Chapitre 22 : Les clés du succès
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Neville et Ron ne surent pas comment Dumbledore s'y était pris, mais l'affaire Croupton ne s'ébruita pas. La vie reprit alors doucement son cours pour tous les élèves du château. Estelle et Drago étaient restés en froid plus d'une semaine, à tel point que pour beaucoup, la seconde tâche avait signé la fin du couple.
Pourtant, Colin Crivey les avait photographiés peu après en train de s'embrasser passionnément derrière une statue à côté de l'infirmerie. Trois jours après l'incident, Neville étant de nouveau sur pied, Ludo Verpey put montrer aux quatre champions le terrain de Quidditch transformé en labyrinthe.
A partir de ce moment-là, Hermione ne laissa plus une seconde de répit au trio d'or. Ce n'était d'ailleurs pas la seule. En effet, les professeurs estimant que l'euphorie du tournoi leur avait fait prendre du retard dans leurs programmes habituels, profitaient de cette pause plus grande entre les deux tâches pour faire crouler leurs élèves sous les devoirs.
Suite au vol des sujets du prochain examen des sixième année, Maugrey s'était vengé en augmentant considérablement la difficulté des questions. Ainsi, le château eut le loisir d'entendre se plaindre pendant deux jours consécutifs les jumeaux Weasley de leur échec totalement injustifié au devoir.
McGonagall, elle, s'évertuait à faire transformer des bouts de bois en coupes de vin aux élèves de quatrième année. Estelle y était arrivée en moins de dix minutes, un record auquel même Hermione Granger n'était pas encore parvenue. Cela promettait une compétition toute nouvelle entre la Serdaigle et la Gryffondor.
Les cinq françaises étaient d'ailleurs toutes en train de voir leur capacités et leur intérêt pour certaines matières s'affiner. Plus le temps passait, et plus elles s'intégraient et s'adaptaient à ce mode vie pourtant si différent de celui auquel elles avaient étés habituées toute leur vie. Ainsi, si Estelle se faisait remarquer par son excellence dans toute les matières, Julia elle montrait un don tout particulier à la confection de potions, et les aptitudes de Jessica en sortilèges lui permirent de gagner l'estime et l'affection de Flitwick.
Depuis la trêve entre Julia et Sirius, leur relation avec les Maraudeurs s'était considérablement améliorée et apaisée. Peut-être était-ce aussi le fait de partager un secret ensemble. Cela n'échappa d'ailleurs à personne que les huit adolescents semblaient plus proches et plus fatigués que jamais. En effet, il était courant de voir l'un ou l'autre membre de ce drôle de groupe apparaitre au petit déjeuner les yeux cernés et le teint blafard, typique d'un lendemain de nuit blanche.
Ce que personne ne savait en revanche c'est ce que cela cachait. En effet, personne n'était au courant que les jeunes filles, elles aussi, se préparaient activement pour le jour de la troisième tâche.
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Ces préparatifs induisaient d'enfreindre de nombreuses règles du règlement intérieur de Poudlard. Il fallait dire que les réunionnaises n'étaient pas vraiment habituées à de telles transgressions. Elles avaient proposé leur aide aux Maraudeurs, mais cela semblait n'apporter qu'une angoisse supplémentaire à une personne déjà bien tourmentée.
En effet, Jessica, assise près de la cheminée du QG, feuilletait l'exemplaire du mois de Sorcière-Hebdo. L'article de Rita Skeeter sur le soi-disant triangle amoureux que formeraient Neville, Hermione et Victor Krum faisait la une du magazine. La couverture présentait en une boucle continuelle le câlin des deux Gryffondor juste avant la première tâche. Les surplombant dans une petite bulle : le visage taciturne de Victor Krum.
En dépit du potin croustillant, la jeune fille n'arrivait pas à se concentrer sur sa lecture, et lançait de furtifs coups d'oeil vers l'entrée, guettant fébrilement l'arrivée des Maraudeurs.
- Jessica, épargne mes oreilles, veux-tu ? Cesse de soupirer toutes les trente secondes.
Ophélie, qui était assise près de son amie, pouvait sentir la nervosité de cette dernière croître de minute en minute.
- Patience Jessie ! Les garçons ne vont pas tarder à arriver.
Traduisant mal le langage corporel de son amie, Julia prenait la fébrilité de la Serdaigle pour de l'impatience.
- Franchement les filles vous en avez d'la chance ! s'exclama-t-elle.
- Je doute que ce soit de l'excitation ce que ressent Jessica, intervint Maureen.
- Ça va aller Jess ? demanda soucieusement Estelle.
N'en pouvant plus ; la rousse abandonna son magazine et vida son sac.
- Je vais tout faire foirer ! Moi et ma maudite maladresse ! Je vais encore rentrer dans une fichue armure et nous faire repérer. Ensuite Rusard, pire Rogue lui-même va nous choper. Et pour finir James, Ophélie et moi allons être condamnés à récurer des chaudrons à la brosse à dent jusqu'à la fin de nos jours ! Merlin mais pourquoi, par Merlin on leur a proposé notre aide, ils n'en voulaient même pas au départ !
Le débit de parole de la jeune fille était affolant, elle ne prenait même plus la peine d'inspirer de l'air entre chacune de ses phrases. Sentant la détresse de son amie Estelle s'empressa de la calmer.
- Chhht, chhht, Jessica. Tu sais bien que Rogue n'est pas un problème, on a choisi ce soir exprès parce qu'on sait qu'il ne sera pas au château. Aucune chance que vous tombiez sur lui.
- Et puis, intervient Ophélie, Rusard est sûrement l'être le plus lent connu sur terre depuis la création de l'humanité, on aura aucun mal à le semer.
Bien que peu rassurantes, les paroles de la Serpentard eurent le mérite de dérider la rouquine. Sa crise passée, Jessica se sermonna mentalement. Comment pouvait-elle se débiner à ce point ? Après tous les risques que les garçons prenaient pour les aider, la moindre des choses étaient qu'elles les aident en retour.
Cependant ce retard important commençait à devenir inquiétant. Peut-être les Maraudeurs avaient été arrêtés dans leur mission avant même qu'ils aient pu venir chercher leurs acolytes. Le sang de Jessica se remit à circuler à tout allure à l'idée que James et les deux autres soient en retenue, mais aussi à l'idée que leur escapade soit avortée avant même son commencement. Au moins, ce ne serait pas elle qui aurait tout fait foirer, tenta-t-elle de s'auto-rassurer.
Ce que les jeunes filles ignoraient, c'est que les Maraudeurs étaient juste à un couloir de là. Ils remettaient en question une décision de la plus haute importance qu'ils avaient déjà débattue longuement, plus tôt dans la journée. Ils hésitaient à reconnaître que c'était une bonne décision, et il était particulièrement difficile de dévoiler une telle chose. Ce n'est que lorsqu'ils eurent fait une dernière fois le tour du sujet, qu'ils se décidèrent à rejoindre le Club des Cinq.
- Qu'est-ce-qui vous a pris aussi longtemps ? questionna Estelle lorsque les Maraudeurs passèrent l'entrée du QG avec pas moins d'une heure de retard.
- La prochaine fois pensez au moins à nous envoyer un hibou ! ironisa Ophélie.
C'était bien la seule chose que la Serpentard regrettait depuis leur arrivée dans ce monde : ici, exit les portables et internet !
Mais la raillerie de la jeune fille, ainsi que la question d'Estelle furent complètement snobées par les trois jeunes hommes qui vinrent prendre place face aux cinq françaises. Debout entre la cheminée et la table basse ils laissèrent choir sur cette dernière un vieux bout de parchemin jauni et une longue cape argentée.
Les adolescentes retinrent inconsciemment leur respiration.
James Potter, Remus Lupin et Sirius Black avaient donc suffisamment confiance en elles pour leurs dévoiler l'existence de la carte du Maraudeur ainsi que de la cape d'invisibilité ?
Les cinq jeunes filles devaient puiser au plus profond d'elles même afin de se maîtriser, et afficher la mine perplexe qu'elles étaient censées arborer face à ces deux objets d'apparences anodines. Julia se permit même une petite boutade.
