Vingt-deuxième réunion du Club des Créateurs

Bonjour à tous, bienvenue à cette nouvelle réunion du Club des Créateurs !

Vanille continue son exploration des magies du monde. Elle a fait une escale rapide dans le grand nord où elle a rencontré des Créateurs de Durmstrang, mais s'est très vite sentie oppressée par leur aura. A son retour, Oreste l'a rassurée et lui a proposé un nouveau voyage avec elle : aller rencontrer le Directeur de l'école de Uagadou, l'école de magie d'Afrique de l'Est.

Pendant une escale à Alexandre, Oreste a réussi à faire parler d'Alexandre à Vanille.


On les appela pour leur départ en Portoloin et elles s'agrippèrent à un vase en terre cuite qui les emmena à bonne destination.

Il faisait chaud à Nairobi. Vanille transpira instantanément dans ses vêtements, et fut soulagée de ne rester qu'une seule journée. Oreste et elle durent patienter un moment au Bureau des Voyages, le temps qu'une sorcière Médicomage leur applique quelques sortilèges de prévention : il y avait des maladies magiques puissantes qui sévissaient encore dans cette région du monde. Elle en profita pour donner à Vanille une potion anti-vomitive.

Pourquoi n'en avait-elle jamais pris avant ? Mystère. Cela lui aurait épargné bien des malaises.

En sortant du Bureau des Voyages de Nairobi, elles trouvèrent directement leur hôte qui les attendait près d'une voiture noire. Comme ils étaient en plein cœur d'une ville Moldue, ils ne devaient pas se faire remarquer.

Tim Kahindi était imposant. Il dépassait Oreste et Vanille de plusieurs têtes, et ses larges épaules eurent du mal à passer la portière de la voiture. Heureusement, elle avait été agrandie à l'intérieur. Il portait un costume moldu très classe, avec une cravate violette qui, par coïncidence, ressemblait beaucoup à celle du Club des Créateurs. Il avait le crâne rasé et les sourcils broussailleux, qui lui donnaient un air de bonhomme sage. Des traits creusés autour de ses yeux témoignaient de son habitude à sourire.

Quand ses invitées furent installées dans la voiture, il se présenta à Vanille.

- Tim Kahindi, directeur adjoint de l'école d'Uagadou et Chef de Conseil du Département de Justice Magique. J'occupe les même fonctions qu'un ministre dans votre pays. Vous pouvez m'appeler Tim, dit-il en lui tendant la main.

Vanille se présenta d'une petite voix timide, impressionnée, et serra la main, forte et calleuse, de Tim Kahindi :

- Vanille Ocean, heu… élève de Poudlard.

Tim rit et s'exclama vers Oreste :

- Eh bien, après vous avoir rencontrée Oreste, je commençais à penser que les demoiselles anglaises étaient difficiles à impressionner. Je vois qu'il s'agissait surtout de vous !

Oreste lança un regard amusé sur Vanille qui était toujours un peu intimidée.

- Ne vous inquiétez pas Tim, quand le choc lui sera passé, vous comprendrez pourquoi j'ai proposé qu'elle vous rencontre.

Vanille, un peu gênée de devoir faire ses preuves, regarda le paysage défiler par le fenêtre de la voiture : de longues routes poussiéreuse, de hauts arbres, des maisons de tous genre, de la plus simple à la plus riche. Elle aperçut même des aigles voler.

La voiture s'arrêta dans un quartier résidentiel. De hauts murs cachaient les maisons et les jardins. Ils sortirent de la voiture qui allait revenir dans la soirée pour ramener Vanille au Bureau des Voyages.

Au moment où ils allaient atteindre un portail bleu qui était certainement celui de la résidence de Tim Kahindi, Vanille vit quelque chose se mouvoir plus loin dans la rue. Quand elle tourna la tête pour voir ce que c'était, elle sursauta et poussa un grand cri : deux guépards trottinaient tranquillement vers eux, l'air de rien.

