_Avons-nous une idée de là où Regulus aurait pu cacher le médaillon ? S'enquit Ginny, en resserrant sa prise autour de la tasse de thé fumante que lui avait servi le jeune homme, assis en face d'elle, sur ce qui semblait être une petite table à manger, pouvant accueillir six convives. Ce qui l'avait d'ailleurs surprise. Elle ne comprenait pas l'intérêt de ce type de meuble, sachant que c'était à la Grande Salle que le corps professoral prenait tous ses repas. Elle ne s'était pas appesantie sur le sujet, plutôt curieuse d'entendre les aventures qu'il avait vécu la veille.
_Non, répondit simplement le jeune homme dans un soupir, en passant une main dans ses cheveux, déçu. Il ne se rendait pas compte du nombre de fois qu'il pouvait faire ce geste dans une journée. Elle aimerait, une fois, tenter l'exercice si elle venait à passer un si long moment avec lui. Elle chassa rapidement cette pensée de son esprit. Ce n'était pas le moment. Elle devait se concentrer sur le sujet.
_Que faisons-nous alors ? Reprit-elle, cherchant le regard pensif de Harry.
Il sembla revenir vers elle et fourragea ses prunelles dans les siennes, captant ainsi toute son attention.
_Je pense qu'il nous faut trouver Eleanor. As-tu pu avancer là-dessus ?
Elle nia doucement, une ombre traversant ses paupières, si rapidement que le jeune homme aurait pu croire l'avoir imaginé.
_Non…C'est comme si elle refusait d'apparaître. Chaque fois que je tente de l'invoquer, c'est une autre Promise qui vient à moi.
_Et les autres, t'ont-elles dit pourquoi elle chercherait à t'éviter ?
_Pas vraiment, répliqua la jeune fille, en ne relevant pas les yeux.
Harry voyait bien que quelque chose n'allait pas. Il en avait conscience mais elle refusait d'en parler. Il ne savait pas s'il devait la brusquer ou juste être patient. Il n'était pas encore rodé sur les limites qu'il ne devait pas franchir. Il laissa passer quelques minutes, espérant qu'elle en dise davantage mais face à son mutisme, il capitula pour cette fois et décida de changer de sujet.
_Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire mais félicitations pour votre victoire d'hier.
Elle fut surprise d'abord à ses mots, s'attendant plutôt à une nouvelle tirade sur l'importance de leur mission, du très court délai imparti afin de la réaliser. Cependant, elle accepta cette issue bienvenue.
_Merci. Gryffondor se peut décemment pas se laisser abattre par Serpentard. C'est presque une tradition.
_Je pense connaître deux ou trois personnes qui trouveraient à y redire mais je dois dire que je suis désolé d'avoir raté ça.
_Ce n'était pas grand chose mais merci. C'est agréable d'avoir le plein contrôle d'une situation, ajouta-elle après un instant d'hésitation, presque malgré elle.
Elle était celle qui avait souhaitée un changement de sujet et elle le ramenait sur le fil de pensée dont elle venait de s'échapper. Elle avait du mal à se comprendre parfois. Afin de se redonner contenance, elle évita son regard et préféra jeter un coup d'oeil alentour. Les appartements du jeune homme étaient très sobres. Quelques touches détonnaient par endroit, confirmant la présence effective du jeune Potter en ces lieux. Il avait déposé des cadres juste au dessus de l'âtre de la cheminée où elle pouvait apercevoir ses parents qui la saluaient sobrement avant de poursuivre leur valse, Hermione et Ron tenant une Séren endormie, Remus, Sirius & quelques membres de l'Ordre dont elle avait oublié le nom qui lui jetait un regard solennel. Le patchwork d'une famille de substitution en constitution.
_Que dirais-tu de faire un tour, aujourd'hui ?
La voix du jeune homme la tira de sa contemplation et la fit ramener son attention vers lui.
_Comment ça ? Pour aller où ?
_Je dois avouer que ma filleule me manque énormément. Qu'en dis-tu ?
Il n'attendit pas qu'elle réponde, se levant déjà pour se saisir de sa cape. Elle le suivit, plus lentement, circonspecte.
_Mais Harry, je ne peux pas tout simplement disparaître de Poudlard.
_Effectivement, j'oublie parfois que tu es élève ici. Un instant.
Il se dirigea à grandes enjambées vers un bureau qui se tenait près d'un coin de la pièce, se mit à griffonner quelques mots sur un parchemin avant de se diriger vers sa chouette et de lui caresser lentement son pelage.
_Ma belle, peux-tu apporter ce courrier à Albus Dumbledore ?
Comme si elle comprenait chaque mot qu'il avait émis, elle hulula et disparut par la large fenêtre qui s'ouvrait devant elle.
_Cela étant fait. Si Madame veut bien me suivre.
Un large sourire étira les lèvres de la jeune fille qui accepta de jouer le jeu. Après tout, elle mourrait d'envie de voir sa nièce, son frère et sa belle-soeur. Pourquoi trouverait-elle d'autres raisons de s'y dérober ?
_Et comment comptes-tu nous y emmener ?
Pour toute réponse, le jeune Potter fouilla dans sa poche et en sortit un Gallion qu'il déposa à plat sur sa paume. Il saisit sa baguette et en pointa le bout sur la surface dorée. Celui-ci s'éleva légèrement, vibrant d'une douce lumière avant de se déposer quelque secondes plus tard, de nouveau inerte. Son regard se porta alors sur Ginny, fier de son effet. Elle le contempla, narquoise :
_Ne faut-il pas une autorisation du Ministère pour créer un Portoloin ?
