Bonjour, bonsoir, chers lecteurs, lectrices, ou humain non genré qui lit cet écrit (désolé si vous n'êtes pas humains, ne prenez pas cela comme une offense).
Je m'appelle Lin Konasa, j'ai 82 ans et je suis plus ou moins connue pour écrire des chapitres relativement long sur cette histoire. Et bien sachez qu'aujourd'hui ce n'est pas le cas.
Ce chapitre n'est pas long, il est colossal ! (ah mais lol c'est une blague par rapport au titan col- Ferme ta gueule.)
Pour vous donner un ordre d'idée, prenez la longueur de chapitre 23 et additionnez la à celle du chapitre 24… qui étaient jusque là, évidemment, mes chapitres les plus longs, et alors vous obtiendrez l'équivalent de la longueur de ce nouveau chapitre.
Mais du coup, j'aimerais sincèrement savoir si vous trouvez ça trop lourd ou que les descriptions sont parfois pesantes et chiantes. Et ne venez pas me dire "ça nous dérange jamais" avant d'avoir lu, steuplé les frérots soyez logique, revenez après.
Bon je suis pas toujours très sympa avec vous, mais en vrai je suis heureuse de vous retrouver et je vous kiffe mes loulous. Je vais donc vous balancer ce dernier chapitre des vacances d'été, ne sachant pas vraiment si je vais avoir le temps d'écrire pendant la reprise de mes études, on verra bien quand le prochain chapitre sortira, probablement pas avant des mois ^^
Le premier qui me demande quand est-ce qu'il sort, je demande à Levi de lui filer des pichenettes.
Un immense merci encore à Marycath qui me consacre énormément de temps, et qui écoute mes conneries avec patience en corrigeant mes mots inventés, mes fautes à répétitions et mes tournures de phrases incorrectes.
Avant de vous laisser lire, j'aimerais juste faire un disclaimer qui me tient à coeur :
J'évoque des drogues dures dans ce chapitre en parlant de leur "extase", mais évidemment je n'incite personne à s'y essayer. Tout comme je n'incite personne à boire ou fumer, mais même si je ne diabolise pas directement la drogue dure, pour le coup, je vous déconseille fortement d'y toucher.
Cependant, si jamais vous voulez absolument vous y risquer, prenez s'il-vous-plaît la précaution de le faire entouré par des personnes de confiances, sobres, qui sauront comment réagir en cas de problème. Et surtout, même si vous en avez tiré une expérience agréable, ne la retentez pas avant un très long moment. La drogue dure est plus forte oui, mais elle est surtout plus brutale dans l'arrêt soudain de ses effets, et entraîne une frustration et une sensation de manque extrêmement rapidement. On devient accro très vite.
Et en ce qui concerne l'héroïne, juste… ne le faites pas. C'est l'une des drogues où la probabilité d'overdose à la première prise est la plus forte, surtout en intraveineuse où les effets hormonaux beaucoup trop puissants se mettent en place en quelques secondes seulement. Et sachez que l'extrême dose d'endorphine s'arrête aussi en très peu de temps, laissant votre cerveau incapable d'en produire pendant un certain temps, plus ou moins long. En gros, vous êtes une loque déprimé qui ne ressent aucun plaisir et qui ne fait pas vraiment dodo. Et même lorsque votre cerveau se remet à en produire naturellement, et bien il peut prendre des jours voir semaines avant de trouver cette dose acceptable, ce qui procure une intense envie d'en reprendre et donc du manque… après la première prise. Ce n'est pas rare de ne pas supporter la perte d'endorphine de la première fois et de bêtement devenir toxicomane de cette façon. Et là, bah c'est la grosse merde sa race.
Bref, voilà. Je voulais être claire là-dessus, qu'il n'y ait aucun malentendu.
Allez bonne lecture à tout le monde, et s'il-vous-plaît, soyez raisonnable avec Levi, ne le détestez pas trop et ne l'aimez pas trop non plus :)
PS : Ce chapitre commence une semaine après la fin du précédent, donc environ 2 semaines après qu'Eren se soit rendu compte qu'il était amoureux.
Chapitre 25 : Quiproquo
Vendredi 19 Octobre : 7h10
POV Levi :
À cette heure-ci, il était assez rare pour moi de ne toujours pas être parti de mon appartement pour aller rejoindre Hanji avant d'aller bosser. Mais je devais avouer avoir pris un temps fou à m'habiller en regardant Eren pour voir si ce dernier n'allait pas se réveiller pour venir me taquiner, me provoquer ou peut-être bien plus. C'était le dernier jour de cours avant ces deux semaines de calme vacancier tant attendu. J'aurais bien aimé qu'il me surprenne ce matin encore, histoire de me donner un avant goût de ce qu'on allait pouvoir faire durant ces longues et profitables journées qu'on allait passer ensemble. Ça me décevait presque de sa part de ne recevoir aucun encouragement pour ce dernier jour de merde à tenir, m'enfin ce n'était pas comme s'il me le devait non plus. Je fis donc une petite moue avant de me diriger vers la porte d'entrée afin de sortir pour continuer ma journée. Mais avant que je ne l'atteigne, une vision me fila un frisson d'agacement, une des Vans d'Eren traînait dans la pièce. Je soupirai donc en faisant demi-tour pour la ramasser et la remettre à sa place dans l'entrée, rangée avec sa jumelle. Cependant, en refoutant cette godasse à l'endroit spécifique où elle devait se trouver, je vis quelque chose du coin de l'oeil d'encore plus insupportable. Ce chieur d'Eren avait en plus de cela laissé un flacon d'herbe et des miettes traîner sur la table. Je levai les yeux au ciel, il était vraiment incorrigible, c'était pourtant pas si complexe de ranger les choses à leur place, il faudrait qu'il améliore ça un de ces quatres. Je vins donc humidifier une éponge pour enlever les miettes et en profitai au passage pour passer un bon coup sur toute la table, salie par les innombrables traces des 50 verres différents qu'il utilisait chaque jour. Une fois que je rendis sa splendeur à cette table, je vins simplement remettre le thym, selon l'étiquette, dans le placard avec les autres aromates, herbes et épices qu'Eren achetait en masse pour cuisiner, après, je devais bien avouer avoir découvert de nouvelles saveurs culinaires plutôt surprenantes grâce à lui. Je pensais avoir enfin fini de ranger toutes les conneries qu'il laissait derrière lui, mais en voyant l'organisation hasardeuse de ce placard dans lequel il rangeait toutes ces choses dont j'ignorais l'utilité, je fus parcouru d'une gène assez dérangeante. Je tiquai à cette vue alors que ma langue vint naturellement claquer sur mon palais, je ne pouvais définitivement pas laisser ce désordre avant de partir ou ça allait me hanter pour le reste de la journée. Je décidai donc pour mon bonheur personnel, et non pas pour faire avancer le temps, de retrier entièrement tous les éléments contenus dans ce placard pour les ranger convenablement. Je triai donc les différentes bouteilles d'huiles par taille avant de les remettre vers le fond. D'ailleurs ça servait à quoi d'en avoir autant de différentes ? Y'avait vraiment une putain de différence entre l'huile d'olive, de tournesol et de colza ? Et c'était quoi l'huile de coco ? Je soupirai, bien dépassé par les connaissances d'Eren dans le domaine avant de trier toutes les épices et herbes par couleur de flacon. Et lorsque j'eus enfin terminé, une magnifique silhouette finement musclée s'approcha de moi en s'étirant avant que deux perles d'émeraude ne se posent sur moi avec étonnement. Quoi ? Il était déjà 7h30 ? Impossible, j'avais été si long ? J'allais me faire sermonner par Hanji moi. Mais maintenant qu'il était là j'allais quand même profiter un peu de sa présence avant de me barrer.
-Salut Levi, t'es encore là ?
Son doux sourire radieux et matinal sur son visage peu réveillé était toujours aussi adorable à observer.
-Salut Eren, lui répondis-je d'un léger ton accusateur, et bien figure-toi que je me suis senti obligé de m'occuper du bordel que t'avais laissé.
Il leva un sourcil intrigué par mes paroles.
-Quel bordel ? Tout me paraît nickel ici.
Je levai les yeux au ciel.
-Évidemment puisque je m'en suis occupé.
Il me répondit par un grand sourire amusé avant de se diriger vers le frigo afin d'attraper une brique de lait, me laissant observer les formes de ses fesses moulées dans son boxer. Je sentais que ma journée allait déjà être beaucoup plus sereine après cette vision. Il alla ensuite prendre un bol, ses céréales imbouffables et une cuillère à soupe, me laissant le plaisir de laisser mes yeux se perdre sur son corps dos à moi. Il finit par se retourner en déposant ce qu'il avait amassé sur la table.
-Tu as le temps de rester encore un peu ? Me demanda-t-il un petit air mignon plaqué à la gueule.
En le voyant à moitié nu de la sorte, j'aurais aimé rester toute la journée, mais je me gardais ça pour ce soir.
-Nan, désolé Eren, je vais devoir y aller, Hanji m'attend.
Il me répondit par une petite bouille déçue avant de me faire un clin d'oeil en déclarant :
-Alors j'ai hâte d'être à ce soir Levi.
Un sublime sourire vint orner l'harmonie de son visage remplit de sous-entendus. Putain ce que j'avais envie de fondre sur ses lèvres, mais je n'avais pas le temps pour un baiser, alors je lui fis signe avant de m'éclipser. Avec ce genre de phrases matinales, c'était sûr que j'allais passer une meilleure journée.
8h02 :
J'arrivai finalement jusqu'à sa salle, E304, dont j'ouvris la porte. Il y avait dans cette classe presque vide, les mêmes chaises et les mêmes tables que dans la mienne. Seule la bouilloire posée sur son bureau rendait cette pièce plus personnelle, tout le reste était d'une sobriété ennuyante comme si cette personne qui m'envoyait une moue mécontente ne passait pas un tier de sa vie à l'intérieur. Je soupirai à sa vue, quelle connerie allait-elle encore me sortir afin de me sermonner.
-Bah putain mon Lili, t'as pris ton temps hein, qu'est-ce qu'il s'est encore passé ?
Ça commençait très mal, cette folle avait intentionnellement appuyé sur ce surnom ridicule. Elle reprit d'un ton sarcastique absolument insupportable :
-T'as croisé un taureau sur la route peut-être ? Ou tu t'es rendu compte que t'étais coincé dans une matrice ? Oh nan mieux je sais, des aliens ont débarqué sur ta caisse pour bouffer tes pneus avant de te tripoter les couilles c'est ça ?
Je levai les yeux au ciel pour toute réponse à ses conneries déblatérées avec un débit bien trop rapide pour l'heure qu'il était et pour mon pauvre crâne. Avant qu'elle ne termine finalement avec un petit sourire tordu au coin de ses lèvres :
-Ou alors, tout simplement, Eren a encore décidé de te tailler une pipe de bon matin ? Ça serait pas la première fois hein.
Je me contentai de soupirer, ennuyé par ses paroles avant de déclarer mon habituelle salutation :
-Ferme ta gueule Hanji, tu pourrais pas juste me dire "Bonjour" ?
Elle râla en souriant.
-Tu cherches de la sympathie toi maintenant ? Tu changes mon p'tit Lili. Mais je ne serais agréable que lorsque tu seras réceptif à mes blagues.
J'allais finir par l'encastrer dans la porte si elle continuait à m'appeler comme ça. Je pourrais d'ailleurs profiter de son immobilité pour lui apprendre que ce n'était pas parce qu'elle parlait avec hystérie et absurdité que ses mots devenaient des vannes.
-Bon alors, reprit-elle en allumant cette bouilloire remplie d'eau, t'as fait quoi pour arriver à 8 heures ici ?
Je vins prendre la chaise la plus proche de la première rangée pour la foutre en face de son bureau.
-J'ai rangé le bordel monstre que ce gamin avait foutu dans mon appart'.
Elle ouvrit le premier tiroir de son bureau pour en sortir deux tasses sans anse qu'elle me tendit, afin que je choisisse celle dont la propreté laissait le moins à désirer, avant qu'elle ne s'attarde sur ce fameux tiroir. Cette taré était crade et médiocre dans l'art du nettoyage, mais étrangement, ces tasses étaient toujours plus ou moins bien lavées. Elle ferait vraiment n'importe quoi pour moi, hein ?
-Goût russe ? Me demanda-t-elle sobrement.
J'hochai la tête. Loin de moi l'idée de vouloir sucer un soviétique, ne vous méprenez pas, c'était simplement excellent le thé noir avec des agrumes. Elle sortit donc deux sachets de ce thé "goût russe" absolument délicieux qu'elle ouvrit et disposa dans les tasses avant de remplir ces dernières d'eau chaude. Elle s'assit en face de moi en souriant. Depuis qu'on était tous les deux profs, je buvais toujours deux thés le matin, celui de ma solitude chez moi et celui de l'amitié incroyable qu'on partageait.
-Crise de rangement matinale ? Tu n'as finalement pas tant changé que ça, me dit-elle en accentuant ce sourire qui se voulait sympathique mais aux allures involontairement terrifiantes. J'espère que tu t'es bien réveillé et que tu es de bonne humeur.
L'image de ce fin corps harmonieux presque dénudé dont les fesses et les omoplates avaient roulés sous mes yeux demandeurs restait gravée dans mon esprit. Bien-sûr que j'étais de bonne humeur, mais c'était rare qu'elle me pose soudainement la question, à moins qu'elle ne s'apprêtait à me balancer quelque chose de particulièrement chiant qui risquerait de me foutre mon moral au cul.
-Ouais, pourquoi ? T'as un truc à me dire ?
Elle me répondit par une petite moue peu rassurante avant d'exagérément souffler sur son thé comme une demeurée. J'avais 99% de chance de m'être pris un postillon sur la chemise. Je la détestait cette chemise, mais je n'appréciais pas plus les postillons de cette femme dont l'hygiène dentaire était catastrophique. Il faudrait vraiment qu'elle fasse un effort si elle ne voulait pas rester pucelle à vie cette folle.
-Me parle ni des Tanesques ni d'Auruo, j'ai vraiment pas envie de me prendre la tête là.
Elle baissa les yeux sur sa tasse avant d'y approcher son nez, apparement pour évaluer la chaleur de son thé. Elle passait beaucoup trop de temps à mater Mike celle-là, même sans lui parler il l'influençait. Son regard revint se plonger dans le mien avec bien plus de sérieux et de calme. Merde. Tout son visage m'annonçait clairement que c'était ces sujets dont elle avait à me parler. Je me pinçai l'arête du nez en laissant échapper :
-Putain, je savais que j'aurais dû rester avec Eren ce matin.
Son visage changea complètement le temps de quelques secondes. Elle fronça les sourcils, entrouvrit la bouche et ses yeux me lancèrent une forte interrogation, avant de simplement revenir à son expression précédente. Hanji était vraiment un putain d'alien. Elle sembla totalement ignorer ma phrase et le trouble qu'elle lui avait fait ressentir pour déclarer :
-Je suis désolée d'avance pour la conversation un peu chiante Levi, mais ça fait deux semaines que ça fout un froid dans les rangs donc Erwin m'a demandé de t'en parler. Auruo est resté tellement longtemps au Bataillon que beaucoup veulent qu'on mette ses cendres avec les autres défunts mais… il peut pas faire ça alors qu'il t'as vendu à ces enculés et t'es bien trop respecté pour que quelqu'un prenne une décision. Donc Erwin m'a dit qu'il respectera la tienne.
Je soupirai en laissant tomber ma tête vers l'arrière, me détachant de ces yeux bien trop sérieux pour cette femme bien trop excentrique. Auruo était un traître, il avait préféré fuir et se prendre une balle entre les deux yeux plutôt que de répondre de ses actes, et maintenant il était revenu à l'état de poussière, de cendre. J'avais travaillé et combattu à ses côtés pendant un long moment, on avait même déjà frôlé la mort ensemble. Depuis il n'avait fait que m'admirer, s'inspirer de moi, s'entraîner pour un jour me surpasser, mais au final il m'avait trahit sans explications. Ça n'avait pas de sens cette merde, pourquoi faire un truc pareil et préférer de risquer la mort en s'enfuyant comme un lâche ? Il était déjà crevé, mais jeter ses cendres c'était le condamner à l'oublie et au rejet total, c'était l'effacer de la mémoire du Bataillon. Comment je pouvais décider d'une chose aussi lourde alors même que j'ignorais ce qui l'avait poussé à faire ça ? Je fermai les yeux quelques secondes, me disant qu'en effet, j'aurais mieux fait de rester avec Eren ce matin.
-On en sait plus sur ses raisons ?
Je l'entendis soupirer, elle non plus n'avait pas l'air d'apprécier cette conversation de merde. J'étais reconnaissant du respect que me portait Erwin, mais sans infos sur ce qu'il s'était passé, je ne pouvais pas prendre cette putain de décision. Et Hanji ne m'apporta pas plus de précisions en me répondant :
-Nan, désolée.
Putain de sa race. Je vins me pincer l'arête du nez, encore, avant de simplement lui balancer :
-Alors j'en sais rien.
Un nouveau soupir se fit entendre alors que je redressai la tête, venant replonger mes yeux dans les siens, égarés.
-Je comprends Levi, mais ça divise vraiment le Bataillon entre ceux qui veulent préserver sa mémoire et ceux qui considèrent que ça serait un putain d'outrage contre toi. Erwin a vraiment besoin de faire quelque chose, mais il te respecte trop pour choisir à ta place.
Oui, bah c'était bien aimable de sa part mais c'était surtout casse-couilles.
-Je peux pas prendre cette décision sans savoir ce qui l'a poussé à agir comme un connard, s'il faut il s'est fait menacer de se faire buter sa meuf, j'en sais rien moi. Tu peux pas dire à Erwin d'attendre qu'on en sache plus ?
Elle soupira encore avant de secouer la tête.
-Et il en fait quoi en attendant des putain de cendres ?
-J'en sais rien, il a qu'à les garder chez lui, je suis pas un putain d'organisateur moi.
Elle fronça les sourcils en laissant son visage exprimer son dégoût avant de me répondre :
-Tu veux vraiment qu'Erwin foute les cendres d'un mec qui t'a vendu à des dégénérés, qui veulent te voir mort, chez lui ? Sur sa table de nuit aussi pendant que tu y es, t'es glauque Levi.
Je levai les yeux au ciel. Je pensai plutôt à sa cave, à côté de ses meilleurs whiskys, comme ça on aura de quoi boire un coup quand je pourrais décider de ce que je ferais de ces putain de cendre. Trinquer à l'oublie d'un connard qui m'avait vendu pour du fric ou à la mémoire d'un ami qui avait juste été poussé à bout, dans les deux cas ça serait un bon moment à partager. Je claquai ma langue sur mon palais avant de déclarer :
-Et ben il en fait ce qu'il veut alors. Au pire il demande au Bataillon de faire un vote, ça m'ira très bien, moi j'ai pas de réponse ni la putain d'envie d'y réfléchir. Et il pourrait pas m'appeler directement au lieu de te donner le rôle du messager ? T'es plus dans le Bataillon non plus, à la limite t'es le médecin en freelance, mais tu pourrais lui rappeler qu'il a mon numéro quand même.
Elle souria doucement dans un soupir, apparemment amusée par ma réponse.
-Très bien, je lui dirais qu'il peut dormir avec ou faire un vote. Mais tu sais, s'il ne t'appelle pas directement, c'est qu'il a peur que le sujet te blesses, il a très bien sentit au téléphone que ça t'avait… choqué disons. Je pense qu'il ne veut tout simplement pas que ta souffrance soit toujours reliée à lui, à sa présence ou à sa voix.
Je vins me masser les tempes en poussant mon pied contre son bureau afin de faire balancer ma chaise. Choqué était un euphémisme, j'avais même failli foutre en l'air une belle relation avec un ado plus qu'intéressant ce jour-là. Putain, même l'image du corps d'Eren ou de son petit clin d'oeil adorable et vicieux n'arrivait plus à me détendre. Mais quel putain de con ce Erwin.
-En gros il a peur que s'il m'appelle je me dise que c'est sa faute si un ami m'a trahi comme une merde ? Parfois, il est profondément con, et le fait que tu arrives à analyser ses conneries te rends encore plus tarée que d'habitude ma vieille. C'est quoi sa paranoïa avec le fait de me blesser, il devient coincé du cul, il est constipé en ce moment ? Puis merde, il a toujours pas compris que je ne souffre plus à cause de lui ?
Elle baissa la tête, détachant son regard de moi, comme peu convaincue par mes paroles. J'allais vraiment l'encastrer dans cette putain de porte de merde. J'aurais tellement, mais tellement dû rester avec Eren ce matin.
-Putain, repris-je, vous étiez obligé de me casser les couilles aujourd'hui ? C'est le dernier jours de cours merde, vous pouviez pas juste me laisser penser à Eren ?
Sa tête se releva, surprise, alors qu'un léger sourire amusé apparut sur sa gueule, obligeant mon regard à la foudroyer. Son sourire ne fit que s'agrandir alors qu'elle déclara d'un ton bien plus léger qu'avant :
-Me regarde pas comme ça voyons, je trouve juste ça marrant que même dans ces moments-là tu penses à son cul.
Je sentis mes sourcils se froncer alors que ses mots vinrent me voler un pique d'agacement, d'énervement même. Je me craquai un doigt, par réflexe, soudainement pris d'une étrange émotion.
-Pourquoi son cul ? C'est pas un putain de sextoy, alors avise-toi de le respecter.
Sa surprise et son étonnement se firent bien plus forts et remarquables. Ses sourcils se levèrent vers le ciel ce qui marqua son front de rides alors que son sourire disparut, laissant sa bouche s'entrouvrir, me prouvant l'incompréhension qu'elle ressentait.
11h24 :
J'étais assis sur mon siège, derrière mon bureau, me massant les tempes. Faites que le temps et le cul d'Eren se bouge pour qu'il débarque le plus rapidement possible. Sa vision était un véritable remède à mes pensées et au temps, tout était moins lent avec lui, moins douloureux. Je voulais qu'il passe cette porte en me souriant, avec un regard insistant et ambigu, et qu'il me provoque pendant toute l'heure qui allait suivre, mordillant ses douces lèvres, suçotant son crayon, me lâchant un agréable "monsieur" d'une voix faussement innocente qui me ferait frissonner et oublier tout le reste : Auruo, les Tanesques, Erwin et le Bataillon. Je soupirai, comment un homme envers qui j'avais toujours eu confiance, avec qui je m'étais battu, avait pu me vendre comme une vulgaire information ? Je me sentais trahi, poignardé, mais j'étais aussi tellement triste de le savoir mort. J'aurais aimé comprendre, le voir directement, les yeux dans les yeux, m'avouer ce qu'il avait osé faire, et pourquoi. J'avais toujours cru qu'il m'admirait, mais finalement peut-être que son besoin de me ressembler n'avait rien à voir avec moi, qu'il n'était destiné qu'à elle. Peut-être même qu'il m'avait toujours vu comme un simple obstacle qu'il jalousait, lui qui avait sauté sur Petra pour se prendre une balle à sa place alors qu'il savait très bien que jamais elle ne cesserait de me regarder avec amour. Ce sentiment était une plaie, un véritable nid de souffrance, mais c'était encore pire lorsque la mort était si présente dans nos vies. Je n'avais que 19 ans à cette époque, et bien-sûr j'étais déjà à la tête d'une équipe. Au début, beaucoup disaient que j'étais pistonné, que je n'étais que la bonne salope d'Erwin qu'il mettait en avant, mais en me voyant à l'oeuvre, tout le Bataillon avait rapidement fermé sa gueule pour me respecter. Surtout lorsque, ce jour-là, j'avais descendu ces trois mecs avec une grande facilité, ne supportant pas de voir l'un de mes hommes, une balle dans l'épaule. Ça avait dû être une journée assez éprouvante pour lui. C'était la première fois qu'il s'était retrouvé face à des gens peu réceptifs à nous vendre leurs infos, avant de se prendre une balle pour protéger la femme qu'il aimait qui s'était foutue devant moi, par amour pour ma personne. Quelle situation absurde, surtout que j'étais un horrible choix à faire en ce qui concerne ce sentiment destructeur. Le pire dans sa journée, avait dû être l'expertise d'Hanji qui avait permit à Auruo de se réveiller à temps pour voir la déclaration que Petra m'avait faite. Alors peut-être qu'au fond, son besoin de me ressembler lui avait servi pour tenter de la conquérir, que ça n'avait rien d'une quelconque admiration et que me trahir n'était qu'une sorte de vengeance passionnelle et absurde. Mais maintenant qu'il était mort, jamais je n'aurais de réponse. La sonnerie résonna enfin dans mes oreilles, me promettant une heure à regarder Eren avant d'aller bouffer. Ça tombait bien, j'avais besoin de penser à autre chose que ces conneries et en plus j'avais la dalle. Je scrutai la porte en voyant la poignée se tourner avant que quelques ados dénués d'intérêt ne rentrent dans ma salle en me balançant de vagues "bonjours" auxquels je ne pris pas le temps de répondre. Mais enfin, il rentra. Ses magnifiques cheveux châtain décorés de diverses nuances naturelles était ébouriffés, comme lorsque je m'en servais pour m'agripper à lui lors de nos ébats, et venaient en partie recouvrir ses perles d'émeraudes qui me parcouraient d'un air charmeur, séducteur et délicieusement provocateur. Je caressai son visage de mes yeux, venant longer son fin nez avant de me poser sur ses lèvres ornées d'un doux sourire où le vice semblait s'être invité avant que sa voix ne résonne, bien au dessus de ce brouhaha désagréable qui dominait la pièce, pour venir prononcer : "bonjour monsieur". Dire qu'Eren allait finir par me tuer était compréhensible au vu de l'envie fulgurante que j'avais de punir l'insolence déguisée de ses mots par un baiser endiablé. Mais en réalité, le voir, l'entendre, ne faisait que me rendre plus léger, plus vivant, me faisant oublier les désagréables pensées dans lesquelles je m'étais perdu ou même mon appétit. Car quand il était là, je pouvais m'offrir le luxe de ne penser qu'à lui. Il me tourna le dos pour traverser la pièce, me laissant dévorer du regard les mouvements de son corps recouvert de tissu que je rêvais d'arracher. Son jean noir moulait ses jambes, laissant voir la forme de ses fines cuisses entre lesquelles j'aimerais me perdre, mais son sweat trop ample d'un gris clair ne me laissait pas voir le balancement hypnotisant de ses fesses, m'obligeant à l'imaginer. Mes yeux ne se détachèrent pas de lui alors qu'il s'asseyait vers le fond de la classe, du moins jusqu'à ce que je remarque le regard étrange et contrarié de la meuf qui osa s'asseoir à ses côtés. C'était vraiment une putain de chieuse cette Sasha. Je détournai la tête et attendit que la salle finisse de se remplir de divers morveux prêt à s'ennuyer. Cette salope avait l'air sacrément en chien pour lui coller le cul jusqu'en cours. Putain, elle gâchait vraiment tout cette conne. Lorsque la deuxième sonnerie retentit, je me levai pour fermer la porte, saluer vaguement mes élèves et leur demander d'aller corriger les exercices de la veille au tableau, c'était toujours plus sympa de passer les 20 premières minutes du cours à leur laisser faire mon boulot. Je remarquai le petit regard gêné qu'Eren me lança alors que je pus sentir mon téléphone vibrer dans ma poche.
De Eren : Désolé Levi, je ne sucerais pas de stylo aujourd'hui ;) Donc tu vas devoir attendre ce soir pour mes provocations, à moins bien-sûr que tu ne sois un adepte des sextos ?
Un léger frisson me parcourut l'échine à la lecture de son message, me rappelant l'obscénité d'une telle scène. J'aurais vraiment aimé revoir ses douces lèvres en action pourtant.
De moi : Et comment tu veux rester discret avec une meuf collé à ton cul ?
Je le vis lever les yeux au ciel. Je désignai l'un des seuls élèves qui se portait volontaire pour aller corriger un exercice au tableau.
De Eren : C'est quoi ça ? T'es jaloux peut-être ? Ne t'inquiète pas pour Sasha, elle est persuadée que je parle avec ma "copine".
J'allais le buter ce morveux.
De moi : Tu viens de détruire ma libido, bien joué sale gosse.
Il sourit, doucement amusé, avant de se retourner vers cette connasse qui lui chuchota un truc au creux de l'oreille. Il faudra que je pense à lui baisser ses notes à cette grognasse.
De Eren : Pourquoi ça ? T'es tellement gay qu'un seul mot au féminin te fait ramollir tes érections ?
Je levai les yeux au ciel en soupirant avant de jeter un coup d'oeil au tableau. J'avais quand même un métier moi de base. Je posai mon téléphone et déclarai :
-C'est la bonne méthode mais tu t'es planté dans les calculs, va prendre une calculette pour me refaire ça.
L'élève random hocha la tête et se retourna pour prendre celle d'une fille au premier rang. Mon téléphone vibra, me faisant comprendre qu'Eren allait s'obstiner et qu'il faudrait mieux que je mette mon portable en silencieux.
De Eren : C'est vraiment dommage, j'aurais tellement aimé la sentir contre moi, monsieur. Vous vous montrez si dur en cours, si autoritaire, ça me fait tellement d'effet.
Je me retins de me mordre la lèvre alors que je pouvais voir son petit air innocent qui regardait par la fenêtre. Finalement, même avec la présence de cette chieuse à côté de lui, cette heure allait être parfaitement délicieuse et divertissante. Et j'aurais aimé qu'elle soit bien plus longue, me foutant de l'heure de repas, la faim ayant tout simplement disparue de mon corps.
15h48 :
Je tapotai doucement sur le volant, regardant la route qui défilait devant moi. Je détestais faire les courses, mais au moins cette fois-ci Hanji y allait directement avec moi, cette binoclarde tête en l'air ayant oublié de me faire sa liste. C'était absurde d'ailleurs, quitte à perdre son temps à faire ses achats, elle n'avait en aucun cas besoin de me voler le mien, à moins, bien-sûr, qu'elle ne veuille vérifier mon "évolution comportementale vis-à-vis des autres". Cette activité chiante à l'intérêt limité qu'était acheter des choses globalement très peu vitales, comme des cacahuètes, m'était surtout insupportable par son facteur humain. Quelle idée ignoble de s'entasser dans un endroit immense rempli d'êtres transpirants et d'enfants en bas âge qui avait sûrement foutu leur bave sur tous les rayons, alors même que des vieux croutons, en tentant vainement de lire l'étiquette, avait parsemé leurs peaux mortes en décomposition sur la moitié des articles. Je détestais faire les courses, mais ça faisait malheureusement partie de mon contrat avec cette folle. Pourtant, j'avais du mal à l'expliquer, mais l'impatience qui me dérangeait le bide semblait étrangement faire diminuer mon dégoût pour cette tâche. Eren ne finissait qu'à 17h30 aujourd'hui, il ne serait jamais à mon appart' avant 18h voire 18h30 s'il passait un peu de temps avec son "amie", alors quelque part j'avais l'espoir que ce temps partagé avec Hanji, que j'adorais honteusement, soit assez long pour m'éviter de trépigner seul chez moi à attendre un ado que j'affectionnais pas mal. D'ailleurs, je pourrais peut-être en profiter pour lui racheter du chocolat au lait, c'était immonde en soi, mais le voir préparer ses pancakes avec un grand sourire de gourmandise me faisait fondre bien plus que cette tablette aussi sucrée qu'écoeurante. C'était vraiment un putain de gosse Eren, un putain d'adorable gosse qui consommait plus de sucre dans un mois qu'une usine de bonbon, qui dormait plus qu'un animal en hibernation, qui avait le don de rire mélodieusement en toute circonstance et qui était plus maladroit que la maladresse elle-même, et ça n'avait rien d'une hyperbole. Putain, hier il s'était encore cogné contre la table basse avant de se tauler comme un con, c'était assez hilarant à voir, et sa mignonne petite bouill-
-Levi ça va ? Me demanda soudainement Hanji à côté de moi.
Je lui jetai un petit regard d'incompréhension en fronçant légèrement les sourcils avant de me remettre à fixer la route. Elle m'avait coupé dans mes pensées avec un ton mélangé entre la surprise et l'amusement.
-Ouais, pourquoi ?
Mon ton lui, était plus intrigué par son étrange sourire, mais aussi un peu ferme. J'étais bien moi, perdu dans mes pensées, elle était chiante à me déranger. Elle sembla réfléchir un instant, me dérangeant les tympans de ses bruits comparables à des bruitages caricaturaux d'un inspecteur débile qui ne comprenait rien dans un dessin animé enfantin. Ce type de réactions aurait sûrement fait sourire Eren. Elle finit par lâcher d'un air ridicule et faussement sérieux voulant imiter une déduction parodique :
-Parce que tu souris en tapotant joyeusement sur ton volant mon cher Watson.
Je levai les yeux au ciel, exaspéré par son humour aussi lourd qu'inefficace.
-Et alors ? C'est pas si rare que ça.
Elle pouffa à ma réponse, retirant sa casquette d'imitation claquée de Sherlock pour venir directement et simplement se foutre ouvertement de ma gueule. Le rire d'Eren était communicatif, m'obligeant à sourire, mais avec Hanji, c'était déjà bien plus agaçant.
-C'est une blague ? Me demanda-t-elle dans un léger rire irritant.
Ma langue claqua contre mon palais. J'allais l'encastrer dans le pare brise cette fois-ci.
-Ta gueule Hanji.
Apparement mes mots ne firent qu'accentuer son amusement puisque son rire n'avait plus rien de léger ou de subtil. Elle se bidonnait comme une débile dans un vacarme plus qu'agaçant, comme si souvent lorsque je lui demandais de la fermer, à croire qu'elle cherchait vraiment à se prendre des pains dans la gueule. Elle finit par lâcher en tentant de calmer les tressauts de rires injustifiés de son corps :
-Rhô mais laisse-moi me taper une barre mon p'tit Lili.
Je détestais ce surnom.
-Ouais, je vais te laisser ça, à défaut de t'être jamais tapé une queue.
Et son rire éclata de plus belle dans une sorte de folie incontrôlable qui me fit lever les yeux au ciel et qui, même si je ne voulais pas l'admettre, me vola un sourire. Elle semblait si hilare que son corps fut contraint de se plier dans tous les sens alors qu'il se balançait sans distinction dans toutes les directions, venant perturber ma vision qui tentait de se concentrer sur la route et mes pensées qui tentaient de se concentrer sur Eren. Elle continuait à se poiler sans grâce le temps de quelques minutes jusqu'à finir par essayer de reprendre la possession de ses mouvements en expirant absurdement comme si elle cherchait à accoucher. Peut-être était-ce son moyen de contrôle, expédier son rire de son corps comme un exorcisme en soufflant débilement l'air de ses poumons et en priant de bonne grâce son diable pour qu'il lui rende gentiment la possibilité de diriger son corps. J'en savais rien, j'avais eu très peu de fous rires dans ma vie moi. Cette nuit-là face à Eren, en avait été un très mémorable par contre.
