Le désir de ton coeur
Harry veut vraiment, vraiment, avoir une conversation franche avec Malefoy. Vraiment, c'est absolument ce qu'il veut. Le problème, c'est que c'est un mensonge. Il n'y a pas grand-chose qu'il veuille moins. Il sait qu'il devrait avoir une conversation franche avec lui, mais c'est super difficile. Pas seulement parce qu'il n'arrive toujours pas à savoir quels sont ses sentiments, mais aussi parce, eh bien, c'est de Malefoy qu'il s'agit. Malefoy qui est le roi de l'ignorage des situations difficiles.
Et ce coup-ci, il se surpasse.
Harry ne pense pas que ce soit une coïncidence si la première fois qu'il revoit Malefoy après la chambre d'hôtel, tard en ce dimanche, il est entouré de gens. Et la fois suivante où il le voit, il est entouré de gens. Et celle d'après aussi. Et celle d'encore après aussi. Il ne peut tout de même pas marcher droit sur lui alors qu'il est au milieu d'une foule et exiger qu'il lui dise… quoi, au juste ? S'il veut que Harry l'aime ? Pourquoi il est parti avant que Harry puisse le branler à son tour ? Ce qui se rapproche le plus d'aborder le sujet, c'est quand Greg lui demande, les sourcils froncés, si c'était bien le concert, parce que Malefoy est bizarre de nouveau, et que Malefoy l'interrompt pour dire que c'était très bien et qu'il n'est pas bizarre, et Greg se le tint pour dit et ne pose pas d'autres questions.
Greg et Hermione semblent avoir vraiment passé un bon moment ensemble, à leur étonnement mutuel, même si Greg confesse plus tard à Harry que le ballet était plein de mecs habillés comme des nanas et de nanas qui n'avaient pas de nichons. Harry pense que c'est un peu gonflé d'accuser des mecs musclés en justaucorps de ressembler à des filles alors que les sorciers sont célèbres pour porter des robes, mais il ne se lance pas dans un débat à ce sujet.
Harry essaie de penser à comment il pourrait aborder le sujet avec Hermione, et obtenir ses conseils, mais il n'arrive pas à y réfléchir sans devenir tout rouge. Et puis, il a promis à Malefoy qu'il ne dirait à personne qu'il était gay. Hermione sait que Malefoy est gay – il a une putain de marque sœur avec le nom d'un mec dessus – mais Harry pense quand même qu'il ne devrait pas le confirmer car ça romprait sa promesse. Et puis, c'est sans compter qu'il ne veut pas qu'Hermione sache ce que Malefoy a fait dans cette chambre d'hôtel. Elle le dirait probablement à Ron, et Ron en mourrait. Littéralement. Harry aime beaucoup Ron et il ne veut pas mettre fin à ses jours de façon prématurée.
Le lundi cède la place au mardi, puis au mercredi et au jeudi, et Harry n'a toujours pas réussi à mettre la main sur Malefoy seul. C'est ridicule, et stupide, et Malefoy ne peut pas le regarder en face et Harry ne peut pas le regarder en face non plus parce qu'à chaque fois qu'il essaie, tout ce à quoi il pense, c'est ce que ça lui a fait quand Malefoy a posé les mains sur lui. Rien ne se passe le vendredi et samedi…
Samedi, c'est le premier match de Quidditch de l'année. Serpentard contre Gryffondor. Et tout d'un coup, Harry en a sa claque. Il est quoi au juste ? Un lâche ? Un idiot ? Oui, probablement les deux, mais tout de même il parvient à trouver du courage quelque part et il le renforce de sa stupidité pour dire, au petit déjeuner :
— Avec le match, là, je me rends compte que mon balai me manque. Ça te dirait d'aller voler après, Malefoy ?
Malefoy avale ses céréales de travers et les larmes lui montent aux yeux.
— Pourquoi ? demande-t-il en se léchant les lèvres quand il parvient à se remettre.
— Parce que j'en ai envie, répond Harry fermement.