- Vous êtes aller faire les puces ? Ces quoi ces vieilleries ?
- Sache, ma chère, que ces vieilleries sont la clé de notre succès, lui répondit James d'un ton solennel.
- Votre succès ? railla Ophélie.
- Comment crois-tu qu'on arrive à faire tout ce que l'on fait sans se faire choper ? Ce monde est magique mais tout même…
- Et donc, cette vielle cape toute miteuse...
- Vielle cape toute miteuse ?! s'exclama Sirius avec une grimace comme si Ophélie venait de l'offenser gravement. Remus, montre-leur.
Sans dire un mot, le lycanthrope attrapa la longue cape et s'en recouvrit entièrement. Même si les jeunes filles s'attendaient à voir disparaître le jeune homme, leur étonnement face à la scène n'eut rien de feint. En effet, voir Remus s'évanouir sous leurs yeux était totalement différent de tout ce à quoi elles avaient pu s'attendre après les écrits de J.K Rowling.
- Pas mal pour « vielle cape toute miteuse », hein ?
La voix de Remus provenait de l'endroit exact où il s'était volatilisé. C'était tout simplement magique. Les jeunes filles n'en revenaient pas. Même en sachant à quoi s'attendre, le fait de le voir d'elles-même était tout autre chose. Elles poussèrent toutes un soupir d'émerveillement. Enfin, toutes sauf une : Ophélie, elle, gardait son regard sur la table.
- Et donc…le bout de parchemin c'est quoi ? Il se transforme en tapis volant ? ironisa la Serpentard.
- ... Des tapis volants ?! Franchement les moldus ont vraiment des idées farfelues sur la magie ! s'exclama Sirius avec un regard sceptique.
Il s'empara dudit parchemin, le tapota du bout de sa baguette tout en prononçant les mots magiques, déclenchant un frisson d'excitation chez les cinq réunionnaises.
- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Fidèle à la description faites par J.K. Rowling dans le tome trois de Harry Potter, des petits traits d'encre se répandirent sur le parchemin, en dessinant une toile qui se tisserait d'elle-même. Les traits se joignaient, se croisaient, et s'étendaient aux quatre coins du parchemin. Sous les yeux de tous, se dessinait l'exact plan de Poudlard et de son parc. Une constellation de minuscule petits points mouvants emplissaient les salles du château.
Ébahies, les jeunes filles se penchèrent sur la carte qui se trouvait maintenant grande ouverte sur la table. En haut à gauche, un des points portait le nom de Albus Dumbledore, il semblait faire les cent pas dans son bureau. Dans la bibliothèque, située au deuxième étage, un point statique représentait madame Pince, postée derrière son comptoir.
Puis des mots tracés d'une grande écriture ronde à l'encre verte apparurent en haut du document :
Messrs
LUNARD, QUEUDVER
PATMOL & CORNEDRUE
Sont fiers de vous présenter,
La Carte du Maraudeur.
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C'est ainsi qu'un peu plus tard, Rusard se retournait brusquement pour la énième fois, persuadé d'être suivi. Mais pour la énième fois, il se retrouva face à un couloir vide. Il le savait, il le sentait, c'était eux. Ces trois maudits gamins, qui se faisait appeler « Maraudeurs ». Il les maudissait du plus profond de son être car, par il ne savait quel maléfice, ils réussissaient à chaque fois à mettre en oeuvre leurs perfides farces. C'est donc avec l'oeil perçant et sa vieille lanterne grinçante qu'il retourna sur ses pas, longeant minutieusement le corridor avec la ferme intention de débusquer ces sales garnements, source de son malheur.
Jessica était figée sous la cape d'invisibilité avec James et Ophélie. Ils n'avaient pas parcouru deux couloirs que les craintes de la Serdaigle se confirmèrent : elle avait réussi à se prendre les pieds dans un pli inexistant du tapis. Sa maladresse l'avait fait atterrir dans les bras du Gryffondor, obligeant alors Ophélie à soutenir à elle seule la cape sur eux trois. Bien sûr il avait fallu que tout cela se passe à trois mètres de Rusard. Fuck le destin quoi.
Leur position précaire empêchait tout mouvement, et c'est avec appréhension qu'ils voyaient le vieux concierge s'approcher peu à peu.
- Montrez-vous ! aboya le concierge. Je sais que vous êtes là, maudits garnements.
D'un point de vue extérieur le pauvre homme passait littéralement pour un fou, à s'adresser à un couloir vide, mais pour les trois adolescents tétanisés, chaque pas que Rusard faisait dans leur direction les rapprochaient avec fatalité du récurage de chaudron à la brosse à dent.
La lampe du vieil homme frôla presque le haut du crâne de James qui se voyait déjà perdu, lorsqu'une main puissante vint s'abattre sur l'épaule du concierge, retenant son geste.
- Argus, vieille mule mais qu'êtes-vous en train de faire ?
C'est avec horreur que le trio d'adolescent vit apparaître à la lueur de la lampe, le visage cireux du professeur Rogue.
James dut plaquer sa main sur la bouche de Jessica pour l'empêcher de crier, et, de surcroît les mettre dans une situation encore plus délicate.
- Pro..Professeur Rogue, balbutia le concierge, je.. voyez-vous… ces morveux...et...
- Qu'importe, le coupa le maître des potions, allez me cherchez Chourave, j'ai besoin de ses plants de mandragores, je serais à la serre numéro trois. Faites vite.
- Oui, oui, très bien professeur. Tout de suite.
Sans demander son reste, le concierge quitta le couloir de son pas claudiquant, laissant les trois jeunes toujours invisibles et le professeur derrière lui. Ce dernier lança un dernier regard perçant à l'exact endroit où se trouvaient les adolescents avant de lui aussi quitter le corridor, faisant virevolter sa longue cape noire.
Le trio se réfugia dans un placard à balai, en attendant qu'ils soient hors de portée. Ils étaient là plus à l'aise pour revoir leur plan d'action.
- C'est bon, Rogue est à la serre, et Rusard se trouve au rez-de-chaussée près de la salle commune de Poufsouffle, la voie est libre les filles c'est le moment d'y aller !
- T'es pas bien Potter ? Tu as entendu Rogue, il doit retourner à son bureau. C'est fichu pour ce soir.
- Mais pour le moment, il n'y est pas, ça nous laisse tout le temps de descendre, récupérer les ingrédients et filer en vitesse !
- Mais s'il revient avant que l'on ait fini ? Et si cette fois on se fait réellement attraper ? questionna Jessica mortifiée.
- Et bien raison de plus pour y aller dès maintenant ! Au lieu de végéter dans ce stupide placard à balais ! renchérit le Gryffondor.
En effet, la remise la plus proche n'avait pas été la plus confortable, et s'éterniser ici ne semblait pas négociable.
- Bon, les filles il faut se décider. Si on y va tout de suite on a toutes nos chances de réussir notre coup avant le retour de Rogue, mais c'est maintenant ou jamais.
James se tenait face aux deux réunionnaises, un air déterminé au visage. Ces dernières partagèrent un regard hésitant. Dans la bouche de James, la tâche paraissait tellement facile. Descendre au cachot, farfouiller dans la réserve de Rogue et retourner ni vu, ni connu au QG sans demander leur reste.
- Allez, décidez-vous !
La voix de James était pressante. Étonnement ce fut Jessica qui répondit.
- C'est bon, on te suit.
Son ton résolu contrastait radicalement avec les craintes qu'elle ressentait cinq minutes plus tôt. Elle ne savait pas pourquoi, ni comment, mais James avait cet effet sur elle. Comme si avec lui, tout était plus facile à entreprendre. Comme si les situations, aussi risquées qu'elles puissent être, n'étaient pas aussi catastrophiques si elle les traversait avec lui.
C'est comme ça que le trio se retrouva dix minutes plus tard face à la réserve personnelle de Severus Rogue. C'était une petite pièce, attenante au bureau du maître des potions, et on ne pouvait y accéder qu'en passant par le bureau lui-même qu'ils avaient, avec surprise, réussi à forcer grâce à un simple Alohomora.
