Bonjour !

Tout d'abord, je tiens à vous remercier pour vos adorables reviews, c'est dingue de constater le nombre de personnes qui suivent Hermione et Tom dans cette aventure !

Croyez-le ou non, ce chapitre, le plus long depuis le début de cette fic, est prêt depuis deux jours, mais je me suis longuement interrogée... Le voici à présent :)

Bonne lecture !


« La vie, ce n'est pas d'attendre que les orages passent, c'est d'apprendre à danser sous la pluie. »
{Sénèque}


Le sort en question était relativement simple mais nécessitait une grande puissance magique. Dans le cas présent, il suffisait d'effectuer un sortilège d'inversion, complété par de la magie noire pour le renforcer, lui expliquait-il. Hermione le regardait s'activer, le visage serein. Elle le laissait faire uniquement parce qu'elle était certaine que le sortilège ne fonctionnerait pas. En effet, le sort d'inversion supposerait que la personne qui a infligé le sort existe. Or, Bellatrix n'existait pas. Pas encore, elle en était certaine. Le sort ne pouvait donc pas fonctionner, ce qui permettrait de donner un coup de canif à la croyance de Tom en la toute-puissance de la magie noire.

Il lui demanda de poser le bras à plat sur la table et entreprit de tracer les lettres avec sa baguette. La jeune femme ne put s'empêcher de frissonner, en songeant à ce qui avait causé la cicatrice en premier lieu. Sa chair se souvenait encore de cette douleur intense, innommable. L'ensemble de son système nerveux avait pris feu, sans aucun espoir d'apaiser la douleur. Elle avait voulu que tout s'arrête, l'hypothèse de la mort libératrice avait traversé son esprit. Et puis Bellatrix lui avait accordé un répit. Elle l'avait interrogée et devant les dénégations en larmes d'Hermione, elle s'en était prise à son bras, afin qu'elle n'oublie jamais ce qu'elle était.

Et à présent, il reposait sur le pupitre, maintenu par les doigts de Voldemort. Quelques semaines plus tôt, si quelqu'un lui avait annoncé qu'elle le laisserait volontairement pointer sa baguette sur elle, elle n'y aurait pas cru. Pas une seule seconde. Elle aurait dû se sentir bien plus alerte, méfiante, mais étrangement, ce n'était pas le cas. Malgré elle, malgré ses convictions, elle avait confiance.

Tom passa sa baguette pour la troisième fois sur les lettres, continuant son informulé, le front plissé dans une profonde concentration. La cicatrice ne s'estompait pas le moins du monde. Bien entendu, puisqu'elle avait raison.

« Si ça ne fonct…

- Cela fonctionnera, n'ayez crainte Miss Jean. Je vous l'ai promis. »

Il était aussi certain qu'elle. Cela pouvait donc durer longtemps… Au bout de cinq minutes, les lettres dans sa peau n'avaient pas changé. Les crampes n'étaient pas loin… Elle faillit prendre la parole à nouveau et retirer son bras, mais un regard de Tom la fit taire. Il y avait un mélange de perplexité et de méfiance dans ses yeux. Commençait-il à comprendre ? Elle prit l'air le plus innocent possible et esquissa une moue incertaine pour faire bonne mesure. Et puis, petit à petit, les mots s'effacèrent. Perplexe, Hermione s'efforça de ne pas laisser transparaître son trouble. Alors elle esquissa un sourire de gratitude devant l'expression triomphale du jeune homme.

« Je vous l'avais bien dit Miss », déclara Tom, un sourire en coin.

Le froid la gagnait toute entière, se répandant dans ses veines. C'était impossible. Le sort n'aurait jamais dû fonctionner. Qu'avait-elle fait ? Hermione soupçonna soudain Tom d'avoir triché et utilisé un autre sort de magie noire, pour ne pas perdre la face. Cela ne pouvait pas être un sort d'inversion, c'était tout bonnement impossible. La logique était la même que pour les objets magiques, tels que le sablier : sans existence, il ne pouvait y avoir de conséquence.

Elle était partagée entre la satisfaction de ne plus porter la marque de Bellatrix dans sa chair et l'horreur absolue. Elle avait eu recours à la magie noire. Or, elle en avait suffisamment lu et vu pour comprendre que l'un de ses dangers provenait de l'addiction qu'elle provoquait, abîmant l'âme de ses utilisateurs. Certes, techniquement, elle n'avait pas lancé le sort, mais elle était pleinement consentante. Qu'étaient devenus les mots gravés sur son bras ? Quel corps en était désormais le réceptacle involontaire ? Ce questionnement l'ébranla.

« Tom, je ne sais pas comment te… je veux dire, vous remercier… », dit-elle, en tentant de maîtriser les tremblements dans sa voix. « Je ne pensais pas que c'était possible… Merci. »

Une boule se forma dans sa gorge, signalant ainsi que les larmes débutaient leur ascension vers ses yeux, lentement mais sûrement. Hermione ne pouvait pas se permettre de s'éterniser dans cette pièce, devant Tom. Celui-ci, les sourcils froncés, semblait un peu pris au dépourvu par sa réaction, mais accepta ses remerciements.

« Je… Eh bien, il est temps que je vous laisse retourner à vos occupations… » Elle esquissa un sourire étrange et tapota ses robes à plusieurs reprises, telle une marionnette désaccordée. Ce faisant, elle reculait progressivement vers la porte.

« Miss Jean, attendez… », coupa le jeune homme, levant le bras dans sa direction.