-Ah putain ! Finit-elle par sortir, me prouvant qu'elle avait réussi sa tâche. On se marre toujours autant avec toi hein ?
Je levai les yeux au ciel, encore, assez convaincu qu'elle n'avait pas besoin de moi pour se marrer, elle le faisait déjà très bien toute seule. Elle se redressa sur son siège, s'étira longuement et vint se craquer la nuque dans un geste de tête circulaire et bien trop ample, comme si elle se préparait à une bataille. Elle était aussi dérangée que fascinante cette femme, mais surtout, et malgré les années qu'on avait partagées ensemble, toujours aussi désagréablement incompréhensible et imprévisible.
-Bon alors, reprit-elle, pourquoi tu souriais comme ça de base ?
Je fronçai le nez, ayant la désagréable impression que cette folle, qui venait d'enlever ses lunettes pour se frotter les yeux, cherchait à noter tout ce qui pouvait me passer par la tête. Mais dans un soupir et une inattention, sûrement provoquée par la route, je laissai échapper un mot d'entre mes lèvres, cherchant à résumer ce qui m'avait fait sourire :
-Eren.
Elle arrêta son geste pour venir me fixer avec de grand yeux ronds, qui ne pouvaient clairement pas voir mon expression, avant qu'elle ne remette ses lunettes.
-De quoi ? Sortit-elle spontanément, surprise par ma réponse.
Je devais bien l'admettre, j'étais mauvais pour formuler une pensée. Je levai les yeux au ciel, me demandant quelle connerie lui était passée par la tête pour me sortir cette gueule de déterrée. Je tentai donc d'être plus précis, ne voulant surtout pas laisser son cerveau faire un cheminement insensé :
-Je pensais à lui racheter des trucs, et je me suis rappelé quand hier il s'est cassé la gueule, ça m'a fait rire c'est tout.
Malgré la clarté de mes explications, ses yeux ne firent que s'arrondir davantage, obligeant ses sourcils à se hausser pour laisser ses orbes globuleuses tenter de s'extirper de leurs orbites. De mon point de vue, les verres de ses lunettes les reflétaient, elle me fixait donc de ses quatres yeux d'un air abasourdi, lui donnant un style plus trisomique qu'autre chose. Son regard était vraiment peu rassurant.
-Lui racheter des trucs ?
Je soupirai, dépité par sa gueule théâtrale pour ce genre de détails sans importance.
-Ouais et alors ?
Elle chercha à froncer les sourcils mais ces derniers, comme pris d'une volonté propre, semblèrent se débattre, les faisant bouger dans un spasme énigmatique. Elle reprit, m'ignorant complètement :
-Rire ?
Je lâchai une main du volant pour venir me masser les tempes quelques secondes. Merde, fallait vraiment que je pense à contrôler mes mots en sa présence, elle allait encore me faire chier avec cette histoire de "rire". Ouais, Eren me faisait rire et alors ? Ça faisait plus d'un mois qu'elle m'avait dit qu'elle me donnait un mois avant de paniquer, et cette conne serait prête à fantasmer et inventer un sentiment inexistant de ma part pour justifier qu'elle avait raison.
-Putain Hanji, tu vas pas remettre ça ?
Elle tenta vainement de reprendre le contrôle de son expression mais cette dernière ne cessa de retranscrire son ébahissement. Elle se racla la gorge avant de déclarer, d'un ton un peu hésitant :
-Ouais fin, la dernière fois que tu m'as dit ça t'étais bourré Levi, là t'es sobre… ce qui est tout de suite plus… heuu révélat-
-La ferme, c'est un ami et ouais je le trouve marrant, y'a pas de mal à ça.
Elle parvint enfin à détacher ses yeux globuleux de moi afin de regarder par la fenêtre, cherchant sûrement ses mots pour me sortir une nouvelle connerie. Mais nan, elle se contenta de balancer d'une voix basse et peu convaincante :
-Ouais, si tu veux.
Un léger blanc s'installa alors qu'elle sembla laisser sa pensée en suspens, sûrement parce qu'elle n'avait pas encore trouvé le moyen de l'exprimer ou alors parce qu'elle ne voulait pas m'y confronter. Ce silence était au début satisfaisant, me permettant de ne pas entendre ses idioties sur une naissance de sentiments inventés, mais rapidement il me frustra. C'était Hanji, et ses idées, bien qu'elles paraissaient insensées, se montraient souvent utiles et étrangement justifiées, comme si les nuages lui avaient offert un don de clairvoyance. Si c'était le cas, les nuages étaient vraiment des connards.
-Si t'as un truc à dire, balance et fais pas chier.
J'entendis un soupir traverser ses lèvres alors qu'elle retourna la tête vers moi avant de me demander :
-Je peux juste te poser une question ?
Je levai les yeux vers ses putains de nuages. Elle me cassait les couilles parfois.
-Je t'ai dit de balancer, alors pourquoi tu me fais chier à me poser la question la plus conne qui puisse exister ? Balance juste ce que t'as à me dire.
Elle mit un certain temps à réfléchir en se triturant les lèvres avant de se racler la gorge, comme si sa question avait une importance capitale, me faisant doucement appréhender ses mots.
-Ce matin, tu m'as dit que t'aurais mieux fait de rester avec Eren, est-ce que ça veut dire que tu l'as vu avant de partir de chez toi ?
Je sentis mes sourcils se froncer alors que mes yeux ne se détachèrent pas de la route, essayant de comprendre le sens de sa question. Je lui répondis, un peu méfiant de la suite de cette conversation :
-Ouais, j'ai mis un peu de temps à ranger son bordel, mais qu'est-ce que ça peut foutre ?
Elle soupira, longuement, comme pour se préparer elle aussi à la suite de cette discussion dans laquelle elle avait l'air de m'avoir piégé. Je commençai à me sentir mal à l'aise.
-Est-ce que tu peux me dire en détail ce que tu as rangé s'il-te-plaît ?
Mon index tapotait sur le volant, mais cette fois-ci ce fut à cause d'une sorte de stress qui commençait à remonter dans mes entrailles sans réelle justification. Étrangement, je ne voulus pas lui répondre, même si sa question n'avait rien de perturbante en soi, mais je ne saurais dire pourquoi, elle m'inquiétait. Je déglutis avant de lui déclarer :
-Bah, ses godasses, les miettes sur la table et… j'en ai profité pour retrier le placard.
Elle détacha ses yeux de moi avant de baisser la tête quelques instants, donnant la sensation que ses pensées fusaient, ne faisant qu'augmenter ma sensation de malaise. Mon index continuait son geste mais dans un rythme plus rapide, plus stressé, alors que je sentais ma jambe trembloter, secouant doucement la voiture lorsque je changeai de vitesse. Elle vint se masser les tempes en redressant ses lunettes, marquant la fin de sa réflexion. J'eus la sensation que mon ventre se resserrait légèrement à cette vue alors qu'elle déclara subitement d'un ton ferme :
-Gare-toi.
Je lui jetai un regard interrogateur, ne comprenant pas ses mots soudains.
-Quoi ?
Elle se contenta de soupirer avant de répéter :
-Gare-toi.
Cette phrase sonnait bien plus comme un ordre que comme un doux conseil et me fit froncer les sourcils d'incompréhension alors que l'étrange et inexplicable stress qui me montait dans le ventre doubla brusquement.
-Pourquoi ? Y'a un problème ?
Son corps commençait à se crisper alors qu'elle passa une main sur son visage avant de déclarer d'un ton encore plus ferme en prenant soin d'articuler correctement :
-Putain Levi, j'aimerais qu'on ait cette conversation sans finir dans un poteau alors bordel, gare-toi.
Je pus alors distinguer le léger tremblement de mes mains dû à cette émotion grandissante, cet étrange malaise qui s'emparait de moi. Je détachai complètement mes yeux d'elle pour me concentrer sur la route. Je me sentais vraiment pas très bien. Je mis mon clignotant, cherchant la première place de libre dans cette rue presque déserte. J'avais la désagréable sensation d'être piégé, comme si je devais m'enfuir de cette putain de conversation. Je me garai finalement, cherchant à ignorer l'incompréhensible mauvais pressentiment qui s'était ancré dans mon corps. Je tirai le frein à main et arrêtai la voiture. Je finis par replonger mon regard sur elle après quelques secondes. Elle semblait être légèrement plus détendue, comme si l'arrêt de la voiture l'avait véritablement soulagé. Moi, je n'étais pas vraiment soulagé de quoi que ce soit.
-Tu es arrivé à 8h ce matin au lycée.
Ses yeux revinrent croiser les miens, quelque peu perdus.
-Et alors ?
Les secondes s'écoulèrent comme d'atrocement longues minutes alors que son regard, empli d'une douce tristesse, sonnait comme une fatalité terrifiante.
-Levi, t'as toujours été un putain de maniaque, avant même notre rencontre, tu peux pas supporter une godasse qui fout de la crasse sur le sol ni des miettes d'aliments inconnus sur une table, ça te dégoute. Mais le rangement d'un placard ? T'aurais très bien pu te barrer sans ranger ce putain de placard, nan ?
Je détournai le regard, ayant l'étrange sensation que ses paroles allaient m'être plus que dérangeantes. Elle reprit :
-Le trajet entre ton appart' et le lycée prend environ 30 minutes, donc tu t'es barré à 7h30 de chez toi, l'heure exacte à laquelle Eren se lève.
La légère pause dans sa phrase me parut interminable, comme si le temps s'était mit à ralentir. Mais ses mots reprirent :
-Tu as trié ce qu'il y avait dans ce placard le temps exact pour qu'il se lève et pas une putain de minute de moins ni de plus. Bordel Levi, regarde-moi dans les yeux et ose me dire que tu l'as pas fait exprès.
Mes mains se détachèrent enfin du volant, sur lequel elles s'agrippaient depuis quelques temps, pour que je puisse me pincer l'arête du nez, essayant d'éclaircir mes pensées et calmer le stress qui faisait trembler mon corps. J'avais l'étrange envie de me barrer de cette voiture, mais je vins tout de même renouer notre contact visuel, cherchant à supporter son regard. Je ne dis rien, me contentant de me perdre dans ses yeux parcourus de diverses nuances que je n'arrivais pas à comprendre, alors que le temps s'écoulait dans une lenteur atroce. Elle reprit à nouveau la parole, d'une voix se voulant presque rassurante, pour me demander sobrement :
-Pourquoi ?
Comme toujours, elle avait raison parce que oui, je savais très bien que je l'avais fait exprès. Je soupirai, cherchant la force de lui répondre malgré mon envie viscérale de l'ignorer et de me barrer de là.
-Je sais pas trop, le voir avant d'aller bosser ça me fait passer une meilleure journée je crois.
Elle me répondit par un doux sourire qui ne fit que resserrer le noeud qui se formait dans mon ventre. Je repris la parole, ne voulant absolument pas la laisser exprimer sa pensée :
-Il est magnifique, donc c'est normal, le voir à moitié à poil me permet de penser à quelque chose d'excitant pendant mes journées de merde.
Elle laissa un soupir de dépit passer la barrière de ses lèvres.
-S'il-te-plaît Levi, je te demande juste d'être sincère. Je doute pas de ta vérité partielle, mais en vrai pourquoi ?
Je vins me mordre la lèvre, comme si mon corps m'interdisait tout simplement de lui répondre alors que je luttais pour ne pas détourner mon regard du sien, doux, compréhensif mais tâché d'une pointe de tristesse compatissante, comprenant sûrement le rejet que je ressentais pour cette discussion alors que je ne le comprenais pas moi-même. Hanji m'avait toujours aidé à me comprendre, et malgré la puissante envie que j'avais de me barrer de cette putain de voiture, je continuai à la fixer avant de lui répondre :
-Pour vérifier s'il va bien.
Une légère surprise traversa son regard alors que je me fis violence pour reprendre la parole, voulant lui épargner de me pousser à bout :
-Après tout ce qu'il a vécu, je sais pas, j'ai besoin de savoir s'il se sent en sécurité ou comment il va, parce qu'en ce moment, je le trouve un peu… perturbé, il a pas l'air bien. Je m'inquiète pour lui c'est normal c'est un… ami et je veux juste m'assurer qu'il est heureux.
Ses yeux se firent bien plus doux alors que mon coeur se ressera au moment même où je prononçai le mot "ami". Quelque chose n'allait pas, quelque chose d'étrangement douloureux qui me criait de me barrer de cette bagnole. Elle me sourit tendrement, mais toujours cette douce tristesse parsemée dans les traits de son visage. J'eus l'étrange envie qu'elle se taise, qu'elle ne me réponde pas, qu'elle s'arrête là et qu'elle me laisse me casser d'ici. Mais elle reprit la parole :
-Tu te rends compte que tu as envie de le voir se lever tous les matins pour vérifier qu'il est heureux ?
Je vins me mordre la lèvre, bien plus fort, alors que je la sentais trembloter sous mes dents. Le noeud dans mon ventre remonta jusqu'à ma gorge en même temps qu'un brutal besoin de me défendre, de l'attaquer, comme si ses mots cherchaient à me détruire. Je me sentais en danger, comme si elle m'avait piégé et qu'il fallait que je me débatte. Et dans une espèce d'envie violente et vive qu'elle la ferme, que la conversation s'arrête et qu'on l'oublie absolument, je vins brusquement lui répondre d'un ton agressif :
-Ferme ta gueule Hanji, qu'est-ce que ça peut bien foutre ?!
Elle laissa sa tête tomber vers l'avant dans un soupir, décrochant ses yeux des miens, me soulageant d'un poids énorme. Elle vint retirer dans une lenteur abominable ses lunettes, passa une main sur son visage, se massant légèrement avant de se redresser, lentement, pour finir par remettre ses dernières dans un geste qui me sembla durer une éternité atrocement longue. Il fallait que je sorte de cette putain de caisse, tout de suite. Mais sa respiration m'indiqua qu'elle allait reprendre la parole, m'étriquant, m'empêchant de faire le moindre mouvement, me laissant tiraillé entre l'angoisse et la nécessité de me défendre qui commençaient à s'installer dans mon ventre et la troublante envie paradoxale et terrifiante que cette conversation continue.
-Levi, s'il-te-plaît, ne sois pas sur la défensive et écoute-moi.
J'avais peur. Quelque part j'avais envie qu'elle parle, qu'elle me fasse comprendre pourquoi j'étais terrifié par ses mots, par cette conversation dans laquelle je me sentais suffoquer. Mais le besoin viscéral, qui grandissait dans mes entrailles, de lutter, de l'arrêter, se transformait peu à peu en colère. Je ne dis rien, ne voulant attirer son regard sur moi, mais ce dernier revint naturellement s'ancrer dans mes yeux. Mon corps tremblait alors même que je ne me sentais pas capable d'effectuer le moindre mouvement, ni même de parler. Je ne pus donc rien faire quand ses mots vinrent s'abattre sur moi dans une violente fatalité horrifique que je refusais :
-T'es amoureux Levi.
Mon coeur se ressera à l'entente de ses mots dont j'eus du mal à distinguer le sens, étouffé par le soudain sifflement assourdissant de mes oreilles alors que quelque chose semblait me marteler le crâne. Je vins me pincer l'arête du nez avant de brutalement comprendre les mots qu'elle avait osé prononcer. Ma main quitta mon visage pendant que mon poing se serrait, alors que mes yeux, noirs, revinrent s'ancrer dans les siens. Je pouvais sentir tous les muscles de mon corps se contracter, prêt à me défendre de son piège qu'elle venait de refermer sur moi, alors que toute ma gueule se crispait de colère. Comment pouvait-elle oser prétendre une telle horreur et fantasmer sur une douleur qui n'existait pas dans le seul but de se donner raison ? Non, elle n'en avait pas le droit, je refusais.
-Je te dis de la fermer et toi tu oses me sortir une connerie pareille ?
Ses yeux étaient tendres et son soupir du traverser son sourire pour se faire entendre dans la voiture. Tout sur son visage était compatissant et doux, comme si elle cherchait à me mettre en confiance, à me calmer. Mais elle pouvait aller se faire foutre si elle me pensait assez stupide pour l'écouter. Elle m'avait piégé et bloqué dans une putain de conversation dont elle avait déjà inventé sa conclusion absurde et fausse. Elle tenta d'approcher sa main de moi que je repoussai violemment, ne voulant en aucun cas de sa fausse sympathie manipulatrice. Elle soupira avant de reprendre ses mots, d'un ton encore plus doux qui me filait la gerbe :
-Tu me parles de le voir heureux, ça veut déjà tout dire.
Mes sourcils se froncèrent davantage alors que je me retenais de lui foutre mon poing dans sa gueule, juste pour qu'elle la ferme définitivement, mais cette chieuse aurait pris ça pour une victoire. Elle osait aller jusqu'à tenter de me convaincre d'un sentiment qui n'avait pas lieu d'être juste pour se donner raison, ça me dégoutait. Je me contentai de lui répondre, sèchement, pour lui faire comprendre que ses mots ne me touchaient pas :
-Je l'apprécie, donc ouais, mais je vois pas le putain de rapport avec la merde que tu me sors.
Mes mots étaient crisants, balancés comme un crachat sur sa gueule. Son sourire s'agrandit, tentant de m'amadouer, alors qu'il me faisait juste bouillir d'énervement. La boule de stress, de peur, que j'avais dans le bide s'était transformée en rogne. J'avais vraiment envie de l'encastrer pour de bon, qu'elle la boucle, que plus jamais elle ne parle de ça. Mais elle reprit la parole :
-Tu souris bien plus qu'avant, tu guettes toujours ton téléphone, il te manque constamment et quand t'es avec lui t'es plus la même personne.
Elle n'avait pas le droit de prétendre ce genre de conneries.
-S'il-te-plaît, reprit-elle, écoute-moi et comprends ce que je veux te dire.
Je n'avais pas à écouter la merde qu'elle me balançait.
-La dernière fois que je suis venue chez toi, t'as attendu qu'il finisse de faire à bouffer avant de nettoyer, t'as laissé des taches de sauces et de conneries restées sur la table pendant plus de 20 minutes. 20 minutes Levi !
Je la fusillai du regard, tenté par l'idée de lui déboiter la mâchoire.
-Et t'en avais rien à foutre, ça avait même pas l'air de te déranger. Mais bordel, t'as bien conscience que t'aurais éclaté le nez de n'importe qui d'autre à la première petite saleté laissée dans ta cuisine, tu le sais non ?
C'était son nez que j'allais éclater si elle continuait à chercher à parasiter mon crâne avec ses arguments de merde. Mon comportement avec Eren n'avait rien à voir avec un putain de sentiment qui n'existait pas, un point c'est tout. Je lui répondis d'un ton plus haut mais aussi plus froid :
-Ça fait plus d'un mois qu'il est dans mon appart', c'est juste une question d'habitude. Je suis plus laxe avec lui et alors, qu'est-ce que ça peut bien te foutre ?!
Mon poing vint brutalement frapper contre le volant, ne pouvant retenir l'envie bouillonnante d'exploser ce qui m'entourait, faisant klaxonner la bagnole comme si elle criait à ma place sur Hanji pour qu'elle ferme sa grande gueule. Cette dernière sursauta et sembla rester en suspens quelques secondes, mais elle finit par déglutir, m'annonçant qu'elle n'avait pas fini.
-Ça fait un mois ouais. Un mois que tu arrives plus tard tous les matins et que tu te casses plus tôt tous les soirs, où on est allé que deux fois aux ailes, et c'était même pas parce que tu n'allais pas bien, et où tu ne m'as pas parlé une seule fois de ta haine cynique envers ce monde, parce que ça fait un mois que tu ne me parles presque que d'Eren !
Mon regard se noircit, devenant trouble. Elle continua pourtant à le soutenir, malgré la menace évidente que je lui balançais.
-Il me préoccupe, et alors ?! Je veux juste qu'il se sente en sécurité, ça n'a rien à voir avec ta connerie de sentiment merdique. Maintenant ferme-là où je risque vraiment de m'énerver !
Ma voix était tremblante de colère, lui promettant qu'elle n'avait pas intérêt à continuer cette conversation si elle ne voulait pas que je lui ouvre le crâne en deux. Mais elle leva les yeux en soupirant, m'offrant une insupportable gueule de dépit, comme si la menace ne lui faisait rien.
-Nan Levi, tu ne veux pas juste qu'il se sente en sécurité, tu es obstiné par l'idée de le protéger. Même ces derniers jours tu me demandes beaucoup plus ce que fait Jean, où il est et si il cherche à s'approcher d'Eren plutôt que de mes possibles informations sur les Tanesques. Et encore, quand tu me parles d'eux tu veux absolument t'assurer qu'il ne sont pas un danger pour ton petit protégé.
Un spasme de hargne traversa mon corps alors que je pus sentir mon sang rentrer en ébullition. Ouais, c'était bien ce que je disais, je voulais juste qu'il soit en sécurité, il n'y avait rien de bizarre à ça, ça n'avait aucun rapport avec ses conneries. Je ne ressentais rien de ce genre, et cette chieuse de merde n'avait pas le droit de prétendre le contraire sinon j'allais juste la buter.
-Me fais pas chier ou tu vas le regretter Hanji. Je lui ai promis qu'il n'avait rien à craindre, alors ouais je cherche à m'assurer que c'est le cas parce que je veux pas être un putain de menteur, c'est tout, maintenant ferme ta putain de gueule !
Elle laissa tomber sa tête dans ses mains en laissant un fort râle d'exaspération se perdre dans ma caisse, comme si ses nerfs commençaient à lâcher. Comment pouvait-elle oser en avoir marre d'une conversation qu'elle avait lancée elle et qui avait pour but de me manipuler, de me foutre des conneries dans la tête pour me faire croire à un sentiment qui n'avait pas lieu d'être. Il fallait vraiment qu'elle la ferme, que plus jamais elle ne se permette d'ouvrir sa sale gueule pour déblatérer ce genre de conneries insensées qui n'avaient aucun putain de fondement. J'allais lui déboiter la mâchoire si elle continuait. Mais elle continua :
-Mais bordel Levi, arrête de te mentir à toi-même et réfléchis trente secondes ! Mais merde quoi, la dernière fois t'as passé une heure sur ton tel à te renseigner sur les prix d'une machine à café ! Une putain de machine à café ! Tu veux qu'il se sente bien chez toi, c'est pas une question de l'apprécier, c'est juste que tu veux absolument qu'il reste avec toi. T'es complètement amour-
-Un mot de plus et je te décolle la gueule.
Mon corps était au bord de l'explosion. Tous ses mots n'avaient pas de sens, ses arguments ne menaient à rien. Elle avait tort et en plus de ça elle avait osé me stalker ? J'allais vraiment finir par craquer, lui montrer que je ne me laisserais pas avoir par ses paroles absurdes et toutes les conneries qu'elle me balançait, elle avait tort et elle ferait mieux de la boucler immédiatement. Elle secoua légèrement la tête avec un air d'exaspération encore plus marqué.
-Nan, je suis désolée mais tu dois te rendre compte, s'il-te-plaît fais un effort.
Je la fusillais du regard, serrant les poings, contrôlant mon envie de lui faire bouffer sa langue.
-Tu ne parles que de lui, tout le temps, de ce qu'il fait, de ce qu'il dit, de ce qu'il bouffe et même d'à quel point tu adores ses défauts et pourtant tu te rends même pas compte de l'évidence.
Mes dents grincèrent alors que je sentis mon visage se déformer par des spasmes de colères de plus en plus insoutenables.
-Moi la dernière fois que je me suis cassée la gueule chez toi, ça t'as énervé parce que j'ai dérangé l'organisation de ta table basse, mais quand c'est lui tout va bien, tu trouves ça mignon, adorable, et ça te fait rire putain. Rire !
Elle avait intérêt à se taire, j'avais besoin qu'elle ferme sa gueule si elle ne voulait pas que je lui brise les os.
-Ça fait un moment que ça me trotte dans la tête, alors j'ai pris des notes tu sais. Si on compare au mois dernier, tes bouteilles se vident en moyenne deux fois moins vite maintenant, alors dis-moi, tu fais quoi de tes nuits si tu bois plus autant ?
Je tapai nerveusement du pied, cherchant à me retenir de lui péter les dents. Cette conne devrait vraiment arrêter de raconter de la merde.
-Tu le regardes dormir ? Tu penses à lui ? Tu restes à ses côtés ou peut-être même que tu t'es tout simplement mis à dormir plus de trois heures par nuits quand il est là, c'est ça ?
Je me mordis violemment la lèvre en enfonçant mes ongles dans la paume de mes mains alors que ma respiration se faisait bien plus forte et énervé.
-Il t'as intrigué au premier regard, mais là c'est de l'obsession. Et je parle pas que de son corps, tu aimes tout chez lui, absolument tout, même sa curiosité abusive qui te fout dans la merde tu l'adores. T'es amoureux, ça crève les yeux.
C'était elle que j'allais crever.
-Et je comprends que tu refuses ça et que ça te fasse peur, t'es quelqu'un de très passionnel à ce niveau-là, mais rends-toi à l'évidence s'il-te-plaît. Et si tu ne me crois pas, alors dis-moi, quand dans une journée tu penses à autre chose qu'à l-
Mon poing vint s'abattre avec violence et fracas, me brûlant les phalanges, sur le volant de cette putain de caisse dans laquelle je me sentais enfermé. Je vins brutalement attraper Hanji par le col, ne lui volant aucune once de peur, avant de lui gueuler crûment :
-Je t'emmerde ! Tu cherches juste à te donner raison, parce que tu veux te prouver ton intelligence, mais t'es juste une putain de manipulatrice qui cherche à me faire chier ! J'ai aucune raison d'écouter tes conneries et tes mensonges, et tu commences sincèrement à me casser les couilles ! Alors va pavaner tes déductions absurdes ailleurs, tu me fais juste de la peine !
Ses yeux s'écarquillèrent soudainement, apparement surprise par mes mots bien plus sensés que les siens. Je la poussai violemment en la lâchant et commençai à ouvrir la portière pour me barrer lorsqu'elle m'agrippa brusquement le bras pour me garder prisonnier dans cette bagnole.
-Qu'est-ce que tu branles Hanji ?! Lui balançais-je d'un ton glacial.
Elle me tirait vers elle de toutes ses forces comme si sa vie en dépendait et ne prêta aucunement attention à la contraction de mes muscles et de mes poings qui aurait fait fuir n'importe qui me connaissant.
-Laisse-moi te poser une dernière question je t'en prie !
Son regard me suppliait.
-Lâche-moi ou je te jure de t'exploser la gueule.
Elle me répondit d'un sourire, bien trop doux.
-Je sais bien que non Levi, jamais tu me frapperas alors que t'es vraiment sur les nerfs, t'aurais bien trop peur de me faire du mal. Je suis désolée de m'être emportée j'aurais pas dû, mais s'il-te-plaît, laisse-moi te poser une dernière question. Et si après t'estime que je te raconte de la merde, alors ok je me casse et je te laisse tranquille promis.
N'importe qui en me voyant comprendrait sûrement à quel point j'avais envie de la buter juste pour qu'elle ferme sa putain de gueule, que je n'ai plus à endurer ses mots. Mon corps tremblait dans des spasmes de rogne que j'avais du mal à contrôler, ma respiration forte et saccadée, créée par l'irrégularité de mon coeur si rapide qu'il faisait bouillir mon sang, transmettait mon envie de me déchainer sur sa sale tronche. Mais elle avait raison, si je cédais, jamais ça ne serait sur elle. Peu importe ce qu'elle pourrait faire ou dire, je ne prendrais pas le risque de la blesser réellement.
-Pose-moi ta putain de question, et ensuite dégage de là.
Je retirai brutalement mon bras de son emprise alors qu'elle soupira lentement d'un fort soulagement.
-Tu me promets d'être sincère ?
Je me retins de lui cracher un mollard en pleine gueule alors qu'un violent spasme traversa mon corps, venant encore plus froncer les traits de mon visage. Elle me sourit légèrement, comprenant bien qu'elle ferait mieux de me poser sa question de merde.
-Levi, avec combien de personnes Erwin a baisé depuis le début du mois ?
Mes poings se resserrèrent tellement fort que je sentis mes phalanges craquer d'elles-mêmes, me suppliant de s'abbatre à nouveau sur quelques chose. Elle cherchait absolument à me voir au bord des nerfs en fait ? C'était quoi son putain de but à cette connasse ? Évaluer ma capacité à ne pas la buter, l'égorger, lui éclater son crâne contre la carrosserie ?!
-Je m'en branle Hanji ! Et c'est quoi le putain de rapport ?! Et merde me réponds pas, juste barre-toi d'ici avant que j'explose une vitre !
Elle ne bougea pas, restant plantée devant moi le regard tremblant et le souffle coupé. Je voulus la virer moi-même, l'attraper par les cheveux pour la balancer en dehors de cette putain de voiture, lui foutre la gueule contre le béton, lui péter ses lunettes, ses dents et sa putain de gueule qui commençait sincèrement à m'être insupportable. Mais je tiquai soudainement. Mes poings se desserrèrent, ne laissant que la marque de mes ongles dans mes paumes et la légère sensation de brûlure qui parcourait mes doigts. Mes muscles se décontractèrent doucement, les uns après les autres, laissant mes épaules redescendre, avant que tout mon corps ne s'affale dans mon siège, épuisé, alors que je ne comprenais plus grand chose. Je n'en savais rien, mais surtout je m'en foutais. Mon regard vint se perdre dans le vide, détaché de tout. Ça faisait des semaines que je ne me renseignais plus sur où il allait, avec qui, ce qu'il faisait, quand et comment, et j'en avais rien foutre. J'avais toujours eu besoin de savoir ce que faisait Erwin, alors pourquoi je n'y pensais plus, pourquoi j'en avais rien à foutre ? Lorsque je couchais encore avec lui, il y avait de ça des années, détruit par un sentiment inavouable, je m'étais tant déchiré l'âme à l'imaginer avec d'autres hommes, que même lorsque mon affection pour lui avait changé, je m'étais sentis obliger de savoir ce qu'il faisait de ses nuits. Ça avait toujours été un putain de besoin depuis, comme pour satisfaire le gamin anéantit que j'avais été. Alors pourquoi aujourd'hui, j'en avais plus rien à branler ? Je pensai soudainement à Eren et ses magnifiques perles d'émeraudes, me rendant compte que la joie qui traversait ces dernières lorsque Sasha l'appelait me préoccupait bien plus que les différents plans culs d'Erwin. J'étais possessif avec Eren, c'est vrai, je le savais déjà ça. Mais j'avais juste peur de perdre le meilleur coup de ma vie et peut-être aussi sa présence, son humour et les douces pensées qu'il m'apportait parvenant à embellir mes journées. J'avais aussi peur qu'il préfère les femmes, sûrement plus jeunes, et qu'il se barre avec la première venue, brisant notre quotidien que j'appréciais tant. Pourquoi je me foutais complètement des hommes qui se succédaient dans le lit d'Erwin, alors que d'imaginer Eren s'endormir dans les bras de quelqu'un d'autre que moi me faisait si mal au coeur ? Je vins replonger mon regard dans celui d'Hanji, hésitant, qui semblait se demander si je n'allais pas la foutre dehors alors qu'elle n'avait toujours pas osé respirer.
-Je m'en branle Hanji, dis-je d'une voix plus posée mais tremblante. C'est pas normal, pourquoi je m'en branle ?
Elle laissa enfin son souffle reprendre en détendant elle aussi tous ses muscles, se laissant retomber contre son dossier. Elle inspira doucement, puis expira de la même façon, jusqu'à retrouver un rythme lent et acceptable pour une respiration, laissant les secondes défiler dans le silence. Elle finit par me répondre d'un doux sourire qui sembla me remercier avant de reprendre la parole, lentement :
-Tu n'as plus vraiment de raisons d'en avoir quelque chose à foutre, et puis tu as déjà quelqu'un qui occupe presque toutes tes pensées, y'a plus de place pour ce genre de chose.
Elle n'avait pas réellement tort, je me levais le matin en cherchant à ne pas déranger Eren, tout en espérant quand même qu'il se réveille, je passais la journée à me demander ce qu'il allait dire et faire le soir et je finissais par m'endormir en le regardant. Je déglutit sans détourner les yeux pour venir lui demander avec beaucoup plus de retenue d'une voix parsemée d'une étrange tristesse qui commençait à s'emparer de moi :
-Et tu penses que c'est parce que je suis…
Ce mot, et tout ce qu'il entourait, je ne l'avais jamais porté dans mon coeur. Il avait rendu Petra bien moins pétillante qu'avant, avait changé Auruo et m'avait déjà tout simplement détruit. Il n'avait rien de beau au fond, ce n'était qu'une promesse de déception et de souffrance. Le visage d'Hanji se fit d'une grande douceur lorsqu'elle m'offrit un tendre sourire rempli d'empathie.
-Et toi tu penses quoi ?
Je me détachai de son regard pour venir fixer le plafond de ma voiture, espérant comme un con y trouver une quelconque réponse écrite dessus, avant de simplement lâcher dans une pure sincérité :
-J'en sais rien, tu sais bien que je suis une grosse merde à ce niveau-là, je comprends jamais rien… si c'est le cas, je suis censé ressentir quoi ?
Vous me direz sûrement que si c'était le cas, alors ce n'était pas une première et vous n'auriez pas tort. Mais la relation que j'avais eu avec Erwin à cette époque n'avait rien d'exclusive et encore moins de constante. Et ça avait été en me parlant de l'immense vide que je ressentais en son absence et de la haine que j'avais pour les autres qui avait partagé son lit, qu'Hanji m'avait fait comprendre ce que j'éprouvais pour lui. Il n'y avait que dans la douleur que j'avais pu comprendre ce sentiment. Mais là, je passais mon temps avec Eren et on était exclusifs, et même si l'existence de Sasha me cassait les couilles, je savais bien qu'il ne me trompait pas. Donc forcément j'allais pas me morfondre comme un con, mais alors, comment j'étais censé discerner l'amitié d'autre chose ? Hanji réfléchit quelques secondes, cherchant ses mots avant de me demander :
-Comment tu te sens quand t'es avec lui ?