Oreste sursauta au cri de Vanille et posa sa main sur son épaule pour la rassurer, tandis que Tim se tourna vers les deux fauves.

Ceux-ci se transformèrent alors en deux adolescents, une fille et un garçon, qui avaient l'air amusé d'avoir effrayé Vanille. En revanche, Tim n'avait pas l'air ravi.

- Qu'est-ce qui vous prend ? gronda-t-il. Vous savez que vous ne devez pas vous transformer dans la rue ! Même si c'est un quartier sorcier ! Vous vouliez faire les malins pour impressionner nos invitées anglaises ? devina-t-il.

C'étaient certainement les enfants de leur hôte.

- Excusez-vous auprès de Miss Ocean, ordonna-t-il.

Les deux adolescents, qui devaient avoir entre douze et treize ans, se tournèrent vers Vanille, embarrassés. Leur père avait pris une voix particulièrement autoritaire.

- Excusez-nous. Nous savons qu'en Angleterre, il n'y a pas beaucoup d'Animagi, alors nous voulions vous montrer ce que nous avions appris. Nous ne voulions pas vous effrayer.

Ils parlaient d'une voix solennelle comme s'ils récitaient un discours politique, le menton relevé, l'air fier. Mais Vanille vit que leurs yeux brillaient imperceptiblement de larmes qu'ils essayaient de retenir.

- Ce n'est rien, pardonna Vanille tandis que Tim posait sa main sur les épaules de sa fille, comme pour faire comprendre qu'il voulait passer à autre chose.

- Entrons, proposa-t-il.

La maison de Tim Kahindi était spacieuse et aérée. Ils s'installèrent dans un salon où les attendaient des boissons fraîches.

Il présenta à Oreste et Vanille sa fille, Aurora, douze ans et son fils, Sam, treize ans. Il leur dit que sa femme arriverait plus tard avec leur aîné.

Ils discutèrent un moment des recherches d'Oreste sur la magie sans baguette, et il s'excusa de ne pas pouvoir montrer à Vanille ce qu'il montrerait à Oreste, c'est-à-dire l'école d'Uagadou et le Ministère. Ils devaient garder certaines choses secrètes, et seuls certaines personnes, comme Oreste qui travaillait au ministère anglais, étaient autorisées à les découvrir.

Vers midi, ils furent rejoints par la femme de Tim, une très belle femme aux traits fins et aux gestes doux.

- Je vous présente Penelope, ma femme, dit Tim tandis qu'elle s'asseyait sur l'accoudoir de son fauteuil.

Il passa sa main autour de sa taille et elle déposa un baiser sur son front, ce couple-là respirait l'amour.

- Et notre fils aîné, Tim Jr.

Ce dernier avait dix-sept ans et ressemblait beaucoup à son père. Il s'assit entre son frère et sa sœur.

Après quelques minutes de discussion, ils passèrent à table. Vanille goûta aux mets sorciers africains qu'elle trouva particulièrement bons. Puis, après un court silence, Tim posa la question que redoutait un peu Vanille, même si c'était pour ça qu'elle était là :

- Alors Vanille, j'ai cru comprendre que vous vous faisiez des études sur les cultures magiques ?

Vanille déglutit, posa sa fourchette et se lança :

- En effet, j'ai un projet personnel d'étude qui concerne les différents types de magie, et je m'intéresse en ce moment aux cultures sorcières. J'ai déjà rencontré deux amis d'Oreste, du Japon et de Scandinavie, et aujourd'hui grâce à elle j'ai pu vous rencontrer. Je ne vous cache pas que je ne sais pas grand chose - à vrai dire, rien - sur les différences qu'il peut y avoir entre nos cultures magiques. Je ne saurais pas vraiment quelle question vous poser, à part celle-ci : vous qui êtes venu au Royaume-Uni, quelles différences avez-vous pu trouver entre nos façons d'utiliser la magie ?