_Les avantages liés au poste d'Auror, je suppose. On y va ?
Il lui présenta la pièce, l'invitant à s'en saisir. Ce qu'elle fit en concentrant son regard sur celui de son ami.
-A-
Ils réapparurent à Flagley-Le-Haut, à quelques kilomètres du domicile des Granger - Weasley. Les protections réalisées par le trio les empêcheraient d'aller plus loin. C'était d'ailleurs tout l'intérêt de la manoeuvre. Harry n'aurait jamais rien laissé au hasard en ce qui concernait le jeune couple et sa délicieuse filleule.
Ginny ferma les yeux un moment, stoïque, attendant que le sentiment de nausée ne disparaisse. C'était principalement pour cette raison qu'elle détestait les Portoloins. Quelle idée de créer un moyen de locomotion si désagréable.
Harry ne dit rien, attendant qu'elle s'en remette. Il y était habitué depuis le temps. Lors de sa formation, chaque jeune Auror se devait de réaliser un quota de transport par Portoloin afin d'y être immunisé.
Au bout d'un moment, elle rouvrit les yeux, calmée. Ils arpentèrent alors le chemin, les menant vers la maison de Ron et Hermione. L'endroit était calme et silencieux. Ginny adorait venir ici, aux antipodes du Terrier et de son ambiance festive permanente. Elle ne s'en plaignait pas lorsqu'elle s'y rendait mais aspirait parfois à ce type de solitude. Peut-être un jour, trouverait-elle un bout de paradis comme son frère aîné. Cette pensée vite arrivée fut aussi vite chassée. Son avenir était bien incertain pour qu'elle puisse si tôt se projeter.
_Que se passe-t-il ?
Il percevait une légère ombre obscurcir l'esprit de la jeune fille. Il ne saurait expliquer comment mais il savait que quelque chose l'avait bouleversé. Elle redressa le menton vers le jeune Potter, secouant la tête en signe de dénégation.
_ Ce n'est rien.
_Ginny, je l'ai senti…
_Nous sommes arrivés, dit-elle en redoublant le pas, le distançant rapidement vers la maison de son frère.
Il n'insista pas, ne souhaitant pas provoquer d'esclandre, qui risquait d'impliquer ses meilleurs amis. Cette visite avait d'ailleurs été initialement prévue pour leur faire changer les idées. Il aurait tôt fait de remettre le sujet sur le tapis. Il avait conscience de constamment délayer le sujet mais il savait aussi qu'il était inutile de brusquer la jeune femme. Il était déjà assez compliqué qu'ils puissent tant ressentir l'autre.
Comme si elle les attendait déjà, ce qui n'était pas impossible puisqu'elle avait dû être avertie de leur présence, dès qu'ils avaient franchi la ligne protectrice de leur domaine, Hermione ouvrit la porte à la volée alors que Harry et Ginny déposaient un pied sur le préau, les accueillant avec un large sourire, une Séren bien éveillée dans les bras. Comme elle avait grandit, pensa son parrain.
_Je suis heureuse de vous voir.
_Bonjour Hermione, s'enquirent les nouveaux arrivants, synchrones, ce qui leur arracha un sourire.
Elle les enlaça tour à tour avant que le jeune Potter ne réclame sa filleule.
_Comme tu m'as manqué !
Il s'empara d'elle et se mit à la faire virevolter, sous les gazouillements extatiques de l'enfant. Sa meilleure amie leva les yeux au ciel, avant de les inviter à entrer.
_Lorsqu'il aperçoit Séren, j'ai vraiment la sensation d'être transparente, déclara Hermione en s'adressant à sa belle-soeur. Cette dernière se mit à rire tout en se débarrassant de ses affaires.
_ Penses-tu que l'on doit commencer à s'inquiéter, Mione ? Répliqua Ron, en déboulant dans le hall d'entrée. Je me disais bien avoir entendu ton rire, Ginny.
Il s'avança vers sa soeur et l'étreignit fortement. Il en était ainsi depuis qu'il avait entendu parler de la prophétie. Il s'inquiétait pour elle. La seule raison pour laquelle il conservait une certaine lucidité, était qu'il savait que son meilleur ami donnerait sa vie pour elle. Littéralement.
_Salut Ron…Tu m'étouffes, un peu.
_Arrêtes de dire des bêtises, éluda-t-il en renforçant son étreinte.
_Non, mais sérieusement Ron. Je n'arrive plus à respirer, répondit Ginny, sentant sa poitrine comprimée.
Il la relâcha aussitôt, la tenant à bout de bras. La ressemblance avec leur mère était saisissante. Bon sang ! Ron se transformait de plus en plus en Molly. Elle plaignait déjà sa nièce.
_Un peu surprotecteur, mon vieux, déclara le jeune Potter, en s'avançant vers lui.
_Ne t'en mêles pas, Potter. Et laisses ma petite fille tranquille. Viens ma Séren.
Il tenta de la récupérer mais cette dernière se blottit davantage contre son parrain, tapotant sa cape pour attirer son attention.
_Renier ma propre chair ! Hermione, aurais-tu quelque chose à m'avouer ? S'enquit le jeune père en fusillant son meilleur ami du regard.
_Bon sang, arrêtes de faire l'enfant. Et si nous passions au salon ? Je nous prépare du thé.