Il ajoute, tout aussi fermement, au cas où Malefoy n'ait pas bien saisi :
— Avec toi.
Millicent hausse les sourcils mais ne dit rien et, Zabini a l'air d'être prêt à se faire dessus de jubilation.
— Je peux regarder ? demande-t-il.
Et puis il a un grand sourire et lève les mains devant lui pour dévier les rayons mortels qui sortent des yeux de Malefoy.
— C'est une compétition privée, je comprends. Je ne suis pas offensé.
— D'accord, dit Malefoy d'un air d'ennui.
Mais il repousse le reste de ses céréales sans y toucher davantage, et un muscle de sa joue tressaille.
Harry se fiche presque de qui gagne le match de Quidditch. Il ressent un petit éclair de fierté quand Gryffondor arrache la victoire, assorti d'un petit éclair de culpabilité parce qu'il est à Serpentard et qu'il devrait soutenir sa Maison. Mais le résultat n'a plus l'air aussi important, désormais, bizarrement.
Il a déjà revêtu sa tenue de vol et Malefoy aussi, alors quand le résultat est annoncé et que d'énormes bannières rouges sont déployées dans le ciel pour célébrer la victoire, il se tourne vers Malefoy et dit :
— On y va ?
Malefoy hausse les épaules, les lèvres pincées.
— J'imagine.
Ce n'est pas l'enthousiasme débordant qu'Harry espérait, mais il est tellement nerveux qu'il a peur de vomir, alors il essaie de ne pas être agacé. Une fois qu'il s'est suffisamment éloigné des tribunes, il décolle du sol et fonce vers les hauteurs en essayant de se fondre dans l'air qui l'entoure, de s'habituer à être dans le ciel une fois de plus. Ça ne lui demande guère de temps. Il a toujours aimé voler – la sensation du vent dans ses cheveux, son ventre qui se contracte quand il plonge et remonte et plonge encore. Il est doué pour ça, naturellement, comme il n'a jamais été doué pour rien d'autre.
Et pourtant… il réalise qu'il ne veut voler que pour le plaisir. Il devrait avoir le courage de ses convictions. Il veut voler pour le plaisir et il veut devenir un Auror, et un jour, Auror en Chef, et il veut…
Il y a d'autres choses qu'il veut. Et pour la première fois depuis une éternité, aujourd'hui il a l'impression qu'en dépit de ce fichu sortilège de marque sœur, il pourrait bien les obtenir.
Malefoy s'élève à côté de lui, le vent souffle dans ses cheveux et ses yeux étincellent. Toute tension disparaît de son visage.
— On fait la course jusqu'au lac, crie-t-il.
Ils franchissent la courte distance jusqu'au lac et font des tonneaux au-dessus. Le lac est large et l'eau agitée, des vagues irisent la surface alors que le vent vient griffer l'eau.
Ils volent ensemble dans une sorte de danse – ils dessinent des entrelacs, et parfois ils se rapprochent tant l'un de l'autre que Harry se demande s'ils vont se foncer dedans et se faire manger par le Calamar Géant, mais ça n'arrive pas. C'est de l'euphorie à l'état pur et le cœur de Harry bat à toute allure, mais de plaisir et de jubilation et non de peur. Ça… c'est naturel, et merveilleux. S'élever en flèche dans les airs, Malefoy à ses côtés.
Et de foncer vers le sol, Malefoy à ses côtés aussi, suppose-t-il alors qu'ils reviennent à terre, une demi-heure plus tard, à moitié congelés.
— Est-ce qu'on va en parler ? demande Harry au moment où ils atterrissent maladroitement.
Il tape ses orteils contre le sol pour essayer d'y faire revenir le sang, et Malefoy jette un Sortilège Chauffant qui fait rouler sur lui des vagues de chaleur.
— Pour en dire quoi ? dit Malefoy d'un ton maussade. Tu attends des excuses, ou bien ?
Est-ce que Malefoy est idiot ?
— N… non, dit Harry.
