Félix regarda une nouvelle fois sa montre tandis que les autres faisaient relever Alizée. L'heure qu'il s'était fixée était largement dépassée et son père devait maintenant être au courant de son absence. Le jeune homme soupira. Il s'en voulait d'avoir agi de la sorte. S'il était rentré directement comme il lui avait demandé, il n'en serait pas là.

Mais d'un autre côté, en restant ici, il avait réussi à avorter la tentative de Camille de gâcher totalement la soirée, bien qu'il n'ait pas pu l'empêcher de sauter sur Alizée. Et bien qu'il savait qu'il n'aurait jamais dû rester plus longtemps que le temps autorisé, une petite voix lui criait qu'il avait bien fait de désobéir.

-« Je vais rentrer, je ne peux vraiment pas rester plus longtemps, murmura-t-il en s'approchant de Bridgette qui discutait avec Jehan. Mon père doit déjà être au courant que je ne suis pas encore rentré, il doit être furieux. »

-« Oui, bien sûr, acquiesça la jeune fille avec un sourire triste. Ce n'est pas de ta faute ce qui est arrivé, essaye de lui expliquer, il comprendra. Tu nous as aidé Félix, tu n'as pas à t'en vouloir pour ça. »

-« Je le sais, répondit le grand blond en haussant les épaules. Mais je ne suis pas sûr que cela suffise à convaincre mon père. »

-« Si jamais tu as le moindre problème, tu nous appelles et on vient à ta rescousse ! » affirma Jehan avec un sourire satisfait, cognant son poing droit dans sa paume gauche.

Félix se contenta de sourire. Même si cette proposition ne manquait pas d'un certain sérieux, étant persuadé que Jehan n'aurait pas peur de venir affronter son père pour le défendre, il doutait qu'il puisse remédier en quoi que ce soit à la situation. Avec un petit signe de main, il tourna les talons, souhaitant un bon rétablissement à Alizée en demandant qu'on le tienne au courant.

Alors qu'il se dirigeait vers la porte d'entrée, le jeune homme fut attiré par des messes basses sur sa gauche. Tournant les yeux vers la source du bruit, il reconnut tout de suite les deux surveillants qui avaient emmenés Camille ainsi que la jeune fille elle-même, qui remettait ses cheveux en place avec un mouvement désabusé.

-« Je ne peux pas vous cacher que votre cas est grave Mlle Bourgeois. » confia le plus grand des surveillants.

-« Oh, je vous en prie, soupira la peste en regardant ses ongles. Mon père ne vous laissera jamais rien me faire. Et si vous osez vous en prendre à moi, c'est vous qui serez renvoyé ! Je compte d'ailleurs raconter à mon père votre démonstration de force de tout à l'heure, et je ne suis pas sûre que cela lui plaira. »

Félix serra les poings. Il ne pouvait pas partir en laissant Camille dans les parages. Ils avaient échappé à la catastrophe de peu, il ne pouvait laisser aller cette peste librement, cela pesait trop sur sa conscience. Et si pour le bien public, il devait se sacrifier et passer la soirée avec elle, alors il le ferait. Félix ne voulait plus jamais voir quelqu'un être blessé alors qu'il aurait pu intervenir. Ce qui venait d'arriver était en partie de sa faute et il s'en voulait énormément.

Soupirant, il dévia son avancée vers la sortie pour se diriger vers elle mais fut stoppé par un cri dans son dos. Félix se retourna aussitôt, surpris. Le petit groupe de Bridgette regardait eux-aussi ce qui était en train d'arriver avec des yeux circonspects. Le cri venait de Roxane qui était en train d'accourir vers eux, un air apeuré sur le visage.

-« Roxane ? souffla Bridgette en accueillant son amie qui se jetait dans ses bras. Qu'est-ce qui se passe ? »

-« C-C'est Johana ! bredouilla la jeune fille en regardant derrière elle. E-E-Elle… »

Mais elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. À peine avait-elle prononcé ces mots que la double porte derrière laquelle avait disparue Johana quelques minutes plus tôt se fit expulser de ses gonds, plantant les morceaux de la porte dans la cour, laissant apparaître une jeune femme au teint très pâle. Son corps semblait plus grand, plus fin, mais également plus maladif. Elle portait une grande robe verte, de grandes bandes recouvraient ses avant-bras et un large masque, sa bouche. Son regard, devenu gris, semblait vide : elle avançait comme ça vers eux, en flottant au-dessus du sol, ses yeux hagards se posant tout autour d'elle.

Après un court instant de consternation générale, les élèves se mirent à crier, fuyant cette apparition le plus vite possible. Félix prit un air dépité devant la tournure de la situation. Il tourna lentement la tête vers Camille qui elle aussi semblait très surprise. Quand leurs yeux se croisèrent, Félix lui fit comprendre toute sa désapprobation face à son comportement avec un regard noir et un hochement négatif de tête.

Pendant ce temps, l'akumatisée s'était remise en marche, s'avançant de plus en plus de Bridgette et ses amis. Cette dernière savait qu'elle allait devoir passer à l'action mais elle voulait s'assurer de la sécurité de ses camarades avant. Attrapant la main de Roxane qu'elle tenait toujours dans ses bras, elle se retourna vers les autres avec un regard déterminé.

-« On bouge ! » cria-t-elle afin de faire réagir tout le monde.

