Chapitre 30 : Inévitables conséquences
Toute action décisive a ses inévitables conséquences ; une fois engagés, ce n'est plus nous qui tenons notre vie, c'est elle qui nous tient.
- Victor Cherbuliez, Miss Rovel
Théodore resta trois jours à l'infirmerie, pour que Mrs Pomfresh puisse surveiller qu'il ne replonge pas. Bien sûr, il était à présent hors de question qu'ils continuent leurs essais avec la potion. Hermione avait dû répondre à des tonnes de questions et elle avait menti en prétendant que Severus n'avait participé que pour la création de la potion.
Elle avait été à deux doigts de perdre son badge de préfète en chef et avait dû jouer sur les sentiments de ses interlocuteurs, racontant combien elle avait peur de dormir à cause de ce qu'elle avait vécu, pour les convaincre de le lui laisser. Elle mit bien l'accent sur le fait qu'elle avait compris la leçon. Et Théodore, qui dut également répondre aux questions, fut également une aide non négligeable pour leur éviter les ennuis.
Ça avait été plus difficile avec Severus. Parce que l'homme se sentait responsable. S'il avait insisté davantage pour qu'ils ne commencent pas les essais et ne les continuent pas par la suite. S'il n'avait pas cédé à Hermione. S'il n'avait pas dormi le matin-même au lieu de surveiller l'état de Théodore. Aurait-il pu éviter tout cela de toute façon ? Sans doute pas. Mais ça n'aidait pas de le savoir.
Vint également la discussion sur la Legilimancie dont faisait office Hermione à tout va, inconsciemment. Severus lui expliqua sa théorie selon laquelle, suite à tout ce qu'elle avait vécu, son corps s'était protégé en décuplant ses capacités magiques, ce qui lui permettait d'agir de telle façon. Ajouté à cela les leçons d'Occlumancie qu'elle avait prises ainsi que la méditation poussée qu'elle faisait pour devenir animagus, son esprit s'était ainsi créé une carapace.
Il n'était ensuite pas étonnant qu'elle touche plus Severus que n'importe qui d'autre car elle connaissait bien son esprit suite à toutes les leçons d'Occlumancie qu'ils avaient partagées. Leurs esprits étaient familiers l'un de l'autre à présent, facilitant les choses. Il n'était pas rare qu'un lien se crée entre un apprenti occlumens et son maître.
Les trois jours passèrent lentement pour Hermione. Une ambiance un peu maussade s'était instaurée dans le trio, contrastant avec la soirée qu'ils avaient partagée juste avant. Fort heureusement, même si Severus était préoccupé et un peu distant, Sirius se révéla être un soutien important pour Hermione. Il comprenait ce qu'elle traversait et son besoin de chercher une solution pour faire face à tout ce qui la traumatisait encore.
Il comprenait et il restait à ses côtés pour lui faire comprendre que tout ça n'était pas de sa faute. Il se doutait que la brune n'irait mieux que lorsque Nott serait sorti de l'infirmerie mais il faisait de son mieux pour l'épauler entre temps. Et la jeune femme lui en était réellement reconnaissante.
Leurs séances de méditation visant à l'aider à trouver sa forme animagus l'aidaient aussi grandement et finalement, elle retrouvait tout de même Severus le soir pour dormir avec lui. Malgré les reproches qu'il se faisait vis-à-vis de toute cette histoire, il ne l'avait pas repoussée et c'était tout ce dont elle avait besoin.
Ses amis furent également très présents à ses côtés. Elle leur raconta les expériences qu'ils avaient menées, passant tout de même sous silence les raisons qui les avaient poussés à prendre de tels risques. Elle fut soulagée de ne pas être obligée de leur mentir pour une fois et ce poids en moins sur ses épaules lui permit de tenir durant ces trois jours.
Hermione était aux portes de l'infirmerie quand Théodore sortit finalement. Elle l'attendait depuis une bonne demi-heure, s'impatientant quelque peu. Elle lui sauta dans les bras quand il passa finalement les portes.
- Je suis vraiment désolée !
Théodore balaya ses excuses d'un geste.
- J'y trouvais mon compte aussi tu sais. C'est moi qui ai pris la décision à la base.
Hermione le serra de nouveau dans ses bras, réellement rassurée qu'il aille bien. Elle avait passé les trois derniers jours à s'inquiéter sans pouvoir s'en empêcher. Elle passa toute la fin de journée avec Théodore, attentive au moindre de ses besoins, se sentant coupable malgré tout ce qu'il pouvait lui rétorquer.
- Quand je pense à tous les risques qu'on a pris… On aurait pu mourir, ou pire, se faire renvoyer !
Théodore explosa de rire à la remarque de la jeune fille. Hermione pensa, un brin nostalgique, que le sens de ses priorités n'avait pas changé depuis sa première année, malgré tout ce qu'elle avait vécu. La pensée qu'elle s'était encore mise en danger la traversa mais elle la repoussa. Ce n'était pas de sa faute après tout si les ennuis la pourchassaient. Pas vraiment.
Plusieurs semaines passèrent relativement tranquillement. Hermione continuait la méditation en alternant entre Sirius et Severus comme professeur, toujours accompagnée de Théodore qui, ne pouvant plus compter sur la potion, se raccrochait à cet espoir pour faire cesser ses cauchemars. Il y trouvait aussi un moyen d'occuper son esprit, ce qui lui faisait un bien fou.
Un matin, Hermione était tranquillement installée à la table de Gryffondor et elle prenait son petit déjeuner, attendant que ses amis daignent se lever en ce début de weekend. Dehors, l'hiver s'était installé, Noël et ses vacances n'était plus très loin.
Le courrier arriva en même temps que ses amis et Hermione récupéra le journal et la lettre que deux hiboux lui apportèrent avant de les poser de côté pour saluer ses amis. Elle reprit ensuite le cours de son repas en discutant avec Ron, Ginny et Harry qui avaient un match de Quidditch l'après-midi même et étaient quelque peu nerveux.