_Je t'accompagne, proposa Ginny, en la suivant.
Les deux hommes se dirigèrent alors vers le salon, prenant place dans un des larges sofas. De sa baguette, Harry fit apparaître quelques papillons qui tournoyèrent autour de sa filleule. Celle-ci s'amusa à les suivre du regard afin d'en attraper quelques uns. Il sourit face à ses tentatives, sous le regard amusé de Ron. Ce dernier reporta son attention vers son ami.
_Que nous vaut votre visite ?
_Elle me manquait, répondit simplement Harry.
_Difficile de s'en séparer, je le comprends. Non que cela me dérange, mais rappelles-moi pourquoi ma soeur est ici ?
_Pourquoi ne le serait-elle ? Reprit l'intéressée en revenant, un plateau à la main, suivie de près par la maîtresse de maison qui tenait une assiette de cookie.
_Potter, puis-je saluer ma nièce, comme il se doit ? Poursuivit-elle à l'intention du jeune homme, une fois sa charge déposée sur la table.
_Si tu parviens à la convaincre. Elle n'est pas facilement corruptible.
_Elle tient certainement cela de sa mère, déclara la jeune femme en se penchant vers Séren.
Cette dernière lui accorda toute son attention et accepta gaiement de passer dans ses bras, sous le regard maussade de son parrain, provoquant le rire de ses parents.
_Mis à l'écart, Potter ? C'est certainement la plus jeune fille à t'avoir repoussé, s'esclaffa Ron, prenant la tasse que lui tendait son épouse.
Harry ne répondit pas, se contentant de remercier son amie qui le servait à son tour, tout en contemplant la jeune Weasley se perdre d'admiration envers Séren. Il émanait d'elle une chaleur aux antipodes de ce qu'elle déversait tout à l'heure et cela lui fit plaisir. Elle se sentait en sécurité. C'était tout ce qu'il lui avait souhaité.
Hermione s'enquit de la vie à Poudlard, regrettant de ne pouvoir s'y rendre.
_C'est la bibliothèque qui te manque, Chérie. Pas Poudlard.
_C'est l'ensemble, Ron, reprit cette dernière en balayant d'un revers de la main sa remarque.
_Je n'ai pas dit le contraire, Mione. Je dis juste que c'est principalement la bibliothèque qui te manque.
_Dans ce cas-là, Ron, formules mieux tes phrases à l'avenir.
_Il me semble que tu t'en plaignais pas hier soir de mon incapacité à formuler certaines phrases, répliqua Ron, en haussant les sourcils provoquant le rougissement de son épouse.
Harry faillit recracher son thé à ces mots alors que Hermione n'en revenait pas qu'il ait pu dire une telle chose.
_Comment oses-tu…?
_Pauvre enfant ! Je plains tes chastes oreilles, coupa la jeune Weasley en adressant un regard de dépit vers un Harry, dérouté.
_Les miennes, aussi, Ginny. Les miennes aussi, déclara-t-il alors que le couple repartait dans une de leurs nombreuses querelles.
_Tu devrais vraiment apprendre à réfléchir avant de parler, Ronald Weasley, s'exclama Hermione en se redressant.
_Le nom complet, ce n'est pas bon signe, souligna Ginny, en jetant un coup d'oeil à la scène qui se jouait devant elle.
_ Je te laisse le soin de réfléchir pour nous deux, rétorqua Ron, envenimant la situation.
_Rafraîchis moi la mémoire, veux-tu ? Qui a eu l'idée de venir ici pour se changer les idées ? L'interpella Harry.
_Tu sais que ce que tu viens de dire n'a aucun sens, reprit Hermione.
_Sauf erreur de ma part, il me semble que tu en es l'instigateur, annonça la jeune Weasley, se prêtant au jeu.
_Ça a un sens pour moi, s'exclama Ron.
_Génial. Rappelles-moi à l'avenir de te laisser programmer nos futurs rendez-vous.
Elle tourna vivement la tête vers lui à ses mots. Elle était sûre qu'il ne pensait pas cela en ce sens mais l'entendre le dire lui avait fait prendre conscience que cela aurait pu être un de ces rendez-vous. Il perçut de nouveau son trouble et détacha son regard de ses amis pour affronter ses prunelles, fronçant les sourcils, interrogateur.
_Qu'y a-t-il ? Demanda-t-il
_Désolée. Je me suis absentée un moment.
Avant qu'il ne puisse en dire davantage, il se figea et sentit son médaillon chauffer contre sa poitrine. Il déposa sa tasse sur la table alors que son meilleur ami se taisait à son tour, coupant net une de ses nouvelles répliques. Il se tourna vers Harry, opinant doucement. Il se saisit du visage de sa femme, qui avait capté leur échange et qui perdit toute effervescence. Il s'empara tendrement de ses lèvres, convoyant toutes ses émotions dans ce baiser, tout ce qu'il n'était pas en mesure de lui dire. Elle y répondit doucement avant de le relâcher et d'adresser un regard ampli de crainte envers son meilleur ami. Elle avait peur pour lui également. Il acquiesça lentement, comprenant sans qu'elle n'eut à parler.
