« Hier soir, aux alentours de minuit, le Palais de Justice de Tokyo a explosé, brûlant dans les flammes l'image même de notre système juridique et démocratique… »
« C'est toute une Nation qui est en péril, suite à cet attentat. Quant à l'identité du… »
« … Nous parlons tour à tour d'accident puis d'explosion préméditée. La certitude maintenant d'une marque terroriste a été revendiquée par le DPM plus tard dans la nuit… »
« Au cours de cette nuit, l'avocat de renom, Sosuke Aizen, a été assassiné, laissé piégé horriblement dans le Palais. Il a été impossible de le sauver avant l'explosion. »
« Chers auditeurs, Nous ne serions dire avec certitude les motifs de ce groupe de terroristes mais nous serons vos yeux et oreilles pendant toute la durée de l'enquête. »
« …Un homme au centre d'un groupe plus étendu et mystérieux… »
« Il serait déjà actuellement présent sur le Deep Web avant d'infiltrer peu à peu nos réseaux sociaux, contaminant leurs idées extrémistes dans la tête de nos enfants… »
« Une vague de panique a éclaté hier soir dans ce quartier rougi par les flammes. Un effort ambulancier et pompier a été encore insuffisant, provoquant des accidents à plusieurs… »
« Un groupe qui pourrait trouver une certaine popularité au sein d'une classe populaire se proclamant rejetée… »
« Des manifestations ont eu lieu dans les rues et la police n'a pas pu intervenir, laissant des dizaines d'hommes et femmes soutenir 'ce justicier des temps modernes'… »
« Des voitures en feu, des casses sur des avenues commerçantes et touristiques du quartier sont à recenser à la suite de cette nuit de panique. »
« Cinq adolescents en état d'ébriété ont été immobilisés dans un parc après avoir fait explosé plus d'une vingtaine de pétards de calibre 3, scandant des propos anarchistes… »
« C'est une véritable insécurité qui se déploie sur tout Tokyo depuis les agissements de ce groupe… une ville qui, pourtant, était reconnue à l'échelle mondiale comme l'une des capitales les plus sécurisées de la planète. »
« Peur et incompréhension se dessinent sur les visages de tous les témoins de l'attentat. Nous en avons interrogé plusieurs… »
« L'identité du meneur ne veut pas nous être encore dévoilée mais il n'en serait pas à son coup d'essai. »
« Un nom a été donné de source sûre par un haut membre du DPM : le groupe se nommerait ANARKHEIA. Une consonance grecque qui en revient à l'origine du mot anarchie. Un état absent de pouvoir dominant. Serait-ce son objectif ? Un danger pour notre démocratie ? »
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Hôpital de Tokyo
Le lendemain
9h17
Ichigo sentit petit à petit quelque chose le tirer des limbes ténébreuses dans lesquelles il était plongé jusqu'alors, si confortablement installé sur le dos, si amnésique de tout ce qui le constituait, si neutre de toutes émotions. Un petit contact qui le tirait du sommeil. La paume d'un pouce caressant le dos de sa main gauche prise entre les doigts de cette main étrangère. Une caresse lente et toujours à la même cadence. Un rythme lent et doux. Comme pour le sortir le plus agréablement du monde des rêves. Tout à coup, cette main étrangère si chaude était devenue le centre névralgique de tout son corps. Il ne posait son attention que sur elle. Une main étrangère ? Non, à en témoigner le parfum qui se dégageait autour de lui, jusqu'à son nez. Une odeur familière. Celle d'un homme. Celle d'un homme qu'il côtoyait de près. Puis, en plus de cette caresse du pouce sur sa main, vinrent se loger des lèvres tout aussi brûlantes sur son front pour un tendre baiser qui s'enflamma de suite. Il ouvrit les yeux.
— Oh… Salut, toi ; fit la voix familière.
Grimmjow. Ensemble. L'ambulance. L'explosion du Palais de Justice. Shiro.