Elle ne reporta son attention sur le courrier qu'à la fin du petit déjeuner. Elle feuilleta rapidement le journal qui ne contenait aucune information très intéressante à son avis. Elle le passa ensuite à Harry qui s'intéressait particulièrement à la reconstruction du monde magique et suivait avec un grand intérêt toutes les mesures qui étaient prises.
Le regard d'Hermione tomba alors sur la lettre qu'elle avait reçue. Elle l'attrapa d'une main, buvant une gorgée de jus de citrouille de l'autre. Son verre retomba sur la table dans un bruit mat lorsqu'elle vit la provenance du courrier. Elle se leva brusquement, éclaboussée par le jus et attirant plus d'un regard sur elle.
- Je… je vais me changer…, lança-t-elle précipitamment avant de s'enfuir de la salle.
Elle s'enferma dans sa chambre, le cœur battant la chamade, le courrier serré dans son poing tremblant.
« Ministère de la justice magique » était inscrit dans la case expéditeur.
Elle avait su à la seconde où elle l'avait vue ce que contenait la lettre. Même si les semaines passées avaient été calmes, voire presque joyeuses, elle n'avait pas oublié Malfoy et ce qu'il lui avait fait subir. Elle n'aurait pas pu, même si elle l'avait voulu. Parce qu'elle le revoyait chaque soir dans ses cauchemars. Parce qu'elle y repensait chaque jour, lorsqu'elle se rendait dans les couloirs des cahots, parfois lorsqu'elle croisait le regard de Sirius, bien malgré elle, et à chaque fois qu'elle croisait la petite Isadora Lestrange.
L'enfant s'était faite oublier depuis cette histoire. Hermione n'avait rien dit sur le rôle qu'elle avait tenu. Ça ne voulait pas dire qu'elle l'avait oubliée. Elle en avait discuté avec Théodore qui lui avait confié avoir eu une petite discussion avec l'enfant afin de déterminer son rôle dans tout ça.
Il en était ressorti ce dont ils se doutaient déjà : Malfoy avait manipulé Isadora pour l'utiliser ce jour-là dans les cachots. Tout ce dont la fillette avait su, c'était qu'elle devait faire venir Hermione pour lui faire une petite blague. Et après la façon dont elle s'était sentie rejetée par Hermione en début d'année, la fillette avait accepté sans réaliser le mal qu'il pourrait y avoir.
Isadora avait dit regretter mais ni Hermione, ni Théodore ne savaient si elle était sincère. Ils n'arrivaient toutefois pas à la condamner même si le Serpentard gardait depuis un œil attentif sur elle et ses fréquentations. Au moindre faux pas, l'enfant savait qu'elle n'aurait plus de nouvelle chance.
Hermione ouvrit l'enveloppe de ses mains tremblantes. Elle se coupa sur le papier et jura avant de porter son doigt à sa bouche. Une goutte de sang brillait à la surface de son index. Un peu de salive plus tard, il n'y paraissait plus rien et elle reprit l'ouverture du courrier.
Elle sortit la lettre de l'enveloppe et la laissa tomber au sol sans plus s'en préoccuper. Les mots noirs se détachaient sur le blanc du papier. Elle en avait presque peur. Peur de ce qu'elle lisait. Mais surtout peur de ce qu'elle allait devoir faire. Parce qu'elle n'était pas sûre d'être prête à témoigner. Parce qu'elle n'était pas sûre de l'être un jour.
Elle laissa tomber la lettre à la suite de l'enveloppe et, réagissant par instinct protecteur, elle fuit de sa chambre en direction de la salle sur demande. Elle passa trois fois devant la porte, essayant de ne pas laisser ses pensées divaguer.
Elle pénétra dans la pièce dès que la porte apparut. Elle trouva une réplique parfaite de la salle de bain du 12 Grimmauld Place. Elle referma la porte derrière elle et se déshabilla avant de glisser dans le bain chaud qui l'attendait.
Elle évita de repenser à la dernière fois qu'elle s'était retrouvée dans cette salle de bain. Elle n'avait pas envie de recommencer. Parce que ses trois hommes et Théodore l'avaient aidée à surmonter en partie ses blessures et à vivre avec. Parce qu'elle était moins perdue que quelques mois plus tôt. Parce que les ténèbres ne lui semblaient plus aussi attirantes qu'avant.
Pour autant, elle laissa tout de même sa tête glisser sous l'eau. Elle reprit rapidement ses marques, écoutant les battements de son cœur qui s'intensifiaient, ignorant les influx nerveux que son cerveau envoyait.
Elle se sentit apaisée en remontant à la surface, réalisant qu'elle n'avait pas eu ce geste depuis des mois. Depuis qu'elle avait manqué se noyer.
Hermione s'immergea intégralement une nouvelle fois. Elle appréciait fortement pouvoir, l'espace de quelques secondes, oublier tous ses soucis en se concentrant sur les réactions de son corps. Celui-ci, par instinct de survie, bloquait en effet toute pensée parasite pour que la jeune fille se concentre sur l'essentiel : respirer.
Elle remonta au bout de quelques secondes, le temps de prendre une grande inspiration, avant de plonger de nouveau. Elle n'avait pas envie de faire comme la dernière fois. Elle n'avait pas non plus envie de faire face à ce qui l'attendait.
Elle s'enfonça profondément dans son esprit, pour résister plus longtemps aux influx nerveux de son cerveau. Elle évita allègrement tous les souvenirs douloureux, cherchant simplement un espace vide où aucune pensée ne l'atteindrait. Elle fit de nouveau surface et replongea dans la foulée, s'enfouissant toujours plus loin dans son esprit.
D'un coup, elle se sentit comme aspirée dans sa propre tête. C'était un peu comme lorsqu'elle avait pénétré dans l'esprit de Severus la première fois. Quelque chose l'entraînait, loin, profondément.