« Merci Tom, vraiment », acheva la jeune femme, qui sortit enfin, avant que son dégoût et sa culpabilité achèvent de rompre les digues.

Elle ne vit pas l'expression blessée et désemparée de Tom, alors qu'elle prenait la fuite dans les couloirs.

Pendant trois semaines, l'ex-Gryffondor tâcha de l'éviter. Chaque fois qu'il tentait d'amorcer la conversation, elle trouvait un prétexte pour s'échapper. Parfois cependant, le sujet était si intéressant qu'elle restait pour débattre avec enthousiasme. Mais chaque fois, la réalité la rattrapait. Voldemort était dangereux. Cet homme avait déjà commis au moins quatre meurtres et fait enfermer un innocent à Azkaban pour un crime qu'il n'avait pas commis. Dumbledore l'avait mise en garde contre la facilité, une mise en garde qu'il avait déjà formulée dans son passé. Elle se souvenait de Cédric Diggory. Mais où se situait le bien ?

Sa boussole interne était complètement déréglée et il n'y avait personne pour la remettre sur les rails. Alors, elle s'était jetée à corps perdu dans l'exploration de la Salle sur Demande, sans succès. Elle doutait de plus en plus que Tom ait caché le journal à cet endroit, mais elle ne pouvait pas se permettre de laisser cette piste inexplorée. Au moins, elle avait ainsi l'impression de faire quelque chose.

Elle ne devrait pas se laisser happer par ses yeux noirs, qu'elle jugeait autrefois si vides et qui ne la laissaient plus parfaitement insensible. Son charme était un leurre, se répétait-elle, mais son corps la trahissait de plus en plus souvent, d'une manière parfaitement incompréhensible. Sa raison travaillait plus que jamais, lui rappelant inlassablement toutes les raisons pour lesquelles elle devrait s'en méfier, le haïr. Mais parfois, cette raison n'était pas assez forte et Hermione se surprenait à souhaiter le croiser, se persuadant qu'il ne fallait pas qu'il sache qu'elle l'évitait. Mais bien entendu, il le percevait car il était loin d'être stupide. En somme, elle était parfaitement ridicule, une honte et une disgrâce.

Le comportement de Tom n'était pas moins déroutant. Certains jours, il était taciturne et faisait semblant de ne pas la voir quand elle entrait dans une pièce qu'il occupait déjà. Parfois, au contraire, il lui semblait le voir partout où elle allait et il avait constamment un prétexte pour l'aborder. Jamais, cependant, il ne reparla de la cicatrice, ni de la faveur qu'elle lui devait. Un jour c'était une question sur le cours de rattrapage suite à son absence. Une autre fois, il avait un livre de métamorphose entre les mains et demandait son avis sur tel ou tel sortilège en prévision des ASPIC. Plus récemment, le sujet du Bal de Noël avait été remis sur la table.

Cette fois, il ne lui avait pas été possible de fuir, le professeur Dippet lui ayant expressément demandé de collaborer avec les préfets-en chef. Elle soupçonnait fortement Tom d'avoir soufflé l'idée au vieil homme, même si elle n'en comprenait pas le véritable objectif. C'est ainsi que la quatrième semaine, elle fut surtout occupée, entre autres, à préparer l'accueil des étudiants étrangers choisis pour intégrer Poudlard au second semestre et des professeurs volontaires, la préparation du tutorat, la décoration de la Grande Salle sous la direction de Roselyn, le recrutement du groupe de musique qui animerait la soirée. Par chance, Roselyn débordait d'enthousiasme et elle prit naturellement la tête des préparatifs. Parfois Tom lui lançait des remarques désobligeantes pour la forme, mais au fond cela les arrangeait beaucoup, Hermione et lui, de ne pas plus s'occuper de la planification des détails…

Les délégations arrivèrent un vendredi, la veille du bal. Les élèves s'étaient massés devant le château après les cours. Le professeur Dippet avait insisté pour qu'ils soient impeccablement alignés par maison et par promotion, ce qui leur donnait un allure de formation militaire. Hermione eut une impression de déjà-vu lorsqu'elle contempla le bateau de Durmstrang traverser la porte aquatique du lac de Poudlard, provoquant des « aaah » et des « ooooh » dans les rangs des plus jeunes. Quelques instants plus tard, alors que les premier étudiants nordiques débarquaient, de nouveaux cris d'émerveillement se firent entendre, cette fois en direction du ciel. La jeune femme sourit alors qu'elle regarda le carrosse de Beauxbâtons atterrir dans la pelouse. Son sourire flancha quelque peu lorsqu'elle se remémora la conversation avec les sirènes. Avait-elle bien fait de garder le silence ? Elle se sentit coupable de ne plus y avoir pensé ces derniers temps…

Un grand homme blond marchait à la tête des étudiants de Durmstrang et la jeune femme le reconnut immédiatement. Klaus ! Un sourire fleurit sur ses lèvres. Elle ne savait pas qu'il serait de la partie, les écoles ayant simplement communiqué des chiffres jusque là, certainement pour prévoir des changements de dernière minute. Elle nota en revanche, en lui jetant un regard en biais, que Tom l'avait également remarqué et que sa mâchoire s'était contractée. Peut-être que cela inciterait le jeune homme à l'éviter à son tour ?, songea-t-elle avec un espoir teinté de mélancolie.

« Hermione ! Quel plaisir ! »

Klaus la serra dans ses bras, avec un sourire désarmant, ce qui leur valut des regards emplis de curiosité. Klaus, tout comme Tom, ne passait pas inaperçu dans une foule.

