Chapitre 20 : Les décisions de Dumbledore

Lorsqu'il lui fut demandé de faire en sorte de tenir Sarah et son frère éloignés des Dursley, le vieil homme eut l'impression que l'on pouvait voir tourner les rouages de son cerveau, qui fonctionnait à plein régime.

Il devait impérativement trouver un moyen de contourner cela, et rapidement, s'il voulait pouvoir aller au bout de ses plans pour ces deux gamins. Puis, il se rappela que les Dursley avaient une voisine cracmolle - Mrs Figgs - placée là par ses soins, et chargée de lui rapporter tout fait suspect.

Il proposa donc :

- Les confier à Mrs Figgs pourrait être une solution ?

Le professeur McGonnagall protesta :

- Enfin Albus, vous n'y pensez tout de même pas sérieusement ! Tout d'abord, cette femme est la voisine des Dursley. De plus, elle n'a visiblement pas été capable de protéger ces petits de leur famille, auquel cas nous ne serions pas réunis aujourd'hui.

Le vieil homme marmonna dans sa barbe, visiblement pas très ravi que sa proposition ait été refusée. En entendant cela l'infirmière s'offusqua :

- Albus… Il y a vraiment quelqu'un qui avait la possibilité de sortir ces enfants de leur enfer quotidien ?

Pour le coup, il était bloqué. Il ne pouvait rien dire ou faire sans passer pour le salaud qui aurait laissé en toute connaissance de cause deux enfants innocents vivre un enfer permanent pendant des années. Il devait garder Harry à portée de main, pour que la prophétie s'accomplisse. Mais il savait, pour les avoir vus ces deux dernières années, que le garçon refuserait catégoriquement d'être séparé de sa sœur.

Il eut une illumination. Il y avait bien quelqu'un qui se ferait une joie de recueillir les deux Potter et qui lui était tellement reconnaissant qu'il n'oserait jamais s'opposer à lui. Il proposa donc :

- Remus Lupin est le parrain de Sarah… Il faudrait lui poser la question, mais je pense que prendre Harry et Sarah avec lui ne lui posera aucun problème.

Les trois femmes acquiescèrent puis l'envoyèrent chercher le professeur Lupin.

Elles profitèrent de son absence pour parler plus librement. La directrice de Gryffondor avoua aux deux autres ce qu'elle avait gardé pour elle pendant toutes ces années. À savoir que c'était la décision du professeur Dumbledore de placer les Potter chez les Dursley, et que rien de ce qu'elle avait pu dire n'avait réussi à le faire changer d'avis, y compris le fait que le couple était connu pour haïr viscéralement tout ce qui sortait de l'ordinaire.

Ce qu'elle ne dit pas, en revanche, c'était qu'elle soupçonnait les intentions du vieil homme de ne pas être aussi louables qu'il le prétendait. Après tout, il savait pertinemment que les Dursley n'étaient pas la seule famille des enfants Potter. En effet, bien que depuis le temps les sorciers aient probablement fini par oublier son existence, James Potter avait une sœur, Maria, qui n'avait jamais reçu de lettre pour Poudlard. Après une scolarité purement moldue, la jeune fille avait déménagé en France quand Voldemort avait commencé à représenter un réel danger. Et plus personne ne l'avait revue depuis. La femme soupçonnait également qu'elle n'ait pas été mise au courant du décès des Potter. Il était temps de rectifier cela. Elle se leva et partie dans son bureau, où elle commença à rédiger une lettre :

Chère Mrs Potter,

Tout d'abord, veuillez m'excuser de vous importuner alors que vous êtes probablement occupée. Seulement, ce que je suis sur le point de vous annoncer risque de perturber tous vos projets.

Compte tenu de votre éloignement géographique, je ne sais pas si le professeur Dumbledore a pris le temps de vous avertir de l'issu de la guerre contre Lord Voldemort - si c'est le cas, alors je suis désolée de vous avoir dérangée pour rien -

Le soir du 31 octobre 1981, votre frère et sa femme ont été attaqués et assassinés par Voldemort. Leur fils a détruit le mage noir.