Elle traversa, sans pouvoir contrôler quoi que ce soit, toutes les couches de souvenirs sous lesquels elle avait enfoui les plus ténébreux et douloureux qu'elle possédait. Elle traversa ces derniers de la même façon, sans pouvoir s'arrêter. Elle paniqua quelque peu tandis qu'elle s'enfonçait toujours plus profondément dans les méandres de son esprit. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait.
Et quelque part, un signal diffus essayait de l'atteindre, lui hurlant de refaire surface pour respirer. Mais elle ne l'entendait pas.
Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, Hermione eut l'impression que la traversée folle de son esprit commençait à ralentir. Elle n'avait pour autant toujours aucun contrôle sur ce qu'il lui arrivait. Aussi se laissa-t-elle glisser à travers ce qui semblait être les souvenirs les plus anciens qu'elle possédait.
Elle se revoyait enfant, avec ses parents, en train de jouer. Et aussi à l'école tandis que les autres enfants jouaient ensemble et qu'elle se sentait bien seule, mise à l'écart. Peut-être avait-elle elle-même cherché à se mettre à l'écart tandis qu'elle s'était sentie différente des autres enfants.
Elle se revit au jardin d'enfant, avec sa première amie dont elle avait oublié le nom depuis longtemps. L'enfant avait fini par la fuir après que quelques étincelles de magie accidentelle s'étaient échappées des mains d'Hermione. Elle n'avait plus réellement eu d'amis après celle-ci. Elle s'était plongée dans les livres à la place. Jusqu'à Ron et Harry.
Assez rapidement, les souvenirs s'étiolèrent et elle finit par arriver dans ce qu'elle aurait caractérisé comme étant un espace vide dans son esprit. Autour d'elle, tout était noir et elle ne distinguait rien du tout si ce n'était l'impression qu'elle était toujours en train d'avancer, attirée par cette chose qui l'aspirait toujours plus profondément.
Était-ce ainsi qu'on devenait fou ? Allait-elle se perdre au fin fond de son esprit ? Était-ce similaire à ce qu'avait vécu Théodore avec la potion de sommeil sans rêve qu'ils avaient fabriquée ?
Hermione finit par avoir l'impression que quelque chose brillait au loin. Elle s'en approcha lentement. Elle avait enfin l'impression de pouvoir diriger elle-même la direction qu'elle voulait prendre.
Elle eut toutefois un moment d'hésitation, se demandant s'il ne valait pas mieux repartir en arrière mais la curiosité fut la plus forte. Elle avança vers le point lumineux qui grossissait de plus en plus à mesure qu'elle approchait.
Elle finit par se retrouver devant une loutre brillante et elle crut d'abord se trouver devant son patronus avant qu'elle ne comprenne soudainement.
Les explications de Sirius lui revinrent en mémoire. Il fallait traverser tous ses souvenirs pour trouver sa forme animagus. Elle était à présent devant la sienne. Tandis qu'elle le réalisait, la loutre perdait peu à peu de son aspect brillant et Hermione put l'admirer à loisir.
Elle tendit la main vers l'animal qui vint se frotter contre sa paume. Ses poils cours étaient quelque peu râpeux mais le contact n'était pas désagréable. Elle joua légèrement avec l'animal, essayant de graver dans son esprit le moindre détail de son physique, comme le leur avait conseillé Sirius, pour simplifier ensuite la transformation.
Elle finit néanmoins par reporter son attention sur son environnement tandis qu'un sentiment de panique l'envahissait progressivement, sans qu'elle ne parvienne à en saisir l'origine. Ce détournement d'attention eut pour effet de la tirer en arrière brutalement et elle ne put qu'observer la loutre disparaître rapidement de son champ de vision.
Le chemin inverse à travers ses souvenirs passa encore plus rapidement que l'allée. Elle ne distinguait rien d'autre que ce puissant sentiment d'urgence qui enflait à mesure qu'elle revenait à la surface de son esprit.
Elle finit par comprendre le problème et ouvrit les yeux d'un coup, prenant une profonde inspiration. Elle était restée sous l'eau tout ce temps.
Elle n'était cependant pas encore remontée à la surface et elle manqua s'étouffer avec l'eau qui pénétra en elle lorsqu'elle essaya de respirer. Elle prit appui sur ses mains pour s'éjecter hors de l'eau et elle cracha et toussa tout ce qu'elle put dès qu'elle sentit l'air autour de son visage.
Elle resta de longues minutes à se reprendre. Elle ignorait combien de temps s'était écoulé. Elle sentait ses poumons la brûler mais elle n'avait pas particulièrement envie d'aller à l'infirmerie ou voir Severus pour demander une potion afin de faire passer la douleur. Elle n'avait pas envie de s'expliquer à ce propos.
Et par-dessus tout, elle était excitée d'avoir finalement réussit à découvrir sa forme animagus. Elle adorait les loutres. Elle avait appris à apprécier celle de son patronus, auprès de laquelle elle se sentait en sécurité. Il n'était pas étonnant que son animagus soit de la même forme. C'était d'ailleurs assez fréquent d'après ce que leur avait dit Sirius, les deux formes de magies reflétant la personnalité du sorcier.
Et elle devait bien avouer que la loutre lui correspondait bien. Animal joueur mais solitaire, très fidèle à sa famille et relativement intelligent, pour un animal. C'était presque son portrait craché.
Hermione finit par sortir de son bain et se sécha rapidement grâce à la serviette que la salle sur demande fit apparaître. Elle enfila ensuite ses habits et quitta la pièce dans l'optique d'aller raconter à Sirius ou Théodore sa récente découverte.
Les appartements du professeur étant plus proches, elle décida de s'y rendre en premier. Elle n'avait de toute manière aucune idée d'où pouvait bien être Théodore en ce samedi matin. Elle frappa au portrait dissimulant l'entrée des appartements de Sirius mais n'obtint aucune réponse. Soupirant, elle se dirigea vers son bureau, sans plus de succès.
Hésitante, elle décida d'aller voir à la bibliothèque si Théo s'y trouvait. Là encore, ses recherches furent vaines et elle commença à déchanter quant à la façon dont elle allait bien pouvoir les trouver. Aussi se mît-elle à marcher dans les couloirs, sans but précis, espérant que la chance lui sourirait et qu'elle les rencontrerait au hasard d'un couloir.