Elle n'eut pas à le répéter. Jehan hocha la tête en se relevant tandis que Kilian emportait Alizée dans ses bras, suivit de Maxence lui emboîtait le pas. Sullivan et Myriam, main dans la main, ne tardèrent pas à les suivre. Le grand métis attrapa le poignet d'Andréa afin de suivre le mouvement, entraînant également David à sa suite alors que Bridgette fermait la marche avec Roxane. Elle échangea un regard avec Félix qu'elle invita, par un mouvement de menton, à se joindre à eux. Le jeune homme, dont le regard alternait entre ses camarades et l'akumatisée, recula doucement vers le petit groupe, tentant de ne pas attirer l'attention sur lui.

Gothika poursuivait son avancée vers le centre de la cour. Elle balaya une nouvelle fois son regard tout autour d'elle avant de remarquer Camille, tétanisée contre le mur du bâtiment dont elle venait de sortir. L'akumatisée fronça aussitôt les sourcils avant de s'approcher d'elle, augmentant sa vitesse de déplacement.

La voyant faire, Camille se mit à hurler de frayeur avant de prendre la direction de la sortie, des larmes perlant à ses yeux. Mais la vilaine progressait vite et bientôt, elle ne fut qu'à quelques pas d'elle. La vilaine tendit son bras devant elle et aussitôt, les lanières qui l'entourait s'allongèrent pour venir s'enrouler autour des chevilles de la peste. Camille, déséquilibrée, tomba en avant, jetant un regard effaré en arrière en tentant de se dégager.

La voyant faire, Félix eut soudain un picotement dans les jambes. Si fuir le champ de bataille pour se transformer aurait été très simple maintenant que la vilaine était occupée, il se refusa pourtant à le faire. Il s'était promis de ne plus jamais laisser quelqu'un en arrière sans agir et il ne comptait pas briser cette promesse, même si pour cela il devait aider Camille.

Car si la peste méritait certes une bonne leçon, personne ne devait se faire déchiqueter sous le courroux d'un vilain, même si celle-ci l'avait pourtant bien cherché.

Alors qu'il était presque arrivé à la porte où avait disparu le groupe de ses camarades, Félix s'empara d'un balai à franges posé contre le mur, sourcils froncés. D'un mouvement de pied bien placé, il fit voler la tête du balai avant de s'élancer vers Gothika qui continuait d'emprisonner Camille dans ses bandes tandis que l'adolescente hurlait. Félix remarqua que l'akumatisée remontait sa main vers son masque, le faisant descendre sur son menton. À la vue du visage de la vilaine, Camille s'arrêta de hurler aussitôt, totalement paralysée de peur, ce qui ne rassura pas du tout Félix.

Profitant de cet instant d'inattention, le jeune homme arma ses bras pour abattre violemment son bâton de fortune sur le dos de l'akumatisée. Surprise et sonnée, celle-ci se laissa tomber sur le côté, desserrant malgré elle les lanières autour de Camille. Le jeune homme profita de ce court instant pour s'agenouiller auprès de la peste blonde pour l'aider à se défaire des bandes de Gothika. Camille se dandina le plus vite possible jusqu'à être totalement libre, reculant autant qu'elle le pouvait.

D'un mouvement rageur, Gothika donna un grand coup de bras qui fit voler Félix quelques mètres en arrière. Le jeune homme se protégea l'arrière de la tête alors qu'il effectuait une roulade sur le dos peu contrôlée.

-« Cours ! hurla-t-il à Camille qui se relevait à peine. Va-t-en d'ici ! »

La jeune fille n'attendit pas plus longtemps avant de tourner les talons, prenant une nouvelle fois la direction de la grande porte du lycée. Gothika, la voyant s'éloigner de nouveau, grogna avant de se retourner vers Félix, ses yeux hagards devenus perçants, alors qu'elle s'approchait dangereusement de lui. Et alors que la vilaine progressait, le jeune homme compris le regard effaré de Camille qui avait vu le visage découvert de la vilaine.

Le masque toujours descendu au niveau du menton, Gothika arborait une bouche fendue jusqu'au centre des joues, cette plaie lui permettant d'ouvrir plus largement la bouche. Le jeune homme resta tétanisé devant l'horreur de cette vision, totalement figé par ce qu'il voyait, incapable de bouger.

Alors qu'ils progressaient dans les entrailles du bâtiment, Bridgette jeta un regard en arrière avant d'arrêter sa course. Elle constata avec effarement que Félix ne les suivait pas.

-« Bridgette ? demanda Roxane que la jeune fille tenait par la main. Qu'est-ce qui se passe ? »

Consciente qu'elle devait trouver au plus vite un instant pour pouvoir se transformer, la jeune fille vit en l'absence de Félix un prétexte parfait pour s'éclipser.

-« Félix n'est pas là, il est peut-être en danger, répondit la jeune fille en posant ses mains sur les épaules de son amie. Je vais le chercher. »

-« Non Bridgette ! clama Roxane en retenant la jeune fille. Ladybug et Chat Noir vont s'en occuper, je suis sûre qu'ils vont arriver d'un moment à l'autre. Viens te mettre à l'abris avec nous ! »

-« Je dois m'assurer qu'il aille bien, protesta l'adolescente en reculant de quelques pas. S'il lui arrive quelque chose, je ne pourrais pas me le pardonner. Pars devant, on vous rejoint dès que je l'ai retrouvé, c'est promis. »

Avant que Roxane n'ait pu ajouter quoi que ce soit, Bridgette tourna les talons afin de s'élancer dans l'autre sens dans le couloir. Jetant un regard par-dessus son épaule pour s'assurer que sa camarade ne la suivait pas, la jeune fille tourna dans un couloir et s'enferma dans la première salle qu'elle trouva ouverte. Regardant autour d'elle, Bridgette s'assura que l'endroit était bien vide, se baissant pour regarder sous les tables, ouvrant même le placard au fond de la pièce, avant de laisser Tikki sortir de la sacoche.