Le professeur Dumbledore les a placés, sa sœur et lui, dans leur famille maternelle.

Je m'excuse de n'avoir pensé à vous avertir plus tôt mais nous venons seulement de découvrir que ces enfants étaient abusés par leur famille

Je vous souhaite une bonne fin de journée

Professeur Minerva McGonnagall, directrice adjointe de l'école de Magie et de sorcellerie Poudlard

Elle confia la lettre à son hibou et retourna à l'infirmerie où elle trouva sa collègue en compagnie du professeur Lupin et de l'infirmière. Le professeur Dumbledore, en revanche, était absent.

Personne ne semblait avoir pris la peine d'expliquer au professeur Lupin ce qu'on attendait de lui mais elle comprit en voyant leur regard se poser sur elle qu'ils attendaient son retour. Elle répondit à la question muette qui lui avait été posée en expliquant rapidement la raison de son absence.

OoooO

Quelques jours plus tard, quelque part en France

Dans une petite maison de campagne, le calme ambiant fut troublé par des coups contre une fenêtre. Une jeune femme avec des cheveux bruns et des yeux noisettes ouvrit et réceptionna l'auteur du bruit, qui s'avéra être un hibou. Elle détacha la lettre qu'il transportait. Elle la décacheta et commença à la parcourir. Arrivée la fin, sa première réaction fut de fondre en larmes. Il était vrai qu'au cours des dernières années, elle s'était souvent demandé à quoi était dû ce brusque silence radio de la part de son frère, alors qu'ils étaient restés en contact régulier depuis son départ. Mais de là à imaginer qu'il était mort…

Une fois qu'elle eut l'impression d'avoir usé toutes les larmes de son corps, la colère pris le dessus sur le chagrin. De quel droit Dumbledore se permettait-il ne pas l'avertir du décès de son propre frère ? Et, surtout, de décider, sans la consulter auparavant, de l'avenir de ses neveux ? Il savait - comme tout le monde - à quel point la sœur de Lily était hostile à la magie. Ce fut probablement la colère qui dicta cette décision mais elle décida d'écrire une lettre au professeur McGonnagall, lui demandant de venir la chercher au plus vite pour l'emmener à Poudlard. Elle confia ensuite la lettre au hibou qu'avait utilisé le professeur puis regarda partir l'animal.

La jeune femme, veuve depuis quelques années, devait avouer que son pays natal lui manquait énormément, seulement elle n'avait jamais osé y revenir et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, et bien parce qu'elle ne savait pas où en était la guerre là-bas. Ensuite, parce qu'elle avait fini par faire sa vie en France et y fonder une famille. Elle avait désormais quatre enfants à charge et elle ne pouvait se permettre de leur imposer un déménagement : eux, avaient toute leur vie ici. Ils y avaient leur école, leurs amis…

OoooO

Au même moment, à Poudlard

La grande salle était aussi bruyante que d'habitude. Après une rentrée pour le moins… chaotique, la vie avait fini par reprendre son cours. Sarah avait quitté l'infirmerie la veille. Bien qu'il ne lui avait fallu que quelques heures pour reprendre contact avec la réalité, l'infirmière avait tenu à la garder quelques jours en observation « par mesure de précaution », avait-elle dit. La jeune fille avait interdiction d'approcher les détraqueurs, bien que cette précaution n'aurait pas été nécessaire : elle avait d'elle-même décidé de ne plus jamais s'approcher de ces créatures.

Elle savait qu'elle avait fait très peur à ses amis, qui ne comprenait pas la raison d'une réaction aussi… extrême. Elle aurait aimé pouvoir leur en parler mais avait toujours en tête les menaces de son oncle si jamais elle venait à le dénoncer. Après tout, il avait été capable de la retrouver une fois…

L'infirmière, ainsi que sa directrice de maison et le professeur McGonnagall, lui avaient promis qu'elle ne retournerait plus jamais là-bas, et Harry non plus, mais elle n'était pas sûre de pouvoir leur faire confiance. Elle avait également appris - à sa grande surprise - que le professeur Lupin était son parrain. Il lui avait avoué qu'il avait tout fait pour essayer de les retrouver mais que Dumbledore avait toujours catégoriquement refusé de lui dire où il les avaient placés.