— Alors n'en parlons pas, parce que je suis sérieusement en train de perdre l'envie de vivre, dit Malefoy. Où est-ce que tu vas ajoute-t-il alors que Harry avance vers le stade de Quidditch.
— Aux vestiaires.
Il y fait tout noir quand ils arrivent. Les gagnants sont sûrement en train de faire la fête dans leur salle commune pendant que les Serpentard doivent… Qui sait comment les Serpentard gèrent la défaite ? Harry n'en sait rien.
— Ça te dérange – d'avoir perdu le match, je veux dire ? demande-t-il en posant son balai sur le portant au mur.
Il se laisse tomber sur le long banc en bois en face. Malefoy l'imite et retire sa robe d'extérieur qu'il pend à un crochet avant de s'asseoir.
— Pas vraiment, dit-il. Je me suis toujours plus ou moins fiché que Serpentard gagne ou non, pour tout te dire. Tout ce que je voulais, c'était te battre, toi.
Est-ce que l'inverse est vrai ? Peut-être un peu. Sauf que Harry aimait vraiment l'excitation de la victoire.
— Enfin bref, qu'est-ce qu'on est en train de faire au juste ? demande Malefoy en étrécissant les yeux. On reste assis dans une pièce déserte pour le fun ?
— Est-ce que c'est fun ? répond Harry en essayant de garder une voix neutre.
— Merlin, j'espère que tu n'es pas en train d'essayer d'être gentil avec moi, gronde Malefoy.
Il se dresse sur ses pieds et Harry bondit à sa suite et l'attrape par le bras. Malefoy ne bouge pas. En tout cas, il ne bouge pas jusqu'à ce que Harry le pousse très délicatement, et alors, il marche à moitié en trébuchant jusqu'à ce qu'il soit dos à la porte fermée, plaqué contre elle. Malefoy déglutit et Harry voit sa pomme d'Adam se soulever.
— Heu, d'accord ? demande Harry.
— Oui, répond Malefoy d'une voix cassante. Pour l'amour de Merlin. Tu n'as pas franchement besoin de demander.
— Je n'ai encore rien demandé, vraiment, dit Harry avec nervosité et Malefoy se contente de le regarder.
Harry suppose qu'il le mérite. Il aurait voulu boire un verre, et en même temps, il est content de ne pas l'avoir fait. Il pose ses mains à plat sur le tissu qui recouvre le ventre de Malefoy et il apprécie la façon dont ses muscles se contractent sous sa paume. Il fait glisser ses mains jusqu'à ce qu'il arrive à la ceinture de son pantalon de vol.
Malefoy s'est fait silencieux, et Harry espère que c'est une bonne chose tout en défaisant le nœud à sa taille. Il tire son pantalon vers le bas et se laisse tomber à genoux du même mouvement. Malefoy laisse une inspiration choquée lui échapper et Harry se penche pour frotter sa joue contre la bosse qui déforme son caleçon et mimer des baisers à travers le tissu.
Malefoy fait de drôles de petits bruits qui paraissent très fort dans le silence de la pièce et Harry relève les mains, le cœur battant à mille à la minute, pour baisser son sous-vêtement. Le sexe de Malefoy jaillit librement, en plein dans son visage. Il est long et épais, rouge, et une goutte de liquide perle au bout. Harry se sent rougir mais il bouge la tête pour venir lécher le bout de son sexe. Le goût est bizarre, musqué, mais le bruit qu'émet Malefoy se répercute directement dans son pénis à lui.
Malefoy baisse une main tremblante et enroule ses doigts dans les cheveux d'Harry, si serré que ça fait mal.
— Aïe !
— Désolé, murmure Malefoy qui n'a pas l'air désolé. Recommence, s'il te plaît.
Harry obtempère et lui donne de longs coup de langue jusqu'à ce que Malefoy balbutie n'importe quoi au-dessus de lui. Quand il relève la tête, il voit le ventre de Malefoy si contracté qu'il doit être dur comme de la pierre, et son visage tout froncé. Harry prend son sexe dans sa bouche et suce, doucement d'abord, puis avec davantage de pression. Malefoy rouvre les yeux d'un coup et le regarde.
