« Bonsoir. » lança Hermione en entrant dans le laboratoire privé de son professeur après le souper.

« Bonsoir Hermione, comment s'est passé ta journée ? » demanda Severus. Il mit sa potion sous stase puis vint l'embrasser légèrement avant de lui indiquer de passer au salon. Un thé était déjà prêt sur la table basse. Il s'assit et Hermione prit place près de lui.

« Bien. Enfin je suis épuisée et Ginny a été insupportable. Elle n'arrête pas de faire des commentaires… Je devrais la menacer de t'envoyer tiens. »

« On m'utilise pour terroriser les autres élèves maintenant Miss Granger ? »

« Allons, terroriser est un bien grand mot. Tu imagines réellement Ginny être terrorisée ? Elle est pire que Molly quand elle s'énerve. »

« Merlin, ça promet. Les colères de Molly sont légendaires. »

« En effet. Je t'assure, tu ne la verras plus jamais de la même manière. Il ne faut pas la sous-estimer, crois-moi. »

« Si tu le dis. Parlons d'autre chose. As-tu eu le temps de lire le livre que je t'ai passé hier ? »

« Je voulais le faire pendant mon heure de pause mais il y a eu des conflits entre deux élèves de troisième année que j'ai dû régler moi-même parce que les préfets étaient en cours. L'une avait eu la bonne idée de lancer un sort à l'autre qui s'est retrouvée avec des dents à rallonge. Une histoire de jalousie apparemment. Ça m'a rappelé des souvenirs. »

« Oui, je m'en souviens aussi. Drago y avait été plutôt fort sur ce coup-là. »

« Et toi aussi. » dit Hermione avec un regard de reproche. « Au moins, l'infirmière avait pu arranger ça. Et pour en revenir à ton livre, si tu veux je peux regarder maintenant pendant que tu fais tes corrections. »

« Qui te dit que j'ai des corrections ? »

« Tu as toujours des copies à corriger. Je ne sais pas comment tu fais d'ailleurs. »

« C'est le seul moyen pour que ces cornichons étudient correctement. Qu'est-ce qu'il y a ? Ne me regarde pas comme ça. Ce sont tous des cornichons sans cervelle. Et je suis quasi insomniaque, donc je trouve le temps. Et puis la plupart des devoirs n'en valent pas la peine. Je jette d'abord un œil et je trie ceux qui ont l'air bien et ceux qui ont l'air mauvais. Ensuite, je lis les cinq premières lignes du deuxième tas et ça suffit largement pour distribuer des P, des D et des T. »

« En fait depuis toutes ces années, tu triches ?! Tu ne prends même pas la peine de lire toutes les copies en entier ? Je ne te pensais pas comme ça » se moqua Hermione, faussement outrée.

« Il y a plein de choses que tu ignores de moi… » la nargua Severus d'une voix lourde de sous-entendus.

« Oh Merlin… Je ne veux même pas savoir de quoi tu parles. Va donc faire tes corrections et laisse-moi lire ton livre. »

« Arrête de me donner des ordres. »

« Comme tu veux. » dit simplement Hermione en sortant le livre et en l'ouvrant à la page indiquée.

Il soupira, à mi-chemin entre l'agacement et l'amusement, puis alla chercher des parchemins de première année sur l'aconit dans son armoire avant de s'asseoir à son bureau et de commencer à barrer en rouge des paragraphes entiers.

Hermione sourit discrètement. Décidément, il était quand même très susceptible.

Pendant une vingtaine de minutes on n'entendit dans l'appartement que le grattement de la plume sur le parchemin, les bûches qui craquaient dans la cheminée et le tournement de pages régulier du livre d'Hermione. De temps en temps, Severus jetait un coup d'œil à la femme confortablement assise dans son canapé, un peu incrédule qu'elle soit toujours là, et se demandant quelle serait sa réaction quand elle comprendrait le sens de cette lecture qu'il lui demandait.

La préfète arriva à la fin du chapitre sur les liens magiques et s'interrogea pendant quelques minutes, les yeux dans le vague, se demandant pourquoi il avait absolument voulu qu'elle lise cela. On parlait des dettes de Vie, et elle se souvenait qu'il lui avait une fois dit qu'il en avait contracté une envers elle. Ce soir-là, il avait aussi parlé d'autres choses mais après la conversation avait dérivé. Il lui avait parlé de quoi, déjà ? Hermione reparcourut rapidement les différentes thématiques puis cela lui sauta aux yeux. Ils avaient brièvement discuté des âmes-sœurs, et il lui avait appris que ça existait chez les sorciers. Mais qu'est-ce que cela avait à voir avec le reste ?