Je me sentais bien, évidemment, mais vous avouerez que cette notion était tout de même trop vague pour en tirer des putains conclusions. Si c'était ça qui définissait ce sentiment, alors je l'éprouvais pour l'alcool également. Bien-sûr la présence d'Eren était meilleure qu'un verre de whisky, ses magnifiques yeux verts, son sourire enivrant et la mélodie de sa voix me plongeaient dans une ivresse bien plus agréable que celle de la boisson, seulement, ça ne prouvait pas grand chose. Mais étrangement ce ne fut pas le mot "bien" qui s'échappa de mes lèvres dans une parole incontrôlée et spontanée, mais un tout autre à la portée bien différente.
-Vivant.
Un petit hoquetement de surprise revint ancrer mon regard dans le sien alors que je réalisai ce que je venais de dire. Elle m'offrit un immense sourire reconnaissant. Pourquoi avait-elle l'air si heureuse de m'entendre dire une chose pareille ? Ça n'avait rien de joyeux, absolument rien. Ma respiration qui s'était pourtant calmée s'accélèra à nouveau à l'instant même où mon coeur se mit à battre plus fort, alors que ma vue redevint trouble me laissant à peine voir le léger tremblement de mes mains. Mon corps fonctionnait bien mieux en présence d'Eren, mon rythme cardiaque devenait plus agréable, je respirais mieux, je voyais mieux, j'étais bien plus détendu jusqu'à en oublier toute retenue, me laissant presque sourire à tous ses mots. J'étais bien plus vivant à ses côtés. Mais je n'eus pas le temps d'approfondir cette pensée qui me parut pourtant essentielle qu'elle vint m'asséner d'une nouvelle question, aussi brutale qu'une lame tranchante en pleine carotide :
-Et s'il se barre, tu te sentirais comment ?
Mon coeur se resserra brutalement sur lui même le temps de rater un battement, venant piétiner l'idée d'un rythme cardiaque décent. Si Eren se barrait, ça serait forcément pour une fille de son âge sans aucun intérêt, m'arrachant la seule chose qui me rendait vraiment heureux sous prétexte qu'il bandait à la vue d'une poitrine répugnante et flasque de je ne savais quelle grognasse. Ma gorge vint se nouer en imaginant qu'il ne rentrerait pas ce soir, qu'il me laisserait seul. Je me sentirais trahit et enragé de me le faire voler par une morveuse décérébrée, mais aussi humilié de perdre face à elle, de ne pas avoir réussit à le garder auprès de moi. Mon poing se resserra doucement. S'il osait me faire ça, je lui éclaterais les dents, je refusais de valoir moins à ses yeux que la première pétasse venue qui accepterait de se faire tringler, je n'étais plus son réconfort, j'étais censé être bien plus que ça !
-Levi ?
Je revins fixer le plafond en desserrant le poing. Mais qu'est-ce que je racontais putain ? S'il se barrait avec une meuf, ça signifierait qu'il arrivait enfin à reprendre sa vie en main, à se sentir vivant, avec ou sans moi, je serais censé être content pour lui nan ? Je me mordis la lèvre, tremblotante. Je ne pourrais pas lui en vouloir de quitter un adulte alcoolique, insomniaque et aigri pour aller vivre une vie plus stable et saine, même si c'était loin de chez moi. Mais alors pourquoi l'imaginer avec quelqu'un d'autre me donnait envie de l'étriper ? Mon ventre se contracta à cette pensée, laissant d'étranges émotions s'emparer de moi. Peut-être que je ne pouvais simplement pas supporter l'idée de le perdre, de me sentir laissé de côté par cet ado beaucoup trop addictif et captivant. Ce que je ressentirais si je le perdais ? Mon coeur se contracta davantage sur lui-même dans une douleur dérangeante, lourde et révélatrice de quelque chose que j'aurais préféré ne pas comprendre. Sans lui je redeviendrais ce mec insipide enfermé dans sa piaule à fumer et boire sans but pour faire avancer le temps, à attendre chaque jour la fin de son taff ennuyeux, à se rattacher à une vie passée perturbante sous prétexte qu'elle était moins chiante que son quotidien, à chercher tous les soirs le premier corps venu pour avoir l'illusion d'un plaisir puissant, et à se demander toutes les dix minutes s'il n'aurait pas mieux fait de continuer à vivre avec une aiguille dans le bras parce que quitte à crever, il préférait que ce soit d'une putain overdose que d'ennui ! Nan, je ne pouvais pas vraiment supporter l'idée de perdre Eren parce que ça signifierait redevenir la loque morne et cynique que j'avais été, l'homme à moitié mort, perdu dans le vide qui me filait la gerbe la plus répugnante. Mon corps tremblait doucement d'une peur montante que je n'arrivais plus vraiment à contenir. Il était ma putain de drogue, vive et puissante, et je refusais de redevenir ce que j'avais été, pas après avoir connu ces doses de vie extasiantes comparable à une injection pure qu'il m'offrait chaques jours, car s'il se barrait, je serais dévasté, détruit par le manque. Mon poing vint brutalement s'abattre dans un fracas contre le volant, déchargeant une vive et violente douleur dans mes os.
-Merde !
C'était une tannée, une horreur. Mon coeur battait à un rythme effréné, ma respiration saccadée continuait à s'accélérer, entraînant tout mon corps dans une panique générale. Je vins à nouveau m'éclater le poing contre cet enfoiré de volant.
-Putain de merde !
Hanji avait raison, j'étais déjà dans la merde, au fond du trou. Ce sentiment était la pire des abominations, t'injectant du bonheur dans les veines contre ton gré pour te promettre à une finalité de douleur et de manque, c'était une drogue dure qu'on ne choisissais ni de commencer ni d'arrêter et qui avait le pouvoir de te détruire sur commande. Ma vision était complètement trouble, perdue dans la panique, la peur, sans que je ne puisse m'en débattre. Ce sentiment était tellement dégueulasse et tortionnaire qu'il n'y avait qu'en parlant de souffrance qu'on arrivait à comprendre la présence de ce parasite meurtrier. Et je venais seulement de me rendre compte qu'il me bouffait déjà de l'intérieur, allez savoir depuis quand. Je me paralysais soudainement, me rendant réellement compte de ce qui était en train de se passer dans cette putain de bagnole anxiogène et étouffante. Je n'allais pas perdre Eren à cause d'une grognasse. Je pus entendre la respiration presque chaleureuse d'Hanji avant qu'elle ne murmure :
-Ça va aller Levi.
C'était à cause de cet instant, de ce moment précis de panique intense, de trouble, où je réalisais finalement l'horreur que j'éprouvais, que j'allais perdre Eren. Elle avait prononcé ses mots avec une véritable tendresse et douceur, mais rien n'allait bien aller. À partir de cette seconde précise de compréhension de ma part, j'étais déjà voué à redevenir l'insupportable connard que j'avais été avant de le rencontrer. Pourquoi elle avait ouvert sa gueule, pourquoi il avait fallut qu'elle ouvre sa putain de gueule ?! C'était de sa faute, c'était à cause d'elle que j'allais perdre Eren. Comment pouvait-elle me demander ce que je ressentirais sans lui dans le but que je comprenne l'horreur qui allait me contraindre à le faire sortir de ma vie ?! Et elle osait me sourire avec une espèce de satisfaction répugnante, comme si elle était heureuse de constater qu'elle venait bien de foutre en l'air la meilleure chose qui me soit arrivée de ces dernières années. Mon regard vint se plonger avec dégoût et noirceure dans ses yeux bien trop joyeux, écoeurants, qui me firent sombrer à nouveau dans une envie de lui arracher la gueule.
-Pourquoi tu fais ça ? Demandai-je d'une voix basse mais dont le calme s'était perdu jusqu'à la briser légèrement.
La colère se mélangeait à la panique qui possédait mon corps. J'allais perdre Eren à cause de cette conne dont je voulais faire ravaler la fausse incompréhension de sa gueule d'hypocrite qui faisait semblant de ne pas comprendre ce que je voulais dire. Je repris, d'un ton bien plus sec, énervé et impatient :
-Pourquoi tu veux que je le perde ?!
Son corps fut pris d'un léger geste de recule à l'entente de l'agressivité qui était revenue dans ma voix et qui sembla la surprendre. Elle n'avait pas à être surprise, elle n'en avait pas le putain de droit ! C'était censé être un génie nan ? Alors elle devait bien savoir que cette discussion allait mener à la perte de ce que j'appréciais le plus dans mon quotidien foireux et inintéressant. Bordel, j'étais vraiment un connard de m'être épris comme ça d'un ado. Ses yeux hésitants me détaillaient de toute part, sûrement pour essayer de comprendre ce que je ressentais, encore, comme si elle ne pouvait pas me foutre la paix avec mes propres émotions, comme si elle était toujours obligée de décortiquer chacun de mes ressentis pour un faire putain de graphique. Elle sourit tendrement, amicalement, cherchant toujours à me foutre en confiance avant de me répondre d'une douce voix à gerber :
-Nan, je comprends que tu paniques, et je suis là pour t'écouter tu le sais, mais mon but ce n'est pas de t'enlever quoi que ce soit, je veux juste que tu réalises ce que tu ressens d'accord ?
Mes poings se resserrèrent alors que mes sourcils se froncèrent davantage. Le ton qu'elle venait d'employer était celui destiné à un mioche dépourvu de cervelle. Réaliser ce que je ressentais équivalait directement à le perdre, qu'elle arrête de me prendre pour un con et qu'elle me dise pourquoi elle s'obstinait encore une fois à détruire ce qui me rendait heureux !
-Arrête de te foutre de ma gueule Hanji, t'es pas censé être conne, tu sais très bien ce qu'il va se passer !
Ma voix commençait réellement à dérailler, à se briser, prit par la panique, la colère et la peur. J'avais tellement peur de le perdre, ça m'effrayait, mais à cause de cette connasse je n'avais plus vraiment le choix. Je repris d'une voix aussi tremblante qu'enragée :
-Tu sais très bien que je vais devoir le foutre dehors ! Tu pouvais pas fermer ta sale gueule ?!
Elle baissa la tête en détournant les yeux, emplie d'une légère tristesse qui ne pouvait pas être sincère. Qu'elle ne me sorte pas qu'elle n'avait pas compris ça, je lui arracherais les ongles avant de lui broyer la mâchoire, jamais je ne goberais qu'elle était débile ! Elle déglutit et reprit d'une voix un peu plus basse toujours dans une fausse douceur qui lui permettait de se faire passer pour une victime alors qu'elle était en train de détruire ce à quoi je tenais :
-Je suis désolée Levi, mais je peux pas juste te regarder une nouvelle fois te morfondre et te foutre minable sans même que tu comprennes pourquoi, l'ignorance ça te réussit pas.
J'eus l'envie d'éclater mon poing dans sa face. Elle me foutait les nerfs à baisser la tête comme si je l'agressais alors qu'elle, elle me bousillait de l'intérieur. Je lui répondis d'un ton cinglant, me retenant de lui cracher à la gueule :
-J'aurais préféré que tu la fermes, j'aime bien l'ignorance parfois putain de merde ! T'aurais au moins pu attendre deux semaines hein ? Mais nan, tu préfères me voir au fond du trou plutôt qu'heureux !
Sa tête restait baissée, le regard fixé vers le sol. Si elle voulait vraiment jouer le rôle de la victime ici, je pouvais très clairement l'aider. Si je ne me risquerais pas à lui fendre le crâne, moi aussi, je pouvais très bien la briser avec des mots, tout comme elle s'amusait à le faire.
-Bien-sûr que nan, reprit-elle, je veux ton bonheur je te le promets. Mais avec Erwin, t'avais passé des mois et des mois à t'enfiler des bouteilles sans même comprendre pourquoi t'étais malheureux, alors ouais, j'aurais aimé que tu te rendes compte tout seul, mais je pouvais pas te laisser dans cet état, et j'ai pas envie que ça se reproduise, je t'en prie, calme-toi.
Que je me calme ?! Elle cherchait à détruire tout ce que j'avais et elle voulait que je me calme ?! À l'époque avec Erwin, j'aurais préféré que jamais elle n'ouvre sa grande gueule, et ça valait encore pour aujourd'hui. Elle ne voulait pas juste me prouver qu'elle avait raison, elle voulait à nouveau me voir aussi pitoyable qu'avant, rampant à ses pieds pour survivre. Je lui devais la vie, certes, mais elle était aussi la cause de mon malheur. Si elle n'avait pas ouvert sa gueule il y a cinq ans, je n'aurais jamais compris, Erwin ne m'aurait jamais lâché, et tout ce qui en avait suivit ne serait jamais arrivé. Je lui répondit d'une ironie noire et écoeurée :
-Félicitation vieille peau, tu m'as fait passé d'alcoolique ignorant à déchet sous héroïne, j'espère que ça t'as rendu fier au moins, et vu que tu t'obstines à refaire la même connerie que la dernière fois, c'est que ça doit vraiment te faire plaisir de me voir dans la merde.
Même s'ils n'osaient pas se plonger dans les miens, je pus voir ses yeux s'écarquiller, de choc peut-être, mais je préférais me dire que c'était de culpabilité.
-N-nan, répondit-elle d'une voix tremblante, c'est justement pour que ça n'arrive pas que je préfère te le dire maintenant, plus le temps passe plus ça va êtr-
-Tu te venges c'est ça ? T'essayes de trouver une putain d'utilité à ta vie de merde ?
Cette fois-ci, dans un sursaut, son regard revint croiser le mien, alors que ses sourcils arqués et sa bouche entrouverte me transmettaient son incompréhension, mais je préférais m'attarder sur la tristesse qui berçait ses yeux.
-D-de quoi ?
Sa petite voix, hésitante et troublée, me fit comprendre que plus je parlais plus elle allait enfin fermer sa grande gueule.
-T'as jamais trouvé personne, ça doit te foutre les boules de me voir un peu heureux, donc tu préfères détruire ça hein ? Je comprends, tu me veux faible pour te sentir indispensable, parce que m'aider c'est ta seule putain de raison d'exister.
Ses yeux continuaient à s'écarquiller alors qu'ils se faisaient doucement humide, embrumés d'une tristesse qu'elle tentait de contenir. Son regard restait plongé dans le mien, débordant d'émotions. Elle ouvrit un peu plus la bouche, laissant un petit son pitoyable en sortir, avant qu'elle ne la referme, ne trouvant sûrement pas ses mots. Elle me fixa un certain temps en déglutissant bruyamment avant de déclarer d'une voix toujours aussi douce mais cette fois-ci brisée par les larmes qu'elle cherchait à contenir :
-Je veux que tu sois heureux Levi, je te le jure, et je fais tout pour t'aider à l'être, peut-être que je me trompe, c'est vrai, mais je t'en prie, calme toi, réfléchis à tout ça et soit honnête avec Eren, s'il t-
-Tu viens de m'obliger à le dégager de chez moi alors arrête tes conneries ! Et pour quelle putain de raison je serais honnête hein ?! Tu veux absolument me pousser à bout ?!
Elle se mordilla la lèvre inférieure qui tremblotait légèrement alors que je lui gueulais dessus. Elle pouvait être la victime, j'en avais rien à branler, je voulais juste qu'elle la ferme et qu'elle me laisse moi aussi lui arracher quelque chose, la briser.
-Je pense que c'est réciproque, laissa-t-elle échapper dans un murmure alors que ses yeux se détournèrent de moi, comprenant sûrement l'horreur et l'impacte de ses mots.
Je vins brutalement lui agripper le col pour la tirer vers moi, je me retins de lui foutre un poing, me contentant de choper sa mâchoire pour la forcer à me regarder dans les yeux.
-Comment tu peux oser me dire une chose pareille ?!
La colère venait de prendre le dessus sur tout le reste, me faisant trembler, serrer les dents et les poings, accélérer mon coeur, bouillir mon sang et accentuer la force de ma respiration, au bord de la rage. Une larme finit par rouler le long de sa joue jusqu'à rencontrer mes doigts alors que sous ses derniers je sentis sa bouche s'ouvrir pour qu'elle me réponde d'une voix basse et profondément triste :
-Je suis désolée, vraiment, à l'époque je pensais sincèrement qu'Erwin ressentait la même chose pour toi, je m'excuse de m'être trompé, je suis pas devin c'est vrai, mais là bordel, Eren te lâche jamais du regard, il sourit tout le temps comme un idiot et il écoute encore moins en cours, et ça fait des semaines que ça dure, ça empire tous les jours, alors s'il-te-plaît, sois courageux et dis-lui.
Mon coeur se resserra sur lui-même tout en se réchauffant doucement, me berçant un peu dans l'idée qu'elle puisse dire vrai. Mais ses paroles n'avait pas lieu d'être, elle n'avait pas le droit après tout ça de me filer une nouvelle fois de faux espoirs. Je vins resserrer ma prise sur elle et lui répondit d'une voix cinglante, comparable à un crachat, dans le besoin absolu de me défouler sur elle :
-Me parle pas de courage sale hypocrite ! T'es amoureuse depuis des années, mais tu refuse de faire quoi que ce soit parce que tu te chies dessus à l'idée de jamais pouvoir attirer un homme, t'agis comme une lâche sous prétexte de ce que t'as dans le froc, alors tu reste enfouie dans ta merde, pas foutue d'avouer, pas foutue d'essayer ni foutue de baiser ! Tu frôle la trentaine et tu resteras sûrement toujours pucelle, parce que jamais t'auras les couilles de te confronter à la réalité, me parle pas de courage connasse, tu veux juste que je foire tout pour m'avoir à tes côtés, aussi pitoyable et seul que toi !
Sa respiration était saccadée au rythme des larmes qui s'échappaient de ses yeux, triste mais pourtant toujours aussi doux à mon égard. Elle cherchait à se contrôler, en mordant sa lèvre bien plus fort, se refusant d'éclater en sanglot. J'aurais aimé être satisfait de mes mots, de l'avoir blessée, de m'être en partie défoulé et de lui avoir fait fermer sa grande gueule. Mais mon coeur ne fit que se resserrer sur lui-même alors que ma colère redescendit brutalement en voyant les traits de son visage déformés par la tristesse. Je la lâchai avant de m'effondrer à nouveau dans mon siège, prit par une soudaine sensation de vide. Le silence régna dans le véhicule pendant plusieurs longues minutes où je me rendait peu à peu compte d'à quel point j'étais un connard fini, incapable de prendre sur soi ou de prendre du recul, finissant toujours pas essayer de détruire les autres, de me venger, à la moindre émotion désagréable que je pouvais ressentir. Seul le bruit des pleurs d'Hanji et ses reniflement presque honteux venaient casser le blanc qui s'était installé entre nous.
-C'est vrai, finit-elle par dire, je suis une lâche, mais toi nan. Alors s'il-te-plaît, sois sincère avec lui, je suis sûre que ça pourrait te rendre heureux.
17h06
Eren m'avait souvent parlé de la maison de son tuteur, cet endroit qu'il n'avait jamais nommé comme son chez lui. Il avait dû s'y rendre plusieurs fois depuis qu'il habitait chez moi, parfois pour l'aider dans je ne savais quelle connerie, mais souvent c'était pour des dîners, des "occasions", où ce qui était censé lui servir de père requérait sa présence pour bonne image. Un jour, il avait employé le mot "mondain", ça m'avait fait sourire. Je m'étais empressé de lui demander s'il devait porter un costume, mais il n'avait pas eu l'air de trouver ça drôle lorsqu'il m'avait répondu que oui. Il m'avait parlé de tous ces gens qui défilaient dans cette grande maison, s'extasiant sur les dorrures des plafonds, les lustres tape-à-l'oeil ou de la collection d'art invraisemblable à laquelle Eren ne trouvait aucun intérêt. Il détestait cette baraque où même les couverts étaient recouverts d'or, il la trouvait superficielle, comme si la fortune qui y résidait ne servait qu'à remplir le vide. Pour lui, il n'avait même pas de chambre là-bas, seulement une version luxueuse d'un étalage Ikéa, sans personnalité, sans goût, sans rien qui lui donne la sensation de lui appartenir. Il n'était pas chez lui là-bas, il était bien mieux chez-moi. Je soupirai et bus une gorgée de l'abjection contenue dans cette bouteille, pourquoi j'avais décidé d'acheter cette merde déjà ? Je lui avais déjà demandé s'il détestait son tuteur, mais il s'était contenté d'hausser les épaules, ce qui était sûr, c'est qu'il ne l'aimait pas vraiment et qu'il ne voulait pas vivre avec lui dans cette villa insipide. Je sortis une cigarette que je vins porter à mes lèvres humidifiées par le mélange foireux que j'ingurgitais. Je pris mon briquet pour l'allumer mais attendis quelques secondes, dérangé par la douce brise fraîche qui vint caresser la petite étendue d'herbe sur laquelle j'aurais aimé m'allonger. Mon cul était posé sur un banc vraiment inconfortable qui me pétait le dos et n'arrangeait en rien mon mal de crâne. J'aurais aimé me laisser tomber dans l'herbe qui s'ondulerait au vent au même rythme que mes cheveux, s'entremêlant, alors que je regarderais le ciel. Ça m'offrirait une image clichée de liberté que je n'avais pu voir que dans des films, parce que je ne m'allongeais jamais dans l'herbe. Dans ce parc miteux, elle servait de litière aux cabots mal toilettés de tous ces gens en manque d'affection qui avaient besoin d'un animal pour se sentir utile et important aux yeux d'un être vivant. Peut-être même qu'il n'y avait pas que des déjections canines dans cette verdure. Peut-être qu'un connard, bien plus torché que moi, à une heure où la ville dormait, où les bars étaient fermés, avait égaré ses potes à usage unique d'une soirée éphémère et était venu pisser son alcoolémie contre l'arbre en face de moi. C'était dommage, jamais je ne pourrais me reposer dans l'herbe. À cause des alcooliques et des chiens, j'allais devoir me contenter de ce banc merdique. Je ne leur en voulais pas vraiment, j'étais sûrement plus alcoolique que tous ces mecs en boites et je ne valais pas vraiment mieux qu'un chien. Hanji sacrifierait probablement tout ce qu'elle avait pour moi, et chacunes de ses décisions à mon égard, même les pires, étaient toujours prises avec les meilleures intentions. Peu importait ce que je pouvais dire ou faire dans l'égoïsme le plus pur, elle continuerait à me sourire tous les jours, à me supporter et à m'aider de toutes ses forces. Elle m'avait prise sous son aile dès notre première rencontre, m'avait offert ce dont j'avais besoin, m'avait sorti de la rue et de la crasse, m'avait trouvé un boulot, m'avait fait rencontrer des gens incroyables et m'avait sauvé la vie un nombre incalculable de fois. Chez elle, elle avait une réserve d'alcools immense alors qu'elle ne buvait presque jamais et une très grande pile d'assiettes usées dont elle n'avait pas l'utilité, mais elle gardait tout ça pour moi, au cas où j'avais envie de boire à ses côtés ou besoin de me défouler sur le toit de mon immeuble. J'avais quitté le bataillon, elle en avait fait de même. Elle était allé jusqu'à devenir prof d'anglais juste pour rester avec moi. Et pourtant elle pouvait vraiment pas blairer son métier, elle était parfaitement bilingue mais n'avait rien de littéraire, et elle supportait tous les jours les murmures de centaines de morveux décérébrés qui osaient l'appeler "le trans". Mais contrairement à moi, elle ne se plaignait jamais, elle se contentait de m'écouter en m'offrant le regard d'une grande soeur prête à tout pour m'aider, peu importait le temps et l'énergie que ça lui prendrait. Et moi, malgré toute la bonté qu'elle m'avait donné pendant plus de dix ans, je restais un putain de connard fini, un chien. Je venais de rabaisser jusqu'à faire chialer ma meilleure amie juste pour tenter de me sentir un peu mieux, parce que j'étais tellement égoïste qu'à la moindre souffrance, j'osais me permettre de l'embarquer avec moi, de me rassurer avec la douleur des autres sous prétexte que la vérité était cruelle. Putain, je ne méritais tellement pas cette femme. Je finis par allumer ma clope, tirer une taffe, boire une gorgée de l'immondice et recracher la fumée de mes poumons. Je ne méritais pas Eren non plus d'ailleurs, après tout j'étais qu'un putain d'alcoolo aigri, imbu de lui-même, nuisible et acerbe qui était en train de lui voler sa jeunesse, et tout ça couplé à un menteur bien-sûr. C'était officiel, je valais bien moins qu'un chien, j'étais juste une merde... et un fils de pute en prime, mais ça c'était un secret pour personne, hein ? J'eus l'étrange envie de rire face à ce constat alors que je me permis à nouveau de boire ce liquide à la couleur et l'arrière goût de pisse. Vous devez sûrement bien vous marrer quand on m'insulte de fils de pute, vous tous qui êtes au courant que ma mère s'était faite tringler par tous les vieux enfoirés du coin. Je fixai cet arbre sûrement repeint d'urine de fêtards dont les feuilles se mouvaient malheureusement au rythme de la douce agitation de l'air. Tout ce qui m'entourait était en mouvement, ignorant totalement ma puissante envie d'arrêter le temps. Je n'avais pas envie que les secondes se succèdent jusqu'à amener cette aiguille obèse et putassière à dépasser le 6 de l'horloge en cette fin d'après-midi. Parce qu'alors je serais obligé de rentrer chez moi pour y retrouver un ado magnifique, insouciant, drôle et bien trop vibrant pour qu'on puisse parler d'amitié, me sourire de toute part, me parler de sa journée et d'à quel point il était heureux à l'idée de passer deux semaines libres à mes côtés, avant que je ne lui dise de dégager et de ne plus jamais refoutre un pied chez moi. Putain, j'étais vraiment pitoyable à boire cette merde, j'aurais du rester dans ce bar et tourner à quelque chose de décent au lieu de me barrer pour me jeter sur la première supérette venue. Il m'avait aussi parlé de sa petite piaule d'internat qu'il n'avait connu que quelques jours. Au début, il avait pensé que dans un endroit qui n'était pas un étalage de richesses fait pour attirer l'attention, il se sentirait mieux. Mais quand il s'était retrouvé dans cette chambre grise toute aussi impersonnelle que l'immense baraque qu'il venait de quitter, il avait eut la sensation de n'être qu'un vagabond sans attache, sans chez lui et sans affaires. Alors certes, il avait de quoi se fringuer, un mac bien trop cher pour ce que c'était, car son tuteur pensait qu'élever un ado se résumait à dépenser du fric, et un tel qu'il oubliait de charger un jour sur deux, mais il n'avait aucun attachement matériel. Vous trouvez peut-être que c'était une bonne chose, qu'il n'était dépendant d'aucun lieu ou objet, que ça le rendait plus libre. Le problème, c'est qu'il ne l'avait pas choisi, c'était juste un fait. Mais chez moi, affalé sur le canapé, farfouillant dans mes placards ou endormi dans mes draps, il se sentait bien plus à l'aise que n'importe où ailleurs. Et j'allais le foutre dehors, ouais... bonnes vacances Eren. J'aimerais tellement que le temps s'arrête. Putain ce que ce banc pouvait faire mal au cul et ce que cette boisson pouvait être dégueulasse. J'écraisai mon mégot contre l'accoudoire foutu au beau milieu de ce truc inconfortable pour le séparer en deux, apparement. Ce monde était si cruel, un sentiment destructeur pouvais vous galvaniser le coeur à tout moment et les communes créaient des accoudoires spécifiquement fait pour empêcher les gens de dormir sur les bancs. À quoi ça servait de créer un truc aussi long si on pouvait même pas s'allonger dessus ? Finalement, je pourrais peut-être me laisser tomber dans l'herbe, une merde allongée dans les excréments, ça ferait une mise en abymes hilarante nan ? Dîtes-moi bande de vautours, ça vous plaît vraiment de me voir aussi pitoyable ? Vous vous satisfaisez dans votre voyeurisme malsain ? Vous êtes des mouches à merde à m'épier dans les pires moments, à prendre votre pieds en me voyant aussi minable. Si j'étais impassible, c'était pour être illisible, alors foutez-moi la paix et arrêtez de me lire. Un sourire amère m'échappa, j'étais vraiment en train de virer cinglé. J'hésitai quelques secondes en fixant cette bouteille de jus de pomme de sous marque, tellement sucré qu'il me foutait la gerbe, à laquelle j'avais mélangé deux flashs de Poliakov. J'étais déjà bien assez minable comme ça, me rouler dans la merde n'ajouterai pas grand chose. Vous savez, au fond je ne vous en voulais même pas vraiment d'apprécier de me voir aussi pathétique, vous l'aurez remarqué, moi aussi je me servait du malheur des autres pour me sentir mieux. Et puis, je le méritais amplement, je le cherchais même, sinon je ne serais pas allé acheter le pire mélange constitué du pire jus et de la pire vodka qui puisse exister dans ce monde de chiotte. Je bus une nouvelle gorgée de cette pisse alcoolisée en me souvenant tendrement de cette soirée avec Eren. Boire de la merde avec nostalgie, ce n'était plus de l'apitoiement sur moi-même à ce niveau-là, c'était carrément une tentative de suicide cérébral et scatophile. J'avais tellement envie d'oublier toute cette conversation avec Hanji, rentrer chez moi et passer deux semaines incroyablement agréables avec lui. J'aimerais pouvoir faire ça, me laisser encore au moins quelques jours à profiter de sa présence, à rentrer dans ses petits jeux, à admirer ses sourires, à fondre sur ses lèvres et tout son corps, à le regarder s'endormir contre moi et à me laisser un peu vivre tout simplement. Mais comme toujours Hanji avait raison, et attendre ne rendrait que l'inévitable encore plus insupportable. Donc dans une heure environ, j'allais perdre Eren. Ça ne sera pas à cause d'une grognasse et encore moins à cause d'Hanji, mais bien à cause de moi. Mon coeur se resserra violemment dans ma poitrine alors que je portai le goulot à mes lèvres pour m'inonder le corps de cette boisson imbuvable. Je finis presque la bouteille, me laissant à deux doigts de vomir, pas à cause de l'alcool mais bien de l'arrière goût dégueulasse qui restait coincé dans ma gorge nouée. Je ne voulais pas le foutre dehors, mais je voulais encore moins revivre cette situation d'hypocrisie sentimentale bien trop malsaine et douloureuse, alors je n'avais pas vraiment le choix. J'aurais tellement aimé que le génie de ma meilleure amie puisse fabriquer une machine à contrôler le temps, qu'elle l'arrête, qu'on parte tous les deux fracasser de la vaisselles en refaisant le monde comme deux abrutis et qu'elle me laisse quelques jours de plus pour réfléchir. Mais au fond, j'avais déjà pris ma décision, alors ça n'avait pas grand intérêt à part retarder l'échéance. Je me mordis la lèvre, essayant de ne pas penser au visage d'Eren, ses pics, sa spontanéité, sa curiosité, ses sourires, sa maladresse, sa bonté, sa maturité puérile ou même les étranges questions surprenamment profondes qu'il se posait parfois sans aucun contexte. Je fermai les yeux quelques secondes, chassant son visage de mon esprit, sachant que dans peu de temps, tout sera fini. J'allais le perdre, c'était inévitable, mais je refusais de perdre avec lui le souffle de vie qu'il m'avait inculqué. Je ne voulais ni être une personne vide et ennuyante, ni un connard fini. Je sortis mon téléphone.
De Moi : Je suis vraiment désolé Hanji, je pense pas un seul des mots que je t'ai dis. T'es une femme incroyable, merci pour tout.
Ce soir, j'allais sûrement passer une soirée infâme, où j'aurais besoin d'autant de courage que de verres de whisky. Et c'était sûr, malgré ce que j'avais osé lui dire, qu'elle allait rappliquer pour rester avec moi aussi longtemps que j'en aurais besoin. Je ne savais pas dans quel état ça allait me foutre de le voir partir de chez moi, et je préférais ne pas y penser. Je resserrai mes dents sur ma lèvre inférieure, l'interdisant de se mettre à trembler. J'espérais quand même que ça serait plus supportable que la dernière fois, après tout, je connaissais Eren depuis moins de deux mois et je ne me faisais pas de faux espoirs sur ce coup-là. Mais le fait de devoir moi-même y mettre un terme était tellement douloureux, tellement cruel. Le noeud dans ma gorge s'accentua alors que mon coeur, compressé, semblait s'alourdir à chaque seconde qui défilait. Je ne savais ni ce que j'allais ressentir, ni le nombre de grammes que j'allais devoir faire couler dans mon sang, je savais seulement que ça allait être horrible mais qu'Hanji sera là. Quand ça sera terminé, j'irais mieux m'excuser auprès d'elle, je lui dirais à quel point elle comptait pour moi, que sans elle je ne serais rien et que je lui devais tout. J'irais lui promettre de ne plus jamais me comporter comme un connard puéril qui se servait d'elle comme punching ball émotionnel, que plus jamais je n'oserais lui balancer une telle horreur. Tous les jours, je lui demanderais comment elle elle allait, ce qu'elle pensait et si elle arrivait à tenir, je lui dirais d'arrêter de me consacrer autant de temps et d'énergie et j'essayerais de lui rendre la pareille. Peut-être même que je pourrais l'aider à enfin parler à Mike, ça lui ferait peur, mais je lui promettrais d'être là, peu importe ce qu'il se passerait. Ouais, quand ça sera terminé, j'essayerais de devenir quelqu'un de bien. Et ne me dîtes pas de l'appeler pour lui dire maintenant, déjà que vous avez rien à foutre là, votre jugement vous pouvez vous le foutre au cul. De toute façon, ce soir je serai un enfoiré, une sale merde, je n'avais pas vraiment le choix. Eren avait traversé l'enfer, seul, jusqu'à tomber sur moi, avec qui il se sentait bien, chez qui il se sentait à l'aise. Le pire ce soir ne sera même pas de le perdre, mais de le regarder perdre son sourire lorsque je lui dirais de retourner à sa solitude insupportable dans un lieu vide et impersonnel. Il méritait tellement d'être heureux, mais au lieu de ça, j'allais juste le blesser, et me déchirer le coeur, mais après tout c'était ma faute. Et dire que je lui avais fait promettre de ne pas s'attacher à moi de cette façon, j'allais avoir l'air sacrément con face à lui. Je terminai finalement de boire cette chose insipide avant de balancer la bouteille vide dans ce foutu parc. Les gens ne jetaient pas la merde de leurs chiens, alors je n'allait pas me faire chier à jeter mes déchets. Je regardai brièvement mon tel pour connaître l'heure avant de le refoutre dans ma poche dans un soupir bien trop long et pesant. Je m'étais barré de ma voiture, la laissant à Hanji pour qu'elle n'ai pas à subir davantage mon amertume, mais l'affreux parc dans lequel je me lamentais depuis un long moment se trouvait à plus de 30 minutes à pied de chez moi donc j'allais devoir rapidement bouger mon cul d'ici. Je laissai tomber ma tête vers l'arrière alors que ma vision se troubla légèrement. Dans peu de temps, j'allais mettre un terme à ce qui me rendait heureux, mais aussi à ce qui lui, le rendait heureux. Hanji, comme toujours, avait raison, je me devais d'être sincère avec lui. Quitte à l'obliger à retourner à une vie qu'il détestait, il méritait au moins de savoir pourquoi. Ma respiration était douloureuse, devant soulever ma poitrine et mon coeur si lourd avant de forcer le passage de ma gorge nouée. Tout mon corps semblait me dire de rester ici, de ne pas rentrer, quitte à dormir assis sur ce banc cruel, mais je n'avais pas le droit d'être un lâche. Je vins lever les yeux pour les fixer au ciel, empêchant quelque chose de s'écouler.
