Bonne lecture !

DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.


La triste réalité

Vagabonde

Mon deuil durait depuis déjà trois jours.

Mélanie n'était plus repassée me voir et cela me convenait parfaitement. Je ne voulais même plus penser à elle.

Ce n'était qu'un monstre, une vipère, une sale menteuse qui m'avait enlevée dans le seul espoir de m'amadouer, d'obtenir de moi des informations pour aider les siens. Notre amitié n'était qu'un mensonge, un leurre. Les humains étaient doués pour mentir, mais Mélanie les battait haut la main ! Si l'occupation n'avait pas eu lieu, je suis sûre qu'elle aurait fini par obtenir une carrière d'actrice et décroché un Oscar.

Jared avait tenté une seule et unique fois de me parler, peu avant l'arrivée de Mélanie, mais il avait vite compris que je ne voulais voir personne.

Le seul qui refusait de me lâcher était Ian. Le premier jour, lorsque j'avais cédé à la fatigue et m'étais endormie, je m'étais réveillée avec la tête sur ses cuisses. Je m'étais aussi écartée en criant, et depuis il respectait toujours une distance entre nous.

Mais il n'abandonnait jamais l'espoir de me faire manger. Il avait tenté de s'excuser, me dire qu'il aurait dû empêcher tout ça, mais rien ne pourrait me convaincre que notre relation serait comme avant. Elle ne pouvait tout simplement pas avoir lieu !

Penser que j'avais embrassé ce monstre, que j'avais laissé ses mains caresser mon cou, mes bras, mon dos… Rien que d'y repenser, je frémissais de dégoût. Et pourtant, quand il s'en allait pour aller chercher à manger ou autre chose, je sentais toujours une douleur à la poitrine, et du chagrin mentalement. Ce n'était pas normal ! Comment pouvais-je aimer un de ces barbares ? Il avait essayé de me tuer, bon sang ! Mélanie avait raison sur un point : je n'aurais jamais dû baisser ma garde et le laisser se rapprocher de moi.

Alors pourquoi est-ce que je souffre quand il s'éloigne ? Pourquoi suis-je à la fois contente et furieuse quand il revient ?

Ce maudit corps que j'occupais me faisait horreur, aussi. Les cicatrices dans le dos étaient ignobles, elles étaient la marque de la sauvagerie humaine dans toute son horreur. Mais la fille dont j'avais pris le corps devait avoir été horrible aussi de son vivant. Je me rappelais la haine qu'elle éprouvait envers les miens dans mes rêves. C'était un monstre. J'étais piégée au milieu des monstres et je sombrais dans un désespoir sans nom.

Finalement, Jeb se manifesta. C'était inévitable. Il était si malin et têtu !

Pour la première fois depuis mon arrivée ici, il m'avait parlé comme un humain parle à une âme. Pas de politesse, pas d'insinuation, juste son point de vue, franc et direct. J'avais la sensation que la distinction avait toujours été évidente pour lui, qu'il la dissimulait par pure courtoisie.

Et il avait raison, même si je détestais l'admettre : l'humanité était presque éteinte, mais les derniers survivants se battaient pour ramener les leurs.

Les paroles de Mélanie revinrent me hanter malgré moi.

« C'est vous qui avez commencé, en nous effaçant ! À cause des tiens, j'ai perdu mon père, ma mère, j'ai perdu toute ma vie ! »

Alors, pourquoi n'avait-elle pas pris ma vie quand elle s'était réveillée chez moi, à Chicago ? C'était une humaine, elle n'avait pas de problème avec l'idée de mentir, frapper ou tuer ! Pourquoi avoir retenu ses coups ? Pour m'attirer ici, évidemment…

L'image des miens, morts à l'infirmerie, me revint avec précision, me faisant frissonner de dégoût.

« Je sais à quoi tu penses », dit le patriarche. « Cela me rend malade aussi. Doc n'en peut plus. Chaque fois qu'il croit réussir, c'est une boucherie. Il a beau prendre le problème dans tous les sens, chaque tentative se solde par un carnage. Les âmes sont insensibles à nos sédatifs comme à nos poisons. »

« Évidemment ! Notre métabolisme est totalement différent du vôtre », dis-je d'une voix chevrotante d'horreur.

« Une fois, l'un des tiens a semblé comprendre ce qui se passait. Avant que Doc ait eu le temps d'endormir l'humain, le machin lui a déchiré le cerveau de l'intérieur. Bien sûr, on ne l'a sur que lorsque Doc l'a ouvert. De l'extérieur, le gars avait simplement paru tomber dans les pommes. »

Un geste courageux, je devais le reconnaître. Cela m'impressionnait. Cette âme avait du cran. Je ne pense pas que j'aurais osé en arriver là, même quand Kyle m'avait coincée avec Ian dans les couloirs, juste après avoir arraché mes lunettes de soleil.