C'est sans doute la chose la plus intime que Harry ait jamais fait, et il ne s'est sans doute jamais senti aussi gêné, aussi excité et aussi émerveillé qu'en cet instant. Sentir le sexe de Malefoy durcir dans sa bouche. Entendre les sons qu'il fait. Et le regarder dans les yeux alors que ses joues deviennent de plus en plus rouges, alors qu'il a les yeux rivés sur Harry, qu'il regarde Harry le sucer.
Ses joues commencent à lui faire mal mais il continue et bouge sa tête de bas en haut. Malefoy tremble désormais, ses cuisses vibrent, et il lâche les cheveux de Harry pour s'accrocher de toutes ses forces au mur.
— H-h-hHarry, dit-il. Je vais…
Et il éjacule, emplissant la bouche de Harry d'amertume tandis que ses yeux se révulsent.
Harry déglutit, deux fois de suite, et pense oh putain, mon Dieu. Malefoy a l'air anéanti. Son front est humide et ses cheveux ont pris une teinte plus foncée autour de ses tempes. Il se tient au mur pour reprendre son équilibre et chancelle jusqu'au banc en remontant son pantalon et son caleçon. Il se passa les mains dans les cheveux et ferme les yeux un bref instant.
Quand il les rouvre, son regard est vraiment intense.
— Viens là, alors. Je ne crois pas que je peux me tenir debout, dit-il.
Harry y va. Et cinq minutes plus tard, il jouit en s'accrochant de toutes ses forces au porte-manteau au-dessus de la tête de Malefoy alors que la bouche de ce dernier transforme sa colonne vertébrale en gelée.
Avril a la réputation d'être le mois le plus cruel. Novembre, en revanche, est pour Harry le mois le plus perturbant de toute l'histoire de sa vie. En tout cas, sur le plan émotionnel. Ou peut-être pas émotionnel ; sur le plan physique serait plus juste. Il y a des émotions qui bouillonnent dans tous les sens, a priori – de son côté, c'est certain – mais ce que Malefoy ressent, à part de l'excitation, il n'en a pas la moindre idée.
Sa drague imprévue et maladroite dans les vestiaires de Quidditch semble avoir donné à Malefoy l'idée que Harry est partant.
Harry est partant. En quelques sorte. Il aimerait juste être plus doué pour démêler qu'est-ce qui est du sexe et qu'est-ce qui est de l'amour. Il… ne pense pas être amoureux de Malefoy. Mais c'est dur de savoir ce qu'il ressent, au juste, quand Malefoy le fait s'allonger sur le dos sur son lit, un oreiller sous les hanches et les jambes écartées – les autres sont en cours, comme ils devraient l'être aussi – et qu'il trace des cercles lents et paresseux autour de son anus avec un doigt, tout en lui racontant une histoire à propos de… quelque chose. Harry n'a aucune idée de ce dont il parle, pour être franc. Il essaie de résister à l'envie de se branler, parce que s'il se touche, ça va finir bien trop vite. Le doigt de Malefoy est enduit de lubrifiant et Harry sens son anus se contracter, se détendre, se contracter à nouveau. Quand il se détend à nouveau, Malefoy enfonce son doigt, très, très délicatement. Harry sent qu'il se crispe face à cette intrusion, ça tire un peu, et puis il se détend et le doigt de Malefoy bouge à nouveau, le pénètre et le stimule de l'intérieur.
Malefoy touche quelque chose qui est à la fois extrêmement sensible et extrêmement génial et Harry se contracte autour de son doigt, ce qui rend la sensation plus forte, plus brillante. Malefoy est toujours en train de parler tandis qu'il caresse ce petit point qui crépite en Harry. Son doigt est en lui, et Harry capitule et prend son sexe dans sa main. Il manque se couper en se mordant les lèvres tellement c'est bon.
