Bonsoir !
Nous y voilà. Le fameux chapitre bonus que je vous promets depuis si longtemps ! J'espère qu'il va vous plaire, j'en suis assez fière.
Comme je l'ai dit avant, ce chapitre est celui du lemon, du smut, bref : la scène de sexe. On peut le lire indépendamment de l'histoire principale, comme ça, les gens qui n'aiment pas être obligé.e.s de se farcir du cul dans les fanfics peuvent le zapper sans rien louper de l'intrigue, et inversement, celleux qui viennent pour le lemon : c'est ici qu'il faut venir voir.
Je n'ai pas grand-chose à dire, à part qu'il s'agit d'un chapitre long parce que même si le sujet est le sexe, j'aime bien quand ça raconte quelque chose sur les personnages. Ici, comme son titre l'indique, tout ne va pas être simple du premier coup. Je me permets aussi d'ajouter un petit CW : violences médicales. Rien de bien méchant ou de graphique, c'est juste mentionné. Mais j'avertis. A part ça, ne vous inquiétez pas, rien à signaler ! Tout le monde est consentant.
Maintenant, je vous laisse apprécier. Je stresse un peu, parce que c'est la toute première fois que j'écris une scène de sexe aussi explicite donc ça peut tout aussi bien être un immense échec, on verra bien. Ce chapitre, un bonus pour vous, le baptême du feu pour moi. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions !
Maintenant, enjoy !
Maintenant que le soleil est bel et bien de retour, il tape dur et tout le monde crève de chaud. Heureusement, pour nous comme pour nos geôliers, bosser en plein cagnard : c'est infernal. Alors personne ne bosse le temps que cette période de canicule se calme un peu.
Les couloirs sont plein de mecs qui paressent à l'ombre des murs, en espérant se protéger de la chaleur, sans grand succès. Des trafics tous plus absurdes les uns que les autres voient le jour on se bat pour des ventilateurs, voir même pour des pains de glace. Si le soir permet à l'air de se rafraîchir un peu, on a tout de même l'impression d'étouffer. Surtout dans notre dortoir. Ce n'est que maintenant que je réalise que ce n'est rien de moins qu'un terrarium géant, il y fait aussi chaud que dans un four : les plantes se sont réveillées et fleurissent en nombre, pendant que des animaux rampants et bourdonnants se baladent librement de chambre en chambre. L'humidité ambiante n'arrange rien on a du mal à respirer et les odeurs de terre se joignent aux stridulations des insectes pour nous assommer.
Dans la chambre, nous avons bien sûr essayé d'ouvrir la fenêtre, mais sa taille ridicule ne nous soulage en rien et de toute façon, il fait aussi chaud dehors que dedans. Kid est plus à l'aise que moi, ça se voit : il déambule à moitié nu sans la moindre gêne. Il n'est pas le seul à le faire, mais je ne sais pas pourquoi, la vision de son torse à quelque chose de plus subversif. Peut-être est-ce une fausse impression voyeuriste de ma part, parce qu'il lui manque un avant-bras ? Ou parce que je jalouse la façon qu'il a de se foutre ostensiblement de montrer ses cicatrices ? Ou tout simplement parce que je le trouve bien plus agréable à regarder que la moyenne.
Il est pourtant bien susceptible concernant ceux qui osent faire des commentaires sur son apparence physique lors de ses passages dans les couloirs, mais là, il se fiche totalement d'attirer les regards. Du moins, il se fiche d'attirer le mien. Je ne sens aucune désapprobation quand il remarque enfin que je le reluque depuis dix minutes.
– Tu crèves pas de chaud avec ça ? Me demande-t-il en désignant mon énorme sweat.
– Non, ça va, je lui mens. Je préfère avoir un truc sur le dos, ça ne me dérange pas d'avoir chaud.
Son expression me fait comprendre qu'il n'est pas dupe, heureusement il n'insiste pas. Je n'ai pas envie d'expliquer encore une fois pourquoi je préfère garder mes vêtements. Mais maintenant qu'il m'a fait la remarque, j'ai l'impression que la température vient d'augmenter de dix degrés en une seule seconde. Je peux presque sentir la sueur me couler sur le front. Ca me dégoûte, je déteste quand mes vêtements me collent à la peau et je déteste tout autant être trempé de transpiration. Je crois qu'il est temps pour moi d'aller prendre une douche, ça devrait me rafraîchir un bon coup.
Je me lève de mon lit et me dirige vers l'armoire pour attraper une serviette de bain. En me voyant fouiner dans le linge, Kid me demande :
– Tu vas prendre ta douche ?
– Ouais.
– Attends, je t'accompagne.
– Euh, maintenant ? Je m'étonne.
– Bah ouais, pas demain.
Tiens donc.
Je ne pensais pas qu'il oserait me faire une proposition pareille sur le ton de la conversation. Comme ça, comme si de rien était. J'essaye d'accrocher son regard mais il est occupé à chercher ses propres affaires. Je ne sais pas si son indifférence est feinte ou non, je n'ai pourtant pas rêvé. Il veut venir avec moi prendre une douche. Je ne suis pas spécialiste, mais ça ressemble à une proposition crapuleuse. On sait à quoi mènent les douches à deux.
Mon cerveau se met alors à imaginer Kid nu et trempé juste à côté de moi.
Je me retiens de me pincer très fort pour calmer la fièvre qui monte. Il fait suffisamment chaud et je suis déjà assez troublé comme ça. Entre la météo brûlante et le fait que je me délecte de chaque mouvement de ses muscles et de sa peau depuis une heure, je risque d'avoir du mal à garder mon cerveau irrigué si ça continue.
– Tu sais qu'il va y avoir d'autres gens dans ces douches ?
– Ouais, et alors ?
– Alors ce serait dommage qu'on n'y soit pas seuls.
Qu'est-ce qui me prend de dire un truc pareil ? J'ai du mal à croire que ces mots sont sortis de ma bouche.
Il se tourne lentement vers moi, stupéfait par mon audace. Il a l'habitude que je sois un peu plus discret et farouche. Je ne sais pas si c'est la chaleur ou mes hormones qui me détraquent l'esprit mais il va falloir que j'assume maintenant. En voyant le regard qu'il me lance, j'hésite entre me dégonfler comme un ballon de baudruche ou le provoquer davantage. Evidemment, je ne fais ni l'un ni l'autre et me contente d'attendre sa réaction pour aviser.
– Je rêve où tu viens de me… ? Dit-il, le regard plein de sous-entendus.
Il attend que je lui confirme ce qu'il a parfaitement compris. J'ai beau être excité je suis aussi atrocement gêné. Je n'ai aucune envie de faire une dissertation en trois parties sur le sujet, je veux juste en venir au fait.