- Alors, petit génie, on fait comment maintenant ?
Ophélie, même si elle avait suivi ses deux amis, gardait des réserves face au déroulement de leur « mission récupération ».
L'air assuré et le regard malicieux, James sortit de sa poche un petit couteau suisse. Il était conforme au premier modèle inventé dans les années 1880. Le manche était en bois noir et il se composait d'une unique lame rétractable.
- C'est une lame spéciale, elle est capable de déverrouiller n'importe quelle serrure, qu'importe le niveau de protection magique apposé à la porte. Je ne sais pas où Sirius l'a dégoté, il n'a jamais voulu nous dire, mais il nous a sauvé la mise plus d'une fois.
Sur ces mots il introduisit la lame dans la serrure de la petite porte, fit descendre le manche deux fois et finit sur un quart de tour sur la droite avant que la porte ne s'ouvre comme par magie.
- Mesdemoiselles, après vous, déclara un James révérencieux ouvrant la porte de la réserve en grand, laissant apparaître quantités d'étagères tapissant de haut en bas les trois murs que faisait la pièce.
Les adolescentes échangèrent rapidement un regard entendu, pensant que cette lame leur aurait été bien utile dans le bureau de Maugrey, puis elles avancèrent.
- Génial…, râla Ophélie lorsqu'ils furent tous les trois entrés dans la réserve.
Bien que la porte de la salle soit petite, elle était loin d'être proportionnelle à la hauteur de la pièce qu'elle cachait. En effet les murs avoisinaient les cinq mètres de hauts, et la salle était aussi profonde que celle où se déroulaient les cours de potions.
- Pas de panique les filles ! Ce vieux Servilus nous a facilité la tâche, il est tellement maniaque qu'il range ses ingrédients par ordre alphabétique.
- Il nous faut donc des Veracrasses, de la peau de serpent d'arbre du Cap et des cornes de Grapcorne, énuméra Jessica.
- Ophélie tu t'occupes des Veracrasses…
- Moi, vivante, jamais tu ne me verras mettre la main sur ces immondes vers dégoûtants !
- ...Ok je m'occupe des Veracrasses, reprit James. Ophélie nous ferais-tu l'honneur de chercher les cornes de Grapcorne ? Et il reste donc la peau de serpent d'arbre du Cap pour Jessica. On est ok ? Au boulot !
Il fallut un bon quart d'heure aux adolescents pour trouver et réunir les trois ingrédients qu'ils étaient venus chercher. James et Jessica avaient trouvé les leur assez rapidement. Ils se tenaient maintenant près de la porte, carte du Maraudeur en main, supervisant les mouvements de Rogue, et prêts à anticiper leur retraite au QG dès qu'Ophélie aurait récupéré les cornes de Grapcorne.
Il s'avérait en effet qu'elle avait plus de mal à les trouver qu'elle ne le pensait. Lorsqu'elle les identifia enfin, elle se vit obligée de réquisitionner l'échelle et monter afin d'atteindre les cornes que Rogue avait soigneusement rangé entre un pot rempli de cafard mort et le cranson officinal. Une fois son trésor en main, elle cria un « C'est bon je l'ai ! » qui annonça le coup de départ.
- Rogue vient de passer les grandes portes, ça nous laisse tout juste le temps de quitter son bureau, dit James.
Les ingrédients chapardés soigneusement rangés dans un sac qu'Estelle avait au préalable enchanté pour être sans fond, les trois jeunes sorciers quittèrent la réserve pour se retrouver dans le bureau du maître des potions.
- Niouk ! Niouk ! Niouk! s'affola soudainement Jessica, la carte du Maraudeur entre les mains Rogue est au bout du couloir !
- Mais comment ? Y'a trente secondes il était encore aux portes du château ! s'exclama Ophélie.
- Mille Gorgones ! Il est passé par le raccourci du hall d'entrée, s'écria James.
- On fait quoi ? Si on sort il nous verra, c'est obligé, et il n'y a aucune autre sortie ! On est fichus !
- On se calme les filles, vite sous la cape et pas un mot.
Ni une ni deux, James se recouvrit lui et les deux réunionnaises. Ils eurent juste le temps de se mettre dans un coin de la salle que la porte du bureau s'ouvrit sur le professeur Rogue. Il était suivi de près par un Rusard aux bras chargés de mandragores décapitées, et comme toujours flanqué de son éternel chatte Miss Teigne. Rogue traça sans un mot vers le fond de la salle, et commença à farfouiller dans les fioles de son armoire, alors que Rusard déposait tant bien que mal les plantes magiques sur le bureau.
- Ça sera tout Argus, dit le professeur Rogue tout en s'installant derrière son bureau.
Sans plus attendre, le vieux concierge s'empressa de rejoindre la porte du cachot, pressé de retrouver son lit. Les adolescents sous la cape furent soulagés quand la porte se referma sur le dos de Rusard emportant avec lui sa chatte, qui commençait dangereusement à s'intéresser aux pieds de James.
Ils se retrouvèrent ensuite enfermés avec Rogue, qui était toujours penché sur son établi, broyant consciencieusement les plans de mandragores avant de les ajouter à son chaudron. Le Gryffondor, même s'il ne la voyait pas, pouvait sentir le souffle erratique de Jessica qui se trouvait à sa gauche. Instinctivement, il glissa sa main dans la sienne, cherchant à la rassurer, même si lui-même ne croyait pas trop en leurs chances de survies.
Le raclement de la chaise du maître des potions fit sursauter le jeune homme. S'étant concentré sur les mouvements de Jessica, James avait un court instant dévié son attention du professeur Rogue. Le voyant avec espoir prendre la direction du panneau de porte menant à la réserve, il voyait là l'échappatoire rêvée leur tendre les bras.
Rogue leur faisait maintenant dos, la main sur la poignée de la réserve. Tout doucement, le Gryffondor attrapa le coude d'Ophélie, puis, resserra sa prise sur la main de Jessica. Rogue pénétrait maintenant dans la pièce, plus que quelques secondes et il serait totalement hors de vue. Mais James ne prit pas la peine d'attendre que l'homme se soit entièrement engouffré dans la salle pour traîner rapidement ses deux amies hors du cachot.
Bien sûr, il le savait, lorsque la porte s'ouvrirait, Rogue serait alerté de leur présence, et en effet le grincement des gonds ne manqua pas de faire rappliquer le maître des potions, qui tomba sur le battant de bois grand ouvert de son office. Lorsque Rogue mit le pied hors de la salle, il eut à peine le temps de voir disparaître une longue traînée de cheveux roux au détour du couloir menant aux escaliers principaux. Fou de rage, il se mit à poursuivre les intrus.
Un peu plus loin James, Jessica et Ophélie couraient à en perdre haleine. La cape ne les recouvraient plus du tout. S'ils croisaient quelqu'un à ce moment, ils auraient de gros problèmes. Mais la peur d'être attrapé par Severus Rogue restait prédominante. Ils atteignirent rapidement le deuxième étage, usant de tous les passages secrets à leur disposition.
Seul problème, Rogue semblait les talonner, au vu des pas résonnant derrière eux. Déterminé à ne pas se faire attraper, James qui menait la course, obliqua soudainement vers la première salle de classe vide qu'il croisa. Il tira sans ménagements les deux réunionnaises à l'intérieur de la pièce et referma aussi sec la porte derrière eux.
Sans perdre de temps en explication, il recouvrit les deux jeunes filles et lui même de la cape et alla se terrer dans un coin, attendant sans bruit l'arrivée du maître des potions. James connaissait assez le vieux Rogue pour dire qu'il ne lâcherait pas l'affaire comme ça. Il avait sûrement entendu la porte claquer et, s'il le fallait, il fouillerait toutes les salles de l'étage. Leurs meilleures armes seraient la patience, mais surtout le calme.