Malefoy rosit et arrête de parler alors que son doigt bouge toujours. Il se mouille les lèvres et baisse les yeux pour observer la main de Harry qui s'agite.
— C'est incroyable de te toucher, murmure-t-il. C'est incroyable de te regarder.
C'est si inattendu, et si délicieux, d'entendre Malefoy dire quelque chose de si… tendre et intime, que Harry éjacule partout sur lui, avec l'écho de la voix de Malefoy qui répète incroyable comme s'il n'arrivait pas à en croire sa chance.
Bien sûr, une fois qu'il a joui, Malefoy les nettoie tous les deux d'un coup de baguette rapide, fronce les sourcils dans le vide et dit :
— On ferait mieux d'aller en cours.
Et il parvint à trouver une excuse crédible à leur retard à tous les deux quand ils y arrivent. C'est très difficile de se concentrer en étant assis à côté de Malefoy, qui a des mains. Des mains, qui ont des doigts. Des doigts dont l'un vient d'explorer l'anatomie de Harry. Malefoy a aussi une bouche, avec laquelle il a sucé Harry mais…
Mais il ne l'a pas embrassé. Ce n'est pas que Harry n'apprécie pas la situation, pas exactement. Mais… Malefoy ne l'a pas embrassé.
Il suppose avec mauvaise humeur que lui non plus n'a pas embrassé Malefoy, mais à chaque fois qu'il s'est approché, même vaguement, pour le faire, Malefoy s'est carapaté comme un dragon effarouché. Harry n'a pas franchement envie de se faire brûler vif, même métaphoriquement.
La première semaine de novembre cède le pas à la seconde. Harry retourne voler avec Malefoy, plus d'une fois. Et le suce, plus d'une fois. Et il essaie de ne pas remarquer que la marque sœur de Malefoy, qui auparavant était parfois grise, plus souvent argentée, est désormais d'un doré étincelant quasi tout le temps.
La troisième semaine, Harry va voir l'Auror Robards après le cours du vendredi.
— Je me demandais si vous pourriez m'accorder une faveur, dit-il en essayant d'avoir l'air scolaire et sérieux, plutôt que complètement barge.
— Bien entendu ! dit l'Auror Robards avec un sourire. Enfin, tant que c'est raisonnable, Harry.
— Je fais des recherches sur les sept potions sur lesquels nous serons examinés pour les ASPICs, dit Harry. Enfin, nous faisons des recherches – moi et mon partenaire. L'une des potions est Amortentia. J'ai entendu dire qu'il existe une salle au Ministère où elle est concoctée, pour la recherche ? Je me demandais…
— Si je pourrais vous y faire entrer ? l'interrompt Robards.
Il fronce légèrement les sourcils tandis qu'il remballe ses affaires.
— Je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas, vu qui vous êtes. Je suis sûr que je peux arranger ça. Qui est votre binôme en Potions ?
Ça, c'est le moment délicat, pense Harry.
— Heu, Drago Malefoy, dit-il.
Robards hausse les sourcils, surpris.
— Vraiment ?
— Oui, Monsieur, dit Harry en essayant de ne pas grimacer.
— Eh bien, je ne peux rien vous promettre, mais je vais voir ce que je peux faire, dit Robards.
Il ajoute en voyant la mine défaite de Harry :
— Je ferais de mon mieux, Harry, vu que ça a l'air si important pour vous. Je ne voudrais pas que vous échouiez à vos examens, n'est-ce pas ?
Et il rit, de bon cœur.
— Je vous envoie un hibou.
Le hibou de Robards arrive lundi. Harry ouvre la lettre avec des doigts tremblants. D'une écriture brouillonne, à l'encre épaisse noire, Robards l'informe :
Tout est OK. Passez simplement pendant les heures d'ouverture et dites que vous venez de ma part. Ils vous laisseront rentrer pour une demi-heure à peu près.
R.