– Tu la veux ta douche oui ou non ? Je réponds, peut-être un peu trop agressivement.
Heureusement, il ne s'offusque pas du tout.
– Je crois que oui.
[Ellipse]
Il est aussi emballé que moi à ce qu'il semble : il s'est précipité hors de la chambre et a viré tout le monde de la salle de bain en distribuant des coups de pied au cul. Ce n'était pas très subtil de sa part mais au moins on aura la paix. De mon côté, plus les secondes passent et plus je sens l'excitation monter. Il était temps, je n'en pouvais plus. Je me demande par quel prodige nous ne nous sommes pas encore sauté dessus : nous dormons ensemble dans une chambre minuscule où il fait quarante degrés, c'est un miracle qu'aucun de nous n'ait pas encore tenté que ce soit. Et à ce que je vois, ce n'était pas l'envie qui nous manquait.
J'ai à peine suggéré l'intimité dans la douche qu'il s'y est précipité sans réfléchir. Comme d'habitude, je suppose qu'il attendait que ça vienne de moi avant de se lancer, l'imbécile. S'il avait daigné faire un geste, je ne me serais pas fait prier pourtant, je me demande pourquoi il n'a pas osé. Ce n'est pas comme si on se roulait des pelles à la moindre occasion quand personne ne regarde.
Peu importe, le moment est venu. Je m'engouffre dans la salle de bain à mon tour et le voit assis par terre en train de se dépêcher d'enlever ses pompes. Moi qui avais peur de sa réaction, je réalise qu'il n'attendait que ça à la façon dont il jure parce que rien ne va assez vite.
– Tu sais que maintenant que tu les as viré sous la menace, ils ont absolument tous compris ce qu'on est venus faire ?
– RIEN A FOUTRE.
Il balance ses godasses sur le carrelage blanc crème puis semble avoir une épiphanie. Il me regarde, un peu confus, et s'empresse d'ajouter :
– Mauvais choix de mots…
– C'est bon, j'ai compris, je réponds en souriant. Tu permets que je prenne vraiment une douche avant de faire quoi que ce soit ?
Il se relève et me dévisage des pieds à la tête, une moue approbatrice sur le visage.
– Tant que t'enlèves tes fringues, j'y vois aucun inconvénient. Il y a des tatouages que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir.
La porte de la salle de bain grince et un gars dont je ne connais pas le prénom fait son entrée, provoquant le courroux d'un Kid passablement pressé.
– T'as pas compris le message de toute à l'heure toi ? DEHORS ! Rugit-il d'impatience.
– Mec, s'énerve l'autre. Il fait quarante degrés, tu ne peux pas nous interdire de rentrer dans la salle de bain !
– J'VAIS ME GÊNER !
Il serre le poing et file droit sur l'impertinent, qui détale comme un lapin en sachant ce qui va lui arriver. Tous les deux disparaissent derrière la porte, s'en suivent des hurlements mécontents dont je ne distingue pas la teneur, je ne suis plus en capacité d'écouter. Je suis figé depuis que Kid m'a fait part de son envie de m'observer.
Bêtement, avant ce moment, je ne réalisais pas que j'allais effectivement devoir me dévêtir complètement devant lui et maintenant que je le sais, mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine et mes mains commencent à trembler. Je ne me sens pas bien du tout et l'environnement dans lequel je me trouve ne fait qu'empirer les choses : le vieux carrelage blanc et les petits box séparés les uns des autres me rappellent l'hôpital, les salles d'examen étroites où j'ai dû patienter des heures, derrière un paravent à peine opaque, que l'on finisse d'inventorier les lésions qui me creusaient la peau. Je me souviens des doigts froids et des mains indélicates qui me décortiquaient sans pitié, sous les yeux d'étudiants et de médecins fascinés par mon cas.
En relevant la tête, j'aperçois mon reflet dans le miroir. Les tâches dépigmentées qui me constellent le visage et le cou me sautent aux yeux. D'habitude, je les remarque à peine après des années de travail sur moi-même j'ai appris à les accepter mais aujourd'hui j'ai l'impression qu'elles scintillent. Qu'on ne voit qu'elles. Elles sont encore plus répandues sur le reste de mon corps, il est impossible qu'elles continuent de passer inaperçu si je mets nu. Impossible de ne pas de nouveau subir un regard inquisiteur. Un regard de diagnostic.
Mon cœur perd le contrôle, je sens la crise de panique arriver. Mon esprit se met flancher et ma vue se brouille. Si je reste ici une seconde de plus, je vais tomber dans les pommes. Il faut que je sorte, je trouverai bien une excuse. Je ne sais pas ce que Kid va dire, mais pour le moment je n'ai pas le choix. Je ne peux pas le laisser me voir.
[Ellipse]
Je pensais que ma fuite de la salle de bain provoquerait plus de dégâts que ça. Mais finalement Kid n'a pas trop bronché. J'ai prétendu que je préférais attendre la nuit pour prendre une douche parce que voir tout ce monde débarquer m'énervait, il a haussé les épaules et m'a cru. Après cela, je ne suis pas allé me laver avant d'être sûr qu'il se soit endormi et le sujet n'est plus revenu sur le tapis. Je pense qu'il n'a pas osé me relancer. Il n'a même pas râlé – et pourtant, dieu sait qu'il devait en avoir envie.
A vrai dire, je pense que je suis suffisamment énervé contre moi-même pour deux. Qu'est-ce qui m'a pris ? Je n'avais pas flippé comme ça depuis mes treize ans. En me précipitant hors des douches, j'étais à deux doigts d'appeler Cora en pleurant comme un bébé pour qu'il me rassure, comme à l'époque. Je ne comprends pas, tout allait bien pourtant. Comment mon cerveau a-t-il pu me faire ça ? Je savais très bien que je n'étais pas à l'hôpital, j'étais même très content de ce qui devait se passer mais j'ai réagis comme un animal terrifié et je me suis enfui. Et maintenant, dès que Kid pose ses yeux sur moi, je suis mal à l'aise. C'est ridicule. Je ne suis pourtant pas si frigide d'habitude.
Et en même temps, que ce serait-il passé s'il avait effectivement lorgné sur mes tâches pendant un peu trop longtemps ? Je crois que je n'aurais pas supporté de voir ses sourcils se froncer d'intérêt ou de dégoût à leur vue. Rien que de l'imaginer, je me remets à trembler.