« Klaus ! Quelle surprise ! J'ignorais que tu étais le professeur envoyé par Durmstrang ce semestre, tu t'es bien gardé de me le dire le mois dernier », répliqua-t-elle d'un ton faussement déçu.

Il éclata d'un rire sonore et souligna qu'à ce moment-là, rien n'était encore planifié et qu'il avait finalement trouvé un remplaçant pour assurer les cours et les tournois de duel en son absence. Il avisa soudain Tom, qui entrait dans le Hall, le regard espiègle et ajouta qu'il avait toujours un duel à gagner.

« Ce n'est pas une bonne idée », répondit sérieusement Hermione, les sourcils froncés.

Pour toute réponse, Klaus lui lança un clin d'oeil et ils s'engouffrèrent à leur tour dans le château.

Le professeur de Beauxbâtons était une femme d'une quarantaine d'années dont elle ne se souvenait pas le nom. Ce fut un soulagement qu'il ne s'agisse pas de Mr Bourdon, dont la jeune femme ne gardait décidément pas un bon souvenir. La Grande Salle était en effervescence. Les étudiants étrangers s'installèrent par petits groupes, au bout de chaque table, légèrement intimidés. Quant à Klaus, il s'assit tout naturellement à côté d'elle, sur la chaise vide du professeur Dumbledore. Il fallait avouer que le Suédois était une véritable bouffée d'air frais dans son quotidien grâce à son enthousiasme contagieux. A plusieurs reprises cependant, Hermione surprit le regard flamboyant de Tom Jedusor dans leur direction. Cela provoquait immanquablement des sensations désagréables dans son estomac, alors elle reportait rapidement son attention sur un Klaus bien plus inoffensif.

Le professeur Dippet se leva et intima le silence.

« Très chers invités, au nom de tous les étudiants et des professeurs de Poudlard, je vous souhaite la bienvenue. Nous espérons que durant cette semaine, avant votre retour vers vos foyers respectifs pour les vacances, vous vous acclimaterez au fonctionnement de Poudlard. Nous attribuerons à chacun d'entre vous un correspondant ou une correspondante parmi nos étudiants, qui partira en janvier au sein de votre propre école. Comme vous le savez, nous organisons un bal de Noël demain soir, ce qui nous permettra d'échanger dans un cadre festif. Mes chers élèves, je vous demande de réserver le meilleur accueil possible aux neuf étudiants de Durmstrang et de Beauxbâtons qui vont partager notre quotidien. »

Les applaudissements retentirent dans la salle, tandis que les jeunes gens les saluèrent, dont certains avec timidité.

« Je voudrais également remercier les professeurs Morovitch et Beauchamps de s'être prêtés à cette expérience. » De nouveaux applaudissements s'élevèrent des cinq tables occupées. « Le professeur Morovitch donnera des cours de duel, accessibles à tous les niveaux. Le professeur Beauchamp dispensera, quant à elle, un cours de philosophie magique, également accessibles à partir de la première année. Nous reviendrons plus tard sur les modalités d'inscription.

« Nos professeurs Gwytorn et Brûlopot iront enseigner respectivement l'Etude des Moldus à Durmstrang et les Soins aux Créatures Magiques à Beauxbâtons, et nous représenteront dignement. Enfin, je voudrais remercier chaleureusement vos préfets-en-chef Mr Jedusor et Miss Tillman, ainsi que Miss Jean, notre professeur de métamorphose, pour leur travail qui a rendu cet échange possible. »

Hermione tenta de ne pas paraître trop fière d'elle-même, mais son égo était indubitablement flatté. Le festin put commencer. Cette fois encore, les elfes de maison s'étaient surpassés. Leur esclavage suscitait toujours autant la désapprobation de la jeune femme mais, sans le soutien des elfes, tout juste pouvait-elle s'assurer qu'ils ne soient pas maltraités… Ses pensées dérivèrent vers le futur. A quoi ressemblait-il à présent ? Existait-il ? Continuait-il sans elle ou était-il entièrement chamboulé à cause de ses choix et de ses actions ?

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Voldemort aurait dû s'en douter. Qui d'autre serait venu de Durmstrang pour enseigner à Poudlard ? L'école ne pouvait décemment pas accueillir un professeur de Magie noire et l'insipide Morovitch avait ses raisons pour venir. Sans nul doute, c'est lui qui accompagnerait Hermione au bal.

Le comportement de cette dernière était d'ailleurs illisible ces dernières semaines. Elle se montrait à la fois très reconnaissante pour son intervention, mais aussi glissante qu'une anguille lorsqu'il s'agissait d'avoir une conversation avec lui. Il se posait des questions sur ce qu'il s'était passé. Le sort n'avait pas fonctionné comme prévu, alors pour ne pas perdre la face, il avait transféré la cicatrice à quelqu'un d'autre, clairement identifié cette fois, quelqu'un qui le méritait.

Hermione semblait le savoir et avait sûrement tenté de le piéger. Que s'était-il réellement passé ? Il y avait deux hypothèses possibles : soit elle se l'était infligé elle-même, ce qui était improbable, ou alors celui qui l'avait lancé est mort. Il avait alors songé à la manière dont la jeune femme lui avait affirmé avoir réglé le compte de son agresseur. Et si elle l'avait tué ? Etait-ce pour cette véritable raison qu'elle était capable de voir les Sombrals ? Etait-elle une meurtrière qui n'en était pas à son coup d'essai ? Elle pouvait par exemple être un agent infiltré… Cela expliquerait tellement de choses, mais ne résoudrait pas une question fondamentale : dans quel but ? Après qui en avait-elle ? Cette idée le séduisit, si bien qu'il ne s'attarda pas sur les éléments qui contredisaient au contraire cette théorie.