Il s'assit soudain sur son lit, se levant comme un mort-vivant ayant retrouvé un souffle de vie. Grimmjow, qui était assis sur une chaise au bord de son lit, leva les mains en signe d'apaisement et le prit aux épaules en se levant :
— Eh, eh, tout va bien, ça va, on est en sécurité à l'hôpital… ; dit-il de la voix la plus douce qu'il pouvait.
Mais Ichigo avait des yeux trop écarquillés et un souffle bien rapide pour un réveil.
— Shiro !
— Ichigo, calme-toi, il va bien…
— Où il est ? Où est mon frère ?
— Il est dans la chambre d'à côté mais, écoute-moi Ichigo, écoute-moi… ça va, d'accord ? continua Grimmjow en captant son attention à l'aide de ses deux mains encadrant à présent son visage ; tout va bien, il se repose, et toi aussi tu dois te reposer, tu…
Mais il ne put continuer. Ichigo tira ses mains hors de lui et secoua ses couvertures hors de ses jambes.
— Non, attends, tu ne devrais pas…
Ichigo partait déjà pour la chambre d'à côté :
— Te lever si vite… ; conclut le médecin urgentiste pour lui-même; pourquoi il ne m'écoute pas ?
Grimmjow resta planté un instant avant de se décider d'aller le rejoindre. Il n'avait rien de cassé et, physiquement, il s'était remis de sa course folle de la veille. Ichigo avait sensiblement eu besoin de plus de repos, après toutes ses émotions fortes.
Ce dernier ouvrit la porte à grande volée en voyant son frère par la vitre qui donnait sur le couloir et s'engouffra dans la chambre comme on plonge dans l'eau pour aller chercher un trésor au fond du bassin le plus vite possible : là, son frère, inconscient dans son lit. Il le prit le plus délicatement possible dans ses bras.
— Shiro… Shiro, tu n'as rien… hein ? Tu n'as rien… Tu vas te réveiller… J'ai besoin de toi… Excuse-moi pour tout ce que tu as dû subir… J'ai eu si peur de te perdre… ; prit-il le temps de lui dire, entre deux grandes respirations et sanglots.
Le réveil brusque et le retour à la réalité provoqua un nœud dans son estomac et quelques larmes au passage mais il s'essuya bien vite les yeux, alerté par des bruits à l'entrée. Il reconnut Kensei Muguruma qui avait les traits tirés, des cernes visibles. Il venait sans doute de passer la nuit à veiller sur Shiro.
— Toi…
— Kensei, je suis désolé, je…
L'homme se rapprocha de lui précipitamment avant qu'Ichigo n'ait pu se relever correctement. Il le prit avec force aux épaules pour le soulever et le plaquer contre le premier mur trouvé. Ichigo se rendit compte de sa force et de sa taille avec stupeur :
— Tu m'as menti ! Il a été enlevé ! Il était en danger de mort !
Le coup de poing sur le nez vint soudainement, sans qu'Ichigo ne puisse s'y attendre.
— Il aurait pu mourir hier dans cette explosion ! Et tu ne m'aurais rien dit !
— Si… je… Je suis désolé, Ken'…
— Et si tu n'étais pas arrivé à temps ?! Comment tu as pu croire que tu pouvais tout tenir sur tes épaules ?! Tu aurais dû en parler et…
Kensei avait à nouveau levé sa main, plus pour accompagner son discours de grands gestes que pour laisser encore une fois ses pulsions d'anxiété frapper Ichigo mais Grimmjow apparut soudain pour saisir son poignet et baisser son bras sèchement :
— Moins fort.
Sa voix froide et clinique empêchait à ses injonctions toute riposte.
— On est dans un hôpital. Et il y a un patient qui se repose.