18h42
Mes yeux restaient accrochés à mon plafond, alors que mon corps affalé dans mon canapé semblait épuisé. Pourquoi la douleur était-elle toujours aussi fatigante ? Je n'arrivais pas à décrocher mon regard de ce plafond pour une raison aussi pathétique que ridicule. Putain, Eren devrait déjà être là, mais qu'est-ce qu'il branlait ? Chacunes des secondes qui défilaient accentuaient la torsion de mon ventre et la difficulté de ma respiration, je n'avais pas envie qu'il débarque pour ne pas avoir à vivre une chose pareille, pour ne pas toucher à la fin absolue de sa présence auprès de moi. Mais l'attente rendait le tout encore plus insupportable, empirant mes pensées et l'angoisse qui commençait sérieusement à me bouffer les entrailles. J'étais perdu dans le vice paradoxale du temps, je voulais qu'il s'arrête et s'accélère en même temps, je voulais retarder l'échéance et l'avancer pour que tout se termine le plus rapidement possible. Mais lui, il avait décidé que c'était ce jour précis qu'il allait prendre le temps, me torturant inconsciemment l'esprit. Il était sûrement en train de discuter avec cette chienne qui lui collait à la teub, à flirter comme un connard dans une succession des minutes insouciantes qu'il ne voyait probablement même pas passer. Et moi je comptais chaque seconde en fixant le plafond, parce que tout le reste de mon putain d'appartement était marqué par sa présence, par les souvenirs de ses rires, de ses paroles ou de ses gémissements. En y repensant maintenant, ça avait été une véritable idée de merde de baiser dans chaque recoin de ce lieu car il n'y avait plus que le plafond qui était neutre de lui. Finalement, s'il ressentait quelque chose pour cette morveuse en chaleur, alors tant mieux pour lui, ça lui ferait au moins quelque chose d'agréable auquel se rattacher lorsque je l'aurais obligé à retourner à une vie morne qu'il détestait. J'eus la sensation de me poignarder seul en l'imaginant dans les bras de cette pétasse dénuée d'intérêt, à me dire qu'ils pourraient former un si banal couple de lycéens hétéros et chiants qui irait se peloter dans les chiottes et s'envoyer des sextos en cours. Mon coeur si lourd rata pour une énième fois cette après-midi un battement alors que je sentis mes yeux s'écarquiller et mon corps se figer. Je n'avais même pas pensé aux cours. La peinture blanche de mon plafond était grisâtre par endroit, sûrement due à l'écoulement du temps ou à ma consommation excessive de clopes. Est-ce que celle d'Eren aussi avait participé à assombrir ce plafond ? Comment j'allais faire pour le revoir presque tous les jours de la semaine sans pouvoir m'approcher de lui, le toucher ni même lui parler ? Putain, mais jamais je ne pourrais supporter de juste le regarder en tant que professeur, le voir continuer sa vie sans moi alors que ses yeux se poseront sur d'autres. Je commençais à trembler en me perdant dans l'horreur de mes pensées qui ne faisaient qu'agrandir la plaie avant d'y remuer le couteau, du moins jusqu'à ce que j'entende le bruit d'une clef s'insérer dans la serrure de ma porte. Je ne pus empêcher mes yeux de venir s'y ancrer alors que toute mon activité cérébrale s'expulsa de mon crâne. J'eus la sensation de faire un arrêt cardiaque lorsque cette dernière s'ouvrit, laissant apparaître cet ado magnifique, un sac plastique à la main. Ses cheveux étaient légèrement en bataille, son souffle était court et ses lèvres dont je connaissais la douceur s'étiraient vers le haut dans un geste adorable et enivrant, me donnant l'irrésistible envie de fondre dessus. Il retira ses chaussures et les déposa soigneusement dans l'entrée, avant de se diriger vers la cuisine sans me jeter le moindre coup d'oeil tout en déclarant :
-Désolé d'avoir mis si longtemps Levi.
Sa démarche légère, presque sautillante, reflétait un insouciant bonheur enfantin, m'attendrissant le coeur.
-En fait, reprit-il en posant le sac sur la table, je me suis rendu compte que je t'avais jamais fait goûter mon mythique poulet coco à la citronnelle, c'est une merveille tu vas voir.
Son sourire continuait de s'agrandir alors qu'il passa une main dans ses cheveux indomptables. Je ne dis rien, tentant de contrôler l'irrégularité de mon coeur, le laissant parler, une petite expression heureuse collée sur sa magnifique gueule.
-Mais c'est une galère de trouver du bon lait de coco ici, j'ai dû fouiller dans trois supérettes différentes, je te raconte pas le truc, une vraie chasse au trésor.
Il laissa un très léger rire passer la barrière de ses lèvres, toujours sans poser les yeux sur moi. Ces derniers jours, il mettait toujours un certain temps avant de me regarder lorsqu'il rentrait, mais je venais seulement de comprendre pourquoi ça me frustrait tant. Comment j'avais fait pour le contempler tous les jours sans jamais me rendre compte que les pulsations de mon coeur n'avait rien d'amicales ? Il releva doucement la tête et reprit à nouveau la parole :
-Tu vas adorer c'est sûr, mais avant de m'y mettre je vais prendre une douche et peut-être qu'on pourrait aussi fêter le début des vac-
La lueure perverse qui avait traversée ses yeux s'envola aussitôt qu'il croisa enfin mon regard. Son sourire disparut avec la malice de son expression, ne laissant plus que la surprise et l'appréhension soudaine sur son visage. Il lâcha ce qu'il tenait dans les mains et vint se rapprocher de moi, contournant la table et le plan de travail marqués par des souvenir qui allaient sûrement me déchirer en deux dans les prochains jours. Plus il s'approcha, plus son inquiétude se fit visible, me prouvant que j'avais probablement une gueule assez pitoyable. C'était le début de la fin.
-Levi, qu'est-ce qui va pas ? Me demanda-t-il d'une voix douce en s'arrêtant à un petit mètre de moi.
Je ne pus détourner les yeux de ses perles émeraudes envoûtantes alors que ma gorge se noua davantage en comprenant que j'allais perdre l'intimité de ses regards. Je m'éclaircis la voix avec difficulté devant son visage troublé. Et je vins me poignarder une nouvelle fois pour déclarer :
-Viens t'asseoir Eren, il faut que je te parle.
Une nouvelle surprise traversa son regard à l'entente du timbre légèrement cassé de ma voix. Son expression me laissait voir sa forte appréhension, sa douce tristesse et son début de peur alors qu'il vint s'asseoir à mes côtés sans un mot. Son épaule frôla doucement la mienne me volant un frisson alors que je me décallai pour m'éloigner légèrement de lui. Il me balança un violent regard d'incompréhension, apparemment vexé par mon geste. Mais son contact aurait brisé en moi la possibilité d'être sincère, et je ne devais pas perdre mon courage.
-Mais qu'est-ce qui se passe ? Me demanda-t-il les sourcils froncés, la peur bien plus ancrée dans le vert de ses yeux.
Je déglutis, avant d'entrouvrir la bouche, mais aucun son ne sortit. Je me rendis alors compte que je n'avais aucune idée de comment dire une chose pareille. Ses iris incertaines me détaillaient de toute part, il avait l'air complètement perdu, mais pas autant que moi. J'aurais aimé me permettre de lui mentir, de lui dire que j'étais un enfoiré marié qui se servait de lui ou une connerie de ce genre. Ou alors simplement me permettre de ne rien lui dire, de lui ordonner de dégager de chez moi sans aucune explication. Mais ses prunelles hésitantes et l'inquiétude de son visage ne me permettront jamais ça. Il s'était confié à moi, corps et âme, je lui devais d'être sincère. Je soupirai longuement avant de déclarer, d'une voix hésitante et enrouée de peine :
-Quand j'ai rencontré Erwin, j'avais 15 ans, j'étais un gamin.
Il fronça doucement les sourcils en signe d'incompréhension mais le reste de son corps se détendit légèrement, comme pour me dire qu'il m'offrait son écoute et son attention. Deux choses auxquelles je n'aurais plus jamais le droit après cette discussion. Je repris, tentant de contrôler ma voix pour éviter qu'elle ne se brise au beau milieu d'une phrase :
-J'ai passé des années vraiment cool à pas vraiment me prendre la tête avec lui. C'est un peu comme ces semaines qu'on a passé ensemble, enfin, c'était moins régulier et proche qu'avec toi c'est sûr mais… c'est l'idée.
L'inquiétude se fit soudain bien plus lourde dans ses yeux, se mêlant maintenant à la peur, alors que je venais d'évoquer nos moments partagés ensemble comme du passé. Mon coeur ne fit que s'alourdir en imaginant qu'il puisse être blessé par mes mots. Vous me trouvez peut-être pathétique à devoir parler d'Erwin pour lui faire comprendre ce que je ressentais, mais je n'avais rien trouvé d'autre pour évoquer la nature précise du sentiment qui me brisait le coeur. Je n'étais pas vraiment adroit avec ce genre de conversation, et j'étais encore moins capable de balancer trois mots beaucoup trop cruels et destructeurs. Je repris la parole sous ses yeux si inquiets :
-Mais à un moment, j'ai commencé à être malheureux sans trop comprendre pourquoi, je buvais encore plus que d'habitude et je passais mes journées à déprimer. Ça m'as pris un long moment avant de m'avouer ce que je ressentais pour lui.
Les traits de son visage se froncèrent davantage, me donnant l'impression qu'il refusait les mots que je prononçais. Avait-il déjà compris ce que je tentais de lui dire ? Je fermai les yeux quelques douces et courtes secondes, essayant d'oublier que plus je parlais, plus je m'approchais du moment fatidique où j'allais le perdre. Je repris rapidement, sentant que la boule dans ma gorge se faisait insupportable :
-Mais j'avais tellement peur de le perdre que j'ai préféré fermer ma gueule, et c'était vraiment la pire chose à faire, je me suis juste détruit tout seul comme un con. Tu sais, à chaque fois que je le touchais j'avais la sensation que c'était réciproque, mais quand je me rappelais que non, j'avais juste envie de crever… putain Eren, c'est juste pas vivable comme situation.
Son expression s'inversa brutalement comme s'il venait d'être foudroyé par une compréhension soudaine. Ses sourcils jusqu'alors froncés se arquèrent vers les cieux, ses yeux légèrement plissés s'écarquillèrent violemment, me fixant sans me voir et les muscles de sa mâchoire semblèrent lâcher sous le choc, laissant sa bouche s'ébahir malgré le léger tremblement de ses lèvres. Tout son visage semblait frappé par l'effroi alors que le vert de ses iris hésitantes ressortait tristement, brillant davantage. Je finis par décrocher mon regard du sien pour venir fixer le sol, ne pouvant continuer de lui parler droit dans les yeux alors qu'il venait sûrement de comprendre le sens de mes paroles et la fatalité qu'elles apportaient.
-Et je suis désolé, vraiment désolé, repris-je d'une voix légèrement plus basse comme écrasée par l'impact de mes mots. Mais si je te dis ça, c'est parce que cette putain de situation elle se répète…
Je vins me mordre la lèvre inférieure, me refusant de craquer, alors que sa respiration lente et saccadée semblait se faire plus douloureuse à chaque instant. Mon coeur était serré et son rythme rapide, je continuais de fixer le sol alors qu'une dérangeante sensation de malaise s'empara de mon corps lorsque je vins murmurer à peine assez fort pour me faire entendre :
-Avec toi je veux dire…
Je sentis mon corps se recroqueviller discrètement sur lui-même à la prononciation de ces mots que j'aurais préféré ne jamais dire. Mes jambes tremblaient légèrement alors que mes yeux refusaient de lui jeter le moindre coup d'oeil, ne voulant pas voir son expression après de telles paroles. J'avais toujours dit ne pas être quelqu'un de sentimental, Hanji elle, pensait que je l'étais plus que quiconque. Mais ce qui était sûr c'est que je ne supportais pas d'en parler, ça me filait une angoisse pure et la violente envie de me barrer, j'en perdais le fil de mes pensées, de mes mots, et j'avais la sensation de devenir plus frêle et ridicule qu'un gosse. Et même si je n'avais pas eu à déclarer les mots les plus effroyables qui soient, faire comprendre ce genre de sentiment me donnait l'étrange envie viscérale de m'enterrer profondément sous terre jusqu'à me noyer dans une réserve de pétrole. À ce niveau-là, je n'avais pas vraiment changé depuis des années, j'étais toujours un pitoyable ado effrayé à l'idée de se déclarer. Et dans un nouveau et encore plus léger murmure je laissai ma pensée s'échapper de mes lèvres :
-Finalement c'est encore le même gamin qui finit par trop s'attacher…
Je ne pensais pas pouvoir détourner le regard du sol mais lorsque j'entendis un reniflement si caractéristique et les hachures bien plus puissantes de sa respiration, je vins immédiatement poser avec inquiétude mes yeux sur lui. Cette larme si culpabilisante qui roula sur sa joue, après s'être échappée de ses perles d'émeraudes larmoyantes et hésitantes, me brisa le coeur. Il fixait le vide face lui, n'osant pas me regarder alors qu'il tentait de calmer sa respiration. Je me sentais tellement mal de le voir ainsi par ma faute, sachant pertinemment que j'allais devoir le renvoyer vers une solitude et un lieu qu'il méprisait, mais je n'avais pas vraiment le choix. Le noeud de ma gorge s'accentua encore, se rendant plus lourd et douloureux à chacune de mes respirations alors que mon coeur semblait vouloir s'arrêter sous le poids de la culpabilité. Je me demandai une fraction de seconde si je n'allais pas moi aussi craquer, mais je vins lever les yeux au plafond et déglutir difficilement, cherchant à contrôler l'intégralité de mon corps qui ne voulait pas que cette conversation continue. Après quelques épouvantables minutes de silence à le regarder pleurer avec le plus de retenue possible, je vins lui demander de la voix la plus calme dont j'étais capable :
-Tu comprends Eren ?
Mon timbre était brisé et emplit d'une tristesse distincte et rare dans mes paroles. Il ferma les yeux quelques secondes, le visage crispé en serrant les poings, comme s'il avait du mal à accepter que cette conversation soit réelle.
-Oui, me répondit-il doucement dans un souffle entre deux hachures de sa respiration anarchique au bord du sanglot.
J'eus tellement envie de le prendre dans mes bras et de sécher ses larmes, mais je me savais incapable de supporter un tel contact en sachant ce qui allait suivre. J'avais pensé que faire comprendre ce que je ressentais serait la chose la plus difficile à faire, mais je me rendais compte face au silence qui s'installait entre nous que non, le plus déchirant était sûrement les prochains mots que j'allais déclarer. Qu'est-ce que j'étais censé dire maintenant ? Lui balancer de se barrer de chez moi et de plus jamais me revoir ? Je ne supporterais pas de prononcer une horreur pareille. Mais alors que je cherchais mes mots, il vint grossièrement essuyer ses larmes en reniflant fortement avant de plonger ses émeraudes brillantes et dévastées dans mes yeux et demanda d'une voix brisée :
-Comment tu l'as su ?
Je sentis mes sourcils se froncer très légèrement, surpris qu'il me demande ça. Mon incompréhension émotionnelle était-elle si évidente pour que ce soit la première chose à laquelle il pense ? Je tentai de rester le plus stoïque possible face à son regard qui semblait anéanti. Je déglutis une nouvelle fois avec une difficulté encore plus importante. Je ne m'expliquais pas vraiment sa question mais je me contentai de lui répondre sans réfléchir :
-C'est Hanji qui me l'a fait comprendre.
Ses poings se resserrèrent davantage ainsi que les traits de son visage obligeant à nouveau quelques larmes à déborder de ses yeux.
-Et elle ne pouvait pas le garder pour elle ? Balança-t-il d'une voix cinglante où l'énervement semblait s'y mêler.
Il vint à nouveau essuyer d'un geste confus ses joues mouillées alors que ses yeux ne semblaient pas s'arrêter de déborder sous le froncement progressif de ses traits. Mon coeur était meurtri, de plus en plus lourd, face à cette vision alors que je comprennais parfaitement la frustration qu'il ressentait face au fait que quelqu'un d'extérieur à nous s'était mêlé de ça. Mais elle l'avait fait pour moi, et elle s'en était assez prise plein la gueule pour aujourd'hui. Je me perdis quelques secondes dans ses yeux, certes attristants, mais si beaux que je voulus en profiter un court temps avant qu'ils ne disparaissent de ma vie. Je finis par lui répondre d'un ton calme malgré le déraillement évident de ma voix emplie d'émotion :
-Plus le temps passe, plus ce genre de situation devient horrible.
Mais ma réponse ne le fit que se crisper davantage alors qu'il se pencha très légèrement vers moi, l'énervement et la peine éclatant dans le vert somptueux de ses iris.
-C'était pas à elle de décider !
Ces mots étaient sévères, balancés avec une sorte de mépris irritant. Je pouvais lire l'ampleur du chagrin sur son visage, et le refus qu'il avait pour cette situation, me faisant me demander un instant si ce n'était pas à moi normalement de réagir de la sorte. Il avait raison, ce n'était à elle de décider, mais malgré la culpabilité et la peine que je ressentais en le voyant comme ça, je ne pouvais pas le laisser prétendre que ce droit était censé lui revenir. Mon ton se fit plus ferme, dérangé par ses paroles, lorsque je déclarai :
-Nan, c'est à moi, et c'est exactement ce que je suis en train de faire.
Sa respiration se coupa brutalement alors qu'il se figea un instant, perdant la nuance sévère et énervée de ses yeux jusqu'à ce qu'ils ne reflètent plus que la peine et le choc. Il détourna lentement la tête, décrochant son regard de moi, qu'il vint placer dans ses mains en se recroquevillant sur lui-même dans un geste léger et presque honteux. Son corps jusqu'alors tremblant fut pris de tressauts tout d'abord dans un silence étrange de quelques secondes jusqu'à ce que sa respiration reprenne, laissant le bruit de ses pleurs à peine contrôlés envahir la pièce. Je vins fixer mon regard au plafond, ne pouvant supporter de le voir ainsi sans craquer à mon tour, alors que la simple entente de son chagrin me compressait le coeur jusqu'à regretter ma décision. Plus j'aurais laissé couler le temps avant de lui dire, moins ça aurait été supportable de le faire, tout le monde avait compris ça maintenant, mais j'aurais peut-être au moins pu le voir sourire un peu plus longtemps. Je fermai doucement les yeux, me concentrant sur ma respiration pour calmer mes pulsions anarchiques et douloureuses alors que je me faisais violence pour ne pas le prendre dans mes bras et sécher ses larmes. Il finit par se redresser après quelques temps, en tentant de se contrôler malgré le chagrin qui ruisselait le long de son visage et troublait ses magnifiques yeux verts.
-Et… et tu décides quoi alors ? Me demanda-t-il d'une voix déraillante et brisée, hachurée d'une respiration irrégulière qui semblait paniquée.
La peine qui venait de résonner dans ses mots était si puissante que j'eus du mal à la comprendre. Je savais qu'il m'appréciait bien et qu'il adorait ce lieu, mais je n'aurais pas pensé voir son visage se crisper d'une telle douleur. Est-ce qu'il me cachait quelque chose ? Est-ce que sa vie en dehors d'ici était encore pire que ce qu'il m'avait décrit ? Mes yeux se perdaient dans les siens qui débordaient de larmes sans s'arrêter, me laissant confus face à l'évident déchirement qui semblait s'emparer de lui. Il se mordait la lèvre avec force et violence, à deux doigts de la fendre, comme s'il cherchait à se retenir d'exploser dans un sanglot bien plus incontrôlable. Et ce fut seulement à cet instant que je compris le sens de ses mots. C'était la fin. Je déglutis, cherchant à ravaler la boule atroce et imposante qui continuait à nouer ma gorge de plus en plus brutalement, rendant le passage de l'air dans mes poumons plus pesant à chaque seconde. Je détournai les yeux pour revenir une nouvelle fois les fixer au sol, n'acceptant pas de voir la conséquence que mes mots pourraient avoir sur lui et surtout refusant de penser à celle qu'ils auront sur moi.
-On peut pas continuer Eren, c'est pas vivable.
Plus aucun son ne parvint jusqu'à mes oreilles pendant un moment au temps distordu dont je ne pus distinguer la durée. Je crus un instant m'être déconnecté de tout ce qui m'entourait. Mais il finit par inspirer très lentement dans un souffle hachuré et douloureux avant d'expirer de la même manière. Je n'osai pas le regarder, alors que j'avais la sensation que j'allais déborder dans peu de temps, terrifié à l'idée qu'il s'en aille, que je le perde. Soudainement, d'une voix basse, brisée et anéantie, il me demanda :
-Tu veux que je parte ?
Je baissai un peu plus la tête, permettant à mon corps de se recroqueviller légèrement pour se resserrer autour de mon coeur qui sembla s'atrophier de douleur. Nan, je n'avais pas envie qu'il parte, bien-sûr que nan, mais c'était la seule chose à faire pour me garder sain d'esprit. Il n'était pas question de vouloir mais d'éviter le pire. Sa respiration se fit subitement bien moins lente et bien plus hachurée après ses mots, venant s'accélérer brutalement dans de vives saccades alors que je pouvais entendre ses pleurs continuer de dévaler le long de la douceur de sa peau. Je ne me serais pas cru capable de le regarder à cet instant mais la violente inquiétude qui s'empara brusquement de moi me fit soudainement poser les yeux sur lui.
-Eren ta respiration el-
-Elle va très bien, me répondit-il en haussant le ton, alors réponds-moi !
Son visage se fit plus ferme malgré les spasmes de sanglots et de douleur qui traversaient ses traits et les larmes qui dévalaient ses joues. Ses sourcils se froncèrent alors que ses lèvres tremblotantes me firent remarquer la soudaine crispation de sa mâchoire. Je me tus un instant, l'observant sans comprendre l'agressivité qu'il me balançait au visage et qui ne fit que rendre mon corps et mon coeur encore plus lourd et douloureux. Mais c'était de ma faute après tout, je n'aurais jamais dû ressentir ce genre de chose pour lui, je gâchais tout, foutant en l'air tous les moments qu'on avait passé ensemble. Ma vision eut le temps de se troubler légèrement face à lui avant que je ne relève les yeux vers le ciel quelques secondes pour me contrôler. Ma voix était brisée, peu importait le nombre de fois où je m'étais raclé la gorge, mais j'essayai tout de même de lui répondre le plus calmement possible :
-Je suis désolé, je sais bien que tu détestes la baraque de ton tuteur ou ta piaule d'internat mais tu peux pas rester ici.
La fermeté de son visage se fit bien plus sévère jusqu'à se perdre dans une aura de colère pendant que son corps fut pris d'un soudain geste de recule à mon égard en me jetant un regard écoeuré alors que tous ses traits se déformèrent de dégoût. Cette réaction que je ne compris pas me poignarda le coeur. Il me répondit d'une voix cinglante dans un mépris comparable à un crachat d'une brutalité nouvelle et violente :
-Pourquoi tu me parles de lieu Levi ? Tu crois vraiment que j'en ai quelque chose à branler là ?!
Son nez se fronça davantage alors que ses yeux se firent plus colériques encore en me donnant la sensation que je lui filais la gerbe. Je ne compris pas, figé face à son regard.
-Mais putain, reprit-il, t'as aucune considération pour les sentiments en fait, ça t'es complètement étranger !
Ses mots si tranchants vinrent retirer le poignard de mon organe vital pour le planter à nouveau avec bien plus de force et de précision me tétanisant face à l'horreur qui venait de sortir de ses lèvres pourtant si douces. Je sentis ma mâchoire se resserrer alors que mon visage aussi se crispait. Je me tuais de l'intérieur pour lui déclarer une telle chose, me déchirant le coeur, m'obligeant à le perdre, et c'était ce qu'il avait à me répondre ? Que je ne considérais pas assez ses sentiments ?! J'étais désolé de le blesser, vraiment, mais ça ne lui donnait certainement pas le droit de se comporter comme un connard égoïste et hypocrite au point qu'il se torche carrément avec ce que je ressentais. Je sentis mes poings se serrer brutalement, venant enfoncer mes ongles dans la paume de mes mains alors qu'une vive colère me remontait dans la gorge, suivit par le dégoût pour ses paroles qui s'imprègnait dans mon corps. D'une voix posée mais écoeurée et glaciale je vins lui répondre comme si chacunes de mes syllabes étaient un crachat qui finirait sur sa tronche :
-Comment tu peux oser dire un truc pareil ? Arrête de penser qu'à ta gueule Eren et comprends que je ne pourrais supporter que tu restes ici.
Ses yeux rougis s'écarquillèrent d'effroi alors que les larmes se remirent à rouler sur ses joues. C'était des pleurs de rage, reflétant l'apparente répulsion qu'il ressentait pour mes paroles. Rien à foutre de sa colère, car rien ne lui donnait le droit de me cracher à la tronche, contrairement à moi. Il me répondit d'une ironie noire avec un timbre brisé et aigri, exprimé par un sarcasme rebutant :
-Oh mais je suis vraiment désolé Levi que ce que je ressente vienne irriter ta petite éthique de merde jusqu'à ce que je te sois insupportable !
Je vins me mordre la lèvre, m'empêchant de lui coller mon poing dans la gueule.
-Bordel, reprit-il avant de m'achever, t'es la personne avec le moins d'empathie que je connaisse de toute ma putain de vie !
Il avait crié, me fixant avec rage, m'asénnant d'une telle douleur que je me figeai dans l'instant, ne pouvant croire qu'il pensait réellement ses paroles. J'étais perdu entre la colère lancinante et la profonde tristesse que me provoquaient ses mots. J'eus la sensation que tout s'écroulait à l'intérieur de moi, mon souffle se coupa ne supportant pas de sentir mon coeur s'atrophier alors que mon sang ne faisait que bouillir de rage. Mon point était fortement serré, pourtant je ne sentais plus aucune force traverser mon corps paralysé de choc et d'effroi. Comment pouvait-il oser me dire ça ? Est-ce qu'il avait tellement rien à foutre de ce que je ressentais qu'il se permettait de m-
-Je suis désolé Levi…
Mes pensées se coupèrent brutalement alors qu'il baissa la tête, ses pleurs s'accentuant à la reprise des ses mots :
-J-je voulais pas t'insulter désolé... je comprends pourquoi tu fais ça mais…
Il balbutia à la limite de bégayer, dérangé par ses larmes et le manque de contrôle qu'il avait sur sa respiration hachurée. Ses yeux dévastés de tristesse revinrent se plonger dans les miens, mais je ne pus les voir moins d'une seconde avant qu'il n'éclate en sanglot en se jetant sur moi pour m'enlacer du peu de force qu'il avait dans ses bras frêles et tremblants alors qu'il vint nicher son visage trempé dans mon cou. Son corps était pris de spasmes et de tressauts de pleurs, violents et irréguliers, rythmés par ses gémissements et hoquets plaintifs qui semblaient si douloureux alors que je sentais ses larmes couler dans mon cou de façon plus intense à chaque seconde jusqu'à ce qu'elles se perdent sur mes fringues. Je ne bougeai pas, toujours paralysé et perdu. J'avais envie de m'énerver, de lui décoller la gueule pour être aussi égoïste, mais chacun de ses reniflements m'en rendait incapable. Je me faisais violence pour ne pas lui rendre cette étreinte, pour ne pas fondre sur ses lèvres, oublier l'idée de le foutre dehors et m'accorder le droit de continuer notre quotidien si agréable. Je vins fermer les yeux pour me rappeler l'horreur d'une relation d'hypocrisie sentimentale où le sens unique de cette dernière la rendait invivable, m'obligeant à rester immobile. Je ne pouvais pas non plus me résoudre à le repousser alors qu'il avait l'air si anéantit, mais je lui en voulais de faire une chose pareille, rendant la situation encore plus compliquée et douloureuse. Alors je restais immobile, les yeux détournés et le coeur meurtri, attendant qu'il se calme. Au bout de quelques minutes, qui me parurent durer des heures, il sembla doucement reprendre le contrôle de son corps et de sa voix puisqu'il vint doucement me déclarer, d'un ton désespéré :
-Je sais que tu penses que ça gâche tout, et qu'on devrait arrêter de se voir, mais je peux pas… s'il-te-plaît, je t'en supplie, laisse-moi rester ici avec toi…
Mon coeur se resserra encore plus brutalement dans ma poitrine. Putain, mais pourquoi il rendait ça encore plus compliqué et douloureux ?
-Oublie tout, reprit-il entre deux respirations hachurées alors que je sentis mon visage se décomposer. Fais comme si tu savais rien, laisse-moi rester et on oublie cette conversation, d'accord ?
Un hoquet de choc s'échappa de mes lèvres à l'entente de ses mots si cruels et malsains. L'abjection qu'il venait de prononcer me laissa sans voix, horrifié qu'il puisse oser me demander une telle chose. Depuis quand Eren était-il un putain d'enfoiré égoïste ?
-Je sais que tu penses que l'amour à sens unique c'est pas vivable, continua-t-il, mais c'est mieux que rien, alors ça va aller je te le promet.
Je sentais mes muscles se crisper, mes dents grincer. Avait-il conscience de ses paroles ? Me disait-il réellement de ravaler tout ce que je ressentais, de me déchirer le coeur, de me détruire en deux juste parce que ça le ferait chier de se barrer d'ici ?! Mon sang bouillonnant refit battre mon coeur alors que la force regagna mon corps. L'horreur de ses mots aussi écoeurants qu'inhumains reprirent une énième fois d'un ton suppliant alors qu'il se resserra contre moi :
-Je ferai jamais aucune remarque, je me contenterai de fermer ma gueule, je te le jure, mais je t'en supplie Levi laisse-moi rester av-
Je vins brutalement le choper par le col pour le dégager de moi, le repoussant avec force et rage.
-Oi Eren, t'as pété un plomb, tu te prends pour qui ?! Comment tu oses me sortir une connerie pareille morveux ?!
Ses yeux choqués par mes paroles et mes gestes me détaillèrent avec un profond désespoir, me foutant encore plus les nerfs. C'était à moi d'être dans cet état ! Je vins resserrer encore davantage mon poing sur ses fringues en le secouant dans un mouvement sec, espérant qu'il sorte de sa connerie.
-Et c'est moi qui manque d'empathie ?! Putain mais t'as pas l'impression d'inverser les rôles espèce de gamin de merde ?! C'est déjà assez dur pour moi de te demander de te barrer d'ici alors arrête tes caprices de gosse !
Il retira violemment mon emprise de lui pour se lever du canapé en me balançant un regard noir alors que la colère repris le contrôle de ses yeux. Il vint me répondre d'un ton empli de dégoût à mon égard qui s'ajouta à la détresse de sa voix :
-Ouais, t'as raison j'suis qu'un gosse, je dois te faire pitié hein ?
Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas de quoi il parlait. Je me fis violence pour rester assis et ne pas lui foutre un poing dans la gueule en réponse à son mépris.
-Un putain de gosse sans attache, reprit-il, alors forcément, en tombant sur toi, c'était inévitable.
Je continuai à fixer la rage de ses yeux alors que ses paroles me semblèrent insensées. Il sous-entendait quoi ? Que j'avais une préférence malsaine pour les ados malheureux ? Je ne répondis pas, le sang bouillonnant, le laissant continuer :
-Tu sais, avant de te rencontrer, j'avais une putain de vie de merde, j'étais même prêt à me laisser crever tellement j'en avais rien à foutre de rien !
Ma colère redescendit brutalement, ses mots aussi brusques qu'une douche froide me transperçant le coeur, m'obligeant à l'écouter sans que je ne comprenne là où il voulait en venir.
-Et d'un coup tu débarques, tu me sauves la vie, tu la bouleverses complètement, tu m'écoutes, tu me réconfortes, tu m'offres un endroit pour vivre où j'ai enfin le droit d'être moi-même et tu me fais découvrir des plaisirs que je ne pensais même pas réels, alors forcément que ça allait arriver !
J'étais perdu dans bien trop d'émotions beaucoup trop fortes pour moi, alors que le sens de ses paroles m'échappait totalement, qu'est-ce qui était arrivé ? Putain, mais de quoi il parlait ?
-Mais tu sais, reprit-il encore plus méprisant et dégoûté qu'avant, quand j'y pense, je me demande même si ce n'est pas ce que tu cherchais depuis le départ.
Je sentais l'incompréhension monter en moi à chacune de ses syllabes, ne trouvant aucun rapport entre ses phrases et la putain de conversation de base. Comment ça ce que je cherchais ?
-Merde quoi, t'as toujours été beaucoup trop tendre et indulgent avec moi !
Mon crâne commençait sérieusement à se faire aussi lourd que douloureux. Qu'est-ce que la façon de me comporter avec lui foutait là ? Bordel de merde, de quoi il parlait ?!
-Toujours à m'aider, à sourire à mes conneries et à me… me caresser les cheveux pour que je m'endorme ! T'es vraiment un enfoiré !
Ses yeux enragés me transperçaient si violemment qu'on aurait dit qu'il voulait me voir disparaître alors que les miens se plissaient à chacun de ses mots. J'étais complètement perdu, me demandant même un instant si je n'étais pas en plein milieu d'un rêve tant l'absurdité de ce qu'il prononçait faisait surchauffer ma cervelle.
-Bordel Levi, Tu te rappelles de la première fois qu'on a baisé ?!
Face à l'incohérence aberrante de ses paroles je ne pus m'empêcher de balancer les premières questions qui martelaient mon crâne :
-Putain mais de quoi tu parles ?! C'est quoi le rapport bordel de merde ?!
