais dû participer à cette guerre, il n'aurait jamais dû aller dans le camps d'Ilan ou d'Hécate…
A présent, il devait annoncer à son peuple que la guerre était proche, et qu'après Saporia, c'était eux qui allaient être attaquer par la sorcière du Nord. A moins qu'il ne tue sa sœur à Saporia, après qu'elle se soit affaiblit à combattre contre une armée entière.
Dans quelques jours, Hécate sera au porte du château de la reine Andréa…
Il ira achever cette histoire à cette instant.
Il ne pouvait laisser sa sœur détruire le monde plus longtemps.
Hécate ne savait quel jour il était, ni quel année.
Chaque levée de lune était comme une seconde, un mois… Le temps était devenu une bouillasse informe, où elle ne distinguait plus ce qui était réel et faux.
Etait ce la réalité ?
Ces hommes, et ces femmes qui hurlent et supplient, existent ils vraiment ?
Avait elle un frère ? Qui était elle ?
Et qu'est ce qu'elle voulait ?
Il suffisait que cette question revienne pour que sa raison éclate en morceau et que la rage face éruption dans sa poitrine, la poussant à plus de massacre encore, à avancer.
Toujours avancer.
Vers eux, vers elle…
Ne rien laisser derrière elle, qu'ils ne puissent jamais se relever si elle échouait à les tuer.
Ceux qui mourraient de sa main seraient les plus chanceux, car le reste sera condamner à mourir de faim et de froid.
Leur futur sera constitué de cette même bouillasse de temps, de ce brouillard de douleur qui vous rend inhumain, bon à éliminer.
Un objet cassé.
Faisant pousser des rochers sur son passage, elle fit tomber en ruine un fort.
Elle entendit un peu le cri de terreur des soldats avant que le silence ne frappe de nouveau.
Les golems avaient à présent une croute noirâtre sur leurs pieds et leurs mains que même la pluie n'arrivaient plus à faire partir.
Seul le crépitement des flammes qui dévoraient les pauvres restes tonnaient à ses oreilles comme des rires lugubres.
Dévorer, ne rien laisser, engloutir.
Elle tourna à peine la tête quand un rang de cavalier fonça vers eux, arme à la main, flèches encochées.
Ils savaient très bien qu'elle était mortelle et que cette horreur s'arrêterait si ils arrivaient à l'assassiner. Mais fallait il encore s'en sortir contre ses golems.
Quelque uns arrivèrent à passer, leurs boucliers défoncés sous les assauts sauvages des monstres de métal. Ils furent accueillit par l'arc d'Hécate qui leur décocha une flèche en pleine tête, avant de sortir son épée de son fourreau pour parer l'attaque d'une guerrière coriace.
Hécate n'eut pas le temps de lui trancher la gorge que son assaillante fut balayée par un golem.
Les hurlements et les craquements d'os noyés sous un concert de grincement de métal et de roulement à bille, Hécate soupira doucement alors que la silhouette de la Capitale se dessinait sous ses yeux.
Elle éborgna un soldat quand elle entendit une cavalcade derrière elle.
Tournant la tête, elle vit une vague de cavalier se ruer vers eux, les prenant en tenaille.
Cependant, leur hurlement de combat devint très vite des râles.
D'un simple geste, des rochers étaient sortis de terre, naissant des sabots de son cheval, pour se jeter sur les ennemis, les empalant pour les plus chanceux, les amputant pour les autres.
Fatiguées et miséricordieuse, elle envoya une seconde vague de son pouvoir, achevant tout êtres vivants et organiques du périmètre.
Une flopée de petites lueurs bleues sortie de la poitrine de ses victimes, se réfugiant dans les torses polies de ses soldats encore inoccupés, leur donnant alors cette étrange conscience.
Elle ne voulait pas de survivant.
Que les autres fuient, elle les laisserait faire.
Mais il n'y aurait aucun prisonnier sur son champ de bataille.
Reprenant la tête de son armée, elle avança vers le château de la reine Andréa.
Elle commença à traverser la ville quand elle recula soudainement.
Des bombes lui avaient été envoyées des tours du palais.