Il avait alors fait des recherches supplémentaires sur son compte. Cette fois, il trouva enfin des éléments qui avaient dû lui échapper auparavant. Elle était née en août 1919, ce qui lui donnait vingt-cinq printemps. Il n'était donc pas surprenant qu'aucun élève ne se souvienne d'elle à Poudlard. Il était pourtant persuadé qu'elle était bien plus jeune, mais sa nouvelle vérification des registres de Poudlard lui confirma qu'elle avait quitté l'école en 1937. Ses parents se nommaient Edward et Mary Jean, deux Moldus tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, tous deux décédés de la grippe espagnole. Elle était donc bien une Sang-de-Bourbe et, comme lui, elle avait grandi orpheline. Malgré ces révélations, le dégoût ne vint pas, mais cela ne le surprenait plus. Il se garda de partager le résultat de ses recherches à ses complices. Cela ne les concernait pas. Il ne trouva pas plus d'éléments sur son passé. Par exemple, qu'avait-elle fait pendant les sept années qui s'étaient écoulées depuis la sortie de Poudlard ? L'université magique n'avait pas pu durer aussi longtemps. Et si elle s'était mise en quête de ses origines, tout comme lui ?

Tout cela le poussa à s'entêter à engager la conversation avec Hermione, des semaines durant. Il partageait indubitablement une connexion avec cette femme, plus qu'avec n'importe qui d'autre, et curieusement, il ne s'en sentait pas affaibli. Sa réserve et ses secrets étaient sûrement dus à cette enfance traumatisante et cela n'avait rien à voir avec lui, se persuada-t-il. N'est-ce pas ?

Tandis que la jeune femme soufflait le chaud et le froid, le laissant souvent frustré, il avait tenté de reprendre la main sur son avenir. Les livres s'étaient accumulés devant Tom à la bibliothèque de Poudlard, témoins des nombreuses recherches sur les créatures magiques en Angleterre et ailleurs. Ses conclusions furent multiples. En premier lieu, les géants semblaient être ses alliés naturels. Sanguinaires et sans pitié, ils avaient tout de féroces soldats et étaient aisément manipulables lorsqu'on savait ce qu'ils recherchaient. Bien plus que les centaures dont il découvrit l'intelligence hors normes. Il était exceptionnellement ardu de duper un centaure. Le roi de France devait avoir réellement prouvé sa bonne foi au moment de la construction de Beauxbâtons, si bien que Voldemort décida de ne pas se servir d'eux. Le résultat n'en valait pas la peine. Les Détraqueurs étaient en revanche bien plus intéressants. Les plaidoyers pour la fermeture d'Azkaban lui avaient donné toutes les informations dont il avait besoin. Ces créatures se nourrissaient de la peur et du désespoir de ces victimes, les réduisant à l'impuissance. Il pouvait les rallier eux aussi, en leur donnant ce qu'ils recherchaient.

« Comment est-il, ce Morovitch ? », demanda Malefoy à voix basse. « Pourrait-il être un partisan de Grindelwald à votre avis ?

- Non, au contraire, il s'est présenté comme un opposant », répondit Tom. « Cela pourrait être un mensonge, mais j'en doute.

- En tout cas, il a l'air content d'être ici ! » , ricana Avery. « Encore un peu et les commères de l'école vont lancer les paris sur qui choisira la Jean entre le beau préfet-en-chef et le séduisant professeur nordique ! »

Il se tut immédiatement et baissa la tête devant le regard assassin de Voldemort. Avery avait de plus en plus tendance à se laisser aller ces derniers temps, ce que Malefoy et Lestrange ne se permettaient pas, pas encore. Il fallait qu'il réaffirme son pouvoir sur eux, et rapidement. Tom leur avait déjà signifié de se porter candidats pour Durmstrang. Avery et Lestrange avait été sélectionnés, au contraire de Malefoy, qu'il soupçonnait de ne pas avoir mis du sien dans le processus. Oui, il devait leur rappeler qui était le maître.

Sa colère grandit alors qu'il observa Hermione et Morovitch rire ensemble. Tous les arguments qu'il déployait dans son esprit n'avaient aucun effet contre le froid qui se répandait en lui, ni contre les contractions de son estomac à chacun des sourires de la jeune femme. Un moment donné, l'homme eut l'hardiesse de poser sa main sur son bras tout en lui parlant et Voldemort vit rouge. Peu importait qu'elle ait subtilement dégagé son bras après ce geste, tout ce qu'il remarqua fut qu'elle rayonnait.

« Avery, dis-moi… Qui as-tu invité au bal demain soir ? »

Le jeune homme pâlit au son doucereux de sa voix.

« Il y va avec Miranda Greengrass », répondit Malefoy à sa place, devant le silence d'Avery.

« Ah, Greengrass… » Les yeux de Tom s'étrécirent. « Sang-pur, sixième année à Serpentard, c'est bien cela ? Pas mal Avery.

- Oui », répondit le concerné, le regard fuyant.

« Y verrais-tu un inconvénient que je te l'emprunte pour demain soir ? Je n'y toucherai pas trop, promis », susurra-t-il avec un sourire carnassier.