-« Je comprends la fureur de Johana mais on ne peut pas la laisser s'en prendre aux autres comme ça. » soupira Bridgette en regardant sa petite compagne.

-« La vengeance n'est jamais une solution. » affirma Tikki avec un hochement de tête.

-« Allez, les autres ont besoin de nous. » compléta l'adolescente avec un regard décidé à sa kwami.

La jeune fille se recula de quelques pas, ferma les yeux quelques instants afin de se concentrer avant de prononcer sa formule.

« Tikki ! Transforme-moi ! »

Une fois vêtue de son costume rouge à poids, la jeune fille sortit discrètement de la salle de classe avant de s'élancer dans le couloir, direction la sortie vers la cour. Elle se doutait que la vilaine avait sûrement voulu prendre immédiatement Camille pour cible. Et même si Bridgette ne la supportait pas du tout, Ladybug avait juré protection à tous les parisiens, qu'ils soient bons ou mauvais.

Passant par la porte que Gothika avait fait voler en éclat, Ladybug s'arrêta un instant, cherchant l'akumatisée des yeux. Les recherches prirent fin très vite, repérant la vilaine près de la grande sortie, s'approchant bien trop près de Félix qui semblait totalement tétanisée.

Gothika, énervée d'avoir été interrompu par le jeune homme, se jeta sur lui, plantant ses ongles dans les épaules du jeune homme. Reprenant ses esprits, le garçon eut juste le temps de récupérer le manche à balai qui lui servait de bâton de fortune afin de repousser l'akumatisée du mieux qu'il pouvait. Mais loin de s'en formaliser, Gothika raffermit sa prise sur les vêtements du jeune homme et se mit à hurler, sa grande bouche s'ouvrant juste au-dessus de son visage.

Le cri que laissa échapper la vilaine était le son le plus horrible que Félix n'avait jamais entendu. Il ressemblait à des crissements d'ongle et de craies sur un tableau blanc, mais en beaucoup, beaucoup plus puissant. L'adolescent ferma les yeux en continuant de tenter de repousser son assaillante qui hurlait toujours. Mais elle était puissante et ne semblait pas vouloir bouger.

La puissance du cri fit voler en éclat toutes les fenêtres autour d'eux, ne pouvant résister à ce bruit assourdissant qui faisait tout vibrer sur son passage. Félix fut soudain pris de nausée et ses oreilles le faisaient atrocement souffrir. Il aurait voulu devenu sourd à l'instant, l'onde du cri se propageant dans tout son corps qui tremblait. Le jeune homme avait l'impression de bouillir de l'intérieur et se mit bientôt à crier lui aussi, mais de douleur.

Soudain, il sentit le poids de la vilaine sur son corps disparaître. Il rouvrit les yeux pour apercevoir Ladybug sur sa droite qui avait attrapé la vilaine dans son yoyo, le dégageant ainsi de son emprise et faisant cesser son cri insoutenable. Maintenant fermement l'akumatisée au sol, l'héroïne tourna les yeux vers Félix qui se redressait sur ses coudes, totalement sonné et ahuri de ce qui venait de lui arriver. Elle lui fit un mouvement de menton, lui demandant silencieusement de quitter les lieux le plus vite possible afin qu'il puisse se mettre à l'abri.

Le jeune homme hocha doucement la tête et se releva péniblement, les jambes toujours tremblantes. Il était assailli par un mal de tête incroyable qui le fit grimacer. Relevant les yeux vers sa partenaire qui se débattait avec la vilaine, Félix secoua la tête pour se remettre les idées en place.

Il se dirigea vers le bâtiment le plus proche, tentant d'ignorer le tambourinement de ses tympans, et mettant une main sur sa poitrine, là où était caché Plagg. Il espérait intérieurement que son kwami n'avait pas trop souffert de l'attaque, étant lui aussi aux premières loges. Il s'enfonça légèrement dans les profondeurs du bâtiment et s'arrêta à un angle de couloir dont la lumière était éteinte, lui prodiguant une couverture suffisante pour se transformer après s'être assuré que le couloir était bien désert. Il écarta le pan de sa veste pour laisser sortir son petit compagnon qui se tenait aussi la tête de ses pattes. Ses oreilles étaient baissées, signe d'un évident inconfort.

-« Est-ce que ça va ? » murmura Félix, quelque peu haletant de sa course dans les couloirs.

-« Je survivrai, répondit Plagg en relevant ses grands yeux verts vers son porteur. Quel idiot d'avoir fait ça aussi, tu aurais pu te transformer depuis longtemps et on aurait évité ça. »

-« Je ne pouvais pas la laisser s'en prendre à Camille, soupira Félix en se reculant contre le mur derrière lui. Même si tout est de sa faute, elle ne mérite pas ça, personne d'ailleurs. »

-« Tu es vraiment un garçon étrange, répondit Plagg en secouant la tête. Tu commences par dire qu- »

-« On en discutera plus tard, protesta l'adolescent en coupant son compagnon. Pour l'heure, il faut stopper… ce monstre avant que tout le monde dans cette ville ne devienne totalement sourd. »

Plagg se contenta d'émettre un petit reniflement outré, sûrement peu content de s'être fait couper la parole de la sorte. Félix tourna une nouvelle fois la tête vers la gauche, puis la droite. Personne. Rassuré, le garçon prit une profonde inspiration, tentant une nouvelle fois de faire abstraction de ce mal qui résonnait dans toute sa boite crânienne avant de prononcer ses mots magiques.