La préfète relut le passage concerné, et buta finalement contre quelques petits mots. Elle se souvint que ce soir-là, il lui avait demandé :

« Savez-vous pourquoi vous pouvez entendre mes pensées sans rentrer dans ma tête et inversement ? »

Elle avait répondu que non, et il lui avait posé une autre question.

« Croyez-vous aux âmes-sœurs ? »

Elle s'était demandé quel était le lien entre les deux, et avait voulu lui poser la question mais la conversation avait dévié. Et maintenant, elle croyait comprendre pourquoi il avait fait tout ça. Mais si elle comprenait bien… Pourquoi eux ? C'était quand même absurde. Certes plein de choses les rassemblaient, mais il y en avait autant qui les divisaient. Et la Magie avait choisi … ?

Elle leva les yeux vers Severus qui justement la regardait comme s'il essayait de voir quelque chose sur son visage. Il sembla trouver ce qu'il y cherchait puisqu'il abandonna ses copies pour revenir s'asseoir près d'elle, dans son fauteuil favori.

« Bien, maintenant je pense que nous en sommes au même point. »

« C'est vrai ? Tout ça ? »

« Je ne sais pas, Hermione. Je pense. »

« C'est… »

« C'est impossible ? »

« Ce n'est pas le mot que j'aurais employé, mais c'est tellement surréaliste. »

« Je n'y croyais pas non plus. Et pourtant, dès le moment où tu as compris j'ai eu l'impression de sentir quelque chose. Pas toi ? »

« Maintenant que tu le dis… »

Absorbée par ses réflexions, Hermione n'y avait pas prêté attention, mais maintenant elle avait l'impression de sentir sa présence. Même s'il était à quelques mètres d'elle, elle le… ressentait dans toutes les cellules de son corps. Il lui sembla aussi que leurs esprits étaient plus étroitement reliés. Elle pouvait deviner qu'il avait ses barrières d'Occlumens levées, comme d'habitude, mais quelque chose était différent. C'était comme si ses barrières ne la rejetaient pas.

« J'ai aussi cette impression, Hermione. Comme si mon esprit… t'accueillait. Crois-moi, c'est très perturbant. » ajouta-t-il en se massant les tempes. « J'ai l'impression d'avoir un intru dans ma tête tout en sachant que je ne suis pas en danger. Excuse-moi, mais je déteste partager même un bout de ma tête. »

« J'imagine qu'après toutes ces années, ça doit être étrange. Mais attends, tu peux savoir tout ce que je pense ? Et inversement ? »

« Non, c'est plutôt… » Il se concentra quelques instants. « Comme des sensations. Je sens que tu es un peu étonnée, et je pense que si je faisais un petit effort pour aller vers toi, je pourrais tout ressentir et même entendre tes pensées. »

« Waouh, c'est… impressionnant. »

« Et je crois que ce n'est que le début. »

Hermione médita quelques instants face à l'ampleur des informations. Puis, elle pensa à autre chose.

« Severus, j'ai une question. »

« Je t'écoute. »

« Depuis quand est-ce que tu le sais ? Et est-ce que… ? » demanda la jeune femme sans finir sa phrase.

« J'ai fait des recherches quelques jours après notre discussion pendant le cours sur le Polynectar. La communication était si facile, dans un sens comme dans l'autre… Ce n'était pas normal. Personne ne rentre dans ma tête sans y avoir expressément été invité, tu peux en être certaine. Et puis, ce n'était pas la première fois que ça arrivait, alors je me disais qu'en faisant quelques recherches, je trouverais sûrement quelque chose qui puisse expliquer… ça. »

« Je vois. »

« Mais, Hermione. Tu sais, ce n'est pas pour ça que je… enfin que nous… enfin… »

Il bafouilla quelques instants – ce qu'Hermione trouva adorable car il ne perdait jamais le contrôle ainsi, pas même avec elle – puis souffla un coup et recommença sa phrase.

« Cette découverte n'a été que dans la continuité des choses. Je veux dire, cela ne m'a pas influencé de quelque manière qu'il soit, vraiment. »

Il semblait avoir à cœur de la convaincre et après avoir détaillé ses yeux sincères, elle ne put pas douter très longtemps.