La vision du jeune homme se renfoncer dans sa chaise et marmonner que bien sûr, il n'y avait aucun problème et que la jeune fille serait sans doute ravie de ce changement, était profondément satisfaisante. La prochaine fois, Avery y réfléchirait à deux fois avant de se montrer trop familier en sa présence.

« C'est donc réglé. Je te laisse le soin de la prévenir de me rejoindre à dix-neuf heures devant la Grande Salle. »

Ce fut l'humiliation ultime. Malefoy et Lestrange riaient sous cape, mais ils n'osèrent pas se moquer ouvertement. Ils ne souhaitaient pas prendre le risque que Voldemort s'en prenne à eux aussi. Il était de notoriété publique qu'Avery convoitait Greengrass depuis des années, mais il n'avait jamais osé sauter le pas, jusqu'à la semaine précédant le bal.

« Allons, Avery, ne fais pas cette tête. Si tu es sage, je te la rendrai plus tôt que prévu, peut-être même dés demain soir après l'ouverture du bal. »

Les yeux du Serpentard se levèrent, pleins d'espoir. « Bien Maître, merci Maître, vous êtes trop bon », murmura-t-il. Il se tut jusqu'à la fin de la soirée. Voilà comment Tom les maîtrisait, maniant à la fois le bâton et la carotte, la crainte et la gratitude. Satisfait, il se leva et rejoignit les étudiants de Durmstrang qui avaient également terminé leur repas. Il en reconnut quelques uns, avec qui il avait vaguement discuté, mais sans plus. Les étrangers furent escortés vers leurs appartements. Tillman fit de même avec les envoyés de Beauxbâtons. Ainsi qu'ils l'avaient prévu, Beauchamp et Morovitch - son estomac se contracta à nouveau à cette pensée - seraient accompagnés dans leur nouvelle demeure par Miss Jean.

Quelle mauvaise idée il avait eu en réquisitionnant Greengrass comme cavalière ! La jeune femme était arrivée avec quinze minutes de retard, afin d'être certaine d'être vue par tous au bras du beau Tom Jedusor. Résultat des courses : tout le monde était déjà entré dans la Grande Salle et Tom avait attendu seul au pied de l'escalier, se demandant toutes les minutes s'il devait monter la chercher de force ou non. Finalement, la jeune fille parut dans une invraisemblable robe de bal verte émeraude au jupon impressionnant. Certes, cela lui allait bien, mais cela justifiait-il l'attente qu'il avait endurée ? Elle avait noué ses cheveux blonds en un ravissant chignon surmonté de pierreries. Miranda Greengrass n'était pas là pour faire de la figuration.

Lorsque Tom entra enfin dans la Grande Salle, au bras de sa cavalière, tous les regards se tournèrent vers eux. Il sourit avec satisfaction aux murmures qui les accompagnait le long de leur marche vers le centre de la pièce où Lestrange, Malefoy et Avery l'attendaient. Ce dernier était venu seul et regardait la fille à ses côtés, subjugué.

Mais celle que Tom vit immédiatement, c'était Hermione. Dans un coin de la pièce, elle conversait avec Morovitch, toujours lui, et le professeur Beauchamp, les yeux pétillants, indifférente à leur entrée. Resplendissante, elle était vêtue d'une simple robe dorée étincelante près du corps. Sa chevelure, habituellement si bouclée, coulait le long de son dos, lisse et sans ornement. Elle était tout bonnement à couper le souffle.

Mu d'une inspiration soudaine, il entraîna Greengrass et se rapprocha du cercle professoral. Sa cavalière s'accrocha à lui avec poigne et souriait tout autour d'elle d'un air hautain. Quand elle vit Hermione, son menton se releva avec défi et il sembla qu'elle voulait fusionner avec Tom Jedusor. Cela l'agaça profondément mais il eut la délicatesse de ne rien laisser paraître. Morovitch fut le premier à les remarquer.

« Tom, mon garçon ! Quel plaisir de te revoir !

- Moi de même, professeur Morovitch. Professeur Beauchamp, professeur Jean, permettez-moi de vous présenter Miss Greengrass, ma cavalière ce soir. »

Hermione parut se rendre compte de sa présence pour la première fois ce soir. Ses yeux s'écarquillèrent imperceptiblement, mais elle leur sourit de manière tout à fait charmante, complimentant leur apparence.

« Merci, Miss Jean », répondit la Serpentard, serrant le bras de Tom plus fort que jamais. « J'ai tellement hâte de danser avec Tom ce soir, je suis sûr qu'il fera un cavalier merveilleux, ne pensez-vous pas ?

- Oh, euh… Sûrement, Miranda », répondit-elle d'un ton poli.

Leurs yeux se croisèrent un quart de seconde. C'était déjà trop pour Tom qui se revit valser, Hermione dans les bras, quelques semaines plus tôt. Ils n'en avaient jamais reparlé. Pourquoi le feraient-ils ? C'était un moment de faiblesse de leur part à tous les deux, un moment hors du temps. Il regretta son impulsivité. La gorge sèche, il leur souhaita une bonne soirée et s'éloigna rapidement avec Greengrass. Son bras commençait à lui faire mal. Il regrettait sérieusement de l'avoir amenée. Certes, un préfet-en-chef seul à un bal, cela faisait peine à voir. Mais peut-être aurait-il pu mieux choisir sa cavalière ? Une musique douce emplit la Grande Salle, invitant les couples à s'enlacer sur la piste.

« Viens Tom, allons-y », fit Miranda d'un ton sans réplique, en le tirant par le bras.