Malefoy n'a pas l'air particulièrement enthousiaste quand Harry lui dit qu'ils ont la permission d'aller au Ministère dans la Salle-Toujours-Fermée où ils gardent les secrets de l'amour. Harry ne comprend pas pourquoi.
— C'est presque aussi atroce que de boire de l'Amortentia, dit Malefoy, les bras croisés, le regard noir. Enfin, je suppose que comme tu as la permission du Ministère, ce n'est pas la peine que je demande à Mère avant de dire oui. Tu en as parlé à Granger ?
Harry en parle à Granger.
— C'est presque aussi stupide que de boire de l'Amortentia, dit Hermione. Ou d'aller regarder dans le Miroir du Riséd !
— Ou de laver les cheveux de Malefoy, contre Harry, piqué. Ça s'est vachement bien passé, ça, aussi.
— Au moins tu as la permission, c'est déjà ça j'imagine, dit Hermione. Comment tu as réussi à l'obtenir ?
— J'ai juste demandé à Robards, avoue Harry. Et il a réglé ça pour moi.
— Pourquoi tu n'as pas commencé par ça alors ? demande Hermione, la voix pleine de jugement.
C'est exactement ce que Malefoy a dit. Harry pense qu'il vaut mieux ne pas en informer Hermione.
— Alors, c'est quoi le plan quand vous serez là-bas ? demande Hermione.
C'est le point problématique du plan, d'après Harry. Parce que c'est difficile de faire des plans quand vous ne savez pas à quoi vous allez faire face. Tout ce que Harry sait sur cette pièce, c'est qu'elle contient la force la plus puissante de l'univers : l'amour. Il n'est même pas sûr que ça décrit la fontaine d'Amortentia qui est censée se trouver au centre de la pièce, ou si c'est quelque chose de complètement différent. Amortentia n'est pas de l'amour. Mais comment auraient-ils pu avoir synthétisé l'amour et le conserver dans une pièce ?
— Donc il n'y a pas de plan, dit Hermione.
Malefoy a dit ça aussi. Ça commence à porter sur les nerfs d'Harry.
— Non, répond-il. On va improviser.
Ils décident d'improviser le lendemain, même si c'est un samedi.
— Robards a dit d'y aller sur les heures d'ouverture seulement, dit Malefoy, l'air aussi peu enthousiaste qu'il est possible d'imaginer.
— Le Ministère est ouvert quasi en permanence, explique Harry.
Cela semble surprendre Malefoy.
— Père ne faisait pas autant d'heures que ça, dit-il.
Sûrement parce qu'il avait zéro éthique professionnelle, a envie de répondre Harry. Mais il se tait. Il suppose que ce n'est pas génial de travailler chaque heure que Merlin fait, franchement. Pas si vous avez envie d'avoir des amis, de voir autre chose que votre bureau et le livreur de pizzas. Il a eu l'occasion d'avoir un avant-goût l'année précédente et même si le travail lui plaît, il n'est pas sûr de beaucoup apprécier le style de vie.
McGonagall les autorise à utiliser la Cheminette puisque ça concerne le Ministère et quand ils arrivent, Harry est accueilli comme un vieil ami. Malefoy est accueilli comme un vieil ami également – un vieil ami que personne n'a jamais vraiment aimé. Mais les gens se montrent polis et après que Harry a fait grosso modo le tour de tous les étages, pour saluer des gens et boire du thé jusqu'à ce qu'il lui ressorte par les oreilles, ils se retrouvent devant la porte de la Salle-Toujours-Fermée, qu'une Langue de Plomb souriante ouvre pour eux.
— Je vous donne une demi-heure, les garçons, dit-elle. Frappez simplement à la porte si vous voulez partir avant. On ne peut pas la laisser ouverte, ça perturbe l'expérience.
— Elle n'est pas très bien nommée, alors, cette salle, marmonne Malefoy à Harry alors qu'elle la déverrouille et l'entrebâille pour les laisser se glisser à l'intérieur. Salle-Généralement-Fermée serait plus juste.