Comme James l'avait prévu, la salle se réouvrit à peine quelques minutes plus tard. Baguette en avant, un Lumos à son bout, Severus Rogue pénétra silencieusement dans la classe désaffectée. Il resta tout d'abord là, dans l'encadrement de la porte, faisant un premier tour d'horizon de sa position, la baguette tendue. Par chance, il se dirigea dans un premier temps dans le coin opposé à celui où se trouvait les trois adolescents. Il remonta progressivement tout le long de la pièce, murmurant des incantations de révélations sur chaque bureaux et chaises qu'il croisait. Lorsqu'il eut fini avec la partie droite, il commença doucement à se diriger vers la gauche, lieu de cache des trois adolescents.
Heureusement pour eux, lorsque Rogue était entré dans la pièce il avait laissé derrière lui la porte grande ouverte. Plaçant leurs pas dans ceux de Rogue, James Jessica et Ophélie descendaient peu à peu jusqu'à la sortie, tandis que le professeur montait vers le fond de la salle. Le Gryffondor mettait son dernier pas hors de la salle, les filles toujours accrochées à lui, lorsque Rogue redescendait lui aussi vers l'entrée.
Le trio eut tout juste le temps de fermer la porte aux nez crochu de leur professeur. Ils la scellèrent d'un « Collaporta ! » avant de fuir à toutes jambes dans les étages supérieurs du château. Derrière eux, Severus Rogue fou furieux, s'acharnait tel un moldu sur la pauvre porte gluée. Lorsqu'ils passèrent le trou de l'entrée du QG, ils crachaient littéralement leurs poumons sur le parquet. Ils jetèrent dans un coin de la salle le sac rempli d'ingrédients, la cape ainsi que la carte avant de s'écrouler sur l'énorme canapé jaune face à leurs amis, stupéfaits de les voir pantelant de la sorte.
- ... Par Merlin ! Qui aurait dit que Servilus était aussi bon coureur ?
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Trois semaines après la course-poursuite avec Rogue, ce fut au tour de Maureen de passer à l'action, et cela se déroulait au beau milieu de la journée. Elle avait l'oeil rivé sur l'énorme horloge qui se trouvait au-dessus de la tête du professeur Chourave. « Encore cinq minutes » pensa-t-elle. Encore cinq minutes et elle devrait entrer en scène. Sa tâche n'était pas bien compliquée, elle avait juste à faire diversion auprès du professeur de botanique, afin de laisser le champ libre aux Maraudeurs, qui devaient s'emparer d'un des pots de Mimbulus Mimbletonia, qui se trouvait dans la réserve personnelle de leur professeur.
Le raclement des chaises de ses camarades se levant autour d'elle la sortirent de sa réflexion. Prenant une grande inspiration, la jeune Poufsouffle, attendit que la serre se vide quelque peu avant de se diriger vers son professeur.
- Que puis-je pour vous miss Doors ? demanda chaleureusement la bonne femme à Maureen quand elle fut à sa hauteur.
Un rapide coup d'oeil dans le dos de son professeur permit à la jeune fille de s'assurer que les Maraudeurs avaient réussi à se glisser sans encombre dans la réserve.
- Voici, professeur, une plante étrange qui m'a été offerte.
Sur ces mots, la jeune fille sortit délicatement de son sac une sorte d'oeuf rose de la taille d'un Niffleur, recouvert de plusieurs pustules jaunes.
- Oh ! s'exclama, le professeur Chourave, un Puffapod. Mais où l'avez-vous déniché ?
- C'est Luna Lovegood, une élève de troisième année de Serdaigle qui me l'a offert ce matin.
Ce qui était totalement faux bien sûr. C'était les Maraudeurs qui le lui avaient donné avant le cours, lui certifiant que ce serait là sa meilleure option pour distraire leur professeur.
- Puis-je ? demanda Chourave.
Mais alors que la Poufsouffle se penchait pour placer l'étrange « oeuf » entre les mains de son professeur, il glissa des siennes et vint finir sa chute à ses pieds. Il explosa alors en un millier de petites fleurs, inondant littéralement la serre. En relevant la tête, Maureen vit que l'air ambiant se gorgeait peu à peu d'une épaisse fumée bleue opaque.
- Malheureuse ! s'exclama la femme effarée. Fuyez !
Sans demander son reste, Maureen sortit de la serre, suivie par son enseignante, oubliant les trois garçons dans la réserve.
- Désolée professeur ! Je suis sincèrement désolée !
Rouge de honte, Maureen se confondait en excuse.
- Ce n'est rien… Ce n'est rien… Mais veillez à manipuler avec plus de précaution les plantes que vous ne connaissez pas.
Et sans laisser le choix à son élève, elle la reconduisit au château.
C'est à bout de souffle que Maureen rejoignit dix minutes plus tard le QG. « Ces satanés Maraudeurs » pesta mentalement la Poufsouffle lorsqu'elle passa le trou de la salle. Elle en avait plus qu'assez d'être le cobaye des farceurs de cette école. À croire qu'elle avait écrit sur le front « Le ridicule : ma passion ». Claquant rageusement le tableau derrière elle, elle abandonna son sac à l'entrée et s'écroula sur le premier pouf disponible. Ce n'est qu'après cinq minutes plongées dans un étrange silence qu'elle sentit peser sur elle le regard perplexe de ses amies.
- Qu'est-ce qui se passe ? Tu nous fais une crise d'identité ?
Ah, le doux son sarcastique de la voix d'Ophélie. Ce n'était certainement pas ça qui allait arranger son humeur.
- Je... trouve ça osé, mais je pense qu'avec le temps on s'habituera, rajouta Julia, un brin hésitante.
Incroyable ! Alors comme ça elle n'avait même plus le droit d'être de mauvaise humeur. Allons bon !
- Ou bien ce sont les jumeaux qui t'ont encore fait une farce ?
Vu le regard furibond que Maureen leur adressait ça aurait pu être le problème.
- N'y aurait-il pas eu un souci durant le cours de botanique ? demanda enfin Estelle.
Maureen était littéralement perdue à ce stade de la conversation. Elle pensait tout d'abord que ses amies la taquinaient sur sa mauvaise humeur, mais plus les questions fusaient et moins ça n'avait de sens. Coupant la parole à Estelle elle demanda.
- Mais enfin, de quoi vous parlez ?
Pour toute réponse, Ophélie lui tendit son petit miroir de poche. Anxieuse, Maureen inspecta son reflet. Tout semblait être en place, un nez, deux yeux, une bouche, aucune verrue ou autres pustules purulentes… alors qu'est-ce qui clochait ?
Estelle attrapa la petite glace des mains de son amie et l'agrandit.
- Par Merlin ! explosa Maureen.
Ses cheveux étaient entièrement bleus. Un bleu frôlant le fluo, un peu à la Marge Simpson. C'était une catastrophe. Et dire qu'elle avait parcouru la moitié de Poudlard avec cette tête. Pire. Dire que le professeur Chourave, sa propre directrice de maison, l'avait laissée se balader avec cette tête. Maureen rabattit rageusement la capuche de sa robe, cherchant désespérément à masquer ce désastre capillaire.
Elle allait tuer ces trois nigauds, ces trois Maraudeurs, emmerdeurs de premières. Pas moyen de laisser ça passer. Ils allaient lui payer cette humiliation.
Lorsque l'on parle du loup. Le tableau s'effaça une nouvelle fois, laissant passer les nouveaux arrivants. Prête à cracher son venin, Maureen sentit sa fureur retomber comme un soufflet quand son regard tomba sur les trois… Schtroumpfs.
En effet, les jeunes hommes étaient aussi bleus que la chevelure de la Poufsouffle. Mais entièrement. Des pieds à la tête. Aucune partie de leurs corps n'avait été épargnée, si ce n'est que le blanc de leurs yeux. Sans pouvoir se retenir, Maureen fut prise d'un fou rire incontrôlable, qui fut bien vite rejoint par ceux de ses amies.
- C'est ça, moquez vous, moquez vous…, soupira James lâchant son sac près de celui de Maureen.
- Pardon, s'excusa Jessica pas le moins du monde désolée. Mais si vous pouviez voir vos têtes….
- On ne ressemblerait pas à des Lutins de Cornouailles géants si Maureen n'avait pas fait exploser ce maudit Puffapod, maugréa Sirius qui s'était installé dans un énorme fauteuil.