Tim réfléchit un instant. Vanille vit que les trois enfants étaient également intéressés par la réponse de leur père, ils ne devaient pas connaître l'Europe. En revanche, Vanille s'aperçut que Penelope gardait le visage fermé, penchée sur son assiette, et continuait de manger.

- Pour commencer, vous avez dû remarquer que Aurora et Sam sont des Animagi. En vérité, Penelope, Tim Jr et moi-même le sommes également. Une vaste majorité des sorciers africains peuvent se transformer en animaux, beaucoup le peuvent dès leur naissance, les autres l'apprennent lors de leur première année d'école. Rare sont ceux qui n'y arrivent pas, et cela témoigne souvent d'une perturbation émotionnelle. Voyez-vous, notre magie est basée sur l'émotion. Contrairement à vous autres, anglais, qui êtes très méthodiques, pointilleux, nous sommes plus à l'écoute de ce que nous ressentons.

Vanille vit un point commun avec les Japonais qui étaient eux aussi très instinctifs.

- C'est en lançant une première fois un sortilège que nous pouvons le comprendre, le ressentir. En essayant de retrouver ces sensations que procurent un sortilège, nous pouvons le relancer encore et encore jusqu'à ce qu'il viennent naturellement, sans formule ni artefact magique. Aussi, nous n'utilisons pas de baguette, et c'est pour cela qu'Oreste est ici aujourd'hui. Vous ne pouvez pas, du moins pas spontanément lancer de sort sans baguette parce que vous n'apprenez pas à ressentir la magie. La baguette vous coupe des sortilèges que vous invoquez, qui ne sont plus que des formules. Nous apprenons dès notre plus jeune âge à manipuler la magie de nos mains.

Pour appuyer son exemple, il fit tourner sa main d'un geste particulièrement élégant au-dessus de la table et, sans qu'il n'ait prononcé un mot, une bouteille d'eau apparut, se vida dans la verre de Vanille, puis disparu. Vanille était émerveillée et elle sentit l'excitation d'Oreste à côté d'elle.

- En apprenant à ressentir notre magie, nous pouvons graduellement ressentir celles des autres. Les sorciers africains sont particulièrement liés entre eux. Je comprends mes enfants et ils me comprennent, mais un lien plus fort que la simple parenté nous lie. Je les ai éduqués, je leur ai appris à ressentir la magie et elle a grandit en eux alors que j'étais à leurs côtés, et aujourd'hui, plus qu'hier et moins que demain, je les comprends. Nous, et tous les autres sorciers d'Afrique, avons un lien fort grâce à la magie. C'est cela, je pense, qui nous rend si empathiques entre nous, nous sommes coordonnés et il y a rarement de malentendus entre nous.

- Quel lien cela a-t-il avec votre facilité à devenir des Animagi ?

- Je suppose que nous pouvons facilement nous projeter dans ce que ressent l'animal qui nous représente, nous pouvons facilement créer ce lien avec lui et cela nous permet de nous transformer facilement.

Vanille sortit son carnet de son sac et nota en vitesse ce qu'elle avait appris.

Ils finirent le repas en évoquant quelques anecdotes sur la magie sans baguette et la transformation des enfants de Tim en Animagi - ils étaient tous les trois des guépards, lui était un éléphant et sa femme un zèbre. Ensuite, ils passèrent dans un plus petit salon, plus discret. Les enfants les laissèrent et Tim servit un thé masala à ses invitées et à sa femme.

- Merci pour ce repas, c'était délicieux. Et merci pour tout ce que vous m'avez appris, Mr Kahindi. Tim, ajouta Vanille quand il lui lança un faux regard de reproche.

- Je vous en prie.

Il but une gorgée de thé et sembla hésiter un instant.

- J'ai moi aussi une question, et je profite que vous soyez là, Vanille, pour vous la poser à toutes les deux.

Oreste, qui jusque là n'avait pas beaucoup participé à la conversation pour laisser son amie au centre de cette journée, s'avança sur son fauteuil, intéressée.