Deux Golems se placèrent devant elle pour la protéger alors qu'elle détruisait de bas d'une tour de guet, qui s'écroula sur le palais.
Hécate espérait seulement que son ennemie n'était pas morte dans cette éboulement.
La ville en flamme, Hécate grinça des dents en supportant les cris de détresse de ces humains.
Elle avança dans les rues, sentant ses golems s'amuser à écraser tout ce qu'ils voyaient. Tout devait disparaître, absolument tout.
Ouvrant en grand les portes du palais, elle posa enfin les pieds sur le sol. Sa peau craquelait un peu sous la poussière et le sang d'Ilan, ses vêtements étaient en loque.
De la reine du Nord, il ne restait rien.
Ses cheveux étaient devenus complément blanc sous la fatigue de vivre, et ses mains étaient devenues noires, d'étranges craquelures courant le long de ses membres, transformant ses doigts en griffes.
Son épée était sortie, trainante sur le sol, des étincelles courant le long de la griffure qu'elle imposait au sol immaculé du palais. Plus pour longtemps.
Des soldats arrivèrent soudainement devant elle, hallebardes en main.
Campant soudainement sur elle même, elle donna un coup circulaire de son épée, faisant naître ses pics mortels au bout de cette dernière. Débarrassée des opportuns, elle se balada simplement dans ce château qui avait été celui de son amant, puis celui de son ennemie.
Traversant la salle du trône, elle s'arrêta en son centre, regardant avec nostalgie les parures des murs… Ce lieux respirait tellement Ilan, possédant encore son fantôme avant que tout ne dérape.
Puis ses iris vides tombèrent sur le trône à nouveau solitaire, estampillé comme celui d'Andréa. Hécate le fixa quelques secondes et le décapita violemment. Dans le même accès de rage, elle démolit la salle de bal qui n'était plus qu'une mascarade, une pique traversant tout le palais, des caves à la plus haute des tours qui s'écroula sur la ville.
Sa rage à nouveau retrouvée, elle hurla le nom de son ennemie, de celle qui avait ordonnée l'assassinat de Elouan et d'Ilan.
Errant dans ce palais, elle se dirigea vers les appartements royaux, détruisant la porte avec une roche noire. Balançant les morceaux encombrants du pied, elle se posta derrière le rideau de fumée, laissant seulement sa silhouette visible alors que les respirations erratiques d'Andréa lui caressaient les tympans.
Sortant finalement du cocon grisâtre, Hécate pénétra dans l'appartement où elle la vit enfin, armée d'un glaive, tenant son enfant contre sa hanche.
Elle avait peur, elle était terrifiée… Hécate aurait pu avoir de la pitié.
Oui, elle aurait put…
-N'approche pas…
La voix d'Andréa brisa le silence de cette scène, stoppant quelques secondes Hécate.
Cette dernière fixa Andréa, portant la marque du temps et des années sur son corps et son visage. Plus ronds, plus plissés, des cheveux blancs s'étaient glissés dans sa coiffure sophistiquée.
Mais malgré la vieillesse et la poussière de la guerre, Andréa avait toujours cette aura d'enfant, ne sachant pas la réalité ni la violence du monde.
Pour elle, ordonner l'assassinat d'Ilan, d'Elouan et d'elle même n'avait été qu'une suite de mots sans qu'elle n'ait a se salir les mains. Mais les conséquences avaient été le partage de la déchéance suprême.
La reine du Nord fit un vague mouvement de main. Une roche sortit du sol pour transpercer le bras armé de la reine et la clouer contre le mur Est de la chambre.
Son petit tomba au sol, et resta les yeux rivés sur sa mère blessée, trop terrifié pour penser à s'enfuir.
Hurlant de douleur, la reine du sud se ravisa pour crier des menaces à l'encontre de ce démon a visage humain.
-Tu crois que je vais te laisser faire ? Que je vais te laisser me tuer et détruire mon pays ?!
Tirant sur sa pauvre chaire blessée, le Reine Andréa vit, impuissante, Hécate debout au milieu du salon. Etrangement, Hécate faisait plus jeune malgré ces cheveux devenus neige.