Kensei se renfrogna. Il savait qui était le bleuté, les policiers lui avaient expliqué qu'il était affilié à Ichigo et était aussi une victime. Il se laissa dompter par le regard bleu électrique et préféra se calmer. De toute façon, le mal était fait et Ichigo souffrait sans doute déjà bien assez pour cela.
— Pour votre gouverne, Ichigo ne pouvait pas parler au risque de mettre encore plus en danger Shiro. Alors vous devriez plutôt vous calmer et patienter pour son rétablissement en remerciant Ichigo.
L'argenté baissa les bras et ses épaules s'affaissèrent en même temps que sa tête. Bien vite, il passa une main sur son visage, frottant ses yeux lentement et profondément. Ichigo resta contre le mur, à ne pas savoir quoi dire. Grimmjow observait tour à tour les deux hommes. Kensei finit par s'asseoir sur le fauteuil près du lit de Shiro, reprenant sa main. En regardant son amant de ses yeux brillants, il prit une grande respiration et sembla retrouver tout son calme.
— Je… Excuse-moi, Ichi'… Je suis à bout et tu dois l'être aussi… ; dit-il d'une petite voix.
Kensei lui accorda un regard et Ichigo comprit son remord. Il hocha négativement de la tête, comme pour montrer que ce n'était rien, qu'ils pouvaient passer à autre chose. Il comprenait Kensei, il avait été mis dans une situation bien délicate, la nouvelle avait dû le dévaster. Il était devenu la première cible logique d'énervement pour l'amant.
— Veille bien sur mon frère ; fit Ichigo en frottant les cheveux blancs de Shiro avec une délicatesse sans non.
Ichigo s'échappa de la salle. Il aurait voulu rester auprès de son jumeau mais il valait peut-être mieux pour l'instant reprendre ses propres esprits. Il se sentait encore faible sur ses jambes. Il prenait réellement conscience à présent du manque cruel de sommeil qu'il avait accumulé et du peu de fois où il s'était nourri correctement. Si des jumeaux étaient vraiment liés, alors il devrait reprendre des forces pour que son frère se réveille.
— Comment… Comment tu te sens ?
Grimmjow avait suivi Ichigo dans sa chambre. Il s'était assis dos à lui, et le bleuté avait pris soin de contourner le lit pour le rejoindre, caressant son dos tranquillement :
— Vidé…
Grimmjow devait avouer que lui aussi. C'était une sensation étrange que celle d'avoir échappé à la mort. Une sensation qu'il avait voulu oublier depuis cinq ans mais qui renaissait ces derniers temps à cause du retour d'Äs Nödt. Une sorte de vide intérieur, comme si un bout de son âme était resté dans ce périple auquel il avait réchappé. Comme un sentiment de vie lessivée, d'avoir accompli quelque chose de si intense que tout le reste serait fade et que continuer à avancer fatiguait déjà. Comme si une voix intérieure demandait : à quoi bon ?
Grimmjow connaissait donc bien le sous-entendu du mot « vidé » et le ressentait au plus profond de lui. En seule réponse, il prit le menton d'Ichigo et le leva en l'air pour orienter sa bouche vers le haut. Il se baissa ensuite légèrement, courbant son dos, rejoignant ses lèvres aux siennes dans un doux baiser qui dura le temps de redonner de la force à l'homme qu'il aimait. Ichigo accepta sans rechigner et même y répondit, preuve qu'il avait besoin d'attention après toute cette épreuve. Leur regard échangé, une fois le baiser terminé, en dit long sur le sentiment qu'ils avaient l'un pour l'autre. Une forte envie de s'attacher à l'autre, de s'y accrocher pour ne pas sombrer.
— Mais… soulagé de voir que… personne n'est mort… enfin, sauf cet avocat…
— Äs Nödt nous a mis à l'épreuve encore une fois. Mais, pour Kuchiki aussi.