Il sembla s'enrager davantage, son corps tremblant se crispa, ses épaules remontèrent vers sa tête où tous les traits de son visage étaient pris de spasmes de colère intenses avant qu'il ne me réponde en gueulant :
-Le rapport c'est que tu m'as parlé de faire l'amour ! L'amour espèce d'enfoiré !
J'en avais ras le cul de ne rien comprendre à cette putain de conversation absurde qui n'avait pas de sens ! Mon cerveau fusait, perdu, et j'allais finir par péter un plomb s'il continuait de m-
-Alors bien-sûr que je t'aime mais c'est de ta putain de faute ! Et je refuse que tu me vires de ta vie pour ça !
Et il me gueulait dessus alors que rien n'avait de logique dans ses mots ?! Alors que je me détruisais pour lui avouer que… Pardon ?
-Et tu peux aller te faire foutre si tu penses que je vais me barrer !
Excusez-moi, je n'étais pas vraiment sûr, mais il venait de lâcher un truc vraiment important là, nan ?
-T'as tout fais pour que je m'attache à toi alors je reste !
Vous savez, lorsque votre cerveau est en suspens et croule sous les cris sanglotants quasi désespérés de quelqu'un d'aussi important pour vous, comprendre ses mots déjà prononcés devient complexe. En même temps, lorsque votre cerveau est en suspens, la compréhension de n'importe quelle merde s'effectue avec une putain de latence, si bien que vous mettrez sûrement plusieurs longues minutes à comprendre la raison même de votre suspension cérébrale. Est-ce que j'avais rêvé ses mots ? Ses cris se suspendèrent à leur tour, alors que ses magnifiques perles émotives se plongeaient sur moi, perdues entre des centaines d'émotions qui semblaient se battre, se contredire ou se compléter dans le vert si intense de ses yeux. Je ne savais pas si je venais de planter, mais comme un processeur submergé par trop d'informations à traiter, je me retrouvais dans l'incapacité de produire la moindre action et les mêmes données se répétaient en boucle dans mon crâne.
-Bordel Levi, dis-moi quelque chose s'il-te-plaît, me demanda-t-il d'une voix meurtrie et suppliante alors que le temps semblait distordu.
Je fixai cet ado toujours aussi sublime malgré la douleur et la tristesse apparente de son visage. Et après un temps qui me parut indiscernable, d'une seconde ou de deux heures, à regarder ses larmes dévaler ses joues et à me plonger dans son regard qui semblait désespérément attendre une réponse de ma part, je compris que ses mots avaient bel et bien été réel, me faisant l'effet d'une douche froide dans ma cervelle alors même que mon coeur se réchauffa. Soudainement, mon rythme cardiaque, la circulation de mon sang, le noeud dans ma gorge, la boule dans mon ventre, la crispation de mes muscles et l'anarchie de ma respiration semblèrent brusquement se métamorphoser. Mon corps fonctionnait toujours de façon chaotique, mais il fonctionnait mieux. Il y avait tant d'émotions beaucoup trop fortes et brusques qui me traversaient que je n'arrivais pas à toutes les discerner, mais je reconnus la peur qui commençait à me ronger de l'intérieur. Ses mots étaient réels, mais il étaient aussi effrayants et insensés. Pourquoi il se mettait dans une telle colère et peine pour m'annoncer que nos sentiments étaient réciproques ? C'était complètement absurde ! Alors oui, je n'allais pas le perdre, enfin de ce que j'avais compris de ses paroles, ce qui était un… un putain de soulagement intense, je vous jure, la dernière fois que j'en avais ressenti un pareil ça avait été en me réveillant face à Hanji alors que j'étais persuadé d'être mort. Mais je ne les avais pas prévu ses mots, et ça, ça c'était flippant. Je détestais l'aspect routinier de ma vie morne, sauf quand ça impliquait Eren étrangement, mais ça ne voulait pas dire que j'étais à l'aise avec l'idée d'imprévus, surtout sentimentaux. Je m'étais préparé à passer des jours insupportables, noyé dans l'alcool à cracher sur le monde entier, j'avais appréhendé depuis des heures d'être malheureux après ce soir, je vous avouais que du coup je me retrouvais un peu déboussolé. J'avais aucune putain d'idée de quoi faire et dire maintenant, surtout devant sa colère et chagrin profond qui n'avaient logiquement aucune raison d'exister face à cette situation supposément heureuse. Et ça aussi c'était effrayant d'ailleurs, cette idée de possible bonheur partagé. La probabilité que ce genre de sentiments se développe au même moment entre deux personnes et aboutisse à une déclaration amenant à la compréhension de la réciprocité de ce dernier me paraissait tellement faible que ça en devenait angoissant. Alors bien-sûr, ce sentiment est en rapport au temps passé avec la personne et peut se développer pour plusieurs êtres humains au cours d'une vie, donc ce n'était pas une chance sur sept milliards non plus, mais quand même, ça regroupait tellement de facteurs complexes et peu probables que ça m'était toujours apparu comme une exception mathématique, si bien que je ne l'avais évidemment pas pris en compte comme une possibilité. Vous trouvez pas ça flippant une telle exception improbable ? Parce que moi ouais, c'était bien la première fois que ça m'arrivait et j'avais foutrement aucune putain d'idée de ce que j'étais censé faire face à ses yeux qui me fixaient avec dégout et effroi. Peut-être que lui aussi était complètement troublé face à cette improbabilité mathématique et que c'était pour cela qu'aucune de ses réactions n'avaient un quelconque putain de sens, et que tout son cerveau venait d'exploser d'angoisse dans cette situation. Remarquez je doutais fort qu'Eren se fasse chier à tenter de comprendre le monde avec des probabilités, j'étais même sûrement le seul connard à faire ça. Mais de toute façon, l'angoisse avait sa place avec ou sans estimations mathématiques, parce que même si je trouvais dans l'immédiat les bons mots ou gestes à faire pour qu'il arrête de me regarder comme si j'étais le pire enfoiré de la terre, y'avait tout le reste ensuite. Enfin, vivre avec quelqu'un avec qui on partage ce genre de sentiment impliquait forcément la blinde de conneries dont j'ignorais absolument tout du fonctionnement, y'avait sûrement des trucs précis à faire ou une liste d'action qu-
-Putain, je peux savoir pourquoi tu souris comme un connard ?
Sa voix méprisante et écoeurée était presque glaciale, coupant brusquement le cours de mes pensées. Ses yeux étaient teintés d'effroi et de dégoût, me fixant comme si j'étais la pire chose qu'il n'avait jamais vu alors qu'il recula d'un pas, le visage froncé. Et je me rendis alors compte qu'en effet, mes lèvres s'étiraient vers le haut, fendant mon expression d'un large sourire. J'oubliai mes peurs débiles et mes probabilités absurdes en me rendant compte que mon corps ne fonctionnait pas juste mieux, il était bien plus vivant. Mon coeur si léger battait agréablement la chamade dans ma poitrine, ma respiration était régulière et remplissait mes poumons sans aucune douleur alors que le noeud dans ma gorge avait disparu. Je me sentais bien, vivant et heureux. Et ce fut face à cette évidence et sous le regard si douloureux et choqué d'Eren que l'angoisse débile et les questions puériles que je me posais s'envolèrent brutalement, me laissant réellement comprendre la situation et les paroles qui avaient résonné dans mon appartement. Je réalisai alors que ses réactions n'avaient rien d'illogique, et que j'étais vraiment le plus gros attardé de la terre lorsqu'il était question de communiquer avec les autres. Je réalisai à quel point mes mots avaient été ambigus et que j'avais utilisé le terme "gamin" pour parler de moi, ce qui n'avait pas dû l'aider dans l'interprétation de mes paroles. Je réalisai qu'il devait me voir comme un enfoiré de première qui lui gueule dessus alors qu'il avait sûrement le coeur brisé en pensant que je lui disais de foutre le camp de chez moi après avoir découvert ses sentiments alors que j'essayais juste de faire comprendre les miens depuis le début. On était deux gros cons à parler de choses différentes, à dire des trucs si cruels pour l'autre qui ne comprenait pas le sens des mots. Heureusement que lui, il était plus direct que moi pour ce genre de déclaration, heureusement que lui était explicite et ne faisait pas des détours complexes et peu clairs pour s'exprimer, sinon ça aurait pu durer des heures, il aurait même pu se barrer sans qu'aucun de nous réalisions la stupidité de la situation. Je gloussai soudainement, comprenant l'absurdité de nos peines et colères, ce qui rendit les yeux d'Eren encore plus ronds d'effroi, sûrement effaré que je puisse réagir tel le pire des connards à me foutre de sa gueule. Mais je ne riais pas de lui, je riais de nous et de ce quiproquo presque burlesque qui nous avait quasiment poussé à bout alors qu'au fond il était bien plus drôle que triste. Et mes légers gloussements se transformèrent en véritable rire, faisant lâcher mes nerfs et détendre mes muscles, alors qu'une agréable chaleur parcourait tendrement mon corps prit de tressauts face à la stupidité incroyable et absurde de cette situation. Il me fixait comme si j'étais un monstre et fit un nouveau pas vers l'arrière tellement dégoûté de ma réaction. Aucun mot n'arrivait à passer la barrière de mes lèvres, étirées joyeusement vers le haut, alors que je ne pouvais m'arrêter de rire. Je ne savais pas quoi dire, les larmes dévalaient ses yeux si choqués et ses jambes firent un pas de plus en arrière, s'éloignant de moi. Je me levai soudainement en tentant de ne pas m'esclaffer davantage et sans un mot je vins lui agripper le bras pour l'attirer jusqu'à moi. Son regard semblait horrifié par mes gestes alors qu'il entrouvrit la bouche pour me dire d'un ton aussi choqué que répulsif :
-Pourquoi t-
Mais je m'emparai subitement de ses lèvres en passant l'une de mes mains derrière sa nuque pour rapprocher son visage du mien. Le contact fut d'une douceur incroyable et d'une satisfaction intense, me faisant comprendre que cela faisait bien longtemps que j'avais envie de l'embrasser pour aucune autre raison que le plaisir du geste en lui-même. C'était la première fois que je donnais ce genre de baiser, sans aucun sous-entendu, sans aucune envie sexuelle, et ce fut bien plus épanouissant que tout ce que j'avais pu espérer, mais ce fût court. Il me chopa violemment par le col de ma chemise, me détachant de lui, pour venir brutalement me plaquer contre le mur ce qui fit heurter brusquement mon dos contre ce dernier qui enclencha l'interrupteur derrière moi, illuminant bien davantage la pièce. Je vis alors mieux le froncement intense de ses sourcils ainsi que de tout son visage haineux et le regard profondément noir que le vert de ses yeux me balançait à la gueule.
-Pourquoi tu fais ça ?! Ça te fait marrer connard ?!
Je vins me mordre la lèvre, me retenant en effet de rire à nouveau, mais je sentais très bien la présence de ce grand sourire aussi heureux qu'amusé qui se payait le luxe de rester gravé sur ma face mais qui ne faisait qu'enrager Eren de plus en plus.
-T'es vraiment un enfoiré Levi ! Ça t'amuse de me voir comme ça, hein ?!
Il vint me secouer avec hargne et force pour que je me tape une nouvelle fois contre le mur, encore plus violemment qu'avant. Je tentai de poser ma main sur sa joue mais il la dégagea rapidement ne me laissant pas le plaisir d'effleurer sa peau.
-Arrête ! me cria-t-il furieusement, ça te fait plaisir de te foutre de ma gueule ou t'es vraiment incapable de comprendre un sentiment ?!
Ses yeux me transperçaient de toute part alors que je vins lentement respirer, malgré le rythme effréné de mon coeur, pour contrôler mon expression et chercher à ravaler ce sourire qui le déstabilisait tant. Mon regard était plongé dans le sien, laissant quelques douces secondes s'écouler dans le silence.
-Calme-toi Eren, on s'est juste mal compris, lui dis-je du ton le plus tendre et doux possible.
Mais la colère intense qui enflammait l'émeraude de ses yeux ne sembla pas s'éteindre malgré la légère incompréhension qui traversa ce vert profond et nuancé. Je vins discrètement baisser la tête, me détachant de son regard, alors que j'eus l'envie de me faire encore plus petit que je ne l'étais en déclarant d'un voix basse :
-Je parlais de moi…
Son poing se resserra davantage sur cette chemise que je ne pouvais blairer alors que je vis sa mâchoire se resserer fermement.
-Putain mais tu te fous de moi ! Bien-sûr que je parle de toi, tu pensais quoi ?! Que j'étais en train de me déclarer à un vieux mec qui passait dans la rue ?!
Je me sentis, malgré tout mes efforts, sourire à nouveau à l'entente de ses mots, me rendant compte qu'il ne comprenait vraiment rien à cette situation débile, qu'il ne m'écoutait pas et que j'allais devoir me faire violence pour tenter d'être plus clair. J'agrippai fermement son poignet pour qu'il lâche cette putain de chemise avant de tirer son bras vers le bas dans un geste brusque, le faisant légèrement se rapprocher de moi ce qui me permit de glisser mon autre main derrière sa nuque afin de venir le maintenir contre mon corps. Il tenta brutalement de se décoller de moi alors que je soupirai, dépité d'avoir à le forcer pour qu'il m'écoute.
-Putain mais lâche-moi !
Je restai ferme pour le maintenir immobile, ne forçant pas trop non plus pour éviter de lui faire mal. Il ne réussit pas à bouger d'un millimètre malgré la force avec laquelle il s'obstinait à tenter de gesticuler dans tous les sens.
-S'il-te-plaît, finis-je par dire lorsqu'il commença enfin à se calmer, écoute-moi et arrête de gueuler.
Il grogna légèrement en détournant la tête mais laissa tout de même son corps se décrisper et ses muscles se détendre, comprenant visiblement qu'il ne pouvait de toute façon pas gagner physiquement contre moi. Je lâchai alors son bras mais gardai ma main derrière sa nuque afin de le maintenir contre moi, appréciant cette impression d'étreinte. Je pris quelques secondes pour respirer calmement en cherchant quels mots clairs et compréhensibles je pourrais prononcer sans faire un arrêt cardiaque. Je profitai de ma promiscuité avec lui pour venir nicher ma tête dans son cou, ne voulant étrangement pas qu'il me voit alors que je sentis mon visage chauffer légèrement, sûrement à cause de la chaleur qui émanait de son corps. Je profitai de ma main libre pour finalement caresser sa joue et essuyer ses larmes. Il hésita une petite seconde avant de finalement pencher la tête vers cette dernière pour accentuer le contact de nos peaux.
-Je suis désolé Eren, vraiment désolé, je suis socialement une véritable catastrophe, et communiquer c'est l'une des choses que je fais le moins bien, j'suis une grosse merde pour ça.
Sentant qu'il se détendait davantage, je me permis de me resserrer encore un peu plus à lui en lâchant sa nuque pour laisser mon bras enrouler sa taille, alors que je cachai davantage mon visage dans son cou. J'avais une folle envie de lui transmettre tout par pensée, histoire de ne jamais avoir à déclarer ce genre de chose à haute voix, me tordant le bide, me donnant envie de disparaître soudainement, mais je repris bien-sûr mes mots un peu plus bas, presque dans un murmure, si près de son oreille :
-Désolé que tu m'aies mal compris, mais quand je disais que la situation se répète, je ne parlais pas d'âge…
Je pris quelques longues et douces secondes pour expirer calmement alors que mon pouce venait triturer mes ongles, avant de déclarer sobrement :
-Le gamin qui s'attache trop, c'est moi…
Son souffle se coupa brièvement avant de reprendre lentement mais plus fort, plus puissant. Tout son corps sembla presque lâcher alors qu'il se laissa tomber doucement en avant jusqu'à poser sa tête contre le mur me bloquant entre lui et ce dernier alors que mon visage était toujours niché dans son cou. Les larmes se remirent à s'écouler de ses yeux, mais elles ne me semblaient plus si douloureuse, alors je me contentai de caresser tendrement de mon pouce ses joues mouillées. On resta ainsi enlacés plusieurs minutes d'un calme et d'une douceur paisible et agréable alors que je me perdais dans l'enivrante odeur qui émanait de lui pendant que ses bras vinrent tendrement m'étreindre. Je pouvais sentir son coeur battre la chamade dans sa poitrine, me berçant dans ce rythme harmonieux. Je finis par entendre un sourire dans ses respirations avant qu'il ne se recule légèrement, m'obligeant à me détacher de lui un peu trop rapidement à mon goût. Et alors que je pus enfin voir ses douces lèvres étirées vers le haut et ses magnifiques perles émeraudes teintées d'espoir et de bonheur malgré les pleurs et la trace d'inquiétude qui y régnait, une soudaine surprise s'empara de son visage. Sa bouche, qui laissa un léger hoquet d'étonnement sortir, s'entrouvrit alors que ses yeux qui se firent un peu plus rond semblaient se perdre d'admiration et s'innonder d'étoiles en me fixant comme s'il observait un ange. Je détournai brusquement la tête en me mordant la lèvre, je ne savais pas à quoi ressemblait ma gueule pour qu'il tire une tronche aussi émerveillée, mais honnêtement, je préférais ne pas savoir. Il souffla doucement du nez, apparemment amusé de ma réaction avant de venir délicatement attraper ma mâchoire de ses longs et fins doigts pour m'obliger à revenir poser mon regard dans la profondeur éclatante de ce vert intense qui me contempla quelques longues secondes silencieuses où je ne pus me détacher de ses perles ém-
-Tu m'aimes ?
Je détournai une nouvelle fois la tête bien plus brusquement encore alors que mon coeur fit un bond immense dans ma poitrine. Putain de merde, mais il allait pas bien à balancer ça sans prévenir ? Ça me foutait dans une angoisse, vous imaginez même pas, et puis j'avais été assez clair nan ? On pouvait parler d'autre chose maintenant, j'en savais rien moi, de son fameux poulet coco citronnelle, ça avait l'air cool, d'ailleurs c'était quoi la citronnelle ? Ça avait un rapport avec le citron ou c'ét-
-Levi, s'il-te-plaît, me susurra-t-il d'une voix si tendre mais réellement insistante.
J'expirai lentement l'air de mes poumons en espérant débilement que cela permettrait à mon visage de retomber à sa température initiale, mais ce dernier continuait de s'enflammer en sentant le regard brûlant qu'Eren me portait. Je finis par déglutir, cherchant à ravaler mon envie de disparaître soudainement, pour déclarer dans un très léger murmure, les yeux fixant le sol :
-Oui…
Il resta immobile un moment, le temps semblant s'être complètement figé entre nous, perdant toute notion de ce dernier qui s'était envolé à l'instant où ce mot discret avait finalement réussit à dépasser la barrière de mes lèvres dans un souffle d'honnêteté qui me rendait aussi frêle et ridicule qu'une pucelle face à son cruch dans un téléfilm de romance merdique et cliché. Et soudainement, il gloussa, laissant le temps reprendre. Je vins replonger mes yeux dans les siens alors qu'il gloussa une seconde fois, puis une troisième. Et après quelques tressauts détachés entre eux, il explosa brusquement dans un fou rire incontrôlable, se détachant complètement de moi pour venir se tordre dans tous les sens au rythme effréné de ses éclats surprenants. Ne semblant plus tenir en place, il vint s'adosser au mur à côté de moi alors que du dos de ses mains il essuyait grossièrement ses yeux larmoyants. Je ne savais pas si c'était le reste de sa tristesse et de sa rage, des larmes de joie ou s'il était juste en train de chialer de rire, mais je n'aurais jamais pensé voir autant d'émotions diverses sur le visage de quelqu'un qui se marrait. Au bout de quelques minutes à se fendre la poire comme jamais il finit par me regarder, un énorme sourire rayonnant sur la gueule. Il revint plonger ses yeux dans les miens, m'offrant une nuance de vert que je n'avais jamais vue. En fait nan, ce n'était pas une nuance à ce niveau-là mais carrément une nouvelle couleur, ce que je pensais scientifiquement impossible, indescriptible mais magnifique, me laissant m'extasier sur cette vue que j'espérais être le seul à avoir eu le bonheur de contempler, cette vue qui accéléra encore plus les battements incessamment rapide de mon coeur. Il vint tendrement poser sa main sur ma joue dans un petit geste hésitant, mais son sourire ne se fit que plus adorable encore en voyant que je le laissai faire. Il secoua très légèrement la tête en déclarant d'une voix basse, douce et amusée :
-Tu vas me rendre fou Levi, je t'assure que je vais finir dingue à cause de toi.
Je lui répondis par un sourire en me demandant si je devais réellement prendre ses paroles comme un compliment, mais je n'eus pas le temps de trouver une réponse qu'il ajouta bien trop subitement pour moi :
-Je t'aime.
Mon coeur s'arrêta brusquement, stoppant le fonctionnement du reste de mon corps avec lui alors qu'Eren vint brusquement m'embrasser avec passion, prendre possession de ma bouche, faisant danser nos langues, me laissant beaucoup trop atteint par ses mots d'un poids si lourd pour faire quoi que ce soit d'entreprenant. Je le laissai donc mener la valse de ce baiser endiablé, me décoller du mur pour m'embarquer jusqu'au canapé sur lequel il me poussa, me laissant tomber sur les confortables coussins de ce dernier. Mais bien trop pris par sa spontanéité et ses envies soudaines, il ne remarqua pas qu'il venait une fois de plus de se prendre les pieds dans le tapis et il vint donc se tauler avec peu de grâce, esquiver la table de basse de justesse et se rattraper sur ses avants bras avant que sa tête ne heurte le sol puis il finit par rouler sur le dos pour se remettre à rire aux éclats. L'agréable mélodie de sa voix fit enfin repartir mon coeur, me laissant à nouveau respirer, ce qui me permit de reprendre le contrôle de mon corps. Je tournai ma tête vers lui et lui jetai un regard amusé.
-T'es con Eren, lui dis-je en souriant légèrement face à sa maladresse hors pair.
-Ouais, me répondit-il entre deux gloussements en se redressant pour venir s'adosser contre le canapé, toujours assis sur le sol.
Il laissa sa tête tomber vers l'arrière jusqu'à ce qu'elle vienne se poser délicatement sur mon ventre avant d'ancrer ses yeux dans les miens en ajoutant :
-Je suis vraiment un p'tit con, et toi t'es tellement vieux que t'arrives pas à te faire comprendre, on est bien parti.
Je vins lui filer une légère pichenette sur le front en réponse à sa remarque avant de laisser ma main se perdre naturellement dans ses cheveux. Il était vraiment adorable, la tête posée contre moi alors que ses yeux si expressifs, amusés et doux semblaient s'extasier s-
-Je t'aime.
Je manquai de faire une crise cardiaque pour une énième fois en si peu de temps alors que je détournai subitement la tête, me laissant à peine apercevoir la subtile curiosité de son regard.
-Arrête de dire ça, lâchai-je soudainement, c'est pas le genre de truc qu'on balance sans prévenir.
Il gloussa légèrement, ne faisant qu'accentuer mon envie de disparaître de son champ de vision.
-Tu voudrais que je te prévienne ?
J'aimerais lui faire ravaler sa moquerie puérile et son ton amusé assez violemment pour qu'il s'étouffe avec, ça lui apprendrait à se foutre de ma gueule. Je vins me pincer l'arête du nez, agacé de le voir bien trop extraverti pour la situation. Je lui répondis sans lui lancer le moindre regard :
-Nan, juste… ferme-là.
Mais je pus entendre son sourire s'étendre. J'étais reconnaissant de ne pas le perdre, mais pour le coup j'aurais préféré qu'il se foute ce genre d'expression au cul et qu'il me dispense de sa gueule moqueuse.
-Nan, déclara-t-il sobrement.
Je plongeai mes yeux dans les siens, fronçai les sourcils et lui jetai un regard interrogateur. Son tendre, mais bien trop insolent, sourire s'agrandit encore alors qu'il vint poser délicatement sa main sur ma joue, comme pour me dire silencieusement de ne plus me détourner de lui.
-C'est vrai que c'est flippant de dire ça, continua-t-il, mais je m'en branle parce que ça me rend tellement heureux.
Mon coeur rata un battement et mes joues se réchauffèrent à nouveau alors qu'il vint effleurer mes lèvres de son pouce. Il reprit ses mots comme s'ils étaient d'une facilité déconcertante à prononcer :
-Ces derniers temps, ça devenait de plus en plus dur de me retenir de te le dire après chaque contact, caresse, sourire, orgasme ou même mot que tu m'offrais. C'était tellement frustrant, alors s'il-te-plaît, laisse-moi te le dire.
Mon rythme cardiaque s'emballa brusquement à l'entente de ses mots venant accélérer le cours de mon sang alors que je ne pus détacher mes yeux de lui après de telles paroles dont j'eus du mal à supporter la puissance et le poids, sentant mon visage se réchauffer davantage, mes joues devenant brûlantes. Et ses yeux vinrent subitement se remplir d'étoiles, comme fasciné par une vue improbable et nouvelle, faisant briller la couleur indescriptible de ses yeux de façon encore plus intense alors qu'un sourire amusé mais si tendre se dessina sur ses lèvres.
-Tu rou-
Je plaquai instantanément ma main contre sa bouche, refusant catégoriquement qu'il prononce la moindre syllabe de plus. Je lui jetai un regard noir sous ses perles émeraudes aussi surprises qu'amusées avant de lui balancer du ton le plus agressif dont j'étais capable :
-Ferme ta gueule, un mot de plus et je t'étripe.
Mais la surprise disparut totalement de ses yeux qui se laissèrent entièrement déborder de cet insupportable amusement insolent. Je sentis son sourire s'agrandir davantage, s'étirer contre la paume de ma main avant qu'il ne l'embrasse chastement de ses lèvres si douces. Il vint enlacer mon poignet de sa main libre pour retirer délicatement la mienne de sa bouche et prononcer à voix basse en essayant de ne pas glousser :
-Désolé Levi je pensais pas que t'étais si…
Il laissa ses mots en suspens en se mordant la lèvre, me fixant, comprenant sûrement que s'il osait finir sa phrase j'allais lui exploser les dents. J'aurais aimé dans l'immédiat le balancer au sol et lui éclater la gueule pour ne plus avoir à supporter son expression presque moqueuse qui me foutait les nerfs malgré la chaleur agréable qui ne cessait d'envahir mon corps et que je ne pouvais pas nier. Mais même si cette dernière était plus enivrante que l'absinthe et me foutait dans un bien-être que je n'allais probablement pas dégueuler, s'il continuait à vouloir me sortir des conneries pareilles, j'allais lui arracher la langue. Et ce fut étrangement en me demandant si je préférerais ou non qu'Eren perde sa capacité à s'exprimer que je me rendis compte du sens des mots qu'il avait prononcé. Ouais, je compris encore ses paroles avec une putain de latence, mon cerveau étant sûrement toujours un peu ralenti face à toute cette situation imprévisible et les dizaines de micros arrêts cardiaques qu'elle me procurait. Et alors qu'il s'était mis à observer ma main qu'il tenait entre ses doigts et qu'il caressait doucement avec hésitation, comme s'il se demandait s'il avait le droit de faire je ne savais quel geste relationnel absurde avec, je vins soudainement la déposer sur sa joue, non pas pour le gifler mais bien pour que ses yeux se replongent dans les miens.
-Comment ça "ces derniers temps" ? Lui demandai-je, inquiet à l'idée d'avoir compris le sens de ses mots.
Il me répondit par un grand sourire enfantin et heureux avant de venir recouvrir ma main de ses longs et fins doigts pour accentuer le contact de ma peau contre sa joue.
-On s'en fout, me répondit-il simplement, un air bien trop heureux collé à la gueule.
Nan, on ne s'en foutait pas du tout. C'était malsain de vivre dans une hypocrisie sentimentale face à quelqu'un, j'en savais quelque chose, mais ça devait être encore pire, encore plus meurtrier et dévastateur, si on vivait avec cette personne. Alors ça faisait combien de temps que j'étais la cause de son malheur ? Deux jours ? Une semaine ? Un mois ? En réalité, même si ça n'avait été que quelques heures, l'idée de l'avoir rendu malheureux me pinçait le coeur. Mais lui se contentait de me regarder, les yeux bien trop joyeux et comblés, comme si ça n'avait réellement aucune importance.
-Pourquoi tu me l'as pas dit ? Lui demandai-je avec un peu plus d'insistance, soucieux qu'il ait pu s'infliger ça.
Son sourire s'agrandit encore, se fichant apparemment de l'horreur qu'il s'était imposé, allez savoir pendant combien de temps, avant de répondre bien trop tendrement :
-Heureusement que je ne l'ai pas fait et qu'entre nous c'est toi le mec honnête, sinon on en serait pas là.
J'eus un nouveau pincement au coeur, plus violent cette fois-ci, à l'entente de ses mots prononcés de façon si paisible alors que je savais pertinemment que l'honnêteté n'était pas du tout l'une de mes qualité première, mais je ne répondis rien, bien trop absorbé par ses orbes si belles que l'émeraude en palirait de jalousie.
-Et puis, reprit-il, si je te l'avais dit y'a deux semaines, tu m'aurais foutu à la porte nan ?
Je vins me mordre la lèvre à cette réponse, me sentant soudainement coupable de lui avoir fait du mal pendant bien trop longtemps à mon goût, me donnant l'étrange envie de m'excuser. Mais j'eus subitement l'envie de me foutre une tarte en me rendant compte que c'était exactement la réaction qu'Erwin avait par rapport à moi. Et même si ça me faisait chier de l'avouer, Eren n'avait pas tort, je l'aurais sans doute mis dehors s'il m'avait avoué ça à ce moment-là. Il se redressa sur ses genoux, laissant glisser ma main de sa joue doucement jusqu'à s'en détacher, pour venir surplomber mon visage du sien alors que ses lèvres se rapprochèrent des miennes. Et le perdre aurait été l'une de mes pires conneries.
-Vraiment, dit-il dans un murmure, merci d'exister Levi.
Et ses lèvres s'emparèrent des miennes sans attendre, se mouvant avec tendresse et douceur, m'empêchant de réfléchir au fait qu'il avait sûrement prononcé ces paroles pour en remplacer d'autres, bien trop fortes, qui risqueraient de me buter à la longue. Le baiser se fit bien plus entreprenant et sensuel lorsque je passai ma main derrière sa nuque pour l'accentuer alors qu'il me laissa l'accès à sa bouche, autorisant ma langue à venir enlacer la sienne, jouant à la faire lentement tourner avant que, pris par l'irrésistible envie de l'entendre gémir, je la fis valser dans un rythme soudainement bien plus endiablé qui s'accélèrait à chaque instant, jusqu'à ce qu'il en perde haleine. Mais j'ignorai totalement son souffle court et anarchique en continuant à le rapprocher davantage de moi, le tirant d'une main alors même que je décollai ma tête du canapé pour explorer sa bouche de façon plus profonde. Je ressentais le besoin presque viscéral de me rapprocher encore davantage de lui, de sentir son corps brûler de désir sous le mien et de me perdre dans une chaleur encore plus enivrante que d'habitude. J'étais un attardé pour m'exprimer, les mots n'étaient pas mon fort, mais peut-être qu'il comprendrait mieux à travers mes gestes. Je n'eus pas le temps de me perdre dans cette fièvre érotique offerte par ses lèvres, qu'il se détacha soudainement de mon emprise pour chercher à respirer une grande bouffée d'air. Mais voir son visage rougi, excité et haletant l'espace d'une seconde me suffit pour me laisser m'emporter davantage, me redressant complètement du canapé pour presque me jeter à nouveau sur ses lèvres, nous faisant basculer dans la précipitation du geste sur le sol. Je me retrouvai à califourchon sur lui, allongé sur le tapis, mon bassin pressé contre le sien alors que je repris sa bouche puis sa langue d'assaut, la faisant valser sans pudeur et sans gêne dans un rythme effréné qui réchauffa encore plus mon corps qu'une bouteille de chartreuse entière. J'aurais pu continuer cet échange pendant des heures si Eren n'avait pas brusquement jeté sa tête en arrière pour que nos lèvres se séparent. Mais en constatant qu'il avait réellement besoin d'air, je vins me rabattre sur son cou, abandonnant ce baiser érotique et enflammé pour venir parcourir de ma langue sa peau fine et hâlée, dénuée de toute imperfection. Je la léchai, suçotai et mordillai avec ardeur alors que ma respiration s'accélèrait à chaque seconde et que le désir et la luxure si soudains s'emparaient de mes gestes, faisant rouler mon bassin contre le sien. Ma langue remonta du creux de son cou jusqu'à son oreille dont je coinçai le lobe entre mes dents avant d'y faire une légère pression, lui soutirant enfin un réel gémissement entre ses respirations hachurées où la luxure s'était installée en peu de temps. Mais alors que je vins sucer et aspirer la tendre peau de son épaule si douce, pris par le besoin de le marquer encore plus intensément que d'habitude, me disant qu'après tout, je n'avais plus de raison de restreindre mes envies possessives à son égard, que je passai subitement une main sous son t-shirt et que l'autre vint agripper sauvagement ses cheveux sans ménagement, il me coupa d'un vague :
-A-attends, c'est trop, c-calme-toi.
J'arrêtai mes caresses, ou plutôt mes griffures, sur son torse, relâchai ses cheveux et me fis violence pour retirer mes lèvres de sa peau pourtant si sucrée. Je relevai la tête pour revenir plonger mon regard dans le sien, obscurci de luxure et d'envie. Son visage était rouge mais moins que ses douces lèvres entrouvertes, ses cheveux étaient en pagaille contre le tapis, sa respiration était haletante, hachurée et irrégulière et plusieurs petites traces violacées parsemaient son cou. Il était foutrement adorable. Du revers de sa main, il vint légèrement essuyer le fin filet de salive qui s'écoulait de ses lèvres avant qu'il ne reprenne d'une voix un peu plus calme en souriant :
-C'est niais si je te dis que mon coeur bat beaucoup trop fort pour que je te laisse t'emporter autant ?
Je vins faire claquer ma langue contre mon palais en cachant au maximum la légère gêne que me provoca sa phrase, avant de lui foutre une pichenette assez conséquente sur le front.
-Ouais, répondis-je, on dirait le dialogue d'une cruche dans une série américaine pour pisseuses.
Il se frottait le front en souriant avant de lever les yeux au ciel et de répondre :
-Tu peux parler t-
Je vins brutalement mordre son épaule pour lui dire de fermer sa gueule tout en m'offrant la satisfaction de pouvoir davantage marquer cette peau, appréciant l'idée que les seules imperfections de cette dernière soient signes de mon passage sur elle.