De tous les scénarios possibles, je n'aurais jamais imaginé que les humains charcuteraient les gens pour tenter d'obtenir des réponses. Et dire qu'ils le faisaient régulièrement !

« Jeb, nous sommes des créatures de taille relativement modeste ; nous dépendons entièrement de nos hôtes. Nous n'aurions pas survécu aussi longtemps sans un système de défense efficace. »

« Je ne vous nie pas le droit d'avoir ces défenses. Je te dis simplement que nous allons continuer le combat, chaque fois que nous en aurons l'occasion. Nous ne voulons faire de mal à personne. Mais c'est le prix à payer. Car la lutte n'a pas de fin. »

Je le regardai un instant en silence.

« Alors, pourquoi ne demandes-tu pas à Doc de me couper en rondelles ? Et pourquoi Mélanie s'est donné tant de mal à me garder en vie, pendant tout ce temps, si ce n'est pour ça ? À quoi d'autre puis-je bien vous être utile ? »

« Allons, Gaby. Ne sois pas ridicule. Les humains ne sont pas aussi logiques que ça. Nous avons une palette de nuances bien plus riche que vous entre le bien et le mal. En particulier vers le mal. »

J'acquiesçai d'un air sardonique, tandis que Jeb poursuivit.

« Nous mettons l'individu au premier plan. C'est sans doute déplacé, si on raisonne froidement. Combien de personnes Paige, par exemple, serait-elle prête à sacrifier pour sauver la vie d'Andy ? Ça n'a aucun sens si on considère que tous les humains sont égaux. Il se trouve que tu es appréciée ici, en tant qu'individu. Certes, c'est tout aussi idiot du point de vue général de l'humanité. Mais des gens ici te feraient passer avant nombre d'humains. Et je fais partie de ce groupe, je le reconnais. Je te considère comme une amie, Gaby. Bien entendu, ça ne peut pas marcher si tu me hais. »

Et ça ne pourrait plus jamais marcher avec Mélanie, puisqu'à présent elle me haïssait. Nous avions peut-être été amies de son point de vue si complexe, j'avais peut-être été une sorte de sœur pour elle pendant un temps, mais maintenant, c'était fini.

« Je ne te hais pas, Jeb, mais… »

« Mais ? »

« Mais je ne vois pas comment je peux encore vivre ici en savant que vous massacrez les miens dans la pièce à côté. Et, à l'évidence, je ne peux pas partir non plus. Tu vois le problème se profiler ? Quel choix vous reste-t-il sinon de m'offrir au bistouri de Doc ? »

« C'est un argument imparable. Nous ne pouvons te demander de vivre avec nous dans ces conditions. »

« Si j'ai le choix, je préférerais que tu me tires une balle dans la tête. »

Comme ça, ce serait la fin du problème. Mélanie n'aurait plus à se charger de moi. Elle pourrait facilement m'oublier, j'en étais sûre.

Je clignai des yeux de surprise en voyant Jeb éclater de rire.

« Oh, comme tu y vas ! Personne ne tire sur ses amis, ni ne les découpe en morceaux. Je sais que tu ne mens pas, Gaby. Si tu dis que nous n'y arriverons pas de cette façon, nous allons revoir notre stratégie. Je vais dire aux gars d'arrêter de ramener des âmes ici pour le moment. De toute façon, Doc est à bout. Il ne pourra pas supporter d'autres échecs. »

« Mais toi, tu peux me mentir. Et je n'y verrai que du feu. »

« Tu dois me faire confiance. Parce que je ne te tirerai pas une balle dans la tête ni ne te laisserai mourir de faim. Alors, mange, fillette. C'est un ordre. »

Je le regardai me mettre dans la main une tranche de pain de maïs au miel. Elle se brisa en morceaux dans ma paume, mais je refusai de me pencher pour lécher le miel.

« Je n'ai pas faim. »

Il soupira.

« Gaby… »

« Ça ne sert à rien, Jeb ! Je… je n'ai pas envie de manger. Je ne veux pas bouger d'ici. Je n'ai pas envie d'aller mieux. »

« Pourquoi ? »

Il inclina la tête sur le côté.

« Il y a autre chose ? »

« Mélanie est furieuse contre moi. »

Il émit un autre soupir.

« Elle a besoin de temps, tout comme toi. Et puis… il y a autre chose. »

Je le regardai sans comprendre.

« Elle souffre de ce qui s'est passé, elle aussi. Tu ne me crois peut-être pas, mais tu es une vraie amie pour elle. Une sœur. »

Je ne pus réprimer une moue sarcastique. Nous n'étions pas et ne serions jamais sœurs ! Nous étions aussi différentes que le jour et la nuit. Elle était violente, hypocrite et extravertie à l'excès, tout le contraire de moi qui avais horreur du sang et de la brutalité, qui ne savais pas mentir et osais à peine me manifester en présence d'autres personnes.