- Vous m'avez toutes les deux fait comprendre que vous faisiez des recherches en magie, vous Vanille sur les différentes cultures, et vous Oreste sur la magie sans baguette. Mais ces recherches, surtout les vôtres Oreste, sont très pointues. Et il ne me semblait pas qu'à Poudlard, vous ayez des projets personnels aussi poussés.

Les deux filles échangèrent un regard, étonné qu'il sache comment se déroule l'éducation à Poudlard.

- Voyez-vous, je me demande si vous ne feriez pas, par hasard, partie d'un club spécial dans votre école qui vous permettrait de faire vos propres recherches sur la magie, vos propres… créations.

Il insista sur le dernier mot et Vanille comprit son insinuation.

- Ainsi vous connaissez les Créateurs, Mr Kahindi, lança Oreste, curieuse. Comment cela se fait-il ? Nous n'avons pas de lien avec Uagadou.

Tim eu un sourire satisfait, comme s'il avait eu peur qu'elles nient le fait.

- En effet et c'est bien dommage. Je connais la réputation de ce fameux Club des Créateurs, son influence, ses possibilités. Si je puis me permettre, j'aimerais faire la demande officielle à votre Club de considérer l'entrée d'Uagadou parmi les écoles présentes. Je crois savoir qu'aucune nouvelle école ne l'a intégré après sa formation. Nous aurions beaucoup à apprendre de votre Club et vous auriez aussi beaucoup à apprendre de nous. Bien que cela reste limité à quelques élèves, cela pourrait créer des liens entre nos écoles. Il est grand temps qu'Uagadou se fasse connaître.

Oreste se tourna vers Vanille :

- Je viens de finir ma septième année, je ne fais donc plus partie du Club en tant qu'active. En revanche, Vanille entre en sixième année. C'est donc à elle que vous devriez en particulier faire votre demande. Elle est en très bon termes avec la personne qui sera certainement le prochain président.

Vanille surprit le clin d'oeil d'Oreste et remarqua qu'elle n'utilisait pas les termes Jeune Créateur ou Maître Créateur, mais actif et président. Tim ne l'avait pas relevé, et elle comprit la manoeuvre d'Oreste, qui voulait observer ses réactions pour savoir s'il en savait plus qu'il ne le prétendait. Et apparemment non. Vanille se tourna vers Tim et réfléchit un instant, l'idée ne lui déplaisait personnellement pas, mais ce n'était pas à elle d'en décider. Puis elle se dit que cela ne coûtait rien d'en parler à Alexandre :

- Mais vous n'avez pas répondu à ma question, coupa Oreste avant que Vanille n'ait pu parler (elle resta une seconde la bouche ouverte). Comment connaissez-vous notre Club ? Vous n'en faites de toute évidence pas partie.

- Eh bien voyez-vous, commença Tim en se penchant en avant, mon aîné est…

Sans prévenir, coupant Tim au milieu de sa phrase, sa femme Penelope se leva et parti en claquant ses talons sur le sol, et referma brutalement la porte. Choquées de cette interruption, Oreste et Vanille ne surent quoi dire. Tim soupira.

- Pardonnez ma femme. c'est un sujet sensible. Mon fil aîné habite au Royaume-Uni, chez sa mère. Je l'ai envoyé là-bas pour qu'il fasse ses études à Poudlard. Sa mère faisait partie du Club des Créateurs, et il me semble que lui aussi, bien qu'il ne m'en ait jamais parlé. Ce que je comprends, il s'agit d'un Club secret.

Intéressée, Oreste demanda :

- Quand a-t-il fini ses études ? Peut-être le connaissons-nous ?

- A vrai dire il n'a pas encore quitté l'école. Nous le connaissez certainement, il s'appelle Alexandre.