Alors que Ron enlaça sa petite fille, Harry se dirigea vers la jeune Weasley, qui voyait ce qui se passait sans réellement en comprendre le sens. Elle se leva, l'accueillant avec des questions qui tournoyaient dans ses yeux. Hermione y répondrait plus tard. Il n'en avait aucun doute. Il se contenta de déposer un baiser sur son front et agrippa fortement son médaillon, disparaissant dans la seconde, bientôt suivi par son meilleur ami. Le seul moyen qui transcendait toute protection.
_Mais où sont-ils passés ? Quémanda la jeune femme en se tournant vers sa belle-soeur qui berçait doucement Séren.
Celle-ci sembla sortir d'une torpeur et reprit place dans le fauteuil que venait de quitter son époux, priant qu'il revienne rapidement s'y installer. Elle devrait y être habituée depuis le temps mais elle n'y parvenait pas. A chaque fois qu'il s'en allait, c'était une partie d'elle-même qui la quittait jusqu'à ce qu'elle ne lui revienne.
_Une mission.
Ce simple mot suffit à jeter un froid dans l'espace. Il suffisait à lui faire comprendre la solennité du départ de son frère, la secrète crainte de ne pas revenir. Elle tomba lourdement sur son propre siège, secouée. Et il disparaissait comme ça…Il aurait pu la prévenir. Un mot, une assurance, quelque chose.
_Tu t'y habitueras, en fait, non…Tu t'en remettras plus vite, plutôt, se corrigea Hermione, avant de lui adresser un nouveau sourire, qui ressemblait plus à un rictus.
_J'aurais pu l'accompagner, l'aider…
_Ils s'en sortiront, Ginny…
_Non, Hermione ! A quoi me sert-il de m'entraîner s'il est le seul à risquer sa vie ? A quoi me sert cette histoire d'Élu et de Promise si je suis incapable de le protéger ? Je suis censée être son alliée, son bras droit. Je suis censée m'assurer de sa survie, s'exclama-t-elle en haussant le ton et en faisant les cents pas dans le salon.
Hermione ne l'interrompit pas, attendant qu'elle déverse ce qu'elle semblait avoir tu depuis un moment. Elle était certaine que sa belle-soeur ne se rendait même pas compte de ce qu'elle était en train de se révéler. Si elle n'était pas si inquiète, elle aurait sûrement sauter de joie. Ce qu'elle espérait tant, aller peut-être finalement se réaliser.
_Il est borné, incroyablement borné. Ce n'était pas trop demander qu'il me dise de venir avec lui. Bon sang, il est celui qui m'entraîne, qui me forme…N'a-t-il pas confiance en moi ? S'enquit-elle en se tournant brusquement vers Hermione.
_Je pense qu'il veut juste te protéger, Ginny.
_Justement Hermione, nous sommes censés nous protéger l'un, l'autre. Comment suis-je censée faire s'il s'y refuse ?
_Il ne refuse rien. Tu le sauras s'il a besoin d'aide. C'est déjà arrivé par le passé.
_Je ne sais pas comment je me suis retrouvée dans cette allée ni si je serais capable de reproduire cela s'il venait à être en danger ! Rétorqua la jeune fille.
_Il te faut faire confiance en ce lien qui vous lie…
_Un lien dont nous ignorons tout, qui nous condamne tous les deux ! S'impatienta Ginny avant de se couper net dans son élan en se rendant compte qu'elle en avait trop dit.
Elle se réinstalla sur son siège en plongeant sa tête dans ses mains, maugréant contre cette foutue Providence, ce foutu lien.
_Que veux-tu dire, Ginny ? Questionna Hermione, en se levant pour s'installer près d'elle, à la place précédemment occupée par Harry.
_Rien, Hermione. J'ai juste peur pour lui…pour eux, se reprit-elle, pour la forme.
_Mais bien sûr, répondit la jeune Granger, un sourire compréhensif.
Hermione n'était pas dupe. Ginny le savait. Elle ne se laisserait pas non plus berner, surtout après cette épisode. L'impulsivité était Weasley. Sa belle-soeur devait être habituée depuis le temps.
_Je sais ce que tu vas me demander. Oui. Je ressens des sentiments pour lui. Je n'y peux rien. Il est constamment dans ma tête. C'est en partie à cause de ce lien, en partie à cause de ce qu'il est. Le genre d'homme à constamment te protéger, à décider qu'une virée chez ton frère est exactement ce dont tu as besoin, à t'emmener faire un tour en balai pour te faire sentir mieux, à se renseigner sur tes matchs de Quidditch alors que ça devrait être sa dernière préoccupation, à s'assurer que rien te ne trouble, de te blesse ou dérange ta quiétude. Le genre d'homme a être imparfaitement parfait.
_Le sait-il ? Demanda doucement Hermione, en replaçant une mèche des cheveux de Ginny, derrière son oreille.
_Je ne le pense pas. Il sait qu'il est important pour moi. Après tout, il est mon Élu mais il ignore le reste. Et pour l'instant, cela me va très bien. Cela risquerait de compliquer les choses entre nous. Des sentiments en plus du reste…Qui plus est, il ne les partage pas sûrement. Ce serait encore plus gênant.
_Comment peux-tu savoir qu'il ne les partage pas si tu ne lui en parles pas ?
_Ce n'est pas le moment, Hermione. Nous sommes en mission. Le sort du monde des sorciers…
_…Ne vous empêchera pas d'être ensemble si c'est ce que tu veux. Tu es déterminée et tu ne baisses jamais les bras. Et tu l'as dit toi-même, Harry est borné. Si vous voulez être ensemble, Voldemort lui-même ne saurait vous séparer. Je le plaindrais de vouloir seulement essayer.