Elle savait également qu'il faudrait qu'elle lui parle mais elle n'arrivait pas à s'y décider. Il lui fallut du temps mais un soir, juste après les cours, elle frappa à la porte du bureau de celui qu'elle savait désormais être son parrain. Il vint ouvrir, en se demandant qui pouvait bien venir le voir. Il fut étonné de la trouver devant sa porte :

- Sarah ? Mais… Qu'est-ce que tu fais là ?

Elle se contenta de dire :

- Il faut que je vous parle.

Il ne dit rien, se contentant de la laisser entrer. Sans même savoir de quoi elle voulait lui parler, il avait le pressentiment que ce serait important. Il lui indiqua un fauteuil pour qu'elle puisse s'asseoir et lui proposa une tasse de thé. Elle s'exécuta et accepta la boisson qu'il lui proposa. Une fois qu'elle eut toute son attention, elle se lança dans un récit détaillé de ses années chez les Dursley. Elle raconta tout : les coups quotidiens depuis des années, les menaces de Vernon, les privations, les corvées, les punitions injustes, etc… Pour la première fois de sa vie, elle raconta l'Enfer qu'ils vivaient, son frère et elle, chez les Dursley.

Bien qu'il n'en montra rien, intérieurement, Remus bouillait. À l'infirmerie, ses collègues l'avaient mis au courant dans les grandes lignes des conditions de vie supposées de Harry et Sarah chez les Dursley. Mais il y avait une différence entre supposer quelque chose et en avoir la preuve…

Ce fut soulagée d'un poids qu'elle parti rejoindre la grande salle pour le dîner. Lorsqu'elle lui avait posé la question, Remus lui avait conseillé d'attendre d'être vraiment prête avant d'en parler à ses amis.

Le lendemain matin, le professeur McGonnagall reçut une lettre. Personne ne sut ce qu'elle contenait, mais la directrice adjointe fut absente durant une bonne partie de la matinée, pour la plus grande joie de ceux qui devaient avoir cours avec elle.

Lorsqu'elle revint en début d'après midi, elle était accompagnée d'une jeune femme d'une trentaine d'années. Si elle était inconnue des élèves, son arrivée en fit pâlir plus d'un parmi les professeurs.

En particulier Dumbledore, qui essaya de filer en douce mais fut scotché à sa chaise par un sort de la directrice adjointe. Laquelle jeta ensuite un sonorus à son accompagnatrice, qui prit ensuite la parole :

- BONJOUR À TOUS. LA PLUPART D'ENTRE VOUS NE ME CONNAISSENT PROBABLEMENT PAS, ET C'EST NORMAL. JE VAIS COMMENCER PAR ME PRÉSENTER : JE M'APPELLE MARIA POTTER ET J'AI QUITTÉ L'ANGLETERRE IL Y A DES ANNÉES. MAINTENANT, VENONS À LA RAISON DE MA PRÉSENCE ICI. DUMBLEDORE…

Le vieil homme se ratatina littéralement sur sa chaise en l'entendant prononcer son nom d'une voix chargée de colère :

- … DE QUEL DROIT VOUS ÊTES-VOUS PERMIS DE NE PAS M'AVERTIR DU DÉCÈS DE MON PROPRE FRÈRE ? DE QUEL DROIT VOUS ÊTES-VOUS PERMIS DE DÉCIDER À MA PLACE, ET SANS MÊME ME CONSULTER, DE L'AVENIR DE MES NEVEUX ?

À cet instant, tandis que toute l'école se demandait qui était cette femme qui portait le même nom que leur héros national, le directeur semblait ne vouloir qu'une seule chose : disparaître sous terre.