Vanille se figea un instant, les yeux écarquillés. Tim Kahindi était… le père d'Alexandre ? Oreste se tourna vivement vers elle, mais Vanille ne savait pas quoi dire. Elle comprit alors certaines choses qu'Alexandre lui avait dites, ou fait comprendre, que son père était un homme important, qu'il n'était pas originaire de Grande-Bretagne, qu'il était l'aîné de sa famille…

Oreste prit les devants :

- Oui, il est avec nous au Club. Il entre en septième année, et il va…

Elle hésita, soucieuse de ne pas en dire trop : si Alexandre n'avait rien dit à son propre père, ce n'était pas à elle de le faire. Malheureusement le mal était fait et elle en avait trop dit, ou pas assez. Tim la regardait l'air avide, presque désespéré. Vanille comprit que Tim et son fils ne devaient pas être en très bon termes, bien que Tim ait l'air de l'aimer sincèrement.

Oreste décida de finir sa phrase, un peu à contre-cœur, car elle réalisait qu'elle trahissait peut-être un peu son ami en parlant ainsi à son père.

- Il va certainement être président du Club dès la rentrée prochaine.

Tim garda le silence. Lui aussi avait comprit l'hésitation d'Oreste, et il n'insista pas pour avoir plus de détails. Son visage exprimait la gratitude et la satisfaction de cette nouvelle.

Tous les trois comprirent qu'ils ne pourraient plus parler d'Alexandre.

Tim se leva et prétexta devoir aller parler à sa femme, il laissa Vanille et Oreste seules avec leurs thés.

- Je n'en reviens pas que Tim soit le père d'Alexandre, murmura Vanille.

- Il ne t'en a jamais parlé ?

- Non. J'avais seulement compris qu'il n'était pas originaire de Grande-Bretagne, bien qu'il ne me l'ai pas dit directement.

Oreste fronça les sourcils :

- Le sujet doit être difficile pour lui. Quand tu lui en parleras, fait attention à ne pas le blesser. Il a dû se passer quelque chose pour qu'il ne porte même pas le nom de son père.

- Je pense deviner les grandes lignes. Ses deux fils ont le même âge, mais pas la même mère… Et seul l'un des deux porte son nom.

Les deux filles restèrent un moment silencieuses, buvant lentement. Tim revint quelques minutes plus tard, s'excusa et ils repartirent dans des sujets moins personnels.

Le reste de l'après-midi se déroula avec un fond de tension presque indétectable, en particulier lorsque Penelope était présente. Les trois enfants en revanche égayaient les conversations, posant toutes sortes de questions à Vanille et Oreste sur la vie à Poudlard. Oreste, amusée, leur fit une démonstration de magie avec sa baguette, et les deux plus jeunes applaudirent. Tim les autorisa à lancer quelques sortilèges avec leurs mains ; en effet, les jeunes sorciers de Uagadou qui étaient encore élèves et mineurs avaient le droit de pratiquer la magie uniquement quand un parent les autorisait explicitement. Vanille s'amusa sincèrement de la facilité avec laquelle ils lancèrent des sortilèges - simples, certes, mais parfaitement exécutés. Le travail de plusieurs années d'Oreste devenait presque inutile quand on voyait ces adolescents excités transformer avec leurs seules mains leurs chaises en pots de fleurs - les deux enfants lancèrent exactement le même sortilège et obtinrent le même résultats, synchrones, et c'était impressionnant à voir car ils ne semblaient pas s'être concertés. Vanille regarda son amie en coin pour voir comment elle prenait la situation, mais elle semblait se réjouir sincèrement.

- Nous n'avons pas la même façon d'apprendre la magie à Poudlard, et le fait d'avoir réussi à recréer la magie sans baguette de moi-même reste un exploit, même en voyant ces deux jeunes prodiges (elle leur fit un clin d'oeil) bien meilleurs que moi en la matière, lui expliqua-t-elle quand Vanille lui posa la question.