Au bout d'une vingtaine de minutes de marche, elle commençait sérieusement à désespérer. Elle était passée à la tour de Gryffondor en espérant y trouver Harry et Ron ou Ginny mais les trois adolescents étaient absents. A vrai dire, il n'y avait quasiment personne dans les couloirs ou dans les différents lieux où elle se rendait.
Elle finit par comprendre en se souvenant qu'un match de Quidditch était prévu le jour même. Elle trouva tout de même étonnant que tous les élèves se soient rendus au match aussi tôt. Et puis elle se mit à douter. Combien de temps avait-elle réellement passé dans la salle sur demande ?
Elle se mit en route vers sa chambre afin d'aller récupérer une veste dans l'idée de sortir vérifier si l'heure du match était déjà arrivée. L'hiver étant bien installé, les matchs commençaient un peu plus tôt de toute façon, pour permettre aux joueurs de finir avant la tombée de la nuit.
Elle eut un moment d'arrêt en pénétrant dans sa chambre. La lettre du ministère gisait par terre, là où elle l'avait abandonnée un peu plus tôt. Elle l'avait complètement oubliée, entièrement concentrée sur la loutre qu'elle avait découverte au fond de son esprit.
A vrai dire, elle avait oublié tout le reste, toutes ses peurs, tous les démons qui la guettaient dans l'obscurité. Sirius lui avait expliqué qu'il fallait accepter ses souvenirs pour réussir à les traverser et trouver sa forme animagus. Elle n'avait pas l'impression de l'avoir fait tandis que tout lui avait semblé plutôt accidentel et qu'elle n'avait rien commandé.
Elle avait plus l'impression que sa forme animagus s'était révélée à elle, plutôt que l'inverse. Quoi qu'il en soit, même si ses souvenirs restaient douloureux et qu'elle préférait les occulter, elle ne pouvait que reconnaître qu'elle les avait presque oubliés pendant plusieurs minutes alors qu'elle était entièrement focalisée sur sa découverte récente. Et peut-être que Sirius avait eu raison au final sur le fait que tout ça pourrait l'aider à guérir, même si elle en avait longtemps douté.
Hermione ramassa la lettre du ministère d'une main tremblante, maudissant son corps qui réagissait ainsi sans qu'elle ne puisse le contrôler. Elle la déposa sur le bureau et se détourna. Elle aurait tout le temps d'angoisser à ce propos plus tard. Elle n'avait pas envie d'obscurcir ses pensées avec ça pour le moment, préférant rester sur la note positive de ses avancées sur le chemin de la métamorphose animagus.
Elle attrapa sa cape et s'emmitoufla dedans avant de ressortir pour rejoindre le terrain de Quidditch. Elle sut qu'elle était sur la bonne voie quand elle entendit les éclats de voix résonner dès qu'elle mit un pied dehors. Resserrant les pans de sa cape pour lutter contre le froid mordant qui s'était installé, Hermione accéléra le pas jusqu'au terrain. Elle toussa quelque peu et ralentit légèrement. Ses poumons la faisaient toujours un peu souffrir.
Un regard en l'air lui permit d'apercevoir ses amis, hauts perchés sur leurs balais. Elle ignorait depuis combien de temps le match avait commencé et elle se doutait que ses amis avaient dû s'inquiéter de son absence depuis le matin après son départ quelque peu précipité.
Elle s'installa dans les gradins du côté de Gryffondor et assista à la fin du match qui opposait Gryffondor et Poufsouffle sans y prêter réellement attention. Elle parcourut l'ensemble des gradins du regard et put apercevoir Théodore aux côtés de Daphné. Le garçon lui fit un petit signe de tête quand il la repéra, s'enquérant de son état et Hermione lui répondit d'un sourire et d'un hochement de tête pour le rassurer. D'un petit mouvement de poignet, elle lui fit signe de la retrouver après le match.
Elle laissa ensuite son regard dériver vers les gradins réservés aux professeurs. Elle croisa immédiatement ceux de Severus et Sirius qui regardaient fixement dans sa direction depuis qu'ils l'avaient repérée. Son absence n'avait pas dû inquiéter que ses amis.
Elle leur fit un sourire pour les rassurer également avant qu'ils ne détournent le regard pour ne pas paraître louches. Severus s'attarda quelques secondes de plus et Hermione croisa son regard noir lorsqu'elle releva la tête suite à une quinte de toux. Elle se doutait qu'elle allait être bonne pour un examen en règles dès qu'elle se retrouverait seule dans une pièce avec l'homme.
Le match se termina finalement par une victoire de Gryffondor, sous les applaudissements bruyants des élèves. Hermione fut dans les premières à partir des gradins et elle se positionna à la sortie du stade pour intercepter Théodore, et également saluer ses amis et les féliciter pour leur victoire.
- Où étais-tu encore passée ? la gronda Théodore dès qu'il la rejoignit.
- Désolée je n'ai pas fait attention à l'heure…, répondit Hermione d'une voix légèrement rauque.
Elle toussa un peu pour s'éclaircir la voix sous le regard perplexe de son ami.
- On attend Ron et Harry pour que je les rassure et après on va un peu dans ma chambre avant le repas ? proposa-t-elle à Théodore sous l'œil amusé de Daphné.
Hermione ne voulait pas en dire plus en présence de la jeune fille. Elle n'avait déjà rien dit à ses meilleurs amis, ce n'était pas pour tout raconter à Daphné. Elle préférait garder secret ses essais pour devenir un animagus.
Ce n'était pas parce qu'elle n'avait pas confiance en ses amis. C'était simplement qu'elle leur avait tellement menti, qu'elle n'était pas bien sûre de comment leur révéler cela, et les raisons qui la poussaient à faire cela. Elle aurait aussi le plus grand mal à justifier que Sirius ait accepté de l'aider. Et surtout, elle pensait qu'il était trop tard pour le leur révéler maintenant. Elle craignait qu'ils soient blessés de découvrir qu'elle s'était lancée là-dedans avec Théodore, sans le leur proposer à eux également.