-Sale morveux, rajoutais-je pour la forme, mais non sans un léger sourire.
Il souffla du nez, apparemment toujours aussi amusé de mes réactions avant de passer délicatement sa main dans mes cheveux et de déclarer d'une voix plutôt basse :
-Je te le demande rarement Levi, mais s'il-te-plaît, sois plus doux sinon je vais vraiment faire une crise cardiaque.
Pour toute réponse je vins chastement embrasser la trace de morsure que je venais de laisser sur son épaule, comme pour lui faire comprendre que j'acceptais sa demande. Je tentai donc de retenir le feu dévastateur qui enflammait mon corps en venant doucement caresser son cou de ma langue et de mes lèvres humides, m'excusant en silence de m'être emporté. Ma main sous son vêtement se remit à caresser le bas de son ventre en prenant soin de ne plus y planter mes ongles, remontant lentement le long de ses fins abdos avant de se perdre au niveau de ses côtes, le faisant frissonner à ce contact. Je vins tirer légèrement sur son t-shirt pour découvrir ses clavicules et les laisser nues à ma disposition. Je n'avais jamais remarqué à quelle point ces dernières étaient attirantes, ressortant juste assez pour me donner l'envie de les sentir sous ma langue, et rejoignaient gracieusement dans une courbe légère les fins traits de son cou le long duquel je fis descendre ma bouche. Je léchai tendrement le creux de ce dernier avant d'enfin arriver à cette partie de son corps, cette douce ossature que je vins embrasser et retracer d'une caresse de mes lèvres, lui volant un léger gémissement. Finalement, être un peu plus doux que d'habitude ne me sembla plus si frustrant si ça me permettait de pouvoir redécouvrir son corps différemment. Ma main revint se perdre dans ses cheveux, les laissant s'entremêler dans mes doigts qui jouaient avec quelques unes de ses mèches si douces. Comment faisait-il pour ne jamais avoir un seul cheveux gras ni imperfection à son âge ? J'abandonnai l'idée de trouver une réponse, me disant simplement qu'il n'existait pas de corps plus parfait que le sien et que c'était donc évident que l'imperfection n'y avait pas sa place. Il se laissait enfin gémir plus régulièrement sous mes caresses, ayant sûrement repris un minimum de contrôle sur les battements de son coeur. Et je me permis alors de presser davantage mon bassin contre le sien, le sentant de plus en plus dur contre moi, ce qui accentua évidemment ses petits gémissements et entretenu la flamme qui brûlait dans mon corps. Je commençai donc de légers mouvements plus réguliers, à rouler mes hanches contre lui, alors qu'il commençait réellement à se laisser aller. Je quittai ses clavicules que je prenais pourtant plaisir à sobrement mordiller pour venir rapprocher mon visage du sien avant qu'il ne passe l'une de ses mains derrière ma nuque pour venir s'emparer à nouveau de mes lèvres, les laissant se mouver avec tendresse et envie, alors que je tentai de me retenir de le dévorer dans l'instant. Mais même si j'acceptais totalement son besoin de douceur, je vins bien plus fortement rouler mon bassin, créant une friction intense et luxurieuse, le faisant gémir avec beaucoup moins de retenue, après tout rien ne m'empêchait de quand même le torturer de plaisir. Sous ce contact plus qu'agréable, sa main de libre vint s'accrocher à ma détestable chemise avant de caresser mon dos au travers de cette dernière. Et pris par l'envie de l'emporter dans un plaisir encore plus délicieux, mes doigts quittèrent ses côtes pour remonter doucement jusqu'à l'un de ses tétons que je fis tendrement rouler avant de le pincer légèrement. Les adorables petits bruits à peines retenus qu'il laissait passer entre ses lèvres étaient si bandants qu'ils me donnèrent l'envie presque irrésistible de le prendre violemment dans l'immédiat et de le faire crier à s'en briser la voix pendant des heures dans une euphorie bien plus béstiale et animale. Mais à l'entente des battements si forts de son coeur et de sa respiration plus anarchique que d'habitude face à ces simples caresses, je ravalai cette envie. Ça serait con qu'il crève maintenant. Je profitai de l'un de ses gémissements pour venir à nouveau m'emparer de sa langue et la faire valser avec la mienne, en prenant soin de ne pas me perdre dans un rythme trop effréné non plus. De toute façon, je ne pensais pas être capable de me montrer trop béstial au vu de la chaleur bien trop forte qui enivrait mon corps. Les clochards devraient arrêter de boire de la vodka contre le froid de l'hiver, et simplement se mettre à baiser entre eux, ça les réchaufferait plus vite. Même si au fond je savais pertinemment que cette chaleur, plus enivrante que celle de n'importe quelle boisson, n'était pas liée qu'au contact physique avec ce magnifique ado, mais aussi aux absurdités sentimentales dans lesquelles on allait sombrer. Mais allez savoir, peut-être que cette fois-ci, ce genre de conneries étaient une chance. Eren commençait sérieusement à s'exciter sous moi, à bouger son bassin, à accentuer le baiser, à gémir des sons tous plus bandants les uns que les autres même s'ils se retrouvaient étouffés dans ma bouche. J'allais vraiment finir par craquer s'il continuait, mais quel insolent à me demander de la douceur pour ensuite se mouvoir de façon si luxurieuse et provocante comme pour me demander d'accélérer le rythme et de le prendre contre ce putain de tapis. Remarquez ça ne serait pas la première fois, mais je doutais sincèrement que ce soit ce qu'il voulait pour ce soir. Et lorsque ses mains quittèrent ma nuque et mon dos pour venir soudainement défaire le premier bouton de ma chemise, je lâchai ses cheveux, que j'avais d'ailleurs recommencé à tirer légèrement (désolé), pour venir arrêter son geste. Je coupai notre baiser pourtant si agréable pour venir rapprocher mes lèvres de son oreille et murmurer, d'une voix rauque et consciemment suave :
-Ce n'est pas que l'idée de te prendre à même le sol me dérange, mais j'ai pas passé l'aspi depuis deux jours et je suis sûr que t'as foutu des miettes sur le tapis, tu voudrais pas plutôt qu'on aille dans ma chambre ?
Je l'entendis sourire dans les hachures de sa respiration avant qu'il ne vienne lentement passer sa langue humide contre mon oreille, me volant un putain de frisson de plaisir. Et il me répondit, d'un ton bien trop insolent à mon goût :
-J'apprécie réellement tes efforts pour ne pas être romantique, c'est particulièrement drôle, mais je sais bien que tu veux juste m'offrir la douceur de ton lit, c'est mignon.
J'agrippai fermement ses cheveux pour les tirer vers l'arrière alors que je redressai la tête, me laissant découvrir son adorable gueule puérile et fière de lui alors que je lui jetai un faux regard noir. Il avait raison, certes, mais le "mignon" il pouvait se le carrer bien profond dans le cul jusqu'à l'absorption, histoire qu'il se le coince dans les intestins.
-Tu veux vraiment mourir gamin ?
Son sourire s'agrandit alors qu'il me lança un regard bien plus vicieux et provocateur. Bordel, pourquoi ce sale gosse sublime était-il toujours aussi tentant ?
-La seule mort que j'accepte Levi, ça serait de crever après un orgasme tellement puissant qu-
Je vins brusquement lui mordre la lèvre en roulant violemment mon bassin contre son entrejambe alors que je pinçai son téton entre mes doigts plus fortement encore. Il se laissa gémir de plaisir, mais tandis que j'allais reprendre d'assaut sa langue pour la soumettre à la mienne il me repoussa en murmurant d'un ton plus que vicieux :
-Nan, tu m'as promis ton lit, alors ne t'emporte pas.
Il allait me crever. Sincèrement, plus il me provoquait pour me frustrer ensuite, plus j'avais envie de lui. Alors ouais, c'était moi qui l'attachais, lui bandais parfois les yeux, le faisais crier de plaisir, mais au fond, c'était toujours lui qui menait la danse, qui décidait de chacun de mes gestes, sachant pertinemment quoi faire pour les provoquer. Et évidement je le laissais toujours faire, répondant à ses provocs' et ses paroles, me comportant exactement de la façon dont il avait envie, parce que j'adorais ce putain de jeu entre nous. Je vins me redresser, me retrouvant assis sur lui en essayant de calmer ma respiration un peu trop emballée. Par contre il fallait qu'il sache s'il me voulait doux ou animal, parce qu'il allait me filer la migraine s'il jouait entre les deux. Je soupirai en continuant doucement de mouvoir mes hanches, ne voulant pas, même pour quelques secondes, arrêter ce contact si plaisant, mais je n'avais pas vraiment le choix. Il se redressa également pour s'asseoir, sa tête arrivant à ma hauteur pour me déposer un chaste et doux baiser sur les lèvres avant de murmurer :
-Aller, lève-toi.
Je grognai légèrement avant de m'appuyer contre le table basse pour me relever entièrement, stoppant malheureusement le délicieux contact qu'on partageait. Mais alors que je pensais qu'il allait rapidement se lever aussi, il resta assis, me fixant de ses magnifiques orbes désirantes, la sublime couleur de ses yeux obscurcis par ses pupilles dilatées, alors qu'il me souriait avec vice et luxure. Je me rendis compte que son visage était exactement à hauteur de mon entrejambe, alors qu'il resta planté là, cette adorable visage d'ange diabolique bien trop malicieux et dénué d'innocence. Je le fixai quelques secondes, absorbé par cette vision érotique et tellement bandante que j'eus l'envie soudaine de me débarrasser de mon froc et de m'enfoncer dans sa gorge. Mais alors que j'approchai juste ma main de ses cheveux, il souffla du nez et finit par se relever aussi, en prenant soin évidemment de frôler mon érection à travers mon jean avant de revenir s'emparer tendrement de mes lèvres et de me faire reculer doucement alors que l'une de ses mains vint se perdre dans mes cheveux et l'autres se posa délicatement sur ma hanche, me poussant légèrement vers l'arrière. Je le laissai guider mes pas, frustré à nouveau par cette douceur alors que ses moindres gestes m'enflammaient de toute part et me donnaient envie d'accélérer les choses, jusqu'à ce que je rencontre le mur derrière moi me retrouvant pour la seconde fois ce soir bloqué entre Eren et ce dernier. Mais cette fois-ci, le contact était beaucoup plus tendre et agréable. Mais ma frustration disparut lorsque ses mains me carressèrent si subtilement que ce toucher sur ma chemise effleura à peine ma peau. Et étrangement ce contact à peine existant m'excita davantage, me promettant de bientôt sentir la chaleur de ses mains se perdre sur mon corps. Un autre bouton de ma chemise sauta alors que ses lèvres quittèrent les miennes pour venir descendre le long de mon cou, me volant de nombreux frissons absolument délicieux avant que lui aussi ne vienne prendre plaisir à marquer la peau blanchâtre de mon épaule en la suçotant. Il prit son temps à défaire un à un les boutons de ma chemise, en parsemant ma peau de tendre baisers agréable et doux, remontant le long de ma mâchoire, effleurant mon oreille et revenant parfois même s'emparer de mes lèvres pour quelques secondes. Lorsqu'il finit d'ouvrir ma chemise, il se recula légèrement et détacha sa bouche de ma peau pour venir me dévorer du regard. Il était indéniablement adorable à m'observer comme si j'étais un cadeau du ciel m'offrant un sourire comblé de joie. Et je pus enfin sentir ses longs et fins doigts parcourir mon torse, me faisant bien plus frissonner que d'habitude sous ses simples caresses alors que ses yeux continuaient de détailler chaque parcelle de ma peau visible, comme s'il redécouvrait mon corps d'une façon nouvelle. Son expression si paisible et heureuse était vraiment mignonne mais dégageait une certaine niaiserie qui me mettait légèrement mal à l'aise, sans que je ne puisse non plus dire qu'elle m'était réellement désagréable. Après tout ce n'était qu'un gosse, aussi incroyable soit-il, il avait bien le droit d'être niais tant que cette merde ne me contaminait pas. Il parcouru avec douceur et une étrange curiosité mon torse, mon ventre, mes côtes et même mon dos, mais lorsqu'il vint s'attarder sur l'un de mes bourgeons de chair particulièrement sensible, me volant un soupir d'aise, je lui déclarai à voix basse, légèrement amusé :
-Tu confonds les lits et les murs ?
Ses yeux, happés par mon corps, revinrent se plonger dans les miens alors que son sourire se fit quelque peu vicieux, une once de malice traversant son visage. L'une de ses mains redescendit rapidement le long de mon ventre s'attardant sur le bas de ce dernier avant que l'un de ses doigts ne se glisse discrètement sous l'élastique de mon boxer qui dépassait légèrement de mon jean, venant m'électriser bien trop violemment pour un geste aussi simple. La perversité se fit plus intense dans son regard lorsque sa main vint jouer avec la boucle de ma ceinture, et presser légèrement mon érection à travers mon pantalon avant qu'elle ne remonte innocemment vers mon torse comme si de rien n'était. Comment des gestes aussi doux et anodins par rapport à ses provocations habituelles pouvaient faire cramer autant le bas de mon ventre ? Eren était plus enivrant qu'un bon verre d'alcool fort, ouais, mais de là à ce que ce genre de friction aussi légère me fasse plus chauffer le bide que la cuite du siècle, c'était quand même un peu violent. Je commençai sincèrement à me demander si je n'avais pas de la fièvre. Il finit simplement par déclarer tout sourire d'un ton bien trop joyeux :
-Tu n'allumes jamais vraiment la lumière dans ta chambre, je te vois moins bien, alors laisse-moi juste profiter un peu de l'éclairage.
Merde, c'était niais mais quand même foutrement mignon ce genre de conneries lorsque ça venait de lui. J'aurais aimé lui filer un coup de coude dans les côtes pour qu'il arrête de balancer ce genre de phrase aussi ridicule, mais étrangement je n'en avais pas vraiment envie. Je me contentai de détourner les yeux comme une pucelle insupportable en faisant claquer ma langue contre mon palais. Mais le pire n'était même pas ma réaction de collégienne qui n'avait jamais osé se foutre un doigt, nan, le pire était les mots que j'allais prononcer parce que je savais très bien qu'il allait prendre ça comme une acceptation à son insupportable niaiserie, voire peut-être même comme en étant directement. Mais ça m'obsédait, je voulais absolument savoir si ses yeux m'avaient tellement évités ces derniers temps à cause d'un malheur sentimental et si j'avais maintenant le droit à l'attention totale de son regard.
-Si je l'allume, répondis-je alors, tu ne me lâcheras pas des yeux ?
Ces derniers s'écarquillèrent subitement, brillant d'une joie beaucoup trop intense, alors que les commissures de ses lèvres s'élevèrent davantage, faisant ressortir ses adorables pommettes teintées de rose. Il avait l'air bien trop heureux ce chieur, ça me donnait autant envie de lui péter un bras que de fondre sur ses lèvres. Il vint tendrement attraper mon menton pour que nos regards se plongent l'un dans l'autre, sans interférer avec le reste, avant qu'il ne réponde d'un ton si pur et adorable :
-Promis.
Je me décollai soudainement du mur, passai une main derrière sa nuque, l'obligeai à baisser la tête, m'emparai brusquement de ses lèvres et l'entraînai vers l'arrière. Il rencontra brutalement le mur du couloir menant à ma chambre en s'accrochant intensément à mes épaules dénudées après qu'il ai fait glisser ma chemise jusqu'à mes coudes. Je profitai de sa surprise pour venir introduire ma langue dans sa bouche, prenant possession de la sienne pour la faire valser dans un rythme rapide et endiablé, alors que mon bassin se frotta de lui même contre le sien, m'électrisant, me réchauffant encore, à la limite de cramer de l'intérieur. La cadence du baiser se fit de plus en plus brutale alors qu'il gémissait sans retenue à chaque fois que j'effleurais son palais et faisait rouler mes hanches contre son entrejambe pendant qu'il cherchait en vain à retirer complètement ma putain de chemise. Ma main de libre vint parcourir ses hanches avant d'agripper fermement ses fesses à travers son jean. J'avais envie de me perdre en lui, de le prendre sans que jamais ses yeux ne se détachent de moi, sans qu'il ne pense, même l'espace d'une seconde, à autre chose que moi. J'allais lui faire oublier jusqu'à son prénom, ne laissant que le mien résonner dans son crâne jusqu'à l'orgasme. Une fièvre sexuelle bien trop puissante s'emparait de moi alors que je me laissai m'emporter, oubliant presque de respirer, ravageant ses lèvres, m'accrochant désespérément à la courbure si provocante de ses fesses. Il continuait de tirer brusquement sur ma chemise, voulant absolument la voir disparaître alors qu'il sembla manquer d'air dans cet échange si passionnel et brûlant. Je me fis donc violence pour lâcher sa bouche et le reste de son corps, satisfait que ses yeux s'ancrent dans les miens malgré l'anarchie de sa respiration et le filet de salive qui s'écoulait de ses lèvres rougies sans qu'il n'y porte attention. Je me débarassai rapidement de ce haut détestable que je balançai sur le sol. Mais alors que je voulus le reprendre d'assaut, il vint soudainement se décoller à son tour du mur pour m'embarquer vers notre chambre en prenant plaisir à parcourir mon dos enfin nu de ses mains, le griffant sans ménagement comme pour me faire comprendre que lui non plus n'avait plus à se retenir de me marquer. Je le repoussai brutalement avant d'arriver jusqu'à la fin du couloir pour retirer brusquement son t-shirt que je jetai sur le plancher avant d'entourer sa taille pour le recoller contre moi alors que, d'un léger coup de coude sur la poignée, j'ouvris cette porte qui nous séparait de ce lit où la luxure et le plaisir le plus divin nous était promis. Je l'embarquai en le tirant à l'intérieur de la pièce, où son premier geste, sans détourner ses yeux de moi, fut d'allumer la lumière. Il me poussa brutalement sur le matelas, m'obligeant à le lâcher, avant que son regard rempli de malice de me détaille entièrement. Il vint lentement s'asseoir sur mon bassin en m'embrassant chastement sans même mouvoir ses lèvres avant qu'elles ne se détachent de moi. Je lui jetai un regard d'incompréhension, sentant déjà la frustration parcourir mon corps. Il me répondis d'un sourire bien trop vicieux à mon goût en m'offrant un petit clin d'oeil agaçant.
-La douceur Levi.
J'avais envie de le biffler de mon érection bien trop douloureuse. Est-ce que ce sale gosse venait de répondre à mes envies presque sauvages juste pour avoir le plaisir de me frustrer maintenant ? Il allait finir par me crever, c'était sûr que c'était lui qui creuserait ma tombe quand l'heure viendra. Ses lèvres vinrent parcourir mon cou d'une lenteur insupportable, me titillant à peine de sa langue alors que ses mains ne faisaient que m'effleurer. Mais pourtant je ne fis rien pour accélérer les choses, malgré le feu de désir qui me rongeait de l'intérieur, sûrement parce que j'adorais le fait qu'il puisse décider de mon état et de la cadence de la façon dont il le voulait, même si cette dernière était capricieuse et frustrante. Parce que la manière presque bipolaire dont il m'abordait sexuellement ce soir ne rendait ce feu que plus ardent, augmentant la chaleur de mon corps de façon exponentiellement inhumaine. Et j'avais putain d'envie de savoir à quel point il pouvait me rendre dingue. Il vint suçoter le creux de mon cou, descendre et frôler mes clavicules de sa langue qu'il fit glisser sur ma peau en reculant son bassin, m'offrant une douce friction, jusqu'à atteindre mon téton qu'il mordilla soudainement en pressant l'une de ses main contre mon érection, me volant un râle de plaisir, pour me faire croire que le rythme s'accélérait alors qu'évidemment, la lenteur de ses gestes reprit dans l'instant. Il prit un malin plaisir à tendrement parcourir le reste de mon torse de baisers trop chastes, de caresses trop subtiles et de sensations trop légères sans jamais que ses yeux ne se détournent des miens. Et alors qu'il arrivait à la moitié de mon ventre qu'il avait retracé de sa langue, cette dernière vint me torturer en évitant soigneusement mon nombril dans un geste circulaire pendant plusieurs longues et insupportables secondes où l'idée de le supplier me traversa presque l'esprit. Mais c'était ses mots, pas les miens, hors de question qu'il en soit autrement, alors je me contentai de le fixer retenant une quelconque plainte de sortir, le frustrant à mon tour. Il finit enfin par passer sa langue sur cette zone si érogène de mon corps avant de s'y attarder réellement, me faisant gémir sans retenue sous ce plaisir particulier alors que lui semblait s'extasier de m'entendre. Et pendant qu'il continuait cette si agréable torture qui commençait à faire redescendre ma frustration tout en m'allumant davantage, ses mains vinrent jouer avec la boucle de ma ceinture, créant une friction à peine notable entre le tissu et mon érection. Je le suppliai intérieurement de cette fois-ci réellement me libérer de mes fringues. Il me fit languir de bien trop longues secondes, me laissant me perdre dans l'espoir qu'il aille plus loin, avant qu'enfin il ne déboucle ce connard de truc en cuir qui me compressait beaucoup trop. Il quitta mon ventre, descendant sa tête jusqu'à mon entrejambe et vint d'une insupportable lenteur déboutonner mon jean avant de baisser ma fermeture éclair. Son regard était si pervers, débordant d'une luxure plus attirante que n'importe quel péché, et il me fixait moi, comme la chose la plus désirable que l'univers ait créée. Il attrapa les rebords de mon jean pour le faire doucement glisser le long de mes cuisses, me libérant encore un peu plus avant que ses doigts ne viennent se faufiler sous l'élastique de mon boxer pour retirer également ce vêtement encombrant en prenant extrêmement soin de ne même pas frôler mon érection de la douceur de sa peau. Un puissant soupir d'aise m'échappa lorsqu'enfin tout ce superflu de tissu arrêta de me compresser. Mais tous ses gestes cessèrent alors, ses yeux ancrés dans les miens avec malice. Je crus qu'il cherchait encore à me frustrer, à me pousser à bout, mais après quelques secondes de torture, il vint porter l'une de ses mains jusqu'à sa bouche pour lécher la paume de cette dernière entièrement dans toute sa longueur, partant de la fin de son poignet jusqu'au bout de l'un de ses doigts, les yeux de plus en plus débordants de désir et d'envie dévastatrice à chaque instant. Il refit ce geste cinq fois, s'attardant sur chaque millimètre de sa peau, finissant toujours la langue pendante à l'extrémité d'une phalange différente. Et à cette vue si bandante, qui exciterait même le plus hétéro des hommes, mon corps s'enflamma tellement violemment que le comparatif à l'alcool n'était plus juste trop faible, mais insensé. Je me souvins soudainement de la fois où on m'avait fait gober quelques pilules d'ecsta pour la première fois, et où mon corps s'était perdu dans une chaleur folle. Il vint enfin entourer mon érection de sa main brûlante et adoucie de salive avant de faire un long et extrêmement lent va-et-vient, me volant un râle de plaisir bien trop fort sans qu'il n'arrête pour autant de me frustrer via ce rythme insupportable. Il rapprocha sa bouche, m'offrant le plaisir de sentir son souffle chaud avant que sa langue ne vienne caresser la base de mon sexe pour remonter progressivement le long de ce dernier et se retirer sans même effleurer mon gland. Et il continua son manège provoquant jusqu'à humidifier l'intégralité de ce qui devrait déjà être au fond de sa gorge, et enfin, ses douces et chaudes lèvres vinrent se poser dessus, embrasser tendrement le haut si sensible avant de doucement le faire glisser dans sa bouche, de plus en plus loin, profondément, mais bien trop lentement pour moi. Et il fit ressortir ma verge de cet antre pourtant si bon, ne laissant que sa langue pendante contre mon gland avant de l'enlacer de cette dernière, me faisant gémir de plaisir, languir de ce que j'allais bientôt ressentir. Ses yeux joueurs et luxurieux me donnaient la folle envie de le brusquer sauvagement alors qu'il se mit finalement à laisser sa bouche aller et venir autour de moi, me volant râles et soupirs de bien-être sans jamais que ses mouvements ne s'accélèrent. J'agrippai ses cheveux d'une main, me retenant de lui imposer un rythme convenable, le laissant se jouer de mes réactions avec cette insolence si bandante, plaisante, qui me filait le besoin viscéral de le remettre à sa place, de lui montrer qui était celui qui avait le contrôle. Mais évidemment, ça avait toujours été lui, alors je me contentai de subir ses caprices jusqu'à ce qu'il me permette de jouer mon rôle. Et soudainement, je sentis ses joues se creuser, doublant le plaisir, me laissant me perdre dans la chaleur intense de sa bouche, rendant l'ecsta dérisoire. Mon coeur battait plus vite, mon corps chauffait bien plus et mon besoin de contact était plus violent que sous cette drogue apparement sociabilisante. Eren était une addiction pure, et ses effets étaient bien plus fort que de la MD. Et prit par le feu ardent qui me cramait les entrailles, je bloquai brusquement sa tête et m'enfonça au fond de sa gorge, serrée et brûlante d'un brutal coup de butoir qui me fit cambrer d'extase, le lâchant du regard en entendant un léger bruit étouffé sortir de ses lèvres qui rencontrèrent ma peau après avoir subit l'entièreté de ma verge. Je lâchai prise et redressai rapidement la tête, me rendant compte de mon geste, apeuré par l'idée d'avoir fait quelque chose qu'il ne désirait pas. Certes, il m'avait déjà dit qu'il adorait quand j'arrivais à bout et que je m'emportais soudainement, mais c'était la première fois que je faisais ça si violemment. Mais je n'eus pas le temps de m'inquiéter plus d'une seconde lorsque je vis la satisfaction sublimer ses yeux larmoyants. Je tirai brusquement ses cheveux vers l'arrière, me redressai complètement et vint échanger nos positions. J'envoyai mon jean et mon boxer voler dans la pièce tellement fort qu'ils se heurtèrent au mur avant de toucher le sol sous le regard affamé de désir mais amusé par mes réactions de l'ado le plus sublime et merveilleux qui soit. Je vins me pencher vers son oreille et murmurer, mettant le désir entre parenthèses :
-Je suis désolé, je t'ai pas brusqué ?
Il passa une main sur ma joue qu'il caressa tendrement avant de me répondre en souriant :
-Arrête, tu sais très bien que c'est ce que je cherchais. Mais si ça t'inquiète, on a cas se dire que le jour où ça me déplait je te filerais un petit coup de poing sur les hanches.
Je sentis un doux soulagement parcourir mon coeur au rythme effréné avant de l'embrasser doucement, le remerciant silencieusement d'être aussi incroyable. Et comme pour revenir à bien plus intéressant je lui déclarai, un peu plus fort, d'un ton joueur :
-Et la douceur alors ?
Un adorable sourire, délicieusement débordant de vice, apparut sur sa magnifique gueule.
-J'ai jamais eu l'impression que c'était ton truc.
-Peut-être que si.
Il me répondit d'un léger rire mélodieux qui me disait clairement "c'est moi qui fait languir ici, tu n'y peux rien petit frustré qui s'emporte facilement". Et face à l'insolence de sa réaction, je vins mordre fermement son épaule et foutre trois de mes doigts à l'intérieur de sa bouche, lui donnant parfaitement raison. Il n'hésita pas une seconde à sucer ces derniers, à les enlacer de sa douce langue, à consciemment laisser sa salive s'écouler de sa bouche pour me faire comprendre qu'il n'arrivait plus à se contrôler face à moi, qu'il avait besoin que je le touche, que je le prenne, que je le possède le temps d'une baise flamboyante. Je me redressai, à quatre pattes au-dessus de lui, et vins brusquement caler mon genoux contre son entrejambe, le faisant gémir, au travers de son jean alors que, de ma main libre, je déboutonnai grossièrement ce dernier. Je m'amusai quelques secondes (pas plus, sinon j'aurais perdu mes moyens) à mouvoir ma jambe contre son érection si sensible, prisonnière de ses fringues encombrantes, le faisant bien trop gémir pour ce simple contact, avant de la retirer pour me mettre à côté de son corps. Je voulus retirer mes doigts de sa bouche, mais il agrippa mon poignet pour me retenir, me lançant un regard supplicateur pour me demander silencieusement de le laisser continuer à sucer avidement ces derniers. Je me figeai pour le fixer, interloqué de le voir les ramener de lui-même jusqu'au fond de son palais pour les recouvrir encore davantage de salive alors qu'il semblait s'extasier au contact de ces caresses buccales, sans que ses yeux ne se détachent de moi. Ils étaient pervertis, larmoyants de désir et débordants de luxure, mais la provocation, encore présente il y avait si peu, y avait totalement disparu. Peut-être que l'insupportable lenteur à laquelle il s'était obstiné l'avait bien plus frustré que prévu, ou que son corps aussi se perdait dans une chaleur si enivrante que la moindre friction de plaisir lui avait fait perdre le contrôle. Ce qui était sûr c'est que le regard qu'il me lançait était dénué d'insolence mais rempli d'une soumission incandescente et presque totale qui semblait me supplier de jouer mon rôle, de le prendre sauvagement le plus rapidement possible. De ma main libre, je vins attraper son jean et son boxer pour les faire glisser jusqu'à mi-cuisse, libérant son érection, le faisant gémir d'aise, la langue pendante contre ma peau. Il n'avait pas lâché mon poignet, s'y agrippant fortement comme s'il refusait que plus rien ne vienne combler l'intérieur brûlant de sa bouche. Mais son expression était bien trop docile pour me faire croire qu'il appréciait dans l'instant avoir le moindre contrôle sur mes gestes. J'attrapai son sexe, il frémit à ce contact, avant d'y faire de lents va-et-vient qui le firent puissamment gémir, rendant ses yeux larmoyants et désireux encore plus suppliant face à moi. Mais pour toute réponse, je lui offris un léger sourire sadique et arrêtai mes mouvements avant de désigner mon poignet du menton en lui ordonnant :
-Lâche et ouvre la bouche.
Ses yeux s'enflammèrent davantage et sans un seul grognement, ni petite plainte, il s'exécuta, perdant le seul contrôle qu'il avait sur moi. Il ouvrit la bouche, laissant sa langue pendre de façon si obscène que l'absence de gêne malgré ce geste me fit comprendre à quel point il n'en pouvait déjà plus. Il s'était finalement plus frustré lui-même que moi à me toucher de la sorte. Sa respiration haletante et demandeuse caressait mes doigts adoucis de salive alors que je repris mes va-et-vient sur son érection visiblement douloureuse. La lenteur de ces derniers semblait le rendre dingue au vu de ses gémissements partagés entre le plaisir et l'insatisfaction, mais pourtant il ne bougea pas les hanches, me laissant faire ce qu'il me plaisait de lui, s'abandonnant à mes envies, alors que je vins subtilement tracer de doux cercles sur son palais avec mon index, le rendant plus frémissant et tremblant encore. Je savais très bien à quel point cette zone était sensible et érogène chez lui, bien plus que chez la plupart des gens. Il m'avait fait bouillir de luxure le jour où il m'avait timidement demandé si c'était normal que chaque contact dans sa bouche lui laissait des traces brûlantes, douces et excitantes qui lui donnait l'envie qu'elle se comble de plus en plus jusqu'à ce que cette sensation qui le rendait dingue prenne possession de tout cet antre. J'accentuai donc mes caresses, venant faire jouer mes doigts contre sa peau, frôlant sa luette, remontant le long de ses gencives avant de venir effleurer sa langue puis l'obliger à enlacer mes doigts, la faisant valser avec alors qu'il gémissait sans retenue face à ses douces tortures qui semblaient lui faire perdre la tête. Je me retenais de venir m'enfoncer à nouveau dans sa gorge en le voyant aussi faible et docile face à mes gestes, la salive s'écoulant le long de son menton. Mais c'était à son tour d'être touché avant qu'on se perde dans le paroxysme de notre extase, et heureusement pour lui, je n'arrivais pas à rester dans une subtilité trop légère et volontairement frustrante face à son corps, sûrement parce qu'à ce niveau-là, j'étais finalement bien plus faible que lui. Je vins accélérer subitement mes mouvements sur son membre quelques secondes, lui filant des spasmes brusques de plaisir, avant de revenir à une lenteur partielle, lui caressant le gland de mon pouce. Je me mis à jouer d'une irrégularité dans mes va-et-vient et mes gestes sur son sexe, le perdant dans l'extase, le faisant gémir et couiner de façon si bandante alors que ses yeux ancrés dans les miens cherchaient à se retenir de valser vers le ciel et de se fermer sous le plaisir et l'agréable frustration qu'il ressentait. Mais il savait qu'il n'en avait pas le droit, alors il me fixait docilement, soumis à moi. Mon coeur battait la chamade, mon corps cramait de l'intérieur et mon érection me faisait un mal de chien à continuer de se gorger sans arrêt face à cette putain de vision bien plus qu'érotique qui filerait la gaule à un eunuque. J'allais craquer dans trop peu de temps. J'accélérai tous mes gestes sur et dans lui, voulant absolument savoir si il était prêt à me regarder malgré les spasmes puissants de plaisir qui prenait son corps d'assaut. Il sembla dire quelque chose qui se perdit contre mes phalanges alors que sa bouche toujours grande ouverte l'empêchait d'articuler, rendant cette chose incompréhensible. Mais lorsque je sentis sa verge trembler sous ma main, j'arrêtai mes va-et-vient pour en resserrer la base, l'interdisant de jouir maintenant. Je retirai mes doigts de cet antre brûlant pour venir attraper sa mâchoire alors que je voulus lui demander de répéter pour entendre sa voix rauque de plaisir qui m'électrisait et surtout pour m'assurer qu'il allait bien. Mais il me coupa en déclarant de cette fameuse voix bandante dans une respiration hachurée, haletante et irrégulière non sans un léger sourire tendre :
-Désolé, je l'ai dit sans te prévenir.