- J'aurais plutôt dit Schtroumpfs, pouffa Julia.
- Des quoi ?
- Rien laisse...
- Mais le plus important, coupa Remus, c'est qu'on a réussi à récupérer un pot de Mimbulus Mimbletonia mature et intact.
Sur ces mots il sortit précautionneusement de son sac un petit cactus gris, ayant en guise d'épines des pustules rosées, qui contenaient en leur sein l'ingrédient final nécessaire à leur potion d'Odoraes Animali : l'Empestine.
- Bon je crois qu'on a tout, fit Estelle après avoir posé la petite plante que lui tendait le lycanthrope.
Elle la plaça sur l'étagère près des autres ingrédients qu'ils avaient réussi à amasser tout au long des dernières semaines.
- Je pense que c'est l'ingrédient qu'on a réussi à récupérer avec le plus de facilité ! soupira James qui rejoignait Jessica dans l'immense canapé jaune face à la cheminée.
- En tout cas c'était clairement plus facile que notre soirée dans la réserve de Servilus.
Le jeune homme grimaça au souvenir de leur périple nocturne. Jessica senti un long frisson lui parcourir le dos. Cette nuit-là… pour rien au monde elle ne souhaiterait la revivre.
- J'ai bien cru que Rogue allait nous choper ce soir-là.
James secoua légèrement Jessica, l'empêchant de replonger même en souvenir dans la terreur de cette folle aventure.
- ...Enfin bref ! On a eu chaud aux fesses !
- Oui ! Et il serait temps d'utiliser ces ingrédients pour lesquels nous avons failli risquer nos vies, intervint Ophélie, donc c'est quand tu veux Ju', pour te mettre au travail.
- Quoi ?! Comment ça c'est à moi de faire la potion ?
Julia, qui était assise dans le gros pouf rouge près de la cheminée, était en train de feuilleter l'ouvrage dans lequel ils avaient tiré la potion d'Odoares Animali.
- Regardes toi. Tu as déjà le nez plongé dans la recette, allez ! Hop, hop,hop, intervint Estelle, aux fourneaux mademoiselle.
Sans savoir comment, la jeune Serpentard se retrouva face à un chaudron bouillant, sa baguette dans une main et une livre d'oeufs de Runespoor dans l'autre.
- Hep ! Fait attention à ces oeufs How ! Tu sais toutes les peines du monde que Remus, Maureen et moi avons eu à les récupérer, s'exclama Sirius.
- Tu peux parler Patmol ! Hagrid vous les aurait donnés sur un plateau d'argent si vous les lui aviez demandés. Vous n'aviez vraiment pas besoin d'échafauder cette escapade nocturne la semaine dernière.
- Quoi ? Comment oses tu dire ça Cornedrue ? insinuerais-tu que Rogue soit plus mortellement dangereux qu'une horde de Scroutt à Pétards dans leur période prénuptiale ?
La discussion vira rapidement en un ping-pong à celui qui aura eu la pire soirée entre les deux Maraudeurs. Tout le petit monde fut pris à parti, chacun défendant les épreuves affrontées durant leurs périples.
Seules Estelle et Julia ne participaient pas. En effet pour les deux jeunes filles la « mission récupération » dont elle devait s'occuper avait été bien différente. Alors que le ton montait entre la team Runespoor et la team Veracrasse, les deux sorcières échangèrent un regard entendu : jamais personne ne devait savoir ce qu'elles avaient vécu ce soir-là.
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En effet, il y a trois soirs de cela, alors que la lune brillait haut dans le ciel, les deux adolescentes se trouvaient dans la forêt interdite.
- Rappelle moi déjà pourquoi on fait ça, Estelle ? Et surtout pourquoi on se retrouve comme deux idiotes à déambuler dans la forêt interdite ?
- Le Polygonum Ju', pour le Polygonum. Rappelle-toi, la recette spécifie bien que les pousses de Polygonum doivent être récoltées le troisième soir après une pleine lune.
- Ouais, je sais…
- Et, souligna Estelle, c'était la pleine lune il y a trois jours. Souviens-toi comment Remus est rentré mort de fatigue et couvert de bleus.
- Ouais, le pauvre… Et dire qu'en plus de soutenir Remus, James et Sirius ont réussi à se procurer du Sisymbre, ajouta la Serpentard.
- Donc tu comprends bien que c'est à notre tour de passer à l'action pour une « mission récupération ».
Estelle s'adressait à Julia comme lorsque l'on parle à une enfant de cinq ans à qui on voulait faire comprendre que oui, un plus un était bien égal à deux.
- En plus Ophélie, Maureen et Jessica ont été catégoriques, reprit la Serdaigle. Elle se sont coltinées Rogue et les Scroutts, alors on pourrait très bien gérer une petite balade dans la forêt interdite à nous deux.
- Mais, s'indigna Julia, ça fait des heures qu'on est ici, et on n'a toujours pas trouvé cette maudite clairière aux centaures !
En effet, Estelle et Julia marchaient depuis plus d'une heure dans le dédale des racines de la forêt interdite. Les deux jeunes sorcières avaient été choisies à l'unanimité pour la récolte du Polygonum. Rien de plus simple, avaient assuré les Maraudeurs, se rendre dans la forêt interdite, et cueillir le Polygonum qui se trouveraient dans la clairière aux centaures.
C'est comme ça que la Serdaigle et la Serpentard se retrouvaient en pleine nuit à errer au beau milieu du bois maudit, à la recherche du dit lieu de pousse de Polygonum.
- « Vous verrez, y'a pas plus reconnaissable que la clairière aux centaures ! » qu'ils ont dit, tu parles ! C'est la cinquième qu'on croise et toujours aucune trace de ces satanées pousses de Polygonum, pesta Julia.
- Voyons Ju' ne soit pas aussi pessimiste. Et puis, nous sommes obligées de chercher, la carte du Maraudeur ne s'étend pas à la forêt.
- Mouais, mais je persiste à dire que les Maraudeurs aurait plus vite fait de récupérer la plante à notre place, grâce à leurs animagi ça aurait été un jeu d'enfant !
- Vraiment je ne te comprends pas, souffla Estelle, il y a deux semaines tu enviais Jessica et Ophélie parce qu'elles partaient en mission, et maintenant que c'est notre tour, tu boudes !
- Meuh, ronchonna Julia. Je voulais au moins la cape ! Là y'a rien de palpitant, on a beau être dans la forêt interdite, on n'a même pas croisé une toute petite araignée !
- Raison pour laquelle nous n'avons pas besoin de la cape, éluda Estelle. Et sérieusement, tu voulais croiser des araignées ?! Tu es folle ma fille.
- Ou alors qu'on croise au moins un centaure ou deux, je ne sais pas ! Ils auraient pu nous indiquer comment arriver à leur foutue clairière !
Estelle s'autorisa un léger rire. Julia avait la particularité de voir le sens pratique de toutes choses, même dans les situations les plus inopportunes.
- Arrête avec tes bêtises ! Regarde, en voilà une nouvelle.
- Merci Merlin ! Une sur laquelle on n'est pas déjà tombées, exulta Julia.
Les deux jeunes filles débouchèrent sur une petite zone non boisée de la forêt. Ici aucun arbre n'empêchait les rayons lunaires d'arriver jusqu'au sol. C'était comme un puits de lumière dans la masse forestière qu'était la forêt interdite. Plusieurs bosquets étaient disséminés, épars au travers du petit pré. Certains étaient fruitiers, d'autres de simples arbustes. Mais l'un d'eux attira particulièrement l'attention des deux sorcières. C'était un énorme buisson vert. Aux premiers abords, il pouvait paraître tout à fait banal, mais c'était ses fleurs qui avaient attiré le regard des deux jeunes filles : plusieurs petits cônes, semblables à des épis de blé de couleur rose.
- Bingo ! s'écria Julia, se ruant sur le fourré. On a enfin réussi à trouver du Polygonum !
Avec plus de retenue, Estelle rejoignit son amie, s'agenouilla face au bosquet et entreprit de cueillir l'équivalent de deux bottes de Polygonum.