Je me déteste d'être comme ça. Merde à la fin, j'avais juste envie de lui et il a fallu que mon passé médical s'en mêle. Ca faisait longtemps qu'il n'avait pas ressurgi par surprise, comme ça. Comme un membre de la famille très énervant que je n'aurais pas vu depuis des années et qui s'est dit qu'il était dans le coin, alors il allait passer.
Kid me tapote l'épaule pour me demander quelque chose et comme je suis à fleur de peau, je sursaute comme un diable.
Il retire sa main, étonné lui aussi, et je lis dans son regard que ma réaction l'attriste un peu.
– T'es sûr que ça va toi ? Demande-t-il, la voix neutre.
– Oui, pardon, je pensais à un truc.
J'essaye de ne pas avoir l'air trop mal. Je ne veux pas qu'il se croit responsable de ma réaction. Ca suffit, il faut que j'arrête de penser à cette histoire et que je trouve un moyen de me rattraper. Après tout, il n'est pas le seul à avoir fait ceinture dans cette histoire.
J'ai une petite idée qui devrait lui plaire…
[Ellipse]
J'ai attendu plusieurs jours avant d'envoyer le premier message, histoire de faire monter la tension.
Law : T'es occupé là ?
Kid : a ton avis ? évidement que non. pourquoi ?
Law : Génial. Rejoins-moi dans dix minutes là où on s'est retrouvé coincés la dernière fois après la fête.
C'était il y a des mois, mais je suis certain qu'il s'en souvient aussi clairement que moi. Après une chasse à l'homme dans les couloirs, nous nous sommes cachés dans une armoire et, dans le feu de l'action, nous nous sommes mutuellement dévorés la bouche. C'était la première fois qu'on se retrouvait ensemble dans un espace aussi étroit, après avoir subit une montée d'adrénaline assez violente, et si Sabo ne nous avait pas interrompu en pleine exploration, on aurait déjà franchi le pas il y a bien longtemps. Ce ne serait plus une question aujourd'hui.
Je me suis dit que l'inviter à revivre cet évènement serait le meilleur moyen de réparer le fiasco de la salle de bain : en recréant le manque lié à cette soirée, où on aurait déjà dû se sauter dessus. Rien qu'en le proposant et en imaginant que cette fois, il n'y aurait personne pour nous interrompre, je me suis excité tout seul. Ca me rassure. Et il y a moins de risque que je panique puisqu'il n'y a aucune chance que je fasse le rapprochement entre une telle situation et l'hôpital.
Mon portable vibre. J'aime quand il est rapide à répondre.
Kid : ah
J'aime moins quand ses réponses ressemblent à ça. Il pourrait au moins mettre un emoji, que je comprenne son état d'esprit, sinon c'est mauvais pour mes nerfs.
Law : Non, t'as pas envie ?
Kid : tu vas voir si j'ai pas envie
Je rigole en l'imaginant ranger son portable précipitamment dans sa poche pour partir en courant à l'endroit indiqué. Moi non plus, je ne tiens plus. Ca signifie que mon plan fonctionne je retrouve ma hâte des dernières fois. Rien ne pourra me gâcher mon plaisir ! J'en ai marre que le destin s'acharne à me priver des muscles de Kid.
Je saute de mon lit, prêt à foncer au lieu de rendez-vous, puis je me rappelle que le sexe demande toujours un minimum de préparation. Je ne peux pas partir les mains vides. En plus, ça fait longtemps que je n'ai rien fait, il vaut mieux être prudent. Il ne manquerait plus que l'un de nous se tape une rupture du frein… Connaissant ma poisse, c'est une hypothèse crédible. Jouons la prudence.
J'entre dans notre petite salle de bain et ouvre l'armoire à pharmacie – après avoir laissé traîner dans un placard la boîte de préservatifs que l'on m'a confié au début de l'année, je me suis dit que ce serait une bonne idée de la ranger à un endroit plus approprié. Elle est toute cabossée à force d'avoir été écrasée sous le poids des vêtements que Kid lui jetait dessus. Heureusement, son contenu est intact. Je glisse mes doigts à l'intérieur et en retire trois capotes. Je préfère jouer la sécurité.
En les rangeant dans ma poche, le stress commence à monter. Les choses deviennent de plus en plus concrètes et j'espère que ça va aller. Il ne manquerait plus que ce soit décevant ou qu'une énième catastrophe s'abatte sur nous en plein acte. Par exemple que quelqu'un décide de faire irruption pile à ce moment-là. Je n'ai pas du tout envie d'avoir des yeux sur moi alors que je suis en pleine besogne, une bite à la main.
Autre chose me préoccupe, mon apparence. Je lève les yeux et observe mon reflet dans le miroir. Je n'aime pas trop ce que je vois : mes énormes cernes me donnent l'air d'avoir dix ans de plus, j'ai les cheveux gras et une peau dégueulasse. Et bien sûr, mes tâches me sautent de nouveau aux yeux. Je déteste les voir.
Vu comme Kid m'embrasse, je doute qu'il soit rebuté par mon physique et mes mais il n'a jamais vu les marques blanches que j'ai sur le ventre, ni sur les jambes. Du moins, pas en détail. Mes tatouages ne les cachent pas autant que je le voudrais.
Mon angoisse s'amplifie.
Non, il ne faut pas que j'y pense. Ca va bien se passer, sur le moment j'aurais autre chose à faire. Mes propres yeux seront trop occupés pour me soucier de mon corps. Maintenant, il faut que j'y aille. Je ne tiens plus.
Mais je ne peux pas m'empêcher mes entrailles de se nouer. Pourquoi je ne peux pas simplement me détendre ?
[Ellipse]
Kid était là avant moi. Il a fait vite.
Je ne l'ai jamais vu aussi fébrile, ses yeux dorés me transpercent, j'ai l'impression qu'il va me sauter dessus d'une seconde à l'autre mais qu'il se contient.
Pourquoi je n'arrive pas à être sur la même longueur d'onde, putain ?!
Le temps que je vienne de la chambre jusqu'ici, mon appréhension n'a fait qu'augmenter et maintenant j'ai la nausée tellement je suis nerveux. C'est quoi mon problème ? Ce n'est pourtant pas ma première fois. Et le problème ne vient pas de lui, au contraire même. J'ai déjà eu des histoires avec des mecs qui me plaisaient vachement moins et je ne stressais pas le moins du monde alors qu'il aurait parfois fallu, pour m'épargner quelques mésaventures. Là, pour une fois que je me retrouve face à un gars à qui j'ai envie d'arracher les vêtements, je perds tout mes moyens et je me pose mille questions. Il faut que je me ressaisisse.
Je sais qu'il ne va pas tourner les talons en disant : « Ah non, en fait tu ne me dégoûtes, ciao. » mais c'est plus fort que moi.