- D'après ce que vous m'avez fait parvenir comme documents, Oreste, vous avez compris l'essence même de notre magie, les émotions, confirma Tim. A ce propos, je sais que nous avons tout le temps pour cela mais pensez-vous pouvoir tenter de lancer un sort sans votre baguette ?

- Maintenant ? Je ne sais pas si j'y arriverais, hésita Oreste.

Elle regarda Vanille et son regard s'attarda sur son crâne. Vanille, par réflexe, passa sa main dans ses cheveux, qui avaient un peu repoussés depuis plus d'un mois mais restaient bien trop courts pour lui aller. Elle savait qu'elle allait devoir attendre qu'ils repoussent naturellement, car les ciseaux d'Annabelle, enchantés pour réaliser exactement la coupe désirée, empêchaient tout sortilège de repousse. Et Vanille détestait avoir les cheveux courts, elle ressemblait à un petit garçon sauvage.

Oreste du sentir l'amertume de Vanille en cet instant et elle posa ses mains sur les côtés de sa tête, Vanille, étonnée, ne bougea pas d'un cil. Oreste murmura un sort presque inaudible et glissa sa main dans les cheveux de Vanille, qui se doutait de ce qu'elle essayait de faire. Vanille sentit un frisson sur ses épaules nues, mais en voyant le regard satisfait de d'Oreste, elle comprit que ce n'en était pas un : ses cheveux avaient repoussé et lui caressaient maintenant les omoplates.

Oreste lâcha Vanille qui se leva et se dirigea vers la porte en verre d'une armoire : elle avait retrouvé sa chevelure. Mieux, sa tignasse était plus longue qu'avant et plus soyeuse. Elle qui n'avait jamais pris grand soin de son apparence, elle était néanmoins plus que satisfaite du résultat.

- Merci ! dit-elle en se rasseyant. Mais comment as-tu fait ? L'enchantement des ciseaux d'Annabelle auraient dû bloquer ton sort, non ?

- Peut-être bloquaient-ils uniquement les baguettes. Et la prochaine fois, Miss Ocean, dit-elle l'air faussement sévère, réfléchissez un peu avant de boire !

Vanille rit et se tassa sur son fauteuil, un peu honteuse que Tim et sa famille soient au courant de la vérité sur ses cheveux.

Le sort d'Oreste était parfait, elle maîtrisait de mieux en mieux la magie sans baguette.

Il était temps pour Vanille de repartir. Le chauffeur de Tim arriva et lui et Oreste la raccompagnèrent jusqu'au Bureau des Voyages de Nairobi.

Vanille remercia chaleureusement Oreste de l'avoir amenée ici, et Tim pour son accueil, ses explications et cette journée en général. Avant qu'elle ne reparte, Tim voulu lui parler un moment en privé. Ils s'éloignèrent d'Oreste qui garda un œil sur eux, protectrice.

- J'ai vu que vous aviez l'air gênée lorsque je vous ai parlé de mon fils.

Vanille sursauta, un peu craintive.

- Ce qui se passe entre vous ne me regarde pas. J'espère que malgré tout vous accepterez de considérer ma demande, et que vous lui en parlerez. Mais j'aimerais tout de même vous prévenir, lui et moi ne sommes pas vraiment en très bon termes. Il n'acceptera peut-être pas ma demande sous prétexte qu'il s'agit de moi. Et cela serait dommage car au fond, ce n'est pas moi que cela concerne mais les élèves d'Uagadou, et tous les membres de votre Club.

- Je comprends, Mr Kahindi. Je ferai de mon mieux.

Il lui sourit et ne la reprit pas. Elle semblait bien trop intimidée pour l'appeler par son prénom, et Vanille su qu'il avait tout compris. Après tout, elle était une Occlumens à l'envers. Tim Kahindi savait que son fils et elle étaient bien plus proches que le "en très bon termes" qu'avait évoqué Oreste.

Vanille et Oreste se promirent de rester en contact, et elle se précipita pour prendre son Portoloin, encore une fois, elle était presque en retard.