Sous le sang et la terre, sa peau était parfaitement lisse, ses chaires fermes et musclées. Pour elle, le temps s'était arrêté en même temps que sa raison…
Cette dernière la regarda fixement, ses yeux ne reflétant qu'une colère froide, sans l'ombre d'un sourire satisfait au visage. Andréa frissonna même quand cette statue de marbre prit parole.
-Ce que tu appelles ton pays n'es plus qu'un tas de cendre. Et je ne compte pas te tuer.
Hécate dévia ses prunelles glacées vers le jeune prince du Sud, le poing se serrant autour de son épée.
Andréa comprit tout de suite.
Elle s'agita deux fois plus, voyant son fils complétement pétrifié par cette femme qui le regardait avec tant de tristesse et de détermination.
-Non ! Tu ne peux pas faire ça ! Prend moi à sa place, il est innocent !
-Je sais.
Hécate se tourna vers l'enfant et l'attrapa par le col sous les hurlements de la reine du Sud, hurlant a son enfant de partir, de se battre. Mais le souffle glacé de la sorcière rendait le prince aussi malléable qu'une poupée de chiffon.
Andréa se rabaissa a supplié la chose, jetant le peu de fierté qu'il lui restait.
-Non ! Arrête ! Ce n'est pas juste, il n'y est pour rien !
Hécate se stoppa dans son geste pour jeter un regard à la femme ensanglantée qui faisait tout son possible pour sauver son fils.
-Elouan aussi.
-Comment ?
Hécate tenta de reprendre sa respiration alors que soudainement des larmes lui revenaient en torrent. Comme si le voile de la folie était parti, son cœur se brisa de nouveau en pensant à son petit, allongés sur ce sol si froid.
-Elouan n'était en rien responsable de cette histoire, il a pourtant été froidement assassiné par VOS hommes sous VOS ordres. Vous auriez dû me tuer moi, et rien que moi… Mais vous aviez décidé de l'exécuter lui aussi… De me les prendre tout les deux.
La folie revenait dans ses yeux alors qu'un fin sourire se dessinait sur son visage.
-Je n'ai jamais sentit une douleur aussi grande, ni jamais autant désirer de mourir… Et il est temps que vous goutez à la même agonie que moi.
-Non… Je vous en supplie… Pitié…
-On ne souffre que lorsque qu'on nous laisse en vie.
Hécate souleva l'enfant par le col, le hissant d'une main à la hauteur de ses yeux.
Resserrant son épée dans sa main, elle la souleva pour poser la pointe contre le ventre de l'enfant.
Andréa ne cessait de pleurer et d'implorer la mort.
Que son enfant vive, qu'il survive !
Les secondes parurent des années quand Hécate laissa tomber l'enfant au sol, sa main griffue s'étant juste ouverte sous le choc.
Elle ne pouvait pas faire ça.
Laisser ses Golems faire table rase des villes, tuer des soldats ou tout ceux qui attentaient a sa vie, elle l'avait fait en ne ressentait aucune culpabilité… Mais tuer un enfant de sa lame sans que ce dernier ne fasse rien…
Elle ne pouvait que penser à Elouan.
L'enfant, surprit d'être en vie et à terre, se recula soudainement pour se poser contre le pied du lit, les yeux fixant Hécate.
Cette dernière soupira doucement alors que la reine Andréa pleurait de soulagement, la terreur faisant convulser son corps.
Hécate se tourna vers l'enfant et fit pousser des rochers noirs autour de ce dernier, pour qu'il ne puisse pas s'enfuir. S'approchant de lui, elle lui maintint le menton pour le forcer de la regarder dans les yeux.
-Je ne vais pas te tuer. Mais je vais t'apprendre une chose.
Ces yeux devinrent pénétrant, martelant ses mots dans le cerveau du jeune enfant au fer rouge, son pouvoir modelant son âme à sa convenance.
Il vivra. Oh que oui, il vivra !
Cet enfant vivra dans la terreur, dans la paranoïa d'un monde lugubre et cruel.
Il n'aimera pas une seule seconde de son existence qu'il passera à fuir, son visage comme proue a ses terreurs.