« C'est pour ça que tu voulais absolument que je lise ce passage de ton livre ? »

« Je voulais que tu puisses prendre ce paramètre en compte. Je savais que tu comprendrais rapidement. »

Le silence régna pendant quelques instants.

« Alors on est fichus ensemble pour l'éternité ? » demanda Hermione dans une tentative de détendre l'atmosphère beaucoup trop solennel.

Malheureusement, cela n'eut pas vraiment l'effet escompté.

« Hermione, je… Enfin, on ne se connaît pas depuis très longtemps. Je ne veux pas que tu te sentes obligée de quoi que ce soit. Je ne suis pas un homme bien et… »

La jeune femme se leva du canapé et alla s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil où était assis Severus, le coupant.

« Severus, tu ne me forces à rien. J'aime passer du temps avec toi… »

Elle tritura nerveusement ses doigts quelques instants.

« J'aime bien quand on fait des potions ensemble, quand on débat de plein de choses, quand on n'est pas d'accord sur un point, quand je croise ton regard dans les couloirs et que je vois cette lueur que les autres ne remarquent pas, quand tu fais semblant de ne pas être inquiet pour moi, quand tu me fais un câlin, quand tu fais des remarques sarcastiques dans ta tête ou dans la mienne, quand on discute, quand tu fais ton petit sourire narquois ou quand tu me regardes comme si… comme… Je… Tu es quelqu'un de bon, Severus et tous les arguments que tu me donneras n'auront aucune importance. Je sais ce que tu as fait de mal et je sais aussi tout le temps que tu as passé à tenter de te racheter. Le reste ne m'intéresse pas. Et puis, je pense que j'aurais pu tomber sur quelqu'un de pire que toi. » ajouta-t-elle d'une voix légère.

Severus resta sans voix quelques instants. Elle le voyait avec tellement de bonté ! Tout doucement, il délia ses doigts nerveux pour les entrelacer aux siens, répondant en même temps d'une voix rauque :

« Je pense que moi aussi, j'aurais pu tomber sur quelqu'un de pire qu'une petite Miss Je-Sais-Tout. »

Elle savait qu'il n'était pas homme à se livrer et simple cette confession lui suffit amplement. Le cœur emplis de reconnaissance, elle se laissa glisser sur ses genoux et l'enlaça d'une main, l'autre toujours liée à la sienne. Ils profitèrent de ce moment en silence, méditant.

« Et qu'est-ce qu'on va découvrir comme nouveaux supers-pouvoirs ? Je suppose que tu t'es renseigné plus que moi. »

« En effet. En plus de devoir t'avoir dans ma tête tout le temps… on pourra se contacter de loin apparemment. Et je te préviens tout de suite, tu n'as pas intérêt à te blesser parce que sinon on va le regretter tous les deux. »

« Vraiment ? »

« Oui. » grimaça le professeur.

« Oh. Je n'ose pas imaginer le drame que ç'aurait été pendant la Guerre. »

« On peut remercier mille fois Merlin de ne pas nous avoir infligé cela. Nous n'aurions pas survécu. » asséna Severus. Il reprit ensuite d'une voix différente, plus calme et plus rauque :

« Il se pourrait aussi qu'il y ait plus de… tension entre nous. »

La température de la pièce monta de quelques degrés

« Cependant, je n'aurais jamais cru te dire cela un jour, tu peux me croire. » ajouta-t-il en murmurant.

« Je te crois. » répondit Hermione d'une voix étouffée, rougissant contre le torse de son professeur.

« Tu rougis encore ? Par Salazar je crois que c'est une de mes activités préférées, te faire rougir. » ajouta-t-il narquois.

« C'est pas gentil ! » se plaignit Hermione sans répondre.

« Pauvre petite chose. Mais n'essaie pas de dire le contraire, je sens que tu es gênée. »

« Fichu lien. » pesta la jeune femme.

« De toute façon, on va apprendre à gérer ça. Je suis certain qu'il y a une fonction ON/OFF. »

« J'espère bien ! » répliqua la préfète. « Par contre, je ne m'habitue pas à te voir faire des réflexions purement moldues. »

Hermione sentit Severus sourire dans ses cheveux. Elle bâilla discrètement.