Théodore haussa les épaules en signe de consentement. Ils n'eurent pas à attendre très longtemps avant que Ron et Harry ne sortent du terrain avec l'équipe victorieuse. Ils étaient suivis par des dizaines d'élèves qui respiraient la joie de vivre.
Hermione les félicita et les deux garçons furent rassurés de la voir en bon état.
- Tu viens fêter la victoire dans la tour ce soir ? questionna Ginny en les rejoignant.
Hermione hocha la tête et elle la laissa retourner dans les vestiaires pour se réchauffer et se changer. Elle entraîna ensuite Théodore à sa suite, laissant Daphné en plan derrière eux. La jeune fille était de toute façon en grande conversation avec Ron vis-à-vis du match et des exploits du rouquin qui avait arrêté nombres souaffles.
- Est-ce que je peux savoir maintenant où tu m'entraîne et ce qu'il t'arrive ? questionna Théo lorsqu'il fut clair qu'Hermione ne le conduisait pas dans sa chambre tel qu'elle l'avait dit.
- Viens, tu vas vite comprendre.
La jeune fille s'arrêta devant le tableau qui gardait les appartements de Sirius. Elle l'avait vu quitter le terrain un peu avant eux et elle espérait qu'il soit rentré. Elle cogna à la porte et attendit. Théodore avait un air perplexe sur le visage tandis qu'il ne comprenait pas vraiment ce qu'Hermione lui voulait.
La porte s'ouvrit quelques secondes après sur un Sirius surpris de les trouver là.
- Un problème ?
- Non, une bonne nouvelle pour une fois. On peut entrer ? répondit Hermione avec un sourire.
L'homme regarda dans le couloir que personne n'était là et il s'effaça pour les laisser entrer. Mieux valait éviter les commérages.
- Je n'ai pas beaucoup de temps, Filius a promis de venir m'aider pour surveiller la célébration de la victoire dans la tour de Gryffondor.
Hermione hocha la tête et pénétra dans le bureau en déposant un petit baiser sur les lèvres d'un Sirius surpris dès que la porte fut refermée derrière eux. Toute à sa joie, et sachant Théodore dans la confidence de leur relation, la brune n'avait pas pu s'en empêcher et n'avait de toute façon pas trouvé d'arguments lui intimant de retenir ce geste.
Elle ignora les ricanements de Théo et le regard étonné de Sirius en s'installant en tailleur sur le canapé qui ornait le salon dans lequel ils venaient de pénétrer. Théodore s'installa à ses côtés. Ils avaient tellement passé de temps, ici et dans le bureau de l'homme, à méditer, qu'ils y étaient à présent un peu chez eux.
- Je ne suis pas sûr qu'une séance de méditation soit…
- On n'est pas là pour ça, le coupa Hermione. J'ai réussi, ajouta-t-elle avec un grand sourire et en tapant légèrement entre ses mains, reflétant toute la joie qu'elle ressentait depuis qu'elle était sortie de son bain.
- Réussi quoi ? questionna Théodore qui avait du mal à suivre où elle voulait en venir.
Sirius la regardait avec le même air perdu et Hermione leva les yeux au ciel d'exaspération.
- J'ai réussi à voir ma forme animagus ! explicita-t-elle.
Il lui fallut attendre quelques secondes avant que les deux hommes ne réagissent, le temps qu'ils assimilent la nouvelle.
- Trop cool ! lança Théodore en la prenant dans ses bras.
- Comment ? questionna Sirius après l'avoir félicitée à son tour. Nous avions pourtant dit que vous ne méditeriez que lorsque je pourrai vous surveiller, pour éviter tout risque.
Hermione grimaça devant la petite remontrance. Elle n'était pas bien sûre de comment répondre à la question de l'homme.
- Je ne sais pas trop comment en fait. Je… je ne méditais pas, j'étais en train de… me reposer et d'un coup, j'ai eu l'impression que je me faisais comme aspirer à l'intérieur de mon esprit et tous mes souvenirs défilaient autour de moi. Et puis elle est apparue.
Elle vit parfaitement l'air dubitatif de Sirius alors qu'elle avait buté sur ses explications. Il ne semblait pas particulièrement convaincu de ce qu'elle racontait et elle fut soulagée que Théodore détourne son attention des petits mensonges qu'elle avait glissés dans son discours.
- C'est quoi alors ? demanda le garçon, un air surexcité sur le visage.
- Une loutre, comme mon patronus, répondit Hermione, un sourire aux lèvres. Elle était vraiment très belle et j'ai même pu la toucher et jouer un peu avec, c'était magique !
Elle leur fit la description détaillée du physique de l'animal, sous les yeux émerveillés de Théo.
- Dommage que tu ne saches pas expliquer comment tu as fait, ça m'aurait peut-être aidé… En tout cas, j'ai hâte de réussir moi aussi !
Leur discussion tourna rapidement cours tandis que Sirius s'attendait à voir débarquer le professeur Flitwick d'une minute à l'autre. Les deux adolescents quittèrent donc la pièce et se séparèrent tandis qu'Hermione s'apprêtait à rejoindre la salle commune de Gryffondor.
- On se retrouve ce soir comme d'habitude ? lui demanda Hermione avant de filer.
Théodore hocha la tête et s'en alla retrouver l'antre des serpents. Même si Hermione passait ses nuits avec Severus à présent, et que Théodore avait cessé les essais de la potion, les deux jeunes continuaient de se voir chaque soir. Régulièrement, Théodore dormait dans le lit d'Hermione pendant que celle-ci était dans les appartements de Severus, profitant du lit double et de la tranquillité des lieux. Cela lui permettait aussi de ne pas être seul lorsqu'il se réveillait au petit matin puisqu'Hermione rentrait généralement avant même qu'il n'émerge.