-Je ne te tuerais pas. Le monde est empli de monstre, comme moi, comme ta mère… Et ils accompliront ce travail à ma place. Ta mère ne veux pas que tu meures tout de suite, alors je lui fait cette faveur. Tu vas seulement souffrir, toute ta vie, en sachant pertinemment que tout ce que tu aimes te seras prit. Sans que tu n'ais aucun moyen de les sauver…
Se relevant, elle continua de regarder l'enfant, qui les yeux grands ouvert, pleurait en silence, ses prunelles plongées dans les siennes.
Puis se tournant vers la reine Andréa. Cette dernière tenta de dégager son épaule, quitte à perdre son bras…
Mais il fallait être lucide.
Rien ne pourra la sauver…
La reine du Sud commença à hurler sa rage.
-J'aurais dû te tuer dés que je t'ai vu. Au premier jour, je savais que tu me prendrais tout !
Hécate resta interdite, fixant la reine sanglante qui continua sa dernière plaidoirie. Par fierté, par vengeance ? Qu'importe…
-Tu es revenue, et tu m'as volé mon mari. Dés qu'il t'a vu passer le pas de notre porte, il est retombé amoureux de toi. Je lui avais pourtant donné un enfant, un avenir… Mais il a préféré partir à tes cotés…
Relevant la tête, elle hurla ses dernières forces à Hécate qui restait immobile.
-Il m'a chassé, répudié comme une courtisane par ce que tu l'a séduit et porté son enfant! Tu m'as fait miroiter un bonheur possible avec lui pour me le reprendre ! Et tu crois avoir le droit de dire que qui est juste.
Andréa avait elle aussi un histoire à raconter.
Celle d'une jeune fille qui était tombée amoureuse depuis longtemps d'un prince.
Quand celui avait été rejeté par sa belle, elle avait été là pour le consoler, pour l'aimer.
Et ils avaient réussi à construire quelque chose, à faire une famille.
Puis l'amante était revenue, faisant naitre des cendres un véritable incendie qui avait brulé ce pays jusqu'aux fondations. Andréa avait été rejetée avec son enfant comme un rien, brisant ses rêves et sa vie.
Ilan avait été cruel, comme elle-même, comme Andréa.
Elle n'était pas mieux que les autres, simplement plus armée…
-Je n'ai jamais dit que ce que je faisais été juste.
Hécate avança doucement vers la pauvre reine.
-Non, la justice n'existe pas ici bas. Seule la vengeance peut se concrétiser. Et malheureusement pour toi, j'en ai le pouvoir.
Un seul geste, et la tête de la reine Andréa roula au sol dans un bruit visqueux.
Le corps lui, resta suspendu par son bras empalé dans une pose ridicule.
Hécate fixa quelque temps l'appendice solitaire pour jeter un œil à l'enfant, qu'il ne rate pas une miette du spectacle.
Et en effet, il avait tout vu.
Recroquevillé dans un coin, il était muet de terreur, ses prunelles passant entre ses doigts écartés, ne pouvant fermer les yeux sur cette scène de cauchemar et le visage figé de sa mère.
D'un mouvement, les rochers disparurent, laissant l'enfant fasse à une liberté hypothétique.
Le petit n'osa pas bouger, avant de regarder Hécate, dans la peur qu'elle joue avec lui avant de le tuer.
Mais cette dernière ne fit aucun geste, le regardant fixement avant de dire un mot.
-Fuis.
Le petit poussa un hurlement étranglé, se levant pour courir hors de la salle, trébuchant sur quelques restes de la porte avant de disparaître, ses cris de moins en moins audible.
Hécate resta immobile devant le cadavre d'Andréa.
Elle ne se sentait pas mieux, mais pas plus mal non plus.
Ca n'avait rien changé.
Se prenant la tête entre les mains, elle recula pour s'asseoir sur ce lit devenus étranger, et tenta de reprendre sa respiration.
Elle n'entendit pas les bruits de pas qui résonnèrent derrière elle. Mais cette voix la fit sortir définitivement de sa torpeur.
-Hécate. C'est fini.
Relevant soudainement la tête, les yeux écarquillés, elle commença à parler.
-Non…
-Le château est encerclé, tu ne peux pas t'enfuir.