« Plagg, transforme-moi ! »

Devenu Chat Noir, le jeune homme fit aussitôt demi-tour. Il fut à la fois surpris et heureux de constater que son mal de tête avait drastiquement chuté, sûrement dû au fait que son costume lui procurait une grande protection et résistance, comme lui avait expliqué Plagg. Il fit en sorte de sortir par une autre porte que celle par laquelle Félix avait disparu, afin de ne pas éveillé les soupçons.

Il sortit par une des portes de secours qui menaient dans la cour. Lorsqu'il aperçu sa coéquipière, allongée au sol, lutant désespérément contre Gothika qui tentait de la coincer dans ses bandes et qui commençait à ouvrir la bouche, le jeune homme ne perdit pas une seule seconde. Il décrocha son bâton de son dos, le fit grandir avant d'armer ses bras sur le côté, assénant un grand coup dans l'épaule de l'akumatisée, tel un joueur de baseball dans une balle. La vilaine remarqua trop tard sa présence et n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit. Elle partit rouler sur le côté tandis que Chat Noir passait son bras autour du buste de sa partenaire pour l'aider à se relever rapidement.

-« Est-ce que ça va ? » demanda-t-il en scannant sa coéquipière.

-« Oui, grâce à toi, répondit distraitement la jeune fille en raccrochant son yoyo à sa hanche. J'ai été tellement… surprise par son visage que je n'ai rien pu faire. » avoua-t-elle en cachant sa propre bouche.

-« Moi aussi j'ai été surpris, avoua Chat Noir avec un hochement de tête. Mais il va falloir rester concentrer, on ne doit pas se laisser dépasser. »

Plus loin, l'akumatisée se relevait, dévisageant Chat Noir avec haine. Elle replaça son masque sur sa bouche, ses sourcils toujours froncés.

-« Je te parie que l'akuma est dans son masque. » murmura le héros en faisant tournoyer son bâton à côté de lui.

-« Elle n'a pas d'arme, je pense que ce sera simple de l'attraper à deux. » répondit Ladybug avec un petit sourire.

Ayant entendu la dernière remarque de l'héroïne, Gothika se redressa complètement. Elle écarta légèrement les bras, ce qui fit mettre les deux héros de Paris en garde. Mais la vilaine ne fit pas un pas vers eux, et se contenta de disparaître dans un nuage de fumée noire sous le regard surpris de Ladybug et Chat Noir. Les deux coéquipiers regardèrent le nuage s'attarder à la surface du sol avant de s'éloigner vers l'entrée.

Les deux adolescents échangèrent un regard avant de s'élancer à la poursuite de la vilaine. Arrivée sur le parvis, ils purent voir Gothika reprendre forme au milieu de la rue. La nuit était tombée à présent et la rue était éclairée par l'éclairage public tout autour d'eux. Se tournant vers les héros, la vilaine retira de nouveau son masque, leur adressa un petit sourire narquois avant de lever la tête pour pousser un nouveau cri.

Ladybug et Chat Noir n'eurent pas le temps de faire quoi que ce soit. Le cri, qui sembla pire aux oreilles des héros que le premier, les obligea à se boucher les oreilles avec une grimace de douleur. Les symptômes furent les mêmes : une sensation de nausée s'empara des deux coéquipiers tandis qu'ils avaient l'impression de brûler de l'intérieur. Ladybug priait intérieurement pour que ses amis soient à l'abri de cette horreur et qu'ils n'aient pas à subir cela. Au bout de quelques instants, les ampoules des lampadaires se mirent à exploser les unes après les autres jusqu'à ce que tout le quartier se retrouve plonger dans le noir. Satisfaite, Gothika replaça son masque et disparu de nouveau dans sa fumée noire.

Se protégeant de la chute d'éclats de verre sur eux, due au fait que le cri de l'akumatisée avait également fait éclater les vitres de tous les bâtiments aux alentours, les deux héros se remirent sur leurs jambes en soupirant.

-« Qu'est-ce que tu disais ? » demanda Chat Noir en se tournant vers sa coéquipière.

-« Ok, ça ne va pas être SI simple que ça. » répondit-elle avec un petit rire contrit.

Le garçon émit un faible sourire en constatant que l'obscurité autour d'eux ne l'affectait pas autant qu'il l'aurait pensé. À l'égal des vrais félins, le jeune homme voyait aussi bien que s'il avait été en plein jour, ou du moins comme s'il regardait la rue à travers une caméra infra-rouge. Il regarda ses mains, puis sa coéquipière qui, elle, semblait avoir du mal à se repérer.

Profitant de cet instant d'inattention, Gothika s'était déplacée dans le dos des héros sans faire de bruit, comptant bien surprendre ses deux adversaires.