Lorsqu'elle arriva dans la salle commune, Hermione fut presque étourdie de tout l'enthousiasme dont faisaient preuves les élèves. Elle retrouva sans mal ses amis qui étaient au centre de toutes les attentions.
- Hermione ! Enfin tu es là ! s'exclama Ron en l'apercevant.
La jeune fille joua des coudes pour rejoindre ses amis. La salle commune était blindée d'élèves. Il y avait même certains Serdaigle, les Poufsouffle étaient toutefois aux abonnés absents, grands perdants de la rencontre. Hermione fut néanmoins surprise en apercevant Daphné.
- Tu traînes en territoire ennemi maintenant ? lui demanda-t-elle en rigolant.
- Elle est bien obligée en tant que petite amie du meilleur gardien de tous les temps ! s'exclama Ron en riant.
- Petite amie ? questionna Hermione vers Daphné avec un sourire aux lèvres.
- Il a trop bu et il parle beaucoup trop, lui répondit la jeune fille en levant les yeux au ciel. Il ferait bien d'en parler à la principale intéressée avant de crier ça sur tous les toits.
Hermione éclata de rire. Il n'y avait que Ron pour faire des choses comme ça. Elle suivit Daphné jusqu'aux tables qui avaient été transformées en support pour le buffet. Daphné lui servit un verre de punch qu'elle attrapa avec grand plaisir. Elle grimaça néanmoins en réalisant qu'il était alcoolisé.
- C'est interdit…, commença-t-elle avant d'être coupée par la Serpentard.
- Aurais-tu oublié la bouteille qu'on a partagée à Halloween ?
Hermione grimaça mais ne dit rien. Un regard dans la salle lui permis de vérifier que les plus jeunes n'y avaient pas accès, ce qui était déjà une bonne chose. Sirius et Flitwick n'étaient pas là, se trouvant certainement dans le bureau du premier. Elle but une nouvelle gorgée de punch pour éloigner toute culpabilité et raison.
Daphné la poussa à boire son verre rapidement avant de la servir de nouveau. Hermione s'éloigna ensuite quelque peu de la jeune fille pour ne pas finir bourrée en moins d'une heure.
- Mais c'est pour que tu rattrapes ton retard ! rigola la blonde.
Ignorant la remarque, la brune retrouva comme elle put ses amis, se frayant un chemin au milieu de leurs supporters. Elle fut toutefois stoppée dans son élan par une Ginny qui semblait avoir suffisamment bu déjà pour ne plus marcher très droit. La rousse l'entraîna un peu à l'écart des autres et elles s'assirent sur les marches menant aux dortoirs pour éviter toute chute intempestive de Ginny.
- Tu n'as pas invité Théodore ? questionna la rouquine avec un regard suspicieux.
- Non, avoua Hermione. Je ne pensais pas que les maisons seraient autant mélangées.
Un léger silence passa avant que la rousse ne se décide à reprendre, fixant de façon prolongée une Hermione gênée qui ne comprenait pas bien où était le problème.
- Est-ce que tout va bien entre vous ?
- Bien sûr, pourquoi cette question ?
- Je ne sais… Je trouve juste que vous formez un couple bizarre. En fait, je ne comprends pas trop ce que tu fais avec lui.
Hermione écarquilla les yeux en regardant son amie. Elle savait que l'alcool dictait une partie des paroles de la rousse mais tout de même, elle ne se serait jamais attendue à un tel discours de sa part.
- Ce n'est pas contre lui, hein, se rattrapa immédiatement Ginny. C'est juste qu'il ne ressemble en rien à ce que tu m'as décrit comme étant ton type de mec tu vois… Et puis, on ne peut pas dire que vous soyez très démonstratifs, on croirait presque que vous n'êtes qu'amis quand on vous voit. Même Ron est plus démonstratif, Mione ! Ron, quoi !
La rousse partit dans un grand éclat de rire et Hermione se força à sourire avant d'avaler une gorgée de courage.
- Tu sais, ce n'est pas parce qu'on ne crie pas sur tous les toits notre bonheur qu'on n'est pas bien ensemble.
- Oh je sais bien Hermione, ce n'est pas ce que je voulais dire… Je crois que j'ai juste trop bu, tu ferais mieux d'oublier tout ça, je suis ridicule.
Un petit silence s'installa entre les deux filles avant que Ginny ne revienne à la charge, comme si elle ne pouvait pas s'en empêcher.
- En fait, Hermione, j'ai entendu des bruits de couloir.
- Des bruits de couloir ?
- Oui, des rumeurs quoi…
- Sur Théodore et moi ?
- Non, enfin pas directement… Je crois qu'il vaudrait mieux que je me taise mais écoute… j'ai entendu des Serpentard s'étonner du couple que vous formiez parce que, je cite, ils étaient persuadés que Théodore était plus intéressé par un autre type de personnes.
- Un autre type de personnes ? Pas une née-moldue tu veux dire ? Tu sais ce sont des Serpentard…
- Non, je ne crois pas que c'était ce qu'ils voulaient dire… Plutôt, comme… par des garçons quoi…
Hermione fixa son amie quelques secondes, étonnée de ce qu'elle lui disait. Il fallait croire que Théodore et Blaise n'avaient pas été aussi discrets que ce qu'ils avaient pensé du vivant du jeune homme. Ginny prit son silence pour du choc suite à ce qu'elle venait de raconter et elle se mordit les lèvres, regrettant déjà ses paroles. Elle s'inquiétait pour son amie mais elle devait reconnaître que lui parler de tout ça en étant alcoolisée n'était pas forcément la meilleure idée qu'elle ait pu avoir.
- Je suis désolée Hermione… En fait, je ne suis sûre de rien hein… C'est juste que ça m'a fait réfléchir et c'est vrai que vous n'êtes pas très démonstratifs et peut-être que tu n'es pas son type mais après je me suis dit qu'il n'était pas forcément ton type non plus et que peut-être ce n'était pas si grave, tu sais les descriptions que tu m'as fait des deux hommes que tu as connu en Australie me feraient plus pensé, je sais pas moi, à quelqu'un comme Sirius par exemple, aussi bizarre que ce soit, mais pas à quelqu'un comme Théodore mais… Je ferai mieux de me taire je crois…
Tout du long du monologue de la rousse, Hermione s'était de plus en plus figée, ne sachant quelle réaction elle était censée avoir par rapport à tout ça. Elle était littéralement mortifiée que son amie ait pu assembler les pièces du puzzle ainsi, d'une façon beaucoup trop proche de la vérité.