— C'est de ma faute… Il a profité de ma négligence. Quand Uryû a appelé en panique, c'était Äs Nödt qui lui avait ordonné. Ce type savait que j'allais venir le sauver le plus vite possible, sans réfléchir. Je nous ai mis en danger. Et il a gagné… Il a enlevé Shiro et…
— Shhh… ça va aller, maintenant. Shiro est là, les médecins sont confiants. Il aurait été drogué dans la soirée mais son corps se rétablit bien et il ne va pas tarder à se réveiller. Il s'est quand même pris une balle et s'est fait enlever… C'est naturel que son corps réclame du repos et lui impose le sommeil.
Ichigo acquiesça en entendant raison. C'était vrai, il n'avait plus à s'inquiéter. Néanmoins, par-dessus le vide et la fatigue, un nouveau sentiment résidait au fond de ses entrailles : une haine sourde et violente envers Äs Nödt.
Grimmjow enchaîna avec un nouveau baiser sur la joue :
— Tu veux venir à la maison ? On pourrait se reposer un peu aujourd'hui… ; proposa-t-il d'une voix douce et bienveillante.
Ichigo tourna la tête de gauche à droite :
— Non… Je vais rester ici… Je préfère rester près de mon frère. Mais tu… tu devrais rentrer…
Grimmjow comprit aisément ce que cela voulait dire. Ichigo avait besoin de se retrouver tout seul ou avec son frère pour le moment. Il était trop poli pour lui en faire part. Aussi, le bleuté déposa un dernier baiser sur son front :
— Ok, je vais rentrer. De toute façon, j'arrive pas à me reposer dans un hôpital.
Ichigo sourit maigrement et après une dernière caresse sur sa joue, Grimmjow s'écarta et passa prendre sa veste sur le fauteuil près du lit avant de quitter la chambre après un dernier regard entendu. Quand la porte fut fermée, Ichigo tomba sur son lit, sur le flanc. Il aimait sincèrement Grimmjow. Il s'en rendait compte chaque jour. Au départ, c'était un besoin, un réconfort, une bouée de sauvetage. Maintenant, il devenait un sujet essentiel à ses préoccupations, une bienveillante attention qu'il appréciait, un joyau à protéger.
Il se glissa plus confortablement dans son lit. Il fallait qu'il se repose encore.
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Hôpital de Tokyo
Autre étage. Autre chambre.
10h00.
On avait laissé ouverte la fenêtre de la chambre qui donnait sur le parc de l'hôpital. Il s'en échappait quelques gazouillements d'oiseaux perchés dans les arbres qui chantaient aussi au rythme du vent dans les feuilles. Byakuya Kuchiki s'était adossé à son lit en ayant relevé l'oreiller et restait assis calmement, mains sur ses cuisses enveloppées dans les draps, à regarder par la fenêtre, à la recherche d'un calme rassérénant. Le visage rouge de honte, de colère et de fatigue de la veille était devenu pâle et d'un froid marbre inexpressif.
Une infirmière lui avait proposé de regarder la télévision. Il avait décliné net. Pour ce matin, il rêvait encore d'un calme olympien tout en sachant pertinent que la panique avait pris d'assaut la ville. Les médias avaient dû trouver parti pour avoir des réponses et le Palais de Justice en feu avait dû alerter le Japon entier. Leur travail ne serait que de répandre comme de la poudre la peur et l'incompréhension dans tous les citoyens. En se levant de ce lit, en quittant cette chambre, le capitaine savait qu'il serait exposé, qu'il serait à la une des journaux et qu'on ne dirait pas forcément de bonnes choses à son égard. Il serait mis au-devant de cette affaire et on clamerait des réponses sans qu'il n'en ait la moindre idée. Il devrait reprendre son travail à partir de là, sous la pression des médias, et celle du cabinet d'Aizen qui porterait surement plainte pour la tragédie qui était arrivée alors que l'avocat était sous sa responsabilité.