« J'en connais une qui est fatiguée. » se moqua le sorcier. « Tu me dis si je t'ennuie. »

« Ce n'est pas ça, tu le sais bien. Je me suis juste réveillée tôt aujourd'hui. »

« Et pourquoi ça ? »

« Je ne sais pas, mon cerveau m'a dit quelque chose du genre « Va te faire voir. » Ce n'était pas très gentil. Du coup, j'ai été me balader. »

« Il était quelle heure ? »

« Cinq heures et demie. »

« Ce n'est pas une heure pour être hors de son dortoir, Miss Granger. »

« Excusez-moi professeur Snape. »

« Vous viendrez demain soir dans mon bureau. »

« D'accord » répondit Hermione simplement. « Je peux venir le soir d'après aussi ? »

« Quand tu veux. »

« J'ai un devoir d'Astronomie à rendre après-demain. Je pourrai venir faire mes devoirs ici ? »

« Aucun problème. »

« Bien. » souffla Hermione.

« Ne t'endors pas sur moi. »

« Je n'oserais pas. Mais je crois que je vais y aller. » ajouta-t-elle sans bouger.

« Je crois que pour aller dans ton lit, tu vas devoir te lever. Tu connais ce concept ? » demanda le sorcier légèrement moqueur.

« Tu ne pourrais pas m'y porter ? » implora la préfète.

« Non. »

« Quel dommage… Au moins j'aurai essayé. » marmonna la jeune femme en se levant avec difficulté. Aussitôt debout, elle senti le froid l'envahir.

« Tu veux que je te réchauffe ? » suggéra Severus, encore nonchalamment assis dans son fauteuil, une lueur dans le regard.

Sans lui laisser le temps de répondre, il était déjà à ses côtés et penchait la tête pour l'embrasser, passant une main dans son dos pour la soutenir. De suite, Hermione se sentit mieux.

« Merci. » souffla-t-elle.

« C'est toujours un plaisir, Miss Granger. Par contre tu dors debout. Je te raccompagne, je ne voudrais pas te retrouver à l'infirmerie demain matin. »

« Ce serait dommage. » acquiesça la jeune femme en étouffant un nouveau bâillement.

Severus passa une cape sur ses épaules puis en déposa une autre sur celles de sa préfète. Elle prit son sac et ils sortirent.

Trois minutes plus tard, ils étaient devant le tableau de la jeune femme. Le sorcier posa sa main sur la surface et le tableau pivota.

« Comment ça se fait que tu puisses rentrer dans mes appartements ? »

« Privilège de directeur de maison. »

« Je vois. » dit Hermione qui ne voyait plus grand-chose, le cerveau embrumé par la fatigue. « Tu veux pas me border ? »

« Tu as quel âge, Hermione, sérieusement ? »

Elle ne répondit pas.

« Bon, viens. »

Ils rentrèrent tous les deux et Hermione se dirigea vers la salle de bain tandis que Severus restait seul debout dans la chambre, attendant. Il détailla la pièce. Elle était assez neutre d'un point de vue des couleurs mais aussi de la décoration. Deux ou trois cadres photos, des livres posés dans un coin, des vêtements dans un autre. C'était assez spartiate.

La jeune femme revint rapidement et se mit au lit tandis que le sorcier s'approchait.

« Bonne nuit. »

« Bonne nuit Hermione » souffla Severus en l'embrassant légèrement.

Il n'eût pas le temps de quitter la pièce qu'elle dormait déjà.


Coucou !

Je suis en avance ce soir, j'ai un barbecue après (dans le respect des règles de confinement belges évidemment) et je préférais poster maintenant, sinon soit j'aurais oublié soit ç'aurait été beaucoup trop tard. J'ai par contre posté un peu à l'arrache hier soir, donc je n'ai pas eu le temps de vous demander ce que vous aviez pensé de mon explication quant au sauvetage de Severus par Hermione. Est-ce qu'il était bien écrit/crédible ? J'espère que ce chapitre, mignon tout plein aussi, vous aura plu.

Il y a un bug avec les reviews de la fic, elles ne s'affichent plus depuis le chapitre 23 (compris). Je les reçois normalement quand même par mail (heureusement que j'avais activé la notification !) et j'essaie d'y répondre mais si par hasard je n'ai pas répondu, dites-le moi. Je peux en rater une, c'est plus difficile pour faire le tri par mail.

Bref, belle soirée à tous et à demain soir !