Toute l'attention était centrée sur la nouvelle venue, si bien que personne que remarqua le visage blafard du professeur Lupin. Personne… mis à part le professeur Rogue. L'homme pris son collègue par le bras dans l'indifférence générale et l'emmena à l'écart. Il insonorisa les lieux puis demanda :

- Qu'est-ce qu'il t'arrive, Lupin ? On dirait que tu as vu un fantôme…

Le pauvre semblait si bouleversé qu'il n'avait pas remarqué l'identité de son interlocuteur. Il répondit d'une voix blanche :

- Cette femme… C'est… C'était la sœur de James…

Rogue se figea. Il y avait encore sur cette terre un Potter dont il ignorait l'existence ? Cette famille n'aurait-elle donc jamais fini de lui pourrir la vie ?

Au même moment, dans la grande salle, les murmures allaient bon train, tandis que Maria suivait le professeur McGonnagall jusqu'aux appartements de celle-ci. La plus âgée était bien décidée à lui raconter en détails ce qu'elle avait raté.

Lorsqu'elles arrivèrent à destination, elle demanda à son invitée si elle voulait boire quelque chose. Celle-ci accepta un verre de whisky : après la journée qu'elle venait de vivre, elle avait grandement besoin d'un remontant.

La directrice adjointe se lança donc, estimant que la jeune femme avait besoin d'une explication détaillée, dans le récit des dix-sept dernières années. Maria passa par plusieurs émotions au cours de ce récit. La joie, en apprenant que son frère avait fini par réussir à se faire accepter de la fille de ses rêves, puis à sortir avec. Elle fut également ravie d'apprendre qu'ils s'étaient mariés assez rapidement après la fin de leurs études, bien qu'étant déjà au courant. Elle n'avait pas pu s'y rendre, elle même occupée à préparer son propre mariage, mais James lui avait envoyé une invitation, puis une photo, qu'elle gardait précieusement et dont elle ne se séparait jamais. Elle même avait envoyé une invitation et une photo à celui qui avait partagé sa vie pendant plus de seize ans.

Il lui envoya également une photo et un faire part au moment de la naissance de son fils et elle fit de même l'année suivante, lorsque naquirent ses jumeaux. Quelques semaines plus tard, elle reçut à nouveau un faire part et une photo, lui annonçant cette fois la naissance de Sarah, accompagnés d'une lettre lui demandant d'être la marraine de l'enfant.

Elle coupa le professeur McGonnagall pour lui raconter cette partie de l'histoire et la plus âgée sentait monter sa colère à mesure qu'elle se rendait compte des dégâts qu'avaient occasionné les mauvaises décisions prisent par le directeur depuis 1981. La pire d'entre elle étant d'avoir pensé que ce serait une bonne idée de confier Harry et Sarah à leur famille maternelle.

Il lui revenait en tête ce que le directeur lui avait dit, à l'époque, lorsqu'elle lui avait rapporté la scène de la colère de Dudley à laquelle elle avait assisté plus tôt dans la journée : qu'ils étaient la seule famille qu'il leur restait qui soit en mesure de prendre soin d'eux. Elle en avait déduit, sur le coup, qu'il voulait dire que Maria venait d'apprendre les événements de la soirée et n'était pas en mesure de s'occuper de deux enfants en bas âge. Force lui était de constater qu'elle avait eut faux sur toute la ligne…

Quelques heures plus tard, au courant de tous les événements des dix-sept dernières années, Maria quitta le bureau de son aînée et pris une décision : à compter du lendemain, elle s'installerait à Poudlard. Elle se souvenait parfaitement qu'elle s'était promise de ne pas imposer un déménagement à ses enfants, mais avec ce qu'elle venait d'apprendre, elle estimait ne pas avoir le choix. Elle demanda donc au professeur McGonnagall de lui fournir un endroit pour dormir cette nuit puis de la ramener chez elle le lendemain.

La plus âgée lui proposa la deuxième chambre de son appartement, ce qu'elle accepta, n'ayant nul part où aller. Avant de se coucher, elle lui expliqua que pour des raisons pratiques, sa cheminée était reliée au réseau de cheminette et lui demanda si elle pouvait contacter ses enfants, au moins pour les rassurer.