– Tu veux finir ce qu'on avait commencé, c'est ça ? Dit-il en s'approchant doucement de moi.
Sa voix devrait me calmer mais je panique encore un peu plus. Je ne veux pas qu'il s'en aperçoive, il faut que je fasse quelque chose.
– Tu ne crois pas si bien dire, dis-je maladroitement en lui agrippant le bras et en l'entraînant dans l'armoire où s'était déjà cachés, afin de reproduire la scène dans les moindres détails.
– Ah, carrément ? S'étonne-t-il. T'es sûr ? Ca va pas être pratique.
– C'est pas le côté pratique qui m'intéresse.
Il sourit, finalement assez emballé. De mon côté, j'avoue profiter de me cacher dans un recoin exigüe afin de m'en servir comme excuse pour enlever un minimum de fringue. J'aurais préféré qu'il en soit autrement, mais c'est tout ce qui me vient à l'esprit pour apaiser ma peur.
Je rentre le premier et il me suit – avec toujours autant de difficulté. Ce n'est vraiment pas agréable pour lui de se tenir là-dedans je pense : il est obligé de se contorsionner comme un diable et de pencher la tête pour éviter de se cogner. Mais puisqu'il est déjà dur – c'est la première chose que je sens quand il se joint à moi – il ne se plaint pas.
Une fois en place, je me détends un peu et retrouve la sensation que j'ai ressentie la première fois : nos souffles précipités, nos corps qui se touchent, la chaleur qui se dégage. Heureux de me sentir un peu mieux, je prends son visage entre mes mains et l'embrasse avec délectation. Il répond à mon baiser mais il a du mal à y mettre autant de passion que moi, il est tout raide à cause de sa position inconfortable. Mais il n'a pas l'intention de se laisser faire, je sens l'impatience s'emparer de lui. Il se redresse et me presse contre les parois.
Ravi, je commence enfin à me lâcher mais une voix, loin dans ma tête, continue de parasiter mes pensées et de me susurrer des inquiétudes. Elle prend beaucoup trop de place quand il commence à glisser sa main sur mon ventre, une crampe de stress refait surface.
Pourvu qu'il ne voit pas les tâches, pourvu qu'il ne voit pas les tâches, pourvu qu'il ne voit pas les tâches.
Avant que la crise d'angoisse ne s'empare de moi, je lui attrape la main et précise :
– Ca te dérange si je garde mon sweat ?
– Non.
Il obéit à mon geste et retire sa main. Il n'a pas l'air de se soucier le moins du monde d'être obligé de se passer de ma peau, ça me rassure. Je peux continuer à profiter de ses lèvres sans trop m'inquiéter. Ca devrait bien se passer finalement. Il entreprend maintenant de me caresser par-dessus mes vêtements et ça ne me déplaît pas.
Mais malgré tout ce qu'il se passe, je n'arrive pas à me détendre totalement. Alors même que je suis en train de l'embrasser, je ne retrouve pas la passion dévorante qui s'immisce en moi d'habitude quand je le fais. C'est pénible, je n'arrive pas à me défaire de ce maudit stress.
Afin de faire comprendre à mon cerveau qu'il a autre chose à faire que de songer à mes traumatismes médicaux, je prends la main de Kid et la guide vers mon entre-jambe. Là, au moins, mon angoisse va peut-être se calmer. Kid ne se fait pas prier, d'un geste habile, il déboutonne mon jean – on dirait qu'il a fait ça toute sa vie – et y plonge ses doigts pour saisir mon sexe.
Deux secondes plus tard, il s'arrête et se recule, un peu surpris. Voyant son visage intrigué, je sens mon cœur s'effondrer dans ma poitrine. C'était précisément cette tête-là que je ne voulais pas le voir faire. Pourtant, je doute que ça ait quoi que ce soit à voir avec ma peau.
Il a un petit rire et me gratifie d'un regard mi-exaspéré, mi-amusé.
– T'as trop de trucs dans la tête là, non ?
– Quoi ? Je bafouille, sans comprendre.
– Tu ne bandes pas du tout.
Je penche bêtement la tête pour constater les dégâts : c'est vrai. Et c'est tellement frustrant, bordel. Je n'en reviens pas : je suis collé-serré dans une armoire, en train de rouler une énorme pelle au mec que je veux me faire depuis le début de l'année – je l'admets – et je n'arrive même pas à avoir ne serait-ce qu'une demi-molle. Je m'en veux tellement. Il y a un truc qui cloche chez moi.
– Je suis désolé…
– Tu te mets un poil trop la pression je crois.
Qu'il dise ça rend les choses encore pires. Je sais qu'il essaye de détendre l'atmosphère mais je me sens trop mal pour y être sensible.
– Désolé, je crois que c'est pas trop le moment finalement, dis-je.
J'ai peur qu'il m'engueule, qu'il s'impatiente, qu'il s'énerve en plus du reste. Mais il se contente de me donner un petit coup de nez et de se cogner la tête contre le plafond.
– Aoutch. C'est pas trop l'endroit non plus, ajoute-t-il.
– Sur le papier ça ressemblait à une bonne idée, désolé.
– Arrête de t'excuser, tu veux ?
Il s'extirpe le premier de l'armoire et je vois bien qu'il fait de son mieux pour que je ne m'écroule pas de honte mais le mal est fait. Je me sens toujours mal et je me déteste encore plus.
Au point où on en est, je me demande même s'il ne va pas me larguer sans pitié quand il va s'apercevoir que je ne suis rien d'autre qu'un tas de complexes et de traumas sur pattes. Même m'envoyer en l'air je ne suis pas foutu de le faire sans crise de nerfs.
[Ellipse]
Il s'est passé presque une semaine sans que l'un de nous ne tente quoi que ce soit depuis l'épisode raté de la douche, puis de l'armoire. C'est à peine si nous nous sommes touchés et je me sens désespérément triste. Je n'ose même plus regarder Kid dans les yeux à cause de la honte. Lui aussi, je le sens gêné. On se croirait revenus au tout début, quand on s'ignorait mutuellement et qu'il laissait un bordel monstrueux partout sur le sol pour me rendre dingue. Sauf que cette-fois, ça ressemble à un prétexte pour ne pas m'adresser la parole. Et je ne peux pas lui en vouloir de chercher à m'éviter après avoir tout gâché, deux fois de suite.
Alors je me retourne dans mon lit, face au mur, pour éviter de le regarder. L'avoir sous le nez comme ça, tout en culpabilisant, m'est physiquement douloureux. D'ailleurs, je préférerai qu'il aille sur le toit, pour une fois, mais il ne bouge pas. J'ai l'impression qu'il me fait silencieusement la morale.