-Non… Tu ne peux pas faire ça.
Se levant avec rage, elle se tourna vers son frère, la voix brisée, et la lame en sang en main.
-Tu ne peux pas venir me prendre cette victoire ! Tu ne peux pas jouer le sauveur et prendre tes responsabilités quand ça t'arrange !
La voix défaillante, elle fixa son frère de ses yeux enragés et humide de trahison. Se levant avec la dangerosité d'un serpent, Hécate commença a laissé son venin se répandre sur le sol.
-Tu m'as abandonné pendant des siècles, puis tu as brisé ta promesse, tu as prit le parti de mon ennemi en participant a la mort de mon fils et de ton meilleur ami, et maintenant..
Hécate renifla contre ses larmes et laissa sa colère éclater alors que sa voix perdait toute la froideur qu'elle avait habitée depuis le début de ce massacre.
-Et maintenant… Maintenant, tu crois pouvoir te présenter comme le héro ?!
-C'est toi qui m'oblige à te combattre. Je ne peux décemment pas te laisser tuer plus de personne.
Hécate resta les bras ballant face au visage sérieux d'Orion pour éclater de rire.
C'était la meilleur.
-Alors.. Alors, tu te crois vraiment être le héro de cette histoire…
-Et tu es le monstre que je dois abattre.
A peine eut il finit sa phrase qu'Hécate se jeta sur lui pour le plaquer contre un mur, l'épée pressée contre la gorge.
-Et où était le héro quand je tuais tous les civils de ce royaume ? Où était l'élu quand j'ai mis à genoux tout mes ennemis. Quand Ilan et Elouan ont été abattus !
Orion grinça des dents, sentant son corps s'écrasé de plus en plus contre la pierre.
-Tu n'as jamais prit un parti autre que le tien Orion, alors ne vient pas me faire croire que tu viens sauver le monde !
Jetant son frère à terre, Hécate le regarda de haut alors qu'Orion se retournait vers elle, prés à bondir sur le coté pour éviter un attaque.
Le monstre le fixait d'un œil à nouveau glacé, ses dents affutées et son épée prête à prendre des vies.
-Tu n'as toujours pensé qu'à toi… N'essaye pas de me faire des leçons de morale.
Hécate fit un pas de coté pour partir quand elle vit un éclat doré dans sa vision périphérique.
Orion bondit sur elle, la lame de son épée se plantant dans l'épaule de sa sœur.
Hécate hurla de douleur, attrapant le bras d'Orion pour le faire reculer.
Du moins, c'est ce qu'il crut.
Il ne comprit pas tout de suite ce qu'il se passait quand une sensation jusque là inconnue vient à lui.
Ses nerfs lui criaient aux oreilles mais il prit encore quelques secondes pour s'éloigner en se tenant le ventre, ses mains teintées de rouge.
Ce n'était pas profond, mais il n'avait jamais encore ressentit la douleur physique.
Mais ce pic noir en avait été capable. Capable de le blesser. Capable de le tuer…
Sa sœur en était capable.
Relevant le regard vers elle, il la vit camper sur ses deux pieds, les mains tourné vers le ciel, ses cheveux neiges se battant dans les airs alors que des rochers poussaient derrière elle, telle un raz de marée, plus gros, plus grand…
Orion se jeta au loin, évitant de peu les crocs qui plongèrent là ou il était. Se relevant avec peine, le blond s'échappa de la chambre.
Se tenant le flan, il couru dans les couloirs, des rochers noirs le suivant, poussant en spiral, recouvrant les murs et le plafond.
Pendant quelques instants, il eut l'impression que ce nouvel élément était vivant, tel une bête le coursant sous les ordres de sa maitresse. L'écume aux lèvres, l'œil meurtrier suivant chacun de ses gestes pour percevoir son mouvement futur.
Les hurlements de rage poussés par sa sœur donnant vie à cette abomination, la bête se jeta sur Orion qui du concentrer son pouvoir pour ne pas être trop blessé par les rochers.
Lui qui n'avait jamais eut à éviter les coups et à renforcer son pouvoir, il devait faire les deux face à Hécate.