« C'est très bien ma chère, susurra la voix du Papillon dans les oreilles du la vilaine. Rapporte-moi les bijoux magiques et je t'offrirai un pouvoir illimité. »

Gothika se contenta d'acquiescer sans dire un mot. Pourtant, le mouvement de pas derrière lui suffit à attirer l'attention de Chat Noir. Il repéra tout de suite la présence de Gothika, qui tendait déjà les mains vers sa coéquipière pour la saisir dans ses bandes. Le jeune homme se jeta sur Ladybug pour la faire se décaler le plus rapidement possible, la plaquant au sol avant de décrocher son bâton pour repousser la vilaine.

Ladybug tentait de suivre les mouvements de son coéquipier, pestant contre l'obscurité ambiante dont ses yeux n'arrivaient pas à s'habituer. Chat Noir plaça son bâton au niveau des chevilles de l'akumatisée avant de lui donner un grand coup d'épaules afin de la faire chuter. Le garçon tendit aussitôt le bras pour tenter de se saisir du masque de cette dernière mais Gothika fut plus rapide. Aussitôt au sol, elle s'empressa de disparaître de nouveau dans un nuage de fumée, ce qui fit grogner le héros de Paris de contrariété.

-« Elle est rapide, ça va être plus compliqué que prévu. » soupira Chat Noir en aidant sa coéquipière à se relever tout en regardant autour de lui.

-« Comment tu fais ça ? » demanda Ladybug, admirative devant la simplicité avec laquelle son partenaire se déplaçait dans l'obscurité.

Comprenant la surprise de sa coéquipière, le héros ne put s'empêcher de prendre un ton narquois.

-« Tu n'es pas sans savoir que les chats sont nyctalopes, n'est-ce pas ? railla-t-il en posant sa main sur sa poitrine. Malheureusement, je doute que les coccinelles aient ce genre de capacité ma lady. »

Ladybug tressaillit en entendant le surnom que venait de lui donner son coéquipier. Mais loin de s'en formaliser, un large sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle détaillait Chat Noir malgré le faible éclairage. Ce dernier, prenant conscience de ce qu'il venait de dire, cacha sa bouche tandis qu'il se sentait rougir. Il n'avait pas réfléchi un seul instant à ses mots, se contentant de dire ce qui lui passait par la tête. Cela ne lui était jamais arrivé, et il redouta un instant d'avoir été irrespectueux auprès de Ladybug, en plus du ridicule qu'avait entraîné ce surnom. Mais voyant sa partenaire sourire, il ravisa son jugement en la détaillant lui aussi, laissant retomber sa main.

-« Bon assez de vantardise chaton, appuya Ladybug avec un autre sourire narquois. On a une akumatisée à attraper. »

L'héroïne passa à côté de son partenaire qui s'empourpra de plus belle en cachant son visage. Chat Noir fut plus qu'heureux que sa coéquipière ne puisse pas voir sa tête aussi rouge qu'il ne l'était à cet instant. Ce petit surnom, bien qu'il était un simple surnom affectif en réponse à celui qu'il lui avait donné sans le faire exprès, avait touché le héros bien plus qu'il ne l'aurait jamais pensé.

Il ne s'en formalisa pas non plus, comprenant que Ladybug n'insinuait rien derrière, si ce n'est une petite blague pour le taquiner. Le jeune homme inspira profondément avant de se retourner à nouveau vers Ladybug qui scrutait la rue, les yeux plissés.

-« Rah… Rien à faire, je ne vois rien du tout ! maugréa-t-elle en posant ses mains sur ses hanches. Je crois que tu vas encore devoir être en première ligne, soupira-t-elle en se tournant vers son coéquipier. Je suis désolée pour ça. »

-« Ça va, je commence à avoir l'habitude, railla le jeune homme en se raclant légèrement la gorge. Et puis, c'est la partie la plus intéressante de la mission de toute façon. »

-« Ah tu trouves ? rit Ladybug. Bon, première étape, retrouver Gothika, après on avisera. »

Chat Noir hocha la tête en regardant tout autour de lui. Bien que ce petit entrevu l'ait quelque peu détendu, le jeune homme était toujours écrasé par une énorme pression dans sa poitrine. Même si le rôle de Chat Noir devait de plus en plus familier, le garçon ressentait toujours un énorme stress en enfilant le costume pour aller affronter un nouveau vilain. Mais heureusement pour lui, la présence et l'aide de Ladybug dans cette grande mission qu'était de sauver Paris suffisait à le rassurer.

Un bruit sur sa droite fit tourner les yeux de Chat Noir. Il aperçut soudain le nuage de fumée de Gothika qui s'éloignait de plus en plus. Le jeune homme serra les poings avant d'avertir sa coéquipière qu'ils devaient se dépêcher de la suivre afin de ne pas la perdre de vue. Le héros dévala les escaliers du parvis, suivis de Ladybug qui progressait toujours à tâtons.

-« Pars devant, dit-elle à son coéquipier qui avait déjà avancé dans la rue alors qu'elle n'était qu'au bas des marches. Je vais me débrouiller ! »

Chat Noir scanna un instant sa partenaire avant de revenir sur ses pas. Plagg le lui avait répété mainte et mainte fois : Ladybug et Chat Noir n'étaient rien l'un sans l'autre et en aucun cas ils ne devaient se séparer, ils devaient toujours combattre côte à côte, c'était leur priorité. Alors, hors de question de laisser sa coéquipière en arrière, d'autant plus dans une situation dans laquelle elle était sérieusement handicapée. Sans plus réfléchir, il passa ses mains dans le dos et dans le creux des genoux de Ladybug pour la soulever et l'emmener avec lui.