En guise d'acceptation, son aînée lui indiqua qu'elle se retirait dans sa chambre pour lui laisser de l'intimité, ce en quoi Maria lui fut reconnaissante.

Ayant passé les onze premières années de sa vie chez les sorciers, elle savait comment marchait la poudre de cheminette.

Elle pris une poignée dans le pot que lui avait indiquée le professeur et la jeta dans la cheminée en prononçant son adresse. Elle se mit à genoux puis plongea sa tête dans les flammes devenues vertes. La lueur de la cheminée devait avoir attiré l'attention de l'un d'eux car aussitôt, une petite tête rousse se glissa devant l'âtre. L'enfant, qui était un jeune garçon âgé d'environ huit ans, demanda à voix basse :

- Maman ? C'est toi ?

La jeune femme, qui reconnut son deuxième fils, répondit :

- Oui, Alex, c'est moi.

L'enfant demanda, tout de même un peu rassuré :

- Pourquoi tu appelle si tard ? Il y à un problème dans l'école d'oncle James ?

Elle lui répondit, pour le rassurer :

- Non, mon grand, aucun problème. Mais comme il est très tard, je vais dormir là bas ce soir et je reviendrais vous chercher demain matin, tes frères, ta sœur et toi, d'accord ?

L'enfant acquiesça vivement. Il murmura :

- D'accord, bonne nuit maman.

- Bonne nuit, mon chéri. Et… Alex ?

- Oui maman ?

- Dis bonne nuit à Sam de ma part, d'accord ?

Le garçon promis de passer le message et également de contacter les jumeaux pour leur souhaiter une bonne nuit de sa part, puis chacun coupa la communication.

Maria alla ensuite se coucher. Le lendemain, le professeur la réveilla très tôt, lui rappelant qu'une longue journée les attendaient.

Comme la veille, la plus âgée transplana devant chez elle. À peine arrivée, Maria s'empressa d'entrer. Il lui fallait réveiller les deux marmottes endormies à l'étage. Elle monta sans bruit et s'arrêta devant une porte, sur laquelle des lettres en bois étaient fixées et indiquaient le propriétaire des lieux : Alexander, surnommé Alex par tout le monde. Elle ouvrit la porte sans bruit et entra dans la chambre et s'assit sur le bord du lit où dormait encore profondément le petit garçon à qui elle avait parlé la veille au soir. Elle passa doucement une main dans les épais cheveux roux de son fils et commença à murmurer :

- Alex… Réveille toi…

Seul un gémissement lui répondit. L'enfant n'avait visiblement pas envie d'émerger, mais malheureusement pour lui sa mère avait toute la journée devant elle. Elle insista :

- Alex… C'est l'heure de se lever…

A nouveau, elle n'obtint qu'un gémissement suivit de quelque chose qui ressemblait vaguement à :

- Hmm… Non… Pas tout de suite…

Il lui fallut encore quelques minutes, mais les yeux de son garçon finirent par laisser apparaître deux iris d'une jolie couleur ambre. Encore ensommeillé, l'enfant ne se rendit pas tout de suite compte de la présence de sa mère. Une fois complètement réveillé, il la regarda et demanda :

- Maman ? Tu es déjà revenue ?

Elle acquiesça puis lui dit :

- Va réveiller ton frère, je vais vous préparer votre petit déjeuner.

- D'accord !

Il se leva, fit un câlin à sa mère puis traversa le couloir pour atteindre la chambre de son jeune frère, tandis que leur mère descendait dans la cuisine et sorti des placards deux bols, une bouteille de lait, une boîte de cacao et un paquet de céréales. Elle prépara les deux bols de céréales au chocolat chaud, si bien que lorsqu'ils arrivèrent deux minutes plus tard, les deux garçons n'eurent qu'à récupérer une cuillère et s'installer à table. Avant de se jeter sur son bol, le plus jeune des deux se dirigea vers Maria et lui sauta dans les bras en criant « MAMAN ! ». La jeune femme le réceptionna en souriant :

- Bonjour Sammy.