Trois petits coups à la porte de sa chambre stoppèrent ses pensées. Il n'eut même pas le temps de demander qui était-ce ou un solennel « entrez » que la porte s'ouvrit. Il ne fut pas surpris de voir Shunsui Kyoraku et son air débonnaire. Il était bien du genre à entrer sans plus de cérémonie.
Remarquant que son sourire n'en provoquait aucun du côté de Byakuya, Shunsui se raffermit et ferma délicatement la porte après lui. Il saisit une chaise un peu plus loin et vint s'asseoir silencieusement au chevet de l'alité.
— Ton grand-père m'a chargé de te souhaiter un bon rétablissement.
— Je vais bien. Je n'ai pas besoin de ça.
Le ton était donné. Le jeune capitaine restait ferme, le dos bien droit dans sa posture, et ne tenait apparemment pas à le regarder dans les yeux. Shunsui expira gravement en s'adossant à sa chaise.
— Alors quoi ? Tu vas tout abandonner pour une erreur ?
— Je n'ai plus de leçon à recevoir. Evidemment que je vais continuer l'enquête. L'arrestation d'Äs Nödt est une priorité pour stopper le mouvement.
— Ah oui ? Et Bazz-B qui s'est échappé ? Et tous les anonymes qui peuvent suivre ce mouvement et foutre la merde dans la ville ?
— Je… ; Byakuya serra les dents ; je n'y ai pas encore réfléchi…
Shunsui expira à nouveau :
— Pour tout te dire, ton vieux m'a demandé de t'épauler…
— Comment ?!
Cette fois, Byakuya avait tourné la tête pour plonger son regard dans celui de Shunsui, évaluant le sérieux de cette annonce.
— Du calme, je suis juste là en renfort. De capitaine à capitaine, hein ? D'autant que… le DPM est en pleine inspection en ce moment. Tout le monde finit par se méfier de tout le monde. Cette histoire d'évasion du punk rose, ça n'tourne pas rond…
— Je sais. Il était placé sous la garde de mes hommes.
— Qui en particulier ?
Byakuya hocha la tête :
— Impossible de dire. Il y a avait un roulement toutes les heures.
— Forcément… S'il y a une taupe elle s'est bien cachée… On va travailler là-dessus. Les locaux ont été inspectés, passés au peigne fin mais rien de visible. Et les caméras se sont toutes arrêtées pendant le moment de l'évasion. Maintenant, il ne reste plus qu'à interroger chaque flic et éplucher les dossiers… Tu peux revenir au DPM quand tu…
— Je serai là cette après-midi.
— Quoi ? Tu… tu es sûr que…
— Je vous l'ai dit. Je vais bien.
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Hôpital de Tokyo
Milieu d'après-midi
Ichigo n'avait pas beaucoup dormi. En fait, il s'était peu reposé. À regarder plusieurs heures le plafond beige de la chambre d'hôpital, à entendre les pas des médecins dans le couloir, des discussions à voix basse entre infirmières et à se retourner dans son lit, il n'avait rien réussi à faire d'autre. Il ne faisait que remuer sans cesse toute cette histoire dans sa tête.