Plus les minutes passent, plus je déprime. Je crois que je vais simplement aller me coucher au lieu de me complaire dans ma mélancolie, plus vite je dormirai et mieux ce sera. Je me lève rapidement, attrape un t-shirt au hasard et disparaît dans la petite salle de bain après avoir enjambé le matos de Kid. Je ne sais même pas s'il remarque ma disparition. Refermer la porte sur moi et me dérober à sa présence me soulage ponctuellement avant de me rendre encore plus triste.
Je ne comprends toujours pas pourquoi je n'y arrive pas.
Il m'a dit que je me mettais trop la pression mais c'est au-delà de ça. Je n'ai pas la pression, je m'en fous. Je n'ai pas l'intention de me faire passer pour le meilleur coup qu'il n'ait jamais eu, je n'ai pas non plus peur de lui – je sais très bien me faire comprendre quand je suis lancé – ça ne m'avait jamais fait ça. D'habitude, peu importe le mec, en une demie heure c'est plié. Je ne me mets jamais la pression, c'est même plutôt l'inverse. C'est dans ces moments-là que j'arrête enfin de me prendre la tête. Alors pourquoi là, il y un problème ?
Je profite d'être dissimulé pour me déshabiller et mettre des vêtements plus souples pour dormir et j'observe mon propre reflet plus attentivement. La petite ampoule basse consommation au-dessus du miroir n'arrange pas les choses, j'ai l'impression que sa lumière fait ressortir les plaques blanchâtres sur mes clavicules et sur mon ventre. L'énorme tatouage qui me couvre la poitrine dissimule un peu le reste, de même pour celui que j'ai dans le dos. Si seulement je pouvais m'en recouvrir. Dire que je n'en ai encore aucun sur les jambes. Si Doflamingo ne m'avait pas collé ici, j'en aurais déjà beaucoup plus. J'aime beaucoup les regarder d'habitude, ils m'aident à me sentir plus à l'aise, moins vulnérable. Ils protègent mon corps de mon propre jugement. Mais ce soir, j'ai la sensation que même eux me laisse tomber. Je ne vois que ça : les marques de l'humiliation.
Je sais que je suis guéri, que je n'ai plus à souffrir de cette maladie, mais les traces qu'elle a laissé – ou plutôt, que les médecins ont laissé – sur moi est plus puissante que je ne le pensais. Malgré les années, malgré les tatouages et le soutien de Cora, je ne peux pas oublier ce qu'on m'a infligé. Au point de ne plus être capable de me mettre nu devant quelqu'un dont l'opinion compte pour moi.
Comment je suis censé avoir une vie intime si je ne peux plus me montrer sans que ces souvenirs ne remontent à la surface ?
Je ressors, probablement avec une tête encore pire qu'en entrant, et je vais m'écrouler sur mon lit. Je soupire – sûrement un peu trop fort – une dernière fois avant de fermer les yeux.
– Oh, y'en a marre ! S'énerve Kid d'un coup. T'as fini ton cirque ?
– Pardon ?
Tout d'un coup, il plante tout ce qu'il était en train de faire et se précipite sur moi. Il m'attrape par le bras et me force à me lever pour lui faire face.
– C'est quoi ton problème ? Si t'as un truc à dire, dis-le, au lieu de souffler !
Choqué, je ne trouve rien à répondre. Il se calme un peu, réalisant qu'il s'est montré peut-être un peu trop agressif, et reprend :
– Si ma présence te gêne, j'aime autant que tu me le dises franchement.
– Tu ne me gênes pas, je pensais que c'était moi qui te…
– Non, non, tu ne vas pas me refaire ce coup-là, me stoppe-t-il. Je n'ai pas mal compris cette fois : tu te barres à chaque fois que j'arrive, tu évites mon regard, tu ne m'adresses plus la parole et maintenant tu va te planquer dans les chiottes pour te changer ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
Je ne me rendais même pas compte que j'agissais comme ça. Pour ma défense, il n'a pas beaucoup insisté pour me percer à jour. Mais je culpabilise trop pour lui tenir tête et argumenter.
– Désolé.
Il écarquille les yeux.
– Et ça, ajoute-t-il. Ca, c'est vraiment le plus flippant, depuis quand tu t'excuses ? D'habitude tu m'envoies chier et tu me traites de gros con, qu'est-ce qui t'arrive ?
Un silence plane. J'ai vraiment fait si peu d'efforts ? Merde. C'est un miracle qu'il existe encore des gens pour se soucier de moi vu comme je mets leurs nerfs à rude épreuve. Je n'avais pas l'intention de le blesser.
– C'est un peu compliqué à expliquer, je commence.
– Je ne m'attendais pas à ce que soit simple, râle-t-il en roulant des yeux.
Il me lâche le bras mais me fixe avec des yeux de serpent pour me faire comprendre qu'il ne bougera pas tant que je ne me serai pas expliqué.
Je respire un bon coup. Ce n'est pas que je ne veux pas lui en parler mais je ne sais pas comment faire. Je ne suis même pas sûr de savoir pourquoi je suis comme ça, moi-même.
– Tu te souviens, l'autre jour dans les douches ? Je suis parti tout d'un coup.
– Ouais.
J'attends qu'il me le reproche mais il ne dit rien. Alors je continue.
– J'ai prétendu que c'était parce que je n'étais plus dans l'ambiance, j'ai menti. En fait, j'ai paniqué.
– Paniqué ? Pourquoi ?
Je dois faire appel à toute ma volonté pour lui avouer. C'est assez humiliant.
– Parce que j'ai réalisé que j'allais devoir me mettre à poil devant toi, lâche-je, un peu vite.
Il s'apprête à répliquer mais je ne lui en laisse pas le temps et je continue. Si je le laisse m'interrompre, je risque de ne plus avoir la force d'en parler.
– Je sais, ça à l'air stupide parce que tu m'as déjà vu torse nu et tout ça, mais le contexte n'était pas le même. Là aussi, tu te souviens quand tu m'as demandé d'où venaient les tâches que j'ai sur le visage ? Je ne t'ai pas répondu parce que je n'aime pas qu'on fasse des remarques dessus. Et à ce moment-là, je me suis mis à me demander ce que tu dirais en les voyant enfin de plus près. J'ai eu peur que tu les examines un peu trop longtemps. Et ce serait anodin, en effet, si avant ça je n'avais pas eu des dizaines et des dizaines de professionnels de santé qui les ont examinées sous toutes les coutures, en me traitant comme un objet, quand j'étais ado.
Un nouveau blanc s'installe entre nous.