-« Bon ok, dit-elle en s'accrochant à son cou. C'est peut-être mieux comme ça. »

-« Tu ne peux pas te battre efficacement dans ses conditions, répondit Chat Noir en secouant négativement la tête, il faut attirer l'akumatisée dans une zone encore éclairée. »

-« Il faut l'empêcher de crier, sinon elle neutralisera une nouvelle fois l'éclairage et je serai de nouveau inutile. »

Le héros acquiesça tout en continuant de suivre le nuage de fumée, loin devant lui. Heureusement pour les deux héros, Gothika semblait se diriger vers une zone plus éclairée, hurlant sur tous les passants qu'elle croisait afin de les faire fuir, ce qui semblait l'amuser fortement. Les lampes vacillaient mais n'avaient pas encore lâcher. La vilaine, sûrement lassée de ne pouvoir atteindre les deux héros de front, avait choisi le repli afin de trouver un autre plan d'attaque.

Redoutant de se faire repérer en continuant de suivre leur adversaire de la sorte, Ladybug indiqua à Chat Noir les toits, afin de se faire plus discrets. Le héros s'exécuta, décrochant son bâton dans son dos pour se propulser et se poser souplement sur les ardoises du toit, juste au-dessus de la rue où Gothika progressait. Le jeune homme reposa sa coéquipière au sol avant que les deux héros ne se penchent vers le bas de la rue afin d'observer la vilaine en contrebas.

-« Elle ne semble pas nous avoir vu, il faut en profiter. » dit Ladybug en se tournant vers son coéquipier.

-« Tu as un plan ? » demanda le jeune homme avec un léger hochement de tête.

-« Je pense qu'il est temps d'utiliser mon pouvoir ! » répondit-elle en se reculant.

Mais l'exclamation de Ladybug, peu discrète, suffit à faire relever les yeux de l'akumatisée. Repérant les deux héros, elle se mit à hurler de toute ses forces. Les deux jeunes gens n'eurent d'autre choix que de se boucher les oreilles, tentant de résister du mieux qu'ils le pouvaient à se bruit toujours aussi assourdissant.

Mais ils n'étaient pas les seuls à souffrir de ce cri. Sous l'effet de l'onde de choc, le bâtiment sur lequel s'étaient posés les deux héros de Paris se mit à trembler. Une large fissure se dessina le long de la paroi, arrivant jusqu'aux pieds de Chat Noir qui se tenait au bord de la gouttière. La pierre fragilisée ne put soutenir plus longtemps le poids du jeune homme et céda, l'emportant avec lui dans sa chute. L'adolescent laissa échapper un cri de surprise, ce qui attira l'attention de Ladybug. Sans perdre un instant, elle se précipita vers le bord de l'immeuble pour lancer son yoyo. Le filin s'enroula autour du pied du jeune homme qui se stoppa dans sa chute à quelques centimètres du sol. La tête en bas, Chat Noir s'autorisa à soupirer de soulagement.

Le morceau de corniche qui s'était décroché s'était écrasé sur la chaussée, faisant fuir Gothika de sa position, ce qui n'avait pas échappé au héros qui la regarda s'éloigner quelque peu dans un nuage de fumée. Reposant son coéquipier délicatement au sol, Ladybug sauta à son tour du toit pour venir se poser près de lui.

-« Merci, répondit Chat Noir en époussetant son costume. J'avoue ne pas l'avoir vu venir. »

-« C'est pour ça que je suis là pour rattraper tes erreurs ! » railla l'héroïne avec un petit clin d'œil.

Le jeune homme se contenta d'un sourire avant de reporter son attention vers Gothika qui leur faisait maintenant face, façon western.

-« Elle a évité les dommages de sa propre attaque, je pense qu'il faut utiliser cet élément contre elle. » murmura Chat Noir en serrant les poings.

-« C'est-à-dire ? » demanda Ladybug en faisant tournoyer son yoyo.

-« Je pense que si j'arrive à capter son attention suffisamment longtemps, tu auras le champ libre pour l'attaquer par surprise. »

Ladybug prit un air pensif. Même si son partenaire avait vu juste, elle ne pouvait décemment pas le laisser se mettre en danger tout seul. Elle ne pourrait supporter de le voir se blesser par sa faute.

-« Je crois que cette fois-ci, nous avons vraiment besoin d'un petit coup de pouce. » souffla l'héroïne.

Elle dévisagea Gothika avec un air sombre, la mettant au défi de l'interrompre de nouveau. Ladybug recula de quelques pas sous les yeux de son coéquipier avant de lancer son arme au-dessus d'elle en prononçant sa formule magique.

« Lucky Charm ! »

À peine les mots prononcés, une myriade de coccinelles apparurent autour des deux héros, tourbillonnèrent au-dessus d'eux avant de laisser un objet arrondi, rouge à poids noir dans les mains de Ladybug. Chat Noir se rapprocha de sa coéquipière pour observer les deux objets avant de hausser un sourcil, circonspect.

-« Un casque anti-bruit de chantier ? » murmura-t-il en relevant les yeux vers elle.

-« Au moins, on sait à quoi il va me servir, répondit l'héroïne avec un petit sourire. Le tout, c'est de savoir QUAND l'utiliser. »

Ladybug regarda autour d'elle, cherchant une idée. Soudain, tout devint clair. Dans la pénombre de la rue, elle regarda son partenaire, le grand bâtiment duquel ils étaient tombés quelques minutes auparavant puis la vilaine au bout de la rue qui progressait vers eux, les mains en avant. Elle hurlait, faisant exploser vitres et lampadaires sur son passage.