Il sentait en lui une colère de plus en plus forte. Elle semblait se substituer à la peur qu'il avait subie jusque-là. Avant, face à Äs Nödt, il n'aurait pas pu bouger le petit doigt. Il se souvenait encore de la maison délabrée des bas-fonds de Tokyo, quand il avait rencontré Grimmjow. Toute son enfance lui était revenue en pleine face sans qu'il ne puisse rien faire. Il avait suffoqué, il avait tremblé, dans l'incapacité de penser. Mais, depuis l'attentat au Palais de Justice, depuis qu'il comprenait qu'Anarkheia n'était pas seulement une idée, ni que son meneur ne s'acharnait pas que sur lui, la peur avait diminuée au profit d'une haine sous-jacente qui ne cessait de grandir. Äs Nödt ferait autant de mal aux autres. Son frère en était la preuve. Il arriverait à créer autant d'angoisse que lui-même avait pu ressentir enfant, à une échelle bien plus vaste cette fois. Pire encore, il plongerait le pays dans une panique impossible à gérer. Depuis que Grimmjow l'avait poussé à courir, depuis qu'il avait échappé à la mort que causait cette bombe à retardement, il se sentait plus vivant que jamais. C'était comme si ses jambes lui demandaient nerveusement de courir, ses mains de saisir, son cerveau d'agir. Vivant, mais inutile. En se mettant à courir pour sortir du Palais, la veille, il avait tourné sa tête. Juste pour voir où en étaient Byakuya et son second. Il avait vu la scène macabre d'un homme crucifié et en sang, accroché en hauteur d' un mur. Cette image lui restait en tête. Ils n'avaient rien pu faire. Il n'avait rien pu faire.
Était-ce en restant dans un lit d'hôpital qu'il changerait les choses ? Non.
En avait-il au moins les capacités ? Sans doute que non. Mais la volonté, oui.
Ne devait-il pas laisser la police s'en charger ? Cela faisait un certain temps qu'il doutait de son efficacité. Depuis l'évasion de Bazz-B, il semblait même que le DPM était infesté de taupes.
Alors que pouvait-il faire ?
Que pouvait-il faire ?
Soudain, un cri stoppa ses pensées et le fit bondir sur son lit. Il reconnut sans aucun doute possible la voix et réagit d'autant plus rapidement. Il sortit de sa chambre. Personne dans le couloir. Il parvint en une seconde à la porte de la chambre de son frère jumeau. Kensei était absent. Shiro avait les yeux grands ouverts, les bras croisés devant son visage, comme pour se protéger de quelque chose qui lui tomberait dessus.
— Shiro !
Ichigo s'assit sur le lit et saisit les bras de son frère qui se débattait en criant. C'était comme s'il ne semblait pas le voir. Il ne criait plus mais semblait serrer ses dents, bloquant certains gémissements de peur qui grondaient en lui.
— Shiro, Shiro… calme-toi… C'est Ichi' ! Það er ég ! Bróðir þinn ! (C'est moi ! C'est ton frère !)
Puis, tout à coup, comme sorti d'un rêve, Shiro le saisit aux épaules l'approchant de lui le plus près possible et le fixant avec intérêt :
— Ichi'… Ichi', t'es là... ; soupira-t-il.
— Oui, Shiro. Tout va bien, maintenant. Tu es à l'hôpital. Et Kensei ne devrait pas tarder…
— Ichi… Ichi'… Il n'y a que toi qui…
Shiro semblait chercher ses mots, fermant parfois les yeux, comme pour se souvenir de quelque chose qui était flou dans sa mémoire mais important.
— Shiro, ce n'est pas grave, tout va bien ; tenta-t-il de le calmer.
— Ichi'… Non… Tu dois… Tu es le seul qui puisse y aller… Il a dit… Il a dit…
Ichigo fronça les sourcils. Shiro était-il en train de se souvenir de quelque chose concernant son enlèvement ? Quelque chose que lui aurait dit Äs Nödt et que Shiro avait peur d'oublier ?
— Tu dois y aller… Il va… Il va quitter le pays…
— Q-Quoi ? Tu… Tu parles de…
— Il a réussi à créer la panique… Il va faire ça ailleurs… Il faut l'arrêter maintenant, Ichi'…
— Je vais chercher un flic et…
— Non ! Non… Faut pas leur faire confiance… Il a des espions partout… Ils vous tueront avec Kuchiki.
Shiro reprit son souffle, réfléchissant à toute allure :
— Il faut que tu y ailles maintenant…
Il commençait déjà à fatiguer. Sa tête était plus lourde à tenir. Ses paupières luttaient pour ne pas se fermer.
— « À l'heure où le soleil est en feu… dans la forêt… »