Cela fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

« Non. Rejoins Avery, je n'ai plus besoin de toi. »

Miranda, choquée et furieuse, s'apprêta à répliquer, mais elle dut voir quelque chose dans ses yeux qui l'incita à se taire. Elle fuit aussitôt sans demander son reste. Il lança un regard sur la piste, cherchant inconsciemment une silhouette dorée. Mais Hermione n'était nulle part en vue. Morovitch discutait à présent avec Slughorn, ce qui excluait une manoeuvre de sa part. Etrange. Elle avait dû s'éclipser aux premières notes de musique. Au bout d'une dizaine de minutes, il en eut assez de cette mascarade. Malefoy et Lestrange étaient occupés avec leurs cavalières, Avery enlaçait une Greengrass sérieusement dépitée mais muette. Quant à Tom, il esquiva à plusieurs reprises des invitations déplaisantes de jeunes filles de la troisième année à la septième. L'avoir vu avec Greengrass, puis sans, les avaient sérieusement ragaillardies. Afin d'échapper à leurs sollicitations, il décida d'aller à l'extérieur.

Le calme du parc de Poudlard était enivrant en comparaison avec le tumulte à l'intérieur. Une brise fraîche soufflait dans la nuit, éclairée par une lune pleine. Ce silence, tout juste dérangé par la faible musique s'échappant de la Grande Salle, apaisa son irritation. Il respira l'air pur à pleins poumons. C'est alors qu'il la vit. Assise au bord du lac noir, une silhouette dorée brillant sous l'astre. Agitée de légers soubresauts, elle se penchait au-dessus de l'eau, explorant son reflet. Son coeur se mit à battre la chamade alors qu'il avançait silencieusement vers elle. Hermione. Il l'avait reconnue immédiatement. Elle pleurait.

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Hermione ne se reconnaissait plus dans ce reflet que l'eau noire du lac lui renvoyait. Une femme aux cheveux lisses, au visage maquillé et vêtue d'une robe étincelante se trouvait à sa place, une femme qui avait ressenti la pointe amère de la jalousie, aussi violente que celle qui l'avait traversée en voyant Ron dans les bras de Lavande. Et pour qui ? Voldemort. Que lui était-il arrivé pour qu'elle tombe aussi bas ? Lui avait-il jeté un sort ? Elle avait pris des décisions douteuses ces derniers temps, mais elle savait qu'elle en ferait une erreur de plus en rejetant la faute sur quelqu'un d'autre, sur un coupable idéal. Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même. Elle savait qu'elle n'était pas parfaite, loin de là. Mais ce soir… Elle avait atteint un record de mépris pour elle-même..

Elle faisait tout pour qu'il l'évite. Mais en réalité, elle ne le voulait pas.

La brise balayait son visage, lui offrant une fraîcheur bienvenue. Ses joues striées de larmes de tristesse et de colère rosissaient au contact de ce vent presque glacial, qui lui arrachait des frissons. Elle n'en avait cure. Seule, si seule, Hermione refoulait, sans succès, des sanglots venus du fond de sa gorge. Les visages flous de Ron et Harry lui déchiraient le coeur.

Une silhouette s'assit à ses côtés, lui arrachant un cri de stupeur. Elle avait à moitié tiré sa baguette de son sac, posé à sa droite, lorsqu'elle reconnut Tom Jedusor qui fixait le lac devant eux. Elle en perdit ses mots, stupéfaite. Il était sans doute la dernière personne qu'elle s'attendait à voir ici. Elle tourna la tête pour discrètement essuyer ses larmes, le coeur palpitant. Le silence s'installa entre eux, lourd de non-dits. Aucun des deux n'osait regarder l'autre, ni rompre la quiétude. Hermione craqua la première, évidemment.

« Votre absence va être remarquée », murmura-t-elle.

« Je pourrais en dire de même pour la vôtre », répondit-il d'une voix grave.

« Contrairement à vous, je n'ai pas de cavalier qui m'attend.

- Oh. Morovitch est-il au courant de cet état de fait ? », demanda-t-il, sarcastique.

Elle rit, involontairement, nerveusement.

« Klaus ne m'accompagnait pas…

- Alors, c'est surprenant qu'il ne vous ait pas demandé.

- Eh bien… » Elle rougit et fut heureuse que la lune n'éclairait pas assez pour la démasquer. « J'ai décliné. »

Tom tourna la tête, visiblement surpris, ce qui la vexa un peu. Ne la croyait-il pas quand elle lui avait affirmé qu'il n'y avait rien entre le professeur de Durmstrang et elle ? Honteuse de se préoccuper de ce qu'il pensait, elle tenta de se rattraper.

« Les bals de Noël ne m'ont jamais vraiment réussi. »

Elle lança un regard en biais en direction du jeune homme et le regretta aussitôt. L'éclat de la lune mettait en exergue la pâleur du jeune homme. Il se dégageait de lui un charme fou, cette nuit-là. Sa chevelure noire, habituellement si bien peignée et ordonnée, s'était rebellée au souffle du vent, qui faisait flotter des boucles solitaires. Ses traits étaient harmonieux, et ses yeux noirs en amande brillaient d'une lueur irréelle. Elle en fut subjuguée. Il ne s'agissait pas de l'éclat rouge qui trahissait l'avenir de Tom, mais d'un éclat pur, bien trop vif pour être le seul résultat du reflet lunaire.

« Que voulez-vous dire, Miss Jean ?

- Le dernier bal auquel j'ai assisté, je n'ai pas pu aller avec celui que j'aurais voulu. Alors j'ai accepté l'invitation d'un autre, mature et intelligent, que j'appréciais beaucoup », expliqua-t-elle, se gardant de trop en dire. « Je n'en garde pas un bon souvenir.