– Je ne peux pas m'empêcher de flipper à l'idée que tu les vois parce que je ne supporte pas qu'on les regarde. Alors je fais la gueule parce que ça me fait chier, pour une fois que je m'attache à quelqu'un, je ne peux pas baiser parce que je frôle la crise d'angoisse à chaque fois que tu me poses tes yeux sur ma peau.
Il ne répond pas et regarde dans le vide, droit devant lui. Je décèle dans son regard quelque chose qui ressemble à : « Ah, merde, il ne déconnait pas quand il disait que c'était compliqué. » Je le comprends. Même si cette absence de réaction est terrible et m'achève complètement, je ne m'attendais pas à autre chose de sa part. Il est loin d'être fin psychologue.
Le point positif, c'est qu'au moins c'est dit. C'est ça de moins que j'aurais sur le cœur.
Il fronce les sourcils, soucieux, et se tourne de nouveau vers moi.
– Tu veux qu'on essaye dans le noir ?
– Ca ne peut pas être aussi simple que…
Je m'arrête.
Je ne l'ai jamais fait dans le noir. J'avais tendance à penser que c'était nul de se priver de lumière puisque sans ça on ne peut pas voir son partenaire. Mais je ne m'étais jamais trop soucié du regard que l'on posait sur moi non plus, contrairement à aujourd'hui. Est-ce qu'il suffirait de ça pour arranger les choses ?
– Ah. Pourquoi pas, dis-je finalement. Mais ça ne te dérange pas ?
– Absolument pas ? Mais pourquoi voudrais-tu que ça me dérange ? Espèce de drama queen de merde.
– …T'as raison. De toute façon, tu ne mérites pas de les voir mes tatouages.
Un sourire moqueur apparaît sur son visage et je lui réponds en souriant aussi. C'est la trêve.
Il va falloir que je me le note quelque part : je ne suis plus seul, ce n'est pas la peine de tout garder pour moi. C'est encore nouveau, il faut que je m'y habitue.
– La prochaine fois, dis le moi, au lieu de me laisser croire que je ne te plais pas, termine Kid.
– Pour ça, il n'y a pas de danger. Laisse-moi une dernière chance et je vais te le prouver.
[Ellipse - Lemon]
Contre toute attente, nos vêtements ne restent pas en place bien longtemps. Nous sommes tous les deux assoiffés de contact, le besoin de sentir nos peaux se toucher est plus puissant que n'importe quel impératif. Je me détache de ses bras ponctuellement, pour dégager ce surplus de textile qui entrave mes sens et me prive du corps de Kid. Malgré la hâte, c'est difficile de manœuvrer efficacement dans le noir. Jamais mon sweat ne m'aura parut si serré et épais que maintenant, alors que j'essaye de l'ôter le plus vite possible, avec mes mains tremblantes de désir. Je crois que je file un coup de coude à Kid en me précipitant mais il s'en fout, il est tout aussi occupé à se débattre avec ses propres fringues et de toute façon il a une couche de muscle assez épaisse pour le protéger.
Petit à petit, j'envoie valser mes vêtements ailleurs – et d'après le bruit qui suit, je suppose que j'ai visé un objet fragile mais j'ai autre chose à penser pour le moment. Je tâte le corps de Kid dans le noir, à la fois pour voir où il en est, à la fois pour m'en nourrir. Je devine qu'il a gagné la course pour se retrouver à poil lorsque la pulpe de mes doigts frôle son pubis et que je sens tout d'un coup son sexe contre mon flan.
J'ai aussitôt l'impression d'entrer en combustion spontanée. L'acte à beau être imminent, chaque seconde qui m'en sépare est un affront intolérable. Je me dépêche de me débarrasser de mon froc, impatient d'avoir les mains libres. Kid m'aide et balance ce qu'il reste à travers la pièce.
Tout de suite après, il se précipite sur ma bouche et me plaque contre le matelas. Enfin, je peux le saisir à bras le corps et planter mes griffes dans son dos. Je n'arrive pas à me contenter de ses lèvres, je suis affamé depuis des mois j'ai besoin de sentir tout son corps et de goûter sa peau partout où je peux l'atteindre. Je ne peux pas le voir, mais son odeur est si puissante qu'elle m'enveloppe totalement et m'enivre. Instinctivement, je lui mordille l'épaule puis le cou, jusqu'à ce qu'il en fasse de même, quoiqu'un peu plus fort. Malgré moi, mon bassin commence à s'activer.
Il respire de plus en plus fort et de plus en plus vite. Je sens son souffle réchauffer ma peau entre chaque baiser c'est un souffle qui vient de loin, du ventre. Il est aussi excité que moi. Sa main glisse un peu partout sur mon corps, s'attarde sur mes côtes, mon ventre, mes pectoraux, mes épaules, mes cheveux. Quant à moi, je n'ai pas assez de mains pour faire tout ce que je voudrais lui faire : la gauche est occupée à se balader dans ses cheveux – c'est incroyable d'avoir une crinière pareille, c'est vraiment trop sexy – et la droite lui lacère toujours l'épaule. Il a de la chance que je me ronge les ongles, sinon je l'aurais écorché vif.
Sa bouche quitte la mienne pour s'aventurer un peu plus bas. Chaque fois que ses lèvres se déposent quelque part, je trésaille. C'est à la fois grisant et insoutenable. Quand il se met à me lécher le mamelon, j'ai l'impression de m'enflammer. Je ne peux pas m'empêcher de gémir. Mais tout compte fait, je ne suis pas si gêné par le son vulnérable qui sort de ma bouche. Surtout quand je constate l'effet que ça lui fait : il recommence à m'embrasser, plus profondément cette fois.
Nos corps sont maintenant étroitement liés : mes jambes s'entremêlent aux siennes tandis qu'il passe sa main dans mon dos pour me serrer plus fort. Je sens son sexe palpiter contre ma cuisse et le mien contre son ventre. Le moindre mouvement étant prompt à les stimuler davantage, je ne me prive pas pour presser mes hanches contre les siennes et renforcer leur proximité.
Comprenant l'invitation, Kid roule sur moi pour me couvrir de son corps. Je ne le vois toujours pas, mais je sens tout son poids sur moi. Il est si massif. Cette fois, sa bite est bel et bien collée à la mienne et je sens ses abdos faire pression sur les points les plus sensibles, c'est extrêmement plaisant. Par contre je suis obligé de lui tapoter le dos pour lui faire comprendre que je ne peux plus respirer. Il est lourd le bougre. J'aime beaucoup son corps, mais j'aime autant qu'il ne m'écrase pas la cage thoracique.