La jeune Weasley ne put retenir un sourire à ces mots, ce qui suscita un sentiment de victoire chez Hermione. Elle n'avait pas tort. Elle savait qu'il aurait été difficile de faire plus buté que ces deux-là. Un silence les étreignit un moment, uniquement rompu par quelques gémissements de Séren. Celle-ci tentait de s'endormir et les discussions alentours la perturbaient grandement.
_Je vais déposer cette jeune demoiselle en haut, et nous nous resservirons de ce délicieux thé. Tu me diras alors comment Harry Potter ait parvenu à transgresser environ une dizaine des règles du règlement intérieur de Poudlard afin de ravir le coeur de la coriace Ginny Weasley ?
Un rire échappa la jeune Weasley à ces mots et elle opina doucement alors que sa belle-soeur emmenait sa nièce à l'étage. Elle s'adossa au siège de son fauteuil et ramena ses bras contre elle. Elle aperçut alors le sceau qui ornait son poignet, ce par quoi tout avait commencé. Ce dont elle commençait à peine à comprendre l'étendue.
-A-
En rouvrant les yeux, le jeune Potter s'attendait à voir la scène habituelle, un concert de sorts à contrecarrer, éviter, relancer et une chorégraphie de sorciers apparaissant et disparaissant, asynchrones. Il fut surpris alors d'atterrir dans un silence quasi-religieux. Il connaissait les lieux pour y être venu, une fois, avec Dumbledore & Sirius. Il leur avait demandé de lui montrer Godric's Hollow, le dernier lieu connu de son existence, là où aurait dû se dérouler une toute autre vie. Il avait alors contemplé, impuissant ce qui avait un jour été sa résidence, en ruine aujourd'hui. Il avait arpenté les escaliers où selon les dires, son père s'en était allé avant d'arriver à la chambre de son enfance, là où Lily Evans Potter avait commis l'ultime sacrifice.
Il n'avait pu retenir ses larmes en caressant les barreaux de son berceau, regrettant de ne pouvoir se rappeler de moments heureux qu'ils avaient pu partager ensemble. Il avait en quelque sorte fait son deuil, ce jour-là, tant était il possible de faire le deuil de ce genre de tragédie. Le plus dur était sans aucun doute de voir Sirius se complaire dans un passé qu'il voyait défiler sous ses yeux, dans des souvenirs qui imbibaient chaque objet, relique ayant demeuré en ces lieux, après toutes ces années. Harry ne s'en souvenait pas mais Sirius y était. Il avait rendu visite à ses parents ici, avait partagé une partie de leur réalité pendant un instant.
_Harry, Ron, merci d'être venu.
La voix de Dumbledore le tira de ses réflexions. Il était accompagné de Remus & Shackelbot, qui se tenaient à quelques pas derrière lui. Le fait qu'ils soient accueillis par cet étrange comité était étonnant en soit, d'autant plus, que ce soit Godric's Hollow qui fit office de scène. Après de rapides salutations, Harry se tourna vers le Directeur.
_Que se passe-t-il, Albus ?
_Et si nous faisions un tour ?
Une manière détournée de leur indiquer qu'il n'était pas à l'abri, que des oreilles traînaient aux alentours, ce que confirma le jeune homme en sondant rapidement les lieux. Quelques habitants les observaient, tentés de déterminer ce que venaient faire ces étrangers dans leur région. Des murmures émanaient de certains lorsqu'ils reconnurent le jeune Potter. Il était préférable de ne pas s'attarder. Il leur emboîta alors le pas.
Leur ascension se fit dans un silence quasi religieux alors que l'esprit du jeune homme fourmillait de questions. Il attendit le bon moment pour être éclairé sur sa présence en ces lieux. Pourquoi cela nécessitait-il un appel d'urgence ? Il croisa le regard de Remus, un moment avant que celui-ci ne déposait une main réconfortante sur son épaule.
Ils bifurquèrent dans une dernière allée et se trouvèrent devant l'immense résidence des Potter. Enfin, ce qu'il en restait. Elle lui appartenait. Il n'avait juste pas eu le courage de procéder aux rénovations. Il ignorait s'il en aurait encore la force. A sa grande surprise, ils ne pénètrent pas dans le domaine, se contentant de le longer un moment.
_Je ne suis pas du tout rassuré, marmonna Ron, à ses côtés, en contemplant la sinistre demeure sur leur passage.
Harry opina lentement, confirmant ce sentiment. La bâtisse crissait sous le vent qui tentait de la traverser, la parcourir. Elle semblait tenir par un sortilège. Rien d'autre n'aurait pu expliquer sa pérennité. Ils finirent par dépasser le domaine, empruntant un nouveau chemin sinueux. Une maisonnette les attendait de l'autre côté, d'un bois ébène, sombre, contrastant avec un jardin joliment entretenu dans sa devanture. Le jeune Potter était déjà venu ici. Il ignorait quand exactement mais ce lieu lui semblait familier. Comme un sentiment de déjà-vu.
Dumbledore s'arrêta alors devant la barrière, se tournant vers Harry.
_Ce qui nous attend ne ressemble pas à une promenade chez Honeydukes. Préparez-vous, mes amis.
_Que voulez-vous dire ? S'enquit Ron, en s'étranglant presque à ces mots.