Une fois le travail accompli, les deux jeunes filles rebroussèrent chemin. Elles quittèrent le petit pré, espérant retrouver avec facilité la sortie du bois.
- Tout de même, s'exclama Julia. Si on réussit à devenir des animagi on pourrait réellement avoir nos chances pour contrecarrer les plans de Barty Croupton Junior !
- Surtout qu'après tous ces échecs ça serait génial de voir un de nos plans réussir, soupira Estelle.
- Tu crois vraiment qu'il lui ressemble ?
- De qui tu parles ?
- De Barty Croupton Junior. Tu crois qu'il a la même tête que David Tennant ?
- Je ne sais pas. Mais j'espère que non, ça me briserait le coeur de savoir que cet homme abominable soit le sosie du dixième Docteur.
- Je suis d'accord avec toi, ça serait horrible, s'épouvanta Julia.
Elles continuèrent leur marche plusieurs minutes durant, débattant toujours sur l'atrocité d'une possible ressemblance entre le fils de Barty Croupton et John Smith, alias Ten, personnage emblématique de la série anglaise Doctor Who. Mais c'est alors que Estelle s'arrêta brusquement, les yeux ronds, la bouche ouverte.
- Non d'une chouette, s'exclama-t-elle. On est en ce moment même dans l'univers magique de Harry Potter, qu'est-ce qui nous dit qu'un monde basé sur l'univers de Doctor Who n'existe pas lui aussi ?
Julia explosa de rire face à la théorie plus que saugrenue que son amie venait d'émettre.
- Donc, reprit Estelle vexée. Pour toi, un monde magique, caché à toute une population moldue, avec en plus un potentiel mage noir qui revient au pouvoir, et de surcroît qui veut asservir le peuple sorcier c'est crédible. Mais par contre un extraterrestre qui peut tromper la mort en changeant d'identité physique et qui voyage dans l'espace et le temps à bord d'une cabine de police ça te parait insensé ?
Estelle était maintenant en colère. Alors qu'elle venait de finir son laïus, elle constata un cruel manque de réaction de la part de son amie. En effet, Julia, le regard ahuri, avait les yeux fixés sur un point derrière son amie. Sans un mot elle pointa la direction du doigt. Son corps, lui, semblait s'être pétrifiée. Elle n'osait pas croire ce qu'elle voyait.
Agacée par l'attitude de la Serpentard, Estelle fit volte-face, prête enguirlander son amie si cette dernière jouait la comédie juste pour se moquer encore une fois d'elle.
Stupéfaite, Estelle tomba alors sur un tableau auquel elle ne s'attendait vraiment pas. Aucune araignée géante, ou licorne galopante ne pourrait être aussi incroyable que le trésor qu'elle avait sous les yeux.
Entre les arbres de la forêt se dressait majestueusement une cabine de police, d'un bleu caractéristique. A son sommet sa lanterne clignotait, tel un phare dans la pénombre du sous-bois. Le « doux » son propre au TARDIS se fit alors entendre, et les deux jeunes réunionnaises eurent le souffle coupé. Un mystérieux brouillard provenant d'on ne savait où s'était levé, augmentant le côté sibyllin de la scène qui se déroulait sous leurs yeux ébahis. Sans y croire les jeunes filles avancèrent à petits pas vers la grosse boîte bleue. Elles en firent plusieurs fois le tour, tâtant et palpant allègrement le bois de cabine.
Elles avaient peine à croire que le TARDIS se trouvaient là sous leurs yeux. Elles en parlaient, à peine cinq minutes avant, et comme par magie le voilà apparaissant au détour d'un arbre.
- Tu crois que la forêt nous joue des tours ? questionna Julia. J'veux dire, ça ne te parait pas bizarre, alors même qu'on en parlait, ce TARDIS sort de nulle part et nous tombe sous le nez.
- Je ne crois pas. Regarde, le bois me parait trop abimé. Ça doit faire un bout de temps qu'il est ici.
- Mais comment ?! Tu penses réellement que dans ce monde l'univers de Doctor Who existe lui aussi ? demanda Julia incrédule.
- Franchement imagine toutes les possibilités et solutions qui s'offre à nous. Si ce TARDIS fonctionne vraiment, reprit Estelle, tous nos problèmes seront réglés en un claquement de doigt !
La Serdaigle n'en doutait plus. Pour elle, ce TARDIS était la preuve tangible de l'existence d'un Docteur dans ce monde. Et si Docteur il y avait, il n'y avait qu'un endroit pour le trouver.
- Estelle, réfléchit un instant, tempéra Julia. Si vraiment l'univers de Doctor Who s'avère appartenir lui aussi à ce monde, tu crois pas que…
Mais la jeune fille n'eut même pas le temps de finir sa phrase. Un hurlement tonitruant se fit entendre. Faisant volteface Estelle et Julia virent apparaître, six mètres en face d'elles, une forme humanoïde proche des deux mètres de haut dans une tenue d'astronaute, dont la tête était celle d'un rhinocéros. En main il tenait un énorme blaster rouge, pistolet laser spécifique de la race des Judoon, créature issue de l'univers de Doctor Who.
- Oh. Mon. Dieu. C'est quoi ce délire ? s'affola Julia.
- C'est pas vrai ! J'avais raison, s'écria Estelle. Doctor Who existe réellement dans ce monde !
La jeune fille était extatique. C'était incroyable ! En plus du TARDIS voilà qu'un Judoon s'ajouter à la liste. Si là, Julia ne voulait pas la croire, elle ne pouvait plus rien pour son amie.
- Bon, c'est bon, j'ai compris, capitula la Serpentard. Doctor Who existe pour de vrai, c'est super, c'est génial… Mais on fait quoi pour rhino-extraterrestre qui nous fonce dessus ?
Effectivement, dans l'euphorie de sa petite victoire, Estelle n'avait pas remarqué que l'extraterrestre avait adopté une position d'attaque, chargeant maintenant les deux jeunes filles. Agrippant le bras de son amie, Estelle se mit à courir vers les portes du TARDIS, qu'elle ouvrit à la volée. Immédiatement elles furent éblouies par un grand flash lumineux. Elles eurent à peine le temps d'apercevoir une main tendue, que l'insoutenable clarté fut remplacé par le noir total.
Estelle se réveilla en sursaut. S'attendant à se trouver dans son dortoir, elle fut complètement désorientée lorsque son regard tomba sur le sol de la forêt interdite. Allongée près d'elle et toujours endormie se trouvait Julia. Calée entre deux racines, la Serpentard émettait de petits ronflements. Elles avaient dû s'assoupir un long moment car déjà le soleil pointait à l'horizon.
C'est alors que toute la soirée lui revint en tête. Estelle se remémora toutes les péripéties qu'elles avaient traversé. La clairière aux centaures, l'apparition du TARDIS, le Judoon qui était apparu… Tout ça lui avait semblé si réel.
Doucement la Serdaigle se leva et entreprit de réveiller son amie. Une fois fait, elles retournèrent au château, se promettant de ne jamais faire allusion à ce qui c'était passé la nuit dernière, trop honteuses et ne comprenant pas comment une telle chose avait pu se produire. Lorsqu'elles rejoignirent leurs amis au QG ce matin-là les questions jaillirent, mais les deux sorcières se gardèrent bien de leur raconter la vérité. A la place, elles baragouinèrent une histoire farfelue sur une meute de Cynospectre.
Ce n'est que bien plus tard que les deux jeunes filles comprirent ce qu'il leur était arrivé. En relisant la recette d'Odoares Animali, elles découvrirent que la récolte de Polygonum devait être faite à l'aide d'une lame d'argent. En effet, le métal en contact avec la sève de la plante, serrait inhibiteur aux effets hallucinatoires de celle-ci. Leur simple cueillette à l'arrachée avait été l'élément déclencheur de leur soirée fantasmagorique.
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- Hep Julia, arrêtes de rêvasser, remets-toi au travail, la charia Sirius.
- Et si vous m'aidiez plutôt que de me regarder faire tout le boulot, argua la petite Serpentard.