Je me jetai sur ses lèvres, comblant le manque de sa bouche par ma langue, brûlant de désir en comprenant ce qu'il sous-entendait alors que je me surpris à me dire que j'aurais aimé l'entendre. Il passa ses mains autour de moi, m'enlaçant pour me rapprocher de lui tandis que l'une d'entre elle me griffait le dos, me demandant plus de contact. L'autre vint tendrement me caresser la nuque, me rappelant que de base, il me voulait plus doux ce soir malgré le fait que tout son corps me suppliait d'être plus bestial et animal que d'habitude. Le baiser était effréné et passionnel alors que sa langue se soumettait à la mienne sans aucune insolence. Est-ce qu'il voulait réellement que je me laisse aller pour le prendre violemment ou son envie de tendresse était encore d'actualité ? Je coupai rapidement notre échange, le laissant haletant, frissonnant, désireux et la bouche vide, pour venir retirer brusquement le reste de ses fringues, les faisant glisser le long de ses cuisses et de ses mollets avant de balancer tout ce tissu superflu dans la pièce, sans y jeter le moindre regard, bien trop pris par la vue si bandante qu'il m'offrait. Je vins me placer entre ses jambes, laissant mon sexe se frotter légèrement contre le sien, avant de placer l'une d'entre elle sur mon épaule pour surélever son bassin. Je déposai un tendre baiser sur l'intérieur de sa cuisse avant de glisser ma main sous l'une de ses fesses pour venir la caresser doucement avant de la presser légèrement, lui volant de doux soupir d'aise. Mes doigts empreints de salive remontèrent jusqu'à son entrée sur laquelle je vins exercer de faibles pression de mon majeur, le prévenant de ce que j'allais faire et cherchant dans ses yeux la manière dont il voulait que je m'y prenne. Mais il se contenta de mordiller sa lèvre avec luxure et envie, comme impatient de subir la suite. Alors sans m'y attarder davantage, je fis glisser brusquement deux de mes doigts à l'intérieur de lui, frôlant directement sa prostate, le faisant gémir plus puissamment encore avant de bouger ces derniers, caressant et tapotant cette boule de nerfs si plaisante et sensible, écartant légèrement ses parois serrées, jubilant d'avance à l'idée de les sentir autour de ma verge. Le feu qui ravageait mon corps devenait incontrôlable, j'avais envie de le prendre, de me perdre en lui, de sentir ses fesses se resserrer à chacun de mes mouvements. Et sans attendre, pris par le besoin d'accélérer les choses, je rajoutai un troisième doigt et accentuai mes gestes en lui, prenant plaisir à entendre l'obscénité de ses gémissements si forts qu'ils résonnaient dans la pièce. Mais moi je voulais qu'il crie, que plus aucune retenue n'existe face à l'extase dans laquelle j'allais le noyer. Je n'étais pas sûr que la douceur avait encore un sens, mais je continuai à écarter ses parois, voulant au moins le dispenser d'une véritable douleur lorsque j'allais m'enfoncer en lui. Je vins brusquement heurter sa prostate sans ménagement, faisant cambrer son corps alors qu'il continuait à forcer ses yeux à rester ancrés sur moi, sûrement parce que j'étais la seule chose à laquelle il pensait.
-Le-Levi !
Une vague de chaleur brûlante traversa l'entièreté de mon corps en me rendant compte qu'en effet, il ne pensait à rien d'autre que moi. Ses hanches se mirent à bouger d'elles-même, venant accélérer encore le rythme de mes gestes, de nos respirations et de ses gémissements avant que je ne bloque ces dernières brutalement en assénant à nouveau sa prostate violemment de mes doigts. Le plaisir qui fit briller ses yeux rendit ces derniers encore plus enivrants et magnifiques. Je me rappelai de la première fois où j'avais contemplé de l'émeraude. Elle était sertie sur un collier en or, volé dans la cargaison d'un marchand. À cette époque, voir la couleur resplendissante de cette pierre précieuse avait troublé le gosse de 14 ans, enfermé dans le grisâtre des bas-fonds, que j'étais. Mais aujourd'hui, ces perles me paraissaient bien fades et insipides en comparaison à la couleur indescriptible de ses iris désireuses. J'arrêtai mes mouvements, et vins retirer doucement mes doigts de lui, lui volant une petite plainte. Je me rapprochai de son visage, obligeant son corps à se courber davantage et me permettant de mieux observer la beauté de ses traits, mais surtout celle de ses yeux. Tout était obscène, de sa respiration à son regard en passant par la salive qui s'écoulait de sa langue pendante. Je voulus l'entendre me supplier de le prendre pendant des heures, de l'envoyer au-dessus des cieux et de lui faire voir les étoiles. C'était clair qu'à ce moment mon corps et mon coeur chauffaient bien plus que sous ecsta. Mais avant que je ne lui réclame ses supplications il déclara, une soudaine hésitation dans son regard :
-Levi… est-ce que t-tu peux me baiser et me faire l'amour ?
Je me figeai, surpris par ses paroles dont je ne réussis pas à comprendre le sens. Il rajouta alors, toujours le corps tremblant d'excitation :
-Je veux que tu me prennes violemment avec douceur.
Je fronçai les sourcils en cherchant la moindre once de provocation ou de jeu dans ses yeux qui m'aurait dit qu'il se foutait de ma gueule. Mais ces derniers restaient larmoyants de désir, luxurieux, demandeurs et légèrement hésitants. Je le fixai sans rien dire quelques secondes, réalisant qu'Eren s'obstinait à nouveau sur son envie de douceur malgré le désir brûlant et son besoin presque viscéral de se sentir soumis face à moi. C'était adorable de le voir aussi perdu sous le plaisir qu'il ressentait, certes, mais vous avouerez que ça me posait une colle. Je bouillonnais d'impatience à l'idée de me perdre sauvagement en lui, de le baiser, de le prendre sans retenue jusqu'à l'orgasme et tout chez lui m'indiquait qu'il ressentait la même chose. S'il m'avait demandé d'être tendre, j'aurais été frustré. Mais là, sa demande était juste impossible et d'une absurdité incroyable. Et comme s'il ne s'en rendait pas compte, il frotta son bassin contre moi, m'éléctrisant avant de me demander d'une voix rauque et emplie de désir :
-Je t'en supplie, prends-moi Levi.
Et sous le son de sa voix et l'envie bestiale qui me rongeait, je vins brusquement rentrer en lui sans aucune délicatesse, me provoquant une violente vague de plaisir intense encore plus puissante que d'habitude sous laquelle je crus jouir alors que la flamme ardente du bas de mon ventre prit possession de l'entièreté de mon corps. Et alors que je vins l'asséner d'un premier coup de bassin après l'avoir entendu crier de plaisir, je me souvins de la première fois où j'avais senti l'héroïne parcourir mes veines et l'explosion d'extase et de chaleur qu'elle avait causée dans mon organisme, tellement profondément qu'elle avait gravé mon âme. L'alcool, l'ecsta, toute cette merde fade pouvait aller se faire foutre. Eren était une drogue bien plus dure et puissante que ça, il était l'héroïne, une addiction viscérale enfouie dans mon être, provocant une euphorie qui parcourait mon sang et influençait chaque ligne de mon code ADN dans chaque cellule qui constituait mon corps, avant que la nécessité incontrôlable d'une nouvelle prise ne s'installe jusque dans le moindre de mes neurones. Eren était une injection pure de vie et d'extase à chaque fois qu'il me regardait, me touchait ou ne faisait qu'être là. Eren était ce que j'attendais à chaque seconde de mes journées mornes de merde, comme l'héroïne l'avait été quatre ans auparavant, à trembler à la simple idée de sentir une aiguille pénétrer mon bras, me permettant de supporter tout le reste. La pièce se remplissait de ses cris de plaisir, de mes râles qui manquaient de briser ma voix et du bruit brutal de mes hanches qui claquaient violemment contre ses fesses alors qu'il agrippait le drap sauvagement, manquant de le déchirer. J'entrai et sortai de lui plus fortement encore à chaque coup que mon bassin faisait, nous emportant ensemble dans un plaisir divin qui nous balançait dans les cieux sans aucune retenue. Je sentis brusquement ses ongles s'enfoncer dans mon épaule alors qu'il cria mon nom à s'en arracher les cordes vocales, me suppliant de me faire plus bestial encore, de l'amener plus haut, d'envoyer se faire foutre le septième ciel pour atteindre celui d'au-dessus. Je me rapprochai encore de lui, courbant son corps sur lequel il n'avait aucun contrôle, s'obligeant à s'abandonner à moi, en brutalisant ses entrailles d'une extase qui s'exprimait au travers de ses sons obscènes et des cris qui résonnaient entre les murs, faisant sûrement chier tout l'immeuble, mais qui moi me rendaient dingues et brûlant, me rappelant à quel point j'étais indispensable à son plaisir. Ses yeux valsèrent soudainement vers l'arrière dans un spasme d'exaltation qu'il ne put contrôler avant qu'ils ne reviennent s'ancrer sur moi, se plonger dans mon regard. Et je tiquai soudainement. Tout son visage se perdait dans le plaisir le plus pur, s'oubliant complètement, sa langue pendait, son corps tremblait, ses paupières étaient à moitié fermées et ses pupilles étaient encore plus dilatées que d'habitude. Mais une légère once de déception traversait son regard. Je le prenais violemment, et il adorait ça, réclamant plus, se resserrant autour de moi à chaque coup, nous électrisant d'une extase brusque. Mais je le prenais violemment sans la douceur qu'il m'avait demandé. Bien-sûr, cette demande était absurde, mais l'idée que je puisse ne pas entièrement le satisfaire me vola une profonde frustration insupportable. Je ne pouvais pas être violemment doux, mais je pouvais essayer d'être tendre quelques instants. Je resserrai ma prise sur ses hanches, me retirai complètement de lui avant d'y replonger brutalement d'un mouvement bestial pour m'y enfoncer entièrement. Une décharge comparable à elle seule à une injection d'héro parcourut mon corps alors qu'il gueula sans retenue mon prénom à en perdre la voix. Je bloquai son bassin contre moi et arrêtai mes mouvements sous un regard surpris. Je restai immobile quelques secondes, profitant de le sentir se resserrer autour de mon érection de façon régulière, m'offrant un doux plaisir, pour reprendre mon souffle. L'une de mes mains lâcha ses hanches pour venir se poser sur sa joue que je caressai de mon pouce avant de venir lentement déposer un chaste baiser sur son ventre. Ses yeux me suivirent assidûment alors qu'il semblait perdu. Je finis par mouver doucement mon bassin en lui avant de commencer une série de va-et-vient lents, arrêtant de marteler sa prostate pour simplement la caresser. Je remontai mes lèvres jusqu'à son torse, atteignant son téton que je vins tendrement mordiller, le faisant gémir dans une douceur agréable alors que sa main qui griffait jusque-là mon épaule vint jouer avec mes cheveux. Un adorable petit sourire apparut sur sa gueule marquée par le désir avant qu'il ne demande d'une voix rauque, légèrement brisée par ses cris :
-Tu essayes de me faire plaisir ou de me frustrer ?
Je souris contre sa peau. Je me frustrais seul, ravalant mon besoin de le prendre sauvagement, pour lui faire plaisir.
-Comment je suis sensé te prendre violemment avec douceur ? C'est impossible Eren…
Il attrapa tendrement mon menton pour que je relève la tête avant de s'approcher difficilement de moi pour m'embrasser doucement, mouvant ses lèvres au rythme de mes légers mouvements en lui. Sa main qui triturait mes cheveux vint descendre le long de ma nuque avant de parcourir le haut de mon dos qu'il caressa du bout de ses doigts. Je sentis mes muscles se relâcher sous ce doux contact pourtant si subtil. Comment pouvait-il me faire autant d'effet avec des gestes si simples ? L'héroïne avait un pouvoir apaisant incroyable, mais même elle n'arrivait pas à détendre mon corps aussi rapidement que lui, même elle n'arrivait pas m'offrir une telle tendresse surprenamment agréable. Eren était un meilleur anxiolytique qu'elle, ça expliquait pourquoi je dormais mieux quand il était là. Je continuais à me mouvoir en lui lentement, me retenant d'enflammer davantage mon corps brûlant pour ne pas revenir à un rythme brutal, encore plus euphorique et extasiant qu'avant. Eren valait largement l'héro, cette substance qui était pour moi la seule relation sentimentale que j'avais eu. Ses lèvres se séparèrent des miennes et sa main vint caresser ma joue alors qu'il posa son front contre le mien, ses yeux embrumés d'un plaisir divin semblaient se perdre dans un bonheur absolument adorable. Il murmura de sa voix la plus douce, presque mielleuse :
-Merci de tenter l'impossible.
Je levai les yeux en l'air, espérant que mes rougeurs se camouflent dans la fièvre de nos ébats.
-T'es niais, lui répondis-je d'un ton faussement agacé.
Ses doigts continuaient de me caresser, de détendre tout mon corps, réussissant à contenir encore un peu le besoin primitif et animal que j'avais d'accélérer les choses, de nous propulser dans les cieux, au paroxysme du plaisir corporel, alors que mes mouvements étaient si lents, si frustrants. Il souffla discrètement du nez avant de me répondre, tout sourire :
-Tu essayes de satisfaire mes caprices les plus absurdes, toi, t'es adorable.
Je lui assénai un violent coup de bassin, butant contre sa prostate, faisant valser ses yeux vers le ciel sous le plaisir brusque alors qu'il s'accrocha à ma nuque pour garder son front, légèrement transpirant, contre le mien. Un léger sourire satisfait orna sa magnifique gueule, me volant un puissant frisson d'excitation. Et dans un murmure volontairement innocent, alors que ses yeux se remplissaient de cette insolence si bandante et provocante il déclara :
-T'es adorable.
J'en perdis mes moyens et le peu de contrôle que j'avais sur moi-même. Face à cette provocation arrogante spécifiquement faite pour me pousser à bout, je le repoussai brutalement contre le matelas, le bloquant d'une main contre son torse alors que de la seconde je raffermis ma prise sur ses hanches pour me permettre de mieux maîtriser son corps, l'empêchant d'influencer le rythme de mes va-et-vient. Je m'enfonçai rapidement en lui plus violemment et profondément encore, faisant soudainement repartir notre ébat dans une bestialité jouissive et mon coeur dans une frénésie brutale comme si, en pleine influence d'une injection d'un fix, je venais de sniffer un rail. Eren m'offrait l'apaisement et l'extase démesurable de l'héro avec l'énergie et le rythme cardiaque engendré par la coke, c'était un putain de speedball plus addictif encore, un mélange interdit, enivrant, qui te provoquait autant de perte que de contrôle sur ton esprit et ton corps. Je me perdais en lui, enfonçai mes ongles dans sa peau, butant encore contre sa prostate et brutalisai ses entrailles qui se resserraient autour de moi amenant mon corps jusqu'à un incendie sans précédent. Il se remit à crier sous chacun de mes mouvements alors que les tremblements de son corps m'indiquaient qu'il s'approchait dangereusement de l'orgasme à chaque seconde, et que ce dernier serait tellement dévastateur que ça en était presque effrayant. Mais malgré la violence du plaisir qu'il ressentait, il continuait de me fixer moi, de me dévorer du regard, de me faire comprendre à quel point il était heureux de me sentir en lui. Ses yeux étaient aussi doux que sauvages, reflétant son envie et ses sentiments. Et y voir ces derniers me rendait encore plus dingue, à me perdre dans une fièvre animale, réalisant à quel point ils rendaient le sexe encore meilleur. Eren était une drogue dévastatrice et nos ébats étaient un mélange incroyable, j'espérais seulement qu'il n'allait pas me faire crever d'une overdose ou d'un soudain arrêt cardiaque.
-Plus fort !
Et j'accélérai alors, violentant son corps tremblant et transpirant que j'empêchais fermement de bouger, l'obligeant à ne pouvoir que subir l'extase foudroyante que je lui offrais alors que le feu de mes entrailles était si puissant que je me savais au bord de la délivrance. Chaque friction de mes gestes si brusques en lui me procuraient des vagues si intenses que chacunes d'entre elles étaient comparable au plaisir d'un orgasme. Il criait, gémissait, les yeux larmoyants d'une luxure et d'un bonheur qui semblait le foutre en transe alors qu'il lâchait parfois des syllabes incompréhensibles.
-J-je t-te préviens ~
Me sentant au bord de l'explosion la plus puissante que mon corps n'avait jamais connu, je retirai ma main de son torse pour venir attraper son érection sur laquelle je calai soudainement des va-et-vient au rythme de mon bassin qui se mouvait sans douceur en lui, faisant doubler les cris mélodieux d'exaltation qu'il ne pouvait retenir.
-Je t'aime !
Et je l'assénai d'un coup de butoir encore plus ample, violent et brutal contre sa prostate, emporté par ses mots d'une puissance presque insupportable qui me faisaient l'effet d'une bombe, explosant l'incendie de mon corps. Il se cambra dans un cri d'extase, se brisant quasiment la voix, sans détourner ses yeux débordant de moi alors qu'il vint se déverser entre nos torses en se resserrant plus fortement encore autour de moi. Et je fus pris d'un tsunami de plaisir plus électrisant et brûlant que la prise de n'importe quelle drogue, me faisant perdre le contrôle de mon corps, venant m'écraser contre le sien, ne parvenant à maîtriser aucun de mes muscles alors que je me sentais atteindre bien plus haut que tous les cieux de ce monde de merde. Cette extase si virulente vint me bercer presque dans une plénitude alors que j'avais la sensation de perdre connaissance relâchant complètement le feu de mes entrailles en me lâchant entre les siennes si serrées et addictives. Eren n'était pas l'héroïne. Eren était meilleur que la plus pure des injection d'un fix en intraveineuse, rendant cette dernière presque dérisoire. Je restai contre lui, reprenant doucement conscience de l'endroit où j'étais, le front transpirant contre son torse que j'eus envie d'enlacer. L'héroïne avait toujours été un substitut, une substance illusoire qui m'avait donné la sensation de trouver le plaisir d'être aimé, mais aussi puissante fut-elle, elle n'avait été qu'une pure fiction pour combler le manque sentimental. C'était donc insensé de la comparer à Eren. Il ne comblait pas le manque de l'héro, il la surpassait largement puisque lui était réel. Je me reposai contre lui quelques longues secondes, appréciant le flot d'endorphine qu'il venait de m'offrir avant d'embrasser tendrement sa douce peau recouverte d'une fine couche de sueur. Je finis par me retirer de lui et m'écrouler à ses côtés alors qu'il put enfin respirer sans que je ne l'écrase. Mon coeur battait la chamade, mon souffle était anarchique alors que tous les muscles de mon corps se détendaient entièrement sous cette dose hormonale intensément plaisante après un tel orgasme d'une ultime puissance. Ses yeux vinrent se perdre dans les miens, brillants, me déclarant bien trop de choses complexes en souriant comme le parfait gamin heureux qu'il était. Un agréable silence prit place entre nous, seulement rythmé par nos respirations irrégulières et fortes avant qu'il ne le brise un peu hésitant.
-Tu veux un-
-Nan Eren, balançais-je sans avoir réellement entendu qu'il s'était mis à parler.
Une lueure d'incompréhension vint prendre place dans son regard interrogateur. Je repris mes mots, me rendant compte que j'avais commencé ma pensée à haute voix :
-J'ai jamais ressenti autant de plaisir avec quelqu'un d'autre que toi.
Et ses yeux se remplirent de joie, illuminés d'étoiles d'émerveillement face à moi, lui donnant l'air d'un gosse qui recevait sa première console pour Noël. Pris d'un soudain spasme d'un bonheur apparement trop intense pour qu'il en reste immobile, il me prouva que je valais bien plus qu'un simple cadeau onéreux en se jetant sur moi pour m'enlacer. Ses bras se serrèrent si fortement autour de mes côtes qu'on aurait dit qu'il cherchait à les briser alors que l'anéantissement brusque de notre proximité vint obliger ma tête à se foutre dans le creux de son cou. Nos respirations étaient toujours irrégulières, la sienne carrément anarchique, et cet adorable débile tentait quand même de nous étouffer. Je souris doucement contre sa peau encore transpirante en me permettant un laisser aller nouveau, entourant légèrement mes bras autour de sa taille, ce qui ne fit que l'encourager à resserrer davantage cette étreinte. Je savais bien qu'il allait finir par me crever ce con, mais je ne pensais pas qu'il essaierait aussi tôt. Je laissai ce gamin dénué de retenue me câliner avec beaucoup trop d'enthousiasme, appréciant honteusement de voir à quel point mes simples mots pouvaient le rendre si heureux. Ça foutait quand même un putain de coup à mon égo sa connerie, donc ça allait pour ce soir mais la prochaine fois qu'il se jetait sur moi de cette façon, c'était ses côtes à lui qui allaient se briser. Il finit par retirer ses bras qui encerclaient mon corps, coupant cette étreinte, pour venir tendrement entourer mes joues de ses mains et m'embrasser avec douceur, mouvant langoureusement ses lèvres contres les miennes pour m'offrir un baiser addictif remplit de bien trop d'affection et de sentiments pour que je n'y réponde pas. Il se redressa, nous séparant, pour venir me détailler du regard, les yeux étincelants avant que je ne déclare à voix basse :
-Désolé si j'ai été trop brutal, la douceur c'est pas vraiment mon domaine de base.
Il me répondit par un immense sourire aussi amusé qu'heureux.
-Si je dois faire l'impasse dessus pour avoir le meilleur orgasme de ma vie, je t'autorise à être aussi brutal que tu veux. Puis honnêtement, si je te pousse à bout à chaque fois, c'est qu'au fond, la tendresse c'est pas vraiment ce que je cherche dans le sexe. Mais merci d'avoir essayé hein, c'était touchant.
Je tiquai à sa dernière phrase qui me donna la désagréable sensation qu'il se foutait de ma gueule, mais fus quand même soulagé de savoir que ça avait été aussi incroyable pour lui que pour moi.
-Tch, ferme-la.
Il pouffa légèrement en caressant ma joue. Pourquoi plus le temps avançait, plus cet adorable sale gosse se permettait de se foutre ouvertement de ma gueule ? Il déclara soudainement, stoppant brusquement les battements de mon coeur :
-Je suis vraiment heureux Levi, je pensais pas que ça pouvait être réciproque et… je suis désolé si je suis niais ou un truc du genre, je me doute que ça doit pas te foutre à l'aise mais je te jure que je me retiens d'être encore plus débilement fleur bleue. J'imagine bien que t'es pas trop romantique et que les déclarations c'est pas ton truc, mais… t'as changé ma vie et j'espère vraiment que je vais continuer à vivre avec toi le plus longtemps possible parce que je me souviens pas de la dernière fois où je me suis senti aussi heureux.
Mon corps arrêta instantanément de fonctionner. J'aurais aimé couper ses paroles en le forçant à fermer sa gueule, mais je m'étais déjà figé à l'entente de ses premier mots. Il me fixa quelques longues secondes où l'envie d'arrêter le temps et de fuir son champ de vision fut encore plus violente qu'avant. Et comme s'il se rendait soudainement compte de ce que ce genre de phrases me provoquaient, il détourna subitement les yeux en se mordant la lèvre, se retenant de se foutre davantage de ma gueule. Il finit par déclarer, hésitant, un sourire léger collé à la gueule, en essayant sûrement de passer à autre chose pour m'éviter de crever sur place :
-Hé mais du coup, j'ai le droit de rester hein ? Tu me fous plus à la porte, c'est cool.
Je repris miraculeusement contrôle de mon corps, mon coeur se remettant à battre. Je vins fermement attraper son épaule pour l'obliger à se refoutre sur le dos et me lâcher au passage.
-Si t'évites tes conneries de guimauve ouais, sale gosse.
Il ria doucement en venant effleurer ma main, me volant un doux frisson au passage.
-Je ne te promets rien.
Je levai les yeux au ciel à sa réponse, exaspéré par sa détermination à me foutre dans un état désagréable où j'étais incapable de penser correctement en perdant le contrôle de moi-même. C'était vraiment un morveux insolent. Je finis par reposer mon regard sur lui, étant de toute façon incapable de le poser ailleurs. Il souriait comme un abruti bien trop heureux, me donnant l'impression que même si le monde s'écroulait autour de lui, il ne perdrait pas son adorable sourire béat. Je l'observais un moment, détaillant la finesse et la douceur de l'expression la plus joyeuse que j'avais vu sur ce visage sublime quand une pensée étrange traversa mon esprit. Est-ce qu'Eren allait se comporter différemment avec moi maintenant ? Une légère interrogation parcourut son regard comme s'il venait de comprendre qu'une question s'était immiscée dans mon crâne. J'hésitai un instant avant de demander maladroitement :
-Mais, en vrai ça change quoi ?
Il fronça brièvement les sourcils, ne comprenant sûrement pas le sens de mes mots. Je soupirai avant de répondre, légèrement mal à l'aise :
-C'est réciproque, ok, mais concrètement, au niveau comportemental, qu'est-ce qui change entre nous ?
Ses yeux s'écarquillèrent soudainement avant que sa bouche ne s'entrouvre quelque peu.
-Attends, t'es en train de me dire que t'as jamais été en…
Il se coupa soudainement, comme s'il allait sortir une connerie qu'il fallait mieux qu'il garde pour lui. C'était rare qu'il se retienne de dire de la merde, quelque part ça m'intriguait presque. Il reprit finalement ses mots :
-Enfin, tu t'es jamais retrouvé dans cette situation ?
Je levai les yeux au ciel, l'air faussement dépité, alors que j'essayais de contenir le malaise désagréable qui me tordait le bide.
-Nan, et j'ai jamais compris ce genre de conneries, c'est bien pour ça que je te demande ce qu'on est censé faire.
Son corps se secoua dans un léger spasme de rire alors qu'il vint rapidement plaquer sa main contre sa bouche pour empêcher ce dernier de sortir. Le fait qu'il se retienne de se foutre de ma gueule était peut-être encore plus humiliant que s'il l'avait fait ouvertement. Qu'est-ce qu'il y avait de drôle ? J'étais une merde socialement parlant, ça n'avait rien de nouveau. C'était normal que je lui demande la liste d'absurdités comportementale que les gens faisaient avec ce sentiment, que je puisse savoir ce qu'il voulait et ce que j'acceptais dedans. Il finit par expirer très longuement, apparement pour se retenir d'éclater de rire, avant de répondre le plus posément possible :
-Y'a pas de règles absolues à suivre tu sais, ça serait chiant, on fait ce qu'on veut.
Je fronçai les sourcils à sa réponse qui me parut plus ou moins incohérente. Ça n'avait pas de sens, si ce sentiment n'était pas régi par une liste de codes à respecter, alors pourquoi tout le monde avait l'air de faire la même chose ? À se coller comme des cons et à s'offrir des végétaux colorés coupés de leurs racines qui fanent en quelques jours. Et même, si on faisait ce qu'on voulait, ça devenait juste flippant. Je n'avais aucune idée de quoi changer avec lui mais ça me paraîtrait insensé de ne rien changer non plus. Je le fixai quelques secondes avant de demander plus sobrement, un peu moins mal à l'aise :
-Mais toi tu veux quoi ?
Son sourire se fit encore plus débilement niais quand il me répondit :
-Juste toi Levi, après on verra bien comment ça marche.
Je fis claquer ma langue contre mon palais à cette phrase bateau et fleur bleue qui ne m'arrangeait pas vraiment.
-Nan, dis-moi ce que t'aimerais, et je te donne mon accord ou non, sinon on va galérer.
Un léger rire mélodieux traversa la barrière de ses lèvres. C'était officiellement moins humiliant qu'il ne se retienne pas, surtout que la douceur de ce son apaisait légèrement mon envie de lui briser la nuque lors de ses moqueries.
-T'es beaucoup trop structuré et t'as vraiment un problème d'addiction avec les listes.
Je levai les yeux au ciel à sa remarque. Peut-être qu'en effet j'avais une obsession pour les listes, mais ça avait le pouvoir incroyable de me permettre d'apprendre les règles sociales et comportementales nécessaire aux interactions inévitables que je n'avais jamais comprises. J'étais sûrement le seul attardé qui avait une liste pour savoir qui j'étais censé vouvoyer, que je ne respectais d'ailleurs plus vraiment mais qui m'avait quand même servi pour trouver mon boulot de merde. Et puis honnêtement, si Eren n'avait pas fait une liste de ses fantasmes et envies, je n'aurais pas pu être aussi entreprenant au pieu, du moins pas au point de ramener une corde pour l'attacher sans craindre sa réaction.
-C'est plus simple pour se comprendre, et puis on peut pas rester qu'avec des règles sexuelles entre nous, nan ?
Il sourit tendrement à l'entente de mes mots avant de pencher la tête en faisant une adorable petite bouille d'approbation l'air de dire : "ouais, t'as pas tort". Il me fixa un instant, se demandant certainement ce que moi je voulais, mais finis par soupirer légèrement. J'esperai sincérement qu'il comprenne que j'étais complètement perdu à ce niveau-là, et que même si j'acceptais parfaitement de dominer son cul sans problème, sur le stade sentimental je n'allais pas du tout savoir me montrer entreprenant. J'espérai sincerement qu'il le comprenne, mais qu'il n'oserait jamais le balancer à haute voix, sinon j'allais être obligé de lui faire bouffer ses dents. Il finit par répondre, acceptant finalement de me faire une sorte de liste :
-Bah, je veux pas te forcer à ce niveau-là, je sais que t'es pas la personne la plus tactile du monde mais... j'aimerais bien pouvoir t'embrasser quand j'en ai envie, sans forcément que ça soit pour le cul quoi.
Je fixai ses lèvres dont la douceur inégalable m'attirait toujours avant d'hocher sobrement la tête, lui volant un grand sourire de joie, les yeux pétillants. Il se remit sur le côté, vint attraper ma nuque et m'embrasser tendrement comme pour me remercier en silence. Le baiser fut chaste et court, mais ce qu'il exprimait le rendait incroyablement différent de ceux qu'on avait l'habitude d'échanger.
-Et hum, reprit-il à quelques millimètres de moi, quand on est sur le lit ou le canap', tu m'autorises à t'enlacer ou juste me caller vraiment contre toi ?
La rougeur de ses joues et l'hésitation de son regard ne faisaient que le rendre plus adorable encore. Je vins lever les yeux au ciel, lui faisant croire que je me foutais de son air de fragile gêné alors que j'adorais le voir comme ça face à moi.
-Si t'essayes pas de me briser une côte et me serrant comme un gamin d'accord.
Il sourit doucement amusé alors que sa gêne ne se fit que plus visible lorsque sa main qui frôlait la mienne vint tendrement enlacer nos doigts ensemble avant qu'une interrogation timide ne s'installe dans son regard, attendant sûrement ma réaction. Mais je ne fis rien, ne comprenant absolument pas l'intérêt de son geste et pourquoi il le rendait aussi frêle, à la limite du ridicule. Il me fixa de longues secondes intenses où il semblait détailler entièrement mon visage, à la recherche du moindre signe qui lui ferait comprendre si j'acceptais oui ou non son geste. Mais au bout d'un moment, il finit tout simplement par me demander :
-Et ça, j'ai le droit de le faire ?
Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas vraiment pourquoi il cherchait à me tenir la main, elle qui tenait déjà très bien toute seule. Pour le coup, je n'avais aucune idée d'en quoi ça pouvait être agréable, mais ça n'était pas spécialement gênant, alors si ça lui faisait autant plaisir, pourquoi pas. Je vins quand même déclarer, voulant être le plus clair possible :
-Pas tout le temps, ça doit être particulièrement chiant si j'ai envie d'aller aux chiottes quoi, puis j'ai pas non plus envie qu'on soit tout le temps collés à moins de cinquantes centimètres.
Son adorable gueule se transforma soudainement en dépit absolu à l'entente de ma réponse, me fixant maintenant, exaspéré, comme si j'étais un putain d'extraterrestre attardé. Il vint masser doucement ses tempes, comme si je venais de balancer la plus grosse connerie de l'univers.
-Nan mais…
Il laissa ses mots en suspens en soupirant, complètement dépité, avant de lever les yeux au ciel. Je me vexai légèrement à sa réaction qui me donnait la désagréable sensation que je ne pouvais pas être plus à côté de la plaque. Je vins reprendre mes mots, voulant absolument passer à autre chose et arrêter de constater mon incompréhension sociale dans le moindre de ses gestes :
-Mais quand je suis immobile et que ça me bloque pas, tu peux.
Il finit par pouffer, toujours aussi exaspéré, avant de répondre en soupirant :
-Ok, ça me va.
Il était très clairement en train de se foutre de ma gueule alors que je semblais le désespérer totalement. Je fis claquer ma langue contre mon palais pour lui faire comprendre que je préfèrerais qu'il passe à autre chose avant que je ne lui demande :
-Et sinon, y'a d'autres trucs ?
Il replongea ses yeux dans les miens en essayant sincèrement de ravaler son insupportable rictus amusé. Les traits de son visage s'apaisèrent alors que son regard semblait se perdre dans le mien sous la légèreté du silence agréable qui s'installait au fur et à mesure que les secondes défil-
-J'ai le droit de te dire "Je t'aime" ou ça te file des crises cardiaques ?
Mon coeur s'arrêta instantanément avec mes pensées alors que mon corps se crispa brusquement à l'entente de ses mots qu'il ne semblait pourtant pas trouver si violent malgré leur brutalité insupportable. Il sourit tendrement avec une insolence bien trop visible pour que je n'ai pas l'envie de la lui faire ravaler avec sa langue. Mais alors que je restais happé par ses yeux sublimes malgré l'amusement de merde qui y était présent et semblait dû à ma gueule, me demandant à quel point j'allais lui éclater sa jolie tronche contre le mur quand j'aurais retrouvé le contrôle de mes bras, il rajouta, les yeux pétillants de joie mais avec bien trop d'arrogance de morveux :
-T'es sensib-
J'attrapai brusquement un coussin pour lui plaquer contre sa sale gueule de gosse décérébré et suicidaire afin d'étouffer la suite de ses paroles qu'il pouvait se foutre au cul.
-Si tu veux pas crever Eren, je te conseille de fermer ta gueule.
De légers tressauts de rire parcoururent son corps alors que ce gamin insolent dont les doigts étaient toujours entrelacés aux miens vint tendrement caresser mon pouce. Je ne sus pas si ce geste était censé sonner comme un "désolé", mais je me sentis encore plus humilié après celui-ci. Il tenta de rapprocher sa main libre de mon visage mais je le coupai en la dégageant brusquement avant de grommeler, irrité par sa connerie :
-En plus c'est absurde, pour savoir si je le suis il me faudrait un comparatif, c'est complètement con, j'ai jamais été quelqu'un d'autre que moi, donc épargne-moi tes contradictions et ferme-là.
Mais alors que je lui exposais ma réflexion parfaitement objective et lucide, il avait profité du fait que je lâche le coussin, en dégageant sa main, pour enlever ce dernier de sa tête et me répondre par un doux sourire amusé. Ses yeux d'une intensité presque déstabilisante étaient aussi magnifiques qu'insupportablement chiants parce qu'ils étaient bien trop lisibles, et que ce que j'y lisais heurtait sincèrement ma fierté. Parce qu'il y était écrit "c'était une affirmation mon vieux, je te demandais pas ton avis". Heureusement pour sa gueule il ne le prononça pas à haute voix lorsqu'il déclara :
-Si tu veux, mais du coup, j'ai le droit de le dire ?