- Je suis désolée Hermione, je ne voulais pas te gâcher ta soirée mais tu vois, je me devais de t'en parler en tant qu'amie… Je veux juste que tu saches que je suis là si tu as besoin et puis, si ça se trouve je fais complètement fausse route et je m'excuse…
- C'est bon, Ginny, merci.
La voix d'Hermione n'était pas aussi neutre qu'elle l'aurait souhaité et elle perçut clairement la lueur de doute passer dans le regard de Ginny qui regrettait de plus en plus d'avoir commencé cette discussion.
Hermione, de son côté, finit son verre cul-sec en espérant oublier tout ça. Elle n'avait pas envie de se prendre la tête à ce propos. Ginny ne semblait pas avoir compris la vérité, elle avait simplement des doutes et Hermione sentait qu'elle ne ferait qu'empirer les choses si elle parlait trop. Elle sentait que ses mensonges commençaient à se refermer sur elle et elle espérait qu'ils tiendraient encore un peu, au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire.
Et peut-être aurait-elle pu profiter de ce moment pour échanger avec la rousse et lui avouer la vérité qui, étant donné ce qu'elle lui avait dit, ne la choquerait sans doute pas. La rousse était particulièrement gentille et Hermione savait qu'elle ne la jugerait pas. Elle n'arriva toutefois pas à se lancer, retenue par la peur de tout ce qui pourrait découler de cet aveu. Elle savait pertinemment que si elle commençait à dire la vérité à propos d'une seule chose, tout le reste suivrait, et elle n'était pas prête à faire face à ça.
Pour se faire pardonner, Ginny attrapa son verre et alla le resservir avec un sourire contrit. Merlin qu'elle pouvait être maladroite quand elle buvait trop ! Elle se donnait presque l'impression de ressembler à son plus jeune frère !
Quelques gorgées plus tard, alors qu'elles se mêlèrent de nouveau à leurs amis, la gêne était oubliée et la discussion reléguée loin dans l'esprit des deux jeunes filles, au moins pour un temps.
Lorsqu'elle retourna à sa chambre le soir venu, Hermione avait le plus grand mal à tenir debout. Elle avait vaguement l'impression que les murs bougeaient sans cesse, ondulant, voire se déplaçant carrément.
Théodore n'était pas encore arrivé et elle décida d'aller prendre une douche rapide. Elle enroula ensuite sa serviette autour de son corps et repassa dans sa chambre en toussotant. Ses poumons lui faisaient moins mal mais elle toussait encore régulièrement. Ils n'avaient certainement pas apprécié le traitement qu'elle leur avait infligé.
Son regard tomba directement sur la lettre du ministère qu'elle avait posé sur son bureau et, dans une spontanéité que seul l'alcool permettait, elle s'en empara avant de la lancer dans le feu de la cheminée. Elle regarda le papier s'embraser avec un certain soulagement. Peut-être pourrait-elle prétendre que tout ceci n'était pas vrai ainsi. Même si chaque mot de la lettre était comme marqué à l'encre indélébile dans son esprit.
Ce fut ainsi que Théodore la trouva lorsqu'il arriva, accroupie devant le feu de cheminée, le regard perdu dans les flammes, une simple serviette enroulée autour de son corps nu.
- Est-ce que tout va bien ?
Hermione se releva en sursaut, ne l'ayant pas entendu arriver. Sa serviette se dénoua sous le geste et elle la rattrapa in extremis pour ne pas se retrouver nue devant le garçon. Théodore eut l'obligeance de se tourner pendant qu'elle enfilait son pyjama.
- A ce que je vois, vous savez fêter vos victoires chez Gryffondor ! se moqua Théodore devant l'attitude clairement éméchée d'Hermione. Je passais juste pour te prévenir que je vais rester dans le dortoir de Serpentard cette nuit.
- Pourquoi ? s'inquiéta Hermione.
- Daphné est encore plus bourrée que toi et je ne veux pas la laisser seule. On va certainement dormir sur les canapés de la salle commune. Tu vas bien rejoindre Snape de toute façon ?
Hermione acquiesça d'un hochement de tête en grimaçant. Elle n'était pas sûre que l'homme apprécie la voir débarquer dans cet état. Comme si Théodore avait lu dans ses pensées, il ricana devant l'air miné de la brune qui le frappa sur le bras en retour.
Les doutes d'Hermione se justifièrent quand elle pénétra finalement dans l'appartement du professeur de potions. Peut-être aurait-elle dû éviter de tomber tête la première en arrivant déjà. Mais les voyages en cheminette n'avaient jamais été son fort, encore moins dans l'état où elle se trouvait. Elle penserait à remercier Daphné le lendemain tandis que la jeune fille l'avait fait boire plus que de raison toute la soirée.
Hermione ne put s'empêcher de rire un peu en se relevant, ignorant le regard choqué et surpris que Severus posait sur elle. Une quinte de toux la saisit alors qu'elle époussetait les cendres accrochées à ses vêtements. Il ne fallut que quelques secondes pour que le maître des potions soit à ses côtés.
- Ce n'est rien, sans doute juste un coup de froid, mentit Hermione en s'asseyant sur la chaise que lui indiquait l'homme.
Il ignora royalement sa remarque et attrapa sa baguette pour lancer quelques sorts de diagnostic.
- Vous êtes complètement saoule miss Granger, gronda le professeur.
Hermione détourna les yeux en haussant les épaules.
- Ah bon ? tenta-t-elle vainement en désespoir de cause.
L'homme ne prit même pas la peine de relever sa ridicule tentative et enchaîna sur un ton inquiet.