Elle qui pouvait mourir à cause d'une simple pression sur la gorge.
Le sol céda sous les attaques répétées de la bête aux milles dents, et Orion disparut dans la poussière et les morceaux du plancher pour atterrir à l'étage plus ne fallu que quelques secondes pour que la bête le suive, s'écroulant sur le plancher en une masse sans vie.
Du coin de l'œil, Orion vit a nouveau des bras et des crocs sortir de cette masse minérale. Sans attendre d'avantage, Orion se rua dans les escaliers.
Sortant du palais en trombe, il tomba nez à nez avec ses soldats qui accoururent vers lui, inquiet du sang apparent sur leur roi.
Leur majesté n'avait jamais été blessé, jusqu'à aujourd'hui..
Mais son ennemie n'était pas n'importe qui non plus.
-Roi Orion !
-N'approchez pas !
Comme pour prouver ses dires, le palais s'écroula derrière le roi doré qui s'écroula sous le souffle de la destruction. Le souffle court, Orion se redressa péniblement pour se retourner. Ces hommes étaient aussi à terre, les yeux écarquillés sur ce spectacle apocalyptique.
Orion regarda les derniers reliquats de Saporia partir en fumée, plongeant la ville dans un nuage de poussière de marbre et de bois précieux.
Et au milieux de cette enfer d'acier, une seule silhouette évanescente au sein de ce chaos.
Hécate.
Debout, les yeux écarquillés, regardant tout le monde et personne. Le cou étiré, les épaules crispées, l'épée sortie, tout comme ses griffes.
Certains auraient put trouvé cela grotesque, mais pas après avoir vu ce dont elle était capable.
-Mon roi… Commença un commandant.
-Fuyez !
Le roi Orion se tourna vers ses hommes, mais ces derniers reculèrent soudainement. Autant par la terreur d'Hécate que par celle qu'ils voyaient dans les yeux de leur roi.
De ceux de leur dieu.
Un salve de rocher apparue entre l'armée du roi soleil, l'isolant de ceux qui aurait put le sauver.
Restant immobile, Orion prit un temps fou pour oser regarder en arrière. Tout ce qu'il avait laissé derrière lui.
Hécate avançait vers lui, les yeux encrés dans les siens avec la même idée en tête.
Aujourd'hui, tout allait prendre fin.
Leurs combats, leurs vies…
Il y aurait enfin un vainqueur, et tout deux voulait gagner.
L'un pour vivre, l'autre pour la vengeance.
…
Le combat dura deux jours, les râles courant sur les terres mortes de Saporia.
Tout êtres ou soldats venant pour sauver leur roi étaient tués par un Golem, ou par le combat des deux entités qui réduisait tout en cendre.
De Saporia, il ne restait rien.
Tous les arbres étaient tombés, toutes les bâtisses englouties par la colère des dieux.
Le prince de Saporia avait été mis en sécurité avec les Coroniens, attendant que leur bien aimé roi tue enfin la sorcière du Nord.
Beaucoup de gens, qui avaient fuis le Nord, étaient repartis en voyant leur ancienne reine dans les parages. Certains avaient hurlé, sentant le lien se refaire en eux, cette folie rampante qui poussait à la mort ou à la destruction massive.
Hurlant, Hécate arriva sur Orion qui esquiva son attaque en sautant sur le coté.
L'épée d'Hécate se planta dans le sol et une multitude de Rocher sortit de terre, brisant d'autres qui s'écroulèrent sur elle même.
Depuis deux jours, Orion et Hécate n'avait pas vus le ciel, perdu dans un nuage de poussière soulevée par le combat.
Depuis 48 heures, aucun ne savait si c'était le jour et la nuit, l'obscurité et la folie brouillant leurs visions.
Orion avait un bras blessé, une oreille en lambeau et son flanc lui faisait toujours mal, enflé par l'infection.
En face de lui, Hécate n'était qu'écorchures. Son visage griffée en deux par un coup d'épée, lui faisant perdre un œil, sa peau recouverte de cicatrice variée.
Mais contrairement à Orion, elle connaissait la douleur.
Orion était à terre, le dos reposé contre une ruine, la respiration erratique.