- Votre cavalier n'était pas à la hauteur ?

- Non, au contraire, il a été adorable. » La jeune femme se tut. Tom n'insista pas. « Quel était le problème avec la vôtre ? Elle semblait très heureuse de vous accompagner. »

A son tour, Tom garda le silence. A son tour, elle n'insista pas.

« Vous m'évitiez, n'est-ce pas ? », demanda enfin le jeune homme, d'une voix légèrement rauque, qu'elle ne lui reconnaissait pas. « Ces dernières semaines. »

Il refusa de la regarder, ses yeux résolument fixés sur le lac, occasionnellement troublé par d'invisibles créatures aquatiques. Elle ne sut que répondre. Il fait semblant, se persuadait-elle en son for intérieur.

« Non, Tom », dit-elle avec douceur. « Je ne…

- Est-ce à cause de votre cicatrice ? Du sort que j'ai utilisé ? » Son visage était empreint d'une dureté inhabituelle.

« J'ai fait une erreur », murmura-t-elle enfin. « J'étais tellement persuadée d'avoir raison. Je suis désolée, Tom.

- Que voulez-vous dire ? » Son visage reflétait sa profonde confusion.

« J'étais persuadée que rien ne pouvait défaire la magie noire. Et vous avez réussi. Depuis, je culpabilise que vous ayez eu à en faire usage.

- Hermione, la magie noire n'est pas aussi terrible qu'on l'affirme…

- Si, elle l'est. Regardez ce qui se passe en Europe de l'Est. Quel type de magie pensez-vous que Grindelwald utilise ? Pourquoi pensez-vous que dés qu'il obtient une parcelle de pouvoir, il en cherche une autre, puis encore une autre ? », s'exclama-t-elle avec passion. « Il a été prouvé que la magie noire, comme le pouvoir, est une drogue puissante qui finit par détruire celui qui en fait usage. Et moi, comme une idiote, j'ai laissé un étudiant, sous ma responsabilité, en faire usage pour me rendre service, parce que j'ai péché par orgueil ! »

Elle s'était levée à présent, révélant une partie de la culpabilité qu'elle portait en elle. Bien entendu, elle savait parfaitement que Voldemort était loin d'être un novice dans le domaine. Mais elle s'en était rendue complice.

« Hermione. Ni vous, ni moi sommes faibles. Nous pouvons faire usage de cette magie, avec discernement. » Il se leva à son tour, et s'exprimait d'un ton calme et sérieux. « Et c'est parce que nous connaissons ses risques que nous laisserons pas avoir comme d'autres avant nous. »

Hermione maudit les papillons dans son ventre qui s'éveillaient chaque fois qu'il prononçait le mot nous ou son prénom. Comment était-ce possible que son corps et son esprit soient à ce point en conflit ?

« Je ne suis pas d'accord », dit-elle fermement. « Ce serait aussi une erreur de nous croire tout-puissants. La magie noire est faillible.

- C'est pourtant elle qui a défait cette marque.

- Mais c'est elle qui l'a créée en premier lieu. Et j'ai fait une erreur en me rabaissant au niveau de la personne qui me l'a infligée. »

Tom resta silencieux. Elle lut le doute dans ses yeux, mais fut incapable d'en déterminer la cause. Elle était trop confuse pour continuer de débattre ce soir. Le dégoût qu'elle ressentait pour elle-même était aussi puissant que l'attraction qu'elle ressentait dans sa chair pour le jeune homme face à elle.

« Ecoute, Tom, je suis désolée si tu as eu l'impression que je te rejetais alors que tu m'avais offert de l'aide, ce n'était pas volontaire. » Elle se tut quelques instants. « Je pense que tu devrais y retourner maintenant, ta charmante cavalière va se demander où tu es passé…

- Je me fiche d'elle. » Il y avait un éclat dangereux dans ses yeux, terriblement hypnotisant. La jeune femme déglutit.

« La musique est très belle pourtant », souffla-t-elle. « Ce serait dommage de ne pas en profiter. »

Un air de violon leur parvenait en effet de la Grande Salle, infime mais réel. Tom s'approcha. Hermione lutta pour ne pas reculer.

« Vous avez raison, ce serait dommage. M'accorderiez-vous cette danse, Miss Jean ?

- Quoi ? Ici ? Mais si on nous voyait…

- Il n'y a personne, Miss. » Il se rapprochait encore. Elle ne recula pas. Il lui prit délicatement la main et glissa son bras derrière la taille. Elle ne résista pas. Les émotions se bousculaient en elle, plus violentes, plus contradictoires que jamais. Il l'entraîna dans un slow, qui ne nécessitait pas de compétence particulière. Leur proximité provoqua une vague de chaleur en elle et, comme la première fois, elle se sentit remarquablement à sa place. Il y avait quelque chose de surnaturel dans leur compatibilité, chaque fois qu'ils se touchaient. Elle n'avait jamais ressenti cela auparavant, pas même avec Ron. Tout était 'anormal entre eux et pourtant tout en elle intimait de ne pas rompre ce contact. Il aurait été tellement plus simple de s'enfuir d'ici et de recommencer sa vie quelque part, loin de Tom Jedusor, loin de Poudlard, loin de ses souvenirs. Mais il n'en était pas question.