Vers la fin du mois d'août, Vanille reçu une lettre d'Ambre, qui lui proposait de passer la voir avec Leanne. Soulagée qu'elles soient enfin disponibles, elle leur ordonna presque de venir passer la fin des vacances chez elle.

Ses amies lui avaient manqué.

Elle débarquèrent par cheminée le lendemain matin, avec d'énormes sacs.

- Alors, qui a gagné ? demanda Vanille sans préambule.

- Les Allemands. Ils étaient vraiment bons cette année, tous leurs joueurs étaient exceptionnels. Les Anglais n'auraient pas pu faire le poids contre eux, ils ont été éliminés en demi-finale.

Leanne sorti de son sac des écharpes et drapeaux de différents pays : elle et Ambre avaient assisté à la coupe du monde de Quidditch tout l'été.

Vanille n'était pas fan de Quidditch, et même de sport en général. Quand ses amies lui avaient proposé ce projet de suivre tous les matchs pendant l'été, elle avait été tentée mais avait refusé. Regarder le sport l'ennuyait bien plus que de lire des livres sur les potagers. A vrai dire, elle s'endormait quand elle assistait à un match de l'école.

- Alors comme ça, tu as voyagé cet été ? lança Leanne.

Vanille n'avait pas voulu les déranger pendant leur périple et leur avait avoué ce qu'elle avait fait dans sa dernière lettre.

Elle leur raconta comment l'idée d'étudier les cultures magiques lui était venue, et comment Oreste l'avait aidée. Elle leur parla de Mai, rencontrée sur le Chemin de Traverse, de Peter, Piotr et Helga qu'elle était allée voir dans le grand nord sans même savoir précisément où, et du Kenya où elle avait accompagnée Oreste pour rencontrer Tim Kahindi. Un peu honteuse, elle ne leur avoua qu'à demi-mots comment elle avait fuit le nord, et respectant la vie privée d'Alexandre, ne leur parla pas du fait qu'elle avait rencontré son père.

- Et qu'as-tu appris sur leur culture ? demanda Ambre.

Elle leur exposa les grandes lignes : les Japonais et leur spontanéité, les slaves et leur côté "rentre-dedans tête la première", et les Africains et leurs émotions, leurs liens indéchiffrables.

Ambre sembla très intéressée par ce que racontait Vanille. Quand elle eut fini, elle sortit quelques clichés de son sac des matchs qu'elle et Leanne avaient vus.

- Regarde, là, c'est l'équipe Japonaise. Ils ont été impressionnants cette année, difficiles à battre, parce qu'on n'arrive pas à deviner leurs actions. A chaque fois qu'on - je parle de l'équipe de Grande-Bretagne - essayait de contrer leurs techniques, ils partaient directement sur une nouvelle. Nos poursuiveurs n'arrivaient pas à anticiper quoi que ce soit. Un de leurs poursuiveur était le leader et improvisait, feintait pour revenir sur la première technique, il réagissait très vite face aux difficultés et les deux autres poursuiveurs le suivaient directement. Heureusement, notre gardienne est un véritable prodige, c'est grâce à elle qu'on a pu les battre, malgré leurs efforts les poursuiveurs n'arrivaient pas à récupérer le souaffle bien longtemps. Les joueurs étaient épuisés à la fin, ils ont demandé régulièrement des pauses pour pouvoir modifier leurs tactiques. C'était un match éprouvant.