Il se redresse au-dessus de moi pendant que je reprends une bouffée d'air. Je l'entends rigoler.
– Quoi ? C'est me voir mourir asphyxié qui te fait rire ?
– Non.
Je le sens bouger et faire en sorte que nos érections se croisent, comme des sabres.
– En garde ! Plaisante-t-il, comme si c'était le moment pour ça.
– T'es sérieux ?
Je suis partagé entre l'envie d'exploser de rire, de mourir d'agacement et de lui fourrer ma langue dans la bouche pour lui faire comprendre que je suis ne pas là pour enfiler des perles. Au bout du compte, je fais un peu les trois en même temps. Tout en l'embrassant, je m'allonge et essaye de maintenir une position qui soit confortable pour nous deux. Je devine qu'il essaye de comprendre ce que je fais : il redescend un peu, de façon à ce qu'on soit toujours collés mais sans pour autant m'étouffer sous son poids. Sa main descend le long de mon ventre pour m'empoigner. Une nouvelle plainte sort de ma bouche. Sa paume est chaude et immense, beaucoup plus agréable au contact que la mienne. Il commence à me masturber et j'ai déjà l'impression que le désir va me tuer. Ca va être rapide.
Mais j'ai envie de prendre mon temps. Et c'est peut-être capricieux de ma part, mais je trouve extrêmement frustrant que son unique main se focalise sur une zone dont je peux très bien m'occuper tout seul. Et puis je n'ai pas envie de le laisser croire que je vais rester gentiment placide pendant que monsieur prend les commandes.
Puisque j'ai son cou à portée de bouche, je me risque à le mordre un peu plus agressivement et il se fige d'un coup. Surpris par sa soudaine rigidité, je lâche. A peine une seconde plus tard, il se jette sur moi et me renvoie la pareille, avec beaucoup plus de férocité. Et il ne s'arrête pas à mon cou, tout de suite après il m'attrape le lobe et tire sur mes piercings.
– Aïe, je m'exclame, avant de riposter en lui croquant l'oreille à mon tour. Tu es sûr que tu veux jouer à ce jeu ?
– C'est toi qui a voulu jouer. Et tu vas perdre, me provoque-t-il avec un petit ton insolent.
Comme s'il y avait besoin de m'allumer encore plus alors que je suis au bord de l'explosion. Après ça, le temps file pendant qu'on essaye de s'entre-dévorer à coup de morsures, de suçons et caresses. Je suis sûr de me réveiller couvert de marques demain, mais la sensation et les frissons qui parcourent ma peau me plaisent trop pour que je m'en soucie. Plus ça va, plus la température grimpe et plus je me laisse aller à soupirer. J'ai les cheveux qui me collent au front tellement j'ai chaud. J'ai l'impression que c'est encore pire pour lui, il est trempé.
Je ne le vois pas mais imaginer son visage complètement moite de sueur amplifie mon érection déjà vigoureuse. Et d'après ce que je sens, lui aussi est au supplice. Sans cesser de me mordre les lèvres, il se redresse et se place entre mes jambes, sans m'écraser cette fois. Son bassin se presse contre mon corps et son ventre vient masser le mien. Nos deux membres sont étroitement collés maintenant et chaque mouvement, même les plus infimes, les masturbent délicatement. C'est une sensation tellement douce.
C'est parfait. Installés comme nous le sommes, tout m'est accessible : son odeur, sa bouche, son torse, ses épaules, ses hanches, ses jambes, ses fesses. Tout est à porter de caresses, je peux me lâcher. Instinctivement, je commence à bouger mon bassin. Mon sexe glisse le long de son aine, m'arrachant de nombreux soupirs de contentement qu'il essaye d'attraper en m'embrassant. Je recommence et au son qui sort de la bouche de Kid, je devine que ça lui plaît autant qu'à moi. Enhardi, il m'imite et bouge à son tour.
Chacun de ses muscles masse ses parties et les miennes, pile là où il faut, je ne pensais pas que ce serait si agréable de le faire juste comme ça. Et j'ai les mains libres : je peux le toucher en même temps, partout où je veux, je peux le mordre, je peux le sentir, je peux m'abandonner à ce que je ressens tout de suite et laisser faire le reste.
Nos lèvres se joignent encore pendant que nos corps poursuivent leur ballet. Nos bassins agissent presque tout seuls, ils vont et viennent lentement, se liant avec délectation.
D'abord tout doucement, nos deux pénis se rencontrent et se caressent en même temps que nos peaux. C'est terriblement jouissif, tout un tas de sensations et d'émotions nouvelles m'assaillent. Non seulement le plaisir me vole un gémissement à chaque nouveau frottement, mais c'est mon corps tout entier qui réagit. J'ai conscience de l'odeur que je dégage, de la chaleur qui émane de moi et du choc des battements de mon cœur dans ma poitrine. Puis le plaisir monte, la cadence s'accélère. Les dernières appréhensions que je pouvais avoir s'envolent, je perds toute inhibition. La timidité a disparu. On halète tous les deux, à n'en plus finir.
Nous contrôlons de moins en moins les réactions de nos corps. Je plante mes doigts dans son dos pendant que lui m'agrippe la hanche pour renforcer ses mouvements. Ses baisers sont de plus en plus profonds, chaque fois qu'il se détache de moi pour respirer, un filet de salive continue de nous lier.
Les vagues de plaisir montent encore chaque fois que son ventre vient flatter le mien, emprisonnant ma bite contre son bas-ventre. C'est vraiment trop bon. Alors qu'il vient enfouir son visage dans mon encolure, les choses s'intensifient d'un seul coup. Il va de plus en plus vite et de plus en plus fort.
Je suis son rythme en ondulant le bassin, je n'en peux plus. J'ai trop envie de jouir. Je m'agrippe à ses épaules, ça vient, ça monte, plus il bouge et plus c'est bon. L'odeur de ses cheveux et de sa sueur me font perdre les pédales. Je réponds encore, plus vite, plus intensément, mes hanches épousent les siennes…
Finalement tout mon corps se raidit, d'un seul coup, comme s'il voulait se fondre dans le sien. Un cri plaintif et sonore m'échappe alors que l'orgasme m'assomme. Ca explose, c'est incendiaire. J'enfonce mon visage entre ses pectoraux, en gémissant plus fort.
Kid ne va pas tarder pas à jouir à son tour, il tremble de partout. Je le sens pulser contre moi. Finalement, il se contracte et me gémit dans l'oreille. Je le sens souffler de plaisir pendant qu'une chaleur humide se répand sur mon torse.