Alors, elle dansait, avec justesse, en harmonie parfaite avec son partenaire. Celui-ci la regardait avec une intensité irréelle, scrutant quelque chose sur son visage, dans ses yeux. Les barrières mentales d'Hermione étaient bien en place et, étonnament, il ne chercha pas à les percer. Elle l'aurait senti. Tous ses arguments pour le haïr passaient en boucle dans son esprit, mais ils s'évanouissaient chaque fois qu'elle croisait son regard. Il avait indéniablement changé. Tout cela était forcément une ruse, se dit-elle, luttant contre les réactions traîtresses de son corps.

A nouveau, elle plongea dans l'abysse vertigineuse des prunelles aux pupilles dilatées de Tom, et cette fois, aucun des deux ne se détourna. Hermione eut la nette impression de se liquéfier, ayant tout juste le réflexe de maintenir son esprit fermé. Que pouvait-il bien vouloir d'autre ? S'il se penchait vers elle, avec une lenteur insupportable, c'était pour tenter de s'introduire de force dans son esprit n'est-ce pas ?

« Tom », dit-elle d'une voix anormalement aiguë. « Je pense que si quelqu'un nous voyait, il pourrait se faire une idée fausse…

- N'ayez crainte. » Il arqua un sourcil, sûr de lui. « Je nous ai protégé des regards indiscrets à partir du moment où je vous ai rejointe. J'ai pensé que vous n'aimeriez pas que quelqu'un d'autre vous surprenne. »

Son sang se glaça aussitôt à cette évocation. Elle était à sa merci depuis tout ce temps et elle ne s'en était pas rendu compte ? Il aurait pu faire ce qu'il voulait d'elle, sans que personne ne le sache, et il n'avait rien tenté. Cette situation était bien trop récurrente à son goût. Cela avait quelque chose d'enivrant, mais elle se le reprocha aussitôt. Tom continuait de l'entraîner d'un pas lent, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Son torse plaqué contre le sien, elle se rendit compte soudainement que les battements désordonnés qu'elle ressentait depuis le début ne provenaient pas de son propre coeur… mais de celui de Tom.

Hermione s'efforça de masquer sa surprise. Que se passait-il entre eux au juste ? Elle s'était convaincue pendant des semaines que le comportement de Tom était dû à ses propres imprudences, l'incitant à la démasquer, mêlé avec une once de respect. Maintenant, elle commençait à voir les évènements sous un angle différent… mais c'était impossible, n'est-ce pas ? La musique s'arrêta, mais ils se montrèrent réticents à se séparer immédiatement, les doigts toujours distraitement emmêlés. Une chaleur intense envahit son bas-ventre et elle lâcha soudainement la main de Tom, feignant de ramener ses cheveux en un chignon lâche, sans pouvoir résister à la vague de frissons qui l'envahissait.

« Vous avez raison, il fait froid et nous devrions rentrer », réagit soudain le jeune homme qui s'écarta d'elle aussi promptement que si elle l'avait brûlé.

Il donnait l'impression d'avoir été tiré du sommeil. Il passa une main dans ses cheveux et soupira longuement. Avait-il ressenti la même chose qu'elle ? Cette connexion improbable et contre toute logique ? Hermione croisa les bras pour s'enlacer et résister aux frissons qui ne semblaient pas vouloir cesser. Sans un mot, Tom leva l'enchantement qui les masquait et ils entrèrent à nouveau dans la Grande Salle, séparément.

Les rires et les discussions, très audibles, sonnaient comme autant d'agressions dans ses oreilles. Le décor de glace, certes magnifique, semblait soudain tape-à-l'oeil, en comparaison avec le parc de Poudlard baigné par l'éclat de la lune. Tom rejoignit ses camarades de Serpentard, le visage neutre. Quant à Hermione, elle resta sur le pas de la porte, incertaine. Serait-il acceptable qu'elle ne reparaisse plus de la nuit ou s'attirerait-elle les reproches de Dippet ?

« Ah te voilà, ma chère Hermione, où étais-tu passée ? »

Klaus l'avait rejointe, le sourcil légèrement froncé. Elle marmonna quelque chose à propos de besoins féminins et d'un oubli dans sa chambre, sans grande cohérence. Le Suédois eut la bonne grâce de ne pas insister. Au lieu de cela, il lui tendit son bras.

« Je crois que tu m'avais promis une danse, en compensation de ton refus de m'accompagner », dit-il avec un clin d'oeil.

« Je n'ai jamais fait une promesse pareille », rit-elle, mais elle accepta tout de même l'invitation, à contrecoeur.

Une partie d'elle lui soulignait que c'était nécessaire. Il fallait qu'elle réalise que tout ce qu'elle ressentait avec Tom était la conséquence naturelle de son manque d'affection, après des mois sans contact masculin. Mais une autre partie, celle que gouvernait son coeur, affirmait que c'était peine perdue et que tous les partenaires du monde ne changeraient rien à ce qu'il venait de se passer dans le secret du parc.

Avec amertume, Hermione réalisa que cette dernière disait malheureusement la vérité. Les bras de Klaus, bien qu'accueillants, ne lui faisaient strictement rien. Elle riait, comme toujours avec lui et cela lui faisait du bien. C'était comme être avec Harry, plaisant, mais maladroit et sans étincelle. En croisant le regard de Tom, dans un tournoiement, elle lut l'incertitude et le questionnement au fond de ses yeux noirs. Cette soirée promettait d'être longue, tout comme les semaines à venir…


J'espère que cela vous a plu... N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

A bientôt, je l'espère, pour de nouveaux débats intérieurs et extérieurs, avec Tom et Hermione ;)