C'est ainsi que, guidés par Julia, les adolescents prirent près de deux heures à préparer la potion. Lorsqu'elle ajouta les deux dernières mesures de Sisymbre dans le chaudron, ils savaient qu'ils n'avaient plus qu'à faire chauffer la mixture pendant trente petites secondes avant la fin. Malheureusement pour eux, Julia leur annonça en éteignant le feu que ce n'était là que la première partie de la potion. Ils devaient poursuivre leur oeuvre dans une semaine, le temps que le mélange repose.
Ainsi, le premier jour des vacances de Pâques, après que la majeure partie des élèves de Poudlard soient rentrés chez eux, les Maraudeurs et les françaises se retrouvèrent dans leur QG pour la suite de la préparation.
Après avoir ajouté deux des trois ingrédients restants et fait chauffer pendant le temps indiqué, ils retinrent leur souffle tandis que Julia se dressait devant le chaudron, baguette en main.
- Odoraes Humaneas Animali, s'exclama-t-elle solennellement.
Le grisâtre de la potion devint aussi clair et limpide que l'eau d'une Pensine. Il fallait maintenant laisser bouillir le breuvage pendant très exactement mille dix-sept minutes.
C'est ainsi que dix-sept heures trente plus tard, elle ajouta enfin le dernier ingrédient : l'Empestine. Elle en versa cinq gouttes, et tourna le mélange trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre.
- C'est prêt, à la soupe ! dit-elle en versant le mélange dans cinq fioles qu'elle distribua aux réunionnaises, en gardant une pour elle-même.
Tous poussèrent un soupir de contentement, ils pouvaient maintenant entrer dans le vif du sujet : la transformation. Les Maraudeurs emmenèrent donc les jeunes filles à l'abri des regards, dans une clairière au creux de la forêt interdite. James leur rappela que la potion ne permettait que d'augmenter leurs phéromones, et autres bagatelles théoriques qu'elles savaient déjà par coeur. Les jeunes filles coupèrent le débit de science inutile de James en buvant la potion, et prirent place dans l'herbe fraîche pour se concentrer.
Jessica, qui avait préparé cela avec ses amies des mois durant à l'aide d'ouvrages, se plongea dans une méditation. Après tout, cette étape était la clé du succès de la transformation en animagus. Elle ferma les yeux et expira doucement, pour inspirer une nouvelle bouffée d'air frais. L'oxygène entra dans ses poumons et elle eut l'impression que son sang se renouvela. Elle écouta les bruits autour d'elle : le vent glissant sur les feuilles des arbres, le grésillement des ailes des insectes, le murmure lointain des créatures de la forêt interdite. Elle se laissa imprégner des odeurs qui l'entourait, laissant la nature prendre le pas sur son humanité. Elle tenta d'ignorer son estomac qui grondait, et se concentra sur l'odeur de l'herbe fraîchement coupée qui aguichait ses narines.
Elle resta là, à se concentrer sur ce qui l'entourait, mais aussi sur elle-même. Elle devait prendre conscience de son Soi, et de sa nature, afin de laisser l'animal qui était en elle ressortir. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle était là, mais cela lui semblait être une éternité, et toujours rien ne se passait.
Au bout d'un moment, elle se lassa. Cela faisait trop longtemps qu'elle était là à son goût. Elle commençait à avoir froid, elle était inconfortablement installée, et les bruits autour d'elle étaient perturbants. Et puis, elle commençait à fatiguer. Elle avait envie de se reposer, et avait l'impression que la méditation avait usé toutes ses forces. Lentement, elle tomba d'épuisement, et avant qu'elle ne s'en rende compte, le sol vint trouver sa joue droite.
Jessica se réveilla en sursaut. Elle s'était réellement endormie et ne pouvait à l'évidence pas tenir la position assise. Ce fut un James surpris qui vint l'aider à se relever tandis qu'elle regardait autour d'elle, cherchant ses amies, mais certaines manquaient à l'appel. Elle n'eut pas de temps de poser de questions que déjà Sirius se moquait d'elle.
- Putain meuf, tu commençais à te transformer ! Pourquoi t'es tombée ?
- Je… je me suis endormie.
Le jeune Black jeta sa tête en arrière pour exploser de rire.
- Y'en a qui essaient de se concentrer là, râla Ophélie.
Maureen émit une sorte de grognement, signifiant son accord avec la Serpentard. Jessica demanda tout de même.
- Où sont Estelle et Julia?
- Parties gambader dans la forêt, chuchota James. Remus les surveille.
Jessica déplia les jambes, et s'installa plus confortablement.
- Tu peux t'allonger si tu veux, sourit James, ça t'évitera de tomber.
Elle suivit son conseil, et ferma à nouveau les yeux. Cette fois ci, les brins d'herbe lui chatouillaient les bras, mais cela ne la dérangeait pas le moins du monde, au contraire.
Elle eut l'impression d'entrer plus facilement dans l'état second dans lequel elle était quelques instants plus tôt. Bien vite, son esprit se vida, et elle se sentit sombrer. Ses paupières étaient lourdes, et son corps lui sembla peser des tonnes. Lentement, elle se mit à rêver d'une lente promenade parmi les feuillages. D'une errance tranquille dans la forêt sombre, où les bruits étaient maîtres, et où les odeurs étaient reines.
Une brindille craqua à quelques mètres à sa gauche, et elle tourna la tête pour en connaître l'origine. Derrière un buisson, deux grands yeux ambrés la fixaient. L'animal se détourna d'elle pour s'éloigner, et Jessica sut immédiatement par son attitude qu'il s'agissait là de Julia, dont la queue longue et duveteuse flottait derrière son passage. Au dessus d'elle, un aigle décolla et partit en direction de l'ouest, où le soleil commençait à se coucher.
Une autre brindille craqua, mais cette fois ci c'était la faute de Jessica. Elle regarda ses lourdes pattes, et regretta de ne pas pouvoir être aussi discrète que Julia. Elle décida donc d'arrêter sa procession dans la forêt interdite, et retourna vers un arbre en bord de clairière pour se lover à ses racines, et enfin s'endormir réellement. Et tandis qu'elle sombrait dans les bras de Morphée, Estelle en émergeait.
La Serdaigle ouvrit les yeux et découvrit avec surprise qu'elle était dans les bras de Remus. Voyant qu'elle était éveillée, il lui adressa un sourire dans la pénombre. Il finissait de monter des escaliers, et une fois arrivée au sommet, il la posa délicatement sur un matelas poussiéreux sur lequel une Julia éreintée se reposait déjà.
Estelle fut impressionnée de l'aisance qu'avait le garçon à la soulever, mais ne s'en étonna pas. Elle savait d'où il tirait sa force, d'autant plus lorsqu'on voyait les cicatrices qui barraient son visage. L'une d'elles finissait juste en dessous de son oeil droit, doré. Voyant qu'elle le fixait, Remus adressa un nouveau sourire à la jeune fille, qui détourna rapidement du regard.
Elle avisa la pièce dans laquelle elle se trouvait, et en vint rapidement à la conclusion qu'elle se trouvait dans la Cabane Hurlante, maison la plus hantée de Grande-Bretagne selon les croyances locales. Il était certainement plus pratique de les faire se reposer là plutôt que dans la forêt, d'autant plus qu'il faisait nuit noire dehors, et que le vent semblait vouloir faire tomber les chênes les plus résistants.
- Comment tu te sens ? demanda Remus d'une voix douce.
Estelle le regarda quelques instants pour réfléchir avant de lui répondre.
- Étrange.
Il lui adressa une nouvelle fois un sourire tendre.
- Reposes-toi, tu en as bien besoin. Vous avez erré plus d'un jour et demi dans la nature. Je serai là quand tu te réveilleras.
Il n'eut pas besoin d'en dire plus. Les paupières d'Estelle tombaient déjà sur ses yeux. Lorsqu'elle se réveilla à nouveau, elle trouva, comme annoncé, Remus en face d'elle. Il discutait avec animation avec Julia et James. Elle voulut se lever pour les rejoindre, mais ses amis l'avertirent de faire attention. En effet, sur le sol au pied du lit, Ophélie semblait plongée dans un sommeil profond. Estelle s'empêcha de ricaner : Ophélie, dormir par terre, ça allait barder au réveil. Elle enjamba la Serpentard et alla s'asseoir à côté de Julia.