Le vieil homme se contenta de laisser planer un étrange silence avant de pénétrer dans la résidence, suivi par les trois autres personnes présentes. Harry jeta un coup d'oeil tout autour, vérifiant qu'il n'était pas en train de tomber dans un piège avant de s'y rendre à son tour. Le ou la propriétaire des lieux prenait grand soin des plantes qui s'élevaient de part et d'autre. Il en ignorait les espèces. Neville Londubat serait certainement bien plus utile dans ce cas. Il imaginait qu'elles devaient être dociles, même s'il était persuadé d'en avoir entendu certaines murmuraient sur son passage. Il ne chercha pas à creuser davantage ce point. Il n'était pas nécessaire de poursuivre un être chez qui il venait de rentrer par effraction. Enfin, du moins, il le supposait.
Il eut un instant d'hésitation en franchissant le seuil de la maison, ayant l'impression d'être un voyeur, de violer une quelconque intimité. Cependant, voir Dumbledore si à l'aise dans cette situation, prenant presque possession des lieux, suffit à le rasséréner. Après tout, son mentor ne ferait rien pouvant porter atteinte à un quelconque sorcier. Ce dernier menait l'escadron à l'étage, disparaissant rapidement dans le dédale des portes que le jeune Potter pouvait apercevoir de là où il se trouvait. En grimpant les marches, il vit des portraits s'animer à ses côtés. Le mur en était garni. Des enfants de tout âge le saluaient, lui envoyaient des baisers. Quelques clichés avaient été pris devant cette même maison. Une vieille dame était installé sur le préau, entouré d'une armada de sorciers et sorcières qui l'encerclaient, déposant des baisers sur son front, tenant affectueusement sa main. Etait-elle la maîtresse de maison ? Le cas échéant, où se trouvait-elle ?
_Harry, l'interpela Remus en haut des escaliers, le forçant à sortir de sa contemplation et à hâter le pas.
Il le suivit alors qu'il le menait vers la dernière pièce, la seule ayant une porte ouverte. Harry avait l'impression que son ami était déjà venu ici, qu'il savait déjà ce qu'il s'apprêtait à voir. Il tourna subtilement le menton vers lui avant de traverser la pièce. Un courant d'air tournoyait autour de lui et il se demandait d'où il pouvait provenir.
Lorsqu'il parvint au seuil de la pièce où Remus s'était engouffré, il n'était pas préparé à sur ce quoi il allait tomber. Depuis qu'il était devenu Auror, il avait eu à voir des choses qu'aucun sorcier n'aurait pu imaginer. Il était difficile ainsi de le surprendre, de lui apprendre davantage sur le degré de la cruauté des hommes, a fortiori, des sorciers.
Cependant, la scène qui se joua devant lui, lui provoqua malgré lui un haut-le-coeur. Il était dans une chambre simplement décorée. Un lit, deux tables de chevet, une haute commode et une armoire. Peu de portraits ici contrairement aux restes des pièces, juste un bouquet de tulipes se balançant au rythme d'une bourrasque inconnue occupait un pan de mur. Tout le reste de la pièce était tapissé d'un papier peint vieilli dont il ne pouvait définir les motifs car il était à présent dissimulé sous d'épaisses tâches de sang d'un rouge purpurin qui s'écoulaient silencieusement sur le sol, commençant à ternir le lisse parquet de cette nouvelle teinte.
Relevant les yeux vers l'espace, jadis inoccupé, au-dessus du lit, il put apercevoir ce qu'il supposait être la propriétaire des lieux, accroché en croix sur le mur, l'observait d'un regard vitreux et absent. Ses cheveux grisonnants étaient entremêlés et pendaient négligemment dans le vide au rythme du vent qui se faufilait jusque là. Sa robe de chambre, supposément blanche, portait à présent le sceau du massacre qui s'était passée en ces lieux, et le col relâché en laissait apparaître la cause. Une bande de chair d'un rouge vif ornait le cou fragile de la dame qui était ainsi exposée devant eux, permettant à l'élixir de vie de s'en échapper à grand flot.
Cela venait tout juste de se passer. Cette scène était encore fraîche. Harry détacha son regard de la forme inerte afin de jeter un coup d'oeil alentour, espérant entrevoir un indice, un élément oublié par l'auteur des lieux. A première vue, tout semblait être là où il devrait être. Rien ne paraissait avoir été déplacé.
_Elle se nommait Bathilda Tourdesac, déclara doucement Albus, le regard perdu dans celui sans vie du cadavre, stoppant l'analyse du jeune homme, qui lui porta alors toute son attention.
Il perçut dans la voix du directeur une légère émotion et comprit qu'il connaissait alors la victime. Ce qui n'était point étonnant venant du vieil homme, si ce n'était qu'il en était affecté. Harry se rapprocha alors du corps sans vie de Bathilda et l'examina de plus près.
_Comment avez-vous su ? Demanda Ron.
_Elle était une des informatrices de l'Ordre. Pour sa propre sécurité, elle m'avait fait promettre de n'en parler à personne. Elle a actionné l'alerte de son médaillon, il y a quelques heures.
Chaque membre de l'Ordre détenait un médaillon, envoûté par Dumbledore lui-même, leur permettant d'apparaître exactement là où ils étaient attendus et si nécessaire, de demander de l'aide.
_Pensez-vous qu'elle ait été démasquée ? S'enquit alors Shackelbot, silencieux jusqu'alors.
_C'est une possibilité.