« Récupère les bijoux magiques ! ordonna Papillon à la vilaine. Après seulement tu auras le droit de terroriser toute la ville. »

La vilaine se contenta de hocher la tête avant de disparaître dans un nouveau nuage de fumée, fondant sur les héros, droit devant elle. Ladybug regarda de nouveau le bâtiment à leur droit, fragilisé par l'attaque de Gothika avant de s'avancer vers Chat Noir.

-« Quand je te le dis, tu détruis la façade du bâtiment à coup de Cataclysme, d'accord ? » murmura-t-elle en montrant l'immeuble du doigt avant de passer le casque anti-bruit autour de son cou.

-« Compris. » répondit son partenaire en arquant ses jambes.

Il serra les poings avant de prononcer sa formule en levant sa main au-dessus de sa tête.

« Cataclysme ! »

Son poing fut aussitôt englobé d'une masse noirâtre tandis qu'il faisait un petit mouvement de tête à Ladybug pour lui annoncer qu'il était prêt à passer à l'action. Aussitôt, la jeune fille fila sur la gauche pour se cacher derrière les quelques voitures garées sur le bas-côté. Chat Noir en profita pour se déplacer vers l'immeuble que sa coéquipière lui avait indiqué alors que Gothika arrivait vers lui. Aussitôt sortie de son nuage de fumée, elle lança ses bandes vers le héros qui esquiva avec un saut sur le côté.

Ladybug, sur le toit d'une voiture, attendit que la vilaine se place là où elle le désirait, bien en face de la façade de l'immeuble pour lancer son yoyo. Alors que la vilaine ouvrait la bouche pour lancer un nouveau cri vers Chat Noir qui serrait les dents, le filin s'enroula autour de la taille de l'akumatisée. Surprise, Gothika s'arrêta net, cherchant à comprendre ce qui venait de l'immobiliser.

-« Maintenant Chat Noir ! » cria l'héroïne alors que la vilaine se tournait vers elle, un air meurtrier sur le visage.

Le héros n'attendit pas une seconde de plus. Il se mit à courir le long de l'immeuble, laissant glisser sa main sur la pierre qui se dégradait peu à peu en poussière noire. Bientôt, toute la façade de l'immeuble fut touchée et commença à se désagréger.

Le mouvement fut si rapide que Gothika n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait. Elle n'eut que le temps de voir les blocs de pierre s'écrouler autour d'elle. Paniquée, la jeune fille se laisse disparaître une nouvelle fois dans un nuage de fumée. Avec un petit sourire, Ladybug en profita pour raccrocher son arme à sa taille et passer le casque anti-bruit.

Alors que la vilaine réapparaissait, quelque peu déstabilisée par ce qui venait de se passer, Ladybug bondit du toit de la voiture, enroula de nouveau son yoyo autour de l'akumatisée pour la faire chuter au sol alors qu'elle atterrissait tout près d'elle. Elle se jeta sur elle pour l'immobiliser au sol. Aussitôt, Gothika se mit à hurler pour tenter de se dégager.

Chat Noir, à quelques pas, mit un genou au sol en se bouchant les oreilles, toujours affaibli par ce cri horrible qui lui vrillait les tympans tandis les vitres autour d'eux explosaient et que l'éclairage de la rue vacillait. Mais Ladybug fut loin d'être déstabilisée par l'attaque frontale de Gothika. Protégée par le casque, elle entendait à peine son adversaire hurler.

Avec un petit sourire de satisfaction, elle arracha le masque du visage de la vilaine avant de le déchirer sans ménagement. Alors que le tissu cédait, l'akuma sortit de sa cachette et commença à voleter autour des deux jeunes filles tandis que Johana perdait son costume de vilaine. Ladybug se releva et fit tournoyer son yoyo à côté d'elle.

-« Tu as assez fait de mal comme ça petit akuma, je te libère du mal ! » cria-t-elle alors qu'elle attrapait le petit insecte dans son arme.

L'akuma en sortit d'un blanc immaculé et l'héroïne le laissa s'envoler avec un sourire satisfait. Chat Noir en fit de même en se relevant avant d'échanger un sourire avec sa coéquipière. Cette dernière retira son casque qu'elle portait toujours sur les oreilles avant de le lancer haut au-dessus d'elle.

« Miraculous Ladybug ! »

Aussitôt, la nuée de coccinelles réapparut pour tout réparer. La façade de l'immeuble détruite par le Cataclysme de Chat Noir retrouva son allure d'origine tandis que le verre brisé étalé partout dans la rue disparu tandis que les vitres revenaient à leur place dans les fenêtres des appartements et des voitures. Les lampadaires furent aussi réparés, éclairant de nouveau le quartier de manière normale.

Johana, qui se tenait la tête, regarda les deux héros de manière ahurie, assimilant progressivement ce qui venait d'arriver.

-« Je.. murmura-t-elle d'une toute petite voix avant de baisser la tête. C'est…Je ne voulais pas. »

-« Tout va bien, rassura Ladybug avec un petit sourire. Tu as été akumatisée par le Papillon mais tout ira bien maintenant, tu n'as rien à craindre. »

-« Non… C-C'est Camille… reprit Johana en serrant les poings. Elle… »

Chat Noir et Ladybug se regardèrent avant de hocher la tête. Aucun des deux ne pouvait avouer à l'autre qu'il connaissait les tenants et les aboutissants du problème qui tracassait Johana sans mettre en péril son identité secrète. Il fallait donc faire comme si de rien n'était.