Le petit garçon, pas âgé de plus de cinq ou six ans, avait des cheveux châtains et des yeux bleu-gris. Il se cala dans les bras de sa mère, qui lui rendit son étreinte pendant quelques minutes puis fila avaler son petit-déjeuner. Maria profita pour qu'ils étaient occupés à manger pour rejoindre le professeur McGonnagall. Elle lui demanda :

- Je suis désolée de vous demander ça parce que vous avez sûrement autre chose à faire mais… Vous voulez bien me les surveiller le temps que j'aille chercher les deux grands à BeauxBatons ?

La plus âgée accepta et écouta Maria lui faire ses recommandations. Finalement, la jeune femme sorti de sa poche un gadget. N'étant pas une sorcière, l'école de ses jumeaux le lui avait prêté l'année précédente, lorsqu'ils avaient fait leur première rentrée, comme moyen d'accéder facilement à l'école si besoin. À première vue, l'objet ressemblait à un simple miroir mais il lui suffit d'appuyer sur un bouton au centre pour qu'il disparaisse, et elle avec.

Elle atterrit devant un immense bâtiment qui avait des airs de château de la Loire. À peine fut-elle arrivée qu'une créature, qu'elle identifia comme un elfe de maison, apparut devant elle et lui demanda :

- Bonjour, miss. Tony peut-il savoir quelle est la raison de votre visite ?

Maria était surprise du niveau de langage de l'elfe - l'Angleterre l'avait habituée à beaucoup moins bien - mais n'en montra rien. Elle répondit :

- Bonjour, Tony. Je voudrais voir la directrice de l'école.

L'elfe qui, elle le remarqua à ce moment là portait une minuscule chemise bleu ciel flanquée du logo de l'école, la fit transplaner devant une porte à laquelle il toqua. Il attendit qu'on lui en donne la permission puis entra, Maria à sa suite. La jeune femme se retrouva face à la géante qu'elle avait rencontré lorsque ses enfants avaient fait leur première rentrée.

La femme lui demanda la raison de sa visite et elle expliqua qu'en raison de problèmes familiaux, elle était dans l'obligation de retourner dans son pays natal et qu'elle retirait donc les jumeaux de l'école et qu'elle aimerais, si cela était possible, repartir avec eux. La directrice demanda à l'elfe d'aller chercher les deux enfants et à nouveau, Maria fut surprise de voir qu'elle lui parlait poliment et avec respect.

Elle interrogea son interlocutrice qui lui expliqua alors qu'ici les elfes étaient vus comme des enfants de Magia, la Mère Magie, et avaient droit à autant de respect que les autres créatures magiques. Elle lui expliqua également que les français résonnaient comme tel car ils partaient du principe que le terme de « créatures magiques » désignait celles ci comme des enfants de la Magie.

Peu à peu, Maria se rendait compte à quel point son pays natal était dans l'erreur. Elle était consciente qu'ici, Dumbledore n'aurait jamais pu disposer de l'avenir de deux orphelins dans l'indifférence la plus totale. Elle fut sortie de ses pensées par le retour de l'elfe accompagné de ses enfants.

Aussitôt que les deux enfants aperçurent leur mère, ils se dirigèrent vers elle. Ils avaient tous les deux des cheveux auburn et des yeux bleus foncés. Maria se faisait souvent la réflexion que s'ils avaient été de vrais jumeaux, elle aurait été incapable de les différencier. Heureusement pour elle, la nature avait choisi de lui donner un garçon et une fille. Âgés de d'une douzaine d'années, ils étaient présentement en deuxième année à BeauxBatons et s'appelaient Jade et Lukas.

À leur demande, elle leur expliqua rapidement la situation en précisant qu'ils sauraient tout une fois rentrés à la maison. Une petite demi heure plus tard - le temps de récupérer leurs affaires - Maria réapparaissait devant chez elle avec ses deux aînés. Elle eut à peine lâché leurs mains qu'ils se précipitèrent vers la maison, pressés de revoir leurs jeunes frères.