_Quelle autre possibilité, voyez-vous ? Répliqua Remus, doucement, incapable de détacher son regard du spectacle sous ses yeux.
Le vieil homme ne répondit pas tout de suite, laissant le temps à Harry d'y réfléchir davantage. Ce n'était pas commun, même pour un membre de l'ordre, d'être tué de la sorte. Il pouvait arriver que Voldemort utilise des moyens plus « humain », les armes blanches, ou dernièrement, d'avoir recours à Nagini, son animal de compagnie. Mais cette coupure nette et précise, cet…acharnement…Cela ne semblait pas être l'oeuvre de Tom.
C'était comme si tout avait été mis en scène…Pour une raison.
Le jeune Potter inclina un instant la tête, observant la posture du cadavre, la manière dont avait été asséné le coup de grâce. Il aurait été impossible pour l'assassin de pouvoir maintenir la femme contre le mur et de lui asséner une blessure si fatale. S'il avait amené à faire cela, les traces de sang n'auraient été concentrés que sur ce pan de mur, or la salle en était maculée.
Il voulait qu'on la trouve ainsi. Harry suivit le regard de Bathilda à travers la pièce, et vit qu'elle fixait un point derrière Remus. Un point vide.
_Remus, peux-tu de décaler s'il te plaît ?
Comme sorti d'une transe, Remus secoua la tête et opina lentement, jetant un coup d'oeil vers le lieux indiqué par Harry. Ce dernier sortit sa baguette et s'approcha doucement, le coeur s'accélérant légèrement. Il espérait qu'ils n'étaient pas en train de tomber dans un piège, que rien n'y surgirait.
_Harry, que fais-tu ? S'étonna Ron, en se postant néanmoins à sa droite, la baguette tendue devant lui, prêt à intervenir si nécessaire.
_Quelque chose ne colle pas, répondit son ami, à mi-voix, comme s'il se parlait à lui-même.
Il passait sa main rapidement sur le mur mais ne sentit rien. Aucun relief, aucune indication que celui-ci dissimulerait quelque chose. Il jeta de nouveau un regard vers Bathilda, qui le fixait à présent directement dans les yeux et il sut qu'il devait être au bon endroit.
_Pourquoi l'obliger à regarder par là ? Reprit le jeune Potter, plus pour lui-même que pour les autres.
_Comment connaissiez-vous, Bathilda ? Interrogea Remus.
Le fait que Lupin utilise le prénom de la victime confirma à Harry que ce dernier la connaissait également. Mais comment ?
_Comment la connaissais-tu, Remus ? Intervint à son tour le jeune Potter.
_Bathilda était une amie de tes parents. Elle te gardait souvent lorsque tu étais encore un nourrisson. Elle nous avait en quelque sorte adopté. Une brave femme, répondit ce dernier, la gorge nouée.
Harry contempla de nouveau la victime, avec un nouveau regard. Il l'ignorait. Il n'avait jamais su. Et pourtant, il était déjà venu tout près auparavant. Il aurait pu lui rendre visite. Il pouvait très bien l'imaginer conversant avec Lily. Elle avait dû voir en elle, une mère de substitution.
_Effectivement. Elle aurait donné sa vie pour notre cause. Pour répondre à votre question Lupin, Bathilda est une très vieille amie, mais également notre voisine lorsque ma famille vivait ici.
_Vous avez vécu à Godric's Hollow ? S'exclama Harry, n'en croyant pas ses oreilles.
_Quelques temps certes.
_Pourquoi ne m'en avoir jamais parlé ? S'enquit le jeune homme, une colère sombre s'éprenant de lui. Il n'en finissait jamais d'en apprendre sur celui qu'il considérait et avait toujours considéré comme son mentor.
_Un passé dont il m'est difficile d'en parler, mon garçon, répondit calmement Albus, en se tournant vers son protégé.
Il se rapprocha de lui, déposant une main rassurante sur son épaule avant de poursuivre.
_Un jour, peut-être. Pour l'instant, nous avons besoin de savoir ce qu'est venu chercher l'instigateur de ce crime. Le cas échéant, savoir s'il a pu l'obtenir.
Le jeune Potter n'était pas totalement convaincu par cette réponse, continuant à se sentir mis dans l'ombre mais opinant cependant à la demande de son mentor. Il se tourna de nouveau vers le pan de mur et murmura Revelio.
Le papier peint se déforma légèrement, tournoyant sur lui-même avant de laisser place à un trou noir.
_N'y penses même pas, Vieux, s'exclama le jeune Weasley, à ses côtés.
_Nous devons savoir, répliqua ce dernier en tendant la main.
La poigne ferme de Shackelbot l'en empêcha. Il se tourna alors vers son co-équipier.
_Je m'en occuperais dans ce cas.
Avant que le Chef des Aurors ne puisse amorcer un nouveau mouvement, Kingsley avait déjà glissé sa main dans le trou. Tous retinrent leur souffle dans l'attente de quelque chose mais rien ne se passa. Shackelbot sembla chercher un instant avant d'entrer en contact avec une surface différente. Il se saisit alors du bout de papier et l'extirpa rapidement. Il s'agit d'un simple bout de parchemin légèrement rougie par quelques traces de sang. Il avait donc été déposé par l'assassin.
Avec précaution, Kingsley ouvrit le mot et lut à voix haute :
Le Royaume du Juste ne sera pas. A l'Obscurité, je porterais Allégeance.