Il ne sentait presque plus son corps, et tout lui semblait de plus en plus lointain.
De son coté, Hécate respirait tout aussi difficilement, l'épée plantée au sol sans qu'elle n'ait la force de la retirer. Tout était voilé, brouillé, comme si son esprit allait tomber dans les heures sombres du sommeil.
Mais elle ne pouvait accueillir Morphée.
Son frère la tuera dés qu'elle aura les yeux fermés.
Arrachant la lame de la chaire de Gaya, elle se remit debout, ses jambes affaiblies par les heures de violence. Elle n'arrivait même plus a contrôler ses rochers, poussant anarchiquement, devenant un dangereux pour elle.
Tout comme pour Orion qui était devenu aussi vulnérable qu'elle.
Face à face, ils n'arrivèrent même pas à parler, se contentant juste de se voir comme des inconnus.
Des silhouettes floutés, le corps décharné et la respiration sifflante.
Il restait peu de temps, le sifflement de leurs oreilles leur enlevant le peu d'équilibre qu'ils leur restaient.
-Pourquoi Hécate… Tout est fini. Tu n'as plus rien à protéger… Tu es seule.
Respirant laborieusement, Hécate s'essuya la lèvre inférieure pour se redonner contenance.
Orion perçut cela comme un preuve de faiblesse et continua sur sa lancée.
-Tu as perdu Hécate ! Le jeu est terminé !
-Ca n'a jamais été un jeu, Orion.
Orion resta coit alors que la colère et l'incompréhension montaient en lui.
Si pour elle, ce n'était pas un jeu, alors elle voyait bien la mort, et la désolation qu'elle propageait autour d'elle ! Elle en avait conscience ! Alors pourquoi…
Orion allait se remettre debout, mais fut stoppé par Hécate.
-Mais j'ai une question pour toi Orion. As tu, ne serais ce qu'une fois, éprouvé de la tendresse pour moi. As-tu ressentis de l'affection pour moi ? Sincèrement...
Orion aurait pu dire oui, lui hurler qu'il l'avait considéré comme sa petite sœur tout le long de son existence, mais un doute surgit.
Il l'avait vu comme une béquille dans ce monde étranger.
Ensuite comme un poids quand la couronne lui avait été trop lourde.
Puis comme une anecdote a raconté à ses proches.
Plus tard, elle devint un nom qui gagnait en puissance.
Et enfin, elle devint un adversaire.
Quand ils avaient renoué maladroitement, l'avait il fait par amour ? Non.
Non, il l'avait fait par peur des représailles, par l'appréhension de sa colère.
Il avait été heureux quand elle avait eut Ilan, dans l'espoir qu'il lui apprenne sa vraie place.
Puis quand elle avait eut Elouan, pensant qu'elle arrêterait de tourner autour de son ami…
Mais pour le reste…
Non.
Il n'avait jamais été sincèrement heureux pour elle, ou perçut comme sa sœur.
Jamais.
Etrangement, ce moment était celui où ils étaient le plus proche, le plus vrai entre eux deux, comme un seconde de répit avant la sentence final.
Hécate resta de marbre face au silence d'Orion.
Elle avait peut être espéré avoir de l'amour malgré tout, un reste de quoi que ce soit.
Quelque chose qu'elle auquel elle aurait put s'accrocher juste une seconde, mais ce n'était pas le cas.
Il n'y avait rien.
-Je vois. Il n'y a jamais rien eut.
-Je ne peux aimer une meurtrière.
Hécate fit un doux sourire dans l'ombre, avant de retirer son épée du sol, alors qu'Orion se relevait. Orion fonça vers Hécate qui se mit en garde. Le premier coup vint du haut.
Elle le para difficilement, et tenta de repousser violement la lame pour lui faire perdre l'équilibre, mais ses bras étant douloureux, elle ne put que repousser l'arme et tenter de contre attaquer.
Sa lame glissant sur celle d'Orion, elle vit une ouverture et lui donna un coup d'épaule.
Reculant de quelques pas, Orion leva son épée assez vite pour parer une autre attaque de sa sœur.