Il semblerait que le professeur McGonnagall l'ait vue arriver - à moins que ce soir l'arrivée en fanfare des jumeaux qui l'ait alertée - car elle la rejoignit peu de temps après. Ensemble, plus ou moins aidées des enfants, elles passèrent le reste de la journée mettre dans des cartons tout ce que contenait la maison. Il fallait avouer que la magie du professeur McGonnagall aida beaucoup à rétrécir les meubles.

Le midi ils pique-niquèrent assis dans l'herbe située devant la maison. Sam et Alex allèrent jouer un peu plus loin, tandis que les jumeaux pressaient de questions la directrice adjointe de Poudlard, puisque ce serait là qu'ils iraient désormais.

À la fin de la journée, toute la maison, tout ce qui avait constitué la vie de Maria ces treize dernières années, était emballé dans des cartons. Avant que le professeur McGonnagall ne les fassent transplaner, elle et les enfants, elle se tourna vers la maison. Elle avait du mal à croire qu'elle était sur le point de faire un trait définitif sur la moitié de sa vie.

L'endroit avait assisté à ses débuts, en tant que jeune mariée d'abord, puis comme jeune maman. C'était ici que ses enfants étaient nés, c'était ici qu'ils avaient fait leurs premiers pas, qu'ils avaient grandi.

Elle sentit plus qu'elle ne vit les larmes qui coulaient sur ses joues et les mains de ses enfants qui se glissaient dans les siennes.

Après avoir pris le temps de faire ses adieux à la maison, elle fit signe au professeur qu'elle pouvait les ramener.

Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent devant la célèbre école de sorcellerie anglaise.

Ils suivirent à l'intérieur le professeur. Tandis que Maria retournait aux appartements de son accompagnatrice avec les deux plus jeunes, celle-ci emmenait les jumeaux jusqu'au bureau du directeur afin de les inscrire en tant qu'élève de Poudlard. Elle leur expliqua que ne sachant pas ce qu'ils avaient appris à Beauxbatons, leurs connaissances seraient testées. Elle ajouta que comme l'année venait tout juste de commencer - la rentrée avait eu lieu une semaine plus tôt -, ils avaient la quasi-certitude d'être admis en deuxième année. Le test était juste une formalité.

Ils la suivirent jusqu'au bureau de Dumbledore où elle les installa chacun à une table. Une fois qu'ils eurent fini, elle ramassa leurs copies.

Quelques jours plus tard, les jumeaux apprenaient qu'ils étaient admis en deuxième année et étaient présentés à leurs nouveaux camarades comme étant deux élèves transférés de BeauxBatons.

Maria, de son côté, cherchait un moyen d'aborder Harry et Sarah pour leur révéler qu'elle était leur tante. Ce fut, étrangement, Remus qui lui apporta sur un plateau la solution qu'elle cherchait.

En effet, peu après son arrivée à Poudlard, le jeune homme l'aborda. Comme elle ne le reconnut pas, il se présenta à elle et lui avoua être le parrain de Sarah. Elle même étant la marraine de la jeune fille, il ne leur fut pas très compliqué de mettre sur pied un plan pour pouvoir parler aux enfants de James.

Ce fut ainsi qu'un soir, Remus invita Harry et Sarah à prendre le thé dans son bureau. Si la plus jeune accepta sans problème, son frère fut plus difficile à convaincre. Il fallut que Sarah lui rappelle que Ie professeur était son parrain pour qu'il accepte.

Lorsqu'ils entrèrent dans le bureau et qu'ils virent Maria assise sur un canapé, Sarah jeta un coup d'œil à Remus. Il ne semblait pas inquiet et, bien qu'encore un peu méfiante, elle décida de lui faire confiance. Elle empêcha son frère de partir et s'adressa aux deux adultes :

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Après un échange de regard, ils se lancèrent et commencèrent à parler...