-« Nous allons te raccompagner au lycée, expliqua Ladybug en se penchant vers Ladybug. Tu pourras nous expliquer tout ça en chemin. »

Passant son bras autour de la taille de son amie, Ladybug déploya son yoyo vers la cheminée et se propulsa, tandis que Chat Noir leur emboîtait le pas grâce à son bâton. Sur le chemin du retour, Johana expliqua d'une voix mêlée de honte et de colère, ce qui était arrivée durant la soirée d'Halloween, la situation d'Alizée à cause de Camille et pourquoi elle s'était autant énervée, montrant la bretelle de sa robe déchirée à l'héroïne qui prit à son tour une mine triste en constatant la réelle détresse de sa camarade.

Elle aussi était profondément contrariée par ce qui était arrivé ce soir et même par le comportement de Camille en général mais elle n'avait pas réalisé à quel point ses amis en souffrait eux aussi. Elle n'avait pas pris pleinement conscience de la situation, ce qui lui donnait encore plus envie de passer à l'action vis-à-vis de sa peste de camarade.

Arrivés sur le parvis du lycée, les deux héros souhaitèrent tout de même une bonne soirée à la grande brune, lui conseillant de parler au personnel compétent et de tenter de calmer sa colère, lui rappelant que, bien qu'elles étaient compréhensibles, sa haine et son envie de vengeance étaient tout sauf constructives. Johana se contenta de hocher brièvement la tête, les yeux baissés. Avec un petit sourire de compassion, Ladybug posa sa main sur l'épaule de la jeune fille.

-« Je suis sûre que tout finira par s'arranger. En attendant, essaye d'exprimer ta colère d'une autre façon. La seule chose qui permet au mal de triompher, c'est l'inaction des Hommes de bien. Ne vous laissez pas faire et ça finira par payer, tu verras. »

Johana releva la tête vers l'héroïne avec un large sourire sur le visage, ce qui rassura Ladybug. Elle était convaincue qu'en luttant tous ensemble contre Camille, elle finirait par se lasser voire même peut être finir par devenir une autre personne, bien plus gentille que celle qu'elle était aujourd'hui. Elle en était intimement persuadée, même si cela allait demander beaucoup de temps et de travail.

Après un ultime signe de main à la jeune fille, Ladybug et Chat Noir quittèrent les lieux, se posant sur un toit non loin de là, à l'abris des regards.

-« Tu penses que ça ira pour elle ? » demanda Chat Noir en croisant les bras, inquiet de voir sa brune camarade se faire de nouveau akumatiser à cause d'un excès de colère contre Camille.

-« Elle a l'air bien entourée, je suis sûre que tout finira par s'arranger, affirma Ladybug avec un petit sourire sur le visage. Notre rôle de héros nous demande aussi d'être à l'écoute des autres, de ceux que nous aidons. Mais nous ne pouvons pas toujours tout arranger en un claquement de doigt, certaines choses demandent du temps avant de rentrer dans l'ordre. Nous avons rempli notre mission et nous avons réussi à lui redonner courage. Je pense pouvoir dire que notre mission est accomplie. »

Avec un sourire plus large, Ladybug tourna les yeux vers son partenaire en levant son poing vers lui. Laissant échapper un petit rictus amusé, celui-ci peignant aussi un sourire sur le visage de Chat Noir, le héros vint cogner ses phalanges contre celles de sa partenaire.

-« Bien joué partenaire. » félicita Ladybug avec un hochement de tête.

Un bip s'échappant de leur miraculous respectif firent tiquer les héros. Les jeunes gens s'écartèrent de quelques pas l'un de l'autre sans se quitter du regard. D'un mouvement machinal, Ladybug décrocha son yoyo de sa hanche, l'accrocha à une cheminée tout proche avant de se tourner de nouveau vers son partenaire.

-« À plus, chaton ! Au fait, je suis sûre que tu vas faire un malheur avec ton costume ce soir ! rit l'héroïne avec un petit clin d'œil. Les chats noirs font toujours sensation à Halloween ! »

Après un ultime sourire, la jeune fille prit son élan avant de s'élancer sur les toits, sous le regard de Chat Noir qui posa ses mains sur ses hanches en la voyant s'éloigner, retenant un rire devant la facétie de sa coéquipière.

-« À bientôt ma lady. » souffla le jeune homme avec un petit sourire, sentant son cœur battre soudain à un rythme plus élevé.

Chat Noir resta immobile encore quelques instants, penseur, avant qu'un nouveau « bip » de sa chevalière ne la ramène à la raison. Il tourna les talons, prenant la direction opposée à celle de sa partenaire. Il regarda en contrebas pour s'assurer que la rue était vide, puis se laissa glisser de la gouttière avant de se détransformer. Récupérant Plagg dans ses paumes, Félix le cacha dans le pli de sa veste, lui promettant de le nourrir aussitôt qu'il aurait récupéré son sac en lui sommant le silence. Il fallait qu'il rejoigne l'intérieur du lycée sans se faire voir. Remarquant une sortie de secours de l'établissement, le jeune homme poussa un soupir de soulagement en constatant que celle-ci n'était pas verrouillée. Il pénétra de nouveau dans les couloirs, s'assurant que personne ne l'avait vu faire.