S'échangeant d'autre attaque, ils reculèrent plusieurs fois pour charger sur l'ennemi, finissant toujours lame contre lame, forçant sur leurs bras pour repousser l'autre.
-Est ce pour cela qu'il y a tous ses morts, Hécate ?! N'essaye pas de te trouver des excuses !
Hécate ne s'en cherchait plus.
Elle avait voulu sa vengeance, et l'avait eut sans que sa rage ne s'apaise.
Elle avait voulu marquer le monde comme elle même était bardée de cicatrice.
Elle avait voulu qu'on entende son cri de détresse, et il semblait que seul le feu puisse avertir les autres.
Elle avait fait ce qu'elle avait voulu.
Sentant qu'Hécate relâchait un peu la pression, Orion donna tout ce qu'il pouvait.
Poussant sur l'épée de son adversaire, il glissa son pied derrière elle pour lui faire perdre l'équilibre.
Hécate tomba sur le dos, et n'eut pas le temps de comprendre la douleur qu'elle ressentait à l'arrière du crâne que la lame d'Orion lui transperça le torse.
Epinglé au sol, Hécate resta muette, son corps trop embrouillé pour ressentir la souffrance.
Elle ne pouvait que voir l'arme d'Orion trancher son plexus solaire en deux.
Sa colonne vertébrale devait être tranchée, lui enlevant ses dernières souffrances avant de quitter ce monde putride.
Son frère était au dessus d'elle, à genoux, les deux mains accrochées à la garde de son sabre, comme si c'était sa dernière attache. Ce devait réellement l'être.
-Tu as perdu.
Orion eut a peine le temps de finir sa phrase que deux pics sortirent du sol pour l'empaler en croisé.
Lui même resta un moment muet avant de recracher du sang sur Hécate.
Elle ne lui avait pas fait de cadeau elle. Ses nerfs n'étaient pas touchés.
Sa voix partant dans un râle rauque pour aérer sa gorge, il fixa Hécate de ses yeux humides.
Il ne voulait pas mourir !
-Hécate…
-On aurait dû rester la bas.
Orion arriva enfin à voir sa sœur nettement.
Il ne l'avait pas vraiment vu depuis tant de temps.
Elle avait à nouveau ce regard plein de remord et de chagrin, tourné vers le ciel qui semblait n'être visible que pour elle. Ne quittant pas ce dernier du regard, Hécate laissa échapper un sanglot alors que toute sensation quittait son corps.
-Nous n'aurions jamais dû partir… Je n'aurais jamais dû te suivre…
C'était ce que les yeux d'Hécate lui disaient, ses yeux prenant un air chagriné, le sentiment de trahison et de regret refaisant surface pour noyer un peu plus ses prunelles opaques.
-Hécate…
Les larmes coulèrent sur son visage immobile, sa prunelle unique ne quittant plus le ciel tant regretté, sa bouche devenue à jamais muette.
-Hécate ?
Orion sentit la panique prendre tout son corps, où était ce un dernier sursaut avant la mort.
Il l'avait tué.
Il avait tué sa sœur.
Soudainement, toute la monstruosité de cet acte lui arriva au visage.
Il lui avait dit qu'elle n'avait jamais été sa sœur, lui avait laisser sous entendre qu'il n'avait jamais rien ressentit envers elle…
Mais il avait oublié le premier sacrifice qu'Hécate avait fait pour lui.
Et il ne l'avait jamais remercier de l'avoir suivit…
Pleurant douloureusement, Orion cracha encore du sang, ses poings serrés autour de l'arme qui lui avait servit à éliminer ce que tous surnommait la sorcière du Nord.
Celle qui avait été auparavant sa seule famille.
Le roi de Corona expira son dernier souffle, dans le chagrin et la culpabilité, là ou sa jeune sœur ne fut que colère et amertume.
De la larme d'Orion, naquit une fleur pouvant guérir tous les maux.
De la rage d'Hécate, germa une opale détruisant tout autour d'elle.
Une fin bien meurtrière, et bien triste pour ces deux là...
Nous approchons grandement de la fin... J'ai l'impression de le dire à chaque chapitre... Dans l'espoir que ça vous ait plus !
La dessus, je vous dit a bientôt pour la suite
Tschuss !