Je levai les yeux au ciel, exaspéré par son forçage de gosse et aussi un peu sur la sensation de trouble que je ressentais. D'un côté balancer ce genre de chose était bien trop violent pour que je le supporte toute la journée sans que l'un d'entre nous n'en crève, moi par arrêt cardiaque ou lui après une mystérieuse chute du troisième étage. Mais d'un autre, la sublime joie qui traversait ses yeux lorsqu'il prononçait ces mots était si enivrante que je me refusais de ne pas y plonger de temps en temps. Je laissai un long soupir s'échapper de mes lèvres avant de répondre d'une voix un peu trop basse pour que ma gêne ne s'y fasse pas sentir :
-Pas trop souvent alors.
Et avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit avec ce grand sourire comblé, je repris brusquement d'un ton bien plus assuré :
-Par contre t'as eu ton quota pour aujourd'hui, donc réfléchis avant de balancer une connerie.
Il se retint de répondre et hocha la tête dans un geste ample, le sourire jusqu'au ciel et les yeux pétillants de bonheur. Sa gueule enthousiaste était honnêtement beaucoup trop adorable pour que je me retienne de sourire face à elle, le coeur doucement réchauffé à cette vue attendrissante, alors qu'il se rapprocha légèrement de moi, avant de tendrement déposer sa main sur ma joue en me remerciant dans un murmure.
-T'as l'air niais Eren, murmurais-je à mon tour.
-Et ça n'a pas l'air de te déranger, et même si c'était le cas, je ne pense pas que tu puisses me l'interdire.
Je levai les yeux au ciel à sa réponse. Il n'avait pas tort, certes ça lui donnait l'air d'un con, mais un con beaucoup trop mignon pour que ça puisse me déranger.
-Y'a rien que je t'interdis de faire à part d'aller voir ailleurs.
Il sourit tendrement à ma phrase en resserrant l'étreinte de nos doigts qui ne s'étaient pas détachés depuis.
-Et les surnoms, repris-je soudainement, ça c'est mort, les surnoms c'est interdit.
Un petite lueure partagée entre la surprise et l'amusement traversa son regard.
-N'y pense même pas morveux. Ose m'en filer un et ta gueule risque d'étrangement fusionner avec le sol, menaçais-je non sans un discret sourire amusé.
Évidemment nan, je ne serais pas capable de lui faire réellement mal, j'avais le sang chaud et je partais vite au quart de tour, mais j'étais pas un connard non plus. Par contre je ne déconnais pas avec l'interdiction des surnoms, si un jour il me balançait une mièvrerie quelconque, je serais capable de lui faire passer la pire semaine de son existence même sans avoir à utiliser mes poings.
-Mais Levi… "gamin" et "morveux" c'est des surnom.
-Ferme-là gamin.
Il leva à son tour les yeux avant d'apparemment passer outre ma contradiction comportementale en venant tendrement s'emparer de mes lèvres le temps de quelques douces secondes agréables avant qu'il ne murmure avec une pointe de tristesse dans la voix, marquant un changement soudain dans la conversation :
-Est-ce que je dois abandonner l'idée que tu me parles de ton passé un jour ?
Sa voix était tellement basse qu'on aurait dit qu'il venait de me dévoiler un secret, comme si le fait que je ne parlais pas vraiment de ma vie en soit un, alors que c'était d'une évidence assez frappante. Je ne dis rien, ne sachant quoi répondre à une telle demande. Je ne savais pas encore quoi faire avec lui à ce niveau-là, fermer complètement ma gueule ou lui offrir une vérité partielle où j'omettrais volontairement ce qui se devait de rester dans le silence. Mais sur le moment, je choisis le mutisme, me contentant de le fixer sans un mot. Il finit par soupirer avant de déglutir, comme si ce qu'il allait prononcer lui demandait un effort considérable.
-Je suis trop curieux pour ne pas te poser de questions, reprit-il. Mais si t'arrête d'être sur la défensive et de t'énerver, je te promet d'arrêter de forcer comme un gosse quand tu me dis que tu ne veux pas en parler.
Ses yeux quelque peu hésitants cherchaient l'approbation dans mon regard alors que je voyais parfaitement la frustration sur son visage, m'indiquant à quel point il se faisait violence pour me proposer de contenir sa curiosité obsessive contre mon calme. Si on oubliait qu'il gardait parfois la même paire de chaussettes deux jours d'affilés, Eren était clairement la meilleure chose qui puisse m'arriver. Et cet arrangement était particulièrement mature et lucide de sa part étant donné que c'était le sujet sur lequel on se prenait le plus la tête… enfin c'était lui qui me prenait la tête avec ça, mais je devais bien avouer que je lui répondais rarement de manière tendre dans ces moments-là. Et peut-être que de cette manière, je pourrais lui offrir des vérités partielles mais en les indiquants comme telles, sans qu'il ne s'acharne à tout connaître de moi, en étant simplement honnête. Je lui souris légèrement, plutôt satisfait de voir à quel point il était prêt à faire des efforts pour moi, avant de demander, un peu amusé :
-Tu peux vraiment te contenir toi ?
Il me sourit en retour, comprenant en silence que j'acceptais sa proposition.
-Et toi tu peux vraiment être calme ?
Je levai les yeux au ciel, appréciant son répondant de mioche un peu grande gueule. Mais d'un autre côté, je savais que je l'avais déjà vraiment blessé à être beaucoup trop ferme voir violent dans mes mots quand il s'obstinait à me balancer question sur question, alors une légère inquiétude commença à me traverser l'esprit, me demandant s'il lui arrivait encore de me voir comme un inconnu.
-Arrête de te prendre la tête, reprit-il brusquement, évidemment que je te considère pas comme un inconnu.
J'eus presque un sursaut d'étonnement à l'entente de ses paroles. Comment pouvait-il savoir que je pensais à ça ? Il leva les yeux au ciel à ma réaction avant d'ajouter :
-Je suis juste… obsédé par l'idée de tout connaître de toi, mais ça veut pas dire que je te connais pas non plus… sinon je pourrais pas lire dans tes pensées d'ailleurs.
-Quoi ?
Il sourit amusé à ma réponse bien trop spontané. C'était nouveau chez moi ça, la spontanéité.
-C'est fou Levi à quel point tu te rends pas compte que t'es lisible. Genre vraiment, tout sur ta gueule et dans tes gestes écrit en grosse lettres sur ton front "Ado de 25 ans, alcoolique et agoraphobe, déteste sa ville et son métier".
Je fronçai les sourcils en sentant ma bouche s'entrouvrir légèrement, étant aussi surpris que vexé par ses mots. Je n'avais rien de lisible et j'avais eu 25 ans pour le constater… et j'étais pas un putain d'ado. Mais avant que je ne lui dise d'aller se faire foutre, il reprit la parole avec une assurance encore plus insolente :
-Quoique tu bois de moins en moins en ce moment, je sais pas vraiment si c'est parce que t'en as moins besoin ou si t'as juste pas envie de trop te foutre minable devant moi. Dans les deux cas, ça te rends plus si alcoolique que ça, mais le reste c'est une putain d'évidence. T'es au courant que t'es encore plus cynique et désagréable quand tu sors de cet appart' ?
Je claquai ma langue contre mon palais pour seule réponse, refusant de lui donner aussi facilement raison.
-Je t'ai regardé marcher dans la rue une fois, reprit-il, et tu prends soin de ne jamais croiser un passant à moins de deux mètres, y'a qu'un agoraphobe pour faire ça, à moins que tu sois tellement maniaque que tu fais ça par précaution, au cas où il se lave pas.
Je détestais le contact non désiré avec des pnj aux déplacements linéaires, à la présence irritante et ouais, sûrement à l'hygiène douteuse. Mais je pensais pas que c'était si voyant que ça.
-Mais y'a pas que la foule avec laquelle t'as un problème à l'extérieur. Je veux dire, tout dans ton appart' doit être à sa place et propre, jamais t'accepterais de laisser trainer un emballage ou un mégot, puisque tu descends tes poubelles tous les jours et que tu vides, rinces et fous à la machine tes cendriers alors que tu les as déjà lavé à l'eau. Mais dans la rue, tu balances tes fins de clopes sans même les éteindre et tu te fais même pas chier à chercher une poubelle avant de jeter tes déchets par terre. Et ça ressemble pas à de la flemme mais à de l'acharnement, comme si tu cherchais volontairement à salir le bitume. Sincèrement ça crève les yeux que tu détestes cette ville, mais t'inquiète pas, c'est pas parce que je jette les trucs dans une poubelle que je peux la blairer pour autant.
Mes yeux s'écarquillèrent à mesure que ses mots s'enchaînaient sans même qu'il n'ait à les chercher, me prouvant à quel point c'était évident pour lui, me foutant une énorme claque dans la gueule. J'étais une catastrophe sociale, alors qu'il remarquait ma phobie de la foule passait encore, mais qu'il puisse comprendre le dégoût que j'avais pour cette métropole oppressante à mes simples gestes me fila un étrange sentiment d'insécurité. J'avais la sensation assez désagréable d'être mis à nu, me volant quelque chose dont la perte me rendait méfiant. J'étais à poil face à lui pourtant j'avais quand même l'impression qu'il était en train de me dessaper. Mais la pointe de méfiance qui me piquait le crâne n'obstruait pas l'envie un peu étrange mais forte, sûrement curieuse, de voir à quel point j'étais transparent pour lui. Il sourit amusé en m'observant une fraction de seconde avant de reprendre :
-Mais pas autant que ce putain de lampadaire. Lui tu le détestes pas, tu le hais. Et c'est hilarant de te voir le foudroyer du regard comme s'il était responsable de la misère dans le monde, franchement, tu peux pas regarder par la fenêtre sans lui jeter un regard meurtrier. Et, sans vouloir te vexer, y'a rien de plus "ado" que de rejeter sa haine contre un éclairage qui t'as probablement jamais voulu le moindre mal.
Le sourire sincèrement amusé par ses propres paroles qu'il m'offrait me donnait envie de lui briser la mâchoire. Mais ses mots, aussi agaçants soient-ils, eurent l'étrange conséquence de me réchauffer le coeur qui s'emporta à l'entente décomplexée et si fluide de son élocution. Parce que malgré son insolence de sale gosse à se foutre de ma gueule, le voir balancer ce genre de chose sans qu'il n'ait même à y réfléchir me donna l'agréable sensation de comprendre à quel point je n'avais rien d'un inconnu pour lui, qu'il me portait un intérêt immense et qu'il me comprenait un peu trop bien. Il ne se contentait pas de décrire mes habitudes mais de les décortiquer avec tellement de pertinence que ça en était putain de troublant. Mais au lieu de lui dire que ça me rendait aussi heureux que craintif de constater que j'étais si lisible sous ses yeux, je me contentai de balancer :
-Je suis pas un ado Eren.
Il leva les yeux au ciel, d'un air quasi exaspéré avant de répondre :
-Alors, ça change un peu dernièrement, mais si on devait décrire ta vie de base, ça serait celle d'un ado excessivement cliché. Tu passes tes journées enfermé dans ta chambre à boire et à fumer devant ton ordi entouré d'une collection impressionnante de fictions, à te lever le matin pour aller au lycée à reculons et faire le moins d'effort possible en cours sous prétexte que tu te fais chier, prof ou pas ça change rien. Mais je juge pas hein, c'est plus ou moins mon cas aussi.
J'allais le castrer ce con. Que je sois heureux ou non de me sentir transparent pour lui, ça ne changeait rien au fait que là, j'avais très envie de lui faire bouffer ses couilles.
-Mais en vrai, continua-t-il sans se soucier de mon regard noir, depuis que je suis là, t'es plus souvent dans le salon, t'y bois ton thé le matin, on y passe pas mal de temps ensemble et t'as même commencé à y ranger quelques uns de tes bouquins ou de tes jeux. Ça me fait plaisir que l'espace dans lequel tu te sens bien se soit agrandi. Avant y'avait rien de personnel à cet endroit, à part des bouteilles mais faut surtout s'avouer que t'as pas de place dans ta chambre pour stocker tout l'alcool que t'as chez toi. D'ailleurs j'ai jamais compris pourquoi t'en avais autant, t'as de quoi te faire une dizaine de comas éthyliques, c'est obsessif à ce niveau-là.
Une étincelle d'interrogation vint naître dans ses yeux ancrés dans les miens, venant me demander silencieusement si j'acceptais d'en parler ou non. Je soupirai légèrement, oubliant mon agacement, avant de déclarer, la voix légèrement basse, un peu honteux de mes paroles et du pathétisme qu'elles sous-entendaient :
-Ça me rassure, je suis sûr de jamais en manquer.
Il sembla quelque peu surpris à l'entente de mes mots sans que je ne comprenne si c'était dû à ma réponse ou au fait que je réponde. Il se contenta de hocher la tête, se doutant sûrement que je n'avais pas forcément envie d'en parler plus que ça. C'était rassurant de voir que je pouvais réellement lui balancer ce genre de chose sans qu'il ne s'obstine absolument à savoir d'où venait mon alcoolisme. Ça me donnait la sensation que je pourrais vraiment me montrer honnête avec lui tout en gardant pour moi ce qu'il n'avait pas à savoir. C'était le meilleur compromis à faire pour que je n'ai pas à mentir. Je le remerciai en silence, souriant doucement face à son effort de ne pas me poser 50 questions à la seconde. Je finis par lui demander, étrangement frustré qu'il arrête de me balancer autant de vérités :
-Tu me trouves vraiment lisible ?
Il me répondit par un grand sourire, le regard surpris de se rendre compte que j'avais vraiment envie de savoir à quel point j'étais transparent pour lui.
-À partir de moment où j'arrive à comprendre tes expressions, tu deviens une véritable baie vitrée sur tes pensées. Je t'avoue que ça m'arrive même de volontairement te foutre dans telle ou telle émotions juste pour essayer de mieux te comprendre. Je sais que ça sonne comme de la manipulation ou quoi, mais c'est pas à ce point hein, c'est juste genre… je fais exprès de bien te montrer que j'attrape ma tasse par la anse pour essayer de comprendre pourquoi ça t'agace autant, mais pas ton faux agacement où tu lèves les yeux au ciel, nan le vrai quand t'as un petit spasme chelou au niveau du sourcil, me dit-il en venant frôler mon arcade. Enfin bref, juste pour te dire que nan, t'es pas un inconnu pour moi… et que je suis sûrement en train de passer pour un psychopathe… merde.
Mes yeux ne se détachèrent pas de lui, ahuris de l'entendre m'avouer quasiment ouvertement que sa curiosité envers moi était encore plus obsessive que je ne le pensais, à la limite d'être maladive, mais surtout de constater que ça me donnait vraiment envie de m'emparer de ses lèvres et de le baiser sur-le-champ. Allez savoir si c'était parce que son ton insolent me donnait l'envie de le "remettre à sa place", que comprendre qu'il pensait autant à moi m'excitait un peu trop ou que j'avais le besoin assez intense de lui montrer à quel point le sentiment d'être compris en silence me rendait étrangement heureux. Entre nous, moi-même je savais quelle était la réponse la plus plausible, mais évidement que je ne lui balancerais pas à haute voix. De toute façon, au vu de la légère satisfaction de sa belle gueule, il l'avait sûrement déjà compris, ce qui me donnait, bien-sûr, encore plus envie de le dévorer, alors je me contentai de lui demander :
-Un spasme du sourcil ?
Il pouffa brusquement avant de balancer de façon encore plus insolente :
-Ouais, on te l'as jamais fait remarquer ? Tu fais tout le temps ça quand je te taquine sur ta taille d'ailleurs. Au fait, en parlant de ta taille, quand on est allongé, arrête de toujours te rapprocher de la tête du lit pour te faire croire que t'es plus grand que moi, ça fait ressortir ton compl-
Je lui filai une pichenette si violente sur le front que sa tête partit vers l'arrière au moment même ou lui partit dans un rire beaucoup trop amusé pour mes pauvres nerfs. Oubliez ce que je disais plus haut, c'était bien pour le refoutre à sa place que j'avais envie de baiser ce sale môme dans l'immédiat. Putain, mais quelle plaie de m'attacher de cette manière à un morveux pareil, et putain de merde, pourquoi j'adorais quand il se foutait de ma gueule ? Il redressa la tête pour revenir plonger ses yeux remplis de joie et d'amusement dans les miens avant de déclarer, fier de lui, en souriant beaucoup trop et en me pointant du doigt :
-C'est exactement de ce petit spasme dont je parlais.
Et sans que je ne lui laisse la possibilité de m'humilier davantage, aussi étrangement agréable que cela pouvait être, j'attrapai sa nuque pour venir m'emparer de ses lèvres alors que son corps se rapprocha sans hésitation du mien pour qu'il passe ses bras autour de moi. Le baiser s'intensifia rapidement lorsque je sentis la douceur de ses jambes nues caresser les miennes, me volant un fort frisson de désir que j'exprimai en venant mordre soudainement sa lèvre inférieure ce qui le fit entrouvrir la bouche en gémissant. J'en profitai pour y glisser ma langue qui vint enlacer la sienne la faisant brusquement valser dans un rythme déjà bien trop sauvage alors qu'il s'agrippa fermement à mes cheveux lorsque nos bassins se frôlèrent. J'attrapai ses épaules pour l'obliger à se foutre sur le dos avant de l'enjamber pour me mettre à califourchon sur lui et de revenir contrôler sa bouche dans ce baiser brûlant alors que je maintenais ses poignets contre le matelas, l'interdisant de s'accrocher à moi. Je finis par me détacher de lui, haletant, les lèvres rouges le temps de reprendre mon souffle, mais alors que j'allais continuer à le dévorer il prit soudainement la parole :
-Attends, juste, un dernier truc pour finir la discussion avant qu'on baise, sinon je risque d'oublier, ça serait chiant.
Je redressai la tête, me replongeant dans son regard, quelque peu hésitant avant de soupirer légèrement, déçu qu'il me frustre encore si brusquement au moment précis où je commençais à m'emporter. Je vins donc lâcher ses poignets et le laisser parler :
-Je sais que notre relation est illégale, et donc qu'on pourrait avoir des problèmes. Mais, parfois, je sais pas trop mais, vu que tu me dis rien, je deviens un peu parano et j'ai une sorte de mauvais pressentiment en ce qui te concerne toi ou Hanji… non pas que je te fais pas confiance mais…
Je détournai les yeux, comprenant ce qu'il allait certainement me demander. Et alors que je me dis qu'il risquait de trouver ce réflexe étrange, je vins nicher ma tête dans son cou pour justifier mon geste et l'empêcher de voir mon expression. J'espérai sincérement qu'il n'allait pas comprendre les battements de mon coeur ou la boule qui commençait à se tordre dans mon bide. Il déglutit avant de répondre d'une voix encore plus hésitante :
-Est-ce que tu peux me promettre que tu ne me caches rien qui puisse me mettre en danger ?
Je me retins de faire le moindre geste suspect, me contentant de mordre ma lèvre inférieure en fermant les yeux, à l'abri de son regard. Après tout, Erwin surveillait l'entrée du bâtiment, alors aucun mal ne pourrait lui arriver ici, et vu qu'on ne sortait jamais ensemble dehors, il n'y avait aucune raison qu'il puisse lui arriver quoi que ce soit. J'embrassai tendrement la peau de son cou avant de remonter jusqu'à son oreille en espérant sincèrement qu'il n'ait pas réellement la capacité de lire dans mes pensées. Putain de merde, j'étais menacé de mort par des mecs organisé et sûrement armés. Je tendis ma main en sa direction, le poing presque fermé si on omettait mon petit doigt, levé vers lui. Et même si on oubliait les Tanesques, ma vie était remplie d'actions dont les conséquences pourraient me tomber sur la gueule n'importe quand, risquant peut-être de l'écraser aussi. Je sentis sa main frôler la mienne. Et le pire c'était qu'il allait me croire, il venait de trouver un arrangement pour que je puisse être honnête avec lui en laissant ce que je voulais sous silence, et 5 minutes après je me retrouvais à lui mentir comme un connard par pur égoïsme. Mais bordel, je ne pouvais pas lui répondre que non et risquer de le perdre. Alors, de ma voix la plus douce et posée, en entrelaçant son petit doigt avec le mien je déclarai au creux de son oreille :
-Je te le promet Eren.
J'étais un putain d'enfoiré.
Samedi 18 Octobre : 9h36
POV Eren :
Le bruit strident de cris dérangeants suivit d'un horrible son de trompette sûrement soufflé par un musicien bourré me réveilla brutalement dans un sursaut alors que mon cerveau se figea, ne comprenant pas d'où venait cette agression sonore.
Crazy ! Crazy Clochard !
Il poignarde les petits garçons ~
Oh putain, c'était juste ma sonnerie de téléphone, j'avais complètement oublié que j'avais mis cette merde.
Crazy ! Crazy Clochard !
On parle de lui dans toutes les prisons ~
J'ouvris difficilement les yeux, la tête enfouie dans mon oreiller avant de tatonner de la main la table de chevet dans l'espoir de trouver mon portable.
Crazy ! Crazy Clochard !
Tu égorges des putes et des chatons~
Je finis par réussir à attraper mon tel que je ramenai vers moi en me redressant légèrement, la tête dans le cul après un réveil aussi étrange.
Crazy ! Crazy Cloch-
-Allô ? Réussis-je à peine à prononcer après avoir décrocher sans même regarder qui m'appelait à cette heure si matinale pour un samedi.
-Écoutes-moi bien Eren, on a très peu de temps, alors je vais te demander de ne pas m'interrompre et de ne parler que quand je te le demanderai, je suis très sérieuse, cette conversation se doit d'être concise car elle est indispensable, on a que quelques minutes devant nous, tu comprends ?
-Han-Hanji ? Quelques minutes avant quoi ? De quoi tu p-
-Avant le retour de Levi bien-sûr, maintenant ne m'interromps plus, toi et moi on est pressé et il faut absolument qu'on parle d-
-Il est où ? Demandai-je d'une voix un peu plaintive en tâtant l'oreiller et le drap vide à côté de moi.
-Oh ~ T'es trop choupi Eren ~ Mais je n'ai pas le temps de te parler de ça, il risque de revenir et…. ok je te raconte parce qu'en vrai c'est hilarant, je me suis tapé une grosse barre il me détruit ce con. En gros, cet incapable il m'appelle ce matin pour me raconter ce qu'il s'est passé entre vous et tout et tout, d'ailleurs c'est un truc de fou, t'as grave une bonne influence sur lui, il s'est mis à s'excuser de toutes les fois où il a été chiant avec moi… enfin nan pas toute, sinon l'appel aurait durée plus de 5 ans sans interruption, mais dans le principe c'était ça, puis c'est déjà un truc de malade qu'il s'excuse de cette façon, c'est bien la première fois. Enfin bref, je te disais ? Ah oui, du coup il me raconte puis après il est perdu le pauvre, en mode "je suis censé faire un truc quand il se réveille ?", alors moi ça me fait grave rire tu vois, donc pour me foutre de sa gueule j'lui dis d'aller à la boulangerie pour t'acheter des trucs à graille pour le p'tit déj, et devine quoi ? Il le fait ce con ! Putain je suis morte, vraiment j'en peux plus, genre là Levi il est dans une boulangerie il achète des croissants ou d'autres conneries, t'imagines ? Nan mais Levi ! Dans une boulangerie ! Il sait pas ce que c'est des chouquettes ce con et là il t'achète des viennoiseries ! Je suis explosée au sol je te jure !
-Quoi ?
-Enfin c'est pas le sujet, reprit-elle soudainement bien trop sérieusement. Il va bientôt revenir mais avant ça, il faut que je te dise des trucs à propos de lui.
Je sursautai à l'entente de cette phrase, me redressai jusqu'à m'asseoir et me frottai les yeux, cherchant à réveiller au maximum ma petite cervelle semi-consciente pour qu'elle se concentre absolument sur cette conversation, ne voulant surtout pas en rater une miette.
-C'est très sérieux Eren, il faut que tu restes attentif, tu es prêt ?
-O-oui !
-Ok, alors d'abord, il faut que tu saches que Levi a un super-pouvoir.
… hein ?
-Et il est très spécial, reprit-elle tout aussi sérieusement. De base, Levi est une merde pour esquiver un sujet de conversation : soit il s'énerve, soit il fait l'autruche et ignore complètement. Mais il y a un sujet sur lequel l'esquive est absolument parfaite et subtile, un sujet qui, miraculeusement, n'arrive jamais avec lui, alors qu'il est très commun. Donc son pouvoir c'est de faire disparaître ce sujet de conversation des gens qu'il croise, trop fort nan ? Enfin bref, tout ça pour te dire que son anniversaire c'est le 25 décembre et que tu ne pourrais pas le savoir sans moi vu qu'il a une barrière psychique qui t'empêche de juste penser à lui demander. Donc, tu as intérêt à le retenir et à être libre, je m'en bats royalement les couilles de Noël, c'est une fête de merde, donc t'abandonne ta famille ce jour-là et tu le passe avec lui sinon je t'arrache la teub, c'est compris ?
-Heu… oui d'accord.
C'est vrai que maintenant qu'elle me le disait, je n'avais jamais pensé à lui demander la date de son anniversaire, c'était assez bizarre de ma part alors que j'étais quand même sacrément cur-
-Sinon, saches qu'il a jamais été en couple, et que t'as intérêt à pas prononcer ce mot-là sinon il risque de se figer sur place ou de s'étouffer en réalisant que c'est ce que vous êtes. Bref, en gros, il est pas du tout à l'aise et il comprend rien à ce niveau-là, donc s'il-te-plaît soit compréhensif mais n'hésite pas à quand même te foutre de sa gueule quand il est ridicule, parce que c'est marrant et que je crois qu'il aime bien ça au fond quand ça vient de toi.
-Tu penses que ça va le rendre plus à l'aise ?
-Je pense que ça va être une expérience sociale très intéressante sur lui et qu'on va se taper des barres, mais oui, probablement que si tu continues de le faire chier comme d'hab' il va être moins coincé du cul niveau sentiments. Mais dans tous les cas, il faut absolument que tu essayes de lui apprendre ce que c'est une vie de couple et que c'est pas forcément chiant et fade, évidemment il faut pas qu'il comprenne que tu lui apprennes à vivre, sinon il fera exactement l'inverse parce que c'est un ado avec beaucoup trop d'ego mon p'tit Lili… au fait, il a déjà dû te le dire mais ne lui donne pas de surnoms, moi je le fais mais il a abandonné l'idée de m'en empêcher après m'avoir plusieurs fois pété mes lunettes et le nez, donc je te conseille pas. Même si je doute fort qu'il te frappe vraiment un jour, il te fera sûrement encore pire et crois-moi, tu ne veux pas vivre ça, tu es trop jeune pour subir ses vengeances préméditées, et souvent préparées pendant des semaines grâce à sa rancune qui traverse le temps. Enfin bref, n'appelle pas Lili : Lili, il aime pas. Au fait, en parlant de lui foutre la haine, si jamais il fait des trucs romantiques, tu pourras m'appeler pour me les décrires ? Histoire que je comprenne son fonctionnement dans une situation sentimentale réciproque.
-Heu… non Hanji, je pense que même moi je ne suis pas assez suicidaire pour ça.
Elle râla comme une débile à l'autre bout du téléphone, rouspétant telle une enfant qu'on aurait privé de goûter.
-Merde, se contenta-t-elle de dire.
-Et, en parlant de son "fonctionnement sentimental", il a déjà dit "je t'aime" à quelqu'un ?
Un gros blanc s'installa pendant quelques secondes avant qu'elle ne me réponde d'un ton ferme, presque froid :
-Ne le force jamais, il va se braquer et moi je viendrais pour te défoncer la gueule.
-Qu-
-En parlant de t'éclater contre un mur, reprit-elle soudainement d'un ton bien trop joyeux, si jamais tu lui fais du mal, le trompes, le trahis ou une autre vilainerie du genre, t'es mort. Et saches que je ne déconne pas Eren, je suis médecin, je suis capable de te briser l'intégralité des 206 os qui constituent ton corps de fragile tout en te les énumérant un par un, et je n'hésiterais pas à le faire si tu lui brise le coeur. Donc je te conseille sincèrement de réfléchir avant de faire quelque chose de regrettable si tu ne veux pas que je te fasse progressivement découvrir les différents seuils de l'échelle de la douleur avant que tu ne me supplies de te buter. En gros, si je retrouve Levi blessé à cause de toi, je ne te garantis aucune bienveillance, même si je t'apprécie beaucoup. À la limite, je t'épargnerais peut-être si ce n'est pas de ta faute mais de la sienne, mais saches que même là, il faudra que tu prenne bien soin de ne pas m'approcher trop prêt si tu veux rester en un seul morceau. Tu as tout compris ?
-M-
-Oh ! D'après mes calculs, il va arriver dans quelques secondes, donc je vais te laisser feindre la surprise en disant "Whaou ! Trop génial des croissants, je kiffe de ouf !" et je vais raccrocher. Donc prends bien soin de lui et de toi, passe une excellente journée avec lui et surtout, n'oublie pas de te moquer un peu de sa taille, parce que moi aussi j'adore quand son sourcil a des spasmes, même si c'est pas cool de lui avoir révélé, je me tapais des barres à chaque fois il comprenait pas pourquoi. Bref, bon petit déj' et soyez heureux les loulous, la bise !
Et elle raccrocha, me laissant aussi ahuri qu'apeuré, un désagréable sentiment me parcourant l'échine. Hanji était encore plus dangereuse et flippante que ce que je pensais. J'entendis alors la porte d'entrée s'ouvrir, me faisant sursauter. Comment pouvait-elle prévoir aussi précisément les déplacements de Levi ? Un étrange frisson de malaise traversa mon corps alors que je m'extirpai du lit pour aller choper le premier t-shirt que je trouvai dans l'armoire pour l'enfiler rapidement avant de sortir de notre piaule. Je tombai alors sur Levi de dos qui retirait soigneusement ses Doc Martens avant de les déposer dans l'entrée, à côté de mes pompes. Il se retourna et posa ses yeux surpris sur moi qui me rapprochait de lui, le sourire jusqu'au ciel en voyant le petit sachet en papier blanc, typique d'une boulangerie, qu'il tenait dans la main.
-Depuis quand tu te lèves aussi tôt le samedi toi ? Vint-il me demander, l'air légèrement moqueur.
-Bonjour Levi, tu n'es pas content de me voir ?
Il leva les yeux au ciel sans omettre de sourire légèrement face à mon ton faussement triste. J'arrivai finalement jusqu'à lui avant de demander en désignant ce qu'il avait dans la main, feignant une curiosité :
-C'est quoi ça ?
J'avais espéré le voir gêné, un peu honteux et agacé, mais non, il se contenta d'hausser un peu les épaules et de déclarer sobrement :
-Je devais aller m'acheter des clopes, et vu qu'il y avait une boulangerie juste à côté, je t'ai pris de quoi satisfaire ton addiction au sucre.
Je me mordis la lèvre inférieure en me retenant d'éclater de rire à l'entente de ce magnifique mensonge qui lui servait à protéger sa fierté de la niaiserie de ses propres actes. Nan mais quel mytho. Il fronça les sourcils en me fixant quelques secondes.
-Je peux savoir pourquoi tu tires cette gueule ?
Parce qu'il était adorablement ridicule.
-Parce que je suis trop content que t'ai pris le temps de m'acheter des trucs pour le petit déj', ça fait super longtemps que j'ai pas mangé de viennoiseries, merci.
Il sembla légèrement douteux pendant quelques secondes avant de simplement poser le sachet sur la table et s'asseoir sur une chaise en sortant son paquet de clope, pas du tout neuf, de sa poche. Je me dirigeai vers la bouilloire que je remplie d'eau alors que je sentais très distinctement le regard persistant qui détaillait mes cuisses, me faisant doucement sourire. Je pris donc bien soin de m'appuyer contre le plan de travail en mettant l'eau à bouillir, laissant consciemment mes fesses, moulées par mon boxer, rentrer dans son champ de vision. Il claqua la langue contre son palais avant d'allumer sa cigarette.
-Putain, il est même pas 10h et tu me nargues déjà.
Je souris à sa remarque au ton légèrement frustré alors qu'il savait pertinemment que j'allais encore le faire patienter un long moment aujourd'hui.
-Tu veux un thé ? Lui demandai-je d'un air innocent, provocant, au sous-entendu joueur alors que j'attrapai la boîte de café soluble, me préparant à déguster de délicieux croissants en accompagnant cette boisson matinale.
-Ouais… t'aimes vraiment bien ce truc ?
Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas vraiment ce qu'il voulait dire alors que j'ouvris le placard pour venir en sortir deux tasses.
-Quel truc ?
Je l'entendais inspirer et expirer la fumée de sa clope.
-Le café soluble. J'y connais rien mais il parait que c'est dégeu par rapport à du vrai café.
Je remplis soigneusement les deux tasses d'eau bouillante.
-Bah c'est sûr que c'est moins bon m-
-Je me disais qu'on pourrait peut-être prendre une vraie cafetière.
Je lâchai soudainement la cuillère de pseudo-café à l'entente de cette phrase, venant en foutre partout sur le plan de travail. Mais lorsque je me retournai vers lui, il ne sembla même pas remarquer le "bordel" que je venais de foutre, trop occupé à détourner les yeux en appréciant sa taffe, étant sûrement parfaitement conscient de ce qu'il venait de sous-entendre. Il ne venait pas de me proposer d'acheter une machine à café… enfin si techniquement, c'était ce qu'il venait de faire, mais cette phrase avait un tout autre sens. Il venait d'ouvertement me dire qu'il acceptait de modifier quelque chose dans cet appartement pour moi. Que je ne vivais pas "chez lui" mais que ça devenait "chez nous". Et je vins lui arracher sa clope des mains sous son regard surpris pour la poser dans le cendrier et le prendre dans mes bras, venant lui murmurer à l'oreille, le coeur battant d'une joie intense :
-Moi aussi je t'aime Levi.
Bisous sur vos parties génitales pour avoir lu tout ce truc, trop fort.
Bon, j'espère que ça vous a plu et que leur relation ne va pas trop vite… lol.
Passez une bonne matinée/journée/soirée/nuitée et n'arrêtez jamais de vous branler, c'est très agréable, et si quelqu'un vous dit que ça rend sourd, priez pour que ce soit vrai et que vous n'ayez plus à l'entendre.
À dans 20 ans les amis :)