Il me faut plusieurs secondes avant de redescendre sur terre. C'est le poids de Kid qui se laisse retomber sur moi qui me ramène à la réalité. Je n'ai aucune envie de m'en plaindre, je préfèrerai pouvoir le greffer à ma propre peau pour qu'il ne s'éloigne plus jamais. Du moins, pas tant que les endorphines ne seront pas un peu redescendues, pour le moment, je suis toujours dans mon euphorie. Lui, reste immobile plus longtemps. Il ne bouge à nouveau qu'après deux bonnes minutes à m'avoir bavé dans le cou.
La température baisse un tout petit peu et je me rends compte d'à quel point nous sommes trempés. Ca n'a pourtant pas été très long mais on pourrait croire que l'on baigne dans nos propres fluides depuis des heures. Contrairement à ce à quoi je m'attendais, ce n'est pas une sensation forcément désagréable.
Je le cajole un peu – sa tête est toujours logée dans ma nuque – tout en reprenant mon souffle. C'était une excellente idée de le faire dans le noir finalement, je le féliciterai bien de l'avoir suggéré mais il n'est pas en état de m'entendre pour l'instant. Quand je pense qu'il aura fallu deux essais avant de pouvoir le faire. Vu le résultat, je suis bien heureux d'avoir patienté.
Kid se redresse un peu – je devine ses cheveux collés, complètement en vrac sur son front, qu'il essaye de les dégager du bout des doigts.
– Je crois que t'as bien aimé, dit-il, pour me taquiner.
– D'après l'état de mon cou, je dirais que toi aussi.
Endolori par son poids, je le repousse un peu. Il me gratifie d'un petit coup de tête affectueux et essaye de passer par-dessus pour sortir du lit pour aller boire. De mon côté, je cherche de quoi éponger mon ventre avant que ça ne colle. Même si je suis moins dérangé que d'habitude par toute cette moiteur, je préfère ne pas me retrouver avec du sperme séché sur la peau.
– Aïe, merde, grogne Kid en trébuchant sur quelque chose. Désolé mais ça t'embête si j'allume deux secondes pour voir où je marche ?
– Non, vas-y.
Avant que je n'ai le temps de réaliser ce que je viens de dire, la lumière envahit la pièce. Heureusement, je ne panique pas, je n'ai plus d'énergie pour ça. Je n'ai pas non plus le temps, mon regard se précipite aussitôt vers Kid. Je n'ai pas pu le regarder une seule fois, alors j'en profite.
Je confirme, j'aurais vraiment été dégoûté de devoir me priver d'une vision pareille. Quand je pense qu'il s'est ramassé une note de 1/10, il faut vraiment n'avoir aucun goût pour ne pas voir son potentiel. D'autant que là, avec ses cheveux humides et ses joues rouge, il a l'air beaucoup moins méchant qu'à l'accoutumé.
Lui me dévisage aussi. Je suis un peu gêné d'imaginer ma tête post-orgasme mais au moins nous sommes sur un pied d'égalité à ce niveau-là. Finalement, il se marre devant mon voyeurisme éhonté.
– Mes yeux sont là, me sermonne-t-il en m'invitant à cesser de fixer son torse.
– Je sais, c'est juste que tu devrais te laver. T'en as partout, je précise en désignant son nombril.
Il baisse les yeux et constate les – mes – dégâts d'un « ah » amusé.
– Occupes toi de ton propre cas, riposte-t-il en hochant du menton en direction de mon propre ventre.
J'ai déjà essuyé le principal, mais c'est vrai que je ne suis pas à plaindre non plus de ce côté-là. Et pour ce qui est des draps, c'est foutu. Heureusement qu'on a deux lit, je crois que j'aurais eu du mal à dormir dans un lit poisseux sinon. Je me lève à mon tour, enfile de quoi cacher ma peau – même si je sais qu'il ne dira rien sur mes tâches, je me sens plus à l'aise de le faire – et arrache les couvertures contaminées par notre plaisir pour les ranger dans un coin. Je me sens déjà désolé pour les mecs du service blanchisserie. Oups.
Je rejoins Kid qui s'est retranché dans la salle de bain et me moque au passage de la façon dont il galère avec un rouleau d'essuie-tout. Puis je vois mon reflet, sauf que cette fois, au lieu de m'attarder sur mes tâches, c'est autre chose qui capte mon attention.
– Oh, non sérieux, mais dis-moi que je rêve ?
– Quoi ? Demande-t-il en levant le nez ?
– Regarde !
Il m'a tellement mordu que j'ai le cou complètement rouge. Ainsi qu'une petite dizaine de suçons, un par-ci, par-là. Je l'ai à peine senti le faire, le fourbe.
– C'est malin, tu veux que je porte des cols roulés ?
– Bin quoi ? Toi aussi tu m'as laissé des traces je te signale, regarde, se défend-t-il en me montrant les marques de mes dents sur son cou.
Je ne pensais pas y être allé si fort.
– Ouais, bin la prochaine fois évite au moins les suçons.
– T'aimes pas ça ?
– Si, mais j'ai pas envie d'avoir plus de tâches que j'en ai déjà.
– Ok, la prochaine fois je viserai là où les vêtements cachent.
– Merci. Par contre les morsures c'est ok, ça tu peux y aller.
Il rigole.
– Oui, j'ai vu ça. J'ai entendu surtout.
– Fais pas trop le malin, je t'ai pas montré tout mon potentiel encore.
En effet, maintenant que les rouages ont été débloqués, il n'y a plus grand-chose pour m'empêcher de me laisser aller et faire marcher mon imagination. Au regard qu'il me lance, je devine qu'il est curieux et totalement partant.
Si j'en ai terminé de ruminer mes angoisses dans mon coin, je n'en ai certainement pas fini avec les expériences nouvelles.
Et voilà, c'est terminé ! Pour de bon cette fois.
J'espère que ça vous a plu. Perso, j'ai bien aimé me relire.
J'ai eu du mal à savoir quel ton prendre et comment écrire les personnages mais finalement j'ai choisi de parler de la pudeur de Law. Et je trouvais ça important de dire : oui, on peut faire ça dans le noir et c'est tout à fait ok. C'est pas « moins bien ». J'ai aussi choisi de décrire une scène de sexe sans pénétration parce que j'en vois JAMAIS alors que c'est quand même trop bien. C'est aussi l'avantage du KidLaw ça, comme je trouve leur relation plus égalitaire de base, on peut s'amuser à tenter des trucs avec eux, ça marche souvent.
Voilà, maintenant je vous quitte sur ce chapitre. Passez une bonne nuit (j'espère en tout cas, sinon j'ai raté mon coup) ! Et à la prochaine pour d'autres fanfics !
Law Esculape