La clé tourne dans la serrure derrière lui et Harry essaie de ne pas paniquer. Il n'aime pas être enfermé, même dans une pièce aussi vaste que celle-ci.
Malefoy renifle et regarde autour de lui, le jugement clair sur son visage.
— Où est l'amour alors, hein, Potter ?
Au centre de la pièce coule, effectivement, une fontaine d'Amortentia qui emplit l'air d'une odeur à la fois florale et masculine, avec une nuance de bois, de draps frais et de quelque chose de vaguement amer. C'est familier mais Harry n'arrive pas à retrouver ce que c'est, frappé par la sensation de ce parfum qui l'entoure.
L'air semble bizarrement épais et Harry se demande s'ils vont s'intoxiquer avec les vapeurs de la potion et avoir des hallucinations. Peut-être que c'est ça que fait la pièce : vous envoyer une vision d'amour ? Il dit ça à voix haute et Malefoy le contemple comme s'il était dingue.
— Peut-être que je devrais baisser mon pantalon pour que tu aies une vision de ma bite, dit-il avec facétie.
— Tu n'aides pas, là !
Harry regarde autour de lui en essayant de trouver ce qui lui échappe.
— On a moins d'une demi-heure, alors essaie de te montrer utile au lieu de faire le con.
— On pourrait passer cette demi-heure de façon plus productive en s'occupant de mon pénis, marmonne Malefoy, mais il s'éloigne et disparaît un instant derrière la fontaine avant de revenir. Je ne vois rien de différent de ce côté-ci. Mais rappelle-moi… qu'est-ce que tu espères apprendre en venant ici, au juste ? C'était quoi ton plan, déjà ?
Malefoy sait qu'il n'a pas de plan. Il est juste pénible. Mais… c'est une bonne question. Qu'est-ce qu'il espère obtenir en enquêtant sur l'amour en tant que tel ? Peut-être, pense-t-il avec malaise, qu'il est juste égoïste d'avoir amené Malefoy ici. Cela n'a rien à voir avec le maléfice sous lequel ils sont placés, pas vraiment. Il veut juste une preuve – n'importe quelle preuve – qu'il est capable d'aimer quelqu'un pour de bon, suffisamment pour que lui aussi ait une âme sœur. Autrement, à quoi ça sert tout ça ? Faire des trucs avec Malefoy c'est sympa, dans une certaine mesure, mais ça ne lui réussit pas sur le plan émotionnel. Il n'arrête pas de se demander s'il est… eh bien, horrible. S'il ne fait pas miroiter quelque chose à Malefoy alors qu'il n'a rien d'autre à lui offrir que du sexe. Mais peut-être que Malefoy ne veut rien d'autre que du sexe, en dépit de la marque.
Ou peut-être que Malefoy ne sait pas ce qu'il veut, juste comme Harry, et qu'il est aussi en train de se torturer à essayer de le découvrir.
— J'espère que tu es en train de réfléchir à quelque chose de productif, et pas de te demander ce qu'on mange ce soir, dit Malefoy, interrompant ses pensées moroses. Je peux te le dire : c'est du curry. Et j'espère que tu mangeras un peu, pour changer.
— Tu n'es pas ma mère ! rétorque Harry qui n'en peut plus trop que Malefoy essaie de le gaver en permanence.
Malefoy renifle.
— J'espère bien, dit-il d'une voix basse et boudeuse. Je pense juste que tu as perdu un peu trop de poids, c'est tout. J'aimerais bien que tu manges un peu plus, tu comprends ?
Harry n'est pas sûr de comprendre. Est-ce que Malefoy trouve qu'il a l'air d'un sac d'os? Mais ce n'est pas le moment.
— Peut-être que tu devrais dévoiler ta marque sœur et voir si, je sais pas, ça change quelque chose, dit-il.
Malefoy fonce le nez.