Il le tourna dans tous les sens mais n'obtint rien de plus. Il se tourna vers ses compagnons à la recherche d'une quelconque réaction. Harry s'était figé. Ces mots…Il les avait déjà entendu. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Personne n'était au courant de cette seconde prophétie. Même au sein de l'Ordre, seuls avaient été informés les membres de leurs familles respectives et eux-mêmes n'avaient pas entendu la Prophétie. Cela ne pouvait pas être. Comment était-ce possible ? Il glissa vers Dumbledore qui ne cilla pas, se contentant de contempler un point au lointain.
_Qu'est-ce que ce charabia signifie ? S'écria Ron, blasé par ce silence, par cette mise en scène, par l'incompréhension ambiante.
Harry ne répondit pas tout de suite, se remettant peu à peu de cette révélation. Il devait en avoir les idées claires. Si celui qui avait fait ça, avait prit connaissance de la Prophétie, son message était clair. Il lui était destiné. Ginny était en danger. Mais il ne pouvait rien dire pour l'instant, pas même à celui qu'il considérait comme son propre frère. Il devait en avoir le coeur net.
_Je l'ignore, répondit-il enfin, le visage impassible.
Il poursuivit à l'intention de Kingsley.
_Demandes à une équipe de venir analyser tout cela. Qu'elle fasse vite. Le rapport doit être sur mon bureau au plus tard demain matin.
Ce dernier hocha la tête avant de s'exécuter promptement et disparaître.
_Il est nécessaire que nous convoquions une réunion de l'Ordre, déclara Dumbledore en s'adressant au jeune Potter.
_Très bien.
_Dès que vous aurez terminé de votre visite chez Mr & Mrs Wealsey, pourras-tu passer me voir, mon garçon ?
Harry opina lentement avant que son mentor et Remus ne disparaissent à leurs tours. Il se tourna vers son meilleur ami, qui le scrutait patiemment.
_Je sais que tu ne me dis pas tout. Dis moi si je peux t'aider en quoique ce soit.
_Merci Ron. Rentrons à présent.
-A-
Hermione prit place près de son époux, en l'enlaçant doucement. Toute trace de la dispute précédente oubliait. Il resserra son étreinte, conscient qu'elle en avait besoin, conscient également qu'il accepterait toute distraction qui l'empêcherait de revoir la scène qu'il venait de quitter.
Il porta son attention sur son meilleur ami. Silencieux, sirotant calmement sa nouvelle tasse de thé et écoutant d'une oreille distraite sa jeune soeur leur racontait le match de Quidditch d'hier. C'était une simple excuse qu'il avait trouvé pour entendre sa voix. Il était fou d'inquiétude pour elle. Il n'était pas dupe et savait que quoiqu'il se soit passé chez Bathilda Tourdesac, cette histoire de Prophétie y était pour quelque chose. Il avait vu la réaction de Harry. Il avait également compris que ce dernier préférait ne pas en parler. Il était également convaincu que le jeune homme ferait n'importe quoi pour protéger la jeune femme à ses côtés. Il lui avait promis.
Au bout d'un moment, les conversations se turent. Un coup d'oeil à l'horloge fit prendre conscience à Harry qu'il se faisait tard et qu'il devait rentrer. Il accepta la longue embrassade de sa meilleure amie, comprenant qu'elle en avait besoin plus que lui et déposa une poigne rassurante sur l'épaule de Ron. Ce dernier comprit le message et opina doucement. Ils prendraient soin les uns des autres.
Le chemin jusqu'aux barrières de protection se fit dans un silence de plomb. Ginny savait très bien que cette mission avait chamboulé le jeune homme et elle ne pouvait imaginer ce qu'il avait du voir. Elle lui laissait donc l'espace nécessaire pour qu'il puisse s'en remettre en espérant qu'il s'ouvre un jour à elle et puisse la considérer véritablement comme son alliée. Elle savait très bien qu'elle ne voulait pas n'être que cela pour lui mais c'était un tout autre sujet. Même si Hermione était persuadée de l'attention que lui portait l'homme à ses côtés, elle n'était pas aussi certaine.
_Prête ?
Sa voix l'interrompit dans sa rêverie alors qu'il lui tendait un Gallion. Elle opina doucement et s'en saisit avant que le décor ne se transforme et qu'elle se trouve de nouveau, devant les portes de Poudlard, qu'ils avaient quitté, il lui semblait une vie auparavant.
_Merci de m'y avoir emmené. C'était un plaisir de les revoir.
Il lui sourit, même si cela ne sembla pas atteindre ses yeux. Malgré elle, sa main se leva pour caresser doucement sa tempe. Le jeune homme fut surpris de l'initiative mais l'accepta et s'y appuya, fermant les yeux pour apprécier le support.
_Je suis là, Harry, tu le sais ? Tu peux m'en parler.
_Je le sais, répondit-il en ouvrant les yeux, appuyant sa main contre la sienne sur sa joue, à présent.
_Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle alors en s'approchant d'un pas, forçant le jeune homme à baisser les prunelles pour fourrager dans les siennes.
_Je t'ai promis une journée pour te changer l'esprit. Nous en parlerons demain.
_Promis ? Murmura-t-elle, appréciant leur proximité et la chaleur qui se dégageait de Harry, qui l'engouffrait complètement.
_Promis, répondit-il en déposant un baiser sur son front, scellant ainsi sa promesse.
Son coeur tambourina dans sa poitrine. Avait-il seulement conscience qu'il lui appartenait ?