« Elle tient à toi, Gaby. Même les humains peuvent avoir de terribles disputes et finir par se rabibocher. Regarde moi et Maggie ! Ou Doc et Sharon. »

Peut-être, mais connaissant le caractère obstiné de Mélanie, je n'imaginais pas la possibilité d'un quelconque rapprochement avant au moins un an !

Fatiguée de discuter avec lui de tout ça, je me penchai pour lécher le miel qui coulait sur ma main.

« Voilà qui est mieux ! On va sortir de cette impasse, fillette. On va trouver une solution. Il faut être positif. »

« Être positif ? »

Je secouai la tête, tant ça me semblait impossible. Il n'y avait que Jeb pour…

Soudain, Ian arriva. Lorsqu'il vit me vit manger, il parut heureux et soulagé. Cela fit naître des remords en moi.

Je tentai de les repousser, mais rien à faire. Mes sentiments pour lui… malgré l'horreur qu'ils m'inspiraient, ils étaient bien réels. En me faisant du mal, Ian avait souffert. Et je n'avais pas voulu faire de mal aux autres, malgré tout.

Sauf que… Non, j'en avais assez ! Tout ça était trop compliqué, trop complexe pour moi qui avais l'habitude de choses plus simples et harmonieuses.

Avec un effort prononcé, je me levai. Ian tendit les mains pour m'aider, mais lorsqu'il me sentit tressaillir, il s'empressa de reculer.

« Gaby… »

Je secouai la tête. Pas maintenant, lui dis-je du regard.

La tartine toujours dans la main, je laissai les deux hommes seuls et traversai lentement le couloir pour retrouver un peu de solitude.

Ce que Jeb disait était juste. La guerre continuait. Et même si j'admettais mon affection pour les gens qui vivaient ici, je ne pouvais pas encore savoir jusqu'où cela allait avec des gens comme Ian ou Mélanie.

Bien sûr que je comprenais la situation. Mais qu'allais-je faire, maintenant ? Reprendre ma vie ici comme si de rien n'était ? Me remettre à travailler dans les champs chaque jour, au milieu de ces gens dont plusieurs avaient kidnappé les miens et attendu avec espoir qu'une de ces séances de boucherie chez Doc leur ramène les leurs ? Pire encore, je ne pouvais pas retourner vivre chez Ian ! Qui sait si, un soir, pris par le désespoir et victime de la pression des autres partisans de la chirurgie, il finirait par me droguer pour m'endormir puis laisserait les autres m'emmener à l'infirmerie et ouvrir le crâne de mon hôte pour tenter de m'en extraire ?

Non !

Je ne pouvais pas continuer comme si de rien n'était ! Je devais affronter la triste réalité.

Des larmes me montèrent aux yeux en réalisant que ce qui me faisait le plus mal dans tout ça, en fait, c'était la trahison de Ian. Il savait ! Il avait toujours su et ne m'avait rien dit. Je ne pouvais plus repenser à un des moments passés avec lui sans les peindre avec les sangs rouge et argent qui souillaient les murs de l'infirmerie.

Fatiguée, je m'adossai au mur et mis le reste de tartine dans ma bouche. J'eus du mal à l'avaler à cause de mes sanglots. Je craignis qu'elle remonte, mais elle tomba lourdement dans mon estomac comme une pierre.

Plongée dans mon chagrin, je sursautai en réalisant qu'un bruit de pas résonnait tout près de moi. Quelqu'un venait dans ma direction et je ne m'en étais pas rendu compte à temps !

Inquiète, j'essayai de distinguer la silhouette de cette personne, mais il faisait trop sombre. Même son bruit de pas ne m'était d'aucune utilité, tant il était fort. Soit c'était un homme costaud comme Jared ou Kyle, soit c'était une personne plus petite qui marchait d'un pas rapide et très énergique !

Je fus tentée de rebrousser chemin, quand le nouvel arrivant m'aperçut. Il fonça vers moi. Effrayée, je fis volte-face pour m'enfuir, quand je sentis une poigne de fer me saisir le poignet puis un mouchoir humide se coller sur mon visage.

Je ne mis que quelques secondes à reconnaître l'odeur du chloroforme avant de sombrer dans l'inconscience.

Cette fois, c'était fini. Quelqu'un avait dû apprendre pour ma crise suite à la découverte des corps à l'infirmerie, et jugé qu'il fallait me faire disparaître. Peut-être ferais-je aussi office de cobaye ? Si c'était le cas, ils me tueraient et mon hôte avec !

Oh non, Jeb… Il serait sans doute furieux en apprenant ça.

Et Ian ! Je n'avais même pas eu le temps de dire au revoir à Ian.

Ce fut ma dernière pensée avant que les ténèbres m'emportent.