— Et si les Langues de Plomb nous observe en secret, pour voir ce qu'on fait ? Ça se passera sûrement à merveille si j'exhibe un énorme tatouage illégal qui est étrangement pertinent quant au contenu de cette pièce. Qui inclut, devrais-je ajouter, une fontaine du plus puissant philtre d'amour jamais concocté, ainsi que toi, l'objet de mes affections.
Il le dit sans tendresse.
— D'accord, d'accord. Viens par-là, alors, je jetterai juste un regard dans ton cou, dit Harry en essayant de ne pas s'énerver.
Malefoy fronce le nez comme s'il y avait une mauvaise odeur, mais il fait ce qu'on lui suggère. Dès que Harry le touche, quelque chose d'étrange se passe : des étincelles volent.
— Qu'est-ce que… ? s'exclame Malefoy.
Il fait un bond en arrière, comme s'il s'était brûlé.
— Ça t'a fait mal ? demande Harry en examinant son doigt.
Il n'y a pas de marque de brûlure et il n'a pas senti grand-chose à part le petit vrombissement de quelque chose auquel il ne s'attendait pas.
— Non, dit Malefoy en fronçant les sourcils.
Il avance vers Harry et prend sa main. Aussitôt, des étincelles se remettent à voler, mais cette fois Malefoy ne le lâche pas. Il continue à tenir la main de Harry, la serre fort tandis que de minuscules traits lumineux jaillissent entre eux, de plus en plus rapide, jusqu'à ce que la lumière soit si vive que Harry est obligé de détourner le regard.
— Bizarre, murmure Malefoy.
Il le lâche mais ne recule pas, au lieu de ça, il tend la main et caresse la joue d'Harry. À nouveau, les lumières dansent entre eux.
— Essaie, demande Malefoy.
Harry prend la joue de Malefoy dans sa main, et le spectacle lumineux se fait peut-être encore plus vif, plus éblouissant.
Ils restent ainsi pendant un certain temps, et alors qu'ils restent immobiles, les lumières décroissent puis se font plus vives en un cycle étincelant, aveuglant et plutôt satisfaisant. Quand on frappe à la porte, ils se séparent et la Langue-de-Plomb passe la tête à l'intérieur.
— C'est fini ! dit-elle. Allons-y.
Elle leur fait du thé dans son bureau. Il y a des piles et des piles de papiers partout, couverts de gribouillis illisibles.
— Désolée pour le bazar, dit-elle. Est-ce que vous avez trouvé ce que vous cherchiez ?
Elle leur sourit par-dessus sa tasse de thé.
— Je ne sais pas, dit Harry qui ne voit pas trop comment répondre. Ça veut dire quoi les étincelles ?
Elle manque d'en recracher son thé.
— Oh ! dit-elle. Vous devez être plus proches que je ne le pensais si…
Elle s'interrompt, gênée.
— Oh, je suis très impolie. Désolée. C'est juste, les gens ne comprennent pas la Chambre d'Amour, la plupart du temps. Ce n'est pas une pièce qui contient l'amour. C'est juste…
Elle se fait rêveuse.
— Elle illumine l'amour qu'on y apporte, explique-t-elle. En tout cas, c'est notre théorie. C'est encore un projet en plein développement, cette pièce.
— Ce n'était pas très utile, hein ? À la fois cucul et cryptique, dit Malefoy quand ils partent, et Harry ne peut s'empêcher d'être d'accord.
Plus tard, il essaie de dénouer la tension dans ses cervicales en prenant un bain brûlant mais ne fait qu'en rajouter en essayant de démêler ce que la visite à la pièce signifie réellement. Donc… il y avait de l'amour entre lui et Malefoy. Peut-être. Il y avait des étincelles, en tout cas, mais ça, il le savait déjà que ça faisait des étincelles entre lui et Malefoy, non ? Il y a toujours eu des étincelles, même quand ça se manifestait par des poings rageurs et des insultes puériles.
Malefoy ne l'a toujours pas embrassé.
Harry glisse la tête sous l'eau et laisse l'eau chaude inonder son visage avant de remonter à la surface avec un soupir.