- Que s'est-il passé ?
La question du professeur prit Hermione au dépourvu. Elle aurait dû se douter que l'homme la connaissait suffisamment pour savoir que son rapport avec l'alcool était compliqué. Elle n'avait jamais bu que lorsqu'elle avait peur et qu'elle cherchait du courage. Ce soir, elle avait cherché à oublier.
Oublier la lettre. Oublier le procès qui arrivait bien trop vite à son goût. Oublier les remarques et doutes de Ginny. Oublier la peur que tout cela faisait naître en elle.
- On a fêté la victoire de l'équipe, déclara-t-elle avec un sourire quelque peu forcé. Il y avait même Daphné !
- Miss Greengrass, je suppose ?
Hermione hocha plusieurs fois la tête pour confirmer, espérant parvenir à lui cacher le reste dont elle ne voulait pas se rappeler. Une nouvelle quinte de toux la saisit et l'homme reprit ses sorts de diagnostic sur la jeune fille, passant pour le moment sur tous les reproches qu'il avait envie de lui faire sur son comportement.
- Qu'est-ce que vous avez encore fait miss Granger ? gronda le professeur au bout de quelques secondes tandis qu'il découvrait l'état de ses poumons.
Hermione détourna les yeux en haussant de nouveau les épaules. Elle espérait que l'homme n'insisterait pas. Elle se releva de la chaise sur laquelle elle était assise. Son geste fut néanmoins beaucoup moins gracieux qu'elle l'avait espéré tandis que le sol semblait ne plus être droit sous ses pieds. Sa tête tournait légèrement et elle prit appui sur le dossier de la chaise qu'elle venait de quitter.
- Rasseyez-vous miss, soupira Severus.
La jeune fille suivit son conseil et se laissa de nouveau tomber sur la chaise. L'homme disparut quelques minutes et revint avec trois fioles de potion à la main.
- Je devrai vous laisser dans cet état jusque demain pour que vous compreniez que l'alcool a également des mauvais côtés mais je sais que vous en avez déjà conscience et je n'ai vraiment pas envie de vous supporter ainsi toute la nuit.
Hermione ne comprit que la moitié de son discours tandis que l'homme marmonnait plus qu'il ne parlait. Elle ne quittait pas les potions des yeux, se demandant vaguement pourquoi il mettait autant de temps à les lui donner.
L'homme sembla finalement se décider et Hermione put ingurgiter une potion contrant les effets de l'alcool, suivit de deux potions pour soigner ses poumons. Le brouillard s'éclaircit rapidement dans son esprit et elle soupira d'aise tandis que le monde arrêtait enfin de tourner autour d'elle.
- Maintenant vous allez pouvoir m'expliquer la raison qui vous a poussée à boire autant. Ainsi que ce qui a mis vos poumons dans un tel état.
Hermione grimaça. Elle aurait dû se douter que l'homme n'abandonnerait pas aussi facilement.
- Rien de particulier, éluda Hermione. Je pense que c'est juste un coup de froid. Au fait ! J'ai une bonne nouvelle, j'ai réussi à trouver ma forme animagus !
- Félicitations, lui concéda-t-il avec un rictus qu'elle devinait être un sourire. Comment ?
- Je ne sais pas vraiment, avoua-t-elle. Ça s'est un peu fait tout seul. Je me reposais et je me suis sentie comme aspirée dans mon esprit jusqu'à la voir.
Elle avait repris la même formulation qu'avec Sirius. Ce n'était pas vraiment la vérité. Ce n'était pas vraiment un mensonge non plus. Severus sembla la croire et il n'insista pas sur ce point, à son plus grand soulagement.
- Qu'est-ce que c'est alors ?
- Une loutre, comme mon patronus.
L'homme hocha la tête et haussa les épaules.
- Ça va, pas trop ridicule.
Hermione rit légèrement face à la remarque de l'homme. A vrai dire elle avait pensé la même chose quand elle l'avait découvert.
- Oui j'aime bien les loutres donc ça me va ! Prochaine étape je crois qu'il va me falloir garder des feuilles de mandragore dans la bouche pendant un mois si je me souviens bien de ce que Sirius nous a dit…, soupira Hermione.
Elle perçut clairement le rictus moqueur qui déforma les lèvres du professeur avant qu'il ne se détourne et ne prenne le chemin de la chambre. Elle le suivit en levant les yeux au ciel. Au moins l'homme semblait avoir oublié ses questions premières. Ou peut-être préférait-il également ne pas discuter de sujets délicats juste avant de dormir.
Et ça allait parfaitement à Hermione. Parce qu'ainsi, elle pouvait encore faire un petit peu semblant pour le moment, même si elle se doutait que ça ne durerait pas.
Bonjour à tous et à toutes !
J'espère que ce chapitre vous aura plu ! On approche de la fin à grands pas, ça me fait tout bizarre xD
Un grand merci à tous ceux qui suivent cette histoire et encore plus à tous ceux qui me laissent un petit mot :3
Prochain chapitre, je pense lundi prochain !
Bonne fin de semaine et bon weekend à vous !
Et pour finir, petite réponse aux reviews guest :
Jenny : Merci pour tes review ! Je vais faire une réponse commune aux deux du coup ;) Sirius aide beaucoup oui, en vrai, il est assez complémentaire avec Severus, c'est comme ça que je l'imagine en tout cas ^^ Je suis contente que Daphné te plaise, on la retrouve un peu encore dans ce chapitre mais ce ne sera pas un personnage beaucoup plus développé au final... Théo est un amour avec Hermione pour le bal je suis d'accord ! Heureusement qu'il est là pour elle ! Et quant à ce qui lui est arrivé, disons que la potion n'était pas aussi sans risque que ce qu'ils croyaient et qu'au final, l'effet de dépendance qu'ils ont essayé de supprimé s'est "transformé" si bien que son esprit est devenu dépendant et a agi comme s'il était toujours sous effet de la potion... Je ne sais pas si je suis très claire... En tout cas, j'espère que ce chapitre t'aura également plu !
