POV Erik :
Charles est parti tôt ce matin. Je me suis réveillé sans lui à mes côtés. Raven est là, préparant un petit déjeuner. Je profite encore quelques minutes de la chaleur des draps avant d'en sortir et de m'habiller. Raven me toise du regard, claquant fermement une tasse de café sur la table en lino. Je la regarde, en soupirant.
« Raven, tu ne me pardonneras jamais, n'est-ce pas ? »
« J'ai failli crever, connard ! »
Raven retourne au petit évier, les mains posées sur le rebord de la cuvette. Je bois lentement mon café tout en la regardant. Elle détourne le regard et fait la petite vaisselle. J'attrape deux toasts posés sur la table et elle m'empêche de les prendre en me prenant la main. Elle me crie que ce n'est pas pour moi, que je dois m'en faire moi-même et que je dois m'estimer heureux qu'elle ait préparé mon café. Je soupire, reposant les toasts sur l'assiette. Je finis mon café puis sort de l'appartement.
Les mains dans les poches, je marche sans but. Charles est parti il y a seulement quelques heures et il me manque déjà. Serais-je devenu si dépendant de ce jeune homme ?
Je passe devant l'université d'Oxford. Mon petit-ami est à l'intérieur, dans l'une des nombreuses salles de ce bâtiment. Je soupire, en baissant la tête. Je fais tache dans la vie de Charles. Il est brillant et surdoué, je suis tout le contraire. Pas que je sois un cancre, mais, ayant quitté l'école à l'âge de 9 ans, je ne fais pas partie de l'élite.
Pourquoi moi ? Charles avait le choix, et, si cela se trouve, il rencontrera quelqu'un de mieux que moi à sa nouvelle école. Quelqu'un qui n'est pas constamment hanté par son passé.
Je n'arrive pas à me résoudre de parler à Charles de mes visions pour le moins effrayantes. J'ai peur qu'il me prenne pour un schizophrène, mais, peut-être que finalement, je le suis. Le directeur de mon foyer en Allemagne avait fait appel à une psychologue. Cela veut tout dire …
Je suis une cause perdue. Personne ne peut plus rien faire pour moi pour me sortir du gouffre dans lequel je suis. Je sombre de plus en plus, sentant cette ombre grandir en moi chaque jour. Celle qui me permet, en réalité, de tenir le coup et de survivre.
La journée passe, et je suis dans le parc à côté de l'université. Charles en sort avec toute une bande de jeunes de son âge. Je reste assis sur un banc, regardant mon homme s'éloigner avec ses nouveaux amis. Cela me fend le cœur : je n'ai jamais eu de vrais amis. En même, quelle idée d'être né Juif en pleine Allemagne nazie …
Je me lève et rentre à l'appartement. Raven discute joyeusement avec un garçon dans le canapé. Je reste discret et silencieux et vais dans la pièce me servant de chambre. J'entends Raven rire et parler avec entrain. Je m'allonge sur le grand lit et Charles me rejoint quelques minutes plus tard. Il me demande si ma journée s'est bien passé. Je dis que oui. Quel beau mensonge … Charles fronce les sourcils tout en me regardant.
« Pourquoi tu me mens ? » me demande-t-il.
J'essaie de le persuader que je ne lui mens pas, en vain. Il insiste et je me referme sur moi-même. Charles soupire puis se lève, allant dans le salon. Il revient rapidement, après avoir vu sa sœur embrasser l'autre garçon. Il s'assoit sur le bord du lit et je le regarde.
« Je ne sais pas ce que tu me caches, Erik, mais, je n'aime pas ça. »
« Tu es télépathe, Charles. Tu … »
« Non. Tu ne comprends donc pas ? Je me suis fait la promesse de ne jamais utiliser mes pouvoirs sur mes amis. »
Je soupire, regardant le plafond blanc d'un air vide. Charles s'allonge et vient poser sa tête sur mon torse. Je frissonne en sentant les quelques caresses qu'il me fait.
« Je t'aime, Erik. Tu peux tout me dire. Quoi que ce soit. »
Non, je ne peux pas lui dire ça. Il ne comprendrait pas. Une dissociation de l'identité, c'est toujours mauvais signe. Charles fouille mon regard à la recherche d'une réponse mais ne trouve rien. Il soupire de nouveau se sentant inutile. Il se relève et retourne dans la pièce principale. Je l'entends pester contre sa sœur et cette dernière fondre en larmes. Je me relève et vais dans la salle de bain. Dans le miroir, mon reflet démoniaque est là. Il me montre le tiroir que j'ouvre. J'y trouve une lame de rasoir non utilisée. C'est alors que je me sens comme manipulé par mon propre corps, incapable de réagir. Il me force à me créer des entailles dans les bras et j'hurle espérant que Charles vienne.
Ce qui se produit rapidement. Il arrive au pas de course et me voit en train de me trucider les deux bras.
« Erik ! » crie-t-il.
Il tente de m'arracher la lame des mains mais l'autre l'en empêche et voilà que j'attaque Charles ! Ce dernier ne comprend pas et entre dans mon esprit. Il parvient à repousser cette ombre et tombe à genoux, essoufflé. Je fonds en larmes tombant à genoux également.
« E-Erik … T-tu … Tu aurais pu prévenir ! » s'énerve Charles en se relevant.
Je lui explique alors que j'avais peur qu'il me prenne pour un fou. Charles pose une main rassurante sur mon épaule et me dit qu'il ne m'aurait jamais considéré comme tel. Je relève la tête et d'un geste tendre, mon compagnon essuie mes larmes, puis m'aide à me relever. Raven arrive, les mains sur les hanches. Elle paraît énervée et annonce à Charles qu'elle prévoit de se trouver un petit boulot pour subvenir aux besoins.
« Raven, je reçois l'héritage familial dans quelques semaines. » déclare Charles.
« En attendant, et, cela me fera une occupation ! Je travaillerais de nuit ! Comme ça, je n'entendrais pas vos ébats ! »
Je me sens mal à l'aise et détourne le regard alors que Charles rougit puis soupire, poussant sa sœur dehors de la salle de bain. Il me regarde et prend mes mains. Il m'assure qu'il prendra soin de moi comme il peut et que je n'ai plus avoir peur de lui dire quoique ce soit. J'affiche encore un faux sourire et je le laisse me conduire jusqu'au lit. Une chose est sûre : la nuit promet d'être encore exceptionnelle.