- Non c'est vrai, vous êtes des sorcières très douées, disait James.
- Vous avez réussi à vous transformer complètement ! Et ce, en moins d'une journée, ajouta Remus.
- Alors que Maureen, s'est trimbalée trois heures avec uniquement le bas du corps métamorphosé, informa Julia à Estelle.
- Elle est où ? demanda la Serdaigle.
- Encore dans la forêt, elle et Sirius gardent un oeil sur Jess, répondit James.
- D'ailleurs, on a rendez-vous à la clairière. On devrait y aller, réfléchit Remus.
Un léger silence suivit cette déclaration.
- Qui se charge de réveiller Ophélie ?
Ce fut Julia qui consentit à la tâche.
- Allez Grint, debout ! s'exclama-t-elle en la secouant, on doit y aller.
- Tss, fit la concernée avant de remarquer où elle avait dormi. Oté, à cause mi dort à terre là ?!
- On doit retrouver les autres à la clairière, bouge, élucida Julia.
Semblant vouloir tirer la gueule, Ophélie décida de s'allonger dans le lit, dos à ses camarades, prête à s'endormir.
- Sérieusement, soit tu viens avec nous, soit on t'abandonne là, Oph', souffla Julia.
La concernée pesta un instant avant de bouger enfin. Son corps ondula lentement, et elle se mit à glisser vers le bord du lit. Quand elle atteint le sol, elle n'avait déjà plus son apparence habituelle. A la place d'une Ophélie mal réveillée, se dressait un python géant, noir et fier.
- Frimeuse ! lança James.
Le python siffla dans sa direction, et se dirigea vers les escaliers. Les quatre autres adolescents prirent sa suite, et quelques minutes plus tard ils se trouvaient en plein air, sous le Saule cogneur, sortie du passage secret menant à la Cabane hurlante. Le serpent continua sa procession au travers des arbres pour rejoindre le point de rendez-vous.
Estelle s'élança en avant en étendant les bras, et ses ailes se déplièrent. En un instant, elle se trouva changée en un aigle royal, volant au dessus de la forêt. Ses ailes frémirent sous le vent tandis que son ombre majestueuse traversait la cime des arbres. D'ici, elle apercevait la clairière où les autres les attendaient déjà.
En dessous d'elle, Julia suivit l'exemple de ses amies et tomba à genoux. Elle prit l'apparence d'un renard charbonneux dont les yeux dorés perçaient au travers de la faune dans laquelle elle disparut. Le bout blanc de sa queue était la seule chose encore visible alors qu'elle s'enfonçait dans la forêt.
Estelle fut surprise du fait que James ne se transformes pas en sa forme animale, à savoir un cerf. Peut-être était-ce par solidarité avec Remus, qui n'était pas un animagus, ou simplement parce qu'il ne voulait pas révéler qu'il en était un. En effet, si les Maraudeurs avaient aidé les françaises à faire la potion et accomplir le rituel, ils ne leur avaient jamais spécifié qu'ils étaient eux même des animagi, et les raisons qui les ont amenés à en devenir. Ils leur avaient déjà dévoilé deux de leurs secrets, c'est-à-dire la carte et la cape. Dévoiler celui-ci serait un abus de confiance lorsqu'on sait le nombre de secrets que les réunionnaises se gardaient de dire.
Estelle prit donc la direction de la clairière, tandis que les garçons marchaient au travers des bois. La moitié du groupe déjà était là. James et Remus arrivaient, ils étaient non loin, à l'ombre des arbres. Mais Jessica et Maureen manquaient à l'appel. En réalité la Poufsouffle marchait aux côtés des deux Maraudeurs, dans l'ombre de la forêt, et les écoutaient.
- Elles doivent sérieusement être des sorcières puissantes, disait James. Quand je vois qu'il nous a fallu plus de deux semaines pour arriver à ne serait-ce qu'un début de transformation ! Et elles, hop ! En deux-trois jours c'est bouclé, ou presque.
- Quand on y pense, elles ont dû rattraper tous les cours qu'on avait eu à Poudlard, réfléchissait Remus. Je veux bien qu'on n'ait pas la même culture, et que pour elles, être animagi est important, mais tu ne trouves pas ça bizarre qu'elles ne savent pas faire léviter un objet, ou même faire la vaisselle avec une baguette magique !
- C'est vrai, mais à côté elles ont plein de connaissances particulières, par exem…
- Tais-toi, le coupa le lycanthrope, nous arrivons, et elles nous voient.
James sourit l'air de rien et pénétra dans la clairière en regardant vers le ciel, comme à la recherche de quelque chose.
- Ben alors, où est mon petit rossignol ? demanda-t-il en référence à Jessica.
- Je doutes fort que son animagus soit un rossignol, rit Estelle.
- C'est loin, trèèès loin d'être un rossignol, se moqua Julia.
Un bruit dans son dos fit se retourner James, et il découvrit un loup avancer à pas feutrés vers lui. Malgré son pelage sombre, l'animal ne semblait pas menaçant, et ses reflets rouges firent espérer au brun à lunettes qu'il s'agissait là de Jessica. Le loup fit quelques pas en avant en se dressant sur ses pattes arrière et il commença à se transformer. Un instant plus tard, Maureen apparut partiellement, mais elle se retransforma bien vite en son animagi. Elle réitéra son essai mais ce ne fut qu'au bout du troisième que la Poufsouffle parvint à retrouver intégralement sa forme humaine.
- Vous avez encore besoin d'entraînement pour arriver à vous transformer sans difficulté, dit Sirius, ou même juste ne faire qu'un avec votre animagus.
- Ouais, mais on a le temps pour ça, lâcha Ophélie.
- Où est Jess ? demanda soudain Estelle.
Tout le monde regardait autour de la clairière à la recherche de la rousse, tandis que Sirius semblait s'étouffer dans une crise de rires.
- Jess ! cria James pour l'appeler.
- Je suis là, fit une voix.
La Serdaigle émergea de la forêt, couverte de poussière et de brindilles, les cheveux dans un désordre inhabituel. Julia et Maureen commencèrent à joindre le jeune Black dans son fou rire.
- Rho, ça va hein ! râla la rousse.
- Quoi ? demanda James.
- Qu'est-ce qui se passe ? ajouta Remus.
Aucun des trois ne réussirent à reprendre le souffle suffisamment longtemps pour leur répondre, si bien que ce fut Jessica qui dut leur expliquer.
- Mon animagus, dit-elle en boudant ceux qui se moquaient d'elle.
- Mais qu'est-ce que c'est ?
- Montres nous !
- S'il-te-plaiiit.
Le rouge monta aux joues de Jessica. Elle ne pouvait pas avoir un animagus classe, comme celui de Maureen ou de James ? Pourquoi fallait-il qu'elle sorte toujours des sentiers battus ? Mais ses amis l'entouraient maintenant, la pressant à se transformer pour dévoiler ce qui faisait plier de rire certains.
Elle jeta un regard plein d'espoir à Estelle, puis à James, dans l'espoir que l'un d'entre eux vienne à sa rescousse, mais elle devait se résigner : il fallait bien un jour leur montrer la vérité. Aussi, elle demanda à ses amis de lui laisser de la place, et elle se transforma. Elle prit son temps – n'étant de toute façon pas suffisamment expérimentée pour se métamorphoser plus vite – et elle vit les regards de ses amis changer au fur et à mesure que sa forme animale apparaissait.
Elle retint sa respiration un instant, espérant qu'ils aient une réaction plus retenue que Maureen, Julia et Sirius, qui riaient de plus belle dans leur coin. Une demi-seconde, elle crut qu'ils allaient rester sérieux, puis ils explosèrent à leur tour de rire, laissant Jessica dans sa honte.
- Ca ne pouvait pas mieux coller au personnage, fit James entre deux éclats.
Et Jessica reprit sa forme humaine pour se joindre au fou rire général.
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