Elle passa au cliché suivant, représentant une équipe africaine qui faisait le tour du stade :

- Là, ce sont les Tanzaniens. Leur jeu est magnifique à voir, c'est face à eux qu'on a perdu, et personne n'était réellement déçu. Ils sont tous tellement synchrones. Même à plus de vingt mètres de distance, en plein vol, les poursuiveurs changeaient de cap en même temps. Au début, on pensait qu'ils avaient une technique particulièrement bien rodée, mais notre équipe a sorti plusieurs nouvelles stratégies inédites pendant le match, il paraît qu'ils réservaient ces bottes secrètes pour la finale mais ils ont eu peur de ne pas l'atteindre, alors ils les ont tentées là. Mais ça n'a pas fonctionné, parce que les Tanzaniens, même pris au dépourvu, agissaient en équipe. C'était comme si une seule personne les contrôlait tous, comme si … ils partageaient le même esprit, la même âme, le temps du match. Il paraît même qu'à leur match précédent, ils ont été accusés de tricherie, d'utiliser des techniques de communication ultra-sophistiquées. Mais rien n'a pu être prouvé.

Elle montra un troisième cliché, des mastodontes montés sur balais apparaissaient dans un stade en liesse :

- C'est une photo du début du match Norvège - Royaume-Uni. Les joueurs de Quidditch norvégiens sont particulièrement forts et grands. Ils ont des balais spéciaux qui leur permet de pouvoir accélérer facilement malgré leur poids. Ils sont assez brutaux. La plupart du temps, quand un poursuiveur a le souaffle, c'est fichu pour l'équipe adverse, parce qu'il est difficile de le lui faire lâcher. On pourrait croire au premier abord que leur stratégie principale c'est de foncer le plus vite possible vers les buts - et c'est le cas, au début des matchs. Mais en vérité, ils jouent sur cet aspect, et quand ils feintent, les adversaires sont toujours pris au dépourvu. Ils ont une confiance en eux énorme, et grâce à ça ils tente souvent des coups que personne n'oserait. Ça marche une fois sur deux, ce qui est quand même pas mal, car comme ils sont très endurants, ils rebondissent très vite quand ils échouent. Et ils sont particulièrement fair-play : un de leurs joueurs a fait tomber un des nôtres de son balai, ça avait l'air involontaire mais il a avoué directement qu'il avait eu un mauvais réflexe et est sorti dix minutes du terrain de lui-même. Quand ils ont perdu, ils ont remercié chacun des membre de notre équipe pour ce match intense, et le lendemain il y a eu des clichés des deux équipes fêtant leur match ensemble dans la Gazette.

Vanille fut stupéfaite de voir à quel point les témoignages qu'elle avait reçu concordaient avec leur façon de jouer au Quidditch. C'était impressionnant.

- Et les Anglais ? Qu'est-ce que nos joueurs montrent de notre culture ?

Ambre réfléchit un instant, mais ce fut Leanne qui répondit :

- Nous sommes sérieux, les méticuleux. On apprend de façon carrée : pour lancer un sort, on a le geste, l'incantation, l'intonation, la pensée, tout est millimétré et contrôlé. Nos joueurs sont pareils : ils ont des techniques, des bottes secrètes qu'ils connaissent sur le bout des doigts et se sont certainement entraînés en imaginant tout ce que leurs adversaires pouvaient faire. Et puis ils sont fourbes, un peu vicieux : ils étudient toujours les tactiques courantes des adversaires pour les contrer. Ils adaptent leur jeu en fonction de l'équipe adverse mais seulement s'ils la connaissent, et ils sont un peu perdus face à l'improvisation, c'est pour ça que le jeu contre les Japonais était si difficile. Mais en même temps, ça paye d'être aussi rigoureux, leur technique est impeccable, sans bavure. Quand ils tombent sur des adversaires assez prévisibles, ils sont très beaux à voir - et je ne dis pas ça parce que c'est mon équipe - c'est comme assister à une danse, à un combat chorégraphié.

Vanille prit note de toutes ces informations.

Elle ne savait toujours pas où allaient l'emmener toutes ces connaissances, mais était ravie d'apprendre toutes ces choses. Peut-être nulle part, au fond, juste au plaisir de découvrir.

Mais dès la rentrée, elle le savait, elle se mettrait au travail de manière plus intense. Peut-être plus anglaise, au fond. Avec des livres bien carrés, bien propres, des potions rigoureusement préparées et des sortilèges avec baguette et incantation.